COAG : Sociopath

February 17th, 2014 by admin

COAG : SociopathUne fois n’est pas coutume, je ne vais pas m’étendre, et ma chronique va être expédiée vite fait bien fait. Pourquoi ? Parce que Sociopath, premier méfait des Belges de COAG – ou plutôt du Belge, Déhà s’occupant ici de tous les instruments et des vocaux – s’y prête particulièrement bien. COAG, soit Congregation Of Anormal Grinders, nous balance donc sur cet EP paru fin 2013 sur Kaotoxin 14 petits titres en 10 minutes, histoire de nous rappeler comment le bon grind se doit de sonner : bref, rapide, furieux et intense.

Pour beaucoup de galettes de grind, la description pourrait s’arrêter là, mais COAG vaut bien un petit développement supplémentaire. Si l’influence de Napalm Death est plus qu’évidente sur l’ensemble des morceaux (qui a parlé de VII et VIII ?), COAG tire son épingle du jeu en développant sur certains titres une ambiance sombre et pesante particulièrement bien retranscrite par l’artwork en noir et blanc, et qui flirte dangereusement avec un black indus et apocalyptique à la Ad Hominem (le titre V avec son riff black entêtant, IX). Certains relents bruitistes, mettant en avant une furie déshumanisée et synthétique, rappellent des combos comme Anal Natraakh ou Agoraphobic Nosebleed (le titre d’ouverture en est un exemple explosif) et alternent donc avec les parties plus traditionnelles, bien hardcore dans l’âme, à la Scum ou Human Parade (surtout dans le placement de la voix), qui composent la base de la musique des Belges.

On retrouve également quelques plans bien groovy (II, le début de IV, avec son one, two, three, four ! des familles, IX, XII…), et toutes ces influences se mêlent en un maelström extrême imparable et proprement jouissif. Les vocaux sont vraiment particuliers, ne suivant pas le schéma habituel grunts porcins/hurlements suraigus à percer les tympans, Déhà a une voix enrouée mais assez grave, qui semble plus revendicatrice que réellement agressive, finalement assez « posée » pour du grind (toutes proportions gardées !). En fait, les beuglements d’ours du sieur sonnent plus comme un Lemmy bien vénère et sous amphets que comme les centaines de confrères qui éructent dans des formations de gore grind impersonnelles aux vocaux pitchés, et même si le chant est parfois étouffé et manque un peu de puissance, ça ne fait pas de mal de sortir de la surenchère d’effets habituelle. On a tout de même une pléthore de chœurs hardcore, borborygmes et autres hurlements en fond qui viennent renforcer l’impact vocal et ajouter si besoin était une petite couche de violence à nos gentilles chansonnettes.

La section rythmique est monstrueuse de vitesse et d’efficacité, la batterie (boîte à rythmes ?) nous écrase littéralement sous ses offensives guerrières et ses roulements impressionnants (III, X), la basse claque furieusement sur les intros de VII et IX, les riffs sont simples mais entraînants (II, XIV), parfaits pour le style en somme, se payant le luxe d’être assez variés selon l’humeur que le groupe veut faire passer, et on a même le droit à quelques soli bien chaotiques (IV, XIV), bref, il n’y rien à redire musicalement. Malgré sa violence débridée et son pseudonyme misanthrope, Sociopath a un je ne sais quoi de catchy et d’accessible qui le rend vraiment addictif – peut-être est-ce simplement dû à sa durée vraiment courte? -, toujours est-il qu’on ne s’en lasse pas, et que quand XIV s’arrête, on a qu’une envie, c’est de s’en remettre une couche encore, encore et encore.

Vous l’aurez compris, Sociopath est un parfait condensé de ce qui se fait de mieux en matière de grind, oscillant intelligemment entre influences traditionnelles et sonorités plus sombres et modernes en évitant habilement le piège de la surproduction massive et sans âme dont souffrent nombre de formations extrêmes actuelles. L’arme grind ultime, à posséder impérativement pour tous les fans du genre!

Horizon Ablaze : Dødsverk

February 15th, 2014 by admin

Horizon Ablaze : DødsverkGénéralement, l’éclosion d’un all stars band ne se fait pas en toute discrétion, et le CV fourni des différents musiciens formant le groupe en question constitue un argument marketing imparable pour les heureux labels qui ont l’occasion de soutenir ces formations. Il n’est pas rare que des albums se vendent à la pelle juste grâce à une étiquette, une affiliation, ou le nom des illustres membres qui ont contribué à leur création, et ceci parfois aux dépens de la musique ou de l’originalité. Et bien, sachez que Horizon Ablaze ne mange pas de ce pain-là.

Le groupe norvégien, formé en 2008, peut pourtant se targuer de compter dans ses rangs Andrè Kvebek, ex 1349 et vocaliste actuel de Den Saakaldte, Ole Bent Madsen, bassiste de Blood Red Throne, et Shandy Mc Kay, ancien gratteux d’Absu, et officiant actuellement chez les compatriotes de Pantheon I. Malgré ce line up idéal, Horizon Ablaze reste discret, sortant son premier album, Spawn, en 2011 dans un quasi anonymat, et nous revient à présent sous le giron de Code666 avec Dodsverk, bien décidé à nous entraîner dans les profondeurs des abysses et à livrer notre âme à la damnation éternelle.

Dès les premières notes, une ambiance extrêmement noire et suffocante nous prend à la gorge. Certes, Nekrosis n’est qu’une introduction de rigueur, mais elle agit comme un réel morceau, et du haut de ses 45 secondes, elle tisse un voile horrifique et insane qui enveloppe de son sépulcre les 32 petites minutes de la galette. Cette noirceur occulte rappelle fortement l’introduction de There Is No Wine Like Crimson Blood d’Aeternus, en encore plus sauvage et habitée, les éructations death se muant en des hurlements déments complètement possédés et hystériques pour un final à vous vriller les tympans. Et lorsque déboule Leviatan, avec ce riff sombre et poisseux, amplifié par ce blast lourd et cette basse grondante, le son écrasant et massif, d’une lourdeur et d’une puissance phénoménales, nous immerge immédiatement dans les abysses. Ce premier véritable titre, porté par des riffs complexes et déstructurés, amplifié par cette lourdeur rythmique death metal impitoyable et magnifié par ce pont black à la beauté hypnotique et vénéneuse, est un parfait condensé du style des Norvégiens : Horizon Ablaze se fout des conventions, des codes et des genres, il joue pour créer la musique la plus sombre, torturée et chaotique possible.

Haplos constitue également une bonne incarnation de cette identité sonore si particulière, avec un début conquérant et écrasant de puissance amené par un gros blast, et cette alternance dynamique de vocaux criards et possédés et de grognements d’outre-tombe, et cette succession sauvage de parties black ultra rapides et de riffs rouleau compresseur très death metal, rappelant par moments le meilleur de Luna Field.

Si la base de la musique de ce Dodsverd est un death metal incantatoire particulièrement sombre et lourd, porté par le growl guttural proprement effrayant de Stian Ruethemann, les Norvégiens n’hésitent pas à incorporer de nombreuses influences plus modernes à leur blasphème sonore : cet enchevêtrement schizophrène de riffs déstructurés et de dissonances maladives sur Leviatan et Domt Til Frihet n’est pas sans rappeler The Dillinger Escape Plan ou Converge, de même, Svarte Flammers Aske se fend de riffs très modernes, presque typés metalcore, et d’un refrain doublé d’un chant clair.

Malgré cela, la galette parvient à conserver une ambiance à la fois putride, glauque et complétement dérangée, mélange de Necros Christos et du plus rampant de 1349 (le début de Der Untergang fait littéralement froid dans le dos). Quelques explosions black complètement hystériques (le début de Fordmot, les éclats de démence sporadiques de Haplos), des décélérations poisseuses et suintantes de malaise ainsi que quelques passages hypnotiques d’une beauté mélancolique et maladive (la fin de Fordmot, majestueuse, et portée par cette basse mélancolique, le refrain de Skjaersild, qui sonne très norvégien) viennent épaissir ce brouillard méphitique et infernal, magnifiés par les hurlements déments d’Andrè Kvebek que l’on croirait parfois échappés du gosier de Mika Luttinen.

En ce début d’année 2014, Horizon Ablaze frappe très fort. Malgré la diversité de leurs influences, les Norvégiens sont parvenus à livrer une galette d’une cohérence et d’une compacité sans faille, développant un style résolument personnel à l’ambiance extrêmement noire et prenante. Tout au plus pourra-t-on regretter la trop courte durée de l’album, car avec une telle qualité, on se serait bien enfilé 2-3 titres supplémentaires. Ceci dit, voilà incontestablement une franche réussite, qui devrait parvenir à réconcilier sans problème les blackeux et les deathsters et à séduire tous les amateurs de musique extrême profonde, sombre et habitée. Un coup de maître, à découvrir sans tarder pour tous ceux qui n’ont pas peur de sombrer définitivement dans l’abîme.

Folge Dem Wind : To Summon Twilight

February 12th, 2014 by admin

Folge Dem Wind : To Summon Twilight

Voilà que Folge dem Wind, combo de black pagan bien de chez nous, nous revient en ce début d’année 2014 avec son troisième album, To Summon Twilight, après un Inhale the Sacred Poison bien accueilli mais souffrant de quelques longueurs. Si la précédente galette pouvait être qualifiée d’avant gardiste et comportait quelques parties expérimentales, ici, les Français reviennent à quelque chose de bien plus direct et c’est indubitablement le côté black qui domine.

Ceux qui s’attendent à une ambiance sylvestre avec de l’eau qui ruisselle et des petits oiseaux qui gazouillent risquent de déchanter : Folge dem Wind ne s’embarrasse d’aucun sample, d’aucun instrument folklorique et ne cherche pas à faire dans le mélancolique ou le pseudo méditatif. Non, deux guitares, une basse, une batterie, du metal violent et authentique, point barre, et une musique sombre, très sombre, chaotique, se teintant d’une coloration death dans certains breaks ou sur certains riffs distordus (le riffing de Burning Black, Chanting High, l’intro de Die Wahrheit Steht im Blut), le tout renforcé par cette voix désespérée, furieuse et plaintive.

Niveau construction, on a souvent un début acoustique de toute beauté porté par une basse ronflante, prélude à la tempête(Coming With the Fog), suivi par une avalanche de riffs tordus et enchevêtrés amplifiés par une forte distorsion, d’un martèlement martial des futs et de cette voix démente dont la résignation et la souffrance irritent littéralement les oreilles (et qui rappelle étrangement Daemusinem période Daemusinem Domine Empire). Les vocaux, s’ils participent indubitablement à cette atmosphère de noirceur, de résignation et de sauvagerie, seront d’ailleurs un gros point noir de l’album, manquant de variation, ces râles agonisants devenant très rapidement lassants, pour ne pas dire irritants.

Ce côté martial et impitoyable est renforcé par la batterie, qui épouse souvent des rythmes guerriers avec sa caisse claire(les percussions qui entament Let’s Become A New Light et To Summon Twilight résonnent comme des tambours de guerre).

Si la musique est indubitablement énergique et extrême, les rythmes sont variés, les compos bien travaillées, les riffs s’enchaînent sans se ressembler, et de nombreuses décélérations et parties plus calmes, ponctuées de voix claires, de chuchotements inquiétants ou de hurlements possédés s’invitent pour conférer un coté plus inquiétant à l’ensemble : Die Wahrheit Steht im Blut en est un exemple frappant, avec ses riffs sombres typiquement black et ses blasts bien sentis, se fendant en milieu de titre de cette partie incantatoire vraiment habitée et angoissante. De même, Let’s Become A New Light, avec ses arpèges sombres et cette voix furieuse qui vomit des textes pleins de haine et de mépris, nous immerge dans un monde noir et décadent, et des images violentes et fortes dansent devant nos yeux clos : on imagine aisément des histoires de guerres, de tortures et de sorcellerie. Les compos se drapent parfois d’une aura mélancolique et résignée qui rappelle les temps anciens, où la survie était rude et exigeait une lutte de tous les instants.

C’est d’ailleurs sans doute en ce point que réside l’étiquette pagan qui colle au groupe, sur ce To Summon the Twilight, on sent une ambiance guerrière et sombre, presque moyenâgeuse, qui ressuscite à notre esprit moderne des rites sauvages et oubliés et rappelle à nos souvenirs la rudesse de la vie d’antan. L’accordage est bas, la basse tellurique et grondante, la musique est animée par un souffle fier et sauvage, et les compos se drapent parfois d’une aura mélancolique et résignée qui cohabite parfaitement avec cet esprit vindicatif (Coming with the Fog, la partie centrale de To the Void avec cette belle montée en puissance progressive).

Néanmoins, on regrettera tout de même que le groupe mise essentiellement sur le côté brut de la musique et délaisse trop souvent les ambiances plus apaisantes et contemplatives qui font, dans bien des cas, la majesté et la noblesse du pagan : il en résulte un manque de relief et de profondeur, les contrastes n’étant pas assez appuyés, et les moments forts étant noyés dans cette débauche de noirceur sauvage parfois un peu redondante.

S’il y a un réel effort au niveau de l’originalité, le moins que l’on puisse dire, c’est que les morceaux qui composent To Summon Twilight ne sont pas faciles d’accès, demandant des écoutes répétées et un réel effort de l’auditeur pour s’immerger dans cet univers sombre et poisseux (il n’y qu’à voir l’artwork, qui fait plus penser à un album de true black ou de DSBM qu’à un opus de pagan black).

L’album plaira ou ne plaira pas donc, mais quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que Folge dem Wind a une personnalité bien marquée, proposant encore une fois une musique originale qui ne laissera personne indifférent, et que contrairement à ce que semble indiquer son patronyme, il ne se contente pas de suivre le vent. A réserver aux païens les plus aguerris, nostalgiques d’un temps où fierté et honneur voulaient encore dire quelque chose et où la valeur d’un homme se prouvait quotidiennement dans sa simple capacité à survivre dans un environnement hostile.

Descend Into Despair : The Bearer of All Storms

February 11th, 2014 by admin

Descend Into Despair : The Bearer of All StormsDes groupes roumains, vous en connaissez beaucoup, vous ? Oui, d’accord, il y a bien Negura Bunget, et les amateurs de sympho connaissent aussi Magica, mais à part ces deux-là, franchement ?

Quoi qu’il en soit, il faudra désormais compter avec Descend Into Despair, un jeune duo qui se forme en 2010 et qui sort en ce début d’année 2014 son premier full length, The Bearer of All Storms, sur Domestic Genocide Records. La formation évolue dans un funeral doom relativement accessible et mélodique, et le premier nom qui vient à l’esprit à l’écoute de ces 7 pistes est Shape of Despair (comme quoi la similitude n’est pas que dans la musique, mais aussi dans le nom !), avec des titres solennels à la lenteur grandiloquente, renforcés d’une aura mystique grâce à des claviers éthérés.

La musique est enveloppée d’une beauté résignée et mélancolique, et même si le tout reste largement dépressif et cafardeux, funeral doom oblige, on est quand même loin de l’hermétisme musical et du malaise dégagés par certains combos de doom extrême comme Thergothon : bien souvent, un pâle rayon de soleil parvient à percer le gris du ciel et l’épaisse ouate des nuages, notamment grâce à des notes de guitares claires ou à des parties de clavier légères et lumineuses (le thème de Pendulum of Doubt, à la mélancolie hypnotique, la fin de Plange Glia de Dorul Meu, presque apaisante, aux relents post rock planants).

Ce qui est appréciable sur cet opus, c’est que Descend Into Despair est parvenu à un bon équilibre entre lourdeur, dépression et mélancolie : sans donner dans la surenchère de l’apathie extrême, il évolue dans un style plus atmosphérique et vaporeux, une musique solennelle et mystérieuse, rarement malsaine, même si les passages les plus intenses et dissonants avec ce piano sombre et désaccordé, font penser à Murkrat (Portrait of Rust).

A ce titre, le morceau Plange Glia de Dorul Meu, chanté entièrement en roumain et long de presque 18 minutes, est excellent, d’une ambiance gothique délicieusement dépressive, grâce à ces guitares dissonantes et ces voix décharnées qui raisonnent comme une incantation funèbre mystérieuse. Ce rythme lent (mais pas trop !), ces guitares bourdonnantes, ces claviers omniprésents qui enveloppent la compo d’un voile de tristesse sobre et touchant, ce chant clair désespéré, et enfin ces vocaux extrêmement arrachés qui jaillissent des abysses dès 6min 42 sur fond d’orgues lugubres, tout contribue à former un monument de noirceur et de dépression imparable. Le temps s’arrête, le ciel se zèbre d’éclairs de langueur orange, tout se fige, et une chape de brume mélancolique enveloppe le jour agonisant, happant les derniers rayons du soleil.

On pense parfois – inévitablement ! – à My Dying Bride, dans cette déliquescence désolée, cette ambiance délétère et funèbre, ce sentiment de résignation aux relents presque romantiques qui se poursuit inéluctablement sur Embrace of Earth, dernier titre de l’album. La superbe intro, mêlant ce chant désabusé si dérangeant et ces orgues sacrés, se dissout comme une oraison funèbre d’un autre temps dans les vapeurs d’une aube à l’agonie, on sent la résignation qui enserre comme une chape de plomb notre être frêle, l’abattement nous prend à la gorge dans tout son dénuement et on se laisse tranquillement mourir jusqu’à ce superbe final, un riff planant typé post rock et appuyé par la double pédale, qui vient doucement expirer sur les notes du piano, portées par des claviers angéliques : plus de doute, à l’issue de ces 95 minutes (!), on a définitivement quitté ce monde en décrépitude, et on peut goûter dans le sommeil de l’au-delà la paix et la béatitude éternelles.

Tout cela sonne très bien, mais ce premier opus n’est malheureusement pas exempt de défauts : avant tout, on peut déplorer un son qui manque cruellement de puissance pour un style où les grattes se doivent de former un mur opaque : il faut vraiment monter le volume pour être totalement immergé, ou écouter au casque, et c’est bien dommage, car le contraste entre lumières et ténèbres en prend un coup. De même, certains vocaux clairs, s’ils apportent indubitablement à cette ambiance mélancolique et surannée, se voulant plaintifs et désaccordés, donnent parfois juste l’impression de sonner faux, et sont alors plus pénibles que réellement émotionnels.

Ceci dit, ces défauts n’entachent pas la qualité générale de l’album, et Descend Into Despair reste un groupe intéressant, qui mixe habilement plusieurs facettes du doom pour créer sa propre identité, pas extrêmement novatrice, certes, mais habitée d’une certaine âme. Alors bien sûr, The Bearer of All Storms ne sera certainement pas une révolution dans le monde du doom, mais il a de fortes chances de combler tous les aficionados du genre, pour peu qu’ils ne soient pas réfractaires à un brin de mélodie, et il pourrait également s’avérer une bonne porte d’entrée pour ceux qui n’ont pas encore osé franchir le terrifiant palier du doom extrême. Une sortie à saluer comme il se doit, et un groupe à suivre de près.

Verlies : Le Domaine des Hommes

January 25th, 2014 by admin

Verlies : Le Domaine des HommesVerlies. Projet black atmosphérique du chanteur multi instrumentiste N., cette mystérieuse entité émerge en 2010 à Lille et vient nous compter avec sa première autoproduction, Le Domaine des Hommes, ses visions musicales voilées d’une poésie mélancolique. Dès l’intro, on comprend que le one man band s’inscrit dans cette mouvance de black post rock moderne et mélodique, avec cette basse bien présente, ces arpèges typiques du style, et ce contraste intéressant entre envolées célestes de la guitare et lourdeur metal. Au fur et à mesure que le titre avance, ces guitares grésillantes, la double pédale, bien programmée, ainsi que ce blast lourd – mais trop mécanique et synthétique, quel dommage! – nous laissent deviner que la musique de Verlies ne sera pas uniquement atmosphérique, et le hurlement écorché qui vient clore ces presque 4 minutes semble nous conforter dans notre sentiment en dévoilant une facette plus extrême du combo.

Arrive ensuite le premier véritable titre de la galette, Nouvelle, qui nous laisse un sentiment mitigé. Premier point noir, un son trop synthétique (ça sent la production faite maison via logiciel) qui dessert beaucoup la musique. C’est d’autant plus regrettable que les compos sont longues, riches et complexes, foisonnant d’idées (peut-être même un peu trop parfois, c’est le problème dont souffre ce titre!) et auraient eu besoin d’être mises en valeur par une production digne de ce nom. Un arpège mélancolique et une voix sombre et désabusée qui rappelle un peu Aqme entament sobrement la galette, puis le morceau se poursuit sur une instrumentation tordue, parfois dissonante et complexe, plus fouillée qu’elle n’y paraît, peut-être trop pour le style abordé qui se veut normalement très direct et émotionnel : passages mélancoliques à la coloration gothique portés par des arpèges et les plaintes larmoyantes de la basse, enchevêtrements de parties lourdes et plus aériennes ponctués de riffs complexes et émaillés de nombreux soli, profusion de voix déstabilisante, tantôt chantées et sombres, tantôt hurlées, écorchées et au bord de la rupture, les différentes parties manquent parfois un peu de liant et de cohérence, et c’est concrètement le principal reproche qu’on peut faire à ce Domaine des Hommes.

Les changements de riffs et d’humeur sont fréquents, parfois un peu confus, Verlies nous prend par la main et se plait à nous promener dans les contrées dévastées de son intériorité hantée, mais les âmes damnées sont trop nombreuses, les notes mortes se superposent parfois de manière un peu artificielle, et on se perd dans ce labyrinthe opaque…

Quoi qu’il en soit, l’instrumentation est intéressante et N. réussit à faire cohabiter différentes influences sous le spectre brumeux de Verlies : Pensées Nocturnes (dans cet aspect fantomatique et maladif, ces vocaux grinçants et écorchés parfois à la limite du supportable, ainsi que cette ambiance déliquescente et macabre que l’on retrouve bien sur Luna Liquor), Alceste et Amesoeurs dans la trame générale, voire parfois des groupes plus vénéneux tels Gris, Nyktalgia et Totalselfhatred ( le début de l’Abîme du Guide, l’Absolution) et les combos suisses que sont Unholy Matrimony et Mirrorthrone (sur certains passages furieux de Maladie, quand la boîte à rythme blaste méchamment). Certes, le musicien est parfois trop gourmand, ne parvenant pas toujours à canaliser ses idées qui s’enchevêtrent parfois de manière un peu maladroite, et l’art des transitions n’est pas toujours bien maîtrisé (la fin de Nouvelle, certains passages de Maladie), mais si la musique n’est pas toujours extrêmement fluide, le tout sonne juste et sincère et l’on apprécie que Verlies fasse l’effort de créer un univers personnel. Les textes en français, empreints d’une poésie toute romantique et noire, ajoutent à cette identité en construction, et font de Verlies un projet intéressant à plus d’un titre.

L’album avance en se bonifiant, continuant de mêler les ambiances avec plus ou moins de réussite sur de longs morceaux à la dynamique intéressante (entre 7 et 10 minutes si l’on exclut les pistes qui ouvrent et ferment l’album), alternant passages intimistes et tortueux parfois encore un peu maladroits, furie black metal dévastatrice aux blasts démoniaques, parties plus écorchées et maladives typiques du DSBM avec ces vocaux très déchirés et ces arpèges suintant le désespoir, et envolées plus lumineuses aux confins du post rock grâce à des interventions de six cordes parfois certes un peu académiques mais toujours gorgées de feeling.

Certaines parties sont vraiment prenantes, et un morceau comme L’Abîme du Guide est très réussi, avec ses enchaînements d’arpèges mélancoliques et d’explosions metalliques saturées et poignantes. La voix grave trouve ici mieux sa place, bien emmenée par une musique plus sombre et intimiste et les transitions semblent plus naturelles. L’Absolution est quant à lui le point d’orgue de ces 50 minutes, avec ses parties électroacoustiques sobres et touchantes, ses moments forts et émotionnels, ses excellents riffs, sa basse chaude, sa voix hurlée vraiment convaincante, et sa violence mélancolique exacerbée.

Pour conclure, Le Domaine des Hommes est un premier jet certes encore inégal et souffrant encore de nombreuses approximations et d’un certain amateurisme, mais présentant déjà un univers singulier et une formation pleine de potentiel. Même s’il est encore loin de l’excellence de ses illustres aînés, je ne saurais que trop en recommander l’écoute aux fans de Gris, Alcest, Amesoeurs et Lantlos qui devraient y trouver leur compte s’ils sont indulgents et parviennent à s’ouvrir à ces sonorités parfois difficiles d’accès, mais plus qu’intéressantes. Une formation à suivre de près…

The Negation : Paths of Obedience

January 23rd, 2014 by admin

The Negation : Paths of ObedienceThe Negation est un groupe encore quasiment inconnu sur la scène metal tricolore, et pour cause : formé en 2012 seulement, le combo sort son premier album Paths of Obedience dès 2013, une autoproduction qui, manque de promotion, ne se fait pas beaucoup remarquer. C’est de cet album qu’il s’agit ici, et il conviendrait d’offrir une seconde chance à un opus qui, s’il n’est pas vraiment original, est du moins terriblement efficace et parfaitement exécuté.

Amateurs de black brutal aux relents death et à l’ambiance bien noire, inutile d’aller chercher plus loin de quoi vous satisfaire, cette galette est pour vous : pour peu que vous ne soyez pas trop regardants sur l’originalité et que vous recherchiez une bonne grosse mandale auditive, Paths of Obedience a toutes les chances d’être votre nouveau disque de chevet.

Après une courte intro de rigueur (des cloches funèbres qui résonnent lugubrement pendant 15 secondes), c’est Red Wrath qui débarque tout blasts dehors avec une intensité furieuse typée death metal, rappelant les compatriotes d’Odium : on sent bien cette volonté commune de tout détruite, et la fureur blasphématoire des Parisiens est plus que palpable. Ca bourre, ça hurle, ça joue fort, ça joue vite, c’est méchant, on sent que ça veut faire mal, bref, ça défonce, mais, finalement, ça rappelle n’importe quel groupe de black death bien violent et evil des années 2000. Après presque une minute de blast soutenu arrive un mid tempo bien destructeur, et un riff plus rampant qui nous laissent un peu souffler et nous rassurent quant à la suite : The Negation sait varier son propos, et ces 45 minutes étalées sur 10 pistes ne seront – Diable merci !- pas qu’une suite stérile de bourrinage sans âme.

Les riffs sont d’obédience black, épiques et malsains, et le côté death, minoritaire, s’incarne plutôt dans ces parties de batterie au son lourd et massif, et au jeu d’une intensité particulière et d’une vitesse apocalyptique (le fameux Romain est impressionnant et est pour beaucoup dans le côté rouleau compresseur de la galette). On a tout de même quelques décélérations bien poisseuses et morbides, et avec trois titres de plus de 6 minutes, nos frenchies prennent le temps de développer leurs morceaux et d’alterner intelligemment mid tempi bien lourds (Erased, One God), parties lentes et envoûtantes (Last Rites, In Agony, la fin de l’excellent Garden of Extasy, avec son solo gorgé de feeling) et blasts tonitruants et guerriers.

Si le groupe sonne vraiment extrême dans ses parties les plus rapides, rappelant des combos comme Handful of Hate ou Dark Funeral, il développe surtout sa noirceur sulfureuse et son ambiance mortifère dans les parties les plus lentes et mélodiques, qui si elles semblent être vouées à reprendre son souffle entre deux attaques frontales, n’en sont que plus pernicieuses et délectables.

Dit comme ça, The Paths of Obedience semble un parfait album de genre, et c’est effectivement à ça qu’il se résume. Finalement, le plus gros problème de cette galette, c’est clairement son manque d’originalité : si la musique est carrément bien branlée et l’ambiance plutôt présente (même si on est encore bien loin du malaise que distillent les tarés d’Arkhon Infaustus pour ne citer qu’eux), on ne peut pas dire que le son du groupe soit franchement original : les riffs se ressemblent pas mal et ont déjà été entendus, les compos se distinguent peu les unes des autres même si elles sont très bonnes et indubitablement prenantes, et le tout sonne peut-être un peu trop léché et convenu, manquant de cette folie schizophrène que sont en droit d’attendre tous les amateurs de black occulte, haineux, blasphématoire et vraiment dérangé.

Ceci dit, sur le plan de l’efficacité et de la qualité, The Paths of Obedience est une vraie réussite. Les 10 titres s’écoutent d’une seule traite, bien mis en valeur par un son énorme (peut-être un peu trop déploreront certains…), et ces 45 minutes se subissent comme un gros parpaing dans la gueule, nous arrachant la face, nous corrompant délicieusement les oreilles, et nous souillant le cœur de son obscénité outrancière, s’injectant directement dans les veines comme un bouillonnant condensé de haine et de négativité.

Inutile de dire que les fans de black death bien violent et basique adoreront, et honnêtement, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre la maîtrise et le potentiel de The Negation. Une galette très intéressante et un défouloir jouissif à défaut d’être un chef d’œuvre d’ambiances et de raffinement. Vous voilà prévenus !

Hail Spirit Noir : Oi Magoi

January 18th, 2014 by admin

Hail Spirit Noir : Oi MagoiDécidément, la scène grecque nous gâte en ce début d’année 2014, et le 20 février est une date à doublement retenir pour les amateurs de black innovant et original puisque c’est ce jour qui verra la sortie des derniers opus d’Aenaon et Hail Spirit Noir sous la bannière de Code666.

Hail Spirit Noir, en voilà un nom. Et autant vous le dire tout de suite, l’étrangeté du patronyme n’est rien à côté de celle de la musique que se plait à distiller le combo de Salonique le long des 49 minutes que dure cet époustouflant Oi Magoi.

Formé en 2010 et sortant leur premier opus Pneuma deux ans plus tard, qui permettait déjà de mesurer tout le talent et la décadence grandiose de la formation, Hail Spirit Noir nous revient donc cette année avec 7 nouveaux titres qui tissent un labyrinthe sombre et hanté aux multiples ramifications. Oi Magoi se disperse en un fourmillement de sonorités qui se réunissent en un cœur musical liturgique, noir et envoûtant, et sur lequel souffle un délicieux vent de folie : prog, rock 70’s, black metal, – même si la musique est rarement agressive, injectant plus son venin en d’insidieuses boucles hypnotiques savamment dosées et toujours inspirées à la noirceur délectable – toutes ces influences se mêlent pour former une musique unique, occulte et hallucinée.

Blood Guru entame les hostilités, titre complètement allumé qui s’ouvre sur une rythmique martiale et des guitares enlevées bientôt interrompues par des stridences de guitares bruitistes. Plus tard, ce sera un xylophone possédé qui s’invitera sur le morceau, et l’acme de cette cacophonie ritualiste se cristallisera en des explosions de piano désaccordés dont les plaintes portées par la réverb’ finiront par se noyer dans le chaos ambiant. Le titre se fondra alors en une deuxième partie planante et chaude, portée par le souffle indolent de guitares au feeling indubitablement grec dans leurs étranges résonances orientales et lascives et leurs échos mystérieux. Les claviers de Haris, protéiformes et hallucinés, se muent en une multitude chatoyante de sonorités envoûtantes et décalées, dépeignant des paysages baroques et surréalistes ou posant des ambiances plus malsaines, sombres et intimistes. Ils nous accompagneront tout le long de ce voyage initiatique, compagnons inséparables de ces bidouillages électriques, de ces triturations guitaristiques et de ces effets multiples et enfumés qui épaississent cette ambiance occulte.

Sur le superbe Satan is Time, l’instrumentation électro acoustique, chaude et sibylline, et portée par une basse langoureuse à la sensualité sauvage s’enchevêtre en une danse lascive à d’irréelles envolées post rock oniriques, le tout toujours enveloppé de cette déliquescence un peu baroque au goût doux-amer : mélange irréel du Opeth de Damnation, de la mélancolie de Fen, des envolées hallucinées de Pink Floyd et de l’aspect occulte et incantatoire d’un Black Widow (Come to the Sabbat), le tout sent bon les années 70, les vieux amplis à lampe fumants et les substances hallucinogènes. La basse groove sensuellement, les chœurs vaporeux nous invitent à rentrer en une transe hébétée pour saluer un Grand Cornu décidément bien sympathique, et ces claviers étranges aux notes extraterrestres, aigrelettes et troublantes, sorte de xylophone biberonné au LSD, nous enveloppent dans le mur ouaté de leurs notes fragiles qui s’égrainent, nous découvrant un univers languide et troublant. Les instruments se mêlent en un magma lancinant, les guitares se dissolvent en une fusion mélancolique aux délicieux relents cafardesques et nous invitent à toucher du doigt une folie morbide et libératrice.

Déboule ensuite en un contraste fracassant Satyrico Orgio, avec un début très black metal : un blast tonitruant sur des guitares lancinantes et tordues au grain norvégien, accompagné par la voix lourde et caverneuse du sieur Dimitrakopoulos. Mais rapidement, la folie créatrice du combo nous rattrape, avec une sorte de distorsion bizarroïde et inquiétante aux élans dramatiques qui s’amplifie par des percussions sauvages et tribales, des guitares aux stridences maladives et des choeurs désincarnés qui éclatent en des plaintes aigues et dérangées, des chuchotements incantatoires et des grognements bestiaux, des petites sonorités hallucinées et psychédéliques qui nous convient à un véritable sabbath orgiaque. Une musique indescriptible et troublante, une cacophonie harmonieuse où toutes les dissonances ont leur place, et qui nous plonge dans l’univers bouillonnant et dérangé d’une sorte de Magma version black metal. Le tout se termine sur une petite mélopée désabusée et grinçante aux relents de fête foraine macabre.

L’album s’achève sur le titre éponyme avec ses sonorités étranges et mystérieuses nous provenant de loin, comme enveloppées par des vapeurs lénifiantes et grisantes, habité de mélodies hantées qui semblent se dissoudre dans un ciel gris pâle. Le passage central est truffé de ces effets de guitares futuristes et surréalistes, rappelant un Led Zepp’ sous acides, animé par une basse vrombissante qui pulse comme un immense cœur souterrain, et donnant vie à un rituel magique ancestral ressuscité ancestral dans les images troubles des psychotropes. Et après 49 minutes, voilà que s’achève soudainement cette symphonie progressive que l’on pourrait presque qualifier d’opéra dark rock extrême et psychédélique.

Le constat est sans appel : Hail Spirit Noir ne ressemble à aucun autre groupe, sa musique est unique, et osons le mot, géniale. Il ne sert à rien de disséquer l’album piste par piste tant il regorge de subtilités, de bizarreries et de moments forts, nul doute que chacun y trouvera son compte. De toutes façons, Oi Magoi est le genre d’opus qui se vit plus qu’il ne s’écoute, et les mots sont bien creux pour décrire une telle oeuvre. Le plus impressionnant dans tout ça, c’est que même si elle est clairement expérimentale et aime à se perdre dans des délires schizophrènes, la musique des Grecs ne perd jamais de sa cohérence et reste toujours facilement accessible grâce à un sens mélodique très travaillé, des changements d’ambiances subtils et bien apportés, une profondeur musicale de tous les instants et un sens de la composition hors du commun.

Je pense avoir été clair: cet album est une bombe, un ovni, certes mais une bombe. Courez vite l’acheter, ou vous ne pourrez bientôt plus prétendre aimer la musique originale sombre et avant-gardiste sans perdre toute votre crédibilité. Vous voilà prévenu.

Culted : Oblique to All Paths

January 15th, 2014 by admin

Culted : Oblique to All PathsJ’aime le black. J’aime le doom. Donc, a priori, j’aime le black doom. Et ça tombe bien, puisque Culted, groupe canadien formé en 2007 et sortant avec Oblique to All Paths son deuxième full length, est catalogué dans ce registre, qui compte sans conteste parmi les plus noirs et dépressifs de tout ce que l’art musical a à offrir. Pourtant, autant vous prévenir tout de suite, Culted n’a pas grand-chose à voir avec les affreux jojos suicidaires et misanthropes de Nortt ou Make A Change Kill Yourself, par exemple, et il évolue dans un style bien plus enfumé, expérimental et, toutes proportions gardées, atmosphérique que glauque, malsain et misanthrope.

Brooding Hex, du haut de ses presque 20 minutes, entame la galette d’une manière étrange et convaincante: à l’écoute de ce morceau, on est enveloppé d’une ambiance brumeuse et épaisse, curieux mix de Ahab et de Sunn O)), avec une lourdeur rythmique rappelant parfois The Ocean. La musique s’appuie sur les contrastes, entre lourdeur pesante, glauque et suffocante, et passages plus éthérés, et le tout est renforcé par des bidouillages sonores étranges qui épaississent l’atmosphère, tour à tour nauséeuse et vaporeuse ou dissonante et mélancolique.

Cette longue plage n’est certes pas un chef d’oeuvre d’originalité ni de virtuosité, mais elle nous immerge efficacement dans un univers atypique et intrigant, parfois un peu dérangeant, mais surtout mystérieux, oscillant entre gravité lunaire et pesanteur terrestre, et recelant mine de rien de nombreuses influences habilement digérées : quelque part entre doom, stoner, ambiant, post rock et indus noisy (par contre les relents de black sont vraiment minces, ils se situent surtout dans les vocaux et dans certaines ambiances en fait ), on peut sentir planer l’ombre de combos tels Neurosis, Electric Wizards, Esoteric, Sunn 0)) et Dolorian. Pas de doute, la musique de Culted ne se limite pas à l’étiquette réductrice de black doom, et c’est finalement tant mieux qu’il ne s’enferme pas stérilement dans un genre où tout semble déjà avoir été dit. La basse, très présente, rajoute une touche onirique et céleste et confère une coloration presque post rock à la partie centrale du morceau lorsqu’elle n’agit pas comme un gros mur d’infrabasses à la limite du drone. La fin du morceau, plus lumineuse, est vraiment prenante, et rappellerait presque les expérimentations sonores d’un Mogwaï au meilleur de sa forme

La suite se déroule lentement dans la même logique, rien de transcendant, mais un tout homogène et honnête qui s’inscrit dans cette continuité gentiment schizophrène tout en contrastes entre lourdeur tellurique et envolées gravitaires presque spatiales : l’influence psychédélique est indéniable, on pourrait d’ailleurs croire le riff central d’Illuminati droit sorti d’un album de stoner ou de doom rock à la Electric Wizards, avec qui les Canadiens partagent d’ailleurs ce son extrêmement poisseux, sourd et distordu.

Intoxicant Immuration est quant à lui un peu long à démarrer. Le début est extrêmement litanique et répétitif, presque tribal, rappelant l’extrémisme sonore du drone et le côté le plus ritualiste de Neurosis, mais étrangement, ce minimalisme musical prend plutôt bien, a contrario de la profusion de sons et d’ambiances indigeste qui plombe un peu les 11 minutes de Transmittal : ce titre est la vraie déception de l’album, il ne décolle pas vraiment: le tout reste trop plat, s’essayant timidement à des expérimentations fumeuses et acides portées par des parties de guitares distordues, des chuchotements lointains et une basse vrombissante, mais les ambiances ne sont pas assez prenantes, le son pas assez épais et immersif, et la sauce ne prend pas vraiment. On pense parfois à une sorte de Neurosis sous valium, ronflant et sans puissance, qui se serait tapé un bœuf avec un groupe de funeral doom lambda avec des relents d’indus noisy et de mauvais ambiant.

Heureusement, le titre final, Jeremiad, lourd, psychotique et fumeux, aux relents de malaise acides et angoissants, nous réconcilie avec le groupe, nous faisant presque penser à Sunn 0)) dans sa lourdeur tellurique et ses vocaux écorchés et maladifs. Un titre définitivement chtonien et rampant, suintant les abysses, lourd et pesant mais pas dénué d’un certain mysticisme et toujours voilé d’une aura brumeuse de mystère.

Bref, voilà un album qui, s’il n’est pas forcément exceptionnel et souffre de quelques longueurs, nous offre tout de même une belle évasion à condition que l’on aime la musique ultra saturée, bruitiste, lourde et hallucinée. Oblique to All Paths peut sembler anecdotique à la première écoute si l’on ne fait pas le douloureux effort de s’immerger dans son univers unique, mais il dévoile ses charmes au fur et à mesure des écoutes et finit par nous offrir un asile névrosé dans les sombres recoins duquel il devient facile de se perdre.

Nul doute en tout cas qu’il plaira aux inconditionnels de musique barrée, dissonante et ritualiste et aux amateurs de substances illicites qui devraient trouver dans ses méandres opaques la bande son originale de leur prochain trip. A savourer, mais avec modération quand même.

Aenaon : Extance

January 10th, 2014 by admin

Aenaon : ExtanceCela fait maintenant un petit bout de temps que la scène grecque a fait ses preuves et s’est imposée comme un vivier de groupes à la personnalité affirmée et à la patte artistique marquée. Emergeant à la fin des années 80 avec des groupes phares comme Necromantia, Rotting Christ ou Varathron, le black metal hellénique s’est rapidement distingué de celui de ses homologues scandinaves avec un art mélodique plus raffiné et empreint d’un romantisme désespéré et noir. Néanmoins, force est de constater que de nos jours, les représentants de l’art noir se font plus discrets au pays de Zeus, et Aenaon fait indubitablement partie de cette jeune génération qui compte bien renverser la tendance.

Formé en 2005, le combo de Thessalie tente de préserver la flamme de ses aînés en y ajoutant des influences plus modernes, et en 2011, il se fend de son premier full length au titre évocateur, Cendres et Sang. Aenaon évolue dans un style black hybride et inclassable, auréolé d’une sorte de modernité déstructurée aux riffs dissonants, sur un fond plus traditionnel, crasseux et morbide (Grau Diva) et lorgnant de temps en temps vers le bon vieux DSBM des familles. Cette symphonie disharmonique est rehaussée par ce sens du riff mélodique et de la beauté noire typique du black grec (on reconnaît notamment les influences des inévitables Rotting Christ tant dans certains riffs que dans ces fameux blasts à la lourdeur quasi mid tempo typiques du groupe, et le début de Closer to Scaffold fait beaucoup penser à On Thorns I Lay) et par un côté rock n’roll qui explose dans certains riffs et rythmiques. On pourrait également parler d’un mélange des deux Shining, le suédois (avec ce côté suffocant, noir, et claustrophobe, ces riffs rampants, et ce goût prononcé pour les refrains à la fois maladifs et catchy, l’influence est plus que flagrante, écoutez donc le début de A Treatise of the Madness of God, ou le très réussi Palindrome par exemple. De même, la voix d’Astrous se rapproche de celle de Kvarforth dans nombre de ses intonations) et le norvégien (avec ce saxophone aux plaintes acides et lancinantes sur des morceaux comme Deathtrip Chronicle, Der Mude Tod ou Funeral Blues). Le tout est encore noirci par un feeling orthodoxe et des riffs hermétiques et dissonants (Deathtrip Chronicle ou Der Mude Tod) qui rappellent parfois les dernières réalisations de Mayhem.

Vous l’aurez compris, sur ce Extance, il y a de quoi faire, et avec ces 11 compos pour un ensemble de 66 minutes, autant dire qu’il y a largement de quoi combler tout fan de black qui se respecte. Si les influences les plus palpables sont celles de groupes comme Shining (les Suédois, quoi que…) et Den Saakaldte, Aenaon pioche allègrement dans tous les registres de black, ainsi, on peut trouver quelques passages plus épiques (on a même des chœurs clairs et des passages lumineux sur le refrain de Deathtrip Chronicle qui feraient presque penser à du Enslaved!), des ambiances de fête foraine macabre sur The First Art et Funeral Blues qui rappellent immédiatement Pensées Nocturnes, ou des expérimentations baroques lorgnant parfois du côté d’Arcturus (le début de Land of No Water, par exemple, ou Der Mude Tod, avec ses interventions vocales théâtrales et délicieusement décalées).

Le tout est guidé par une volonté évidente de proposer quelque chose de personnel et d’innovant, et avec 5 titres dépassant les 7 minutes (le magistral Palindrome, qui clôt l’album, en fait presque 13!), Aaenaon prend le temps de varier ses paysages musicaux et ses ambiances.

D’ailleurs, un titre comme Der Mude Tod mêle parfaitement toutes les influences des Grecs, condensant avec maestria les différentes humeurs et ambiances de cet opus en maîtrisant parfaitement l’art délicat des transitions, et sonne comme un parfait condensé de l’art noir subtil et personnel du combo, savant mélange de Mayhem – avec ce riff à 1,40 minutes sonnant à s’y méprendre comme celui de You Must Fall, ces blasts supersoniques et ces notes dissonantes et noires – d’Arcturus – avec ce côté expérimental, progressif et halluciné et ses voix claires schizophrènes ainsi que encore une voix, des deux Shining, avec ces riffs sombres et torturés et ce saxophone aux notes aigres et insanes.

Si on reconnaît une indubitable volonté de sortir des sentiers battus et de proposer une musique originale, la diversité de cet Extance, qui fait en partie son intérêt, est aussi ce qui fait dans une certaine mesure sa faiblesse : à vouloir trop en faire, Aenaon finit par se disperser un peu, le tout paraît parfois un peu décousu, et force est de constater que l’album est un peu irrégulier et inégal sur la longueur.

Le tout manque parfois de liant et de cohérence et avec ces 66 minutes, les Grecs ont peut-être été un peu trop gourmands, les titres excellents (Der Mude Tod, Palindrome) alternant avec les pistes plus médiocres (un titre comme Grau Diva, très classique, n’apporte pas grand-chose à la galette, de même, Funeral Blues, pas mauvais en soi, est trop décalé par rapport au reste de l’album).

Ceci dit, Extance reste une réalisation très honnête et dévoile un groupe encore peu connu au potentiel plus qu’intéressant. Avec ce second opus, Aenaon vient grossir les hordes grecques d’un sang neuf et indomptable pour partir à l’assaut du ciel, et les demi-dieux que sont Rotting Christ et Necromantia n’ont qu’à bien s’agripper à leurs trônes s’ils veulent conserver leur place au sommet de l’Olympe…

Immortal Bird : Akrasia

January 10th, 2014 by admin

Immortal Bird : AkrasiaImmortal Bird est un tout jeune groupe de Chicago formé en 2013 et qui vient de sortir début décembre un Ep 4 titres de Black death thrash puissant, énergique, et dévastateur. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet oiseau, s’il est immortel, est aussi bien vénère (qui a parlé d’Angry Birds ?), et ce qui pourrait ressembler à de gentils colibris sur la superbe pochette du disque pourrait plus s’apparenter à un mélange de phoenix et d’aigle royal si on s’en réfère à la musique des Américains.

4 titres pour 20 minutes, c’est largement suffisant pour se rendre compte de l’énorme potentiel de la formation : Spiting Teeth démarre avec des guitares sombres et lancinantes très typées black, et évolue en un morceau dynamique aux nombreux changements de rythmes et d’ambiance, passant d’un blast soutenu à des parties plus lentes et écrasantes, et n’hésitant pas non plus à explorer d’autres sonorités plus éthérées avec des guitares aux résonances étranges et inquiétantes ( sur Akratic Seminar, titre de loin le plus posé, on aura même le droit à des parties en chant clair). La voix, tantôt sèche et écorchée, tantôt plus gutturale, fait beaucoup penser à celle d’Angela Gossow, d’ailleurs, fait notable, c’est également une demoiselle, Rae, qui hurle derrière le micro. Il y a une ambiance véritablement sombre qui enveloppe ces 4 titres, le côté black metal est très présent au niveau des atmosphères, même si musicalement, on est loin du minimalisme souvent cher au style, avec une musique vraiment pêchue qui s’apparente plus à un excellent dark metal.

Ashen Scabland démarre sur les chapeaux de roue sur un blast tonitruant appuyant des guitares sombres au feeling nordique, et le titre est sans cesse tiraillé entre black et death, avec des riffs très saccadés et une rythmique véloce. Au bout de 2 minutes, une partie calme et reposante permet de reprendre son souffle et se mue en une montée en puissance mélodique du plus bel effet avant le retour de la déflagration qui revient inévitablement nous achever. The Pseudo Scientist, qui clôt l’EP, nous offre une entame purement death metal, qui, avec l’arrivée des vocaux arrachés de Rae et l’explosion d’un excellent riff blackisant, confère une belle dynamique au morceau. Le titre alterne intelligemment les parties blastées, les riffs syncopées et les breaks brise nuques pour notre plus grand plaisir, toujours auréolé de cette aura noire et malsaine qui séduira tous les amateurs de black.

En résumé, Akrasia est un excellent Ep qui nous présente un groupe très prometteur et une musique qui, si elle n’est pas foncièrement originale, est parfaitement en place. Les morceaux sont puissants, très bien branlés, belle fusion entre le black et le death, enchaînant habilement blasts, breaks, parties plus headbangantes et atmosphériques et ne souffrent d’aucune longueur.

Une chose à dire, si le full length à venir est du même acabit, nul doute que ce sera une belle petite tuerie ! A découvrir absolument pour tous les amateurs de metal extrême qui tabasse intelligemment.