Angrenost (POR) : Planet Muscaria

Angrenost (POR) : Planet MuscariaLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’Angrenost revient de loin : après une unique démo, Evil, parue en 1998, et bien accueillie par la presse spécialisée et le public de l’époque, le groupe portugais sombre dans un Coma artificiel suite au comportement autodestructeur et aux différentes addictions de son

leader et chanteur, Pursan, qui n’a alors pas d’autre choix que de mettre le groupe en veille pour se focaliser sur sa santé mentale. Après de nombreuses

cures de désintoxication et séjours en hôpitaux psychiatriques pour tenter de guérir de ses excès qui l’auront conduit aux frontières de la mort, Pursan parvient à se débarrasser de ses démons et insuffle une nouvelle vie à l’entité Angrenost dès 2010, avec un nouveau line-up, pour venir nous conter ses expériences chimiques et ses Visions de l’au-delà.

Planet Muscaria n’est donc ni plus ni moins que la retranscription sonore des troubles psychotiques de son géniteur, une expérience Intense aux frontières de l’au-delà marquée par la souffrance, la folie, l’angoisse de la mort ainsi que la pénétration éclairée des Secrets de l’autre monde. Entre trips cafardant, hallucinations morbides, folie auto destructrice, errements psychiatriques et voyages aux confins du trépas, la musique des Portugais est très hermétique et noire, une sorte de voyage halluciné qui nous convie dans les limbes glacées que Pursan a côtoyées.

Imaginez-vous après l’ingurgitation abusive de psychotropes, votre corps moribond entrant dans une profonde léthargie tandis que votre cerveau affolé lutte contre l’angoisse qu’insuffle insidieusement le poison chimique dans vos veines, vos membres paralysés par la peur, une sueur glacée vous inondant le front, enfermé dans le carcan horrifique de vos chimères les plus sombres et indicibles, voyageant dans le royaume maudit de vos peurs les plus intimes et inavouables, affrontant vos démons les plus terrifiants en un kaléidoscope brisé de visions fumeuses et cauchemardesques.

Imaginez-vous prisonniers d’une camisole, dans un labyrinthe de couloirs blancs et silencieux comme la mort aux murs immaculés, lobotomisé par des dizaines de pilules multicolores, en train de déambuler désespérément dans ce dédale aseptisé et désert à la recherche des bribes éparses de votre esprit disloqué, tentant désespérément de vous murer dans la paix béate et factice de ce bonheur artificiel crée par les drogues pour fuir la folie insidieuse des mille voix qui vous vrillent le cerveau.

Imaginez-vous plongé dans un coma artificiel, votre corps mort, votre esprit flottant dans l’infinie vacuité d’un monde parallèle inconnu, noir, glacial et terrifiant, à la recherche de l’infime lueur qui symboliserait le retour à la vie dans l’obscurité absconse des ténèbres, mais toujours plus attiré vers le fond de l’abîme par ces chuchotements troublants qui vous incitent à franchir le palier de l’au-delà pour vous abreuver de la Connaissance éternelle et vous rassasier de toutes les réponses aux questions existentielles, un voyage sans retour dans les terres désolées d’un nulle-part aussi fascinant qu’angoissant…

Voilà, vous y êtes, et vous pouvez à peu près mettre le monde psychotique et névrosé de Planet Muscaria en images. Evidemment, quand on parle de Near Death Experience, on ne peut s’empêcher de penser à Spektr, et force est de constater que la musique des Français et celle des Portugais présentent bon nombre de similitudes: ce côté ambiant angoissant et noir, ces bruitages indistincts qui nous plongent dans un univers inconnu où tout peut survenir, enfin, ce metal dissonant et hermétique à la limite de l’asphyxie, aucun doute, les deux combos nous enferment de façon similaire dans une spirale noire où folie, chizophrénie, errances, angoisse et espoirs avortés s’entrechoquent en un chaos bruitiste et angoissant.

De même, cet univers glacial et déshumanisé nous rappelle irrémédiablement l’épopée cosmique de formations telles Darkspace (ces hurlements démentiels, le côté froid et déshumanisé du tout, les parties ambiant aux sonorités étranges et cet aspect spatial tant apaisant qu’angoissant) et Apostasia (cette double ultra rapide et ce tapis de claviers cosmiques à l’atmosphère glacée et inquiétante sur INTraVeNUS), offrant le même genre de contrastes, un monde insondable et angoissant où le protagoniste recherche en une quête initiatique une paix intérieure que la vie humaine lui refuse. Comme les groupes sus cités, Angrenost nous convie dans un trip halluciné aux confins du réel, sorte de glissement sans fin dans les rêves sombres et hallucinés d’un cerveau psychotique, et la musique, illustrant la découverte progressive de ses angoisses, ses espoirs et ses chimères, est froide, mécanique, aseptisée, totalement déshumanisée. Citons également Diablerie qui évolue également dans un black indus’ post-apocalyptique, et soulignons l’étrange ressemblance entre le début de abSUMardUk

et le Oppression des Finlandais, même si le tout est plus lent, noir et oppressant ici.

Voix robotiques et complètement décharnées, claviers omniprésents aux ambiances lunaires, samples bruitistes aux sonorités indus’ et mécaniques et murs de guitares tantôt sombres et dissonantes, tantôt rapides et tranchantes comme des lames de rasoirs forment un monde opaque et hermétique dans lequel on s’enferme pour fuir le cauchemar sordide et insupportable de la réalité ou simplement pour

mieux se retrouver soi-même. La batterie, aux sonorités synthétiques, métronome infernal d’une régularité de machine, varie son jeu entre parties blastées et dévastatrices, tapis de double apocalyptique et plans plus lents et entraînants. Les guitares, formant un mur opaque se mêlant en un magma sonore aux claviers et aux samples, hypnotisent l’auditeur et précipitent l’immersion dans le monde malade et halluciné d’Angrenost.

Planet Muscaria sonne comme une alternance de plans calmes et cosmiques et de fureur black metal suffocante et anxiogène, une succession de passages ambiant pleins de mystère aux étranges sonorités robotiques et de dissonances metalliques maladives, une profusion de voix déshumanisées, tantôt graves et solennelles qui s’incarnent en de mystérieuses et inquiétantes narrations, tantôt hurlées et haineuses, le tout retranscrivant un dialogue schizophrène dans l’esprit dérangé de Pursan, ces voix résonnant comme les incarnations des multiples personnalités de son cerveau malade ou les différents personnages de son trip chimique, guides spirituels comme entités hostiles cherchant à l’égarer dans le gouffre sans fin de son inconscient tourmenté.

Vagues de sérénité et soudaines crises de démence, semi éclaircies et brusques

plongées dans les ténèbres les plus noires et suffocantes, béatitude chimique et bouffées anxiogènes, moments d’apaisement et montées de désespoir aigu, paix intérieure et perte totale de l’identité dans le multiple morcellement du moi, ces contradictions syncopées se succèdent pour retranscrire cette expérience intense, et cette immersion ne peut pas laisser l’auditeur indifférent. D’ailleurs, cette transe dans les méandres de la folie et aux confins de la mort n’est pas toujours dépourvue de beauté et peut se faire réellement envoûtante, conviant dans l’infini de sa vacuité à une sérénité éternelle, où la souffrance humaine disparaît, une ataraxie où la foule de questions insensées qui agitent et submergent notre cerveau anxieux s’interrompt en une quiétude salvatrice et

intemporelle (le riff majestueux et envoûtant à la fin d’acIdShIVa). Néanmoins,

la plupart du temps, ce sont les ténèbres et l’angoisse qui dominent.

Le tout n’est jamais long, d’une cohérence et d’une densité bluffantes, et se vit comme un long trip halluciné de 65 minutes dans les méandres de l’inconscient humain. L’album se termine dans un faux calme, sur ces notes de piano mystérieuses absorbées par le vortex bourdonnant d’un ailleurs indicible, et on ne sait pas si cela marque la fin du voyage ou le début d’un nouveau… Une expérience éprouvante mais d’une intensité hors du commun qui ne saurait vous laisser indifférent. A essayer absolument si une immersion d’une heure dans les limbes glacées et angoissantes de l’au-delà ne vous effraie pas, et si vous n’avez pas peur de vous y perdre pour toujours…

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