Bloodhammer : Post-Apocalypse Trilogy

Bloodhammer : Post-Apocalypse TrilogyAh, le black metal… Il faut bien l’avouer, de nos jours, dans ce style musical tant adulé que décrié, il est parfois plus question d’attitude que de musique à proprement parler : les sempiternels débats pour savoir qui est true et qui est un vendu, les clichés satanistes grotesques, la promotion à grands coups de déclarations fracassantes et provocantes, l’élitisme gerbant et les ridicules aspirations occulto-spirituelles de certains pseudo philosophes soi-disant éclairés par la noirceur des Ténèbres, les jugements de valeur sur les modes qui disparaissent aussi soudainement qu’elles disparaissent (revival plus ou moins douteux et opportuniste de la vague norvégienne des 90’s, DSBM minimaliste et grabataire servant de faire-valoir à la mélancolie de quelques musiciens manchots persuadés d‘être les seuls à souffrir, tendances post black/progressif éthéré aux aspirations intellectuelles enflées de pseudo génies incompris), bref, il y a de quoi faire.

Pourtant, tout cela ne semble pas toucher Bloodhammer le moins du monde qui, loin des clichés, des modes et des débats, s’évertue à balancer un black brut de décoffrage, direct, entraînant et destructeur.

Revenons un peu en arrière : en 1997, Bloodhammer se forme et après moult splits et un album en 2003, sortis dans l’anonymat d’une scène underground finlandaise en perpétuelle ébullition, le groupe nous envoie sans crier gare ce Post-Apocalypse Trilogy incandescent dans les gencives en 2006.

Ici, c’est simple, pas de prise de tête : un logo des plus basiques et martiaux, un label qui porte le doux nom, seyant à merveille à la musique du groupe, de Primitive Reaction, un album titré Post-Apocalypse Trilogy, une cover simple montrant d’affreux encapuchonnés, la faux à la main, parcourant un paysage de fin du monde, pas de photos des membre du groupe, pas de pseudonymes satanistes bon marché, pas de paroles, pas même de remerciement, et, à l’arrière du livret, l’illustration d’une explosion nucléaire, voilà qui résume bien les 10 titres que le groupe expédie en 36 minutes chrono. Pas de fioritures ni de branlettes de manche superflues, le tout est cru, direct et sauvage, néanmoins, on n’est pas dans le bourrinage excessif, et la musique parvient à rester assez mélodique et accessible.

En fait, l’album se divise en trois parties distinctes qui se distinguent assez nettement d’un point de vue musical: lors du premier chapitre, Bloodhammer balance des riffs glaciaux , haineux et minimalistes, le tout restant furieusement sombre et hypnotique et rappelant inévitablement le charnier sonore des vieux Darkthrone (Vanishing Point, ou le morceau Altered Shapes, dont le début me fait furieusement penser à du Sargeist). De temps à autre le groupe pose des décélérations morbides et mortifères, plus mélodiques et suintantes de mélancolie, toujours auréolées de ce feeling scandinave unique qui sait nous envoûter lors de certains chorus diaboliques, un peu comme sait si bien le faire Craft.

La voix est bien crade et rauque, ajoutant une petite touche bestiale et jouissive à la musique, le batteur varie peu les rythmes et tape comme un sourd sur sa grosse caisse avec une furie basique presque punk, lobotomisant l’auditeur, et le forçant par ses coups de butoir à courber l’échine et à pénétrer dans l’univers sombre et décadent du groupe.

Nous glissons lors de la cinquième piste, After the Fall of Human Race, à la deuxième partie de l’album, plus lente, entraînante et groovy, donnant furieusement envie de taper du pied et de secouer la tête, renvoyant directement au black ‘n roll des bons vivants de Carpathian Forest, avec des paroles scandées en hymne (“After the Fall of Human Race The World is a Silent Grave!”) avec en prime, une batterie toujours aussi simple qui rythme efficacement l’ensemble (le début de Deathcorpse Underground) et quelques soli bruitistes et dissonants qui viennent émailler de leurs notes criardes le chaos des guitares.

Le dernier chapitre poursuit sur la lancée du deuxième et nous offre un black tantôt rapide et thrashy mais toujours empreint de groove, tantôt plus lent et mélancolique, avec ce feeling rock n’ roll (le Come On! De Force of One). Le tout reste influencé par le black thrash primitif mais furieusement jouissif de groupes comme Destroyer 666 (c’est évident sur le missile Deathcorpse United, qui clôture la deuxième partie ou sur Wasteland Battles, qui ouvre la dernière), violent mais toujours mélodique.

Finalement, le groupe parvient habilement à jouer sur tous les tableaux, piochant par ci par là ses influences chez les grands noms du genre pour nous recracher à la gueule sa propre mixture black metal. Même si le tout est loin d’être original et qu’on ne peut pas dire que la musique des Finlandais soit vraiment novatrice, on ne peut que s’incliner devant tant de maîtrise et la facilité qu’a Bloodhammer à nous balancer un black metal efficace, entraînant et atemporel qui ravira sans problème tous les adeptes du genre. Un autre petit bémol, c’est le son qui manque parfois un peu de puissance pour rendre hommage aux pistes les plus lentes qui, du coup, perdent en ambiance et cassent un peu le rythme de la galette (Force of One par exemple, avec sa longue intro de 2 minutes pas franchement indispensable). Ceci dit, c’est du black, les grattes grésillent bien comme il faut, nous gratifiant parfois de quelques larsens bien dégueulasses en fin de piste, mais restent parfaitement audibles, et que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir ma p‘tite dame! De plus l’excellente première partie compense largement ces coups de mou, et l‘écoute du skeud dans son intégralité se fait d‘une traite très facilement. Bref, vous l’aurez compris, cet album est à acquérir pour tous les amateurs de black metal pas prise de tête, efficace et hymnique qui se reconnaissent dans les grands noms que sont Darkthrone, Carpathian Forest, Craft et Destroyer 666!

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