Archive for February, 2012

Aeternus : … And So the Night Became

Thursday, February 16th, 2012

Aeternus : ... And So the Night BecameEn 2012, qui se rappelle encore d’Aeternus, glorieux combo de death black norvégien ayant sorti deux superbes albums dans les années 90, mais resté relativement anonyme car éclipsé par le succès retentissant de nombre de leurs confrères norvégiens? Aujourd’hui encore, le groupe continue son bonhomme de chemin, continuant à se fendre d’albums dans les années 2000 dans une certaine indifférence, mais si Aeternus ne révolutionne pas le monde du metal avec ses réalisations les plus récentes, on ne peut pas en dire autant des deux perles que sont ses premiers albums et qui ont eu une influence indéniable sur une partie de la scène pagan black. Après un Beyond the Wandering Moon très réussi, mais plus classique dans son approche d’un black païen épique et rugueux, voici qu’arrive en cette année 1998 le bien nommé And So The Night Become, véritable pépite noire et majestueuse aux contours plus rugueux que son prédécesseur.

C’est There No Wine Like the Blood’s Crimson, majestueuse pièce de plus de 13 minutes, qui se charge de débuter les hostilités par une intro très sombre et épique aux sonorités résolument black, nous plongeant dans une ambiance mystique et horrifique. Des claviers fantomatiques épousent des notes de piano graves et dramatiques, puis arrive la voix d’Ares, terrifiante, grave et haineuse, qui domine de ses éructations death impérieuses d’autres plaintes, apeurées et désespérées, des chants liturgiques, ainsi que des chuchotements mystérieux. Lorsque résonnent les percussions tribales dès 3min20, s’emballant progressivement en une sorte de transe religieuse, le doute n’est plus permis: on assiste, autant révulsé que fasciné, nos yeux ne pouvant se détourner de ce spectacle sanglant et hypnotique, à un rituel païen sacrificiel macabre et sauvage. S’ensuit un moment de silence, lourd de mauvais présages, et l’instrumentation metal déboule furieusement, confirmant nos pires craintes: tout d’abord une batterie guerrière qui tape sans discontinuer, martelant tout du long avec furie ce même rythme hypnotique et puissant, très martial, puis des guitares très graves et lourdes, qui nous servent un riff morbide et sombre, roulant sournoisement sur plusieurs minutes pour mieux partir à l‘assaut de notre âme, cherchant à nous faire insidieusement basculer du côté de l‘art noir… Et, pour parachever le tout, cette voix rauque et possédée, terriblement grave, véritable maître de cette cérémonie macabre, qui enveloppe le tout d’une aura sépulcrale et d’une ambiance mortifère à vous coller des frissons, vous envoûtant littéralement, et achevant de vous entraîner dans les abysses insondables d‘Aeternus… Non, on ne nage pas dans la joie, et cette première pièce est terriblement sombre et glauque.

La mélopée connaîtra quelques changements de rythme, les guitares cracheront différents riffs à la face du monde bien pensant (avec, notamment, à 10min03, ce riff sublime très typé black à la mélancolie et à la majesté contagieuses), les éructations d’Arès subiront quelques modulations le long de cette immense fresque épique, muant parfois en hurlements black, mais le tout forme un bloc terriblement homogène et consistant, une musique solide, lourde et massive, très puissante, mais qui n’oublie pas pour autant de miser sur les émotions en développant un côté épique très prononcé.

Vient ensuite As I March, qui débute sur un riff plus posé et aéré, à forts relents païens, laissant un peu respirer l’auditeur, mais l’accalmie est de courte durée, car quand la batterie commence à blaster sur ce riff glacé et typiquement black, on replonge immédiatement dans des ténèbres envoûtantes à la beauté irrésistible. En fait, le titre varie continuellement entre lourdeur suffocante et proprement terrifiante, et passages plus lumineux et apaisés pour un résultat toujours très épique et majestueux, et cela se constate sur tout l’album: la fureur de There No Wine Like the Blood’s Crimson, la magnifique intro acoustique de Warriors of the Crescent Moon, l’hymne guerrier qu’est Blodsverging, When The Crow’s Shadow Falls, qui se pare aussi d’une intro de toute beauté, enchaînant sur un riff monstrueux de puissance appuyé par un blast rageur, et revenant à un mid tempo qui fait la part belle au clavier, Ild Dans est ses chants clairs viking de toute beauté…, tout s’enchaîne sans temps mort avec une cohérence sans faille. On constate qu’au fur et à mesure de la galette, l’ambiance se fait plus calme et moins oppressante, comme si Arès avait éructé toute sa haine lors de la première piste, et que le sacrifice avait repu les divinités assoiffées de sang: après cette cérémonie occulte, tout rentre petit-à-petit dans l’ordre, les éléments s’apaisent, et l’Homme peut reprendre sa place dans ce combat de tous les instants qu’est la Vie, au milieu du climat rude de la nature du Nord. D’ailleurs, l’album se clôt sur une plage entièrement acoustique, touchante de simplicité et de beauté, où les musiciens semblent exprimer par le biais de mélodies celtiques leur amour pour la terre de leurs ancêtres et leur attachement à la nature.

Pour résumer, la musique d’Aeternus est un habile condensé de plusieurs styles, empruntant la lourdeur et la puissance du death ainsi que ses vocaux abyssaux, le côté occulte et envoûtant ainsi que l‘ambiance noire du black, le tout animé d’une âme violente, fière et païenne à la Bathory. Globalement, on a affaire à une sorte de death très lourd et mid tempo suintant le mysticisme, aux riffs très gras et hypnotiques, renforcés par une basse bien mise en avant et une double omniprésente, et le tout appuyé par une voix sombre très expressive capable de monter en des plaintes écorchées plus typiquement black. Pour comparer la musique du combo avec celle de formations plus actuelles, on pourrait parler d’un croisement entre Amon Amarth pour le côté lourd et puissant, Belenos pour le côté païen omniprésent ainsi que certaines mélodies à consonance celtique et Taake pour la dimension résolument épique de la musique, le tout dominé par une bonne dose de mélancolie et de noirceur et un côté désolé que n’aurait pas renié Shining (surtout dans le premier titre). Un art sombre et magique, qui parvient à animer devant les yeux de l’auditeur les fantômes d’un passé glorieux et à ressusciter les légendes et les dieux d’autrefois, une musique prenante et profonde qui parle directement à votre âme, pas spécialement violente, mais très solennelle et animée d’un souffle spirituel palpable, vous ballottant des abysses aux étendues célestes les plus paisibles (la fin sublime de Warrior of the Crescent Moon) en passant par la désolation des champs de bataille…

… And So the Night Became est une œuvre indispensable à tous les amateurs de musique sombre, païenne et épique, qui fait office à bien des niveaux de précurseur et de modèle d‘un style à part entière. Si vous voulez vous pencher sur les origines d’un mouvement pagan black aujourd’hui largement reconnu, et en exhumer l’une de ses plus anciennes, noires et glorieuses racines, il convient sans faute de se pencher sur cette superbe offrande des Norvégiens, passer à côté serait une véritable hérésie. Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Diablerie (FIN) : Seraphyde

Wednesday, February 1st, 2012

Diablerie (FIN) : SeraphydeDiablerie est un groupe finlandais d’electro black metal résolument underground et discret fondé en 1998, et dont la musique, franchement barrée, unique et jouissive, éclate au grand jour en 2001 sur ce premier – et à ce jour unique – full lengh qu’est Seraphyde.

Essayer de décrire la musique des Finlandais est un exercice périlleux tant, au premier abord, leurs compos semblent partir dans tous les sens; non pas que les chansons soient très évolutives, mais les 11 plages qui composent cet album sont très différentes les unes des autres, et Diablerie semble visiblement se plaire à brouiller les pistes, variant les ambiances, mixant les influences les plus improbables (Until Death Do Us Apart avec ses couplets bluesy complètement déjantés!!!) et ne se fixant aucune limite pour pouvoir mieux imposer son univers sombre et torturé et y entraîner le pauvre auditeur impuissant.

Un exemple: Dystopia entame la galette par un beat technoïde limite drum n’ bass, se poursuivant sur une mélodie sautillante assez bizarre et saccadée, très dansante, puis arrivent les guitares lourdes et massives, qui reprennent le thème principal sur une rythmique indus’ brise-nuque. Le tout se calme ensuite pour laisser place à des voix trafiquées s’entrelaçant confusément sur ces percussions électroniques insidieuses, avant que les grattes ne repartent de plus belle. Et, plus tard, dans le coeur de la tourmente metallique, un clavier lunaire nous sert une succession de nappes hypnotiques et glaciales aux relents apocalyptiques, appuyées par une voix black des plus haineuses. Le ton est donné: Seraphyde est un album bien barré et définitivement pas comme les autres, qui sait alterner puissance pure et groovy avec des passages plus ambiancés et profonds au sein d’un même morceau.

Les guitares sont saccadées et puissantes à souhait, la basse est parfaitement audible, les percus (j’ai vraiment cru à une batterie programmée lors des premières écoutes, mais à en croire la fiche SoM du groupe, que nenni!) sont tout simplement excellentes, intelligentes et variées, avec une double qui martèle quand il faut et un son délicieusement synthétique qui colle parfaitement à l’ensemble, et les voix, véritable fil conducteur de l’album, sont très variées et expressives, allant d’une éructation death pleine de noblesse (majoritaire) à des feulements black totalement écorchés, en passant par une pléthore de chuchotements insidieux, de rires malsains et de hurlements déments qui expriment une folie palpable semblant expulser un trop plein de haine et de frustrations (Bitter Utopia, Seraphyde) ainsi que des voix claires désabusées à la résignation envoûtante (Weltschmerz, Seraphyde).

Pour tenter tout de même de mettre quelques mots sur le chaos sonore que nous propose Diablerie, on pourrait parler d’une musique sombre, envoûtante, à l’ambiance vénéneuse, et à fortes tendances électroniques. En fait, la galette se partage plus ou moins entre morceaux bien rythmés et agressifs, où les percussions synthétiques et le mur glacial de guitares, très mécaniques et syncopées, donnent un côté dansant irrésistible appuyé par une touche martiale bien sentie, et en d’autres plages plus lentes et pesantes, faisant la part belle aux ambiances (Float, Oppression). Ici, les claviers, sorte de fil rouge tout au long de l’album, jouent un rôle prépondérant, tissant une toile sonore mystérieuse et inquiétante, procédant tantôt par nappes ajoutant une noirceur et une profondeur supplémentaires sur les pistes les plus rythmées ( le terrible Astronomicon avec son final explosif et dantesque, Death Wired to the Bleak), tantôt comme instrument principal sur les morceaux les plus lents, où ils distillent une ambiance désolée, glauque et poisseuse. Un côté déshumanisé, désespéré et typiquement indus’, comme un parfum de fin du monde, ressort de ces compos qui semblent nous narrer sur plusieurs tons la décrépitude d’un monde à l’agonie, le tout teinté d’un cynisme froid et lucide (confer le titre Bitter Utopia, qui en dit long).

La musique de Diablerie est sacrément riche et complexe, et se pare de multiples influences parfaitement assimilées pour créer un univers unique et personel: à l’écoute de certains passages, on peut tour à tour penser à Rammstein, Apostasia, Mortiis, voire Pain pour le côté entraînant et entêtant de certains refrains, ou carrément Prodigy sur certains passages techno et l’utilisation de certaines parties de claviers. Seraphyde sera peut-être déstabilisant lors des premières écoutes et difficile à digérer tant son contenu peut paraître éclaté au premier abord, mais à force d’écoutes, on finit par percevoir une véritable cohérence et on se laisse docilement entraîner par ces guitares mécaniques et cette délicieuse ambiance de fin du monde: finalement, Seraphyde apparaît comme un être hybride et maudit, sorte de fruit pourri d’une civilisation moderne malade et vouée à l’autodestruction, sa musique exprimant le malaise urbain et la lente dégénérescence d’un monde qui se mord la queue, victime de sa propre folie et de ses propres contradictions.

Un OVNI rafraîchissant dans le monde convenu de l’electro black indus, à découvrir absolument et sans tarder!