Orphaned Land : All Is One

Ξ juin 13th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Orphaned Land : All Is OneDepuis longtemps maintenant, Orphaned Land apparaît comme la figure emblématique de l’oriental metal de par son statut de pionnier au tout début des années 90 mais aussi de par son engagement mondial pour la paix dans le monde et l’unification des cultures et des religions. C’est un fait, les Israéliens font partie des rares groupes à rassembler lors de leurs concerts autant de chrétiens, de juifs et de musulmans sans un seul conflit, chacun d’eux étant enivré par un message universel de fraternité et d’égalité. Il faut dire que les albums du quintet sont explicites, de « Sahara » à « El Norra Alila » en passant par « Mabool » sans oublier le petit dernier « The Never-Ending Way of OrWarrior » mettant bien en valeur la patte d’Orphaned Land, à savoir un death prog alambiqué très oriental et chaleureux. Et puis il y a eu une tournée mondiale, une première tournée européenne d’oriental metal aux côtés des Tunisiens de Myrath et des Franco-Algériens d’Arkan (suivant de prêt les pas de leurs amis Israéliens) ainsi que la sortie de la toute première compilation d’oriental metal par Century Media (inspirée par Kobi Farhi lui-même), l’album solo du guitariste Yossi Sassi, une influence certaine auprès d’autres groupes d’oriental metal comme AIM Project ou Sand Aura, l’obtention d’un prix de la paix en Turquie et la nomination au très prestigieux prix Nobel de la Paix…bref, Orphaned Land est partout.

Pour le coup, après la sortie de l’excellent « Or Warrior » (qu’on abrège pour les besoins de la chronique), l’on pensait clairement devoir attendre six ou huit ans avant de retrouver un nouvel album, comme à l’accoutumer. Il faut dire qu’entre « El Norra Alila » et « Mabool », l’attente aura été de huit ans et qu’entre « Mabool » et « Or Warrior », elle aura été de six ans. En vingt ans d’existence, les Israéliens n’avaient sorti que quatre album et au vu de leurs nouvelles occupations, il était normal de ne pas s’attendre à un miracle. Sauf que…ils annoncent moins de deux ans après « Or Warrior » l’arrivée du nouveau rejeton. On est contents et sceptiques à la fois. Est-ce réellement bénéfique ? La musique s’en retrouvera-t-elle changée ? On savait déjà que le virage vers l’oriental pur et dur était inéluctable, au vu de la prédominance d’instruments traditionnels et de mélodies typiques dans « Or Warrior ». On peut alors deviner un tournant vers le commercial de chez commercial.

Eh bien, pour être commercial, ce petit nouveau, « All Is One », l’est assurément. La durée des titres a diminué : finis les longs morceaux de huit minutes et les structures alambiquées. Orphaned Land va ici droit au but avec une durée moyenne de quatre/cinq minutes et des structures plus simples, moins complexes. Les éléments death metal ont disparu : finis les growls et les riffs lourds, on privilégie le chant clair, les choeurs et les riffs plus doux. Finis aussi les titres costauds, on se retrouve avec plus de ballades (« Brother », par exemple). Enfin, on a des éléments orientaux à la pelle. En veux-tu ? En voilà ! Soli, chants et instruments traditionnels, orchestre (choristes, violons et violoncelles) etc…on en a plein les oreilles. On ne pourra pas dire que ce n’est pas commercial du tout mais on ne leur en voudra pas, car le message est très clair : « People should be judged by their hearts and inner sincerity, not their religious beliefs ».

Après le départ du deuxième guitariste Matti Svatitzski, un des membres fondateurs, pour raisons personnelles, c’est le jeune Chen Balbus qui le remplace, un des élèves de Yossi Sassi. L’album n’est cette fois-ci pas produit par Steven Wilson (Porcupine Tree) mais par le groupe lui-même, mixé par Jens Bogren (Devin Townsend, Bilocate, Opeth…) et enregistré dans trois pays différents : Israël, Turquie (seul pays musulman dans lequel Orphaned Land a le droit de jouer) et Suède histoire d’enfoncer le clou : trois pays, trois religions différentes. La pochette mêle habilement les symboles des religions chrétiennes, juives et musulmanes. Et les paroles sont parsemées de termes en latin, en hébreu et en arabe. Jamais Orphaned Land n’aura été explicite quant au message.

« All Is One » s’ouvre à la manière d’ « Or Warrior » avec un éponyme proche de « Sapari » dans la forme, à savoir un titre rythmé et un hymne à la fraternité. Les chœurs, les violons, les guitares orientales et le chant clair de Kobi sont à l’honneur sans oublier les soli de Yossi. C’est très dynamique et catchy mais la batterie est d’une linéarité, quel dommage ! Matan n’aura jamais été aussi peu inspiré. Heureusement il s’améliore sur « The Simple Man », un titre qui maintient le rythme et nous propose des structures bien orientales : les violons s’envolent, les guitares mènent la danse avec les chœurs…mais le final est totalement identique à celui de « Like Fire to Water » sur « El Norra Alila »…

Disons que, metalliquement parlant, on ne peut pas dire qu’Orphaned Land se soit réellement cassé la tête. Ca reste simple au possible, les riffs alambiqués de Yossi nous manquent ainsi que la batterie inventive de Matan, que ce soit sur « Through Fire and Water » avec du chant féminin (Mira Awad et non Shlomit Levy) et une structure de batterie identique à celle de « All Is One », ou « Shama’im ». Les riffs et les beats sont très pauvres, seul le chant très lumineux et chaleureux de Kobi, les orchestrations grandiloquentes et les instruments traditionnels sauvent la donne. On peut même dire que ce sont ces éléments qui prennent toute la place. Les mélodies, en tout cas, restent très belles, il n’y a rien à dire. On est bercés par les chœurs, les paroles en hébreu ou en arabe, les violons très dépaysant ou l’ultra sensibilité de « Let the Thruce Be Known », qui peut être vu comme le titre phare de l’album tant il est touchant.

Quelques titres restent tout de même plus créatifs comme « Freedom », qui aurait pu figurer sur l’album solo de Yossi car il s’agit d’un instrumental mené par les guitares et quelques éléments orientaux (sitars, percussions, orchestres), ou « Fail », un des titres les plus longs et les plus sombres. La narration est toutefois bien trop longue mais elle laisse place à un titre à cheval entre « Mabool » et « Or Warrior », à savoir plus complexe, moins facile d’accès et plus melo death, avec tout de même du growl et des parties claires très belles. « Our Own Messiah » est aussi efficace avec son alternance de parties plus calmes et de parties plus rapides. On n’atteint toutefois pas ce qui avait été fait avec « Mabool ».

Un gros travail a été fait sur les parties orientales, il est clair qu’aucun groupe n’en aura autant apporté, pas même Orphaned Land dans le passé. Ils se sont surpassés. Par contre, l’overdose n’est jamais très loin car trop d’oriental tue l’oriental. Il ne faudrait pas que les Israéliens dépassent les limites du supportable sur leurs prochaines productions. Ca reste malgré tout agréable si tant est qu’on apprécie toutes ces mélodies arabisantes.

« All Is One » (qu’on peut aussi détourner en « One Is All ») n’est pas le bijou que l’on aurait pu attendre mais il risque de marquer l’histoire de l’oriental metal au fer rouge tant il est riche au niveau des éléments folkloriques et symphoniques. Le message véhiculé est de plus très louable et montre très clairement l’engagement de ces Israéliens. Pour ce qui est des parties metal, on sent un certain relâchement : moins de rage et plus de douceur, moins de complexité et plus de simplicité. C’est sûr que c’est plus « in your face » mais il manque les éléments qui faisaient la personnalité d’Orphaned Land : le prog, l’agressivité, la technique et la richesse des riffs.

 

Leave a reply

You must be logged in to post a comment.

  • Index

  • Reviews

  • RSS Spirit Of Metal News