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Septic Flesh : Communion

April 12th, 2008 by admin

CommunionLe glorieux, le radieux, le solaire SEPTIC FLESH n’est plus. Chacun s’en doutait depuis les résonances déjà cryptiques d’« Esoptron », les prémices décadentistes de « Revolution DNA », puis surtout ce terrible, bancal mais si audacieux « Sumerian Daemons ». « Communion » explore donc la direction tracée, tranchée depuis près de dix ans.

Afin de présenter en quelques mots SEPTIC FLESH, groupe grec anglophone, aux néophytes, je définirai ce nouvel opus comme du Dark Doom Death mélodique, - mais de tous les mélodiques le plus brutal, auprès duquel Opeth passe pour une ballerine, - au sein duquel les instruments d’un orchestre symphonique classique se confondent dans leur jeu avec les instruments électriques et parfois les remplacent, - sans jamais sombrer dans la mollesse ni la démagogie symphonique, simplement, Septic Flesh joue comme une symphonie Metal !

Mais j’avoue d’emblée ne pas retrouver dans cet album, les mélodies symphoniques sublimes des précédents. Les morceaux sont plus fouillés, plus touffus, plus raffinés dans leurs jeux instrumentaux, et pourtant, chaque chanson est moins ambitieuse dans ses gammes, plus rigide dans sa tonalité que jadis. D’autres diront peut-être que la forme se révèle en définitive plus sobre et plus majestueuse, plus ample et peut-être plus subtile…Sur le plan purement qualitatif, « Communion » n’est pas à mon humble avis le meilleur album de SEPTIC FLESH. Toutefois, il mérite amplement l’intérêt de tout mélomane par la personnalité forte qui s’en dégage. Un intérêt toujours ressuscité par deux caractères distincts qui illuminent cet album : le premier purement musical, le second philosophique et atmosphérique.

L’originalité première de « Communion » est en effet cette alliance, cette fusion inouïe entre Metal et musique classique. Entendons-nous : nos Grecs se sont gardé de réaliser un énième album symphonique à grands renforts de claviers ou d’instrumentistes. L’orchestre philharmonique praguois les accompagne, mais n’est pas illusion. Les notes, les mélodies classiques et metal s’imbriquent, se croisent, s’embrassent, se fondent l’une l’autre, créant un nouveau genre. J’avais déjà signalé cette ambition dans mes chroniques des albums précédents du groupe. L’explication en est simple, évoqué déjà sur ma critique (laudative) de « Sumerian Daemons » : « Communion » aussi est le résultat de cette amitié fraternelle qui fonda le groupe.

Sotiris apporte un art très mélodique, très clair et joyeux. Il joue la guitare et prête sa voix aux chants clairs.

Spiros (rebaptisé Seth) est une volonté puissante, violente, pleine de superbe. C’est lui qui est à l’origine du caractère brutal, très extrémiste de la musique, bassiste et chanteur à la voix « dragonesque », j’aime à dire d’outre-gorge, - Death Metal en un mot.

Son frère Christos joint un art atmosphérique et une complexité architecturale qui approfondit et développe l’apport des deux premiers. Compositeur classique, dont le groupe CHAOSTAR est l’expression la plus parfaite, ses influence l’orientent vers la musique classique contemporaine, de Beethoven à?j’ignore qui en passant par Wagner et Carl Orff. Il est le second guitariste du groupe.

Mais là où « Sumerian Daemons » pêchait par un défaut : l’harmonie ratée de ces trois compositeurs, « Communion » réussit ce syncrétisme mystérieux. Probablement est-ce la maturité.

Probablement aussi est-ce dû à la dominance de Christos Antoniou sur cet album. Le précédent appartenait à son frère, Spiros. Les premiers à Sotiris (d’où le caractère plus lumineux, jadis, et qui se retrouve sur son projet solo : AENEOS). Ici, CHAOSTAR est le chef d’orchestre. Je crois que cette direction du triumvirat est à l’origine de la réussite de « Communion » sur le plan instrumental et harmonique. Seul Chris a su lier de manière aussi charnelle la musique classique au Metal. En tant qu’initié à la Grande Musique et metalleux de première, j’y suis fort sensible. J’ose même prétendre que SEPTIC FLESH a réalisé la première vraie réussite du genre depuis vingt ans?

La seconde originalité, ou plutôt caractère, de cet album, est plus philosophique.

Chez SEPTIC FLESH, notamment par l’influence des deux frères Antoniou, - Chris et Spiros, - se dénote une certaine pose luciférienne, telle un mythe chtonien, plein de divinités infernales, aux teintes dominantes de rouge et noir. D’où une atmosphère très sombre dans leurs ?uvres respectives (et plus encore chez Spiros), étonnamment sombre, opaque, sinistre parfois, presque atrocement sépulcrale. Mais jamais triste, ou bien seulement mélancolique. Comme si cette volonté morbide et mortuaire rehaussait l’instinct de puissance et de vie.

« Communion » s’ouvre sur les riffs terribles, écrasants, d’une agonie ; elle convoque le trépassé devant le dieu des morts, Anubis ; la chanson éponyme alterne chants caverneux au sein d’une musique instrumentale atmosphérique, avec le surgissement brutal de ch?urs « plongeants » dans les enrailles de la Terre, dans une atmosphère très angoissante ; s’ensuivent diverses chansons, toutes d’un caractère original : que ce soit l’excellente « Sunlight /Moonlight », l’une des trois dénuées d’instrumentation classique, mais de la facture la plus classique au groupe (on se croirait presque sur « The Ophidian Wheel »), ou bien que glissent les riffs beethoveniens de « Persepolis », le morceau le plus intéressant, le plus innovant, le plus original de l’album. Autrement dit, la Mort ouvre cette symphonie en neuf temps par une Agonie abyssale, traverse en notre compagnie la porte de son royaume, puis nous invite dans les méandres de la Mémoire de notre race (pas au sens biologique, s’entend, mais au sens de peuple, de pères, d’Anciens). SEPTIC FLESH invoque Lovecraft dans les premiers vers de son album, mais l’inspiration me semble plus dantesque que lovecraftienne.

C’est donc à une Communion de l’Homme (le poète musicien : The Dreamlord /L’Onirique) et de la Nature (la Mort), que nous invite le groupe. L’Homme ne prend de réalité, de Chair, que par la Mort. Ainsi seulement peut-il mieux lui imprimer sa volonté, devenue définitivement saine, puissante, charnelle. Mais cette chair est ainsi spiritualisée par le sens de cet Au-delà : elle permet d’entrevoir des infinis. La branche de l’Infini explorée (en partie, puisqu’elle est sans fin) dans cet album est celui de Mémoire, de la Race (non au sens biologique hitlérien, mais au sens de « peuple », d’héritage spirituel). C’est donc à une Communion au sens le plus religieux du terme que nous invite SEPTIC FLESH : à une transsubstantiation.

Et c’est peut-être l’ambition, en tout cas le caractère le plus propre, le plus personnel de SEPTIC FLESH sur la scène Metal contemporaine : ce mysticisme religieux. Les Grecs visent en effet la recherche d’une Somme mystique universelle par les visages d’un syncrétisme inouï de paganismes et de natures différentes, véritable fresque antique et hellénistique.

Ainsi, véritables patriotes du monde orthodoxe, SEPTIC FLESH explore cet Orient préislamique qui le fascine depuis son premier album et auquel il sut rendre explicitement hommage dans « Sumerian Daemons ». Prenons un seul exemple, ô lecteur : la chanson « Anubis », l’une des plus belles de l’album.

« Anubis » est le dieu égyptien antique juge et gardien des Morts. Spiros chante :

« I am proud of what I am

The Gardian of the Dead

Appointed by the Gods

To be their final Judge »

(j’ai cru utile la débauche de majuscules)

« Superbe je suis :

Gardien des Morts,

Désigné par les Dieux

Afin de les juger à la Fin des Fins »

Cela signifie qu’Anubis, Dieu de la Mort, est supérieur aux autres dieux du Panthéon. Il en est l’essence et le dépassement, - supérieur même à cet Amon Râ, dieu du Soleil et dieu suprême chez les Égyptiens. SEPTIC FLESH s’autorise ainsi une interprétation moderne d’un paganisme antique. Je dirais : une interprétation chrétienne orthodoxe (dont nos Grecs se défendraient à coup sûr mais que je soutiens malgré eux).

Ils cherchent une Unité suprême à travers la Nature, au-delà d’elle, mais non en deçà. Car ce dépassement est pour eux charnel : la Nature est la racine du divin, son tremplin. Elle n’est cependant pas ce divin.

D’où cette fascination pour le dieu des Morts, pourtant toujours mineur ou au mieux de second ordre chez les Anciens, chez les Païens (ce qui prouve que SEPTIC FLESH ne l’est pas).

La Mort est la Nature suprême et son anéantissement. Elle est une essence et la Réalité. Ni abstraite, ni concrète : les deux. Elle est aussi le seul moyen de Résurrection dans une période de décadence. Or, SEPTIC FLESH croit à la décadence du monde contemporain. Mais sur cette volonté résurrectionnelle, très christique, cet Éternel Retour d’inspiration nietzschéenne refusant réaction (à quoi bon jouer les nécrophiles ?) et révolution (car la Poésie est Mémoire, non table rase), je me suis déjà suffisamment étendu en mes précédente chroniques relatives au groupe hellène.

SEPTIC FLESH m’apparaît donc ainsi : comme s’il cherchait une essence en brisant le sceau secret qui la conserve. Mais, précaution initiatique et ésotérique, le Dieu est caché en hauteur sous les étages successifs de nombreux dieux, qui sont notre Passé, qui sont notre Mémoire, qui sont nos racines nous guidant vers l’Avenir. Le nom Anubis est sibyllin, comme ce voile qui recouvrait en public les statues des dieux antiques, découverts aux seuls initié : les prêtres. Ai-je eu tort de publier ce secret septic fleshien ?

Conclusion : C’est parce qu’il est très réactionnaire dans les abîmes de son essence que l’Art de SEPTIC FLESH est si révolutionnaire dans ses hauteurs. Je n’ose le prétendre d’avant-garde, car qui oserait suivre SEPTIC FLESH sur ses sentiers vierges ? Qui supporterait d’inhaler si peu d’oxygène sur ces crêtes infinies et dans ces abîmes suffocants…

L’?uvre est difficile d’appréhension, il est vrai. Ce n’est toutefois pas que SEPTIC FLESH soit devenu hermétique depuis « Sumerian Daemons ». Mais il a atteint une telle personnalité, si rare, si élevée, si unique sur la scène Metal, qu’il demande à s’imprégner longuement de son ?uvre afin de la bien comprendre. Que dis-je, s’imprégner ? En être possédé jusqu’à la moelle ! SEPTIC FLESH est un pacte. Sa musique est un véritable luxe aristocratique et spirituel. Sachons l’art de la goûter.

Septic Flesh : Forgotten Paths

July 19th, 2007 by admin

Forgotten PathsIl est des êtres qui, aussi intelligents qu’ils puissent se révéler, n’en seront jamais moins banals que la majorité plus idiote. Lorsqu’ils savent se développer, on parle de talent, parfois immense.

Puis, il est de rares hommes qui possèdent assez de caractère, de personnalité, pour s’offrir le luxe d’idées personnelles. S’ils savent construire leur intelligence, ils peuvent confiner au génie.

Telle semble la promesse de ce « Forgotten Paths (The Early Days) ». Celui-ci contient la réédition de la première démo studio de SEPTIC FLESH, parue en 1990, d’une durée d’une demi-heure, et intitulée « Forgotten Path » (Le Sentier Oublié). L’album est agrémenté de trois titres live à Athènes en 1991, interprétant trois chansons issues de ladite démo. Soit un quart d’heure de durée en plus.

J’avouerai de suite avoir été fort déçu ! Tout au moins par la démo studio. Sa piètre, mais réellement très piètre qualité acoustique sature l’atmosphère auditive. Cette vertu a le malheureux résultat de rendre l’auditeur rapidement autiste.

Et ce repli protecteur du sens de l’ouïe rend immédiatement la critique qualitative plus sévère.

Or, il faut bien reconnaître que l’originalité de SEPTIC FLESH ne se devine encore qu’implicitement sur cette démo. Le style des Grecs découvre naïvement ses influences, qu’il a du mal parfois à épurer à travers son prisme. Les riffs, dans leur débauche de brutalité, possèdent encore un coté très états-uniens, très Tampa, très old school.

Mais j’ajouterai aussitôt que la personnalité, l’originalité future et immense du groupe, se pressent (du verbe « pressentir ») à chaque mesure.

Certes, une impression de brouillon éclate à chaque note. Pourtant, l’agencement structurel des morceaux est déjà unique, très recherché. Plus encore, les mélodies possèdent déjà la qualité de ces riffs magiques et oniriques qui seront la patte du groupe, quand bien même lesdits riffs me paraissent sur cette démo plus scrofuleux que d’outre-tombe. Autrement dit, le caractère musical et poétique me semble plus morbide qu’antique, plus gothique qu’onirique. Et c’est là que l’on sent que les Grecs n’ont pas terminé leurs années de formation personnelle, en tant qu’individus. Cinq années y suffiront, jusqu’au merveilleux « Esoptron » (1995), deuxième album de SEPTIC FLESH. L’évolution n’a jamais été en mal, dans ce groupe étonnant.

Quid des titres live ? Placés à la fin, ils constituent la bonne surprise de l’album. Par la Mort-Dieu ! la prestation énergique du groupe face à un public peu nombreux mais déchaîné, nous renseigne sur la vigueur en Grèce de la scène Metal underground au début des années 1990.

Le seul point noir de « Forgotten Paths (The Early Days) » serait la voix de Spiros. Adolescent de 17 ou 18 ans au moment des enregistrements, il lui est difficile d’assurer cette voix dragonesque (« Dragon Voice ») qui fera sa renommée quelques années plus tard.

« Forgotten Paths (The Early Days) » nous présente donc un génie latent, en formation. Une sorte de brouillon du caractère futur du groupe. Cet album se recommande aux seuls fans.

15 /20 pour les fan-atiques du Seigneur des Rêves (Septic Flesh).

10 /20 pour ceux qui cherchent juste un bon album Death Doom Dark.

Pazuzu : …And All Was Silent

July 19th, 2007 by admin

...And All Was SilentJ’aurais rarement eu l’occasion d’une telle déception.

« And All Was Silent… » est le premier album de Pazuzu, groupe solo de l’Autrichien Raymond Wells, surnommé « Pazuzu ». Mais, à l’inverse des deux albums suivants, par ailleurs excellents, ce premier opus fut composé dans son intégralité non par l’initiateur, chanteur et claviériste du groupe, Raymond « Pazuzu » Wells, mais par le célèbre duo de ses compatriotes Protector et Silenius. En conséquence, si l’on excepte le concept philosophique, dû pour l’essentiel à Pazuzu, les compositions musicales et poétiques de « And All Was Silent… » le consacre officieusement premier album de…Summoning !

Fort d’une telle référence, j’avoue m’être jeté sur cette œuvre comme l’affamé sur le festin.

Puis, cet album fut tout de même composé et publié à la grande époque : en 1994. Or, il y a treize ans, en effet, ce genre musical était rare, et édité à quelques centaines d’exemplaires. Le mépris public envers ce type d’œuvre « classique » laissait présager un ouvrage initiatique, composé secrètement par une élite musicale.

Et la tragédie commença…

Autant préciser dès l’abord que ce disque est inécoutable d’une traite, fut-ce pour les fans.

Le son comme le caractère de la musique semble horriblement, terriblement nasal. Comme si des pattes fines, légères, appuyaient sur le clavier et exprimaient leur forme physique à travers les mélodies. Les notes se succèdent comme engendrées par ces pattes arachnéennes. Aucune harmonie, mais un long débit baveux, filandreux, verbeux, comme une succession de particules oblongues, d’atomes étirés et égarés. Si encore ces atomes implosaient, nous offrant un magnifique champignon musical (atomique), cette musique pourrait se révéler intéressante…

Mais non, rien ! Un ennui exaspérant s’installe dès les premières mesures. On dirait un brouillon juvénile des futurs albums les plus matures de Summoning. Mais est-il convenable de présenter ses brouillons ? Je ne le crois pas. C’est une indécence. Une œuvre artistique et poétique ressort de la vie publique. Un brouillon, de la vie privée. « And All Was Silent… » est une fumisterie indécente.

Pazuzu (ou Summoning) y invite à participer ses amis, et notamment la demoiselle qui y paraît en « guest star » : Empress Lilith. Mis à part sa beauté physique, elle ne fait pas honneur à l’album. Sa voix est correcte sans plus. Son jeu théâtral, d’une très haute médiocrité.

Car la trilogie Pazuzu se présente toujours sous forme d’un opéra, ou plus exactement d’une pièce de théâtre ou bien d’un film joué en musique. Aussi, le choix des acteurs s’y révèle fondamental. Seul Raymond « Pazuzu » Wells nous découvre déjà un grand talent sur ce plan. Mais c’était la moindre des choses.

Bien entendu, quelques mélodies surnagent (sans lesquelles j’eusse noté cet album 02 /20), notamment un tourbillon harmonique étonnant et détonant dans « Beneath the Bowels of the Earth » (Sous les Intestins de la Terre ( !?)) (morceau n°8). Mais le seul intérêt véritable de cette heure musicale est le quatrième morceau, le seul francophone par ailleurs, intitulé « La Baronesse et le Dèmon » (sic) (morceau n°4). Je passe les inénarrables fautes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire imprimées dans les paroles du livret : elles représentent une anthologie du rire. Mais la musique, malgré le peu d’intérêt que présente le fond du texte, est la seule à rester imprimée dans l’âme de l’auditeur. Plus encore, ce morceau est excellent, sa mélodie chantant la tristesse de l’impuissance. Pris en lui-même, je lui accorde un honorable 15 /20. Que n’est-ce tout l’album qui serait de cette trempe !

« And All Was Silent… » se révèle ainsi un album bancal, trop médiocre, trop banal pour attirer l’attention, - si ce n’est de quelques inconditionnels du genre, - et, avare, ne nous offre qu’une perle de cinq minutes sur cinquante-quatre au total.

Forest Of Souls : Contes et Légendes D’Efeandayl

July 16th, 2007 by admin

Contes et Légendes D'EfeandaylVoici un album sorti il y a dix ans. Un album qui m’est cher.

À l’exception du MCD « War And Poetry » (Guerre et Poésie ; les termes se veulent complémentaires, non contradictoires), publié en 1996, « Contes et légendes d’Efeandayl », paru au printemps 1997 est l’unique album, anglophone malgré son titre, du groupe de Black Metal et Dark épique français FOREST OF SOULS.

Je lui accorde un vilain 09 /20. Pourtant, personne ne pourra nier la sincérité profonde du groupe, - authenticité et pureté d’âme qui se sent à chaque note, à chaque souffle. C’en est rafraîchissant que d’y plonger. Alors, quel est le problème ?

La bonne foi ne suffit pas ; encore faut-il posséder la qualité. Et le talon d’Achille de FOREST OF SOUL est là : la qualité des composition et de leur interprétation vocale et instrumentale est médiocre. Non pas nulle ; même plutôt agréable ; mais?indéniablement médiocre. En ce sens qu’elles ne nous guident pas au sublime. Cela ne m’a pas empêché d’adorer cet album à sa sortie : « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », chantait Rimbaud. J’en avais dix-huit et dix-neuf.

Oh, certes, l’idée de« Contes et légendes d’Efeandayl » était originale : il s’agit d’un voyage à travers les contrées d’un monde heroic fantasy, - un monde de rêve créé par les membres du groupe, et nommé Efeandayl. Les personnages évoqués, les héros chantés changent sans cesse. Personne n’avait réalisé cela avant eux. L’idée de mélanger les chants masculins Black Metal et baryton, parfois accompagnés d’une soprano, était, quant à elle, relativement neuve.

C’est que FOREST OF SOUL appartient à une génération qui découvrait le Black et le Dark, et s’amusait chaque jour à y inclure de nouvelles expériences musicales. Les meilleures innovations venaient souvent de groupes obscurs, ignorés. Surgi plus tardivement dans nos contrées, le Black Dark Metal était alors à cette époque un mouvement, libre, jeune, plein de sève et de sang, et non imitatif. FOREST OF SOUL est le type même de ces formations sans grand talent, sans aucun génie, mais auxquelles la sincérité, la spontanéité, donnaient le ton juste, l’oreille adéquate. Ces petits groupes portaient le Black Dark dans leur âme. Tant et si bien que ces« Contes et légendes d’Efeandayl » s’écoutent sans ridicule, et possèdent cette gravité, cette dignité dans l’exécution, qui pardonne toutes les insuffisances.

Et elles sont nombreuses ! Les chants masculins sonnent presque faux ; le chant soprano est tout juste acceptable, à l’évidence trop emphatique, sans joliesse particulière, en un mot : commun ; le niveau d’interprétation instrumentale ne dépasse pas les premiers mois d’apprentissage pour chaque instrument : deux guitares, une basse, une batterie, un synthétiseur (ou clavier, comme on dit).

Les mélodies sont cependant loin d’être exécrables, et une chanson comme « Watchers’ Line », que j’ai connue longtemps par c?ur, est leur chef-d’?uvre, car entraînante tout en développant un caractère épique et tragique qui nécessiterait plus de lenteur chez d’autres. Une volonté de Destin s’y reflète. C’est une chanson pleine d’âme. Les douze compositions de l’album sont, sur le plan technique, assez recherchées, assez longues, peu répétitives. Leur construction, très atmosphérique par les coupures, les absences de riffs, leurs lentes montées, leurs brusques éclatements, évitent l’ennui qu’une rhétorique plus commune apporterait. Le son est assez clair et graisseux, les guitares et la basse alternent de riffs brutaux aux mélodies les plus délicates, parfois joyeuses et plus souvent mélancoliques, toujours puissantes, viriles. Je dois même reconnaître que l’apparition intermittente du clavier, avec ses jeux de piano et d’orgue, et ses cordes discrètes et judicieuses, relève la valeur générale.

Mais alors, quel est le problème ? Il est qu’on se lasse vite de l’album, de ces mélodies médiocres, c’est-à-dire moyennes. Ce qui sauve cet album, justement, est la sincérité de ses exécutants, ce caractère propre, ce goût instinctif enfin, cette personnalité qui exsude à travers les notes. « Contes et légendes d’Efeandayl » est l’un des albums les plus sympathiques, que j’ai connu en quinze ans d’érudition mélomane, s’instaurant par un charme obsessionnel chez l’auditeur. Mais on le quitte à la deuxième écoute ; pour y revenir sans faute six mois après.

En conséquence, s’il ne tenait qu’à mon c?ur de juger, j’accorderais facilement - et en toute iniquité - un 14 /20 à cet album jadis adoré. Adoré pour son atmosphère unique, et son originalité dans les chants masculins et leurs superpositions chorales.

Fans de jeux de rôle à la recherche de bons scénarios et belles aventures heroic fantasy, ou mélomanes curieux d’originalité musicale, ou bien encore blasés désireux de se rafraîchir à une source claire, se doivent de rechercher cet album et de l’écouter et le lire avec toute la gravité due aux ?uvres de quelque intérêt.

Toutefois, s’il ne vous sied pas de claquer votre fric en faveur de quelque curiosité esthétique ; si en outre, votre regard critique embrasse non l’époque de sortie de l’album, mais tout l’horizon musical découvert depuis ; alors, je me dois de vous prévenir, en toute objectivité, que « Contes et Légendes d’Efeandayl » ne mérite pas de retenir votre attention.

Je ne puis ainsi décemment pas lui accorder la moyenne. Et là, j’en pleure?

Septic Flesh : A Fallen Temple

July 14th, 2007 by admin

A Fallen Temple« A Fallen Temple », sorti en 1998, n’est pas officiellement le quatrième album des Grecs de SEPTIC FLESH, mais il le constitue de fait.

L’album se divise en trois parties : « The New Order » (le Nouvel Ordre), puis « Testimonial » (Recommandation), enfin « End.of the Circle » (Fin du Cercle).

« Le Nouvel Ordre », première section de l’album, contient quatre morceaux.

Le premier, intitulé « Brotherhood of the Fallen Knights », et le troisième, « Marble Smiling Face », constituent deux inédites de première qualité, Death Metal mélodique et onirique, plein d’échos lointains, de reflets aqueux dans les harmonies, de cette Joie de l’éternité, qui est une mélancolie discrète et heureuse.

Mais les deux autres morceaux, sont plus?surprenants. La qualité en est par ailleurs tout aussi superbe, sinon supérieure. Il s’agit du deuxième morceau de cette première section, « The Eldest Cosmonaut », et du quatrième, titré « Underworld - Act I ».

« The Eldest Cosmonaut » est le morceau phare de l’album, et peut-être son chef-d’?uvre. L’atmosphère humide, pleinement aqueuse, à laquelle nous avons fait allusion plus haut, se révèle un infini cosmologique, celui de l’espace. Le rythme est de tempo moyen ; les voix masculines et féminines sont claires et étrangement résonnantes ; un clavier de piano et de samples scientifiques y constitue un instrument à part entière ; tandis que la basse accentue la lourdeur et l’oppression d’une atmosphère saturée d’hydrogène, en l’absence totale d’oxygène. Les guitares enfin oscillent en circonvolutions inédites, - mélodies perdues au sein du cosmos. À noter cependant l’absence totale de voix Death. Probablement le morceau le plus original et l’un des plus grand chef-d’?uvre de SEPTIC FLESH.

« Underworld - Act I », quatrième et dernier morceau de cette première section, est un morceau de musique classique contemporaine, très avant-gardiste dans le style. En effet, la musique y est descriptive de l’action, sans sacrifier l’image du Ciel, des rêves. « Underwold - Act I » se veut donc une musique représentative de la vie dans son ensemble, à tous ses niveaux hiérarchiques. Le chant soprano cristallin de Natalie Rassoulis, professionnelle, accompagne dignement les notes, avec les voix masculines claires de Sotiris et Kostas. Les jeux de voix ont par ailleurs extrêmement riches, profonds et variés.

Les paroles des musiques purement Death Metal se réfèrent au Passé. Celles des deux morceaux plus originaux, relèvent de la science-fiction. Mais cette science-fiction permet de se plonger en réalité dans un vertige futur qui ramène à notre Passé le plus antique. Autrement dit, aller de l’avant pour comprendre notre âme humaine la plus ancienne, la plus substantielle.

Je me suis beaucoup étendu dans la description de cette première section : Le Nouvel Ordre. Mais, c’est qu’à travers elle, l’album « A Fallen Temple » (Un Temple effondré) découvre pour la première fois le dédoublement schizophrénique qui poussera le groupe à se scinder en deux entités distinctes : d’une part, le SEPTIC FLESH purement Death et brutal de « Revolution DNA » (1999), de l’autre l’aventurier CHAOSTAR (1999-2004). Avant que le conflit ne se résolve à travers le prisme du dernier album en date de SEPTIC FLESH, le sublime, mortuaire et sélénite « Sumerian Daemons » (2003).

Je passe donc plus rapidement sur les deux autres sections évoquées : « Recommandation » et « Fin du Cercle ».

« Recommandation » est le réenregistrement du Mini Lp « Temple Of The Lost Race » (titre éloquent s’il en fut) qui fit remarquer SEPTIC FLESH sur la scène Metal. Et leur permit la signature en vue de la réalisation d’un premier album.

Les quatre chansons de« Recommandation » se révèlent très brutales, très violentes, - délicieux interlude entre deux sections plongées pour l’essentiel dans ce tempo moyen qu’affectionnait particulièrement SEPTIC FLESH à cette époque. Le son est excellent, puisque le groupe bénéficie des studios de qualité dévolus aux artistes confirmés. Quelques samples, méthode très originale en 1991 (date de composition), agrément ces guitares et cette basse coercitives ainsi que ce chant impérieux, agressif. Les solos s’y révèlent déjà serpentin, s’entrelaçant en permanence jusqu’à l’embrassement fusionnel, lorsqu’ils sont lâchés !

Troisième Section, « Fin du Cercle » referme la boucle commencée à la première section et interrompue par la seconde. Mais elle rejoint « Le Nouvel Ordre » en ce qu’il possédait de plus inédit et original à travers ses deux morceaux.

Le premier est « Underworld - Act II », qui présente toutes les caractéristiques du premier acte déjà décrit.

Puis, en second, l’album se clôt sur une « dark version » de « The Eldest Cosmonaut ». En réalité, la même que la « clear version », mais agrémentée d’un sample de batterie industrielle très lourde et au jeu varié, et d’un chant Death Metal guttural en voix principale. Je trouve cependant cette version moins gracieuse, moins heureuse que la précédente. C’est pourtant elle qui fera l’objet du seul clip vidéo du groupe.

En conclusion, « A Fallen Temple » est un album de Death Metal d’une originalité rare, aveuglante, et, aussi fou que puisse paraître cet adjectif, aqueux, tant l’humidité y semble?spatiale ! À s’y noyer.

Septic Flesh : The Eldest Cosmonaut

July 14th, 2007 by admin

The Eldest Cosmonaut« The Eldest Cosmonaut » est un Mini CD paru à la suite immédiate de « A Fallen Temple », la même année. En réalité, il en constitue un complément, indispensable pour les fans.

« The Eldest Cosmonaut » se décompose en quatre morceaux, qui exposent en quatre actes toutes les facettes musicales du groupe. Mais cet album est un grand mini album, d’une durée de 25 minutes. Il est vrai que les autres albums de Septic Flesh dépassent l’heure.

Le premier morceau de l’album est le titre éponyme, dans sa « dark version », et que j’ai déjà décrit dans ma chronique de « A Fallen Temple ». Le lecteur me permettra d’effectuer un simple copié-collé, me plagiant effrontément.

« The Eldest Cosmonaut » est le morceau phare de l’album. L’atmosphère humide, pleinement aqueuse, à laquelle nous avons fait allusion plus haut, se révèle un infini cosmologique, celui de l’espace. Le rythme est de tempo moyen ; les voix masculines et féminines sont claires et étrangement résonnantes ; un clavier de piano et de samples scientifiques y constitue un instrument à part entière ; tandis que la basse accentue la lourdeur et l’oppression d’une atmosphère saturée d’hydrogène, en l’absence totale d’oxygène. Les guitares enfin oscillent en circonvolutions inédites, - mélodies perdues au sein du cosmos. Probablement le morceau le plus original et l’un des plus grand chef-d’?uvre de Septic Flesh. La « dark version » de « The Eldest Cosmonaut » est en réalité à l’identique de la version claire figurant sur « A Fallen Temple », mais agrémentée d’un sample de batterie industrielles très lourde et au jeu varié, et un chant Death Metal guttural comme voix principale.

Je m’autoriserai le même jeu de copié-collé à propos du deuxième morceau, intitulé « Underworld - Act III ». C’est un morceau de musique classique contemporaine, très avant-gardiste dans le style. En effet, la musique y est descriptive de l’action, sans sacrifier l’image du Ciel, des rêves. « Underwold - Act III » se veut donc une musique représentative de la vie dans son ensemble, à tous ses niveaux hiérarchiques. Le chant soprano cristallin de Natalie Rassoulis, professionnelle, accompagne dignement les notes, avec les voix masculines claires de Sotiris et Kostas. Les jeux de voix ont par ailleurs extrêmement riches, profonds et variés. Les deux premiers « Actes » de cette fresque musicale étrange sont publiés dans l’album « A Fallen Temple ».

Je cesse de me contrefaire à compter du troisième morceau. « Finale » est un instrumental de musique classique, qui oscille entre le caractère descriptif des « Underworld », et la majesté orchestrale, pleine d’orgueil et de splendeur impériale dans la vie. J’oserai affirmer en tant que mélomane chevronné, que« Finale », par ce dernier trait, contient quelques mesures appartenant aux plus belles mélodies qu’il m’ait été donné d’entendre dans ma vie.

Enfin, quatrième et dernière chanson, « Woman of the Ring » avait déjà été publiée en 1996 dans la compilation « Holy Bible » de la maison de disque de Septic Flesh à l’époque, Holy Records. Le chant death guttural de Spiros s’y accompagne de la voix rêche, écharpée, mais claire de Sotiris. Une musique au tempo lent, un Death très mélodique. Le chant semble y invoquer dans une mélancolie infinie le fantôme d’une déesse, Elishanth. Les riffs les plus brutaux y côtoie les pleurs musicaux (imaginez, des larmes Death !). Cette chanson semble plus une épitaphe, un requiem de tristesse, de brumes, de vague à l’âme?De brumes, oui, exactement. Car, seule l’image d’une brume blanche, alternativement dense et légère, s’inscrit dans l’âme de l’auditeur à l’écoute de ce morceau?brumeux. L’intérêt de cette réédition par rapport à la version figurant sur la compilation « Holy Bible » est de l’avoir entièrement remixée (« remastered ») pour en obtenir un son à la fois plus précis, plus limpide, plus argentin, mais aussi plus profond car plus puissant, aux résonances plus riches.

Septic Flesh a ainsi octroyé à ses fans un court album, digne des précédents. Les Grecs nous offrent selon leur habitude une musique damasquinée, incisée de reliefs mélodiques originaux, de traits harmoniques imprévus, et surtout, d’un Art de très haute qualité.

P.S. : Je signale que ce MCD est vendu accompagné d’une cassette VHS contenant le clip de la chanson « The Eldest Cosmonaut » dans sa « Dark Version », et dans lequel on peut voir Septic Flesh jouer, et Spiros Antoniou, Sotiris Vayenas et Natalie Rassoulis chanter, dans un décor sobre et de science-fiction galactique très mystérieux. Un plaisir de l’?il?disponible dans la section vidéo de Spirit of Metal !

Septic Flesh : The Ophidian Wheel

July 8th, 2007 by admin

The Ophidian Wheel« Le Lion ne vole pas, - c’est le grand prosateur ; le poète est l’aigle, - il a des ailes. Mais le grand poète prosateur, c’est le lion de Saint Marc, qui est un lion qui a des ailes ! » (Barbey d’Aurevilly)

Voici le Blason qui me semble parfaitement convenir à cet album ! Qu’entre à présent l’animal héraldique et fabuleux qui décrira le mieux cet album d’oxymore, le troisième de SEPTIC FLESH, paru en 1997, j’ai nommé : « The Ophidian Wheel ».

« The Ophidian Wheel » peut se traduire « La Roue Ophidienne » en français. Du grec « ophis », qui signifie serpent. L’on devine que le Serpent s’y mord la queue, symbole de l’Éternel Retour. Autrement dit, la Roue Ophidienne est une métaphore évoquant le mouvement circulaire, à la fois achevé et en action, de la Vie, de l’Histoire. Les ?uvres graphiques de l’album, réalisées par l’artiste plasticien Spiros Antoniou, bassiste et chanteur du groupe, arborent par conséquent l’éclipse solaire.

Et c’est bien ainsi qu’il faut alors comprendre l’esprit de cet album : union de la Lune et du Soleil, de la Ténèbre et de la Lumière. Un oxymore perpétuel. Une symbiose symphonique des contraires. Ou de ce que nos préjugés considèrent comme tels. Une attaque de nos préjugés artificiels vers l’essence unitaire de la Vie.

Ce prélude philosophique m’a paru nécessaire afin de mieux comprendre l’âme de cet album.

SEPTIC FLESH joue donc un Death Metal unique en son genre. Très original. Très mélodique. Très abordable aussi, fut-ce pour ceux qui n’apprécient pourtant guère ce genre musical.

La voix de Spiros a l’orgueil (reptilien) de se vouloir « dragonnesque ». Le terme ne paraît pas impropre. Quelques chansons s’agrémentent du chant d’une soprano professionnelle, Natalie Rassoulis, à titre d’invitée. Ce n’était pas encore le temps des groupes de Metal à chanteuse. Natalie Rassoulis possède un art qui touche au génie. À l’évidence la meilleure chanteuse « Metal ». À laquelle il faut ajouter le chant clair, quelque peu rêche, de Sotiris, guitariste soliste. Et ces trois chants peuvent être commun, ou en canon !

Mais comment décrire la musique instrumentale ? Toute en arabesque, annelée, pleine de jeux solistes jusque dans la rythmique. Des riffs puissants, omnipotents, interrogateurs, tant à la basse qu’à la guitare. Ils commencent toujours tels une quête, une recherche perpétuelle. Sans jamais perdre un certain équilibre, comme si la recherche se fondait en permanence dans une minute d’éternité.

Une joie explose alors, un paroxysme dans la Grâce. Tout y est ténèbre et lumière. Le Soleil nocturne !

La batterie n’est pas en reste, et son jeu ouvre chaque note « oxymorique », la splendeur de chaque mesure.

Le groupe use peu de synthé, si ce n’est pour quelques interludes très « musique classique », composés par Chris, dans un style proche du descriptif musical, à la Debussy, et sonnant comme un prélude au futur CHAOSTAR.

Les poèmes qui constituent les paroles se réfèrent explicitement à la sagesse (« sophia ») la plus antique. Celle d’une certaine Méditerranée Orientale pré-islamique, helléniste et hellénophone. Les poèmes semblent découvrir des secrets oubliés, des pensées mortes, qui confèrent à l’éternité.

En ce qui concerne l’art de la composition, SEPTIC FLESH est l’enfant de la collaboration absolue des trois membres du groupe. Spiros amène le coté brutal, très extrémiste : caractère indispensable à toute aventure sérieuse, profonde. Son frère, Chris, guitariste, est un compositeur maître de la rhétorique musicale la plus classique : l’harmonie et la majesté naissent à travers son prisme. Sotiris enfin, compositeur principal des mélodies : âme créatrice et philosophique. SEPTIC FLESH est né de ce triumvirat magnifique, dont chaque membre est pilier fondamental de l’édifice. Et le reste encore aujourd’hui.

Je vous laisse l’extase de découvrir ou redécouvrir la merveille enchanteresse nommée SEPTIC FLESH. Toutefois, méfiez-vous de ces mélodies serpentines : elles se révèleront parfois traîtresses si vous vous y abandonnez trop passivement. Mesmérisme, hypnotisme des sens et de l’âme?Il faut être fou pour se fier à un reptile !

Summoning : Stronghold

July 6th, 2007 by admin

StrongholdÉtrange SUMMONIG, groupe autrichien né au commencement des années 1990, qui débuta en 1994 par le très moyen, très bancal « And all was silent? », premier album et ?uvre malheureuse de PAZUZU ; puis accoucha, cinq ans après, sous un autre nom, du superbe « Stronghold ».

Car, si ce n’est le second morceau, très inférieur à l’ensemble, voire le premier un peu trop facile pour n’être pas banal, cet album touche à la perfection. Et nous pesons nos mots !

Sur le plan purement technique, SUMMONING use ici de claviers omniprésents, reléguant en musique de fond les classiques instruments électriques du Metal : guitares et batterie (notons l’absence de basse), qui, à l’inverse des autres groupes de l’époques, servent seulement à rythmer les morceaux. Cette rythmique se révèle d’ailleurs très riche en mélodies. Notamment la si dédaignée batterie, ici souvent à l’honneur, amis batteurs.

Ce sont ainsi les claviers qui guident les compositions, et instaurent l’harmonie électrique.

Mais comment alors exprimer le pouvoir énergique et intense d’un « Stronghold », album qui sait par des claviers évoquer la lourdeur et la puissance des guitares électriques qui l’accompagnent ?

Je crois que l’originalité suprême de SUMMONING est une sorte de « mélancolie martiale ». Une mélancolie du fonds des âges, silence musical de la Paix des Morts. Or, son caractère martial se révèle offensif, très coercitif. Elle paraît appliquer l’antique sagesse romaine : Si vis pacem, para bellum : Si tu veux la paix, prépare la guerre. Mais l’ennemi ici, n’est autre qu’un présent fade et méprisé : celui des vivants ! Aussi est-ce la ruée des Morts Anciens contre les Pâles Vivants. JAMAIS je n’ai entendu cela.

En outre d’une technicité dans les morceaux qui frôle un certain byzantinisme. Mais ce n’est que pour y emprunter une morbidesse vivifiée, « charnelisée » d’une santé toute germanique. Ce qui signifie lourde, froide un peu d’extérieur, et si chaude si l’on pénètre ses frondaisons?Chaude comme la voûte arachnéenne des chênes, hêtres et sorbiers qui hantent ces forêts infinies ! Toutefois, seules les premières minutes de chaque morceau sont créatives, le groupe se contentant par la suite de répéter pour l’essentiel, avec quelques variations, deux ou trois fois le morceau. Mais c’est ce procédé rhétorique qui permet d’approfondir et alourdir l’atmosphère.

Le chant, très Black Metal, très caverneux, semble issu de cet univers sylvestre antique et plus vivant que les Vivants. Une agréable voix de soprano honore seule le cinquième morceau, où les guitares prennent par exception le pas sur les claviers.

Ces merveilles semblent issues d’un soleil nocturne. Et seules les larmes de l’auditeur imprudent, fixant trop longtemps cette lumière difficile, savent encore exprimer l’éclat unique de « Stronghold ».

Il va de soi qu’à ce niveau, nous sommes face à une ?uvre rare, obsessionnelle, qui à chaque écoute me paraît plus chef-d’?uvre qu’à la précédente.

Falkenbach : Ok Nefna Tysvar Ty

July 6th, 2007 by admin

Ok Nefna Tysvar TyQui saura jamais, dans la postérité, ce qu’a pu représenter le Viking Metal pour une certaine jeunesse des années 1990-2000 ?

Qui comprendra le souffle vital qu’un FALKENBACH inspira pour nous ? Cet air de liberté absolue, par là même de virilité et de responsabilité qui s’exhala ? De responsabilité devant les aspérités de la vie.

FALKENBACH, dont le nom signifie « Les ailes du Faucon » dans la douceur gutturale de la langue allemande, est un vent frais et puissant. Son compositeur, poète et membre unique sur cet album, se nomme Vratyas Vakyas, le moine érémitique. Il y a un sens spirituel, dans ce surnom islandais quelque peu…chrétien !

Techniquement, l’instrumentation se contente d’un chant clair, accompagné de black sur le premier morceau, de guitares sèche et électrique, et d’une batterie ; la basse brille par son absence, donnant un coté très rêche à l’ensemble.

Mais quelle est l’âme de cet album, sa qualité distinctive ?

« La patrie est amère à celui qui a rêvé l’empire. Que nous est une patrie si elle n’est pas promesse d’empire ? » Ces mots de Drieu La Rochelle résonnent comme la problématique de l’album.

De fait, la musique, de folklore pur, donc nationaliste, y retentit d’échos infinis comme…la steppe russe conquise par les drakkars ou bien…comme la terreur sacrée des Vikings qui, pleins d’un rêve héroïque et brutal, découvrirent l’Islande, puis le Groenland, et poussèrent toujours à l’Ouest jusqu’au Vinnland (Canada). Trois continents : l’Europe, l’Asie, l’Amérique, jamais assez loin, jamais assez grands, pour ces aventuriers qui méprisaient parfois d’établir de manière durable et définitive leur présence sur le sol conquis. Et qu’importe, d’ailleurs ! Le sang sera toujours assez généreux pour revenir.

C’est cette immensité perpétuelle, inépuisable, qui caractérise le chant de Vratyas Vakyas. Et quelle respiration s’y découvre, malgré une voix aux intonations limitées !

Et quel vent salutaire dans cette musique ! Du vent. D’aucuns se plaignent parfois de « l’ennui » propre à FALKENBACH. Mais c’est que cette musique « souffle » comme le vent. Lequel peut se révéler monotone jusque dans sa puissance. Et est-ce la peine de rêver d’expéditions en drakkars, si l’on déteste le caractère du vent et ses caprices ?

« La sève du monde ne peut passer que par nos racines patronymiques. » (Drieu La Rochelle)

Voilà ce que je considère magnifique chez FALKENBACH : savoir suggérer l’immensité du monde et de son ciel divin par le prisme d’un caractère humain déterminé. Savoir nous apprendre que toute expérience universelle n’est possible qu’à travers ce que nous sommes. Et que nous sommes ce que nos ancêtres nous ont fait. C’est un Destin.

Et c’est ce Destin (« Hamingja » en norrois), jeté à seule fin de son accomplissement, par la volonté et le courage des hommes vikings, à travers les éléments maritimes, que nous conte « Ok Nefna Tysvar Ty ».

Est-ce ennuyeux ? Comme tout périple, l’aventure a ses mauvais moments. Et pourtant, ce sont eux qui permettent d’avancer.

Écoutez le puissant souffle de FALKENBACH : il est réel !

Kalisia : Skies

June 2nd, 2007 by admin

SkiesKALISIA : groupe montpelliérain légendaire de Death prog’ mélodique. Auteur d’un album unique d’une demi-heure en 1996, intitulé « Skies ».

Voici une bien courte biographie. Et pourtant, le terme « légendaire » est à même de susciter toutes les curiosités.

L’album se divise en quatre morceaux, dont le dernier se révèle instrumental dans son entier. Autant préciser cependant que les trois premiers frôlent chacun la dizaine de minutes et sont par ailleurs pour leurs deux tiers respectifs instrumentaux.

Mais quelle variété mélodique dans ces quatre œuvres ! Il y a là matière à dix albums pour tous les autres groupes. Une touche étrangement prog’, plus commune dans une époque qui sortait du Grunge, donne le ton aux notes. Très mélodique, à l’opposé du grind.

Car le détail est si précis ! « Skies » se présente comme une fresque en dentelles d’acier. Fresque pour l’union harmonique, car tous les morceaux s’enchaînent comme une symphonie continue en quatre mouvements. Dentelles d’acier, par la préciosité de la recherche mélodique à travers chaque note.

La musique de KALISIA : intailles ciselées dans un métal dur, puissant, nerveux.

Chaque instrument est un soliste relié aux autres par la cohérence symphonique. Mais pleins de reprises terribles, de montées en puissance surprenantes. Dès lors, « Skies » fourmille de solos de basse (plusieurs), de guitares, solos de batterie et même de bruitages synthé d’une clarté touffue. De fait, KALISIA dose avec opportunité quelques musiques électroniques travaillées par la grâce des touches du clavier, semblables à l’intervention d’un virtuose sur un piano ou un orgue futuristes.

L’efficace vient de ce que le groupe, pourtant doté d’un grand talent, a refusé la facilité. « Skies » est un album accouché. Mais cette souffrance dans la composition n’apparaît heureusement pas à l’écoute : l’ensemble évolue dans une grâce fluide, une puissance voluptueuse.

Car, le grand Charme de cette musique est cette naïveté, ce coté de fraîcheur primesautière jusque dans la ciselure la plus travaillée, la plus sophistiquée.

Oserai-je avancer que ces solos perpétuels, ces rythmiques si variées profusent l’arabesque ? Eh bien, non ! Leur générosité est différente. Car la musique de KALISIA conserve un caractère très original par la rigueur mathématique, ou plus exactement cubique. Peut-être l’art unique de KALISIA peut-il se définir comme l’art d’arrondir et cercler des carrés, des rectangles et des losanges ? Ce sera son titre de gloire face à notre modernité. Nous, enfants des tours rectangulaires et autres buildings inhumains, en avions tant besoin !

J’évoquerai aussi la voix Death si nuancée du chanteur, qui peut, tournée vers le ciel, sonner grave et d’une si rauque douceur, comme se transformer en un grognement presque Black, le menton collé à la poitrine, dans un regard de défi. Quelques rares voix féminines, prosodiques à une exception près, agrémentent l’atmosphère, sans ôter son oppression ou sa joie.

Il faut noter l’exigence qualitative du groupe quant à la profondeur des paroles. Il peut en être fier, et à juste titre. « Tower of Vanities » parle de l’orgueil humain qui ne sait pas se contenir et finit en arrogance stupide contre la Nature ; toutefois, l’Homme y appartenant composant, il perd son âme dans cet oubli, donc sa joie, et ainsi se détruit. « Chimeria » se moque des vaniteuses apparences physiques, mais par là même des modes morales et du vocabulaire y attenant. « Lost Soul » est une chanson mystique, très religieuse. Elle se questionne sur le Destin de l’Homme. Je vous laisse découvrir sa profondeur.

Et qu’ajouter, sinon que « Skies » regroupe une richesse et une variété infinie de sentiments, de sensations, de pensées ? Il y en a pour tous les goûts. L’ambition de KALISIA fut de représenter la vie. Mais la Vie comme une évolution, une quête, un mouvement perpétuel et labyrinthique menant à une conclusion limpide. L’on se sent à l’entendre libéré de saumâtres fantômes. Et pourtant, la quête repart vers d’autres horizons, perpétuelle aventure artistique et humaine.

À sa sortie, cet album créa un traumatisme musical. KALISIA, en une demi-heure, prouvait l’art d’un Grand. Chacun crut alors que KALISIA serait le chef de file d’un nouveau mouvement Metal ! Le groupe a préféré se retirer dans un silence qu’il promet depuis peu seulement de rompre enfin par un nouvel album, intitulé « Cybion ».

[Lequel, entre parenthèses, s'annonce superbe à deux extraits divulgués ; si différent de « Skies », mais dans la même veine. Plus violent et plus raffiné. Parlons-nous de génie ? J'en ai pleuré sur des voix Death Metal ! Par la Mort-Dieu, mais qu'ils le sortent !]

Ainsi, dix ans après, « Skies » est encore cité en exemple, même aux États-unis. Une symphonie Death à écouter les yeux fermés ou en suivant la profondeurs des paroles. À la délicate attention des bourrins raffinés, quelque soit leur genre de Metal préféré.

Vous demeurez dubitatifs, considérez ma chronique trop apologétique ? Eh bien, l’album est téléchargeable gratuitement et légalement dans son entier, sous forme de mp3, sur le site officiel du groupe. Allez-y l’entendre vous-même, si vous ne me croyez pas !

http://kalisia.com/ (pas de triple w en effet)

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