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Septic Flesh : Communion

April 12th, 2008 by admin

Septic Flesh : CommunionLe glorieux, le radieux, le solaire SEPTIC FLESH n’est plus. Chacun s’en doutait depuis les résonances déjà cryptiques d’« Esoptron », les prémices décadentistes de « Revolution DNA », puis surtout ce terrible, bancal mais si audacieux « Sumerian Daemons ». « Communion » explore donc la direction tracée, tranchée depuis près de dix ans.

Afin de présenter en quelques mots SEPTIC FLESH, groupe grec anglophone, aux néophytes, je définirai ce nouvel opus comme du Dark Doom Death mélodique, – mais de tous les mélodiques le plus brutal, auprès duquel Opeth passe pour une ballerine, – au sein duquel les instruments d’un orchestre symphonique classique se confondent dans leur jeu avec les instruments électriques et parfois les remplacent, – sans jamais sombrer dans la mollesse ni la démagogie symphonique, simplement, Septic Flesh joue comme une symphonie Metal !

Mais j’avoue d’emblée ne pas retrouver dans cet album, les mélodies symphoniques sublimes des précédents. Les morceaux sont plus fouillés, plus touffus, plus raffinés dans leurs jeux instrumentaux, et pourtant, chaque chanson est moins ambitieuse dans ses gammes, plus rigide dans sa tonalité que jadis. D’autres diront peut-être que la forme se révèle en définitive plus sobre et plus majestueuse, plus ample et peut-être plus subtile…Sur le plan purement qualitatif, « Communion » n’est pas à mon humble avis le meilleur album de SEPTIC FLESH. Toutefois, il mérite amplement l’intérêt de tout mélomane par la personnalité forte qui s’en dégage. Un intérêt toujours ressuscité par deux caractères distincts qui illuminent cet album : le premier purement musical, le second philosophique et atmosphérique.

L’originalité première de « Communion » est en effet cette alliance, cette fusion inouïe entre Metal et musique classique. Entendons-nous : nos Grecs se sont gardé de réaliser un énième album symphonique à grands renforts de claviers ou d’instrumentistes. L’orchestre philharmonique praguois les accompagne, mais n’est pas illusion. Les notes, les mélodies classiques et metal s’imbriquent, se croisent, s’embrassent, se fondent l’une l’autre, créant un nouveau genre. J’avais déjà signalé cette ambition dans mes chroniques des albums précédents du groupe. L’explication en est simple, évoqué déjà sur ma critique (laudative) de « Sumerian Daemons » : « Communion » aussi est le résultat de cette amitié fraternelle qui fonda le groupe.

Sotiris apporte un art très mélodique, très clair et joyeux. Il joue la guitare et prête sa voix aux chants clairs.

Spiros (rebaptisé Seth) est une volonté puissante, violente, pleine de superbe. C’est lui qui est à l’origine du caractère brutal, très extrémiste de la musique, bassiste et chanteur à la voix « dragonesque », j’aime à dire d’outre-gorge, – Death Metal en un mot.

Son frère Christos joint un art atmosphérique et une complexité architecturale qui approfondit et développe l’apport des deux premiers. Compositeur classique, dont le groupe CHAOSTAR est l’expression la plus parfaite, ses influence l’orientent vers la musique classique contemporaine, de Beethoven à?j’ignore qui en passant par Wagner et Carl Orff. Il est le second guitariste du groupe.

Mais là où « Sumerian Daemons » pêchait par un défaut : l’harmonie ratée de ces trois compositeurs, « Communion » réussit ce syncrétisme mystérieux. Probablement est-ce la maturité.

Probablement aussi est-ce dû à la dominance de Christos Antoniou sur cet album. Le précédent appartenait à son frère, Spiros. Les premiers à Sotiris (d’où le caractère plus lumineux, jadis, et qui se retrouve sur son projet solo : AENEOS). Ici, CHAOSTAR est le chef d’orchestre. Je crois que cette direction du triumvirat est à l’origine de la réussite de « Communion » sur le plan instrumental et harmonique. Seul Chris a su lier de manière aussi charnelle la musique classique au Metal. En tant qu’initié à la Grande Musique et metalleux de première, j’y suis fort sensible. J’ose même prétendre que SEPTIC FLESH a réalisé la première vraie réussite du genre depuis vingt ans?

La seconde originalité, ou plutôt caractère, de cet album, est plus philosophique.

Chez SEPTIC FLESH, notamment par l’influence des deux frères Antoniou, – Chris et Spiros, – se dénote une certaine pose luciférienne, telle un mythe chtonien, plein de divinités infernales, aux teintes dominantes de rouge et noir. D’où une atmosphère très sombre dans leurs ?uvres respectives (et plus encore chez Spiros), étonnamment sombre, opaque, sinistre parfois, presque atrocement sépulcrale. Mais jamais triste, ou bien seulement mélancolique. Comme si cette volonté morbide et mortuaire rehaussait l’instinct de puissance et de vie.

« Communion » s’ouvre sur les riffs terribles, écrasants, d’une agonie ; elle convoque le trépassé devant le dieu des morts, Anubis ; la chanson éponyme alterne chants caverneux au sein d’une musique instrumentale atmosphérique, avec le surgissement brutal de ch?urs « plongeants » dans les enrailles de la Terre, dans une atmosphère très angoissante ; s’ensuivent diverses chansons, toutes d’un caractère original : que ce soit l’excellente « Sunlight /Moonlight », l’une des trois dénuées d’instrumentation classique, mais de la facture la plus classique au groupe (on se croirait presque sur « The Ophidian Wheel »), ou bien que glissent les riffs beethoveniens de « Persepolis », le morceau le plus intéressant, le plus innovant, le plus original de l’album. Autrement dit, la Mort ouvre cette symphonie en neuf temps par une Agonie abyssale, traverse en notre compagnie la porte de son royaume, puis nous invite dans les méandres de la Mémoire de notre race (pas au sens biologique, s’entend, mais au sens de peuple, de pères, d’Anciens). SEPTIC FLESH invoque Lovecraft dans les premiers vers de son album, mais l’inspiration me semble plus dantesque que lovecraftienne.

C’est donc à une Communion de l’Homme (le poète musicien : The Dreamlord /L’Onirique) et de la Nature (la Mort), que nous invite le groupe. L’Homme ne prend de réalité, de Chair, que par la Mort. Ainsi seulement peut-il mieux lui imprimer sa volonté, devenue définitivement saine, puissante, charnelle. Mais cette chair est ainsi spiritualisée par le sens de cet Au-delà : elle permet d’entrevoir des infinis. La branche de l’Infini explorée (en partie, puisqu’elle est sans fin) dans cet album est celui de Mémoire, de la Race (non au sens biologique hitlérien, mais au sens de « peuple », d’héritage spirituel). C’est donc à une Communion au sens le plus religieux du terme que nous invite SEPTIC FLESH : à une transsubstantiation.

Et c’est peut-être l’ambition, en tout cas le caractère le plus propre, le plus personnel de SEPTIC FLESH sur la scène Metal contemporaine : ce mysticisme religieux. Les Grecs visent en effet la recherche d’une Somme mystique universelle par les visages d’un syncrétisme inouï de paganismes et de natures différentes, véritable fresque antique et hellénistique.

Ainsi, véritables patriotes du monde orthodoxe, SEPTIC FLESH explore cet Orient préislamique qui le fascine depuis son premier album et auquel il sut rendre explicitement hommage dans « Sumerian Daemons ». Prenons un seul exemple, ô lecteur : la chanson « Anubis », l’une des plus belles de l’album.

« Anubis » est le dieu égyptien antique juge et gardien des Morts. Spiros chante :

« I am proud of what I am

The Gardian of the Dead

Appointed by the Gods

To be their final Judge »

(j’ai cru utile la débauche de majuscules)

« Superbe je suis :

Gardien des Morts,

Désigné par les Dieux

Afin de les juger à la Fin des Fins »

Cela signifie qu’Anubis, Dieu de la Mort, est supérieur aux autres dieux du Panthéon. Il en est l’essence et le dépassement, – supérieur même à cet Amon Râ, dieu du Soleil et dieu suprême chez les Égyptiens. SEPTIC FLESH s’autorise ainsi une interprétation moderne d’un paganisme antique. Je dirais : une interprétation chrétienne orthodoxe (dont nos Grecs se défendraient à coup sûr mais que je soutiens malgré eux).

Ils cherchent une Unité suprême à travers la Nature, au-delà d’elle, mais non en deçà. Car ce dépassement est pour eux charnel : la Nature est la racine du divin, son tremplin. Elle n’est cependant pas ce divin.

D’où cette fascination pour le dieu des Morts, pourtant toujours mineur ou au mieux de second ordre chez les Anciens, chez les Païens (ce qui prouve que SEPTIC FLESH ne l’est pas).

La Mort est la Nature suprême et son anéantissement. Elle est une essence et la Réalité. Ni abstraite, ni concrète : les deux. Elle est aussi le seul moyen de Résurrection dans une période de décadence. Or, SEPTIC FLESH croit à la décadence du monde contemporain. Mais sur cette volonté résurrectionnelle, très christique, cet Éternel Retour d’inspiration nietzschéenne refusant réaction (à quoi bon jouer les nécrophiles ?) et révolution (car la Poésie est Mémoire, non table rase), je me suis déjà suffisamment étendu en mes précédente chroniques relatives au groupe hellène.

SEPTIC FLESH m’apparaît donc ainsi : comme s’il cherchait une essence en brisant le sceau secret qui la conserve. Mais, précaution initiatique et ésotérique, le Dieu est caché en hauteur sous les étages successifs de nombreux dieux, qui sont notre Passé, qui sont notre Mémoire, qui sont nos racines nous guidant vers l’Avenir. Le nom Anubis est sibyllin, comme ce voile qui recouvrait en public les statues des dieux antiques, découverts aux seuls initié : les prêtres. Ai-je eu tort de publier ce secret septic fleshien ?

Conclusion : C’est parce qu’il est très réactionnaire dans les abîmes de son essence que l’Art de SEPTIC FLESH est si révolutionnaire dans ses hauteurs. Je n’ose le prétendre d’avant-garde, car qui oserait suivre SEPTIC FLESH sur ses sentiers vierges ? Qui supporterait d’inhaler si peu d’oxygène sur ces crêtes infinies et dans ces abîmes suffocants…

L’?uvre est difficile d’appréhension, il est vrai. Ce n’est toutefois pas que SEPTIC FLESH soit devenu hermétique depuis « Sumerian Daemons ». Mais il a atteint une telle personnalité, si rare, si élevée, si unique sur la scène Metal, qu’il demande à s’imprégner longuement de son ?uvre afin de la bien comprendre. Que dis-je, s’imprégner ? En être possédé jusqu’à la moelle ! SEPTIC FLESH est un pacte. Sa musique est un véritable luxe aristocratique et spirituel. Sachons l’art de la goûter.

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