Archive for December, 2013

Cage (USA-1) : Hell Destroyer

Saturday, December 14th, 2013

Cage (USA-1) : Hell DestroyerCage, ce n’est pas vraiment un groupe de débutants sur la scène heavy power internationale. Loin de ce revival heavy traditionnel qui fait son grand retour ces dernières années, les Américains balancent leur musique depuis 1992, et le bien nommé Hell Destroyer sorti en 2007 est tout de même leur quatrième album. Pour beaucoup, cette galette représente la quintessence du style de Cage, puissant, véloce et accrocheur, et constitue un exercice de style imparable qui fait la nique à bien des grands noms du milieu. Et effectivement, n’en déplaise aux détracteurs, Hell Destroyer est une bombe de heavy explosif et racé. L’album s’ouvre sur une courte intro en un mid tempo brise nuque qui annonce clairement la couleur : ça va headanger sec dans les chaumières. Et ce n’est pas le premier titre, éponyme, qui va démentir ce constat : riffs qui tabassent sur tapis de double, cris suraigus à la Halford, une vocaux agressifs, refrains virils et scandés, soli hurlants et virtuoses, pas de doute, on a là un pur album de heavy power bien puissant, efficace et ravageur.

L’opus se partage entre morceaux vraiment directs et agressifs, rappelant parfois un peu Iced Earth (Christhammer avec ces riffs en aller retours, cette voix plus dure et âpre et cette voix grave qui s’incarne dans d’inquiétantes narrations, Born In Blood) et morceaux plus mid tempos, souvent plus lourds mais toujours puissants (le début de Legion of Demons, Fall of the Angels). Ce qui est judicieux, c’est que Cage sait varier son jeu au sein même des morceaux : un titre comme Rise of the Beast est très représentatif du potentiel du groupe et représente bien cette belle diversité, démarrant à fond les ballons sur un riff très puissant, s’enchaînant sur une partie lente et mélancolique habitée par une voix grave et des chœurs épiques, le tout se fondant bientôt en un sublime pont central très maidenien. La piste repart ensuite à l’attaque de façon très agressive, reprenant le thème musical du début, avant de se terminer sur un passage plus lourd et mélancolique.

Musicalement, le tout est parfaitement en place, les guitares sont impeccables d’efficacité et nous régalent de petites trouvailles mélodiques lumineuses tout le long de ces 78 minutes (!) qui en passent comme 45 (l’excellent riff mélodique de I Am the King, l’ouverture lumineuse d’Abomination, qui enchaîne sur un mid tempo guerrier et viril à la Manowar, le riff d’intro de Bohemian Grove qui n’aurait pas fait tâche sur un album de death mélo…). Les soli ne sont évidemment pas en reste, pas spécialement originaux pour le style, mais parfaitement exécutés et collant toujours parfaitement à la musique (From Death to Legend, Legion of Demons).

Quand on parle de Cage, il convient évidemment de parler de la voix, l’un des atouts majeurs du groupe : Mr Peck est impeccable dans tous les registres qu’il explore, du suraigu déchirant dont il n’abuse heureusement pas, au chant plus agressif à la UDO en passant par des envolées plus lyriques parfaitement maîtrisées et un ton grave et narratif qui rajoute une dimension épique à l’ensemble.

Cette complémentarité vocale aide à varier le propos, et on ne s’ennuie pas une seconde, d’autant que de petits interludes viennent régulièrement aérer l’ensemble, nous laissant mieux respirer entre les morceaux – 21 pistes au compteur tout de même – , et faisant avancer la trame narrative entre deux brûlots.

Car oui – décidément, on est gâté ! – Hell Destroyer nous conte en plus une véritable histoire, avec une trame narrative conséquente, s’étalant tout de même sur un booklet d’une vingtaine de pages. Même si le tout n’est pas très original – en gros, une bataille cosmique entre le bien et le mal -, on appréciera le livret très complet et on s’amusera à suivre les rebondissements de cette grande épopée grâce aux illustrations très typées comic. Que l’on aime ou non, force est de reconnaître que Cage ne se fout pas de nous, nous livrant un opus bourré ras-la-gueule d’une musique virile et frontale, riche de nombreux changements et nuances, et empreint d’une belle sensibilité musicale et d’un sacré feeling.

Alors certes, le metal de Cage ne révolutionne rien, et reste fermement ancré dans une tradition intouchable, usant de tous les poncifs du genre, et sonnant comme une sorte de mélange explosif, boosté aux hormones et bien speedé entre Judas Priest (Hell Destroyer, Metal Devil), Iron Maiden (From Death to Legend, Beyond the Apocalypse), Iced Earth (Christhammer, Legion of Demons) et Manowar (Abomination).

Ceci dit, impossible de ne pas reconnaître la sincérité et le talent des Américains, et difficile de contester la qualité musicale de l’ensemble qui forme un tout vraiment imparable. Même les titres les plus mélodiques et au rythme moins soutenu restent toujours très efficaces et entraînants, et le tout reste très épique, formant un album de heavy power finalement plus varié et aéré qu’il n’y parait au premier abord. En résumé, Hell Destroyer est un incontournable pour tous les amateurs de heavy bien burné, puissant, et efficace et un album idéal pour tous les néophytes qui voudraient s’initier au style. Buy or die !

Akin : Verse

Thursday, December 5th, 2013

Akin : VerseAkin est un groupe lyonnais plutôt discret qui se forme en 98 et évolue dans une sorte de metal atmosphérique hybride et atypique avec des vocaux féminins. Ce Verse, sorti en 2001, est le premier album de la formation, et il recevra un accueil enthousiaste de la critique et du public metal, tout comme l’excellente démo Forecast qui sortira deux ans plus tard, et qui imposera définitivement le nom d’Akin comme celui d’un jeune espoir de la scène française à suivre de très près.

Après ce début de parcours exemplaire, le groupe, alors que rien ne le laissait présager, sombrera dans un long silence artistique sans raison apparente, mutisme qui se prolongera tant et si bien que le combo parviendra par se faire presque totalement oublier par ses pairs et ses fans. En 2011, contre toutes attentes, Akin refait soudainement surface avec un The Way Things End subtil et classieux qui rappelle avec brio son univers sonore à l’oreille endormie du paysage metal français.

Soyons clair d’entrée de jeu : oui, Akin est un groupe de metal à chanteuse, c’est un fait. Ceci dit, loin de suivre une quelconque tendance, les Lyonnais proposent un son original et frais, loin des formations classiques de sympho pompeux à chanteuses braillardes et à orchestrations synthétiques. Le propos musical est varié et oscille entre jazz, pop, gothique, metal alternatif, atmosphérique et progressif (le début d’Annabel Lee), avec quelques petites incursions death bien senties pour pimenter le tout. L’ensemble est enrobé d’une touche électronique très présente qui rajoute un côté très moderne et onirique, et ces arrangements se marient très bien à la rythmique (Evening Star, Leonore, le court interlude éponyme). De plus, la recherche musicale est vraiment intéressante et les musiciens sont tous très bons dans leur style, passant de certains passages jazzy et prog’ à d’autre parties plus typiquement metal, même si le tout n’est jamais vraiment agressif. Les passages purement instrumentaux sont nombreux, metal atmosphérique oblige, et nous entraînent immanquablement dans des contrées planantes et colorées.

Dreamland entame l’opus et s’impose comme une très bonne ouverture: une narration épique sur fond de synthés fait office d’intro, après quoi, c’est le côté électronique, servi par des arrangements subtils, qui nous berce en douceur, fusionnant parfaitement avec les riffs saccadés des gratteux et la voix chaude d’Adeline Gurtner. La suite du morceau surprend, avec ces flûtes légères qui ajoutent un souffle mélodique et enchanteur, et ce refrain grunté sur fond de guitares alternatives qui se fondra en une longue partie aérienne susurrée par des six cordes virtuoses. Les guitares continueront à mener cette symphonie cosmique, tantôt entraînantes et puissantes, tantôt intimistes et feutrées, résonnant comme en sourdine sur fond de percussions légères pour mieux nous transporter : progressif, entraînant, mélodique sans pour autant renier ses racines metal, ce titre est un parfait condensé du talent d’Akin et lance idéalement ce Verse qui démarre sur les chapeaux de roue.

To One in Paradise s’ouvre sur un arpège enchanteur et les résonnances mystiques des percussions, s‘enchaînant sur ces flûtes légères qui fusionnent parfaitement avec les orchestrations électroniques, tandis que le refrain nous offre un passage énergique et puissant sur lequel le growl de Philipe Chauviré explose dans toute sa profondeur et se libère du carcan mélodique de la musique. S’ensuit un acme émotionnel et virtuose en milieu de titre où les guitares mêlent leurs notes célestes et tissent une toile onirique aux relents de prog’ et d’atmos’: les soli qui émaillent cet album sont emplis d’un feeling et d’une musicalité touchante qui ajoutent une dimension stratosphérique aux compos du groupe.

Le tour de force majeur d’Akin est de parvenir à nous offrir une musique à la fois riche et complexe mais aussi très accessible et accrocheuse. Certains titres enchevêtrent des parties acoustiques de toute beauté et des envolées électriques puissantes à la rythmique entraînante (Leonore, qui s’ouvre sur un arpège mélancolique, se poursuit sur un riff massif appuyé par une batterie à la frappe lourde et se pare d’un superbe solo de gratte). La musique du combo n’hésite pas à se teinter d’influences pop, notamment via la voix chaude et sucrée d’Adeline, assez similaire à celle d’Alina de Markize, et quelques parties acoustiques ( l’interlude Stanza 4 qui pourrait aisément s’inviter sur les ondes d’une radio mainstream). A Dream Within a Dream, quant à lui, après une brève introduction à la guitare sèche, impose une partie lourde, sombre et suintante de mélancolie, que n’aurait pas reniée Opeth, d’ailleurs le grunt de Philippe Chauviré rappelle pas mal celui du maître Akerfeldt. Le break acoustique est de toute beauté, et l’enchaînement sur le refrain d’une sobriété touchante, porté par cette voix pure et angélique, est imparable.

Au rayon des points négatifs , on regrettera que la voix de la chanteuse manque un peu de puissance, et soit parfois un peu monotone, manquant de variations (le refrain d’Evening Star aurait pu être superbe, mais il est un peu fade), ceci dit, elle reste agréable dans l’ensemble et on apprécie qu’elle ne cherche pas à en faire trop. De même parfois, les compos manquent un peu de mordant et l’on peut déplorer que le contraste entre parties metal et passages atmosphériques ne soit pas plus prononcé, ceci dit, Akin ne mise pas sur la puissance mais préfère œuvrer dans un style plus aérien, pour nous transporter dans des contrées toujours plus lointaines, et force et de constater que dans ce registre, le groupe excelle. C’est également là que le bât blesse justement, quand un album est si bon, pourquoi faut-il également qu’il soit si court ? 39 petites minutes pour 9 titres dont deux interludes, c’est bien peu, et vu la qualité de l’opus, on aurait bien écouté un ou deux morceaux supplémentaires…

Ceci dit, Verse est sans conteste un excellent album d’un excellent groupe qui plaira sans aucun doute à tous les amateurs de musique nuancée, riche, mélodique et onirique. Si un peu de douceur et de mélodie ne vous rebutent pas, asseyez-vous confortablement, fermez les yeux, oubliez votre triste vie quotidienne et laissez-vous entraîner dans ce beau voyage vers des contrées lointaines et apaisées …