Ou l’essence même du métal

Flaw – Through The Eyes

October 1st, 2008 by joker

Et me voici de retour sur SoM, avec une petite chronique qui annonce l’avènement prochain d’une surenchère d’activité de ma part… :)

Mais bon, mettons de côté toute considération personnelle, et parlons donc de Flaw, centre principal d’intérêt de ce commentaire. Ces quatre joyeux métalleux ont lancé “Through The Eyes” en 2001, et six longues années plus tard il n’a toujours pas la reconnaissance qu’il mérite. Trop complexe ? Trop avant-gardiste ? Trop calme ? Les questions ne manquent pas pour expliquer la faible popularité dont dispose la formation de Chris Volz. Alors, que s’est-il passé ? Eléments de réponse.

Cette galette s’ouvre avec un des morceaux les plus énervés du disque ; amateurs de blast beats, passez donc votre chemin. Il s’agit ici de métal alternatif, intelligent et construit. Attardons nous un peu sur cette chanson, “Amendment”, qui reflète à mon sens le disque dans son intégralité. On s’aperçoit dès la fin de l’introduction, assez évocatrice, que le son est sale, un peu à la manière d’un Korn à ses débuts. La basse est présente, trop peut-être, mais donne du coup corps à tout cet ensemble. Chris Volz, le chanteur, commence d’emblée à brailler dans son micro, et on s’attend alors à quelque chose de déjà vu, à du néo métal fade. Oh ! Si c’était aussi simple… Quelques secondes plus tard, il se met tout à coup à chanter, et le changement de plan accompagnant ce changement de voix nous introduit tout à coup dans un autre univers : du vrai métal alternatif, une magnifique technique vocale, et des idées à la pelle. Impressionnant…

Mais passons à la suite. “Best I Am” démarre très tranquillement, et le restera jusqu’au bout. On perçoit alors l’étendue de la tessiture de Volz, et peu d’entre nous resteront indifférents à cette qualité rare chez un chanteur de métal : une justesse démentielle et un grain de voix chaud et vivant, accueillant l’émotion à cordes vocales déployées. Voilà donc où se situe Flaw : à la frontière entre l’émotion et la violence, entre le frisson et la rage. Il n’est pas donné à n’importe quelle formation de faire le lien entre les deux mondes aussi facilement, mais Flaw s’en tire avec un rare brio, et n’est pas sans rappeler les Portugais de Anger.

Troisième titre, première véritable bombe : “Get It Up Again” est l’illustration même de ce que je viens de dire au sujet des mélanges de genres. Franchement, j’ai peu de choses à dire sur ce morceau, tant six ans après la sortie du disque il continue à me donner autant de frissons. Riffs limpides et incisifs, ensemble ultra cohérent, voix enveloppant le tout, à écouter d’urgence.

“Inner Strenght” est construite sur le même schéma, mais donne une impression de déjà vu. Et c’est là le plus gros reproche que l’on peut faire à cet album : malgré des idées absolument géniales et une qualité musicale indéniable, Flaw peine à varier ses sonorités, et l’accord entre le son très sale des guitares et la voix brûlante de Chris Volz n’est pas toujours du goût de tout le monde. Le cinquième titre, “My Letter” est un peu dans cette optique également, et ne présente pas forcément de nouveautés.

S’en suivent deux morceaux en un, ou plutôt un morceau en deux : “Only The Strong Survive“, d’abord en version acoustique puis en version énervée. La première donc, piano et voix seulement, est magnifique et révèle encore une fois la volonté de trouver des idées originales. Un morceau tout acoustique sur un disque métallique, voilà un fait assez rare pour être relevé. Au passage, c’est là le meilleur titre pour apprécier cette voix qui, au risque de me répéter, est vraiment magnifique. La deuxième version commence par un riff très “Kornesque”, et attaque bien logiquement beaucoup, beaucoup plus fort. Arrivé donc au milieu de la galette, l’auditeur qui pouvait trouver le temps long se voit relancé dans son écoute par ce titre.

“Out Of Whack”, huitième morceau, est décevant et n’offre pas grand chose, mis à part encore et toujours des refrains marquants. On enchaîne sur “Reliance”, rapidement introduit par un gimmick basique, et suivi par un gros, très gros son. Flaw se remet à taper, et Volz ne chantera pas beaucoup sur cette piste, préférant faire chauffer les cordes vocales, ce qu’il ne fait pas trop mal, ma foi. On se retrouve une nouvelle fois relancé dans l’intérêt porté à l’album.

“Scheme” porte le numéro 10 et amène (enfin !) un peu de nouveautés dans les structures adoptées par les quatre Américains. Morceau martelé, haché, pilonné, il vaut largement le détour, avec des changements de structure très intéressants et qui relancent sans cesse la musique.

“What I Have To Do”, planant et lourd, casse la montée en puissance amorcée avec “Only The Strong Survive” et annonce la fin : Flaw n’est pas là que pour gueuler, mais aussi pour faire vibrer. Et bien que ce titre là ne soit pas spécialement génial, le suivant est extraordinaire. “Whole” donc, morceau de clôture, commence par une ligne de basse lourde elle aussi, et les vocalises de Volz attirent l’attention du curieux. Mais où vont-ils avec ce titre ?… Réponse sur le refrain : heu… C’est énorme. La mélodie vous arrachera probablement quelques frissons incontrôlés lors de la première écoute, c’est tout ce que j’ai à dire.

Bon… C’est donc terminé. Petit récapitulatif : Flaw propose un métal différent, dans la grande famille de l’alternatif novateur, alliant un son crade et une voix unique. Cette union n’est pas appréciée de la même façon par tout le monde, mais elle mérite sans doute plus d’intérêt que vous le pensez. Le principal risque est ici l’essoufflement : le groupe a beau posséder quelques idées géniales, on tourne parfois en rond. Heureusement, la structure du disque relance périodiquement l’intérêt, mais l’auditeur moyen mettra sans doute de côté les quelques chansons qui sonnent creux.

Au final, reste une alchimie qui fonctionne plutôt pas mal, voire extraordinairement bien sur les deux ou trois bombes du disque. Finalement, tout dépend de l’approche avec laquelle on attaque l’écoute de la galette : énervée ou musicale. Chacun pourra y trouver son compte, et également s’ouvrir au monde de l’autre. C’est d’ailleurs un autre gros intérêt de cet album, à l’heure où les divisions se font de plus en plus arbitraires entre chaque genre : unir les univers reste une prouesse difficile, un dangereux numéro d’équilibriste, et si l’on garde cette contrainte en tête, Flaw s’en sort magnifiquement bien. A vous de vous faire votre opinion…

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