Archive for May, 2013

ACWL : L’Etre Ange Démon

Sunday, May 19th, 2013

ACWL : L'Etre Ange DémonMine de rien, cela fait maintenant presque 20 ans que ACWL susurre ses complaintes désabusées et hypnotiques à l’oreille mi-close d’un rock français protéiforme mais parfois étonnamment obtus. On ne peut pas dire que le groupe soit un inconnu, ayant été honorablement relayé par les médias (le clip de A l‘Absent sur MCM en 2001, la première partie d’Indochine sur le Paradize Tour, une entrée dans les charts du rock indé de Le Mouv avec leur Une Vie plus Tard de 2005), et s’étant composé au fil des années une fanbase solide et fidèle, mais, inexplicablement, là ou d’autres groupes français plus ou moins légitimes ont explosé aux oreilles engourdies d’un hexagone musicalement formaté, ACWL n’est jamais parvenu à s’imposer durablement sur la scène nationale et est resté dans l’ombre maudite qui lui sied si bien et qui nourrit son âme mélancolique, malgré sa sincérité et la qualité de sa musique qui ne sont plus à prouver. Qu’à cela ne tienne, les Parisiens ne se sont jamais démonté et ont toujours poursuivi leur chemin tortueux, faisant fi des modes et continuant à développer et raffiner leur style si atypique, et ce jusqu’à la galette qui nous intéresse aujourd’hui, j’ai nommé L’Etre Ange Démon.

ACWL, qu’est-ce que c’est? Avant de commencer les présentations, il convient tout de même de prévenir le metalleux lambda en mal de headbang, de blasts et de riffs qui tuent : non, le combo parisien n’est pas à proprement parler un groupe de metal, ce qu’il partage avec cette scène et qui lui vaut le privilège de figurer dans les pages de notre webzine préféré, c’est cette noirceur poétique qu’il dégage et cette esthétique sombre qu’il se plaît à cultiver. Dark rock hybride aux teintes gothiques et coldwave, voilà comment on pourrait grossièrement étiqueter le groupe, et les onze mélopées de l’Etre Ange ou Démon nous font penser tour à tour à Dolly, X mal Deutschland, The Cure ou Syd Matters. Une musique sombre et apaisante déversant des flots de mélancolie salvatrice, reposant sur une instrumentation simple et envoûtante et sur des mélodies vocales savamment travaillées.

Le tout est parfaitement mécanique, mais d’une froideur envoûtante, renforcée par l’effet de répétition, implacable et hypnotique, et quelques boucles électroniques et effets subtils qui viennent achever la transe. La basse pulse comme un cœur morbide et porte les compos de ses résonances lourdes, tandis qu’arpèges lancinants et lignes de piano aux mélodies faussement naïves, aussi touchants qu’ils sont simples, mènent la musique et s’insinuent sournoisement dans notre boîte crânienne pour ne plus en sortir.

La musique est épurée, simple et va directement à l’essentiel: toucher l’auditeur. En ce sens, L’Etre Ange Démon est diaboliquement efficace, l’addiction est totale, et une seule écoute suffit pour mémoriser et fredonner la plupart des pistes, à ce titre, on peut véritablement parler de chansons. Il est difficile de détacher quelques titres tant l’ensemble forme un tout homogène, mais citons entre autres le première piste, You Run, avec sa mélodie enchanteresse égrainée à la guitare classique et au piano et ce pont onirique à 2,58 minutes, d’une beauté simple et touchante, ainsi que le morceau suivant, Maria Ana, bien plus rock et dansant, s’ouvrant sur un arpège de guitare sombre et grondant vite accompagné par une batterie à la frappe lourde. Le refrain fait la part belle aux grattes, rehaussées d’un sample électronique envoûtant. Une des particularités du son d’ACWL, c’est cet accordage très bas qui fait que guitares et basses se mêlent en un magma grave et tellurique, ce qui renforce l’aspect sombre et désespéré du tout. Il n’est d’ailleurs pas rare que les parties musicales flirtent avec le gothique, comme avec How long et cet arpège de guitare entêtant dans sa simplicité qui rappelle Just Waiting de The Silent Agony. L’enchaînement de ces deux titres illustre à lui-seul la dualité qui nourrit l’univers d’ACWL, toujours tiraillé entre compositions fragiles et touchantes d’une fausse candeur désabusée et rock plus dur, sombre et hypnotique. L’artwork et le titre de la galette illustrent parfaitement cette ambivalence, et ceux qui étaient déjà familiers de la musique des Parisiens ne seront pas dépaysés avec cet opus, qui ne fait que renforcer les contours déjà largement dessinés sur les albums précédents de l’art personnel et atypique du combo.

S’il y a quelque chose qu’on ne peut passer sous silence lorsque l‘on veut parler de L‘Etre Ange Démon, ce sont bien les voix, car elles expriment presque à elles seules l’âme sombre qui habite ACWL, servant des textes souvent désabusés et métaphoriques qui colorent de leurs clairs-obscurs les mélodies des Parisiens. La première qui nous est donnée d’entendre est celle de Céline, chaude et suave, marquant de son sceau unique l’entité ACWL. Polymorphe, tantôt éthérée et angélique, tantôt traînante et lascive, tantôt plaintive et douloureuse, tantôt mystique et lointaine, elle mène véritablement le bal et nous entraîne au détour de ses mille et unes modulations dans un kaléidoscope d’émotions brutes : rock, pop, heavenly voice, tous les registres y passent. Ceci dit, son impact ne serait pas d’une telle ampleur sans les interventions de Jean. Le bassiste prend le micro et une voix grave et ténébreuse, tantôt susurrée, tantôt plus rocailleuse (Someone Will Stay), qui fusionne avec la basse, vient agréablement contraster avec le chant plus aérien de Céline et donner plus de relief à l‘ensemble. La dualité vocale fonctionne à merveille, soufflant le chaud et le froid, allant parfois même jusqu’à rappeler une sorte de Lacrimosa en moins grandiloquent et symphonique, mais avec la même dimension dramatique ( Someone Will Stay me fait un peu penser à Allen Zu Zweit).

Certes, ACWL ne crée pas ici une révolution musicale, leurs onze complaintes douces-amères ne sont pas d’une complexité et d’une originalité à toutes épreuves (même si leur son est reconnaissable entre mille), et les grands connaisseurs de gothique ne seront pas bouleversés par la musique du combo, mais force est de constater que le tout est sacrément homogène et prenant, et surtout – chose ô combien rare et appréciable sur cette scène! – ne s’encombre pas des clichés mièvres et dégoulinants trop souvent inhérents au genre. Un rock onirique aux relents de ténèbres, une musique simple et hallucinée qui nous convie à des rêveries brumeuses et qui démontre, si besoin était, qu’il n’est nul besoin de rimmel dégoulinant, de longues robes noires et de pentacles pour faire de la musique sombre et mélancolique sincère et habitée.

Shredding Sanity : Modern Inertia

Wednesday, May 15th, 2013

Shredding Sanity : Modern InertiaShredding Sanity, ce nom ne vous dit sans doute rien, et pour cause. Petit groupe formé dans la région champenoise, le combo ne s’est pour l’instant fendu que d’un seul album, The Best Ennemy en 2009, et n’a pas eu beaucoup l’occasion de défendre ses compos sur les planches, de fait, il reste encore quasiment inconnu de la masse metalleuse.

Néanmoins, il y a fort à parier qu’avec la sortie de Modern Inertia, les choses risquent de changer en bien pour le combo. Avec leur death prog futuriste – oui, j’aime bien les étiquettes alambiquées! – les petits Rémois risquent de se faire rapidement un nom sur la scène française et de squatter pas mal de temps les platines de tous ceux qui attendent impatiemment le retour des grands frères hexagonaux de Kalisia et Symbyosis.

Fans de prog, avancez d’un pas, vous risquez d’être conquis : Shredding Sanity a clairement été biberonné au metal progressif et s’amuse à truffer ses compos de riffs complexes, de changements de rythmes déstabilisants et de longues parties instrumentales typiques du genre. Même si les compos excèdent rarement les 5 minutes, elles foisonnent de riffs, d’arrangements et de soli tous plus complexes les uns que les autres, l‘influence heavy prog est vraiment palpable, avec ces soli virtuoses de grattes et de claviers qui explosent dans tous les sens à chaque morceau (il n‘y a qu‘écouter l‘ouverture de Addicted, et suivre ce morceau le long de ces 6,15 minutes qui laisse une grande place aux claviers, rappelant les groupes de prog Italiens, et qui se permet même une petite incursion jazzy). Ici, ce sont les gratteux qui mènent la danse et qui se font visiblement plaisir, et même s’il leur arrive de nous perdre au détour d’un solo un peu trop long ou d’un enchaînement de riffs un peu trop alambiqués, le tout est d’une fluidité assez saisissante. Si vous êtes allergiques au genre et que vous recherchez de la brutalité pure, autant passer de suite votre chemin, Shredding Sanity ne fait pas dans le bas du front basique.

Ceci dit les amateurs de death mélo un peu plus rentre-dedans ne seront pas en reste non plus : riffs typés scandinaves, parties de batterie enlevées, lors des passages les plus véloces, le groupe peut faire penser à du Dark Tranquility ( c’est assez flagrant sur The Forgotten, même si ce morceau est plus calme) ou du Scar Symmetry (en moins sirupeux, dieu merci!), et quand les claviers envoient des nappes spatiales et futuristes, on sent parfois planer le spectre de Fractal Gates.

Néanmoins, on n’atteindra jamais la violence jouissive d’un Theory in Practice, et le metal des frenchies reste toujours très – trop? – mélodique. En fait, le plus souvent, on a plus l’impression d’écouter du power prog avec une voix bien gutturale qu’un véritable album de death. Les amateurs de sensations fortes déploreront d’ailleurs ce manque d’agressivité et un son trop compressé qui ne met pas assez les grattes en avant. Il faut le reconnaître, le tout manque un peu de puissance, et c‘est dommage, car avec un son plus adapté et une musique plus directe – où sont les blasts beats non de non? – les compos de Shredding Sanity auraient pu tout tabasser sur leur passage. D’autres pourront reprocher au groupe de se perdre parfois dans une complexité un peu stérile et de s’égarer à mi-chemin entre différents courants de metal, death, prog, power…

Ceci dit, rassurez-vous, certains excellents titres mettent tout le monde d’accord : le titre éponyme, véritable bombe en puissance, ouvre idéalement l’album, avec ses riffs entêtants aux leads de grattes virtuoses que vous ne parviendrez pas à déloger de votre boîte crânienne (aaaah, ce riff monstrueux à 55 secondes!). Un morceau à la structure alambiquée et complexe, mais parfaitement maîtrisée, avec une partie centrale progressive mais toujours très accrocheuse et entraînante qui, en 5,16 minutes à peine, déroule une véritable leçon de death progressif ultra accrocheur, un peu à la Perséphone.

Man Made Plague suit avec une ouverture au synthé un peu cheap qui ne laisse pas présager la tuerie qui va débouler : après 30 secondes de montée en puissance, c’est un riff monstrueux à la scandinave appuyé par un tapis de double qui nous scotche au fauteuil et qui laisse place un peu plus tard la place à des grattes blackisantes qui nous explosent à la gueule sur un gros blast furieux. Un véritable régal, surtout quand on constate que cette violence jouissive est toujours émaillée de soli virtuoses qui viennent aérer l’ensemble ( et vlan, voilà-t-il pas que je te cale une cavalcade guitare/synthé à la Symphony X, un autre grand groupe que les Rémois semblent avoir beaucoup écouté! ).

Certes plusieurs styles foisonnent et se côtoient au sein d‘un seul et même morceau, et dans sa virtuosité, il arrive au groupe de perdre un peu l’auditeur dans des transitions pas toujours bien amenées ou dans quelques sonorités un peu kitsh ou décalées, ceci dit, quand on aime on ne compte pas, et quand le tout est d’une telle homogénéité, pourquoi se plaindre? D’une manière générale, la maîtrise technique est parfaite, le feeling mélodique énorme, la voix death profonde et puissante et la batterie subtile et variée, que demander de plus?

Pour conclure, Modern Inertia est une excellente surprise qui s‘imposera sans difficulté à tous les fans de death technique, mélodique et progressif. La galette est certes encore perfectible, et le groupe gagnerait parfois à se concentrer sur l’efficacité et la puissance de sa musique, néanmoins, ces 10 titres, en plus de nous faire passer un excellent moment de metal, nous permettent de découvrir un groupe à l‘énorme potentiel qui risque fort d‘exploser s‘il parvient à gommer les petits défauts sus-cités sur son prochain album. Une chose est sûre, messieurs, nous serons au rendez-vous pour la sortie de la prochaine tuerie!

Shredding Sanity : Mordern Inertia

Wednesday, May 15th, 2013

Shredding Sanity : Mordern InertiaShredding Sanity, ce nom ne vous dit sans doute rien, et pour cause. Petit groupe formé dans la région champenoise, le combo ne s’est pour l’instant fendu que d’un seul album, The Best Ennemy en 2009, et n’a pas eu beaucoup l’occasion de défendre ses compos sur les planches, de fait, il reste encore quasiment inconnu de la masse metalleuse.

Néanmoins, il y a fort à parier qu’avec la sortie de Modern Inertia, les choses risquent de changer en bien pour le combo. Avec leur death prog futuriste – oui, j’aime bien les étiquettes alambiquées! – les petits Rémois risquent de se faire rapidement un nom sur la scène française et de squatter pas mal de temps les platines de tous ceux qui attendent impatiemment le retour des grands frères hexagonaux de Kalisia et Symbyosis.

Fans de prog, avancez d’un pas, vous risquez d’être conquis : Shredding Sanity a clairement été biberonné au metal progressif et s’amuse à truffer ses compos de riffs complexes, de changements de rythmes déstabilisants et de longues parties instrumentales typiques du genre. Même si les compos excèdent rarement les 5 minutes, elles foisonnent de riffs, d’arrangements et de soli tous plus complexes les uns que les autres, l‘influence heavy prog est vraiment palpable, avec ces soli virtuoses de grattes et de claviers qui explosent dans tous les sens à chaque morceau (il n‘y a qu‘écouter l‘ouverture de Addicted, et suivre ce morceau le long de ces 6,15 minutes qui laisse une grande place aux claviers, rappelant les groupes de prog Italiens, et qui se permet même une petite incursion jazzy). Ici, ce sont les gratteux qui mènent la danse et qui se font visiblement plaisir, et même s’il leur arrive de nous perdre au détour d’un solo un peu trop long ou d’un enchaînement de riffs un peu trop alambiqués, le tout est d’une fluidité assez saisissante. Si vous êtes allergiques au genre et que vous recherchez de la brutalité pure, autant passer de suite votre chemin, Shredding Sanity ne fait pas dans le bas du front basique.

Ceci dit les amateurs de death mélo un peu plus rentre-dedans ne seront pas en reste non plus : riffs typés scandinaves, parties de batterie enlevées, lors des passages les plus véloces, le groupe peut faire penser à du Dark Tranquility ( c’est assez flagrant sur The Forgotten, même si ce morceau est plus calme) ou du Scar Symmetry (en moins sirupeux, dieu merci!), et quand les claviers envoient des nappes spatiales et futuristes, on sent parfois planer le spectre de Fractal Gates.

Néanmoins, on n’atteindra jamais la violence jouissive d’un Theory in Practice, et le metal des frenchies reste toujours très – trop? – mélodique. En fait, le plus souvent, on a plus l’impression d’écouter du power prog avec une voix bien gutturale qu’un véritable album de death. Les amateurs de sensations fortes déploreront d’ailleurs ce manque d’agressivité et un son trop compressé qui ne met pas assez les grattes en avant. Il faut le reconnaître, le tout manque un peu de puissance, et c‘est dommage, car avec un son plus adapté et une musique plus directe – où sont les blasts beats non de non? – les compos de Shredding Sanity auraient pu tout tabasser sur leur passage. D’autres pourront reprocher au groupe de se perdre parfois dans une complexité un peu stérile et de s’égarer à mi-chemin entre différents courants de metal, death, prog, power…

Ceci dit, rassurez-vous, certains excellents titres mettent tout le monde d’accord : le titre éponyme, véritable bombe en puissance, ouvre idéalement l’album, avec ses riffs entêtants aux leads de grattes virtuoses que vous ne parviendrez pas à déloger de votre boîte crânienne (aaaah, ce riff monstrueux à 55 secondes!). Un morceau à la structure alambiquée et complexe, mais parfaitement maîtrisée, avec une partie centrale progressive mais toujours très accrocheuse et entraînante qui, en 5,16 minutes à peine, déroule une véritable leçon de death progressif ultra accrocheur, un peu à la Perséphone.

Man Made Plague suit avec une ouverture au synthé un peu cheap qui ne laisse pas présager la tuerie qui va débouler : après 30 secondes de montée en puissance, c’est un riff monstrueux à la scandinave appuyé par un tapis de double qui nous scotche au fauteuil et qui laisse place un peu plus tard la place à des grattes blackisantes qui nous explosent à la gueule sur un gros blast furieux. Un véritable régal, surtout quand on constate que cette violence jouissive est toujours émaillée de soli virtuoses qui viennent aérer l’ensemble ( et vlan, voilà-t-il pas que je te cale une cavalcade guitare/synthé à la Symphony X, un autre grand groupe que les Rémois semblent avoir beaucoup écouté! ).

Certes plusieurs styles foisonnent et se côtoient au sein d‘un seul et même morceau, et dans sa virtuosité, il arrive au groupe de perdre un peu l’auditeur dans des transitions pas toujours bien amenées ou dans quelques sonorités un peu kitsh ou décalées, ceci dit, quand on aime on ne compte pas, et quand le tout est d’une telle homogénéité, pourquoi se plaindre? D’une manière générale, la maîtrise technique est parfaite, le feeling mélodique énorme, la voix death profonde et puissante et la batterie subtile et variée, que demander de plus?

Pour conclure, Modern Inertia est une excellente surprise qui s‘imposera sans difficulté à tous les fans de death technique, mélodique et progressif. La galette est certes encore perfectible, et le groupe gagnerait parfois à se concentrer sur l’efficacité et la puissance de sa musique, néanmoins, ces 10 titres, en plus de nous faire passer un excellent moment de metal, nous permettent de découvrir un groupe à l‘énorme potentiel qui risque fort d‘exploser s‘il parvient à gommer les petits défauts sus-cités sur son prochain album. Une chose est sûre, messieurs, nous serons au rendez-vous pour la sortie de la prochaine tuerie!

Ov Hollowness : The World Ends

Friday, May 10th, 2013

Ov Hollowness : The World EndsOv Hollowness… Sur le papier, encore un de ces innombrables one man bands qui pullulent sur la scène black avec un nom cliché, une attitude probablement misanthropique et haineuse et une musique dépressive, lente et répétitive que l’on pourrait croire sortie de n’importe quel album de true black lambda…

Eh bien non, détrompez-vous. Je ne vous jouerai pas la carte du faux expert omniscient de l‘underground en m’étalant pendant des lustres sur la bio du groupe – que j’ai d’ailleurs découvert en recevant la promo de cet album – puisque mis à part que Ov Hollowness s’est formé en 2009 à Edmonton au Canada sous l’impulsion de son unique fondateur, M.R., et que The World Ends est déjà son troisième album – au passage, merci Spirit of Metal! -, il n’y a pas grand-chose à dire à son sujet. En effet, Ov Hollowness baigne dans le quasi anonymat de l’underground le plus profond, ce qui, somme toute, aide à se focaliser sur l’essentiel : la musique. Et là, belle surprise : même si on ne crie pas au génie et si on ne se pâme pas d‘admiration devant l‘originalité à toute épreuve de ces 10 titres, on prend beaucoup de plaisir à se laisser entraîner dans les méandres sombres de ce black metal certes classique mais pas dénué de cachet pour autant.

Ov Hollowness nous sert un black épique, mélodique et entraînant, certes simple et basique, mais bien foutu et terriblement prenant. Quelques maladresses, comme ces chants clairs irritants et désagréablement en décalage sur Abusive ou cette double grosse caisse un peu lourde et pataude qui plombe le rythme par son côté linéaire plus qu’il ne l’emballe, viennent parfois un peu casser la féérie de l‘ensemble, mais d‘une manière générale, le tout se tient très bien et la magie opère : au niveau des guitares, les riffs sont excellents, avec un grain agréable, et un feeling très nordique, rappelant parfois Immortal et Taake. La basse est audible, apportant un relief appréciable aux compos, et les mélodies sont parfaitement chiadées.

En plus, chose très appréciable, surtout quand on constate que World Ends s’étale quand même sur 75 minutes, les compositions sont très variées, certes principalement axées sur des mid tempi mélancoliques et majestueux, mais sachant aussi se montrer plus martiales et agressives, en témoigne ce blast beat lourd qui ouvre la deuxième piste de l’album, Grey.

Le long de ces 10 pistes, on sent planer l’ombre des grands, Bathory en tête, et des noms illustres tels que Mayhem, Immortal, Taake ou Darkthrone s’imposent à nos oreilles dévastées au fil des morceaux. Ceci dit, Ov Hollowness parvient à faire une excellente synthèse entre différents courants du black metal et à cristalliser sa propre vision de l’art noir sur ces 10 titres à l’entêtant parfum de Norvège : metal épique, ambiances païennes et guerrières, résonnances plus true black, réminiscences post black, riffs mélancoliques, passages majestueux et oniriques, toutes ces influences s’entremêlent habilement pour donner le son Ov Hollowness, certes peu original, mais d’une cohérence sans faille. Par ailleurs, la musique du Canadien est axée sur les riffs, les ambiances et la mélodie, et n’est jamais réellement violente ni haineuse, contrairement à l’art blasphématoire de bon nombre de ses illustres aînés Norvégiens : les sapins enneigés, les vallées venteuses et les champs de batailles, voilà ce que nous évoque The World Ends.

On peut donc passer d’un Grey, agressif et noir, à la rythmique guerrière, à un Hoarfrost, très doomy, aux ambiances mortifères et funeral, lent, mélancolique et dépressif.

An End, quant à lui, nous propulse dans l’univers tourmenté du true black et me fait beaucoup penser à du Nehemah, avec ces guitares bourdonnantes et cette voix grave et écorchée, The World Ends semble avoir été rédigé en hommage à Quorthon, tandis que Lost Resolve nous renvoie au dernier effort de Fen, avec ces riffs lancinants et ces chants clairs un peu fragiles et maladroits.

Concrètement, que reprocher à cet album? Sur la forme, pas grand chose. On pourra regretter un manque d’agressivité parfois, certains passages manquant un peu d’intensité pour vraiment transcender l‘auditeur, ceci dit, le tout reste prenant de bout en bout, et les 10 compos de M.R. parviennent à rester très immersives, exception faite du titre central Ov, qui n’apporte pas grand-chose au schmilblik et de End In View, un peu mollasson.

C’est donc sur le fond que les plus exigeants pourront réserver leurs critiques, on pourra notamment reprocher au one man band canadien un manque de personnalité assez évident, de même certains pourraient déplorer le côté un peu patchwork et easy listening du black de Ov Hollowness qui va piocher à droite à gauche les influences qui lui plaisent pour composer son propre son, assez formaté.

Ceci dit, les amateurs de belles mélodies et de mélancolie musicale ne pourront que saluer la performance du sikos et tomberont sans aucun doute sous le charme de ce The World Ends, qui reste quoi qu’on en dise une belle performance et un travail abouti et professionnel dans une scène underground dont la qualité laisse parfois à désirer. En un mot comme en cent, une formation à suivre de près et un album à recommander chaudement à tous les amateurs du genre.