Archive for August, 2013

Eibon La Furies : The Inmoral Compass

Friday, August 30th, 2013

Eibon La Furies : The Inmoral Compass«Mon dieu, pourquoi moi?».

Dans la carrière d’un chroniqueur, aussi courte et modeste soit-elle, il y a toujours ce moment fatidique où l’on finit par tomber sur un OVNI musical insaisissable, indescriptible et inclassable, très difficile à cerner et, partant, encore plus délicat à analyser et à décrire, et, lors de la première écoute de l’engin, on ne manque pas d’étouffer cette exclamation désabusée. Puis on persévère, on s’accroche, par fierté autant que par devoir auprès de la communauté des lecteurs et, petit-à-petit, on parvient à apercevoir une lueur et

une certaine cohérence dans le labyrinthe inextricable de cette opacité musicale…

Vous l’aurez compris, notre ovni du jour est The Compass Immoral des Anglais d’Eibon la Furies, qui sortent là leur deuxième album après The Blood of the Realm en 2010. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le style pratiqué ici n’est pas évident à définir. Black indus’, comme indiqué sur la fiche SoM du groupe? Oui, pourquoi pas, mais on pourrait tout aussi bien y accoler les

étiquettes de Power moderne, de gothique et d’horror metal. En fait, imaginez une orgie Baroque et folle entre Notre Dame, Cadaveria, The Vision Bleak, Therion, Moonspell, Iced Earth, Rammstein, Diabolical Masquerade, Type O Negative et Nevermore et vous obtiendrez une – petite! – idée de ce à quoi peut

ressembler ce Immoral Compass!

Essayons néanmoins d’être plus précis : l’ossature de la musique est formée par

des parties tantôt franchement heavy ou Power modernes, rappelant parfois des groupes comme Iced Earth ou Nevermore dans la puissance des riffs, tantôt plus lourdes et dansantes, martiales et rythmées, dégageant de forts relents indus

ainsi qu’une ambiance sombre et cinématographique, le tout saupoudré d’influences gothiques prononcées.

Ainsi, il n’est pas rare de passer au sein d’un titre de riffs en saccades à la Fear Factory (en moins violent quand même), à un break orientalisant

appuyé par des choeurs sonnant comme du Therion très synthétique, et une ouverture très gothique, tout en arpèges mélancoliques et appuyée par une voix de crooner dark et dépressif, peut faire place à des riffs lourds et mystiques au groove entraînant, appuyés par une batterie militaire et une voix black.

Le tout est évidemment loin d’être linéaire et est animé par un esprit progressif ainsi qu’une ambiance Baroque et grandiloquente qui ne sont pas sans rappeler Diabolical Masquerade, d’ailleurs la voix de Lord Eibon s’adapte parfaitement aux différentes humeurs de la musique, pouvant passer de vocalises suaves et ténébreuses à la Fernando Ribeiro, parfois plus théâtrale comme Snowy Show, à des feulements black secs très proches de Cadaveria, tout en se permettant quelques incursions dans le bon vieux growl des familles.

Ceci dit, ce sont surtout les guitares qui mènent la danse, abattant un travail rythmique et mélodique impressionnant : de gros riffs saccadés et puissants ou parfois plus lourds et ambiancés (The End of Everything avec son ptit côté Rammstein, tant dans les riffs que dans la voix), et surtout les magnifiques soli de Neil Prudy, sorte de fil rouge mélodique dans ce labyrinthe musical

(Immoral Compass to the World, Imperial Jackals Head, Conjure Me…).

Il n’est pas rare que de petits bidouillages électroniques, étranges et inquiétants, ainsi que des parties épiques presque cinématographiques viennent épaissir l’ambiance, et renforcer les contrastes musicaux entre rythmiques efficaces et atmosphères épiques, et avec un son extrêmement lourd et synthétique, le tout achève de plonger l’auditeur dans l’univers sombre et complexe d’Eibon la Furies, malgré le côté parfois un peu

éclaté de la musique.

Vous aurez donc compris que l’étiquette de black indus est bien pratique pour tenter désespérément de caser la musique des trublions anglais : disons simplement qu’il s’agit de metal au sens large, d’une musique sombre et rythmée

teintée de clair-obscurs, aux ambiances diverses et évolutives

et à la musicalité certaine. Finalement, on ne retrouve pas beaucoup de traces de black dans ce Immoral Compass, mis à part dans certains vocaux, secs et hargneux, et dans l’excellent Who Watches the Watchers, très sombre, s’ouvrant sur cette intro borgirienne avec coassements lugubres, riffs saccadés et

symphonie décadente, qui n’est pas sans rappeler le fameux Progenies of the Great Apocalypse).

Histoire de décrire un peu plus précisément la musique, citons pêle-mêle le

titre d’entrée, The Compass Awakes, à la fois headbangant, dansant, puissant, ambiancé et mélodique; Astronomy in Absences, plus long titre de l’album avec ses 6,33 minutes, mené par ces saccades de guitares très lourdes et ces leads virtuoses qui feraient presque penser à du Nevermore, coupé en son milieu par un break onirique et tordu qui s’ouvre sur des choeurs féminins fantomatiques, avant de repartir sur le heavy imparable des guitares; Imperial Jackals Head,

mené par un très bon riff orientalisant, groovy et entraînant, toujours appuyé par ces parties cinématographiques et ces choeurs therionesques, au milieu

duquel la musique s’interrompt pour faire place à une narration habitée de Lord Eibon, avant de se poursuivre sur une partie sombre et épique que n’aurait pas reniée Moonspell; Flames 1918, balade profonde et sépulcrale tout en piano, guidée par cette voix ténébreuse, simple et touchante; An Enigma in Space and Time, qui me rappelle indéniablement Pink Floyd dans cette introduction hallucinée et onirique aux arpèges désabusés, à la basse langoureuse et à la batterie très 70’s, décollant par la suite dans des sphères éthérées

avec ce solo spatial alimenté par une réverb’ lunaire…

Vous comprendrez aisément qu’il y a à boire et à manger sur The Immoral Compass.

Pourquoi donc une note aussi timorée me demanderez vous? C’est justement cette trop grande diversité qui est l’un des points faibles de l’album : à vouloir explorer tant de différents styles, on a parfois l’impression qu”Eibon la Furies est comme qui dirait écartelé entre tous les courants musicaux qu’il

affectionne, et, inévitablement, les Anglais abordent les influences qu’ils mêlent de façon un peu trop superficielle. Etrangement, l’album est plutôt cohérent, toutes les compositions sont agréables à l’écoute mais le tout manque encore de profondeur, d’intensité et de cette folie qui aurait pu faire de ce Compass Immoral une oeuvre vraiment atypique et habitée.

Un bon album, sans aucun doute, qui laisse entrevoir un potentiel très intéressant et qui nous permet de (re)découvrir un groupe à part à la musique résolument originale, que l’on s’empressera de suivre sur le prochain album.

A écouter pour tous les amateurs de musique sombre, épique et entraînante!

Carpe Noctem (ISL) : In Terra Profugus

Monday, August 26th, 2013

Carpe Noctem (ISL) : In Terra ProfugusEt voilà que des terres glacées d’Islande, Carpe Noctem sort de sa léthargie pour nous délivrer, quatre ans après son premier full length éponyme, cette offrande maudite qu’est Terra Profugus.

En cinq plages progressives, possédées et ambiancées, les entités brumeuses de Reykjavik nous servent un rituel lovecraftien très noir d’une unité et d’une cohérence bluffantes, magnifiquement illustré par cette pochette aux relents ritualistes et crépusculaires, et qui résonne comme une seule et unique litanie de 52 minutes.

Le culte commence par quelques notes inquiétantes et sombres aux relents d’ambiant et lorsque les instruments sortent de leur hibernation et commencent lentement à se mettre en branle, on se sent enveloppé dans les chapes brumeuses et suffocantes d’un doom pachydermique et mystique.

Effectivement, les cinq mélopées qui viennent composer ce rituel empruntent autant au black qu’au doom, en allant faire des détours bienvenus vers les méandres nébuleuses d’un ambiant angoissant et dérangé.

Avec des plages oscillant entre plus de 8 et près de 14 minutes, In Terra Profugus a le temps de développer ses ambiances et d’immerger l’auditeur dans son univers torturé et cauchemardesque : très ambiancé, presque cinématographique dans l’effroi visuel qu’elle suggère, sombre, d’une beauté vénéneuse et viscérale et toujours envoûtante, la musique de Carpe Noctum est indéniablement habitée, et fait l’effet d’assister à une messe noire hallucinée, une sorte de rituel Ancestral lovecraftien invoquant les divinités hideuses et démoniaques des Grands Anciens à s’extirper des abîmes oubliées du Temps.

Cette impression est servie par une lenteur envoûtante qui Domine la cérémonie, un son épais et poisseux qui assourdit les sens de l’auditeur (les guitares sont accordées très bas, et la basse gronde sourdement, nous entraînant toujours plus bas dans les abîmes chtoniennes), ainsi que certains passages noirs et désolés, très minimalistes, aux confins de l’ambiant (la fin de Vitriol qui fusionne avec le début de Metamoprhoses Maleficarum), appuyés par ces arpèges décharnés et évanescents à la Xasthur qui se dissolvent dans la vacuité de souffre de cet enfer sonore (la fin d’Odium Somniferum). Ces accalmies aux stridences poisseuses de mystère créent devant nos yeux hypnotisés des images fantomatiques et angoissantes, rappelant très fortement les expérimentations sonores quasi gnostiques de Dolorian (le début de Vitriol).

Parfois, la musique s’emballe en des accès de violence sporadiques (Ars Moriendis), les guitares rugissent, la batterie martèle avec un résonnement d’outre-tombe, le rythme s’accélère ainsi que les battements de notre coeur et l’effroi, l’immanence d’une horreur inconnue et immatérielle, se font plus palpables. Les éructations de la voix se font alors plus impérieuses, vocifératrices, et la litanie se décline en un furieux chaos de décibels infernaux, toujours aussi sombre et envoûtant. Le tout nous écrase par ce sentiment d’inéluctable, d’irrévocable, comme une prophétie millénaire qui s’accomplirait fatalement sous les imprécations de cette voix étrangement grave et rauque (qui n’est pas sans rappeler Ares d’Aeternus période and so the Night Became…. D’ailleurs, l’accordage et le son caverneux des guitares ainsi que cette ambiance sombre et occulte aux relents de souffre renvoient à des titres atemporels comme There’s No Wine Like the Blood’s Crimson).

Tous les titres sont marquants, et aucun ne se distingue vraiment des autres, chaque plage se coulant habilement dans la suivante en une cohérence insidieuse: vibrements désaccordés, notes corrosives noyées dans les brumes acides des limbes, arpèges fantomatiques qui s’évanouissent dans les vapeurs méphitiques des abysses, éructations inhumaines alternant avec des chuchotements inquiétants (la fin de Odium Somniferum) ou des hurlements déments plus écorchés ( la fin de Vitriol), riffs tordus et dissonants aux sonorités malsaines, montées en intensité progressives servies par des murs de guitares grésillants et une double hypnotique, explosions de fureurs atomisées à coups de double grosse caisse cataclysmique et appuyées par ces grognements de damnés, puis retombées cataleptiques, ralentissements morbides qui agonisent lentement et se muent en un doom poisseux aux relents funéraires, le tout s’enchaîne imperturbablement en une longue litanie morbide et s’écoute d’une traite.

Isolons tout de même le dernier titre, Hostis Humani Generis, qui, du long de ses presque 14 minutes, clôt cette cérémonie macabre et matérialise un parfait condensé de ce qu’est ce In Terra Profugus. Le début de cette longue piste, dérangeant et sombre, rappelle immanquablement le grand Freezing Moon (Mayhem étant une autre influence palpable du groupe), puant l’occultisme et les arcanes noires sous un brouillard glacial et une lune nue: malsain, noir, rampant, on sent une aura démoniaque diffuse, une entité maligne se dissimuler derrière chaque accord, chaque arpège, chaque pulsation morbide de batterie. Le tout est terrifiant mais terriblement envoûtant, et on ne peut s’empêcher de s’enfoncer avec délices dans les méandres de cette messe noire aussi fascinante que repoussante.

L’album se termine sur ces grondements diffus, ces percussions tribales et cette petite mélodie angoissante qui marquent la fin du rituel, mais annoncent irrémédiablement le début d’autre chose, quelque chose que l’on ne saurait nommer, l’avènement d’une aire d’angoisse et de ténèbres, la glorification païenne de cette masse informe et inhumaine que les quatre musiciens de l’Enfer ont invoquée et qui, après des millions d’années d’hibernation, a fini par sortir des oublis de l’abysse… Et lorsque la galette s’arrête soudain, après 52 minutes d’un voyage onirique et cauchemardesque, faisant place à un silence funeste, que l’on rouvre les yeux et que l’on reprend son souffle, on entend encore ces accords décharnés et ces pulsations morbides résonner dans les tréfonds de notre âme, et l’on comprend avec effroi que l’expérience In Terra Profugus ne vient que de commencer…

Vuyvr : Eiskalt

Saturday, August 24th, 2013

Vuyvr : EiskaltAttention mesdames et messieurs, la nouvelle révélation black metal vient de Suisse! Vuyvr est un tout jeune groupe de black formé en 2011 qui sort avec Eiskalt sa première réalisation. Les gus qui composent le combo ne sont pas d’illustres inconnus puisque la plupart d’entre eux font partie de formations locales reconnues telles que Knut, Rorcal ou Impure Wilhelmina, néanmoins, pas de promo fracassante pour la sortie de cette première galette, il semblerait que le groupe ait préféré rester discret afin de se concentrer uniquement sur l’essentiel, à savoir la musique.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est là. On sait que les Suisses ne sont pas les moins versés dans l’art noir, et qu’ils sont parvenus à créer une identité sonore assez typique avec les grandes figures de proue du black ambiant que sont Darkspace et Paysages d’Hiver, ou dans un style plus synthétique lorgnant vers la décadence froide et déshumanisée de l’indus’ (Borgne, Mirrothrone…), ceci dit, pouvait-on vraiment s’attendre à un tel déferlement de violence et à une leçon aussi magistrale de black metal de la part de ce groupe totalement inconnu et sortant comme qui dirait de nul part?

Le premier titre, Hoch, déboule sans préambule et nous lamine la tronche sans crier gare. Du haut de ses 3 petites minutes, il nous met sur les genoux, implacable condensé de haine, de fureur, de noirceur et de décadence. Alternant le mitraillage impitoyable de blasts phénoménaux de rapidité et d’impact sur un mur de guitare poisseux et étouffant avec d’autres passages plus lourds et rampants, il donne le ton de la galette: extrêmement violent, éprouvant, suffocant d’agression, mais pas bêtement linéaire et bourrin. Betrayers of the North nous le confirme d’ailleurs intelligemment, toujours tout en puissance et en sauvagerie, mais avec quelques parties plus lourdes et ce riff mélancolique et poignant dès 3 minutes 12, qui renforcent encore l’atmosphère de noirceur et de décadence qui nous prend à la gorge dès les premières secondes de la galette.

On sent planer comme un dégoût morbide urbain, un rejet vomitif de la société et de son modernisme, surtout dans ces ralentissements dissonants à la lourdeur phénoménale, aux confins du malaise indus, qui nous rappellent des groupes comme Borgne, par exemple. Néanmoins, l’intensité du tout, ce côté straight in your face complètement furibard mais parfaitement maîtrisé (putain, ce hurlement insane qui vient déchirer la stridence des guitares à 1,45 minutes de War of 100′000 Centuries, et cette reprise phénoménale, la démence à l’état pur!), cette force de frappe ahurissante renforcée par un son d’une lourdeur poisseuse mais limpide vous scotchant irrémédiablement au sol, cette violence presque gratuite et ultime sublimée par quelques parties mélodiques envoûtantes, tout cela nous renvoie irrémédiablement vers des groupes de hardcore/black extrême, Céleste en tête. Cette comparaison se trouve pleinement justifiée par ces vocaux proprement habités, vibrants d’une hargne furieuse et hystérique, très typés hardcore, mais un hardcore cradingue, morbide et vomitif à la Kickback.

Vuyvr continue impitoyablement son chemin de haine, nous atomisant à coups de blasts frénétiques, pénétrant insidieusement notre esprit par le biais de riffs tantôt lourds et dissonants, tantôt d’une mélodie noire et vénéneuse. A ce titre, de nombreux passages d’une violence jouissive et hypnotique servis par un riffing nordique hypnotique et des blasts sauvages font penser à Dark Funeral ou Setherial (les bombes incandescentes que sont Idolatry et Slaves), mais là où le combo suisse nous surprend, c’est quand entre deux salves d’une barbarie inouïe, il parvient à distiller dans notre cerveau engourdi par la brutalité suffocante de la charge des parties bien plus lentes, habitées d’une mélancolie désespérée, d’une beauté simple et touchante, extirpant les dernières larmes de notre corps déjà vidé de toute sa substance par les furieux assauts de la Bête (Betrayers of the North, Dead Trees Are Wandering at Night). Dans ces moments d’accalmie salvatrice, Vuyvr se dépare de sa hideur animale et se drappe dans l’aura d’un black lent, majestueux, racé, au feeling très nordique.

Et, effectivement, au fur et à mesure que s’égrainent les minutes de cette torture auditive qu’est Eiskalt, la fureur bouillonnante et sauvage des premiers titres se mue petit à petit en une musique plus calme, mélancolique, et contemplative. La haine devient dégoût, la virulence fait place à la tristesse, la fureur retombe et se cristallise en une amère résignation, de sorte que l’album se conclut sur un Wyvern de presque 9 minutes, principalement instrumental, majestueux et épique, d’une lenteur solennelle et majestueuse, rappelant les grandes fresques nordiques de Taake.

Vous l’aurez compris, cet album est une véritable perle du genre qui ne saurait laisser indifférents les amateurs de black vraiment violent. Mêlant habilement diverses influences, mariant avec une maestria désinvolte et géniale différents styles (black brutal suédois, sonorités plus indus et hardcore, black épique norvégien), Vuyvr parvient à nous servir une galette d’une compacité et d’une cohérence improbables, délivrant pendant près de 40 minutes une musique d’une rare sauvagerie et d’une noirceur suffocante, toujours habitée, authentique, originale et racée et empreinte d’une certaine beauté et d’un magnétisme irrésistible malgré sa violence repoussante. Amateurs d’extrême, vous voilà prévenus. Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Odium (FRA) : The Monolith of Hate

Tuesday, August 20th, 2013

Odium (FRA) : The Monolith of HateCe n’est maintenant plus une révélation pour personne quand on affirme que la scène black française compte parmi les plus actives, intéressantes et créatives de ces 15 dernières années. Tous les sous-genres sont représentés avec brio, et bon nombre de combos français se sont imposés comme des références du genre et sont vénérés par des hordes de chevelus aux quatre coins du globe (citons Deathspell Omega, Temple of Baal, Merrimack, Arkhon Infaustus, Anorexia Nervosa, Seth, Nehemah, Muutilation, Vlad Tepes, Belenos, Peste Noire, Diapsiquir, Blut Aus Nord, ou Glorior Belli pour n’en citer que quelques uns parmi les plus reconnus). Néanmoins, force est de constater qu’ il y a toujours un créneau à prendre dans les strates de l’art noir, il s’agit du black brutal, le vrai, le pur, le dur, sans concessions ni temps morts, comme il se pratiquait en Suède au début des années 90. Les Niçois d’Odium, à ne pas confondre avec leurs fameux homologues norvégiens du début des années 90 officiant dans un excellent black sympho, se lancent furieusement dans la bataille, et, avec ce deuxième full length ultra violent, haineux et rapide répondant au doux nom de The Monolith of Hate (le nom et le sublime artwork de la pochette annoncent clairement la couleur!), ils pourraient bien prétendre s’emparer du trône noir toujours vacant de l’utrabrutalité française.

Cette extrême brutalité explose dès le premier titre, Procreating Insanity, servie par une célérité hors du commun, une sorte de maelström infernal à la vitesse d’exécution proprement diabolique : la batterie ne s’arrête pas une seconde, la voix éructe implacablement sa haine, la basse claque sourdement et les guitares délivrent inlassablement des riffs ultra rapides. Le tout est parfaitement exécuté, suffocant de violence, et rappelle les maîtres suédois de Dark Funeral. Néanmoins, ici, il y a une différence notable avec la horde de Lord Ahriman, c’est qu’Odium ne semble pas forcément chercher le riff qui fait mouche en se concentrant sur les mélodies hypnotiques et envoûtantes des guitares qui font la particularité et le charme vénéneux du combo de Stockholm. Non, ici, on se focalise sur la rapidité, la violence et la noirceur dans toute leur crudité et leur hideur, et on balance le tout à la gueule de l’auditeur sans aucune pitié et avec un maximum d’impact : The Monolith of Hate raisonne comme un manifeste de haine inextinguible, une arme de destruction massive impitoyable à ne pas mettre entre toutes les oreilles (une fois n’est pas coutume, cet album porte plutôt bien son nom!), bref, une véritable bande son infernale de l’Apocalypse qui excelle dans son genre, brutal et destructeur.

Le son est lisse et glacial, très propre et moderne (peut-être un peu trop!), laissant gronder la basse sur certains passages un peu plus lents, parfaitement apte à servir une musique totalement déshumanisée mais d’une précision glaciale et inéluctable. Malheureusement, s’il colle bien au genre, il dessert également l’impact émotionnel des compos en compressant les guitares : rien ne ressort vraiment de ce bloc de haine brute, et il est difficile de pleinement savourer les parties de grattes aux riffs parfois intéressants et originaux.

Il convient aussi de parler de la voix, assez atypique pour le genre, qui en gênera sûrement plus d’un, éloignée des standards black qui exigent une voix criarde et écorchée. Ici, les vocaux sont très secs et agressifs, rappelant plus certains groupes de thrash extrême comme Kreator, assez déstabilisants à la première écoute, manquant peut-être d’un peu de variété et de puissance, mais collant parfaitement au sentiment d’urgence et de chaos qui suintent par tous les pores de la musique. La violence des compos, la rapidité sans concession de la batterie et ce côté true et glacial rappellent parfois les confrères québecois de Frozen Shadows période Hantises ou les Slovaques de Demonic Chorals : une furie et une haine palpables de tous les instants, des compos implacables et techniquement parfaitement maîtrisées, une orgie de décibels démoniaque, mais paradoxalement trop peu d’émotions et de variations se dégageant de ce magma de haine incandescente qui forme un bloc extrêmement compact et monolithique (quand je vous disais que cet album portait bien son nom!).

Car oui, c’est bien là tout le problème avec ce genre d’album à l’agression quasi constante (qui a parlé de Panzer Division Marduk?), le tout se fait rapidement répétitif et cette violence est, sur le long terme, véritablement assomante : s’enfiler la galette d’une seule traite est réellement éprouvant (avec 45 minutes au compteur quand même, c’est bien plus que la plupart des albums du genre qui dépassent rarement la demi heure!). Les titres pris uns par uns sont tous très bons, sans faille et destructeurs et peuvent se savourer chacun avec une jouissance malsaine comme une ode à la violence pure, mais force est de constater que le manque de variation, le martèlement omniprésent de la batterie qui blaste avec furie et l’agression constante de cette voix hurlée qui crache sa haine à la face du monde finissent par devenir lassants.

Il serait pourtant injuste de parler de bourrinage sans âme, et on sent que le groupe a la volonté de casser la linéarité de sa musique, de créer quelques ambiances glauques en ralentissant à de (rares!) moments le tempo et en utilisant quelques riffs lents, dissonnants et tordus qui rappellent son affiliation à la scène française (The Last Dawn, excellent titre, plus lourd et varié, qui montre une facette plus death du groupe, lorgnant même parfois vers l’indus, cette partie de basse improbable et mystérieuse qui coupe Altar ov Chaos entre deux accès de furie jubilatoire, le riff qui intervient au milieu du titre éponyme, et suivi de cette lourdeur quasi death metal qui sied plutôt bien au groupe, Into the Void avec ces riffs saccadés aux larsens grinçants et qui n’hésite pas à dévoiler une facette plus mélancolique et planante du groupe dès 2 minutes 30 avec un passage presque postrock… ).

The Monolith of Hate se fend également de quelques interludes maladifs histoire d’appuyer son propos et d’aérer l’ensemble (Overture, Legioned Odii ou le début de The Grand Final qui s’étend sur deux pistes), de même, on peut noter le très bon début orientalisant de The Reign of Those Who Die, qui enfin choisit de jouer la carte d’un black plus racé et ambiancé, avec cette basse profonde et tellurique et cette double toujours aussi rapide et appuyée. Ce début de chanson, plus lent et majestueux, se pose comme une accalmie salvatrice qui permet de souffler avant la reprise des hostilités, et qui ne fait que renforcer l’impact de l’explosion de violence qui ne manque pas de survenir très rapidement par la suite.

De même, il convient de souligner qu’il y a quelques moments d’une furie tellement dévastatrice ( Altar ov Chaos, complètement allumé et schizophrène, qui ferait presque penser à du Anaal Nathrakh dans son intensité destructrice, la fin de The Grand Final, qui monte en intensité et en vitesse et qui déchire littéralement les tympans de l’auditeur avec ces hurlements déments) qu’ils parviennent à surnager et à s’imposer dans cet océan de brutalité.

Ne nous y trompons pas, The Monolith of Hate est donc indubitablement un bon album qui ne manquera pas de séduire les aficionados de brutalité musicale mais qui est encore un peu trop enfermé dans le carcan musical que le style qu’il pratique impose et qui n’a pas encore su s’affranchir totalement de ses influences (Marduk et Dark Funeral en tête, mais aussi des groupes comme Arkhon Infaustus ou Vorkreist au niveau de certains riffs dissonants et de la lourdeur death qui cimente le tout). Néanmoins, la solidité des compos et la maîtrise technique en font un album inattaquable musicalement parlant et une arme de destruction massive imparable dont Odium peut être fier. Nul doute que si le groupe arrive à varier son propos, à appuyer ses ambiances et à épaissir son son sur son prochain effort, il pourrait parvenir à se hisser au niveau des maîtres du genre, car il en a indéniablement le potentiel… Un groupe à suivre de près…