Archive for October, 2013

Cult Of Erinyes : Blessed Extinction

Sunday, October 27th, 2013

Cult Of Erinyes : Blessed ExtinctionQu’on se le dise, 2013 sera l’année de la consécration pour le black belge. Après le somptueux Ritu de Saille sorti en début d’année, c’est au tour de Cult of Erinyes, combo bruxellois fondé en 2009, de nous délivrer son deuxième full length, Blessed Extinction, et d’imposer définitivement son black sombre, lourd et dissonant.

Profonde, mystérieuse et habitée, la musique de Cult of Erinyes nous offre un voyage au cœur des ténèbres, aux portes de la souffrance et de la folie. Cette incantation est portée par une pléthore de voix habitées qui animent la musique de leur spectre maudit, à commencer par ces vocaux black très sombres et diaboliques, parfaitement articulés, haineux et sentencieux, émanation vengeresse et implacable des déesses infernales, qui rappelle beaucoup les éructations de Maniac. De temps en temps, des grondements death, particulièrement gutturaux et abyssaux viennent appuyer ces hurlements (The Vlasov Notes), et nous avons même le droit à quelques parties de chant clair du plus bel effet, plaintives et mélancoliques, qui viennent envelopper ce chaos musical déjà bien sombre d’une aura de désolation et de déliquescence.

Blessed Extinction est vraiment très noir, ésotérique et hermétique, sorte de mélange entre la beauté vénéneuse et ambiant d’un Eïs et l’hermétisme suffocant d’un Mayhem couplés aux ténèbres envoûtantes d’un Nehemah et aux dissonances maladives d’un Ondskapt.

Les guitares forment un mur compact et bourdonnant, impénétrable, qui se répercute infiniment dans les couloirs sans fin de l’Érèbe et poursuivent impitoyablement l’auditeur jusqu’aux tréfonds de son âme damnée. Les riffs sont excellents, tortueux, rampants et dissonants, fortement inspirés par le courant orthodoxe norvégien, et ces superpositions de guitares au son massif forment un mur opaque et bourdonnant qui nous plonge dans un puits de ténèbres et nous égare dans les vapeurs méphitiques d’un malaise insidieux et impalpable.

Cette agression musicale se mue parfois en des sonorités plus ténues et délétères qui viennent expirer aux portes d’un ambiant glauque et désespérément noir ( Bipolar, court interlude tout en résonnances étranges et lugubres, la fin de Dissolve into the Stars, avec ces bourdonnements sourds aux échos inquiétants, la fin de Sunken Cities, avec ces cris déments qui nous entraînent aux confins de la folie et ces chuchotements lointains et ensevelis qui semblent émaner d’un autre temps ), mais Cult of Erinyes sait parfois aussi s’extraire des abysses dans lesquels il se vautre pour aller caresser de ses notes ailées les firmaments de l’Olympe. Ainsi, des titres comme Jibaku ou Dissolve into the Stars, du haut de leurs plus de 7 minutes, se complaisent à nous perdre dans l’obscurité sans fin des mondes souterrains pour mieux nous guider par les notes cristallines et mystiques de leurs guitares vers un au-delà inconnu qui sonne comme une promesse d’espoir dans la vacuité désolée de ce chaos chtonien.

Les Érinyes incarnent parfaitement cette dualité, divinités maudites méprisées des Dieux et redoutées par les hommes, tenant autant du divin que de l’infernal, d’ailleurs, l’artwork reflète bien cette polyvalence avec ces trois mystérieuses femmes aux traits brouillés et aux contours indécis et monstrueux (Muses ou Erinyes ?) qui semblent vouloir nous guider à travers les ténèbres de ce labyrinthe sans fin, pour nous mener soit vers la lumière du dehors, soit vers la damnation éternelle.

La plupart des titres sont longs et se colorent de plusieurs nuances, alternant un metal sournois et rampant à des attaques frontales, entre parties blastées et agressives, passages plus lourds et inquiétants qui font la part belle à la double pédale, et nappes ambiant où des notes de guitare moribondes tissent une toile de fond sonore inquiétante qui irradie l’ensemble d’une douce lumière noire.

Les parties de batterie se composent majoritairement de blasts moribonds et traînants, à la vitesse d’exécution moyenne, mais à la frappe lourde et répétitive, ce qui rend un effet hypnotique et envoûtant dans la grande tradition du true black. Ceci dit, les Belges savent aussi accélérer la cadence (le début de Sunken Cities et son blast diabolique et inhumain, rapidement contrebalancé par ce chant clair mélancolique et désabusé) ou retomber sur un tempo plus catatonique (la partie centrale de The Vlasov Notes), et Baal varie son jeu selon les exigences des atmosphères.

En conclusion, voilà une superbe réalisation, un black violent, intense, immersif et totalement envoûtant, d’une beauté vénéneuse et maladive. Nul doute qu’avec ce Blessed Extinction, Cult of Erinyes va faire parler de lui et s’affirmer comme l’un des nouveaux espoirs du black puissant, racé, progressif et ambiancé. A posséder absolument pour tous les amateurs du style !

Handful Of Hate : To Perdition

Tuesday, October 15th, 2013

Handful Of Hate : To PerditionHandful Of Hate ne sont pas les premiers venus sur la scène italienne. Figure emblématique du black transalpin, cela fait maintenant 20 ans qu’ils ‘appliquent à déverser leur haine et leur fureur aux oreilles du monde bienpensant. To Perdition marque leur grand retour après leur dernier album en date, You Will Bleed, datant tout de même de 2009, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le combo de Toscane est loin de s’être calméet que cet opus ravira sans aucun doute les amateurs de back haineux, rapide et sans concession.

Les Italiens nous servent une musique véloce, agressive, et sans compromis, un furieux chaos sonore essentiellement basé sur des riffs rapides, froids et tranchants. Ici, pas de claviers, de voix féminines ou de partie acoustique, Handful Of Hate se concentre sur le côté le plus extrême et violent de l’art noir. La brutalité de l’ensemble fait penser à des combos comme Dark Funeral et Marduk, et, histoire de varier le propos et d’être encore plus destructeur, le combo n’hésite pas à ponctuer sa musique de passages plus headbangant et lourds aux forts relents de death. Le son, limpide et moderne, très porté sur les guitares, renforce la déflagration sonore, même si certains le trouveront probablement trop aseptisé pour du black.

To Perdition nous explose les tympans avec ses douze ogives nucléaires à la force de frappe phénoménale, les deux principales armes de Destruction massive du groupe étant ces riffs envoûtants et profonds qui nous font découvrir la beauté des abysses et cette batterie épileptique, extrêmement martiale et rapide, rappelant un peu Crystalium, avec cette double précise et bluffante de vitesse, ces roulements infernaux et ces blasts démentiels. Dans ses accès de fureur les plus incontrôlables, le combo rappelle également la dernière réalisation apocalyptique des Français d’Odium, qui évoluent dans un style relativement similaire.

D’emblée, le titre éponyme nous envoûte avec ces riffs très typés Dark Funeral et ces blasts supersoniques, et la superposition des voix – l’une extrêmement criarde et écorchée, à la limite de la rupture, et l’autre plus puissante et gutturale – démultiplie l’impact de cette tempête de haine. Le Ton est donné, le black de To Perdition sera ultra rapide et violent ou ne sera pas.

Il y a peu de temps morts, les titres s’enchaînent avec une intensité et une fureur assommantes, et le tout serait rapidement indigeste si Handful of Hate n’était pas capable de ralentir le tempo de temps en temps pour offrir des riffs plus insidieux (certains passages de Swines Graced of Gods ou de Words Like Worms). Ce sont d’ailleurs sur ces passages les plus lents et rampants que les ténèbres s’enroulent le plus intimement autour de notre esprit et que les Italiens flétrissent définitivement notre âme tétanisée de leur seau maudit.

Même si l’ensemble de ces 11 titres est terriblement compact, la musique du groupe est plus subtile et variée qu’elle n’y parait au premier abord. Il y a avant tout ces riffs typiquement black, touchants et majestueux quel que soit le tempo, qui hypnotisent littéralement l’auditeur car toujours emprunts d’une certaine mélodie belle et vénéneuse; ceci dit, il y a aussi parfois des cassures plus lourdes et des parties de guitares bien grasses et saccadées qui renvoient directement au death ( la fin d’ Ornaments for Derision avec ces guitares lentes, majestueuses et entraînantes, ces chorus de guitares à l’hystérie céleste et ce chant solennel et majestueux, ou Ex Abrupto, aux nombreux passages hachés et headbangant, et dont le début ferait presque penser à une version blackisée de Nile), ce qui a pour résultat de casser la linéarité de la musique et d’insuffler un dynamisme salvateur à l’ensemble. Handful of Hate Ne se contente donc pas de bourriner de façon continue et répétitive, et nous

offre une musique riche, noire et haineuse qui se nourrit des meilleurs

éléments des scènes black et death.

Voilà en résumé un opus très bien exécuté, avec une maîtrise technique plus qu’honorable, et qui nous crache à la gueule un bouillonnant condensé de fureur, de violence et de ténèbres en mêlant subtilement l’aura noire et haineuse du black au côté implacable et lourd du death. Alors, certes, To Perdition n’innove en rien et ne changera certainement pas la face du metal, mais mine de rien, ces onze titres constituent un sacré manifeste d’extrémisme musical qui devrait sans aucun problème combler tous les amateurs du genre. Une bombe sonore, ni plus ni moins, à recommander aux metalheads endurcis mais à déconseiller aux oreilles sensibles.

The Ruins Of Beverast : Blood Vaults – The Blazing Gospel of Heinrich Kramer

Saturday, October 12th, 2013

The Ruins Of Beverast : Blood Vaults - The Blazing Gospel of Heinrich KramerThe Ruins of Beverast est un one-man-band allemand évoluant depuis 2003 dans un black ambiancé, atmosphérique et incantatoire qui s’est rapidement fait un nom sur la scène black européenne. Après un très bon Foulest Semen of a Sheltered Elite en 2009, qui s’éloignait déjà considérablement des canons du genre en explorant des voies plus doom et gothiques, The Ruins of Beverast nous revient cette année avec ce Blood Vaults – The Blazing Gospel of Heinrich Kramer aussi étonnant que détonant. La galette débute sur une intro très sombre et épique, qui met bien en place l’univers horrifique d’Alexander von Meilenwald, avec cette voix abyssale, ces claviers inquiétants, ces choeurs mystiques et ces quelques percussions aux résonances tribales. Dès les premières notes, l’Allemand nous convie à sa cérémonie des ténèbres, une sorte de rituel macabre et ésotérique qui nous plonge dans les entrailles de la terre. S’ensuit Daemon, qui s’ouvre sur des choeurs liturgiques et des chuchotements dérangés avant que les guitares, lourdes, graves et poisseuses ne fassent leur apparition. Le changement de style est assez radical et de prime abord déstabilisant : sur ce titre, The Ruins of Beverast évolue dans un death caverneux aux forts relents de catacombe, une musique extrêmement sombre et iconoclaste qui transpire l’occultisme, un peu à la manière d’un Necros Christos. Ceci dit, le tempo se ralentit bientôt, la musique s’alourdit encore et le one-man-band dévoile la nouvelle face hideuse de sa créature protéiforme : le death primaire se mue petit-à-petit en un doom lent, écrasant, suffocant et désespérément chtonien.

Malefica laisse un moment entrevoir une partie moins tourmentée du one-man-band, avec une musique d’une beauté touchante, où la voix, certes toujours grave, semble plus humaine. Des sonorités plus sibyllines, presque apaisantes, viennent colorer ce morceau, toujours empreint d’une certaine solennité, et d’une musicalité toute en clairs obscurs au mysticisme quasiment religieux. Pas étonnant quand on sait que Blood Vaults narre en musique la vie d’Heinrich Kramer, ecclésiastique illuminé et chasseur de sorcières intransigeant, à l’origine du fameux Malleus Malleficarum. Arpèges mélancoliques, orgues sépulcraux aux mélodies célestes, guitares toujours aussi lourdes mais d’une mélancolie poignante, The Ruins of Beverast sait toujours séduire par sa subtilité et son art des nuances, même s’il évolue désormais dans un style bien plus claustrophobe et monolithique qu’auparavant.

D’une manière générale, ces neuf hymnes forment un bloc de granit brut et uniforme, l’exploration angoissante d’un esprit dérangé où bien et mal s’étreignent dans une proximité confuse. Parties death et doom extrêmes d’une pesanteur impitoyable et aux vocaux proprement effrayants contrastent avec des passages plus calmes et introspectifs où seuls raisonnent les échos mystérieux et dissonants de guitares brumeuses, les notes fantomatiques des claviers et où des voix trafiquées et inquiétantes enserrent notre âme dans un écrin de douce folie. Ces longs morceaux s’étalant parfois sur plus de dix minutes sont propices aux contrastes, et riffs graves et telluriques contrastent avec des mélodies aliénantes et venimeuses pour guider l’esprit de l’auditeur à travers la foi dévorante et meurtrière De Kramer qui l’emmène aux frontières de l’impiété. Si cette œuvre est incontestablement noire et suffocante, elle n’est pas dépourvue d’un certain esthétisme et semble parfois osciller entre ténèbres et lumières, résonnant même dans les moments les plus calmes comme la promesse d’une lointaine salvation ou d’une paisible ataraxie dans la perspective du massacre des hérétiques. Musicalement, on pourrait rapprocher le nouveau The Ruins of Beverast d’une sorte de mélange hybride et particulièrement réussi entre Shape of Despair et Dolorian, mais conservant toujours cette empreinte ésotérique et ce savoir-faire indéniable d’une musique froide, mélancolique et désespérément belle issu de ses années black.

Spires, The Wailing City nous entraîne dans l’agitation hectique d’une transe sauvage à la redécouverte d’un paganisme fier trop longtemps opprimé par le joug aliénant de la religion. Là, au milieu de ces percussions qui pulsent comme mille cœurs débridés, jusqu’à cette fin magistrale et dramatique, portée par ce mur de guitares purificateur aux relents d’orgue sacré qui l’élèvent au-delà de toutes considérations morales, l’âme des sorcières clame à l’unisson leur amour pour la liberté et ressuscitent en leur art païen la nature primitive de l’Homme. Cette plongée dans les sombres méandres des Origines se poursuit sur Failed Exorcism, avec ce long passage qui s’incarne en une véritable incantation tribale toujours portés par ces percussions guerrières et cette voix terrifiante qui se mue en d’étranges litanies incantatoires. C’est le combat ultime du bien contre le mal, la tentative de sauver des âmes perdues et damnées, sauf que les valeurs semblent s’inverser, et que la main de Dieu devient l’oppresseur d’une liberté sacrée et inviolable. L’auditeur se range inconsciemment du côté du démon, et quand l’exorcisme échoue sur cette plage bouleversante, on se sent réconforté tant on s’est habitué à cette part de ténèbres indissociable de notre être qu’incarnent les persécutées, et qui sublime notre personne vulnérable et mortelle. La Bête nous fascine, la religion est l’ennemi, notre conviction est inébranlable et on se laisse aller sereinement jusqu’au verdict inévitable du jugement : les chœurs liturgiques de Trial sont plus envoûtants qu’effrayants et semblent raisonner pour confirmer notre choix conscient et définitif, celui du refus d’être sauvé et aliéné. Le combat est terminé, la paix retrouvée, et la fin est proche.

Cette fin explose sur le titre suivant, le court et intense Ordeal qui voit l’exécution impitoyable des hérétiques. Puissante, lourde, sauvage et ravageuse, cette piste achève de dévoiler la hideur de l’extrémisme religieux qui va jusqu’à bafouer ses principes les plus sacrés au nom d’une foi aveugle et débilitante. Envoûtant, démoniaque et malsain, survolté par un blast continu et des guitares hypnotiques, Ordeal entérine définitivement notre pacte inconscient avec l’Adversaire dans les flammes, le sang et le parjure.

L’album peut se conclure sur un Monument long, triste et sibyllin, sorte de calme après la tempête qui vient apaiser la surface agitée de l’esprit insane de l’inquisiteur allemand. Le sentiment du devoir accompli, la certitude d’avoir agi pour une cause juste, la promesse d’une béatification, tout cela semble se muer vers la fin en un marasme de doutes, d’élans de conscience douloureux et de remords déchirants pour une fin tourmentée et sombre aux limites de la folie et du supportable, avec cette basse grondante et menaçante et ces ultrasons aigus qui nous vrillent désagréablement les tympans.

Alors, que dire de ce Bloody Vaults ? Si on peut regretter un instant la nouvelle orientation d’Alexander von Meilenwald déjà entamée sur l’album précédent, force est de constater que l’Allemand parvient une fois de plus à se renouveler brillamment et à tisser un univers sonore riche, sombre et incroyablement dense qui nous immerge impitoyablement le long de ces 78 longues minutes. Que l’on aime ou pas, cette galette est une nouvelle perle noire dans la carrière de The Ruins of Beverast qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs au niveau de la qualité des compositions et des ambiances. Inclinons-nous donc une fois encore et savourons sans modération ce nouveau cru d’un des groupes de black les plus novateurs et créatifs du moment…

Craven Idol : Towards Eschaton

Sunday, October 6th, 2013

Craven Idol : Towards EschatonCraven Idol est un groupe encore totalement inconnu, mais qui risque bien de faire parler de lui avec la sortie imminente de ce très bon Towards Eschaton. Formé à Londres en 2006, le groupe reste discret, se fendant de deux démos relativement anonymes, et prend son temps pour peaufiner son premier album, dont voici la modeste chronique. Une période de gestation de 7 ans, ça peut paraître long, certes, mais cela a été bénéfique au groupe britannique, et à l’écoute de cet excellent opus, le fan de metal extrême véloce et mélodique ne peut qu’être conquis.

Le professionnalisme de Towards Eschaton est épatant, de l’artwork sublime aux relents blasphématoires jusqu’au son, puissant, limpide et épais, qui met parfaitement tous les instruments en valeur et met les guitares bien en avant, en passant bien évidemment par l’essentiel, à savoir les compos. Craven Idol nous sert une musique riche et dense, toujours entraînante et mélodique, mais d’une furieuse intensité, pour un rendu sombre et accrocheur. Les Anglais ne se fixent aucune limite et piochent tant dans le black, le death que le thrash pour un rendu toujours cohérent, efficace et habité, une musique variée et épique qui oscille entre moments de bravoure tout blasts dehors et passages plus lourds et ambiancés. Ici, ce sont les guitares qui mènent la danse, toujours épaisses et tranchantes, et les riffs alternent entre tueries thrash ( une grosse influence sur tout l’album, ne citons qu’Orgies, petite bombe thrash à l’ancienne qui clôt l’opus, avec ce rythme binaire et ces bons vieux riffs fleurant bon les 80’s, quelques passages plus lourds histoire de chauffer la nuque avant de relancer la machine, ces bons vieux « uuugh » des familles qui s’invitent à la fête, et même cette montée vocale suraiguë typique du style), passages plus lourds et puissants typés death (la rythmique lourde et syncopée de Craven Atonement qui fleure bon le death suédois à l’ancienne, certains riffs sombres et blasphématoires de To Summon Mayrion, qui rappelleraient presque le death occulte d’Immolation), et riffs lancinants et glacés typiques du black (le début de Codex of Seven Dooms semblerait droit sorti d’un album d’Immortal tandis que certaines mélodies au feeling très nordique renvoient aux fresques épiques de Taake).

Le tout est dominé par un feeling heavy non négligeable, et les nombreux changements de rythme et de ton, au sein même des morceaux, créent un dynamisme et une énergie très appréciables. De nombreux noms viennent à l’esprit à l’écoute de ces 10 titres, mais Craved Idol mêle habilement ses influences, et nous propose un metal sommes toutes personnel, même si très influencé par la scène scandinave. Le tout rappelle parfois des formations comme Garwall pour la diversité des influences et le côté heavy qui cimente le tout (le début de Aura of Undeath rappelle énormément Seventh Seal of Consequence), mais on peut tout aussi bien penser au God Dethroned d’Into the Lungs of Hell, à Daemusinem, Immortal, Deströyer 666, Melechesh ( surtout sur Craven Atonement) ou même à la vieille garde du death suédois. Le tout s’enrichit de nombreux soli tantôt lumineux ou dissonants selon la vélocité de la rythmique et est appuyé par une voix délicieusement écorchée et expressive à mi-chemin entre black et thrash extrême.

Si le travail rythmique des Anglais est épatant, il ne faut pas non plus oublier de souligner la patte atmosphérique qui irradie des compos malgré cette violence sans concession. Les titres les plus lourds – et souvent les plus longs, les moins thrash finalement – sont magistraux, et même sans claviers, Craven Idol parvient à tisser une atmosphère sombre et épique grâce à l’utilisation de chœurs liturgiques, aux râles moribonds d’Immolator of Sadistic Wrath (quel nom, ça ne s’invente pas !) et à d’habiles superpositions de guitares qui viennent épaissir ou nuancer l’ambiance au besoin. Quelques samples et le tour est joué, et l’ouverture de titres comme To Summon Mayrion ou Codex of Seven Dooms sont solennelles, majestueuse et touchantes, et prouvent qu’il n’est pas besoin d’un budget faramineux et d’un orchestre symphonique pour composer des pièces intenses et immersives à la dimension épique et cinématographique très forte.

En résumé, Towards Eschaton est une excellente surprise qui, sans innover, parvient à nous servir un metal extrême efficace, varié, mélodique, intense et prenant. Avec sa première réalisation, Craved Idol s’impose comme un combo à suivre de très près et s’offre directement une place de choix sur une scène black/thrash qui peine à se renouveler de manière originale. A découvrir d’urgence !