Vanitas : Der Schatten einer Existenz

Vanitas : Der Schatten einer ExistenzVanitas est un petit groupe de death sympho autrichien qui a splitté en 2007et qui n’est jamais vraiment parvenu à imposer sa notoriété en dehors de ses frontières, malgré des réalisations honorables et un style relativement original et personnel. Avec Der Schatten einer Existenz (l’ombre d’une existence), ils signent leur deuxième album et nous proposent un death mid tempo sombre et mélancolique enrichi de nombreux éléments classiques qui a tout pour plaire aux amateurs de musique belle, soignée et orchestrale.

Ici, la guitare est plus là en fond, assénant des riffs souvent lourds et plombés, pour renforcer la profondeur et le côté sombre de la musique, et ce sont les claviers qui s’occupent de tisser la trame mélodique et de varier les ambiances. Ils reproduisent bon nombre d’instruments classiques (flûte, piano et violon principalement, qui jouent un rôle prépondérant dans la musique du quintette), offrant ainsi des titres variés et évolutives, on peut d’ailleurs comparer Vanitas à Penumbra dans la composition des titres, les deux groupes offrant un metal plutôt classique dans l’instrumentation électrique mais renforcé d’orchestrations grandiloquentes qui habillent la musique et lui confèrent un caractère unique. L’entremêlement de ces différentes voix (le chant féminin soprano, les chuchotements narratifs, la voix death et la black, un peu moins fréquente) ainsi que l’alternance des passages lourds et tristes, majoritaires, avec certains plus véloces où la voix black vient rehausser l’agressivité du tout, rappellent vraiment la démarche de nos amis Français. D’ailleurs, il est important d’insister sur ces quelques moments de bravoure, car ils sont finalement assez rares sur cet album, ressortant avec plus de force, et n’en étant de fait que plus délectables: ce passage à 3,51 de Pendelschwung où la rythmique s’emballe un peu pour un résultat épique de toute beauté, cette partie inattendue très power sympho à 4,37 de Schliesse mir die Augen, ou encore ce très bon riff de guitare un peu blackisant qui à 0,13 minutes, propulse l’excellent Das Wort Sieht Blicke.

Vanitas semble en effet se concentrer presque exclusivement sur la recherche mélodique, sa musique n’étant jamais violente, et les quelques moments plus agressifs (quelques allers retours à la guitare plus saccadés) étant souvent atténués par des passages épiques au clavier. A ce titre, les amateurs de brutalité pure et de rythmiques marteau-pilon peuvent d’ores et déjà passer leur chemin, ils ne risquent pas de trouver leur compte avec Vanitas, qui finalement, n’a de death que la voix et la lourdeur des guitares. Ici, on navigue tranquillement dans un bon vieux mid tempo des familles, la batterie ne faisant pas d’extravagance, afin de laisser plus de champ aux claviers qui s’incarnent en de douces complaintes de piano, violon et autres flûtes. Certains passages sont d’ailleurs exclusivement composés de ces lignes de claviers, sans aucune assise rythmique, proposant des moments plus calmes et introspectifs, et rappelant parfois les orchestrations d’un Haggard (c’est surtout flagrant sur le court interlude Vor der Worten) en un peu plus cheap. Il ressort du tout une ambiance délicieusement surannée aux relents moyen-âgeux et classiques délectables.

Un côté sombre et désespéré cohabite parfois avec cette facette classique, d’ailleurs, certains riffs et certaines ambiances lorgnent vers le gothique et nous font penser aux bons vieux Moonspell, même si la musique de Vanitas est plus symphonique. Pour citer une autre référence qui ne doit pas être inconnue aux amateurs du genre, on pourrait également comparer le death des Autrichiens à celui de leurs compatriotes d’Hollenthon, même si la musique des seconds est plus agressive, puissante et rythmée. Que ce soit clair, Vanitas n’est pas là pour satisfaire les adeptes du headbang mais plus pour proposer une musique épique, belle et introspective qui invite l’auditeur à une évasion dans un monde romantique et classique oublié depuis des décennies.

Vanitas nous offre donc une musique mélodique à souhait et très facilement abordable même pour les néophytes du genre, avec des compos agréables qui se laissent bien écouter, le tout s’enchaînant de façon fluide sans lasser l’auditeur… Une belle intro potentielle au monde riche et complexe du metal, par exemple, pour tous ceux qui seraient réfractaires à trop de violence sonore. Néanmoins, Der Schatten einer Existenz est loin d’être parfait. Pour beaucoup, cet album sonnera trop mou, voire un peu niais par moments, la faute à ces orchestrations parfois un peu cheap comparées à celles des cadors du sympho que sont Nightwish ou Therion par exemple: le manque de moyens n’aidant pas, force est de reconnaître que les parties symphoniques sont trop synthétiques et manquent de profondeur! On pourra aussi reprocher aux Autrichiens d’oublier la puissance et l’agressivité primaires du metal au profit d’une recherche mélodique parfois trop mise en avant, et pouvant frôler l’indigeste, de même, on déplorera certaines parties un peu longues et redondantes, manquant cruellement de relief, un titre comme Stillschweigen par exemple, étant dispensable, certes loin d’être mauvais, mais se contentant d’être une plate redite des titres précédents…

Quoiqu’il en soit, on ne pourra pas nier que Vanitas signe ici un album soigné et travaillé, parfois peut-être un peu trop lêché et naïf, mais force est tout de même de reconnaître que les Autrichiens font preuve d’un sacré sens de la composition et ne sont pas dénués de talent! Der Schatten einer Existenz reste un très bon album, parfaitement maîtrisé de bout en bout, offrant une musique à la fois belle, directe et facile d’accès, alors pourquoi bouder son plaisir?

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