Horizon Ablaze : Dødsverk

Horizon Ablaze : DødsverkGénéralement, l’éclosion d’un all stars band ne se fait pas en toute discrétion, et le CV fourni des différents musiciens formant le groupe en question constitue un argument marketing imparable pour les heureux labels qui ont l’occasion de soutenir ces formations. Il n’est pas rare que des albums se vendent à la pelle juste grâce à une étiquette, une affiliation, ou le nom des illustres membres qui ont contribué à leur création, et ceci parfois aux dépens de la musique ou de l’originalité. Et bien, sachez que Horizon Ablaze ne mange pas de ce pain-là.

Le groupe norvégien, formé en 2008, peut pourtant se targuer de compter dans ses rangs Andrè Kvebek, ex 1349 et vocaliste actuel de Den Saakaldte, Ole Bent Madsen, bassiste de Blood Red Throne, et Shandy Mc Kay, ancien gratteux d’Absu, et officiant actuellement chez les compatriotes de Pantheon I. Malgré ce line up idéal, Horizon Ablaze reste discret, sortant son premier album, Spawn, en 2011 dans un quasi anonymat, et nous revient à présent sous le giron de Code666 avec Dodsverk, bien décidé à nous entraîner dans les profondeurs des abysses et à livrer notre âme à la damnation éternelle.

Dès les premières notes, une ambiance extrêmement noire et suffocante nous prend à la gorge. Certes, Nekrosis n’est qu’une introduction de rigueur, mais elle agit comme un réel morceau, et du haut de ses 45 secondes, elle tisse un voile horrifique et insane qui enveloppe de son sépulcre les 32 petites minutes de la galette. Cette noirceur occulte rappelle fortement l’introduction de There Is No Wine Like Crimson Blood d’Aeternus, en encore plus sauvage et habitée, les éructations death se muant en des hurlements déments complètement possédés et hystériques pour un final à vous vriller les tympans. Et lorsque déboule Leviatan, avec ce riff sombre et poisseux, amplifié par ce blast lourd et cette basse grondante, le son écrasant et massif, d’une lourdeur et d’une puissance phénoménales, nous immerge immédiatement dans les abysses. Ce premier véritable titre, porté par des riffs complexes et déstructurés, amplifié par cette lourdeur rythmique death metal impitoyable et magnifié par ce pont black à la beauté hypnotique et vénéneuse, est un parfait condensé du style des Norvégiens : Horizon Ablaze se fout des conventions, des codes et des genres, il joue pour créer la musique la plus sombre, torturée et chaotique possible.

Haplos constitue également une bonne incarnation de cette identité sonore si particulière, avec un début conquérant et écrasant de puissance amené par un gros blast, et cette alternance dynamique de vocaux criards et possédés et de grognements d’outre-tombe, et cette succession sauvage de parties black ultra rapides et de riffs rouleau compresseur très death metal, rappelant par moments le meilleur de Luna Field.

Si la base de la musique de ce Dodsverd est un death metal incantatoire particulièrement sombre et lourd, porté par le growl guttural proprement effrayant de Stian Ruethemann, les Norvégiens n’hésitent pas à incorporer de nombreuses influences plus modernes à leur blasphème sonore : cet enchevêtrement schizophrène de riffs déstructurés et de dissonances maladives sur Leviatan et Domt Til Frihet n’est pas sans rappeler The Dillinger Escape Plan ou Converge, de même, Svarte Flammers Aske se fend de riffs très modernes, presque typés metalcore, et d’un refrain doublé d’un chant clair.

Malgré cela, la galette parvient à conserver une ambiance à la fois putride, glauque et complétement dérangée, mélange de Necros Christos et du plus rampant de 1349 (le début de Der Untergang fait littéralement froid dans le dos). Quelques explosions black complètement hystériques (le début de Fordmot, les éclats de démence sporadiques de Haplos), des décélérations poisseuses et suintantes de malaise ainsi que quelques passages hypnotiques d’une beauté mélancolique et maladive (la fin de Fordmot, majestueuse, et portée par cette basse mélancolique, le refrain de Skjaersild, qui sonne très norvégien) viennent épaissir ce brouillard méphitique et infernal, magnifiés par les hurlements déments d’Andrè Kvebek que l’on croirait parfois échappés du gosier de Mika Luttinen.

En ce début d’année 2014, Horizon Ablaze frappe très fort. Malgré la diversité de leurs influences, les Norvégiens sont parvenus à livrer une galette d’une cohérence et d’une compacité sans faille, développant un style résolument personnel à l’ambiance extrêmement noire et prenante. Tout au plus pourra-t-on regretter la trop courte durée de l’album, car avec une telle qualité, on se serait bien enfilé 2-3 titres supplémentaires. Ceci dit, voilà incontestablement une franche réussite, qui devrait parvenir à réconcilier sans problème les blackeux et les deathsters et à séduire tous les amateurs de musique extrême profonde, sombre et habitée. Un coup de maître, à découvrir sans tarder pour tous ceux qui n’ont pas peur de sombrer définitivement dans l’abîme.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.