Archive for February, 2014

Azziard : Vésanie

Sunday, February 23rd, 2014

Azziard : VésanieAzziard est un groupe de black death parisien qui se forme en 2001 et qui sort, avec ce Vésanie, son deuxième full length après deux démos et un premier album, 1916, paru en 2009. Jusque-là, rien d’exceptionnel, la biographie du groupe semble on ne peut plus classique, néanmoins, Azziard a tout de même une particularité qui le distingue de ses homologues de la scène extrême : à l’instar d’Endstille, Azziard est passionné par la guerre, sauf que les Parisiens ne s’intéressent pas à la WWII mais à la Première Guerre Mondiale.

Ainsi, cinq ans après un 1916 au titre plus qu’évocateur, voilà qu’éclate l’obus Vésanie qui nous dépeint les horreurs de la guerre à travers le regard vitreux et dément d’un pauvre soldat réchappé du front et interné en psychiatrie, traumatisé à jamais par le cauchemar qu’il a vécu dans les tranchées.

La musique illustre à merveille le propos, lourde, puissante, dissonante et maladive, vomissant un flot de haine et de feu implacable sur l’auditeur impuissant. Si d’une manière générale, le style d’Azziard n’est pas exceptionnellement original, la thématique de la guerre, bien mise en valeur par l’artwork et les textes (en français et facilement compréhensibles) ajoute à ce sentiment de noirceur nauséabonde et épaissit l’ambiance apocalyptique de cet opus.

Tour à tour rapide, avec un rythme marqué et martial rappelant les moments de furie aveugle de la bataille, et dissonant et nauséeux, comme l’impalpable angoisse qui étreint ces milliers de carcasses blêmes attendant la fin, impuissantes et prostrées, dans l’humidité fangeuse des tranchées (Disjonction est une bonne illustration de cette alternance, avec ce début très death et ce passage central plus rampant et sournois), Vésanie nous offre un black death brutal classique mais parfaitement exécuté. La voix de A.S.A., idéalement écorchée, oscillant entre haine et désolation, met bien en exergue la folie dévastatrice de la guerre, et de temps en temps, la basse nous gratifie de brèves secousses grondantes (De Lumière, d’Obscurité, Digression) qui rajoutent une profondeur abyssale à cet ensemble déjà bien sombre.

Les pistes défilent et on a le sentiment d’une machine de guerre implacable et inhumaine. Le côté martial est bien mis en avant par cette batterie extrêmement rapide (les blasts sont imparables et lourds et les parties de double sont vraiment infatigables, écoutez voir De Lumière et D’Ombre !), par le mur de son opaque et assourdissant que forment les guitares, ainsi que par les dissonances aiguës des grattes. Les Parisiens savent aussi se faire plus oppressants, dans les parties plus lentes et lourdes (le début d’Allégorie), tantôt typiquement black avec ces harmonies vénéneuses, tantôt franchement death avec des parties bien saccadées (Ekphrasis, Digression).

Sur La Toile, pièce centrale de l’album avec ses 6 minutes 28, s’ouvre sur quelques notes de guitares sombres et inquiétantes qui annoncent l’imminence de l’explosion, et se fond en une rythmique thrash death groovy et lourde qui vient expirer sur un refrain frénétique avec ce martèlement impitoyable des futs. Cette violence bestiale contraste parfaitement avec les stridences des six cordes pour mieux nous lobotomiser, nous ballotant entre violence explosive et souffrance lancinante, et la fin du morceau est plus insidieuse et mélancolique, nous emmenant aux portes de la folie. Un tambour de guerre pulse un rythme catatonique, les guitares, grésillantes et lointaines, leurs vibrations comme absorbées par les flots de sang abreuvant la terre sèche, entonnent un triste chant de deuil, et le tout résonne dans la vacuité de notre âme dévastée comme la cristallisation éternelle et morbide d’un champ de bataille, nous dévoilant des plaines désolées jonchées de cadavres et d’agonisants dont les râles portés par le vent se perdent dans l’épaisseur des fumées noires et les miasmes suffocants des corps calcinés. Après la furie assourdissante de la charge, le silence du charnier, cauchemar encore plus horrifiant, pénétrant notre cortex en profondeur comme une balle en téflon, et nous laissant seul avec le poids de l’innommable réalité. Dialyse retranscrit parfaitement cette horreur muette, reprenant cette lourdeur figée et glaciale comme la mort, d’une beauté dérangée, avec ces guitares froides aux notes évanescentes et aux mélodies aigres et insanes appuyées par une double moribonde.

Et c’est bien dans cette lourdeur insidieuse, malsaine et sale, que le groupe excelle le plus. Le début d’Ekphrasis vient nous en donner une douloureuse confirmation avec cette mélodie suintante de désolation se muant en un excellent riff death metal sombre et plombé. Plus tard, c’est ce mid tempo bâtard, pas assez percutant, comme pris entre les feux antagonistes de l’agonie et de la fureur, qui nous laissera de marbre, même si, encore une fois, l’accélération qui lui succédera, décapante de puissance avec ces blasts infernaux, nous prendra à la gorge, nous piétinera sans crier gare et nous laissera à terre.

Car oui, c’est décidément dans les extrêmes – blasts furieux sur murs de guitares glaciales et parties mélancoliques et plaintives – qu’Azziard brille, et dans ces parties plus hybrides, parfois teintées de thrash, décidément trop groovy pour la teneur générale de l’album, que l’opus perd de son ambiance et de sa noirceur démente : trop nombreux et répétitifs, trop académiques et rythmées, manquant de folie, trop humaines en somme dans cette débauche de folie et de décadence, ces passages sonnent un peu creux et ne s’accordent pas avec le reste, comme si le groupe cherchait encore parfois son style.

Ce sera l’un des seuls reproches que l’on pourra faire à Vésanie, qui restera néanmoins un bon album, certes pas d’une grande originalité sur la forme, mais vraiment intéressant sur le fond, et possédant une aura noire et psychotique particulièrement marquée.

La musique est bonne, frôlant parfois l’excellence, le tout est bien maîtrisé, et malgré quelques baisses de régime et quelques riffs qui tombent un peu à plat, ces 40 minutes restent suffisamment prenantes pour en faire un disque réussi. Une bonne réalisation, et un groupe à la démarche sincère à suivre de près, qui parvient à tendre une belle passerelle entre chevelus et Poilus.

Irdorath : I Am Risen

Saturday, February 22nd, 2014

Irdorath : I Am RisenL’Autriche n’est pas réputée pour être un pays extrêmement prolifique en matière de black, même si quelques formations cultes ont réussi à émerger de ce petit pays plus réputé pour ses champions de ski que pour ses metalheads (Summoning, Abigor, Dornenreich ou les tarés de Belphegor).

C’est donc dans un anonymat quasi-total que Irdorath, combo formé en 2005, nous sort son troisième album, I Am Risen qui, s’il ne révolutionnera absolument rien en matière de metal, satisfera probablement les amateurs de thrash death black énergique à la recherche de gros son.

I Am Risen s’ouvre sur une intro épique et guerrière tous tambours dehors, rappelant fortement Oath of Cirion dans le traitement mélodique et l’utilisation des claviers. Si cette minute semble être le prélude à un album de black sympho à la limite du kitsch, God Raped vient rapidement nous donner un énergique démenti, en s’ouvrant sur un blast bien lourd et enchaînant les riffs thrash sans faiblir. Titre black thrash très classique mais parfaitement exécuté, cette première véritable piste alterne les riffs dynamiques et les rythmes headbangants avec beaucoup de facilité, donnant parfaitement le ton : une musique simple et efficace avec un gros son, et qui s’appuie principalement sur les guitares, se fendant de temps en temps d’un petit solo de derrière les fagots. Liar suit, s’ouvrant sur des borborygmes infernaux et enchaînant sur un riff bien lourd à la coloration death metal pour un titre moins rapide mais d’une lourdeur jouissive qui va éprouver durement votre nuque. Une fois n’est pas coutume, l’intro n’est pas représentative du style pratiqué par Irdorath : il n’y aura aucune réminiscence de symphonique et aucun clavier ne raisonnera sur l’un des 10 titres suivant l’ouverture. Le reste sera du même tonneau, une musique à la fois agressive et mélodique, aux forts relents scandinaves, qui ne joue pas la carte de l’originalité mais qui fera passer un bon moment aux amateurs du genre.

La voix est bien dans le ton, assez grave et puissante, particulièrement articulée, Markus débitant ses sentences haineuses de manière tout à fait compréhensible. La batterie fait parfaitement le taf, avec un jeu varié et puissant, entre blasts, parties de double pédale et de double grosse caisse et mid tempi écrasants quand les riffs ralentissent. La basse est bien présente dans le mixage, ce qui est assez important pour être souligné, et claque délicieusement le long de ces 47 minutes metalliques, se payant quelques petits moments de bravoure en début de morceaux ou sur certains riffs plus lents et mélancoliques (Liar, la partie centrale de Undead Christ, No Human no War). Les bombes s’enchaînent, et la qualité de l’album se maintient tout du long, entre leads mélodiques, parties plu teintées black, riffs headbangants, breaks brise-nuque et accélérations meurtrières. Le mélange entre thrash, black et death mélodique est inextricable, pour des titres extrêmement efficaces et bien branlés qui fleurent bon la Suède (vous savez, cette vague de groupes des années 90 dont le pseudo commence par The !), et si I Am Risen ne surprendra pas, il restera un album efficace, mélodique et puissant, quelque part entre Destroyer 666 pour la vélocité, Hatebreed pour la lourdeur et le côté fédérateur parfois à la limite du hardcore (il n’y a qu’à écouter les choeurs d’Hammer and Nails ou Undead Christ),et n’importe quel groupe de death/thrash suédois pour le style pratiqué.

Notons tout de même Journey to Insanity qui se détache du reste, plus sombre, commençant par un riff lent et lancinant à la coloration malsaine et se poursuivant sur des grattes lourdes et entraînantes plombées par une double ultra rapide. La suite sera plus conventionnelle, tout en riffs et en puissance, et il est impossible de ne pas headbanger sur ces enchaînements certes peu orignaux mais bougrement efficaces. On peut aussi dire un mot sur Windgeist, qui clôt ces 47 minutes de sauvagerie dans la langue de Goethe alors que tous les autres titres sont chantés en anglais. Pour le reste, pas grand-chose à ajouter, on navigue en terrain connu, sans grande surprise, et Irdorath s’avère être une bonne machine à headbang, un bon distillateur de groove et une usine à riffs infatigable.

Si votre Volvo vient de vous lâcher, que votre livraison Ikea a une semaine de retard et que vous en avez marre de consommer suédois, vous pouvez toujours vous rabattre sur ce I Am Risen

COAG : Sociopath

Monday, February 17th, 2014

COAG : SociopathUne fois n’est pas coutume, je ne vais pas m’étendre, et ma chronique va être expédiée vite fait bien fait. Pourquoi ? Parce que Sociopath, premier méfait des Belges de COAG – ou plutôt du Belge, Déhà s’occupant ici de tous les instruments et des vocaux – s’y prête particulièrement bien. COAG, soit Congregation Of Anormal Grinders, nous balance donc sur cet EP paru fin 2013 sur Kaotoxin 14 petits titres en 10 minutes, histoire de nous rappeler comment le bon grind se doit de sonner : bref, rapide, furieux et intense.

Pour beaucoup de galettes de grind, la description pourrait s’arrêter là, mais COAG vaut bien un petit développement supplémentaire. Si l’influence de Napalm Death est plus qu’évidente sur l’ensemble des morceaux (qui a parlé de VII et VIII ?), COAG tire son épingle du jeu en développant sur certains titres une ambiance sombre et pesante particulièrement bien retranscrite par l’artwork en noir et blanc, et qui flirte dangereusement avec un black indus et apocalyptique à la Ad Hominem (le titre V avec son riff black entêtant, IX). Certains relents bruitistes, mettant en avant une furie déshumanisée et synthétique, rappellent des combos comme Anal Natraakh ou Agoraphobic Nosebleed (le titre d’ouverture en est un exemple explosif) et alternent donc avec les parties plus traditionnelles, bien hardcore dans l’âme, à la Scum ou Human Parade (surtout dans le placement de la voix), qui composent la base de la musique des Belges.

On retrouve également quelques plans bien groovy (II, le début de IV, avec son one, two, three, four ! des familles, IX, XII…), et toutes ces influences se mêlent en un maelström extrême imparable et proprement jouissif. Les vocaux sont vraiment particuliers, ne suivant pas le schéma habituel grunts porcins/hurlements suraigus à percer les tympans, Déhà a une voix enrouée mais assez grave, qui semble plus revendicatrice que réellement agressive, finalement assez « posée » pour du grind (toutes proportions gardées !). En fait, les beuglements d’ours du sieur sonnent plus comme un Lemmy bien vénère et sous amphets que comme les centaines de confrères qui éructent dans des formations de gore grind impersonnelles aux vocaux pitchés, et même si le chant est parfois étouffé et manque un peu de puissance, ça ne fait pas de mal de sortir de la surenchère d’effets habituelle. On a tout de même une pléthore de chœurs hardcore, borborygmes et autres hurlements en fond qui viennent renforcer l’impact vocal et ajouter si besoin était une petite couche de violence à nos gentilles chansonnettes.

La section rythmique est monstrueuse de vitesse et d’efficacité, la batterie (boîte à rythmes ?) nous écrase littéralement sous ses offensives guerrières et ses roulements impressionnants (III, X), la basse claque furieusement sur les intros de VII et IX, les riffs sont simples mais entraînants (II, XIV), parfaits pour le style en somme, se payant le luxe d’être assez variés selon l’humeur que le groupe veut faire passer, et on a même le droit à quelques soli bien chaotiques (IV, XIV), bref, il n’y rien à redire musicalement. Malgré sa violence débridée et son pseudonyme misanthrope, Sociopath a un je ne sais quoi de catchy et d’accessible qui le rend vraiment addictif – peut-être est-ce simplement dû à sa durée vraiment courte? -, toujours est-il qu’on ne s’en lasse pas, et que quand XIV s’arrête, on a qu’une envie, c’est de s’en remettre une couche encore, encore et encore.

Vous l’aurez compris, Sociopath est un parfait condensé de ce qui se fait de mieux en matière de grind, oscillant intelligemment entre influences traditionnelles et sonorités plus sombres et modernes en évitant habilement le piège de la surproduction massive et sans âme dont souffrent nombre de formations extrêmes actuelles. L’arme grind ultime, à posséder impérativement pour tous les fans du genre!

Horizon Ablaze : Dødsverk

Saturday, February 15th, 2014

Horizon Ablaze : DødsverkGénéralement, l’éclosion d’un all stars band ne se fait pas en toute discrétion, et le CV fourni des différents musiciens formant le groupe en question constitue un argument marketing imparable pour les heureux labels qui ont l’occasion de soutenir ces formations. Il n’est pas rare que des albums se vendent à la pelle juste grâce à une étiquette, une affiliation, ou le nom des illustres membres qui ont contribué à leur création, et ceci parfois aux dépens de la musique ou de l’originalité. Et bien, sachez que Horizon Ablaze ne mange pas de ce pain-là.

Le groupe norvégien, formé en 2008, peut pourtant se targuer de compter dans ses rangs Andrè Kvebek, ex 1349 et vocaliste actuel de Den Saakaldte, Ole Bent Madsen, bassiste de Blood Red Throne, et Shandy Mc Kay, ancien gratteux d’Absu, et officiant actuellement chez les compatriotes de Pantheon I. Malgré ce line up idéal, Horizon Ablaze reste discret, sortant son premier album, Spawn, en 2011 dans un quasi anonymat, et nous revient à présent sous le giron de Code666 avec Dodsverk, bien décidé à nous entraîner dans les profondeurs des abysses et à livrer notre âme à la damnation éternelle.

Dès les premières notes, une ambiance extrêmement noire et suffocante nous prend à la gorge. Certes, Nekrosis n’est qu’une introduction de rigueur, mais elle agit comme un réel morceau, et du haut de ses 45 secondes, elle tisse un voile horrifique et insane qui enveloppe de son sépulcre les 32 petites minutes de la galette. Cette noirceur occulte rappelle fortement l’introduction de There Is No Wine Like Crimson Blood d’Aeternus, en encore plus sauvage et habitée, les éructations death se muant en des hurlements déments complètement possédés et hystériques pour un final à vous vriller les tympans. Et lorsque déboule Leviatan, avec ce riff sombre et poisseux, amplifié par ce blast lourd et cette basse grondante, le son écrasant et massif, d’une lourdeur et d’une puissance phénoménales, nous immerge immédiatement dans les abysses. Ce premier véritable titre, porté par des riffs complexes et déstructurés, amplifié par cette lourdeur rythmique death metal impitoyable et magnifié par ce pont black à la beauté hypnotique et vénéneuse, est un parfait condensé du style des Norvégiens : Horizon Ablaze se fout des conventions, des codes et des genres, il joue pour créer la musique la plus sombre, torturée et chaotique possible.

Haplos constitue également une bonne incarnation de cette identité sonore si particulière, avec un début conquérant et écrasant de puissance amené par un gros blast, et cette alternance dynamique de vocaux criards et possédés et de grognements d’outre-tombe, et cette succession sauvage de parties black ultra rapides et de riffs rouleau compresseur très death metal, rappelant par moments le meilleur de Luna Field.

Si la base de la musique de ce Dodsverd est un death metal incantatoire particulièrement sombre et lourd, porté par le growl guttural proprement effrayant de Stian Ruethemann, les Norvégiens n’hésitent pas à incorporer de nombreuses influences plus modernes à leur blasphème sonore : cet enchevêtrement schizophrène de riffs déstructurés et de dissonances maladives sur Leviatan et Domt Til Frihet n’est pas sans rappeler The Dillinger Escape Plan ou Converge, de même, Svarte Flammers Aske se fend de riffs très modernes, presque typés metalcore, et d’un refrain doublé d’un chant clair.

Malgré cela, la galette parvient à conserver une ambiance à la fois putride, glauque et complétement dérangée, mélange de Necros Christos et du plus rampant de 1349 (le début de Der Untergang fait littéralement froid dans le dos). Quelques explosions black complètement hystériques (le début de Fordmot, les éclats de démence sporadiques de Haplos), des décélérations poisseuses et suintantes de malaise ainsi que quelques passages hypnotiques d’une beauté mélancolique et maladive (la fin de Fordmot, majestueuse, et portée par cette basse mélancolique, le refrain de Skjaersild, qui sonne très norvégien) viennent épaissir ce brouillard méphitique et infernal, magnifiés par les hurlements déments d’Andrè Kvebek que l’on croirait parfois échappés du gosier de Mika Luttinen.

En ce début d’année 2014, Horizon Ablaze frappe très fort. Malgré la diversité de leurs influences, les Norvégiens sont parvenus à livrer une galette d’une cohérence et d’une compacité sans faille, développant un style résolument personnel à l’ambiance extrêmement noire et prenante. Tout au plus pourra-t-on regretter la trop courte durée de l’album, car avec une telle qualité, on se serait bien enfilé 2-3 titres supplémentaires. Ceci dit, voilà incontestablement une franche réussite, qui devrait parvenir à réconcilier sans problème les blackeux et les deathsters et à séduire tous les amateurs de musique extrême profonde, sombre et habitée. Un coup de maître, à découvrir sans tarder pour tous ceux qui n’ont pas peur de sombrer définitivement dans l’abîme.

Folge Dem Wind : To Summon Twilight

Wednesday, February 12th, 2014

Folge Dem Wind : To Summon Twilight

Voilà que Folge dem Wind, combo de black pagan bien de chez nous, nous revient en ce début d’année 2014 avec son troisième album, To Summon Twilight, après un Inhale the Sacred Poison bien accueilli mais souffrant de quelques longueurs. Si la précédente galette pouvait être qualifiée d’avant gardiste et comportait quelques parties expérimentales, ici, les Français reviennent à quelque chose de bien plus direct et c’est indubitablement le côté black qui domine.

Ceux qui s’attendent à une ambiance sylvestre avec de l’eau qui ruisselle et des petits oiseaux qui gazouillent risquent de déchanter : Folge dem Wind ne s’embarrasse d’aucun sample, d’aucun instrument folklorique et ne cherche pas à faire dans le mélancolique ou le pseudo méditatif. Non, deux guitares, une basse, une batterie, du metal violent et authentique, point barre, et une musique sombre, très sombre, chaotique, se teintant d’une coloration death dans certains breaks ou sur certains riffs distordus (le riffing de Burning Black, Chanting High, l’intro de Die Wahrheit Steht im Blut), le tout renforcé par cette voix désespérée, furieuse et plaintive.

Niveau construction, on a souvent un début acoustique de toute beauté porté par une basse ronflante, prélude à la tempête(Coming With the Fog), suivi par une avalanche de riffs tordus et enchevêtrés amplifiés par une forte distorsion, d’un martèlement martial des futs et de cette voix démente dont la résignation et la souffrance irritent littéralement les oreilles (et qui rappelle étrangement Daemusinem période Daemusinem Domine Empire). Les vocaux, s’ils participent indubitablement à cette atmosphère de noirceur, de résignation et de sauvagerie, seront d’ailleurs un gros point noir de l’album, manquant de variation, ces râles agonisants devenant très rapidement lassants, pour ne pas dire irritants.

Ce côté martial et impitoyable est renforcé par la batterie, qui épouse souvent des rythmes guerriers avec sa caisse claire(les percussions qui entament Let’s Become A New Light et To Summon Twilight résonnent comme des tambours de guerre).

Si la musique est indubitablement énergique et extrême, les rythmes sont variés, les compos bien travaillées, les riffs s’enchaînent sans se ressembler, et de nombreuses décélérations et parties plus calmes, ponctuées de voix claires, de chuchotements inquiétants ou de hurlements possédés s’invitent pour conférer un coté plus inquiétant à l’ensemble : Die Wahrheit Steht im Blut en est un exemple frappant, avec ses riffs sombres typiquement black et ses blasts bien sentis, se fendant en milieu de titre de cette partie incantatoire vraiment habitée et angoissante. De même, Let’s Become A New Light, avec ses arpèges sombres et cette voix furieuse qui vomit des textes pleins de haine et de mépris, nous immerge dans un monde noir et décadent, et des images violentes et fortes dansent devant nos yeux clos : on imagine aisément des histoires de guerres, de tortures et de sorcellerie. Les compos se drapent parfois d’une aura mélancolique et résignée qui rappelle les temps anciens, où la survie était rude et exigeait une lutte de tous les instants.

C’est d’ailleurs sans doute en ce point que réside l’étiquette pagan qui colle au groupe, sur ce To Summon the Twilight, on sent une ambiance guerrière et sombre, presque moyenâgeuse, qui ressuscite à notre esprit moderne des rites sauvages et oubliés et rappelle à nos souvenirs la rudesse de la vie d’antan. L’accordage est bas, la basse tellurique et grondante, la musique est animée par un souffle fier et sauvage, et les compos se drapent parfois d’une aura mélancolique et résignée qui cohabite parfaitement avec cet esprit vindicatif (Coming with the Fog, la partie centrale de To the Void avec cette belle montée en puissance progressive).

Néanmoins, on regrettera tout de même que le groupe mise essentiellement sur le côté brut de la musique et délaisse trop souvent les ambiances plus apaisantes et contemplatives qui font, dans bien des cas, la majesté et la noblesse du pagan : il en résulte un manque de relief et de profondeur, les contrastes n’étant pas assez appuyés, et les moments forts étant noyés dans cette débauche de noirceur sauvage parfois un peu redondante.

S’il y a un réel effort au niveau de l’originalité, le moins que l’on puisse dire, c’est que les morceaux qui composent To Summon Twilight ne sont pas faciles d’accès, demandant des écoutes répétées et un réel effort de l’auditeur pour s’immerger dans cet univers sombre et poisseux (il n’y qu’à voir l’artwork, qui fait plus penser à un album de true black ou de DSBM qu’à un opus de pagan black).

L’album plaira ou ne plaira pas donc, mais quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que Folge dem Wind a une personnalité bien marquée, proposant encore une fois une musique originale qui ne laissera personne indifférent, et que contrairement à ce que semble indiquer son patronyme, il ne se contente pas de suivre le vent. A réserver aux païens les plus aguerris, nostalgiques d’un temps où fierté et honneur voulaient encore dire quelque chose et où la valeur d’un homme se prouvait quotidiennement dans sa simple capacité à survivre dans un environnement hostile.

Descend Into Despair : The Bearer of All Storms

Tuesday, February 11th, 2014

Descend Into Despair : The Bearer of All StormsDes groupes roumains, vous en connaissez beaucoup, vous ? Oui, d’accord, il y a bien Negura Bunget, et les amateurs de sympho connaissent aussi Magica, mais à part ces deux-là, franchement ?

Quoi qu’il en soit, il faudra désormais compter avec Descend Into Despair, un jeune duo qui se forme en 2010 et qui sort en ce début d’année 2014 son premier full length, The Bearer of All Storms, sur Domestic Genocide Records. La formation évolue dans un funeral doom relativement accessible et mélodique, et le premier nom qui vient à l’esprit à l’écoute de ces 7 pistes est Shape of Despair (comme quoi la similitude n’est pas que dans la musique, mais aussi dans le nom !), avec des titres solennels à la lenteur grandiloquente, renforcés d’une aura mystique grâce à des claviers éthérés.

La musique est enveloppée d’une beauté résignée et mélancolique, et même si le tout reste largement dépressif et cafardeux, funeral doom oblige, on est quand même loin de l’hermétisme musical et du malaise dégagés par certains combos de doom extrême comme Thergothon : bien souvent, un pâle rayon de soleil parvient à percer le gris du ciel et l’épaisse ouate des nuages, notamment grâce à des notes de guitares claires ou à des parties de clavier légères et lumineuses (le thème de Pendulum of Doubt, à la mélancolie hypnotique, la fin de Plange Glia de Dorul Meu, presque apaisante, aux relents post rock planants).

Ce qui est appréciable sur cet opus, c’est que Descend Into Despair est parvenu à un bon équilibre entre lourdeur, dépression et mélancolie : sans donner dans la surenchère de l’apathie extrême, il évolue dans un style plus atmosphérique et vaporeux, une musique solennelle et mystérieuse, rarement malsaine, même si les passages les plus intenses et dissonants avec ce piano sombre et désaccordé, font penser à Murkrat (Portrait of Rust).

A ce titre, le morceau Plange Glia de Dorul Meu, chanté entièrement en roumain et long de presque 18 minutes, est excellent, d’une ambiance gothique délicieusement dépressive, grâce à ces guitares dissonantes et ces voix décharnées qui raisonnent comme une incantation funèbre mystérieuse. Ce rythme lent (mais pas trop !), ces guitares bourdonnantes, ces claviers omniprésents qui enveloppent la compo d’un voile de tristesse sobre et touchant, ce chant clair désespéré, et enfin ces vocaux extrêmement arrachés qui jaillissent des abysses dès 6min 42 sur fond d’orgues lugubres, tout contribue à former un monument de noirceur et de dépression imparable. Le temps s’arrête, le ciel se zèbre d’éclairs de langueur orange, tout se fige, et une chape de brume mélancolique enveloppe le jour agonisant, happant les derniers rayons du soleil.

On pense parfois – inévitablement ! – à My Dying Bride, dans cette déliquescence désolée, cette ambiance délétère et funèbre, ce sentiment de résignation aux relents presque romantiques qui se poursuit inéluctablement sur Embrace of Earth, dernier titre de l’album. La superbe intro, mêlant ce chant désabusé si dérangeant et ces orgues sacrés, se dissout comme une oraison funèbre d’un autre temps dans les vapeurs d’une aube à l’agonie, on sent la résignation qui enserre comme une chape de plomb notre être frêle, l’abattement nous prend à la gorge dans tout son dénuement et on se laisse tranquillement mourir jusqu’à ce superbe final, un riff planant typé post rock et appuyé par la double pédale, qui vient doucement expirer sur les notes du piano, portées par des claviers angéliques : plus de doute, à l’issue de ces 95 minutes (!), on a définitivement quitté ce monde en décrépitude, et on peut goûter dans le sommeil de l’au-delà la paix et la béatitude éternelles.

Tout cela sonne très bien, mais ce premier opus n’est malheureusement pas exempt de défauts : avant tout, on peut déplorer un son qui manque cruellement de puissance pour un style où les grattes se doivent de former un mur opaque : il faut vraiment monter le volume pour être totalement immergé, ou écouter au casque, et c’est bien dommage, car le contraste entre lumières et ténèbres en prend un coup. De même, certains vocaux clairs, s’ils apportent indubitablement à cette ambiance mélancolique et surannée, se voulant plaintifs et désaccordés, donnent parfois juste l’impression de sonner faux, et sont alors plus pénibles que réellement émotionnels.

Ceci dit, ces défauts n’entachent pas la qualité générale de l’album, et Descend Into Despair reste un groupe intéressant, qui mixe habilement plusieurs facettes du doom pour créer sa propre identité, pas extrêmement novatrice, certes, mais habitée d’une certaine âme. Alors bien sûr, The Bearer of All Storms ne sera certainement pas une révolution dans le monde du doom, mais il a de fortes chances de combler tous les aficionados du genre, pour peu qu’ils ne soient pas réfractaires à un brin de mélodie, et il pourrait également s’avérer une bonne porte d’entrée pour ceux qui n’ont pas encore osé franchir le terrifiant palier du doom extrême. Une sortie à saluer comme il se doit, et un groupe à suivre de près.