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Atrox (NOR) : Contentum

Wednesday, December 21st, 2011

Atrox (NOR) : ContentumParfois, quand même, il n’y a pas à dire, les magasins de seconde main où l’on peut se procurer des galettes totalement inconnues pour la modique somme de 3euros ont du bon. Et ce n’est pas le superbe album que je vais vous présenter aujourd’hui qui va me contredire. Les chouchous du jour sont les Norvégiens d’Atrox, petit groupe quasiment inconnu au bataillon que, sur ce Contentum, je qualifierais d’heavy doom progressif et sombre et dont je ne pourrai d’ailleurs vous parler outre mesure, puisque, à ce jour, j’ai eu l’occasion de n’en écouter que cette excellente réalisation. Trêve de préambules, laissons plutôt parler la musique! Ces sons électroniques bizarroïdes ainsi que ces élucubrations vocales aux modulations étranges et comme venues d’une autre dimension qui entament Sultry Air, merveilleux titre qui incarne à lui seul la folie qui anime cette galette, mettent directement dans l’ambiance: un univers mystérieux, dissonant, inquiétant, où l’on est coupé de tous repères, mais irrésistiblement attirant.

Avec Contentum, Atrox nous sert une musique très épique, qu’on croirait lors de certains passages échappée de la BO d’un film de Tim Burton sous LSD (déstabilisante, parfois complètement délirante) mais délicieusement jouissive car toujours agitée par des rebondissements inattendus. Cette prestation est servie par une batterie très complexe et subtile, une rythmique évolutive, des soli très mélodiques et expressifs qui collent parfaitement aux titres, des claviers spatiaux et planants (rappelant parfois un peu Arcturus, même si le style d‘Atrox en est très éloigné!), qui tissent une ambiance tantôt sombre, tantôt faussement naïve – mais cette candeur n’est là que pour entraîner plus facilement l’auditeur dans l’univers musical du groupe et l’enfermer dans cette schizophrénie qui le caractérise! – et des vocaux féminins hallucinés, impressionnants de folie maîtrisée, parfois à la limite de la rupture voire complètement cartoonesques lors de crises de démence totalement assumées, sortes d’ élucubrations psychédéliques d’une diva sous acides qui crie ses peurs de petite fille.

Oui, ces vocaux mériteraient à eux seuls une chronique tant ils sont troublants, déstabilisants, parfois presque irritants, frôlant l’indigeste dans certaines envolées grand-guignolesques, mais toujours totalement maîtrisés. Force est de constater qu’ils portent littéralement la musique d’Atrox (je me demande bien ce que ça donne actuellement, Gersa ayant été remplacée par un chanteur?) et tissent son univers à coups de hurlements stridents et de chuchotements intimistes: la voix sait en effet se faire plus sobre et émouvante quand la musique s‘y prête (Unsummoned, pleine d’émotions sombres et vibrantes), et résonne tour à tour comme le héraut d’une sorte de conte pour enfants revisité de manière cynique et chaotique (impossible de ne pas penser aux délires visuels du Alice au Pays des Merveilles de Dinsey quand j’écoute Sultry ou Lizard Dance!) ou comme la voix d’une jeune fille à l’innocence volée qui pleure ses désillusions. Pour le coup, une fois n’est pas coutume, la pochette résume bien cet album, une espèce d’univers fantastique et bariolé peuplé de créatures étranges dont on ne sait pas très bien s’ils elles sont hostiles ou amicales, bref, quelque chose d’étrange, d’indéfinissable mais d’irrémédiablement séduisant.

Tantôt baroque et gonflée de démesure, grotesque au sens littéral du terme, tantôt sombre et lancinante, la musique des Norvégiens nous fait chavirer dans un monde de rêves brisés et d’espoirs insensés qui se côtoient dans des compos intelligentes et évolutives. Le tout est indubitablement mélancolique et sombre, (Letters to Earth ou Homage ne respirent pas la joie!), mais Atrox ne fait pas dans le dépressif à outrance, sa musique reste belle et intimiste sans éveiller de sentiments purement négatifs, et d’une certaine manière, le côté solennel cohabite toujours avec un côté candide et plus léger. En fait, on suit au fur et à mesure des compos l’intériorité dérangée de Gersa, qui nous convie à une sorte de voyage fantastique et expérimental à travers ses rêves colorés (le loufoque et décomplexé Lizard Dance) et ses cauchemars enfouis, épopée complètement imprévisible mais toujours fascinante, qui nous secoue, nous remue, nous agite dans tous les sens, nous ballottant d’émotions en émotions pour nous ramener après 65 minutes sur la terre ferme, encore un peu tanguant, mais complètement dépaysé, et avec un sourire de satisfaction aux lèvres.

Les compos sont uniques et profondes, jouant sur de nombreuses variations de rythmes et d’ambiances, le mélange musical est osé mais toujours cohérent, alternant les passages réellement puissants (Gather in Me No More qui pourrait faire penser à une version féminine et plus calme de Nevermore) et ceux plus intimistes et subtils où les claviers prennent alors le pas sur le reste de l’instrumentation, et où l’auditeur se prend à rêver. Les influences musicales sont très variées pour un alliage décidément unique, certains passages renvoient directement au doom, d’autres, plus rares, sont plus heavy classique, alors que, souvent, des passages dissonants et déstructurés à la free jazz parsèment les compos pour y ajouter un côté loufoque et décalé tandis que d‘autres s‘appuient juste sur des nappes de clavier et un fond de guitares pour poser une ambiance digne d‘une bande originale. Des noms, vous voulez des noms? Alors, citons pêle-mêle Nevermore, After Forever, Diablo Swing Orchestra, Madder Mortem (le début d‘Ignoramus), Arcturus… Vous y êtes? Pas du tout? Rassurez-vous, c’est normal!

Pour résumer, Contentum est un album racé, original, sombre et épique possédant une touche de folie décomplexée jouissive et une personnalité unique, et qui nous fait voyager dans des contrées musicales rarement explorées. Que demander de plus? A acquérir sans hésiter!