Archive for October, 2012

Vomitorial Corpulence : Skin Stripper

Friday, October 26th, 2012

Vomitorial Corpulence : Skin StripperY a pas à chier, parfois, la musique, ça fait du bien. Je ne parle pas des hymnes intemporels qui vous font voyager, les yeux clos et la tête dans les nuages, dans des contrées musicales oniriques, ou de ces mélopées bouleversantes de beauté qui vous chavirent l’âme et vous filent la larme à l’oeil, non. Je parle de musique brute, violente et directe, d’un exutoire jouissif sous forme de décibels, d’un défouloir bruitiste dans lequel noyer toutes vos haines et vos frustrations. Vous avez passé une journée de merde au boulot et votre patron vous a traité comme un moins-que-rien? La voisine vous a réveillé à 6h du mat’ un dimanche matin en passant l’aspirateur? Vous venez d’apprendre que votre belle mère venait manger à la maison ce soir? Votre femme fait sa crise de la quarantaine et refuse de se soumettre au rituel hebdomadaire de la petite gâterie que vous chérissez tant? Qu’à cela ne tienne, il y a Vomitorial Corpulence.

Vous vous doutez bien qu’avec un patronyme aussi raffiné, nos doux poètes australiens ne pratiquent pas du metal prog’ à claviers et ne font pas dans la dentelle. Comme on peut s’en douter ici, on macère allègrement dans le pus d’un grind bien gras et crade, et les 27 petites minutes de ce doux requiem sentent bon le mucus, le vomi, la tripaille et la bile.

N’y allons pas par quatre chemins: Vomitorial Corpulence, ou V. C. pour les intimes (ha ha!), c’est du grind de 3eme division tout ce qu’il y a de plus basique et bas-du -front, sans aucune originalité ni finesse, le fier représentant d’un style primaire qui se complait à s’auto-parodier et à s’engluer dans les mêmes clichés horrifico-gores éculés depuis les premiers Carcass et Cannibal Corpse. Ici, il n’y a rien à dire, tout y est, de la pochette craspec’ au nom de compos à coucher dehors (allez, au pif, je vous sers du Festering Insalubrious Bowel Hemorrhaging Of Cancerous Pustulosus And Abdominal Abscess Discharge Of The Intestinal Tract, merci le copier/coller!), en passant par les inévitables extraits de films gore histoire d‘empuantir encore cette ambiance putréfiée et cadavérique, et l’indispensable morceau de 6 secondes pour concurrencer le Dead de Napalm Death. Du classique de chez classique on vous dit.

Musicalement parlant, comme on peut s’en douter, il y a peu de mélodies, peu de variations, les musiciens sont loin d’être des virtuoses, et on ne distingue pas toujours très bien ce qui se passe: imaginez des guitares accordées très bas formant une bouillie sonore indistincte avec la basse et nous gratifiant de riffs pas toujours très compréhensibles, une batterie en carton pâte qui alterne rythmiques punk et blasts des familles et une alternance de voix délirante (ridicule?) entre un Donald Duck sous speed, des grognements porcins et les borborygmes d’un évier qu‘on débouche. On pourrait croire à un hybride bâtard entre Rompeprop, Mortician et Last Days of Humanity, et le tout ressemble furieusement à un Napalm Death putréfiépériode 88-89, mais en plus craspec’, décérébré et rudimentaire c’est vous dire le bon goût de l’objet!

Et pourtant, Vomitorial Corpulence possède ce petit quelque chose d’indéfinissable que je ne parviens pas à trouver dans la multitude de groupes de grind qui pullulent sur le marché actuel, et qui en fait un groupe attachant : je ne sais pas si c’est le côté délirant du tout (le groupe ne se prend clairement pas au sérieux,il n’y a qu’à voir le “Thanks God” à la fin du livret et la photo du groupe se recueillant devant une église, mais ne tombe pas au niveau de bouffonnerie un peu lassante d’un Gronibard ou d’un Ultra Vomit), l’alternance entre les voix qui donne une dynamique agréable et une certaine « fraîcheur » (ha ha!) aux compos, à moins que ce ne soit cet accordage si spécial, ce son si épais, qui donne un côté très groove n’ roll à l‘ensemble (parfois, on pense même à du Haemorrhage), mais Skin Stripper, malgré tous ses défauts qu’il assume pleinement, se laisse écouter avec une délectation jouissive ( mention spéciale pour le dernier titre, machine groovy imparable avec ses riffs gras qui vous file une gaule d’enfer et vous donne envie de tout péter dans votre baraque). Le tout est furieux, groovy, in your face et intense et, même si une impression de grand n’importe quoi et de confusion s’échappe souvent de ce joyeux bordel (les interludes au banjo désaccordé que constituent Hillbilly Heaven et Barnyard Grind), ces 27 minutes de grind déjanté et chaotique passent très vite et nous filent la banane. En cela, les Australiens réussissent largement leur pari, s’adresser à nos instincts les plus vils et primitifs pour faire ressortir l‘animal qu‘il y a en nous, et nous faire passer un bon moment de bestialité primaire sans prise de tête, et surtout sans aucune prétention.

En conclusion, si vous voulez un grind engagé et enragé à l‘intensité furieuse et aux riffs en béton armé, passez votre chemin, Vomitorial n’est pas Nasum. Si vous voulez des compos rouleau-compresseur au son massif et écrasant, circulez, Vomitorial ne fait pas du Mumakil. Si vous voulez du grind barré et schizophrène travaillé et technique, allez voir ailleurs, Vomitorial ne verse pas non plus dans le Cephalic Carnage. Non Vomitorial Corpulence c’est du crade, du décérébré, c’est presque du foutage de gueule tellement c’est minimaliste et anti-musical, mais finalement, c’est ça qui est jouissif, et on en redemande! Cheers guys, Vomitorial Corpulence rules!

Furia (FRA-1) : A la Quête du Passé

Thursday, October 25th, 2012

Furia (FRA-1) : A la Quête du PasséFuria est un groupe français qui a évolué dans un black death épique et original avant de se mettre au thrash death de bûcheron sur leur troisième album, Kheros. En 2001, le groupe sort son premier album via Adipocere et crée un petit évènement dans le paysage du metal extrême français, en proposant une musique riche, complexe, variée, épique, entraînante et originale aux forts relents heavy.

Dés le superbe Prologue, on rentre de plein pied dans l’univers épique tissé à grands coups de claviers par les Mâconnais: on sent que le groupe veut nous conter une histoire dramatique, nous embarquer dans un univers sombre et violent plein de rebondissements, et dans cette noble optique, il soigne particulièrement ses ambiances: samples bucoliques et claviers enchanteurs et grandiloquents, puis percussions tribales et voix solennelles, tout y est! Cette piste introduit parfaitement la narration de la quête d’identité de Miran, qui se poursuivra le long de ces 13 pistes pleines de rebondissements et la tension dramatique monte tout doucement, nous préparant en douceur à l’explosion du premier véritable titre, A la Quête du Passé, qui déboule sur un riff heavy et entêtant. Sur ce titre, Furia met d’emblée tous ses atouts en avant : des guitares virtuoses, ultra mélodiques et accrocheuses, pour une compo dynamique et puissante aux nombreux changements de rythmes et aux ambiances variées. Sur la piste suivante, on passe sans crier gare à un death progressif très sombre qui sait se faire violent quand il faut en envoyant quelques méchants blasts. Le growl est bestial, la section rythmique tabasse, mais le tout reste mélodique et rehaussé de claviers, on alterne continuellement entre death et black et on reconnaît aisément la patte du groupe, même si le style a évolué.

Cette diversité, c’est un des points forts de Furia, avec une musique très variée qui suit les exigences du concept, voguant avec maestria entre black, death et heavy sur des eaux tantôt sombres et violentes tantôt mélodiques et plus ambiancées, mais toujours délicieusement épiques. Parfois, la violence metallique s’arrête au milieu d’une compo pour faire la part belle à des parties de claviers et des voix expressives qui font progresser la narration, et le tout repart de plus belle dans des montées en puissance parfaitement contrôlées. Les changements de rythme sont très nombreux au sein des différentes pistes et même si les morceaux sont plutôt courts, on pourrait presque les qualifier de progressifs tant ils mélangent les styles et les ambiances.

Le tout est parfaitement maîtrisé, avec des musiciens qui assurent comme il faut, une basse parfaitement audible qui nous balance des parties délectables, une batterie intelligente et racée qui sait envoyer quand il le faut et des riffs de gratte proprement jouissifs. Les liants de ces plages aux nombreux rebondissements sont sans conteste les claviers, qui distillent tout le long de l’album leurs ambiances tantôt légères et bucoliques, parfois à la limite du kitsch, il est vrai, tantôt sombres et vénéneuses suivant les états d’âme de Miran, et cette alternance de voix si typique du groupe: des vocaux différents pour chaque personnage qui intervient dans la quête initiatique du héros torturé.

L’album est intelligemment divisé en 4 parties, qui obéissent à la progression de l’histoire, et que l’on peut retrouver dans le livret où les paroles sont sobrement illustrées. Si certaines compos sont plus dispensables que les autres, une grande majorité des morceaux possède ses moments de bravoure, parties ultimes où les musiciens se subliment pour vous emmener loin et vous faire voyager dans les profondeurs obscures d’une âme tourmentée en proie à des questions existentielles. Ici, un riff (le superbe riff heavy qui entame A la Quête du Passé, ou celui, très entêtant et épique, à 1min05 de Gorthoth, il y a le choix, Furia est une vraie usine à riffs!), là une pluie de notes aiguës vomies par la guitare (cette délectable partie hystérique à partir de 4min30 de Incantation à Cébil), là un break dévastateur, et plus tard une mélodie de clavier sombre et funeste qui vient s’incruster insidieusement dans un recoin oublié de votre cerveau (cette orgie sonore sur fond de blasts à 1min31 de Le sacrifice de la Vierge)… Dans A la Quête du Passé, il y a à boire et à manger, et pour tout le monde s‘il vous plaît!

Maintenant, quels sont les défauts de cette galette me demanderez-vous, car effectivement, le premier album des Mâconnais, quoi que très bon, n’est pas parfait, loin s‘en faut. Et bien, disons que cet album a les défauts de ses qualités: si vous n’aimez pas les claviers, passez votre chemin. Il est vrai que certaines parties sonnent un peu cheap et synthétiques, et que Furia ne parvient pas toujours à éviter le fatal écueil du kitsch. Le groupe pêche parfois par orgueil, et à vouloir être trop ambitieux, à vouloir tartiner trop de couches musicales pour essayer d’accoucher d’une musique grandiloquente, certains passages finissent par être un peu dégoulinants et indigestes et desservent des bonnes compos qui perdent en agressivité (Le Jardin d’Eden, le Sacrifice de la Vierge). Pour certains donc, la musique de Furia sera trop mélodique, trop pompeuse, et peut-être pas assez directe. C’est d’autant plus dommage que quand le groupe décide de durcir le ton, il peut vraiment arriver à une qualité de composition exceptionnelle (le superbe Une quête sans Lendemain, qui mêle en un black épique et sauvage une violence inouïe, une ambiance saisissante et un côté mélodique réellement bouleversant).

D’autres déploreront également un certain amateurisme dans les vocaux, et il est vrai que les hurlements black de Mehdi, particulièrement écorchés, peuvent être irritants, et que la voix de la jeune femme qui endosse le rôle de Milara n’est pas très assurée (l‘Antre des Morts).

Mais enfin, rappelons tout de même qu’il s’agit d’un premier album, et soyons indulgents, ces petits bémols ne gâchant en rien la fabuleuse musicalité de l‘album. Mieux, ils rajoutent un cachet d’authenticité et de fraîcheur à la musique que l’on ne retrouvera pas sur le néanmoins très bon album suivant, Un Lac de Larmes et de Sang, beaucoup plus propre et clinique dans son exécution.

Quoi qu’on en dise, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, A la Quête du Passé reste et restera le témoignage d’un groupe original et ambitieux au sommet de son art, et qui a su incarner sa vision du metal extrême en un album accrocheur, mélodique, épique, progressif, original et novateur. Franchement, que demander de plus?