Archive for May, 2012

Grog : Odes to the Carnivorous

Sunday, May 27th, 2012

Grog : Odes to the CarnivorousIl faut le reconnaître, le Portugal n’est pas particulièrement réputé pour sa scène extrême, et même si en évoquant le pays du porto, on pense tout de suite à Moonspell, force est de constater qu’à part ce mastodonte, rares sont les groupes lusitaniens à avoir acquis une notoriété importante en dehors de leurs frontières. Et si dans une branche plus mélodique et gothique, les Ibères ne déméritent pas (citons entre autres Moonspell, Heavenwood et ava Inferi), la situation au niveau du death metal est loin d‘être florissante : autant les cousins brésiliens sont particulièrement prolifiques – et sauvages!- en la matière, avec une flopée de groupes tels que Krisiun, Raebelliun ou Nephasth, de même que les voisins espagnols peuvent se vanter de compter quelques formations de qualité comme Avulsed ou Haemmorrhage, autant en ce qui concerne le Portugal, on n’est pas loin du néant en matière de metal de la mort digne de ce nom reconnu internationalement.

Eh bien, mesdames et messieurs, aujourd’hui, cela va changer! Réjouissez-vous, vous pourrez enfin sortir un nom de groupe de death portugais lors des dîners mondains, j‘ai nommé Grog!

Vétéran injustement méconnu de la scène portugaise officiant dans la scène brutal death depuis 91 bien que n’ayant sorti qu’un seul véritable album auparavant, Grog nous assène son bien nommé Odes te the Carnivorous en 2001 par l‘intermédiaire d‘un petit label français, Shockwave Records.

Au menu, tripaille, cannibalisme, mutilations, membres dépecés et sadiques pervers et sanguinaires, tout ceci n’est pas très original me direz-vous, mais que cela soit bien clair, Grog n’est pas un groupe de death brutal gore sans âme comme il en pullule des milliers, et cette galette a tous les arguments pour squatter un bon moment vos platines aux côtés des classiques de Cannibal Corpse ou Suffocation (dans une moindre mesure).

Le tout commence par une intro sombre et inquiétante où guitares grasses et syncopées et didjeridoo tribal aux échos graves et inquiétants fusionnent sur un fond de grognements et de borborygmes gutturaux. Ce titre éponyme porte bien son nom, à l’écoute des 35 premières secondes, on s’imagine dans une grotte sombre au fin fond de laquelle se déroulent des rituels païens sanglants et innommables. L’intensité monte petit-à-petit, se muant en un death lent et poisseux avec l’arrivée d’un riff lourd, de la batterie et de la voix d’outre-tombe de Pedro Pedra, s’emballant par la suite en un death furieux, rappelant immanquablement Hammer Smashed Face de vous savez qui, visiblement la plus grande influence du groupe.

Sans crier gare, le tout s’enchaîne sur un Corpse Reanimation qui résume à lui tout seul l’essence de Grog : un riff lourd puis un déferlement death metallique d’une sauvagerie jouissive avec des riffs brise-nuques et entraînants joués à cent à l’heure, une basse qui claque et ajoute de la profondeur à l’ensemble (le début de Formicators Delirium, le délicieux break de Cult of Blood), une batterie déchaînée au son très clair, et un guttural effrayant doublé de voix black criardes pour renforcer l’impact sauvage de la musique. La recette est donnée! Grog décélère rarement, la musique des Portugais reste brutale, primaire, entraînante et sacrément addictive, idéalement aérée avec quelques décélérations écrasantes, des chorus de guitares bien chiadés et quelques petits soli par ci par là qui peuvent parfois rappeler Slayer.

Le groupe se montre particulièrement bon dans cette alternance de riffs syncopés à la lourdeur écrasante émaillés de larsens dissonants et soutenus par une double infatigable et les parties plus furieuses où les riffs de grattes, complexes et enchevêtrés mais toujours parfaitement audibles, s’accélèrent furieusement pour notre plus grand plaisir sous les blasts tonitruants de Rolando Barros. La musique est excellente, les dix pistes de la galette s’enchaînent sans temps morts (mention spéciale pour l‘excellent Cult of Blood, qui en moins de 3 minutes, donne une parfaite leçon de death brutal, rapide, groovy et furieusement intense!), et même si les titres se ressemblent beaucoup, le plaisir reste intact tout au long des 36 minutes que dure cette galette, durée idéale pour ce genre d‘offrande.

Une particularité édifiante du groupe, qui le distingue de la masse des hordes de death brutal anonymes, c’est cette aura malsaine et poisseuse, ce côté possédé et sauvage que l’on ressent véritablement sur les compos, le tout aidé par un son au poil (assez roots mais mettant bien tous les instruments en valeur, un régal!) et un accordage des grattes très bas. De même, Grog n’hésite pas à distiller certains soupçons de black dans sa mixture pour relever la furie de sa musique (le riff de Dead art Collection, ces vocaux hurlés qui viennent appuyer le growl caverneux de Pedro Pedra), et si le tout reste extrêmement entraînant, groovy et d‘une sauvagerie primitive et décomplexée, vraiment death metal en somme, cette noirceur macabre et maléfique suinte par tous les pores de la musique.

Paradoxalement, la musique est très propre, les instruments sont extrêmement bien maîtrisés, et le technique des zicos est plus qu’honorable, mais on est à des années lumières de cette vague de death ultra technique aseptisée à l’exécution robotique et au son clinique. Non, avec Odes to te Carnivorous, Grog s’adresse à la bête tapie au plus profond de nous, réveille nos instincts primitifs et nous exhorte à nous laisser aller à nos pulsions animales dans un joyeux carnage auditif. Vous voulez passer un bon moment sans vous prendre la tête, à vous démonter les cervicales en éclusant des bières sur une musique excellente? Vous voulez vous défoulez en rentrant du boulot et calmer vos nerfs fatigués à grands coups de fureur death metallique? Vous êtes un dangereux psychopathe qui cherchez la bande son idéale pour perpétrer un massacre sanglant à coups de hache ou de pic à glace? Foncez vous procurer d’urgence ce Odes to the Carnivorous, vous ne serez pas déçus!

Bloodhammer : Post-Apocalypse Trilogy

Monday, May 14th, 2012

Bloodhammer : Post-Apocalypse TrilogyAh, le black metal… Il faut bien l’avouer, de nos jours, dans ce style musical tant adulé que décrié, il est parfois plus question d’attitude que de musique à proprement parler : les sempiternels débats pour savoir qui est true et qui est un vendu, les clichés satanistes grotesques, la promotion à grands coups de déclarations fracassantes et provocantes, l’élitisme gerbant et les ridicules aspirations occulto-spirituelles de certains pseudo philosophes soi-disant éclairés par la noirceur des Ténèbres, les jugements de valeur sur les modes qui disparaissent aussi soudainement qu’elles disparaissent (revival plus ou moins douteux et opportuniste de la vague norvégienne des 90’s, DSBM minimaliste et grabataire servant de faire-valoir à la mélancolie de quelques musiciens manchots persuadés d‘être les seuls à souffrir, tendances post black/progressif éthéré aux aspirations intellectuelles enflées de pseudo génies incompris), bref, il y a de quoi faire.

Pourtant, tout cela ne semble pas toucher Bloodhammer le moins du monde qui, loin des clichés, des modes et des débats, s’évertue à balancer un black brut de décoffrage, direct, entraînant et destructeur.

Revenons un peu en arrière : en 1997, Bloodhammer se forme et après moult splits et un album en 2003, sortis dans l’anonymat d’une scène underground finlandaise en perpétuelle ébullition, le groupe nous envoie sans crier gare ce Post-Apocalypse Trilogy incandescent dans les gencives en 2006.

Ici, c’est simple, pas de prise de tête : un logo des plus basiques et martiaux, un label qui porte le doux nom, seyant à merveille à la musique du groupe, de Primitive Reaction, un album titré Post-Apocalypse Trilogy, une cover simple montrant d’affreux encapuchonnés, la faux à la main, parcourant un paysage de fin du monde, pas de photos des membre du groupe, pas de pseudonymes satanistes bon marché, pas de paroles, pas même de remerciement, et, à l’arrière du livret, l’illustration d’une explosion nucléaire, voilà qui résume bien les 10 titres que le groupe expédie en 36 minutes chrono. Pas de fioritures ni de branlettes de manche superflues, le tout est cru, direct et sauvage, néanmoins, on n’est pas dans le bourrinage excessif, et la musique parvient à rester assez mélodique et accessible.

En fait, l’album se divise en trois parties distinctes qui se distinguent assez nettement d’un point de vue musical: lors du premier chapitre, Bloodhammer balance des riffs glaciaux , haineux et minimalistes, le tout restant furieusement sombre et hypnotique et rappelant inévitablement le charnier sonore des vieux Darkthrone (Vanishing Point, ou le morceau Altered Shapes, dont le début me fait furieusement penser à du Sargeist). De temps à autre le groupe pose des décélérations morbides et mortifères, plus mélodiques et suintantes de mélancolie, toujours auréolées de ce feeling scandinave unique qui sait nous envoûter lors de certains chorus diaboliques, un peu comme sait si bien le faire Craft.

La voix est bien crade et rauque, ajoutant une petite touche bestiale et jouissive à la musique, le batteur varie peu les rythmes et tape comme un sourd sur sa grosse caisse avec une furie basique presque punk, lobotomisant l’auditeur, et le forçant par ses coups de butoir à courber l’échine et à pénétrer dans l’univers sombre et décadent du groupe.

Nous glissons lors de la cinquième piste, After the Fall of Human Race, à la deuxième partie de l’album, plus lente, entraînante et groovy, donnant furieusement envie de taper du pied et de secouer la tête, renvoyant directement au black ‘n roll des bons vivants de Carpathian Forest, avec des paroles scandées en hymne (“After the Fall of Human Race The World is a Silent Grave!”) avec en prime, une batterie toujours aussi simple qui rythme efficacement l’ensemble (le début de Deathcorpse Underground) et quelques soli bruitistes et dissonants qui viennent émailler de leurs notes criardes le chaos des guitares.

Le dernier chapitre poursuit sur la lancée du deuxième et nous offre un black tantôt rapide et thrashy mais toujours empreint de groove, tantôt plus lent et mélancolique, avec ce feeling rock n’ roll (le Come On! De Force of One). Le tout reste influencé par le black thrash primitif mais furieusement jouissif de groupes comme Destroyer 666 (c’est évident sur le missile Deathcorpse United, qui clôture la deuxième partie ou sur Wasteland Battles, qui ouvre la dernière), violent mais toujours mélodique.

Finalement, le groupe parvient habilement à jouer sur tous les tableaux, piochant par ci par là ses influences chez les grands noms du genre pour nous recracher à la gueule sa propre mixture black metal. Même si le tout est loin d’être original et qu’on ne peut pas dire que la musique des Finlandais soit vraiment novatrice, on ne peut que s’incliner devant tant de maîtrise et la facilité qu’a Bloodhammer à nous balancer un black metal efficace, entraînant et atemporel qui ravira sans problème tous les adeptes du genre. Un autre petit bémol, c’est le son qui manque parfois un peu de puissance pour rendre hommage aux pistes les plus lentes qui, du coup, perdent en ambiance et cassent un peu le rythme de la galette (Force of One par exemple, avec sa longue intro de 2 minutes pas franchement indispensable). Ceci dit, c’est du black, les grattes grésillent bien comme il faut, nous gratifiant parfois de quelques larsens bien dégueulasses en fin de piste, mais restent parfaitement audibles, et que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir ma p‘tite dame! De plus l’excellente première partie compense largement ces coups de mou, et l‘écoute du skeud dans son intégralité se fait d‘une traite très facilement. Bref, vous l’aurez compris, cet album est à acquérir pour tous les amateurs de black metal pas prise de tête, efficace et hymnique qui se reconnaissent dans les grands noms que sont Darkthrone, Carpathian Forest, Craft et Destroyer 666!