Nebelkrähe : Lebensweisen

Ξ février 15th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Nebelkrähe : LebensweisenIl faut croire que Target Distributions/Mighty Music sont en train de devenir les Code666 danois car ils partagent la même passion pour les groupes bizarres et sortis de nulle part. Encore une fois, ils nous présentent un ovni mieux connu sous le nom de Nebelkrähe, un quintette allemand originaire de Munich et fondé en 2007. Au départ, c’est dans le death/black metal traditionnel que se dirige les musiciens et c’est quasiment du jour au lendemain qu’il décide d’emprunter le chemin tortueux du progressif et de l’expérimental avec « Entfremdet ». Contrairement aux attentes, ils réussissent leur premier coup d’essai et ont l’honneur de tourner aux côtés de Bethlehem, Negura Bunget, Odem Arcarum etc.

Cette année marque le retour des Allemands avec le nouveau « Lebensweisen » dont le processus d’écriture aura mis deux ans. Mixé et masterisé par Christoph Brandes aux Iguana Studios (Imperium Dekadenz, Necrophagist…), l’opus montre de nouveau une prise de risque de la part de Nebelkrähe qui sort des sentiers battus afin de nous offrir une forme de black avantgardiste. Difficile de poser une réelle étiquette sur les travaux des Allemands tant on sent leur volonté de ne pas être catalogués. Le côté progressif et expérimental se fait très ressentir au sein d’un black metal tiraillé entre parties classiques et parties innovantes. Alors il faut réellement s’accrocher pour tout suivre, car la longueur des morceaux et leur diversité en font un ensemble complexe.

« Versucher » ouvre le bal avec un ensemble plutôt technique. Les riffs ont le monopole ainsi que le chant black criard. On alterne parties rapides / parties plus lentes avec un certain savoir faire, jusqu’à un final rythmé par des soli en tout genre. « Mit Glut auf den Lippen » montre une facette différente, allégée par des guitares acoustiques et un doux chant féminin. L’agressivité du black et du chant écorché détonne complètement avec cette longue introduction, l’élan étant interrompu par un break au violoncelle.

On touche à l’épique digne de ce nom avec « Mut & Demut », dynamique et entraînant. On tend à se dire que l’on revient à la normale, vers un black metal metal plus traditionnel. Jusqu’à ce que l’impensable arrive : du funk. C’est déroutant d’entendre ces touches et rythmiques typiques du style avec un chant black. Ceci fait, on part vers le tribal avec des percussions et une ambiance bien relevée. Et là on se demande vraiment sur quoi on est tombés.

Eh bien, sur un groupe qui n’a pas peur d’intégrer des éléments hors metal dans son black metal. On n’ira pas jusqu’à dire que le mélange va changer la face du monde ni celle du black metal en lui-même, mais il est clair qu’il s’agit d’un ensemble plus innovant que celui du dernier God Seed. Il n’est pas évident d’apporter des comparaisons avec des titres mélangeant le black et le funk, le black et le jazz (« Der Flaneur »), le black et la valse (« Lebensweisen »). C’est assez impromptu, on ne s’y attend pas et en même temps, à force de plonger dans l’album, on se dit, quand un nouveau morceau arrive : que vont-ils nous faire maintenant ? Et même quand des parties « normales » font leur apparition, comme le death/black de « Das Karussell », on se dit forcément que ça ne va pas durer. Et on n’a pas tort…

C’est peut-être un peu trop osé toutefois, on se perd souvent dans ce labyrinthe de sonorités et de style, à l’image de la pochette de l’album où un petit bonhomme se perd dans une multitude de chemins telle une empreinte digitale. D’un côté, cela représente bien le style de Nebelkrähe, qui a bel et bien une identité propre. En cela, son album « Lebensweisen » n’est pas vraiment comparable et sort des sentiers battus. Et c’est ce qui pourrait lui faire du tort. Un opus trop original, un peu fourre-tout au final, guidé par une production sans doute trop clean et un manque d’accélérations et de blast beats. Si on n’aime pas trop ça et qu’on est habitué à la brutalité pure, on s’ennuie, c’est sûr. Mais il ne faut pas mettre de côté le travail passé et le rendu barré qui apporte un peu de piment à l’ensemble. Les curieux et amateurs de bizarreries devraient tenter ce « Lebensweisen ».

 

Asgaard : Stairs to Nowhere

Ξ mai 28th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Asgaard : Stairs to NowhereLa carrière d’Asgaard n’aura pas été de tout repos. Le groupe existe depuis prêt de vingt ans et s’est depuis longtemps présenté comme un vrai ovni, loin de la brutalité et de la force dévastatrice de la scène extrême polonaise. Des débuts dark/doom en passant par un ensemble davantage black, tiraillé entre l’atmosphérique et le symphonique, les Polonais ont eu tout le temps d’expérimenter et de se forger une identité, en s’attirant la présence de Quazarre (Devilish Impressions, Crionics) pour ce qui est du chant.

Après de nombreuses sorties et des signatures chez les fameux labels Mystic Productions et Metal Mind, Asgaard opte pour une autre direction, se dirigeant vers le nouveau Icaros Records et vers un ensemble encore plus avantgardiste. Les musiciens avaient quelque peu mis le groupe de côté, Quazarre étant très actif dans ses autres formations, mais ayant réussi à gérer leur préoccupation, les voilà donc prêt, toujours sous forme de trio, à nous envoyer leur nouveau méfait, « Stairs to Nowhere ».

On ne change pas la tradition, Asgaard confie la production et la masterisation aux frères Wieslawscy du Hertz Studio et les parties batteries au fameux Icanraz (Devilish Impressions, ex-Hermh, Abused Majesty). Tandis qu’Hetzer se charge de tout ce qui est guitare et que Quazarre repend le micro, Flumen s’occupe de tout le reste, que ce soit le grand piano, les claviers et autres orchestrations.

Il n’est pas aisé de décrire la musique d’Asgaard, le groupe s’étant aventuré dans des contrées aussi tortueuses qu’avantgardistes. Leur black metal se retrouve irrémédiablement métissé, devenant ainsi moins extrême et plutôt alambiqué. Il est aussi difficile de savoir s’il en reste quelques traces tant il se retrouve bousculé pour une immensité d’influences. Quazarre met à profit son chant clair dans la majeure partie de l’album, les guitares ne possèdent pas vraiment le côté haineux et sombre retrouvé dans le black metal, et le rythme reste quasiment en mid tempo. Seul « Of Pawn and King » garde la puissance du metal extrême, et encore, avec ce soupçon de chant crié.

Si vous recherchiez quelque chose de vraiment black, passez votre chemin. Par contre, si vous aimez les choses expérimentales et novatrices, dans un univers censé être black, ce « Stairs to Nowhere » pourrait vous plaire. Asgaard ne fait pas les choses à moitié. Il s’inspire du symphonique voire du classique, du trip hop, de l’électro, du post-rock, du jazz et plus encore…de quoi se perdre, à la manière d’un escalier aux innombrables marches.

C’est « Labyrinth » qui introduit l’album, emmenant l’auditeur dans l’étrange dédale de l’esprit d’Asgaard. Ensemble jazzy, avec son piano et ses cuivres, mené par les voix superposées de Quazarre, avant d’accélérer le rythme et proposer une sorte de black symphonique. L’expérimentation rappelle celle du récent album d’Aenaon « Cendres et Sang », qui laissait transparaître des éléments jazz avec un saxophone sur le titre « Suncord ». Ici, on n’en est pas loin.

On continue les expérimentations étranges avec du trip hop et de l’électronique sur « God of the 3rd Millennium » avec sa structure syncopée et mécanique, ses riffs souvent dissonants, et les bidouilles synthétiques. Puis « Irradiance » et « Marionnettes » se lancent sur les terres du black atmo/sympho, pas loin de Sear Bliss ou d’Arcturus pour l’apport du coté cosmique et planant. Les changements de rythme sont assez fréquents et peuvent déstabiliser, cela se poursuivant sur le dernier « Within the Eyes of Angels », encore plus poussé niveau expérimentation, avec Hal de Vader en guest bassiste.

Il ne sera pas facile, pour ceux qui n’aiment pas les métissages, de se retrouver sur cet album de « transgressive post metal » (selon Asgaard). Les influences sont très nombreuses, le chant de Quazarre n’est pas toujours très juste et surtout trop superposé, les guitares manquent de patate, la production reste trop clean. Toutefois, Asgaard a le mérite d’apporter quelque chose de frais, prouvant une fois de plus qu’il est un vrai ovni, autant sur la scène polonaise que sur la scène internationale.

 

Je : Un Royaume de Nuit

Ξ janvier 23rd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Je : Un Royaume de NuitProjet musical de E.z.k (ex-Malevolentia), Je est né courant 2006 en tant que one man band et ce n’est que plus tard que cette formation singulière devient un groupe grâce à l’arrivée de nouveaux membres. Les Bisontins font très peu parler d’eux mais ont le but très précis d’exprimer des sentiments à travers leur musique. En effet, le trio s’inspire principalement de l’homme, de son individualisme, de ses sentiments et de son comportement, afin de mettre en place ses thématiques. Pas pour rien qu’on retrouve assez fréquemment les notions d’urbanisme et de solitude au fil des paroles. Et le patronyme du groupe n’est pas non plus dénué de signification, s’appliquant non seulement à tout personne mais surtout, à l’essence même du trio en question.

Je se met donc à nu avec un premier EP signé chez les Ukrainiens d’Arx Productions. Se dotant d’un artwork sobre et pessimiste, le trio effectue dans un mélange de post-black, de post-rock et de shoegaze, un terme qui apparaît de plus en plus souvent en ce moment et qui décrit la tendance des guitaristes à utiliser des effets et des distorsions, conférant un certain aspect bruitiste. Je essaie de mixer le tout, tout en intégrant des émotions et des sentiments au sein même de ses morceaux, en utilisant le côté mélancolique et torturé du post-rock avec l’agressivité et le côté rêche du black metal.

Inspiré par Alcest ou Amesoeurs, Je essaie tout de même de créer quelque chose de personnel. Ceci étant, on ne peut pas dire que cela soit réussi au plus haut point. Même si la production est tout à fait convenable, il n’empêche que la musique de Je pêche sur plusieurs aspects. La fusion des styles, par exemple. Les alternances sont parfois très maladroites comme sur « Les Mensonges de l’Aube », qui, si pris séparément, nous gratifie de bonnes parties black à la limite de l’épique et de douces envolées à la guitare acoustique. Pris ensemble, on peine cependant à y voir une certaine cohérence, on passe du coq à l’âne, même si on aurait pu comprendre ça comme un changement d’état d’esprit.

« Materiel », quant à lui, arrive à avoir une certaine cohérence et le mix est plutôt bien appréhendé, dans la mesure où les riffs rock et black sont maîtrisés et laissent place tantôt à une voix criarde hargneuse, bien que manquant d’efficacité, tantôt à une voix rock. Cependant, on regrettera ces longueurs et ce manque de punch. Il n’y a pas ce côté catchy qui nous permettrait de tenir bon jusqu’à la fin du titre. Idem sur « La Chûte de l’Être », instrumental et acoustique, mélodique et mélancolique, mais trop long et peu varié.

En revanche, l’éponyme « Un Royaume de Nuit » suffit à lui-même et s’aventure dans l’expérimental tout en nous proposant de très bonnes ruptures, le black se transformant en post-rock ou en minute acoustique. Les riffs distordus et quelques soli font la part belle aux vocaux décharnés de E.z.k et la mélancolie prend le pas sur le côté sombre des compos en général. Dommage toutefois que la batterie soit très mal mixée, son côté rude ne collant pas trop à la délicatesse des guitares.

« Un Royaume de Nuit » ne marque pas et reste encore très approximatif et sec. Je, à travers cet EP, ne semble pas totalement exprimer ce qu’il a au fond de lui, comme si son potentiel était encore enfermé et ne se contentait que de mélancolie ou de sentiments de solitude. Il faudra développer davantage et tenter de se démarquer pour éviter ces relents à la Amesoeurs traînant par ci par là.

 

Smohalla : Résilience

Ξ janvier 20th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Smohalla : RésilienceLe black avantgardiste, c’est un peu le style qu’il ne faut pas prendre à la légère, le style qui tend à nous fait voyager et qui nous propose quelque chose de changeant et de différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre en général. Souvent à la croisée des genres, il est aussi synonyme de découverte et d’émotions, d’expérimentation et de fantaisie. Smohalla ne déroge pas à la règle, prouvant une fois de plus que la France fait partie des pays les plus à l’aise avec le post black.

C’est pourtant sur le label Ukrainien Arx Productions que le trio sort son nouvel opus « Résilience », quelques années après l’enregistrement d’un split avec Immemorial et celui d’un EP en l’honneur de Lovecraft. Ces français restent tout de même discrets depuis leur formations en 2006, faute de pouvoir donner des concerts, le projet ne se destinant qu’au studio. Cependant, Smohalla a de la ressource, et nous l’a souvent montré au sein de ses différentes sorties. « Résilience » est une autre preuve de cette imagination sans faille et de cette envie de nous proposer quelque chose de personnel et de charnel.

Sachez tout d’abord que Smohalla est le nom du prophète indien des rêves et le trio n’a évidemment pas choisi ce nom au hasard. Il représente un certain caractère onirique et psychédélique, représentant le rêve et le pouvoir du subconscient, éléments propre à l’homme et faisant son humanité. L’aspect black metal qui se dégage des morceaux est présent pour souligner un certain côté sombre et tragique dans un ensemble rempli de paradoxes : le matériel immatériel et le grotesque sublimé.

Pour cela, les Français mélangeant habilement le black metal à des éléments cosmiques grâce à des claviers aux sonorités électroniques ou industrielles. C’est surtout l’aspect planant qui ressort, l’auditeur effectuant un voyage au fin fond de la galaxie, pris dans un engrenage spirituel incommensurable. Les inspirations se font ressentir tout le long de l’album, que ce soit Ulver ou Arcturus pour ce qui est de la scène norvégienne. Mais nous pouvons ajouter à cela la noirceur, l’expérimentation et le côté tordu de Blut Aus Nord.

Par conséquent, ce « Résilience » se veut être un album très riche en ambiance, en sonorités cosmiques et psychédéliques. Doté d’une personnalité complexe, il étonne et se veut être le reflet de la vision qu’ont les membres de l’existence, pris entre le réel et l’irréel. Les mélodies se lamentent, s’envolent, se perdent, reviennent et ravivent une flamme si froide, si noire. Smohalla joue avec les atmosphères et les émotions, privilégiant le travail des compositions et la fusion des instruments au détriment d’une puissance destructrice ou d’une certaine agressivité. La musique n’en devient que plus spirituelle et ténébreuse pour un post black fouillé, étudié de long en large et en travers.

L’entrée en matière de « Quasar » bouleverse dans sa façon d’apporter les parties électroniques, soutenues par un piano étrange et par un rythme perturbant. Smohalla nous offre ici la vacuité, l’empire des sens, et la magie, le tout emporté dans une tempête d’éléments tous aussi cosmiques les uns que les autres. Puis, le riff distordu de « Au Sol les Toges Vides » nous propulse vers quelque chose de plus déstructuré et capricieux avant de se démocratiser totalement au sein même du morceau, rappelant Arcturus, tandis que le chant clair et envoûté de Slo fait place à un chant black incisif, qui finalement attirera la colère de parties plus déshumanisées et tordues, les riffs et les choeurs étranges s’occupant de rendre l’écoute plus complexe, avant de nous octroyer de nappes puissantes et envoûtantes aux claviers.

Si « Oracle Rouge » reste dans cette continuité, en poussant le côté tordu à son paroxysme avec ces chants et riffs black disloqués, « Marche Silencieuse » évoque le cosmos et le firmament, tout en gardant cet aspect onirique propre à Smohalla et la conclusion de « Nos Sages Divisent » est liquéfiée par un son continu de guitare et de claviers, avant le vide absolu.

Smohalla nous fait part d’un premier full length ambitieux, éthéré et varié souffrant de son époque, les éléments proposés ayant déjà été entendu chez des formations post black très reconnues. Toutefois, le trio le fait bien et arrive à insuffler à son œuvre une dimension spirituelle et cosmique qui ne peut que nous envoûter, si tant est que l’on soit à l’aise avec les claviers. Une expérience troublante et marquante.

 

Magiska Krafter : Devils Mark on Us

Ξ décembre 10th, 2011 | → 1 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Magiska Krafter : Devils Mark on UsLe changement d’orientation de Skool of Dead et la venue de Satanic Tony (Demorian) pour les parties vocales auront donné lieu à un nouveau nom de scène, Magiska Krafter. Mais avant cela, le jeune indien Waterburner menait de pied ferme son petit groupe, officiant dans un death/black/gothic avec des éléments industriels. Le résultat était expérimental et très inattendu, mais pourtant loin d’être inaudible. Car le talent est bien présent, ainsi que l’originalité et un certain brin de folie.

Le premier et seul EP de Skool of Dead se prénomme « Devils Mark on Us ». Bien que portant un titre des plus répandus, son contenu ne présage pas ce genre d’approche tant on se retrouve surpris par le côté aliéné et résolument étrange des compositions. Même si les quatre titres sont très courts, chacun a sa patte, sa mélodie malsaine et son ambiance glauque et atypique. Les origines indiennes de Waterburner laissent entrevoir quelques sonorités locales, bien que ce ne soit pas toujours flagrants. Mais il n’empêche que les sons et les effets démoniaques sont utilisés à bon escient, pour quelque chose de sombre.

« Demagogue’s Wicked Smile » et son introduction industrielle arrive à mettre en image ce sourire présent dans le titre. Les notes sont répétitives, hypnotiques, les riffs simplistes mais quelque peu raw, et le chant black semble tout droit sorti d’outre-tombe. Un « Hell and Heaven Preaches » prend directement suite, empruntant les mélodies du morceau précédent, mais se dotant non seulement d’un chant grave cadavérique mais aussi d’un chant féminin mystérieux et astral, renforçant un certain aspect gothique.

Au moins, il y a une continuité, rien n’est véritablement décousu et heureusement, on se repère facilement au sein de ces quatre chansons. La dernière, « Cyborg’s Nation Downfall Anthem », rappelle la scène cyber par son côté extrême, expérimental, mécanique, froid et robotique. L’humain a disparu au profit des machines, s’évertuant à jouer une musique arythmique et barrée. Les sons partent dans tous les sens, on peut imaginer un blocage du système juste à la fin avec ce bruit répétitif. Titutitutitutituti. La machine se dégrade, comme l’indique le titre du morceau, jusqu’à son déclin total et une fin subite.

Waterburner a réussi à créer tout un univers, qui bien que particulier, arrive à nous maintenir en haleine jusqu’à la fin. Dommage que la production soit si underground (Salute Records oblige) mais cela peut d’un autre côté renforcer cet aspect sombre et spécial. Un bon EP en somme, signant la fin de l’ère Skool of Dead.

 

Inquisitor (LTU) : The Quantum Theory of Id

Ξ novembre 28th, 2011 | → 1 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Inquisitor (LTU) : The Quantum Theory of IdLe black avantgardiste aura toujours le don de nous étonner, année après année, et ce depuis un bout de temps maintenant. De part son originalité et ses thématiques étranges, il aura toujours su se faire une place et proposer quelque chose de différent, en témoignent certaines formations telles qu’Arcturus en Norvège ou Blut Aus Nord en France.

En Lituanie, ce n’est pas vraiment le cas, non seulement parce que les groupes de black metal se font rares, mais en plus parce que le pagan et la culture locale sont les plus grandes inspirations des groupes de metal du coin. Qui aurait donc pu croire qu’une petite formation de Vilnius arriverait à mettre le feu aux poudres en sortant des sentiers battus ?

Inquisitor fait partie de ces formations culottées désirant mettre le paquet dès le départ en proposant un univers des plus inadapté, sans que cela ne paraisse trop exagéré. Composée de cinq membres, créée en 2002, la bande a plus d’une corde à son arc, en dénotent une certaine expérience musicale et une inventivité sans faille. Pour le coup, Inquisitor, mené par Lord (chanteur/claviériste) se dote d’un concept particulier et inattendu sur le combat entre déterminisme et indéterminisme, ceci mis en avant par des paroles basées sur le combat des paradigmes dans le comportement humain, les divergences entre les deux courants pré-cités, et ce qu’est la réalité. Ainsi, on se retrouve avec quelque chose d’assez théâtral, les quatre morceaux (hormis l’introduction) se découpent en trois parties, la deuxième partie étant en général plus calme que les deux autres. En leur sein, des personnages font leur apparition, tels que Zeroth A, Traveler, l’infini, ou encore ‘Gadget‘, le programme informatique, qu’on peut aussi voir comme un algorithme, histoire de coller au concept. A savoir aussi que ces personnages sont interprétés par le même chanteur, c’est à dire Lord, qui n’hésite pas à jouer les rôles jusqu’au bout, par exemple en prononçant de drôles de lorsqu’il s’agit de ‘Gadget‘. Le pari est osé en tout cas, non seulement ce n’est pas forcément facile de parler le langage informatique mais en plus, cela peut être étrange d’entendre ces termes au sein même d’un black metal mélodique. Enfin on se retrouve avec un livret des plus complets, mettant en valeur ce côté théâtral, notamment avec le listing des personnages au tout début, avec leur ordre d’apparition, mais aussi avec le découpage des parties, des actes si on peut dire, tous portant un nom. Le décor se veut très cybernétiques, des rouages, des machines, la déchéance de l’être humain, bref…rien de bien positif mais vous en conviendrez, Inquisitor ne fait pas les choses à moitié avec un concept pareil.

Il aura en tout cas fallu plus de deux ans à l’album pour sortir chez un nouveau label lituanien Forgotten Path Records. Non seulement la session d’enregistrement aux Thrigger Studios s’est passée en 2008, mais le mastering et mixage s’est fait entre 2008 et 2009, et enfin la sortie officielle s’est effectuée en 2010. Inquisitor n’aura pas perdu son temps, prenant non seulement son temps pour mettre en place les idées et les morceaux mais s’évertuant en plus à rendre ce concept le plus intéressant et riche possible. Le fonctionnement aura été plutôt rigide, étant donné que le quintet a décidé de faire quatre/mouvements, comme dans une symphonie classique.

Pourquoi donc suivre l’organisation d’une symphonie classique ? Tout d’abord pour relever, une fois de plus, le côté théâtral, mais surtout parce que le clavier n’est autre qu’un grand piano. Ce dernier est quasiment omniprésent, agissant en fil conducteur. Puissant, il intervient toujours lors de passages importants, maîtrisé par Lord (pianiste de son état). Ses compositions sont donc riches et virevoltantes (« Die Welt als Wille und Vorstellung » par exemple) et font preuve de technique, notamment lorsque le piano arrive à imiter les riffs, eux-mêmes (« The End of Certainty, Supremum »). Vous l’aurez compris, cet instrument fait partie des pièces maîtresses de la musique d’Inquisitor.

Allons dans le vif du sujet et découvrons ensemble et concrètement la musique d’Inquisitor. Ce « The Quantum Theory of Id » démarre avec une introduction « Infimum » où les seuls sons que l’on peut entendre sont des bruits industriels, un bruit blanc parfois, et une narration prise dans la distorsion d’une radio pour un résultat assez synthétique. Cette narration tente de nous expliquer le concept, même si l’ensemble peut forcément paraître abstrait. Mais les vraies explications se retrouvent avec les quatre morceaux suivants. « Pricipia Mathematica Philosophiae Naturalis » propose un dialogue entre l’algorithme ‘Gadget‘ et le philosophe Zeroth A sur une musique black dotée d’un chant tout ce qu’il y a de plus caractéristique. Les mélodies à la guitare sont difficiles à appréhender (sans pour autant dire qu’elles sont absentes) à cause de leur complexité et de leur côté tordu, symbolique même du crash du programme. Le piano renforce encore plus ce côté alambiqué et étrange, même lors d’accélérations du plus bel effet. Rien de très agressif en tout cas, tout se base littéralement sur la maîtrise et la technique des instrumentations, afin de nous livrer quelque chose de relativement progressif, futuriste et particulier. Pas besoin d’effets sonores électroniques, tout est fait grâce aux guitares et au piano et lorsque les pauses apparaissent, ces dernières ne peuvent que soulever cet effet de combat entre deux avis bien opposés.

Les morceaux sont très longs (plus de neuf minutes en général) et cachent leur dose de mystère, d’ambiances et de surprise. « Corpus Hermeticum » et son ensemble bien black jouit d’une excellente progression, mise en lumière par de très bon riffs, une bonne panache, un chant torturé, et une atmosphère sombre et dramatique instaurée par l’apparition du piano en duo avec les guitares. Après la pause, propre à chaque titre, tout se dote d’un grain de folie supplémentaire, pour nous octroyer d’atmosphères black typiques avant de passer aux mélodies tordus aux consonances death et à une fin en apothéose.

« The Quantum Theory of Id » prend tout son sens lors de son écoute intégrale, chaque titre étant la continuité de l’autre, histoire de nous narrer les événements liés à cet affrontement déterminisme/indéterminisme. Jouissant d’une production et d’un concept musical en béton, cet album pourra sans doute en réconcilier plus d’un avec l’avant-garde, tant l’œuvre livrée ici est riche et maîtrisée, de bout en bout. Complexe et bien ficelée, elle embarque l’auditeur dans un univers particulier mais recherché, offert par un combo privilégiant la qualité à la quantité. Une très bonne découverte , pour le moment disponible sur le site du label Forgotten Path.

 

Ram-Zet : Intra

Ξ décembre 7th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Ram-Zet : IntraTroisième et dernier volet d’une trilogie prometteuse basée sur la schizophrénie et l’emprisonnement spirituel d’un homme en quête d’une certaine salvation, « Intra », présenté par un quintet totalement déjanté et original nommé Ram-Zet, propulse l’auditeur à l’intérieur même d’un esprit malade et perdu, et ce, au travers d’une musique étrange, dont on ne saurait vraiment expliciter le genre.

En effet, cette formation norvégienne a toujours pris l’habitude de brouiller les pistes en nous proposant une musique allant aux confins de nos attentes. Black, bien évidemment, mais résolument avant-gardiste, tant les sonorités, les ambiances mais aussi les styles fusionnent, créant une originalité imparable et sans faille.

Ainsi, pour mettre en avant cet ensemble schizophrénique et effrayant, le groupe n’hésite pas à mélanger les instruments et les vocaux, histoire de pousser à son paroxysme ce côté dérangeant. Les riffs des guitares sont pour la plupart très tordus, saccadés par moment, et s’éloignent en général des traditionnels riffs black pour nous faire découvrir des harmonies toutes aussi sombres et étranges les unes des autres.

Alors que les claviers tiennent une place secondaire dans la majeure partie des titres et plantent le décor, les vocaux, eux, sont totalement indispensables et sont les principaux créateurs de cette atmosphère malsaine et paranoïaque. Les voix vont donc en général par deux : celle du guitariste Zet et de la chanteuse Sfinx. La première est donc une voix black bien puissante et inquiétante, maîtrisée de main de maître par un gars qui n’hésite pas alterner les timbres, passant du grave à l’aigu et ne pouvant s’empêcher d’y provoquer quelques tremblements, mettant en avant cette peur impalpable régnant au sein de cet album. La deuxième est une voix féminine claire assez perçante, pouvant déranger par moment tant elle semble inappropriée à l’ambiance principale. Mais elle agit comme une « conscience » ou comme une double personnalité que possède le personnage principal, cette sorte de part saine de lui-même lui donnant une certaine raison de relativiser. Quand les deux voix se mélangent, le rendu est pour le coup très bizarre mais extrêmement bien foutu, si bien que l’auditeur ne peut que penser à ce schizophrène essayant tant bien que mal de s’en sortir…

Ram-Zet ne peut pas être présenté sans évoquer une seule fois le violon, instrument atypique qui ne sert nullement à ajouter une quelconque part de symphonie dans les compos. Bien au contraire, cet instrument renforce davantage ce côté dérangeant, car il s’imbrique souvent là où on l’attend pas. Les notes que l’on entend de lui sont toujours très étranges et collent parfaitement à l’ambiance. Même si les envolées peuvent être majestueuses, elles restent en général très simples et vectrices d’un « mauvais » enchantement hors du commun. On pourrait même dire que ce violon remplace les solos de guitares, trop rares malheureusement…

En tout cas, il est clair qu’il y a bien un trio de titres reflétant parfaitement ce « Intra » époustouflant, un trio qu’il faut absolument mentionner.

Le premier titre, « The Last Thril » démarre sur les chapeaux de roues avec une intro aux riffs saisissants et efficaces, suivis de samples électroniques étranges et modernes. La voix black domine ensuite, suivie du chant féminin posé sur des riffs répétés et hypnotiques et accompagnés de mélodies lugubres pour enfin arriver à une outro déjantée, violon et sons de cloches en tête, histoire de happer l’auditeur dans ce monde de folie. Un titre horrifique à la limite de l’horror metal et du gothic metal, original et déroutant, aussi bon sans aucun doute que « Left Behind As Pieces », percutant, misant énormément sur les vocaux tremblotant et criards, les riffs endiablés, furieux et partant dans tous les sens, mais aussi cet orgue lugubre aux refrains, suivi de près par un break au violon particulièrement dérangeant. Un côté dérangeant accentué d’autant plus par un duo entre cet instrument et le chant féminin, qui se confondent et nous mettent mal à l’aise. Mais il faut le dire, c’est totalement énorme.

Cerise sur le gâteau, « Born » se veut être l’apothéose de l’album, le morceau le plus réussi, le plus abouti. Dynamique à souhait, l’enchaînement entre toutes les parties est totalement bien maîtrisé et déroutant. D’un début corsé, hargneux et résolument addictif, où les vocaux s’alternent sans soucis et où les claviers et riffs inquiétants nous entraînent dans les bas fonds d’un univers maladif et en perpétuel changement, l’auditeur doit se préparer à ce break au violon dérangeant et à une fin inattendue, passionnante, le paroxysme, la libération de tous les instruments, la puissance incarnée et la montée en crescendo : un final fort en émotion, grandiose, bref, du grand art.

Ce « Intra » clôt donc la trilogie comme il se doit. Cet album est résolument original et déjanté, à l’image même de Ram-Zet. Plusieurs écoutes sont toutefois nécessaires pour bien s’imprégner des compos et de l’atmosphère générale, car rien n’est à prendre à la légère. Les titres sont longs et reflètent parfaitement cette richesse et cette complexité des structures au sein même de l’opus. Une pépite époustouflante pour tout amateur de metal aliéné.

 

Arcturus : Sideshow Symphonies

Ξ octobre 7th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Arcturus : Sideshow SymphoniesLe froid…le cosmos…les ténèbres…s’envoler vers des contrées lointaines et étrangères, perdues, dans un monde dépassant notre imagination…découvrir les infinités d’un univers chaotique…se laisser tenter et finalement plonger dans un ensemble mystérieux…rêver…embarquer…ne plus revenir…

Autant de termes bien obscures et pourtant révélateur d’un groupe unique…Arcturus

Portant le nom d’une des étoiles les plus brillantes après Sirius, située dans le prolongement de la queue de la Grande Ours, ce groupe norvégien si atypique, après une « Masquerade Infernale » astrale, aliénée et jouissive, et un « Sham Mirrors » terriblement cosmique, remet le couvert trois ans plus tard en sortant leur ultime œuvre, leur ultime conte astral, « Sideshow Symphonies ».

Signé chez Season of Mist, le combo perd le chanteur Garm pour récupérer le désormais très célèbre Simen (Vortex bien sûr dans Dimmu Borgir ou Borknagar…), qui avait déjà fait quelques apparitions sur « La Masquerade Infernale ». Intégré pour de bon au groupe pour ce dernier monument, ce changement de line up leur est décidément très profitable, car, et il faut le dire, le chant de Simen, si particulier et angélique, apporte sans aucun doute beaucoup plus de profondeur et s’imbrique parfaitement aux compositions. Véritable élément distinctif, il est d’autant plus diversifié qu’excellent, le chanteur n’hésitant pas à aller aussi bien dans les aigus que dans les graves, à murmurer, ou à s’adonner à un certain type de chant black, comme on s’en aperçoit à la fin de « Hibernation Sickness Complete » ou au tout début de « Shipwrecked Frontier Pioneer ».

Ce chant est le premier élément embarquant l’auditeur dans des méandres lumineux et enivrants au sein de cette obscurité et de cette froideur impalpables. Je n’imagine même pas ce « Sideshow Symphonies » sans Simen. Bien sûr, Arcturus a déjà pu faire sans lui, « La Masquerade Infernale » étant bien évidemment l’album de référence, devenu culte dans le domaine du black dit avantgardiste, mais pour le coup, les compos de cet opus ont comme été taillés sur mesure pour coller parfaitement avec un chant clair relativement posé, maîtrisé jusqu’au bout et vraiment, comment dire…

Etrangement je ne trouve pas les mots pour décrire son timbre de voix ainsi que les gammes qu’il peut atteindre aisément. Car il est incroyable de s’apercevoir à quel point il joue avec son organe d’une manière très simple. Tout lui semble si facile…si « Nocturnal Vision Revisited » ou « Daemon Painter » semblent être les exemples les plus frappants, « Evacuation Code Deciphered » en est un autre non négligeable. Lors des premières minutes, Simen débite ses paroles en passant d’une octave à une autre. Lors des dernières secondes, a contrario, il termine magistralement en decrescendo…Pour ce qui est des murmures, je vous renvoie vers « Hufsa », totalement chanté en norvégien. Dans cette langue si particulière, en plus de changer de l’ordinaire, ces quelques murmures donnent un tout autre style à ce morceau final, clôturant l’album de manière unique et sereine.

Il est de plus bien agréable de s’apercevoir à quel point les vocaux de « Daemon Painter » sont aériens mais tout aussi froids. On navigue de notes en notes, ce va et vient continu est totalement enivrant et déroutant, apportant justement le type d’atmosphère qui se dégage en permanence de l’opus…

Simen mise tout particulièrement sur la superposition de sa voix, donnant plus de relief, d’imbrication avec les ambiances froides et planantes, et de profondeur. Sur « Hibernation Sickness Complete » par exemple, cette superposition annonce un certain changement de partie mais aussi de rythmes à l’intérieur du titre. Dans « Shipwreck Frontier Pioneer », il met l’accent sur un élément important du morceau, une sonorité, un mot, une phrase…Bon certes, ce n’est qu’un effet propre à l’enregistrement studio, mais qu’il est bon d’entendre cet angélisme plutôt rarissime dans le domaine du black…

Toujours au niveau des vocaux, un chant féminin disons « divin » s’incorpore dans deux morceaux. D’abord, « Shipwreck Frontier Pioneer » encore, où cette voix magnifique accompagne un rire mesquin de Simen et, comme un écho, part dans des aigus magnifiques le temps de quelques secondes. Et enfin dans « Evacuation Code Decipher », arrivant dans la deuxième moitié du titre, en total duo et osmose avec notre cher Simen. J’ai rarement entendu un tel duo, aussi magnifique et prenant, irrémédiablement rempli d’émotion.

Comment ne pas rêver avec un tel chant…sortez de vos torpeurs, de vos angoisses…et écoutez…laissez vous bercer…laissez vous imprégner des ambiances et de cette musique si…

Cosmique…

Outre un chant planant, l’autre moyen de faire transparaître cela, c’est bien d’incorporer des claviers…

Ils ont toujours eu de l’importance dans les compositions d’Arcturus. Depuis l’époque d’ « Aspera Hiems Symfonia » où l’ensemble se voulait plus symphonique, en passant bien sûr par « La Masquerade Infernale » pour entamer un passage du côté astral, jusqu’au fameux « Sideshow Symphonies ». Là aussi, je n’imagine pas écouter cet album sans claviers, c’est décidément impossible, car ce sont bien évidemment les seconds éléments primordiaux de l’album, transportant l’auditeur dans un autre monde, dans une infinie sombre et froide…tout simplement, l’espace…derrière cet instrument essentiel se cache Sverd, principal compositeur et excellent musicien. Sa prestation est impeccable, les effets sont multiples, les fonds d’ambiances magnifiques, les styles variés. Si parfois on se retrouve avec des sonorités d’une nature plus symphonique comme sur l’instrumental « Reflections », on peut aussi avoir à faire à quelque chose de plus électronique sur « Nocturnal Vision Revisited », de plus typiquement black sur « Hibernation Sickness Complete » ou « White Noise Monster », ou dans une veine ambiante comme sur « Daemon Painter ». De plus, l’apparition du piano sur certains morceaux renforcent ce côté astral et quelque peu gothique par moment. Mais des lignes plus obscures et terribles peuvent aussi apporter un côté inquiétant, comme sur la fin de « White Noise Monster » ou une petite partie de « Moonshine Delirium ».

Finalement, avec tous ces effets et sonorités, on ne peut qu’être emportés…ça fonctionne bien…c’est magique…terriblement glacial…et ça prend aux tripes…

Je n’ai pas encore parlé des guitares et là je pense que vous devez vous dire qu’après tous ces fameux éléments dit « essentiels », ces fameux instruments à corde ne doivent pas être mis en avant et donc, passent au second rang…

Et bien détrompez vous, parce que pour tout vous dire, tous les instruments de cet album sont relégués au même plan, et donc, aucun ne domine l’autre. Même si chacun a plus ou moins un rôle qui lui est propre, on ne peut en supprimer un sans l’autre. Une suppression d’un instrument dénaturerait totalement les compositions, on y perdrait une importance capitale, l’âme, en quelque sorte de l’album…

…et les guitares font partie de ce tout si homogène et harmonique, solidifiant cet ensemble en béton armé.

Alors même si, oui je dis bien, même si sur certains morceaux ça semble être assez simpliste, méfiez vous des apparences…les riffs ne sont pas choisis au hasard, ils ont au contraire un sens, une bonne raison d’être placés à tel endroit, d’être d’un certain type…primordiaux, ils entraînent l’auditeur vers des atmosphères bien déterminées, telles que je les ai énoncées bien plus tôt. La plupart du temps donc, ces riffs sont sombres et ténébreux, en total contraste avec un chant lumineux, comme je l’ai précédemment dit. Des riffs obscurs et étranges sur certaines pistes, notamment « White Noise Monster », d’autres plus tordus à l’instar de « Hibernation Sickness Complete », plus continus et intenses à la manière de « Shipwrecked Frontier Pioneer », ou plus tranchants et agressifs sur « Nocturnal Vision Revisited ». Mais on ne peut toutefois s’empêcher d’apprécier ces guitares si particulières, et de savourer cet étrange solo de fin sur « Hufsa »…au final, rien de tel pour de nouveau refroidir l’atmosphère, mais décidément ! Tout est fait pour … eh oui que voulez vous…un album glacial, planant et sombre se doit de posséder tous les atouts pour le rendre comme tel…

La basse manque à l’appel au niveau des guitares. Je ne vais pas revenir sur le fait qu’elle est aussi très importante et dès l’ouverture de l’album, ça s’entend. Bien mise en avant, ses lignes sont parfaitement audibles, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Elle assombrie et ajoute beaucoup plus de lourdeur aux compositions, d’autant plus qu’elle est assez axée dans les graves (très graves…).

Alors on se retrouve avec un rythme tenu par cette basse et une batterie tonique mais souvent calme, voire lente. Car ici, niveau rythmique, on ne fait pas dans la rapidité, ni dans l’agressivité, à l’exception de quelques morceaux où le rythme s’accélère. Mais globalement, pour respecter cette ambiance cosmique et donc planante, on garde quelque chose d’apaisant et d’atmosphérique.

La musique est donc astrale mais le groupe aborde fièrement des thèmes bien particuliers et tout aussi en rapport avec ce dont il joue. Outre cette pochette qui ne peut que faire penser au ciel étoilé, Arcturus s’empreint d’une volonté de découvrir des confins cachés et lointains, et de partir à la découverte de l’univers et ses secrets. Les paroles en sont totalement significatives, ainsi que le nom des titres, plongeant alors l’auditeur dans une dimension intellectuelle mais aussi spirituelle bien atypique. Ainsi « Shipwrecked Frontier Pioneer », la pièce maîtresse de l’album je l’avoue, raconte le « naufrage » d’un vaisseau spatial transportant des voyageurs, mais pas n’importe lesquels : les membres d’Arcturus. Et là tout devient alors plus clair, surtout avoir pris connaissance du livret, où chaque membre n’est pas désigné par sa fonction dans le groupe (c’est-à-dire guitariste, ou bassiste) mais bien par sa fonction au sein d’un vaisseau (traducteur, médecin, pilote…). Façon original d’appréhender les choses et de nous embarquer (et le terme est tout à fait exact) dans un cosmos inquiétant et peu rassurant. « Daemon Painter » raconte donc l’errance dans le noir et le froid de ces membres, « Moonshine Delirium » leur aliénation (d’où les riffs étranges)…

Enfin, pour donner cette impression de rêve et de constance, monter que le temps devient alors dissolu, que tout est immatériel, que notre corps et notre esprit sont transportés dans un ciel opaque et léger dans lequel rien n’existe réellement, les morceaux sont en général longs et loin d’être linéaires. Dans une tendance progressive, les structures varient régulièrement, et les magnifiques mélodies en arrière plan renforcent cette espèce de flux qui nous traverse irrémédiablement. Le seul conseil que je peux vous donner pour vous sentir d’autant plus transporté et bien sûr « embarqué », c’est d’écouter ça dans le noir et si possible, avec un ciel étoilé au dessus de vous et une brise douce et légère…

Un chef d’œuvre. L’ultime album d’Arcturus avant sa séparation ne nous laissera décidément pas indifférents…ce sublime représentant d’un black nouveau, froid et cosmique ne peut qu’inviter l’auditeur à voyager et rêver, encore et encore, à chaque écoute…un must en matière d’ambiance…

 

Ram-Zet : Neutralized

Ξ juin 24th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Ram-Zet : NeutralizedAprès une trilogie ambitieuse sortie entre 2000 et 2005 ayant pour thème principal la schizophrénie et renforcée par une musique black progressive et gothique, les Norvégiens sortent ici leur quatrième opus tout aussi oppressant qu’étrange nommé « Neutralized ».

Car en effet, ne vous fiez pas à cette pochette très typée indus. Ram-Zet, pourtant amateur de claviers, fait dans le lourd, le sombre, le mystérieux, et la plongée de l’auditeur dans un monde décharné et malsain est inévitable. Avant-gardiste à souhait, le groupe sait faire dans l’originalité et signe ici un coup de maître. Symbole d’une certaine maturité, « Neutralized » se veut avant tout plus varié que ses prédécesseurs, tant dans les mélodies, et les ambiances que dans l’instrumentation. Ainsi, le violon de Sareeta peut apporter un côté dérangeant et aliéné à la musique, comme sur le titre « Addict », où les mélanges de vocaux black et saturés de monsieur Zet et ceux clairs et pourtant si étranges de la chanteuse Sfinx rendent le tout encore plus abrupte mais plaisant.

Le combo, composé de six membres, respecte impeccablement la parité vu que l’on retrouve trois musiciens et trois musiciennes ! Si Sfinx possède un chant qui lui est propre, clair peut-être, mais pointilleux, quoique plus agaçant parfois, Karoline use du clavier comme bon lui semble, alternant les notes de fond, les nappes, les samples, mais aussi les mélodies au piano assez oppressante, et Sareeta fait de son violon un instrument hors norme, comme expliqué précédemment.

Du côté des hommes, le chant de Zet est assez incisif et peut rappeler par certains moments un certain Dani Filth, ses guitares sont particulièrement bien accordées et saturées pour apporter un côté plus sombre et malsain à la musique. Le nouveau bassiste Lanius a la particularité de laisser dériver sa basse, les lignes sont donc parfois assez particulières (notamment sur « God Don’t Forgive »). Quant au batteur Kuth (aussi membre de The Kovenant), il se fait lui plus discret mais tout aussi efficace et technique (sur « 222 » entre autre).

« Neutralized », c’est donc avant tout un album plein de force et de sensibilité, mais aussi de terreur mélangé à la splendeur. On admire cette noirceur, ce fond d’aliénation qu’il est impossible de ne pas percevoir au fil des compositions. Les harmonies font peur et nous oppriment, les atmosphères tantôt aériennes, tantôt lourdes nous empêchent souvent de décrocher.

On remarquera que les titres sont pour la plupart assez longs et gardent cette patte progressive. Trois titres sur huit sont longs de plus de dix minutes, et ce sont sans doute les plus intéressants à leur écoute. « Addict » a des vocaux qui partent dans tous les sens, comme des milliers de voix criées toutes en même temps, rappelant le thème de la schizophrénie, et ce, soutenu par des guitares lourdes et un clavier aux sonorités euphorisantes mais pesantes. « Beautiful Pain » possède un début calme et étrange de plus de deux minutes, où des notes extrêmement bizarres s’envolent, accompagnées de samples, d’un chant féminin crié et décharné au début, devenant double ensuite. Après l’arrivée des guitares aux riffs tranchants et des vocaux saturés, le tout se veut plus aérien mais toujours aussi sombre. « Requiem », le dernier titre, aux guitares froides, aux violons et aux claviers terribles et effrayants, et aux chants alternés malsains et entêtants, n’est autre que la cerise sur le gâteau. C’est dérangeant, aliénant, paranoïaque, mais ultra jouissif et ça clôt en beauté cet album si particulier aux ambiances si chères à Ram-Zet.

Les autres titres se veulent tout aussi prenant comme « To Ashes » avec cet orgue funéraire, ce chant masculin crié et saturé, ce chant féminin doux mais torturé, ce violon dissonant…

L’album en lui-même se veut réellement quelque chose de complexe et d’original. Ici, on ne fait pas dans la simplicité vu que tout est réglé comme du papier à musique, carré, pro, et juste. Certains penseront que pour du black, le son est trop lisse, mais qu’importe. Le talent du groupe est là et lui permet de nous fournir une musique des plus dérangeantes, gothiques, barrées, variées, mais aussi violentes. Car l’agressivité est là, notamment dans les riffs et les rythmiques, variant sans cesse et dynamisant le tout. « Neutralized » est donc avant tout une œuvre détenant une identité qui lui est propre. Amateurs de bizarrerie, de folie, de noirceur et d’originalité, cet album est fait pour vous.

 

Sigh : Scenes from Hell

Ξ février 24th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Sigh : Scenes from HellSigh nous revient cette année pour leurs vingt ans de carrière avec une idée en tête : nous pondre un album…barré.

Pionniers du black métal au Japon, les nippons décident cette fois-ci de frapper encore plus fort dans la composition de leur album. Et comment ? En mettant une fois de plus leur musique sans dessus dessous.

Le thème principal : l’Enfer, et tout ce qui y appartient – ténèbres…mort…folie destructrice… murmures…

Sigh tente de transformer sa musique en une sorte de théâtre de l’absurde, nous jouant des scènes de-ci de-là à travers un black métal plutôt progressif (les structures variant régulièrement même si les titres ne sont pas les plus longs du monde) mais surtout épique : orchestres, chœurs et j’en passe.

Alors tout ça peut paraître « bizarre » pour les non connaisseurs de Sigh mais ceci est bien leur marque de fabrique. Mélangez des cris black partant dans tous les sens, des guitares agressives et bien bourrines, une batterie bien frappée, des violons et trompettes aux accords extrêmement bizarres, un orgue aux sonorités monstrueuses et vous obtenez…une véritable cacophonie.

« Prelude to the Oracle » s’annonce comme une véritable descente aux enfers avec tous ces vocaux aigus et graves, comme deux voix se répondant mutuellement, ces instruments à vent complètement à côté de la plaque, ainsi que ces autres créateurs de bruit (on peut les appeler ainsi !) qu’on peine à percevoir mais qui donnent plus de profondeur et de noirceur à cette bizarrerie musicale. Les guitares, elles, semblent être les seules à rester le plus « normales » au cœur de cette aliénation, incisives à souhait et solos en prime.

Si « Musica In Tempora Belli », avec son intro digne d’une arrivée massive d’extra-terrestres, possède une musique loin de coller parfaitement avec le titre (« Belli » n’étant pas approprié tant les aigus, les bruits bizarres et les vocaux torturés sont mis en avant), « L’Art de Mourir » en revanche nous livre une leçon difficile à oublier : comment créer un chaos total avec une touche de mélodie. Le réel mélange de vocaux enragés avec une batterie furieuse, des guitares boostées à la poudre à canon et des instruments à vents jouant des airs de n’importe quoi, surtout pendant le refrain ! (amenant la mélodie). Ajoutez à ça un génial rire sadique à la première seconde…Mon titre favori.

Le plus étrange avec cet album, c’est qu’on a aucun mal à voir les scènes directement tirées de l’enfer tant la musique correspond bien à chaque titre, un vrai théâtre en direct.

Etonnant encore, on a réellement l’impression que ce ne sont pas les musiciens qui jouent de leurs instruments mais les instruments qui jouent tout seuls : une sorte d’improvisation et de notes sorties de n’importe où. Quand on n’a pas une sirène imité par un hautbois ou un écho à nous rendre fou, on a une orchestration digne d’une BO de film de John Williams ou limite une musique de fête foraine… Sur « The Summer Funeral », on aurait presque l’impression d’entendre du Edith Piaf remastérisé à la Sigh… (J’exagère…un tout petit peu…), ou d’assister à une manifestation, les parties guitares étant presque absorbées dans cette cohue et donc, presque oubliées (à chacun son interprétation des titres, tel est l’avantage…).

Finalement, retrouvons-nous vraiment quelque chose d’original ? Peut-être le vrai orchestre mais au bout du compte, ce huitième album, tout aussi barré que les autres, n’est sans doute pas le plus abouti ni le plus noir, « Scor Defeat » ou « Infidel Art », premier et deuxième albums du combo, répondant plus à cet adjectif.

« Scenes from Hell » c’est du Sigh, sans plus, c’est du grand n’importe quoi, c’est du black traditionnel avec de la symphonie…ok…le seul hic, c’est l’effacement des guitares à certains moments, l’accent étant mis sur la batterie et l’orchestration. Cependant, ça n’est tout de même pas un mauvais album, il faut voir les bons côtés des choses. Même si c’est parfois difficile à écouter, on peut s’éclater en écoutant certains titres comme je me suis éclatée avec « L’Art de Mourir ». Le déjanté a souvent du bon et nous fait sortir de nos petites habitudes…

 

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