Eibon La Furies : The Inmoral Compass

Eibon La Furies : The Inmoral Compass«Mon dieu, pourquoi moi?».

Dans la carrière d’un chroniqueur, aussi courte et modeste soit-elle, il y a toujours ce moment fatidique où l’on finit par tomber sur un OVNI musical insaisissable, indescriptible et inclassable, très difficile à cerner et, partant, encore plus délicat à analyser et à décrire, et, lors de la première écoute de l’engin, on ne manque pas d’étouffer cette exclamation désabusée. Puis on persévère, on s’accroche, par fierté autant que par devoir auprès de la communauté des lecteurs et, petit-à-petit, on parvient à apercevoir une lueur et

une certaine cohérence dans le labyrinthe inextricable de cette opacité musicale…

Vous l’aurez compris, notre ovni du jour est The Compass Immoral des Anglais d’Eibon la Furies, qui sortent là leur deuxième album après The Blood of the Realm en 2010. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le style pratiqué ici n’est pas évident à définir. Black indus’, comme indiqué sur la fiche SoM du groupe? Oui, pourquoi pas, mais on pourrait tout aussi bien y accoler les

étiquettes de Power moderne, de gothique et d’horror metal. En fait, imaginez une orgie Baroque et folle entre Notre Dame, Cadaveria, The Vision Bleak, Therion, Moonspell, Iced Earth, Rammstein, Diabolical Masquerade, Type O Negative et Nevermore et vous obtiendrez une – petite! – idée de ce à quoi peut

ressembler ce Immoral Compass!

Essayons néanmoins d’être plus précis : l’ossature de la musique est formée par

des parties tantôt franchement heavy ou Power modernes, rappelant parfois des groupes comme Iced Earth ou Nevermore dans la puissance des riffs, tantôt plus lourdes et dansantes, martiales et rythmées, dégageant de forts relents indus

ainsi qu’une ambiance sombre et cinématographique, le tout saupoudré d’influences gothiques prononcées.

Ainsi, il n’est pas rare de passer au sein d’un titre de riffs en saccades à la Fear Factory (en moins violent quand même), à un break orientalisant

appuyé par des choeurs sonnant comme du Therion très synthétique, et une ouverture très gothique, tout en arpèges mélancoliques et appuyée par une voix de crooner dark et dépressif, peut faire place à des riffs lourds et mystiques au groove entraînant, appuyés par une batterie militaire et une voix black.

Le tout est évidemment loin d’être linéaire et est animé par un esprit progressif ainsi qu’une ambiance Baroque et grandiloquente qui ne sont pas sans rappeler Diabolical Masquerade, d’ailleurs la voix de Lord Eibon s’adapte parfaitement aux différentes humeurs de la musique, pouvant passer de vocalises suaves et ténébreuses à la Fernando Ribeiro, parfois plus théâtrale comme Snowy Show, à des feulements black secs très proches de Cadaveria, tout en se permettant quelques incursions dans le bon vieux growl des familles.

Ceci dit, ce sont surtout les guitares qui mènent la danse, abattant un travail rythmique et mélodique impressionnant : de gros riffs saccadés et puissants ou parfois plus lourds et ambiancés (The End of Everything avec son ptit côté Rammstein, tant dans les riffs que dans la voix), et surtout les magnifiques soli de Neil Prudy, sorte de fil rouge mélodique dans ce labyrinthe musical

(Immoral Compass to the World, Imperial Jackals Head, Conjure Me…).

Il n’est pas rare que de petits bidouillages électroniques, étranges et inquiétants, ainsi que des parties épiques presque cinématographiques viennent épaissir l’ambiance, et renforcer les contrastes musicaux entre rythmiques efficaces et atmosphères épiques, et avec un son extrêmement lourd et synthétique, le tout achève de plonger l’auditeur dans l’univers sombre et complexe d’Eibon la Furies, malgré le côté parfois un peu

éclaté de la musique.

Vous aurez donc compris que l’étiquette de black indus est bien pratique pour tenter désespérément de caser la musique des trublions anglais : disons simplement qu’il s’agit de metal au sens large, d’une musique sombre et rythmée

teintée de clair-obscurs, aux ambiances diverses et évolutives

et à la musicalité certaine. Finalement, on ne retrouve pas beaucoup de traces de black dans ce Immoral Compass, mis à part dans certains vocaux, secs et hargneux, et dans l’excellent Who Watches the Watchers, très sombre, s’ouvrant sur cette intro borgirienne avec coassements lugubres, riffs saccadés et

symphonie décadente, qui n’est pas sans rappeler le fameux Progenies of the Great Apocalypse).

Histoire de décrire un peu plus précisément la musique, citons pêle-mêle le

titre d’entrée, The Compass Awakes, à la fois headbangant, dansant, puissant, ambiancé et mélodique; Astronomy in Absences, plus long titre de l’album avec ses 6,33 minutes, mené par ces saccades de guitares très lourdes et ces leads virtuoses qui feraient presque penser à du Nevermore, coupé en son milieu par un break onirique et tordu qui s’ouvre sur des choeurs féminins fantomatiques, avant de repartir sur le heavy imparable des guitares; Imperial Jackals Head,

mené par un très bon riff orientalisant, groovy et entraînant, toujours appuyé par ces parties cinématographiques et ces choeurs therionesques, au milieu

duquel la musique s’interrompt pour faire place à une narration habitée de Lord Eibon, avant de se poursuivre sur une partie sombre et épique que n’aurait pas reniée Moonspell; Flames 1918, balade profonde et sépulcrale tout en piano, guidée par cette voix ténébreuse, simple et touchante; An Enigma in Space and Time, qui me rappelle indéniablement Pink Floyd dans cette introduction hallucinée et onirique aux arpèges désabusés, à la basse langoureuse et à la batterie très 70’s, décollant par la suite dans des sphères éthérées

avec ce solo spatial alimenté par une réverb’ lunaire…

Vous comprendrez aisément qu’il y a à boire et à manger sur The Immoral Compass.

Pourquoi donc une note aussi timorée me demanderez vous? C’est justement cette trop grande diversité qui est l’un des points faibles de l’album : à vouloir explorer tant de différents styles, on a parfois l’impression qu”Eibon la Furies est comme qui dirait écartelé entre tous les courants musicaux qu’il

affectionne, et, inévitablement, les Anglais abordent les influences qu’ils mêlent de façon un peu trop superficielle. Etrangement, l’album est plutôt cohérent, toutes les compositions sont agréables à l’écoute mais le tout manque encore de profondeur, d’intensité et de cette folie qui aurait pu faire de ce Compass Immoral une oeuvre vraiment atypique et habitée.

Un bon album, sans aucun doute, qui laisse entrevoir un potentiel très intéressant et qui nous permet de (re)découvrir un groupe à part à la musique résolument originale, que l’on s’empressera de suivre sur le prochain album.

A écouter pour tous les amateurs de musique sombre, épique et entraînante!

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