Folge Dem Wind : To Summon Twilight

Folge Dem Wind : To Summon Twilight

Voilà que Folge dem Wind, combo de black pagan bien de chez nous, nous revient en ce début d’année 2014 avec son troisième album, To Summon Twilight, après un Inhale the Sacred Poison bien accueilli mais souffrant de quelques longueurs. Si la précédente galette pouvait être qualifiée d’avant gardiste et comportait quelques parties expérimentales, ici, les Français reviennent à quelque chose de bien plus direct et c’est indubitablement le côté black qui domine.

Ceux qui s’attendent à une ambiance sylvestre avec de l’eau qui ruisselle et des petits oiseaux qui gazouillent risquent de déchanter : Folge dem Wind ne s’embarrasse d’aucun sample, d’aucun instrument folklorique et ne cherche pas à faire dans le mélancolique ou le pseudo méditatif. Non, deux guitares, une basse, une batterie, du metal violent et authentique, point barre, et une musique sombre, très sombre, chaotique, se teintant d’une coloration death dans certains breaks ou sur certains riffs distordus (le riffing de Burning Black, Chanting High, l’intro de Die Wahrheit Steht im Blut), le tout renforcé par cette voix désespérée, furieuse et plaintive.

Niveau construction, on a souvent un début acoustique de toute beauté porté par une basse ronflante, prélude à la tempête(Coming With the Fog), suivi par une avalanche de riffs tordus et enchevêtrés amplifiés par une forte distorsion, d’un martèlement martial des futs et de cette voix démente dont la résignation et la souffrance irritent littéralement les oreilles (et qui rappelle étrangement Daemusinem période Daemusinem Domine Empire). Les vocaux, s’ils participent indubitablement à cette atmosphère de noirceur, de résignation et de sauvagerie, seront d’ailleurs un gros point noir de l’album, manquant de variation, ces râles agonisants devenant très rapidement lassants, pour ne pas dire irritants.

Ce côté martial et impitoyable est renforcé par la batterie, qui épouse souvent des rythmes guerriers avec sa caisse claire(les percussions qui entament Let’s Become A New Light et To Summon Twilight résonnent comme des tambours de guerre).

Si la musique est indubitablement énergique et extrême, les rythmes sont variés, les compos bien travaillées, les riffs s’enchaînent sans se ressembler, et de nombreuses décélérations et parties plus calmes, ponctuées de voix claires, de chuchotements inquiétants ou de hurlements possédés s’invitent pour conférer un coté plus inquiétant à l’ensemble : Die Wahrheit Steht im Blut en est un exemple frappant, avec ses riffs sombres typiquement black et ses blasts bien sentis, se fendant en milieu de titre de cette partie incantatoire vraiment habitée et angoissante. De même, Let’s Become A New Light, avec ses arpèges sombres et cette voix furieuse qui vomit des textes pleins de haine et de mépris, nous immerge dans un monde noir et décadent, et des images violentes et fortes dansent devant nos yeux clos : on imagine aisément des histoires de guerres, de tortures et de sorcellerie. Les compos se drapent parfois d’une aura mélancolique et résignée qui rappelle les temps anciens, où la survie était rude et exigeait une lutte de tous les instants.

C’est d’ailleurs sans doute en ce point que réside l’étiquette pagan qui colle au groupe, sur ce To Summon the Twilight, on sent une ambiance guerrière et sombre, presque moyenâgeuse, qui ressuscite à notre esprit moderne des rites sauvages et oubliés et rappelle à nos souvenirs la rudesse de la vie d’antan. L’accordage est bas, la basse tellurique et grondante, la musique est animée par un souffle fier et sauvage, et les compos se drapent parfois d’une aura mélancolique et résignée qui cohabite parfaitement avec cet esprit vindicatif (Coming with the Fog, la partie centrale de To the Void avec cette belle montée en puissance progressive).

Néanmoins, on regrettera tout de même que le groupe mise essentiellement sur le côté brut de la musique et délaisse trop souvent les ambiances plus apaisantes et contemplatives qui font, dans bien des cas, la majesté et la noblesse du pagan : il en résulte un manque de relief et de profondeur, les contrastes n’étant pas assez appuyés, et les moments forts étant noyés dans cette débauche de noirceur sauvage parfois un peu redondante.

S’il y a un réel effort au niveau de l’originalité, le moins que l’on puisse dire, c’est que les morceaux qui composent To Summon Twilight ne sont pas faciles d’accès, demandant des écoutes répétées et un réel effort de l’auditeur pour s’immerger dans cet univers sombre et poisseux (il n’y qu’à voir l’artwork, qui fait plus penser à un album de true black ou de DSBM qu’à un opus de pagan black).

L’album plaira ou ne plaira pas donc, mais quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que Folge dem Wind a une personnalité bien marquée, proposant encore une fois une musique originale qui ne laissera personne indifférent, et que contrairement à ce que semble indiquer son patronyme, il ne se contente pas de suivre le vent. A réserver aux païens les plus aguerris, nostalgiques d’un temps où fierté et honneur voulaient encore dire quelque chose et où la valeur d’un homme se prouvait quotidiennement dans sa simple capacité à survivre dans un environnement hostile.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.