Crionics : Armageddon’s Evolution

Ξ janvier 22nd, 2011 | → 0 Comments | ∇ Death Black, Symphonic Black Metal |

Crionics : Armageddon's EvolutionAvant de changer quelque peu d’orientation et de se focaliser vers une musique plus teintée d’indus et même cybernétique, plus originale et conceptuelle donc, Crionics, c’était avant tout un combo plutôt brutal, très noir et malfaisant, souffrant inéluctablement de ses ressemblances avec les maîtres du black symphonique norvégien, Emperor. Et pour cause, les polonais s’influençaient principalement de ce groupe-ci, groupe dont ils ne pouvaient s’empêcher d’être élogieux…d’où cette ressemblance générale et l’apparition de reprises d’Emperor lui-mêmes au sein de leurs albums. Ce deuxième opus, « Armaggedon’s Evolution », est donc la suite de « Human Error – Ways to Self Destruction », et est un concentré de violence, de noirceur, mais aussi de symphonies Emperor-like, mais en plus inquiétantes…car les thèmes sont de nouveau basés sur l’apocalypse, la déchéance même de l’humain dans son propre monde, et les pièges de la religion, entre autre…un futur sombre et pessimiste en somme.

Côté style, Crionics officie dans un black assez brutal, énergique et très agressif, agrémenté de quelques éléments death, où s’entrecroisent les riffs, les blasts, les saccades mais aussi les chants, alternant entre le chant black et le chant death, des cris terrifiants et puissants comme pris dans un écho pour l’un et des growls caverneux pour l’autre comme le montre bien le morceau « Final Inversion ». En tout cas, tout est réellement bien maîtrisé, carré, et pro, toutefois, il est à noter qu’au niveau du rythme, il y a peu de variations. Ainsi on se retrouve avec un rythme très rapide tout au long de l’album, toujours formé de la même manière. Il est clair que c’est loin d’être mou, mais à la longue, ça en devient monotone. De même pour les riffs, qui perdent de leur saveur au fil de l’opus. Le jeu est bon, mais les mêmes riffs ou techniques reviennent fréquemment, surtout lors des passages un peu plus « posés ». Donc du coup, on ne sait plus trop où on en est dans les titres, si bien qu’on peut penser avoir déjà entendu le même morceau…

Côté ambiance, l’assemblage de ses riffs froids et incisifs et des vocaux abruptes et tranchants comme des lames de rasoir rendent la musique extrêmement lourde, sombre et froide, d’autant plus que le black est plus mis en avant que le death. De ce fait, on se retrouve avec des ambiances maléfiques, un peu futuristes, grâce à la légère présence d’indus comme sur « Arrival of Non Parallel Aeons », mais aussi inquiétantes et apocalyptiques, amenées par une grande partie d’éléments symphoniques aux claviers. Et c’est là où tout se joue. Car sans claviers, Crionics perdrait une bonne partie de son âme. Ici le sympho n’est pas grandiloquent, ni épique, ni guerrier, mais certainement plus majestueux à la manière d’Emperor. Le symphonique est partout, intégré dans chaque compo, parfois plus mis en avant, parfois moins pour laisser place à une agressivité impalpable des guitares. Mais le fait est que ces claviers prennent la part du lion et sont irrémédiablement les maîtres du jeu. Prenez un morceau comme « Armaggedon’s Evolution » et écoutez les envolées aux claviers majestueuses, ou encore « Fff (Freezing Fields of Eternity) », avec ces mélodies terribles et surtout ces chœurs. Et pour couronner le tout, « Chant of Rebel Angels », le seul titre instrumental, est le digne représentant de cette symphonie inquiétante, morbide et apocalyptique, paradée de chœurs et de quelques percussions, où il est tout à fait possible de s’imaginer seul au milieu de ruines, sous un ciel sombre et orageux…

Il est certain que les thèmes sont bien mis en musique à proprement parler, le concept est respecté à la lettre et on s’y croirait réellement. Cependant, cette originalité apparente se retrouve compromise. Car comme je l’évoquais précédemment, l’ombre d’Emperor est bien là et nuit, si l’on peut dire, aux compositions de ce « Armageddon’s Evolution ». Les ressemblances sont assez frappantes, du côté des riffs en effet, mais surtout des claviers et du symphonique. Il est clair que certaines sonorités leur font défauts. Je ne parle pas non plus de plagiat, mais si vous écoutez le « Anthems to the Welkin at Dusk » de nos amis norvégiens, vous comprendrez : mêmes ambiances froides et sombres, même genre d’envolées impériales…d’ailleurs, la reprise de « The Loss and Curse of Reverence » n’aura pas été faite au hasard, bien évidemment, car c’est bel et bien une reprise d’Emperor, et cette reprise ne fait que confirmer leurs influences. Malheureusement, cette cover est en dessous de l’originale. Moins bonne, moins puissante, moins personnelle, les vocaux se retrouvent happés par l’agressivité des guitares et du rythme et par l’impérialité des claviers, si bien qu’ils se retrouvent au second plan et moins audibles.

Enfin, toujours en terme de comparaison, le morceau « Disconnected Minds » se retrouve étrangement avec un passage semblant tout droit venir de « With Strength I Burn » de l’opus « Anthems to the Welkin at Dusk » de ce fameux Emperor. Ecoutez « Disconnected Minds » vers 03 :40, et prenez ensuite « With Strength I Burn » à 04 :47…la mélodie et l’ambiance sont quasi les mêmes et c’en est assez frappant. Le passage de Crionics possède cependant une voix claire, alors qu’on se retrouve avec un chant black dans le passage d’Emperor, cependant il est évident que ce chant clair a été piqué aux norvégiens, qui n’hésitent pas à intégrer ce type de chant dans leurs compos.

Toutefois, malgré cette partie Emperor-like, « Disconnected Minds » reste sans aucun doute un des morceaux les plus intéressants, avec « Black Manifest ».

Tout d’abord, le premier se veut très riche, progressif et complexe au niveau des structures, des harmonies et des riffs. Ainsi on n’a pas vraiment l’impression d’écouter le même morceau au fil de ces cinq minutes trente deux. Les variations de rythme sont de la partie, ainsi que les différentes stylistiques au niveau des riffs, et des ambiances aux claviers. Ainsi à l’intérieur même du morceau, on alterne aisément entre riffings lourds et plus posés, rythmes à tempo rapide et tempo moyen, ambiances inquiétantes et futuristes, claviers symphonique et indus, chants black, death, clair, et chœurs. Une belle réussite, qui aurait pu devenir chef d’œuvre, si l’on peut dire, sans ce passage pris chez Emperor

Enfin, « Black Manifest », un des titres les plus longs par ailleurs, est totalement terrible et efficace. Crionics ne met pas de côté la mélodie, sans occulter la brutalité, et met en avant les parties symphoniques, qui sont, cette fois ci, très grandiloquentes. Les envolées aux violons « synthétiques » foisonnent, accompagnées de solos de guitares maîtrisés, jusqu’à un break, le moment crucial du morceau, la reprise de l’oeuvre très célèbre « Carmina Burana » de Carl Orff. Aux claviers, bien évidemment, avec des chœurs et l’appui des guitares pour guider de nouveau la mélodie. C’est magnifique et très bien foutu, d’autant plus que la suite du morceau continue à mettre en relief quelques parties de ce « Carmina Burana », mais en beaucoup plus rapide, et bien black/death, avec ce chant dévastant tout sur son passage.

Que demander de plus finalement ? « Armaggedon’s Evolution » est un bon album, réfléchi et maîtrisé, doté d’une thématique intéressante, et mis méchamment en musique par un groupe officiant dans un style qui n’est pas non plus ultra répandu (sorte de black death sympho indus en somme)…cependant il souffre de ces linéarités, de la longueur de ses morceaux, mais surtout de l’influence Emperor, qui lui fait perdre en originalité, et c’est dommage…toutefois Crionics ne s’est pas entêté à perdurer sur cette voie et il suffit d’écouter « Neuthrone », l’album suivant, pour témoigner de son évolution et se faire une idée précise de la réelle identité de cette formation polonaise pleine de ressource…

 

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