Samael : Lux Mundi

Ξ avril 10th, 2011 | → 15 commentaires | ∇ Dark Metal, Industrial Metal |

Samael : Lux MundiIl est étonnant à quel point la sortie d’un nouvel album de Samael est soumise aux plus grandes interrogations. Les suisses en effet, s’amusent toujours à brouiller les pistes et à confectionner des albums aussi différents les uns des autres. Différents, certes, mais chacun apporte son lot d’ambiances et d’émotions, si bien que chacun est comme un ovni au sein de la discographie de ce groupe atypique, loin de respecter les conventions ou des étiquettes précises. Samael expérimente et va au-delà des codes, et ce depuis le début. Du très black « Worship Him » à l’album de transition « Passage » en passant par l’atmosphérique et arabisant « Reign of Light » jusqu’au très lourd « Above », le quatuor n’a cessé de progresser, évoluant irrémédiablement vers une musique indus, tout en allant aux frontières du nouveau et de l’étrange…

Mais même si Samael sait se faire plaisir et sait utiliser son grand talent en matière de compositions pour concocter des opus si particuliers, les suisses, dernièrement, semblent s’être attirés les foudres de ses plus fervents fans. En retournant vers leurs origines black et en ajoutant le lien manquant entre «Passage » et « Ceremony Opposites », Samael a engendré par mal de déception avec un « Above » linéaire, brutal, plus brouillon et mal mixé, au chant monocorde. Le récent EP « Antigod », dispensable de surcroît, avait encore plus inquiété les auditeurs, ne retrouvant pas la patte que Samael s’évertuait souvent à intégrer dans ses chansons…

« Lux Mundi » arrive donc, jouant semble-t-il avec l’obscurité et la lumière, ces deux antithèses pourtant si belles et bien représentées au sein de ce nouvel opus. La pochette, par exemple, n’est autre que le contraire de « Solar Soul ». Nouveau fruit de Patrick Pidoux (designer s’étant occupé des trois dernières covers du groupe) qui exécute les souhaits du chanteur/guitariste Vorph et créé une série de rayons partant et/ou finissant au centre de la pochette, centre qui n’est autre qu’un oeil, sens ultime permettant de capter la lumière…

Moins cosmique qu’à l’accoutumée donc, mais si représentatif de l’esprit et des ambiances véhiculées au sein de cette oeuvre. « Lux Mundi » est difficile à appréhender tant les atmosphères sombres et les sonorités lumineuses diffèrent de morceau en morceau…un ensemble loin d’être homogène et assez diversifié, inclassable de surcroît…car même si Samael s’est inéluctablement dirigé vers un black indus puissant et aérien, il faut dire que ce « Lux Mundi » se dirige davantage vers un Dark Metal écrasant…

En tout cas, il est clair que nos suisses préférés n’auront jamais autant varié les sons, les intros et les ambiances en un seul album, et c’est ce que l’on remarque immédiatement après écoute. Ce mesclin imprenable, cette tendance à différencier les titres leur donnent une identité, une empreinte musicale bien définies. Toutefois, il semblerait que des Passages de-ci de-là aient été empruntés aux précédents opus, avec ce côté nouveau et expérimental en prime. Ainsi, on peut aussi bien retrouver le côté aérien et froid d’ « Eternal » que le côté impérial et mythologique de « Solar Soul », couplé aux vocaux de « Reign of Light » et à certains Passages lourds et profonds de « Passage »…

Mais le changement reste tout de même quelque peu inattendu. Le rendu est particulier, fort, puissant. « Lux Mundi » est sombre, très sombre malgré ce nom lumineux. Assez sombre pour embarquer l’auditeur dans des contrées nouvelles et abyssales où les sonorités fusent. Les morceaux malgré ce rythme au tempo moyen détiennent une certaine aura et une certaine force. Même si celle-ci est loin d’égaler le côté martial de « Passage » ou « Eternal » entre autres, « Lux Mundi » est doté de riffs lourds et taillants, et d’une voix bien grave et offensive. La basse, mieux mise en avant, accentue d’autant plus cette impression d’obscurité et les claviers atteignent irrémédiablement leur paroxysme en matière de sons et d’effets. Xy nous sort le grand jeu, nous offrant des choeurs, des sons impériaux, d’autres plus étranges et distordus, des violons synthétiques, des nappes aériennes, d’autres plus sombres et j’en passe… Pour le coup, chaque instrument a sa place, nous montrant sa puissance, sa contribution et on est vraiment bien loin du mixage mal fichu et de cet ensemble brouillon sur « Above » où tout était écrasé par une batterie omniprésente et des vocaux monocordes des plus agaçants.

L’album démarre donc en trombe avec « Luxferre », qui semble tirer son intro de celle d’ « On the Rise » chez « Solar Soul ». Un rythme rapide et entraînant, une batterie claquante, des riffs efficaces, un refrain mémorable et des claviers d’une puissance accrue à la manière d’un « Rain ». La suite se veut d’autant plus martiale et tranchante : les riffs s’enchaînent et fonctionnent telles des cisailles, le chant de Vorph n’a pas perdu de son charisme et de son agressivité, les claviers et la boîte à rythme ont une place qui leur est propre. On est donc loin du bordel véhiculé par « Above » mais vraiment plus proche des anciens opus, plus carrés, maitrisés mais aussi émotifs. Si « Let My People Be » et « For a Thousand Years » sont les plus aériens à la manière d’ « Eternal », « In the Deep » reste le plus sombre, écrasant et rageur, avec « Antigod », à l’exception que ce dernier ne possède pas cette fibre ultime et détient malgré tout une linéarité et un léger manque d’inspiration. « Pagan Trance » et son intro synthétique suivie d’accents assez ethniques pourrait faire penser au travail effectué sur « Era One ». « Soul Invictus », fonctionnant un peu comme « Antigod », rappelle les sonorités mythologiques et impériales employées sur « Ave! » dans « Solar Soul ».

Cependant, il y a bel et bien un morceau qui pourrait en étonner plus d’un. « The Truth Is Marching On », la conclusion de l’opus, reste sans doute le titre le plus efficace, grandiose, épique même, et rapide. Après un commencement bizarroïde, qui n’est autre que l’arbre cachant la forêt, la suite, telle une déflagration, cartonne littéralement. Ça blast beaucoup, des Passages sont assez syncopés, les riffs agressifs, le chant furieux et les claviers détiennent de multiples facettes pour un résultat dense et sans répit. Un peu à la “Passage“…

« Lux Mundi » n’est donc pas une déception, mais une bonne surprise. Toutefois, il est si diversifié et emprunte tant aux autres albums qu’on est en droit de se poser des questions sur son originalité. Même si le tout pourrait apparaître assez brouillon, l’aspect expérimental et fort restent bel et bien présents: l’ensemble de l’opus révèle une petite dose de nouveauté.

Alors que l’EP « Antigod » semblait montrer la direction musicale empruntée par Samael, il s’avère, à contrario, qu’elle était d’autant plus flagrante avec le morceau bonus « Architects » sur « Solar Soul », beaucoup plus dans l’esprit. Un retour aux sources donc, plus qu’une évolution, malgré tout doté d’éléments déjà connus et d’autres légèrement nouveaux…

 

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