Fäulnis : Snuff || Hiroshima

Fäulnis : Snuff || HiroshimaFaulnis, soit pourriture en français. On se doute bien qu’avec un tel patronyme, les Allemands ne risquent pas de verser dans le happy metal et que leur art musical se plaira plus à explorer le côté sombre de la psyché humaine. Et en effet, la pochette, au graphisme des plus primaires, arborant le logo du groupe et une photo de Seuche, chanteur, compositeur et multi instrumentiste du duo, noyée aux trois quarts dans l’ombre, annonce inéluctablement la couleur, ou plutôt la non-couleur : noir. Le côté sombre de l’homme, ses pulsions réprimées, ses frustrations contenues, sa folie latente, voilà quel est le programme de ce Snuff // Hiroshima, troisième full length de la formation teutonne depuis sa création en 2003.

Faulnis vomit une musique cafardeuse et morbide, empreinte d’une noirceur maladive et d’un dégoût de la vie palpable. On évolue souvent sur des mid tempos lourds qui laissent tout le temps à l’abattement et à la tristesse de s’infiltrer, et qui offrent aux plaintes glaciales et dépressives des guitares un bel espace d’expression, tandis que les parties plus rapides sont rares (quelques blasts sur Grauen et Weil Wegen Verachtung).

Certains riffs sont lents, d’une beauté froide et vénéneuse (le début d’Abgrundtief, la fin d’Hiroshima), répétitifs, roulant et se répercutant à l’infini dans l’espace vide et lépreux de ces grands couloirs blancs et hantés, développant les langueurs de leur désespoir implacable en des boucles hypnotiques rappelant parfois le DSBM (l’excellent riff de Paranoia). Néanmoins, on a d’autres passages plus lourds et saccadés, moins typiquement black, et Faulnis ose même quelques parties groovy et entraînantes, toujours auréolées par cette aura malsaine et glauque (le début de In Ohnmacht), si bien qu’on pourrait presque parler d’un croisement bâtard entre Lacrimas Profundere et Lifelover. Le tout est émaillé de quelques passages clairs et d’arpèges dérangés faussement naïfs (Distanzmensch, Verdammter !, Hiroshima), et de quelques notes mélodiques et salvatrices, maladivement belles, qui scintillent comme des étoiles maudites dans cet océan de noirceur et semblent nous indiquer la possibilité d’une paix intérieure dans la folie (Weil Wegen Verachtung, Atomkinderund Vogelmenschen).

Snuff // Hirohsima est plus un album de l’aliénation, illustrant la lente déliquescence de l’âme et la perte progressive des repères rationnels, qu’un manifeste de haine et de fureur. Ce lent glissement dans les sombres méandres de l’inconscient est guidé par une basse aux secousses lascives qui porte véritablement les guitares, sorte de glas funèbre qui achève l’immersion dans les limbes glaciales de ces errances psychotiques (Weil Wegen Verachtung, Durch die Nacht Mit), et, régnant sur ces symphonies morbides en véritable chef d’orchestre, Seuche nous gratifie de ses cris rauques et dérangés, trop humains, une voix sourde et désabusée, vibrante de rancœur et de fiel, tantôt chuchotée, plaintive ou hurlée, un peu à la manière d’un Kvarforth, et explosant en de véritables accès d’insanité lors des passages musicaux les plus intenses.

Vous l’aurez compris, ces 48 minutes ne transpirent pas la joie. A la manière de certains groupes de post rock, Faulnis joue avant tout sur l’impact émotionnel, s’appuyant très largement sur une superposition des guitares subtilement exploitée, pour nous immerger plus pleinement dans son univers de troubles mentaux, de dégoût de soi et de misanthropie.

Néanmoins, on ne sombre jamais vraiment totalement, et si l’ambiance de ces 9 pistes est très réussie, la démence géniale de groupes comme Shining, Lifelover ou Silencer est encore loin, et cette dépression-là reste somme toute relativement bénigne : d’une manière générale, la musique est trop simple, manquant de variations, avec des compos qui se distinguent assez peu les unes des autres, et des riffs qui ont une certaine tendance à se ressembler. Même si l’ensemble est très prenant, Faulnis est peut-être encore un peu trop sage, et malgré un talent évident et quelques passages vraiment habités (les hurlements à la fin de Grauen font froid dans le dos…), il manque encore un grain de folie pour faire de ce très bon album une œuvre indispensable à tout amateur de musique dépressive et dérangée.

En tout état de cause, Snuff Hiroshima reste une œuvre parfaitement réalisée, sincère et touchante, et dégageant une noirceur délicieusement vénéneuse et addictive. A recommander à tous les schizophrènes, paranoïaques, bipolaires et autres suicidaires.

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