Archive for November, 2013

Wolves In The Throne Room : BBC Session 2011 Anno Domini

Saturday, November 30th, 2013

Wolves In The Throne Room : BBC Session 2011 Anno DominiWaow… Y a pas à dire, ça fait un choc. Constater qu’un groupe de black metal que l’on aime, même s’il est très mélodique, ouvert sur de nombreuses sonorités, plutôt en vogue et qu’il est apparemment adulé par certains hipsters (que je hais ce mot…) se fend d’un enregistrement aux mythiques studios de la BBC, c’est quand même un peu déstabilisant: consécration et ultime pas vers la reconnaissance mondiale pour certains, trahison éhontée car volonté affichée d’accéder à un public plus large et de s’abreuver aux mamelles faméliques et taries du mainstream pour d’autres, voilà en tout cas une sortie qui risque de diviser et de faire couler beaucoup d’encre avant même que l’on ait commencé à parler de l’essentiel, la musique.

Ma chronique pourrait d’ailleurs presque s’arrêter ici, car, autant le dire tout de suite, musicalement parlant justement, il n’y a pas beaucoup à dire. Non pas que le contenu soit mauvais, loin de là, on parle quand même de Wolves in the Throne Room ( groupe ricain formé en 2004 par deux frangins fermiers d’Olympia, et devenant très rapidement culte avec la sortie de ses deux premiers albums éblouissants en 2006 et 2007, petite session de rattrapage pour les cancres du fond qui n’auraient pas suivi), mais simplement parce qu’on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent : deux titres de dix minutes chacun, basta, et c’est tout. A ce titre, BBC Session 2011 Anno Domini est clairement un EP et non un album longue durée. Et ensuite, et surtout, parce que les deux – excellents par ailleurs ! – titres qui composent cette galette ne sont pas des nouvelles compos, mais deux morceaux issus du fabuleux Celestial Lineage de 2011. C’est tout ? Ben ouais. Autant dire que c’est un peu léger, et que les fans du groupe risquent d’être méchamment déçus.

Ceci dit, essayons de mettre notre frustration au placard, et tâchons de décrire au mieux la musique du combo pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le son si atypique des frères Weaver. Wolves in the Throne Room, c’est du black halluciné et stratosphérique, qui transcende l’auditeur tout au long de plages atmosphériques et contemplatives s’étalant au-delà des 10 minutes et tiraillées entre violence crue et beauté mélancolique et contemplative. Le style du groupe est vraiment atypique, chaviré entre univers purement black, post rock, ambiant et neo folk, toujours touchant et onirique, et caressé par un souffle païen, sylvain et sauvage palpable qui enveloppe le tout d’une aura quasiment sacrée. Pour mieux situer les lecteurs, disons que la musique des Américains se situe quelque part entre Woods of Desolation, Lustre, Nucleus Torn, Agalloch et Svarti Loghin.

Le premier titre présent sur l’enregistrement est Prayer of Transformation qui clôt l’album précédent, s’ouvrant sur un long passage lourd et majestueux, et lorsque ce riff d’une pureté et d’une intensité dramatique à couper le souffle s’impose majestueusement à 3,32 minutes et que la voix hurlée et expressive de Nathan intervient enfin, on est littéralement transporté par un acme purificateur et on croirait presque entendre la nature pleurer. Les guitares continuent à nous ballotter de leurs riffs lancinants et hypnotiques pour une montée en puissance tout en subtilité, et lorsque le premier blast fait son apparition à 6,52 minutes, on s’en rend à peine compte, subjugué que l’on est par la musique, tellement il se fond habilement dans l’ensemble. Ce riff plein de grandeur désabusée vers la fin du titre, rappelant beaucoup Svarti Loghin, achève de nous plonger dans un état de transe, où élévation de l’âme cohabite avec tristesse, mélancolie et spleen. Un morceau époustouflant de beauté noire et mélancolique, mélangeant le meilleur du DSBM et du post rock dans une atmosphère enchanteresse et païenne que n’aurait pas reniée Empyrium.

Le second titre, Thuja Magus Imperium, est celui qui, initialement, ouvre Celestial Lineage. Drôle de paradoxe. Un océan dense de dissonance immersive nous happe d’entrée, imposant le côté solennel, sacré et intemporel de la musique avant que des échos de guitares désolés et sombres ne viennent flotter de leur spectre fané sur la musique, revenant régulièrement comme un leitmotiv maudit. Ce second morceau est plus épique, plus rythmé, plus black, résonnant comme une longue fresque enneigée, avec un blast plus présent que sur Prayer of Transformation, mais toujours guidé par les pérégrinations vagabondes des guitares et transcendé par ces notes pleurantes et aigre-douce et ces mélodies désabusées. Un long morceau évolutif où les humeurs se mêlent entre majesté, mélancolie, élans plus impétueux et apaisement, avec de longs passages ambiancés et d’autres plus vindicatifs. Le tout se termine dans des stridences électriques et un bourdonnement qui rappelleraientt presque le chaos originel. Voilà à n’en pas douter deux excellents morceaux qui cristallisent parfaitement l’essence musicale et spirituelle de Wolves in the Throne Room.

La qualité de l’enregistrement est ici bien meilleure que sur l’original (on apprécie d’entendre plus la batterie notamment), plus limpide, avec une très bonne balance entre les graves et les aigus qui permet d’apprécier au mieux les nombreuses nuances de la musique ainsi qu’un son plein et envoûtant qui immerge plus sûrement l’auditeur dans les ambiances magiques et spectrales du groupe et ajoute une profondeur considérable à l’ensemble. Cependant, on déplorera que Thuja Magus Imperium soit amputé de son chant féminin onirique et mystérieux et de ces lointains sons de clochette qui ajoutaient tellement à la féérie du morceau : en gros, ici, la musique est plus brute, et je trouve que l’ambiance est plus authentique et habitée sur Celestial Lineage.

Quoi qu’il en soit, en toute objectivité, on est en droit de se demander ce que cet EP apporte réellement au microcosme musical de Wolves in the Throne Room. BBC Session 2011 Anno Domini est certes un bel objet qui est une porte d’entrée idéale dans l’univers atypique et si envoûtant des Américains pour tous ceux qui ne les connaîtraient pas encore, mais pour l’auditeur aguerri qui possède déjà la discographie du groupe, il sonne comme une déception majeure, ne proposant finalement pas grand-chose de nouveau. La qualité de l’enregistrement est optimale certes, permettant de redécouvrir deux excellents titres sous un nouveau jour et de s’immerger encore plus profondément dans la noirceur ensorcelante du trio, mais deux titres, c’est trop peu. En ce qui me concerne, autant garder son argent pour la sortie du prochain opus, qui, espérons-le, sera encore une fois un chef-d’œuvre.

TOAD (USA) : Endless Night

Friday, November 29th, 2013

TOAD (USA) : Endless NightLe moins que l’on puisse dire, c’est que Take Over And Destroy est un groupe atypique. Formé en 2008 et originaire de Phoenix en Arizona, TOAD comme il se plait à être appelé, nous a déjà honorés d’un split avec Drone Throne en 2009 ainsi que d’un EP, Rotten Tide en 2011, et nous sort avec Endless Night son premier full length à ce jour (même si avec 5 titres seulement et à peine 27 minutes au compteur, on se demande si la galette n’a pas un peu usurpé ce titre…). Le combo se décrit lui-même comme un groupe de rock américain des 70’s enfermé dans la peau d’un groupe de metal scandinave du début des années 90 et illustrant un film de John Carpenter. Tout un programme.

La première chose qui attire l’attention avant même de se pencher sur la musique, c’est le sublime artwork de Sean Reynolds Williams, très coloré et blasphématoire, qui rappelle le travail de Dave Patchett et notamment la pochette du fameux Forest of Equlibrium. La seconde, c’est bien évidemment la musique, le groupe évoluant dans un style hybride, un metal extrême sombre, groovy, psychédélique et occulte mêlant pêle-mêle black, stoner, sludge, death et doom (rien que ça !) en un maelström infernal. Avant de continuer, il convient de préciser que le son est excellent, écrasant de puissance et de lourdeur, retranscrivant parfaitement les visions occultes de la pochette, avec un mur de guitares énorme et une basse grondante qui contribuent à créer ce délicieux et angoissant brouillard qui vous enserre comme une chape.

A l’entame de Taste of the Grave, les premiers noms qui viennent à l’esprit sont Entombed, avec ces guitares death n’ roll lourdes et groovy et cette voix très écorchée, et Glorior Belli pour ce côté très rock et certains passages de guitare clairement stoner. On peut également penser au sludge extrême et poisseux de Eyehategod, avec ces riffs gras et cette voix extrêmement écorchée, mais bien vite, le titre se complexifie, partant dans des directions diverses et nous offrant une ambiance plus noire, épaisse et prenante, à la limite du black sympho et du gothique : décélérations envoûtantes, chœurs féminins mystérieux et hypnotiques, claviers glaciaux, plages d’orgue funèbres aux relents psychédéliques, riffs racés typés black, parties lourdes épaisses et brumeuses très doom, ça y est, on est entré de plein pied dans l’univers baroque et chaotique de Endelss Night, et on croirait assister à une orgie démoniaque entre Pantera, Cathedral, Black Widow et Opera IX.

Le côté rythmique est essentiel dans la musique de TOAD, et la lourdeur riffique, entre death’n roll, stoner et doom sert d’ossature aux compos, ceci dit, les atmosphères ne sont pas en reste pour autant, et il n’y a qu’à écouter l’intro acoustique, sombre, et malsaine de Cosmophobia, qui ne dépareillerait pas sur un album de Shining, pour s’en persuader. TOAD se plaît à enchaîner parties lourdes et saccadées, passages proprement poisseux et psychédéliques suintant bon le malaise et les psychotropes et nappes occultes et ésotérique aux symphonies vénéneuses et décadentes.

L’intro de Howling House, très tribale et païenne, sonne comme un vieux titre de rock occulte à la Black Widow, avant d’être repris par des guitares lourdes et saccadées. Quelques réminiscences stoner restent bien présentes et le titre se fait entrainant et groovy tout en parvenant parfaitement à retranscrire une noirceur hallucinée.

Boundaries of Flesh, titre le plus long de l’album, est sans doute aussi le plus contrasté : démarrant en trombe sur un riff très at the gatiens, tous blasts dehors, enchaînant sur des riffs black, le morceau ralentit bientôt le tempo, tombant dans un doom dépressif, et se pare de parties d’orgues lugubres, ainsi que d’une voix claire et désabusée. Le tout se termine sur une longue partie lourde et dissonante et des larsens psychédéliques et est une parfaite incarnation musicale du style hybride et allumé du groupe. L’éponyme, qui clôture l’album, démarre sur un doom funèbre et pesant à la old Cathedral, avec voix d’outre-tombe, riffs pachydermiques et claviers solennels à la Morgion et enchaîne sur un mélange improbable entre mélodeath et gros rock entraînant, transcendé par des soli de guitares inspirés et très entraînants.

Et voilà. 27 petites minutes, et les montagnes russes musicales et horrifiques auxquelles nous ont malicieusement conviés les doux dingues de Take Over and Destroy sont déjà terminées. On a découvert un groupe inspiré et habité au style unique et schizophrène qui a réussi à nous prendre dans les fumées opaques et occultes de son psychédélisme, et on ne peut s’empêcher d’appuyer sur le bouton Play pour s’offrir un deuxième trip. Une très bonne surprise et une très belle découverte, mais qui laisse tout de même un arrière-goût amer dans la bouche – gare à la descente… – car avec une durée aussi courte, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ Endless Night porte vraiment très mal son nom…

Rotten Liver : Purification by Debauchery

Tuesday, November 26th, 2013

Rotten Liver : Purification by DebaucheryAaaaah, Rotten Liver… Il n’y a pas à dire, les groupes de la scène extrême rivalisent d’imagination, de subtilité et de poésie lorsqu’il s’agit d’immortaliser leur aventure musicale sous la gloire éternelle d’un patronyme… Avec un nom pareil, on pourrait légitimement s’attendre à ce que le groupe vannais, formé en 2010, nous délivre un brutal death bien gras et immonde, ou un grind crade tout ce qu’il y a de plus porcin, mais détrompez-vous : Rotten Liver, donc, c’est son nom, fait du black, et sa première démo, Purification by Debauchery, sortie en septembre de cette année sous la bannière de Mortis Humanae Productions, nous offre un black sombre, épique et travaillé de bonne qualité que l’on pourrait judicieusement qualifier de dark metal.

Purification by Debauchery s’appuie sur une alternance de passages lourds et headbangants flirtant parfois avec le death old school, et d’autres sonorités plus malsaines et insidieuses, mais le groupe s’illustre surtout dans de longs passages atmosphériques tissés par des guitares sombres et inquiétantes qui semblent nous susurrer leurs contes morbides à l’oreille de leurs stridences mélancoliques. Le tout n’est jamais vraiment violent mais baigne dans une atmosphère obscure et ésotérique, avec des riffs rampants rappelant parfois le Neverplace de Taliandörögd dans cet habile mélange des genres cimenté par un côté épique et atmosphérique très présent. Sur ces quatre titres, on peut parler d’une agression maîtrisée mise en valeur par des ambiances aux sonorités mystiques (ce long passage instrumental de toute beauté dès 2,15 minutes d’Infamous Nil, qui se pare d’un long solo aux résonnances solennelles et orientales). La force du combo réside donc surtout dans ces passages plus lents et atmosphériques qui ne dépendent d’ailleurs que des guitares, les claviers étant totalement absents de la démo.

Pour situer plus précisément la musique de Rotten Liver, on pourrait parler d’un croisement entre Cult of Erinyes (le début très glauque et dissonnant de Become to Archanthropos avec ses riffs envoûtants rappelle un peu le travail des Belges sur leur récent Blessed Extinction), et de la scène grecque avec ce côté mélodique omniprésent et ces parties de guitare lumineuses et enchanteresses qui, paradoxalement, nous plongent toujours plus profondément dans les ténèbres.

Black ‘N Rot étonne au premier abord, s’inscrivant dans un registre plus rapide et entraînant, rappelant les groupes de death groovy suédois, ceci dit, même si l’ambiance semble moins travaillée que sur les autres titres, il trouve finalement bien sa place dans la démo, avec un son lourd et noir. La démo se conclut sur le titre éponyme, assez majestueux et classieux malgré des cris de jeune femme visiblement pour le moins indisposée qui entament les hostilités. Encore un titre intéressant avec un son lourd et épais, des changements de rythmes et d’ambiances judicieux et des riffs noirs et prenants (la partie qui ouvre le morceau, lente et mortifère, que l’on croirait sortie d’un album de doom, le riff à la norvégienne, typiquement black, qui intervient à 1,45 minutes ou la saccade rythmique dès 2,45 minutes qui ferait presque penser au riff obsédant du Territory de Sepultura).

Tout au plus pourra-t-on regretter un son un peu trop synthétique et sans véritable relief, et une voix un peu étouffée et manquant de puissance, mais ceci n’est pas rédhibitoire, et pour une première production, on peut être indulgent. Rotten Liver nous offre donc un black sombre et intéressant a plus d’un titre qui, s’il manque encore un peu d’intensité et de personnalité, nous laisse que de bonnes choses pour la suite. En tout état de cause, même s’il n’est pas indispensable, ce Purification of Debauchery devrait plaire aux amateurs de black sombre, lent et envoûtant, et a en plus le mérite de nous faire connaître un groupe à suivre de près. Je n’aurais qu’une chose à ajouter, vivement le full length !

Glorior Belli : Gators Rumble, Chaos Unfurls

Sunday, November 17th, 2013

Glorior Belli : Gators Rumble, Chaos UnfurlsGlorior Belli ne sont pas des nouveaux venus sur la scène française. Formé en 2002, le groupe, alors composé du gratin de la scène black parisienne, sort en 2005 un premier album noir et malsain qui porte fièrement l’étendard du black orthodoxe tricolore. Deux ans plus tard, le groupe remet le couvert et nous sert un second opus qui assoit définitivement sa réputation sur la scène hexagonale. Contre toutes attentes, l’album suivant, Meet Us at the Southern Sign, opère un virage stylistique surprenant et couillu et impose Glorior Belli comme l’un des rares représentants d’un style hybride qu’il contribue très largement à façonner, une sorte de black stoner dissonant, noir et rythmé.

Aujourd’hui, Glorior Belli nous revient avec son cinquième album et nous propose toujours ce mélange (d)étonnant entre stoner et black, rappelant parfois Nachtmystium dans la démarche, et bonifiant invariablement sa formule. Le black est toujours représenté (les guitares et les blasts timides de Wolves at my Door, l’excellent I Asked for Wine, He Gave Me Blood, l’intro de Hoax, A Croc!, aux réminiscences solennelles et mystiques qui rappellent le courant orthodoxe), et on a encore une ambiance noire et mortifère qui pèse sur l’ensemble de la galette, mais le black metal a encore reculé au profit du côté rock n’roll et heavy.

Blackpowder Roars entame la galette avec un riff très sabbathien aux doux relents stoner et psyché. Le morceau est agréable et bien foutu, mais manque quand même un peu de pêche quand on se dit que le groupe a un background plus extrême. Wolves at my Door, remet les pendules à l’heure, proposant un morceau plus sombre et violent, parsemé par quelques blasts et alternant linéaires blacks vénéneuses et hypnotiques et riffs tordus et enfumés bien cramés, même si parfois, les transitions entre fureur black et envolées plus groovy sont un peu maladroites. Il n’en reste pas moins un très bon titre, une sorte de croisement improbable entre Monster Magnet et Temple of Baal. Ain’t No Pit Deep Enough chauffe comme le soleil de l’Arizona, la six cordes d’Infestuus crachant un magma bouillonnant de riffs chauds et plombés à la Kyuss pour un morceau dans la grande tradition du stoner. Le groupe nous dévoile dès ces 3 premiers titres de nombreuses qualités, et une variété de jeu appréciable, mais montre aussi certaines de ses limites qui ternissent quelque peu la qualité de galette : la voix, un peu monocorde sur la longueur, et ne s’accordant pas toujours au mieux avec le style pratiqué, aurait gagné à être un peu plus variée. On peut aussi déplorer un petit manque d’intensité assez regrettable quand on parle du style burné et graisseux qu’est le stoner : les riffs sont bons et bien groovy, les compos solides, mais on aurait aimé un peu plus de folie et de vitesse et un peu moins de lourdeur, même s’il faut reconnaître que le groupe excelle dans ce style noir et poisseux.

La production risque également de diviser, pour certains, elle sera tout simplement parfaite, rendant tous les instruments bien audibles, pour d’autres, le son paraîtra trop compressé, trop lisse, pas assez chaud et organique, nous provenant comme d’un filtre. Effectivement, si le tout est – trop ? – limpide, on a parfois l’impression que le groupe joue enveloppé d’un épais nuage de fumées psychotropes, avec une batterie étouffée, ce qui colle certes au style mais diminue l’impact des compos : on regrette parfois que les riffs ne nous explosent pas à la gueule avec plus de spontanéité et de puissance.

Ceci dit, rassurez-vous, ce Gators Rumble, Chaos Unfurls reste une très bonne galette et il n’y a pas grand-chose à jeter dans l’ensemble : groovy, bien foutus, étonnamment variés et cohérents, les 11 titres qui composent cet opus sont tous bons, et voilà encore une belle réussite qui ne devrait pas décevoir les fans du combo.

On remarque avec plaisir que Glorior Belli se permet judicieusement d’aérer son jeu, pour laisser un peu respirer l’auditeur au milieu de toute cette lourdeur poisseuse, ainsi, la deuxième partie de l’album est moins compacte, plus instrumentale, et laisse les ambiances se développer tranquillement, tout en langueurs électriques et acides, entremêlant des sonorités blues, stoner et psyché pour un résultat qui semble plus naturel et moins étudié pour coller au style Glorior Belli.

Le début de The South Will Always Know My Name rappelle même Langtar Bort Fran Mitt Hjarta de Shining en un peu plus électrique, transpirant le même feeling blues rock torturé et sombre.

Le Blackout Blues lève enfin le pied et laisse éclater la fouge communicative de ses guitares avec un feeling délectable, rappelant l’énergie pure d’un Orange Goblin, et sur Backwoods Bayou, courte instrumentale de 2,50 minutes, l’ambiance rampante et sordide mais maladivement addictive de ce Sud débauché atteint son apogée.

L’album s’achève sur le titre éponyme, s’ouvrant sur une longue introduction instrumentale lancinante et bluesy, et faisant place à un riff hypnotique et entraînant presque post rock et porté par une basse bien grasse. Le tout est simple mais extrêmement prenant et le titre nous transporte aisément jusqu’ à ce que les guitares s’éteignent avec la voix déchirée d’Infestuus. Nous voilà arrivés le long de ces 44 minutes et encore une fois, Glorior Belli nous a proposé un trip halluciné et délectable dans le sud moite et sauvage des Etats-Unis, sans renier le côté solennel et noir originel qui fait l’identité de sa musique. Gators Rumble, Chaos Unfurls est un album à savourer avec une bonne bouteille de whisky, boisson avec laquelle la musique du combo semble avoir un appréciable point commun : toutes deux se bonifient visiblement avec l’âge…

WAN : Enjoy the Filth

Thursday, November 14th, 2013

WAN : Enjoy the FilthQuoi de neuf sous le pâle soleil de Suède ? Ma foi, pas grand-chose, mais qui vous a dit qu’on voulait de la nouveauté ? On continue à nous servir de la musique furieuse et blasphématoire sans une once d’originalité, et ma foi, c’est très bien comme ça. Et cette fois-ci, c’est Wan qui s’y colle, combo crée en 2009 et officiant dans un black death primitif, caverneux et bas du front, qui semble n’avoir pour seul but que de dégueuler la haine, la misanthropie et la négativité qui pourrissent notre sombre monde en perdition.

Les Suédois sortent ici avec Enjoy the Filth leur deuxième full length, et s’il est certain que ce Enjoy the Filth ne marquera pas le monde du metal extrême, il fera sans aucun doute passer un très bon moment à tous les amateurs de musique régressive et pas prise de tête. Un seul coup d’œil à l’artwork nous fixe rapidement : non, on n’aura pas affaire à du death technique ou à du power prog’ : un logo rudimentaire et torché à la va-vite, une pochette noire – évidemment ! – particulièrement immonde qu’on croirait gribouillée par un gamin de 10 ans, un titre d’album aussi explicite qu’Enjoy the Filth, le contenant ne trompe pas sur la marchandise, on aura du cru, du crade et du direct.

En 31 petites minutes, le tout est expédié, inutile de préciser que le groupe envoie méchamment la sauce, pied au plancher, sans trop se poser de questions, et balance ses riffs sans fioritures. Le premier titre, Day of Reckoning, a un plaisant arrière-goût de crust et rappelle les confrères nationaux de Driller Killer. Le ton est donné : furieux, rapide et sans concessions, et cette intensité ne baissera pas jusqu’à la fin de la galette.

Le son est étonnamment bon pour ce genre de productions, puissant et bien organique, on est loin du chaos inaudible et grésillant de certains combos underground de proto black, ceci dit, rassurez-vous, le tout n’est pas trop aseptisé. Les riffs restent ultra basiques mais très efficaces, et devraient sans aucun doute réussir à faire headbanger plus d’un metalleux en manque de musique primitive et sauvage. Finalement, sous ces abords bas-du-front et brut de fonderie, ce Enjoy the Filth brasse tout de même pas mal d’influences : on retrouve un côté black n’roll indéniable qui rappelle des combos tels Natteforst ou Craft, avec des compos groovy (Helvite, Trollmor, Belial), certes extrêmement classiques et dépourvues de toute originalité, mais foutrement bien branlées. Il y a également une influence thrash non négligeable, avec des titres directs et sans fioritures comme Pagan Metal Damnation, Swing the Hammer, Enjoy the Filth ou The Charger, véritable attaque black thrash qui pourrait figurer sans problème sur un album de Destroyer 666. Ceci dit, il y a également un côté plus gras et plus lourd, ne serait-ce que dans le son, particulièrement épais et baveux, et on décèle parfois l’ombre maudite de groupes tels Obituary qui plane au-dessus de ce charnier sonore (l’ouverture de Northern Brothers, la fin de Pentagram Rockers). Le riff principal de The Charger me rappelle même pas mal celui de Genital Grinder de vous savez qui en version thrash, c’est pour dire…

Le tout respire cette urgence et ce je m’en-foutisme punk (la voix presque hardcore sur le Day of Reckoning et sur les couplets de The Charger, les chœurs scandés à la hooligan sur ce même titre et sur Swing the Hammer, les larsens de Pentagam Rockers, le riff de Trollmor, qui sonne très crossover), et les titres vont directement à l’essentiel, oscillant entre 0,42 et 3,40 minutes. Pas de technique superflue, Wan mise avant tout sur la simplicité et l’efficacité, et ça marche ! Chacun des 13 titres qui composent cette galette est une ode à la crasse, la noirceur et la sauvagerie et s’écoute avec les tripes, s’adressant directement à notre côté animal et libérant nos bas instincts. Le fracassant Burn vient terminer cette orgie infernale, avec ce rythme marqué et headbangant et cette basse délicieusement claquante.

Alors, quoi de neuf sous le pâle soleil de Suède ? Pas grand-chose, donc. Ceci dit, avec ce Enjoy the Filth, Wan parvient à nous sortir une galette de black trash n’ roll bien grasse, directe et groovy qui fait plus que tenir la route, et qui ravira sans problème tous les amateurs du genre et risque de surprendre pas mal de curieux de par sa qualité sans faille. Une bonne surprise, qui a en plus le mérite de nous faire découvrir un groupe à suivre de près.

Cursed 13 : Triumf

Sunday, November 3rd, 2013

Cursed 13 : TriumfCursed 13 est l’un des innombrables groupes underground qui animent la scène black suédoise. Formé en 98 et confiné dans l’ombre, le groupe n’est pas très productif, ne sortant que quelques tapes confidentielles, jusqu’à ce qu’il décroche en 2006 un contrat avec le label américain Black Plague Records pour l’enregistrement d’un album. Heljrmadr, leader du combo qui a toujours cru en son art, redouble donc d’efforts, et s’attelle à la composition de And Hell…, encouragé par l’accueil plutôt favorable de sa première démo distribuée, I Love Cyanide. Il s’attèle à la tâche, s’occupant intégralement de la composition, du mix et du mastering, mais le processus est long et laborieux, et entre temps, le musicien et le label doivent faire face à de nombreux problèmes divers qui repoussent sans arrêt la sortie de l’album… Finalement le chanteur-guitariste-bassiste se décourage et And Hell… ne verra jamais le jour.

Ce ne sera qu’en septembre de cette année que le combo parviendra enfin à sortir son premier album, le justement nommé Triumf, titre qui fait clairement référence à la victoire obtenue sur toutes les difficultés rencontrées par le groupe pour réussir à immortaliser sa musique sur un full length, opus qui comporte d’ailleurs de nombreuses pistes du fameux And Hell… avorté.

Il est donc légitime de se demander ce qui ressort de ces nombreuses années de travail acharné, et de cette persévérance à toutes épreuves. Autant le dire tout de suite, rien d’extraordinaire. Fans de black suédois qui pourriez être interpelés par l’origine de Cursed 13, résignez-vous, on est ici à des années lumières de l’école de black suédoise, et la musique se situe plutôt dans un registre minimaliste entre black norvégien passéiste et sonorités death old school.

Ce qui frappe d’entrée c’est ce son lourd, poisseux et très grave, ainsi que cette voix granuleuse aux relents death qui imposent une musique primitive et crue. Le premier titre, No Return, entame honorablement la galette avec ce riff sombre et rampant qui ne manque pas de charme, et ce rythme lent et tortueux fleurant bon le vieux caveau. S’ensuit un morceau plus frontal, très typé death old school suédois, avec une batterie plus rapide (ceci dit, on est encore loin du blast…) et des riffs headbangants, qui dévoilent une facette plus rock n’roll, groovy et entraînante ( le solo qui vient rehausser ce titre, truffé d’effets et plutôt bien senti, donne une sympathique plus- value à l’ensemble même s’il n’est pas exceptionnel).

La voix, profonde, puissante et abyssale, sert bien les compos et les enveloppe d’une aura macabre. Les titres s’enchaînent tranquillement, alternant les compos lentes, lourdes et charbonneuses (Seductress, presque doom, à l’ambiance noire et occulte vraiment prenante), à des titres un peu plus énergiques (I Love Cyanide, plus rapide et intense, l’un des titres les plus réussis de l’album, När Marorna Kallar, clairement death), mais le plus gros problème de cette production est qu’elle manque singulièrement de folie et d’intensité.

On navigue dans des eaux connues et plutôt calmes, et si Triumf est animé d’un esprit indubitablement authentique, il ne propose rien de bien original, chaque titre résonant plus comme un hommage trop sage et trop conventionnel aux glorieux aînés de la fin des années 80 et du début des années 90. Les influences sont palpables, quelque part entre Celtic Frost, Darkthrone et Grave, et si on peut affirmer que Cursed 13 mélange assez habilement death old school et bon vieux black des familles, force est de constater que le sens du riffing bien présent sur certains titres (le riff rampant et vicieux de Frälst av Eld, malheureusement pas assez mis en valeur) est éclipsé par un rythme mou du genou et convenu, un manque de variations préjudiciable et des compos qui tirent parfois en longueur. Le tout est loin d’être mauvais, mais il manque la flamme noire, ce souffle putride et glacial sur la nuque qui vous file la chair de poule et vous fait dresser les cheveux sur la tête : les pistes de Triumf ne sont tout simplement pas assez prenantes. D’une manière générale, le rythme est lent, trop lent, avec des riffs répétitifs, mais la lenteur du groupe est trop rarement hypnotique. Peu d’accélérations et de montée en intensité, pour un résultat sympathique et qui fait gentiment secouer la tête, mais qui reste bien trop linéaire et insipide (Requiem/Victory).

En tout état de cause, ce Triumf propose une musique qui nous fait passer un moment agréable, mais qui ne surprend pas le moins du monde et qui est loin de nous faire vibrer, comme les gloires d’antan auxquelles il évidemment hommage. Une réalisation tout à fait honnête et à l’intégrité palpable, mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. A réserver en priorité aux grands nostalgiques du début des 90s et aux acharnés de l’undergound, pour les autres à vous de voir…