Pour certains, Luna Ad Noctum n’est qu’un groupe de plus dans la scène polonaise. Ni bon ni mauvais, juste une entité qui n’a pas le talent nécessaire pour nous faire sauter au plafond. Pour d’autres, Luna Ad Noctum apparaît comme un groupe sous-estimé, avec de la créativité et une façon très spéciale de produire un black symphonique violent et bourrin. En gros, il a le cul entre deux chaises.
Pourtant formé en 1998, inspiré par la lune, et influencé par des groupes comme Emperor ou Limbonic Art, Luna Ad Noctum a sorti trois albums féroces « Dimness Profound », « Sempiternal Consecration » et « The Perfect Evil in Mortal », dégageant une atmosphère suffisamment froide et obscure pour nous embarquer dans un univers où les créatures démoniaques de la nuit s’en donnent à cœur joie. Même si le combo ne faisait pas l’unanimité, il avait un style.
Puis silence radio fin 2006 avant d’entrer un studio fin 2010 début 2011 et d’annoncer le départ du claviériste et la volonté d’évoluer. Aujourd’hui en 2013 arrive donc le nouveau rejeton, « Hypnotic Inferno », enregistré aux studios Hertz (Vader, Decapitated et cie) et signé chez Massacre Records. La pochette diffère des œuvres précédentes. Certes, on retrouve une « créature » étrange, mais il n’y a plus de lune, plus de couleurs vives. Ici, Luna Ad Noctum traite des comportements humains anormaux comme les hallucinations ou la folie, causée par des médicaments psychotropes censés réduire les douleurs liées à certaines conditions psychologiques (insomnie, par exemple).
On espère retrouver la patte de Luna Ad Noctum, cette brutalité, ces magiques touches atmopshérico-symphoniques, cette rage et cette puissance. Perdu. Les Polonais ont changé de bord. Evolution oblige ! Finis les morceaux qui envoient la sauce, place aux riffs mous du genou. Finis les claviers lunaires, place au néant. Finis les vocaux torturés, place au gentillet. Le black metal du quartet a inévitablement changé de saveur et n’est même pas suffisamment aliéné pour coller au concept. On se retrouve malheureusement avec un black metal tout ce qu’il y a de plus commun, avec un son nickel mais surtout, un manque incroyable de saveur.
Une évolution n’est pas un mal, tant que le résultat est concluant. Ici, ça ne l’est pas. Impossible de tenir le coup tant les morceaux sont fades. Aller, jouons à un Album Presque Parfait.
« Hypnosic Inferno » : Pas de goût, pas de piments, rien, Luna Ad Noctum nous a tout cuisinés à l’eau sans se soucier de l’assaisonnement. « In Hypnosis » n’est même pas un amuse bouche tant il n’y a rien à nous mettre sous la dent. Les riffs ne sont même pas intéressants, la voix ne fait pas peur et on cherche, avec un dernier espoir, une petite touche symphonique…juste un grain de riz trouvé de manière hasardeuse.
« Fear Technique » ferait par contre un bon apéro. Même si au départ on le goûte sans grande conviction, à cause de cette intro aux touches mielleuses, on finit par apprécier le contenu et en redemander lorsque la mayonnaise prend : ça accélère, ça monte, les blasts et les riffs sont plutôt efficaces – même si on s’attendait à mieux. On a même droit à quelques secondes de claviers histoire de soulever un passage. Mais c’est vrai qu’ils font un peu déco.
L’entrée est décevante. On aurait aimé une salade composée d’autres choses que de blasts et de riffs plats. Blaster ne suffit pas s’il n’y a rien d’approprié autour, comme une mayo qui ne serait pas accompagnée d’œufs ou de crevettes. Il est donc difficile de digérer un « You Are What You Are » dénué de toute puissance. « Abnormal Pain » est le petit goût sympa en arrière plan avec son début melo death/black à la Skyfire. On penserait même avoir changé de groupe tant la mélodie envoûtante rappelle les (pains) Suédois.
Le plat de résistance n’a rien d’extraordinaire. On en a déjà mangé des tas. C’est tellement commun qu’on ne ressent rien. Aucun plaisir, aucun petit détail intéressant à part les discrètes touches de claviers qui permettent de relever le goût. Les riffs se répètent ainsi que les structures tandis que la voix reste sur le même ton. Seul « Ether Dome » apporte de bonnes choses : une bonne dynamique, une efficacité et un bon enchaînement, malgré des répétitions. Le fromage est fade et le dessert sans explosion de saveurs. On s’ennuie un peu avec un « Hallucination Twisted Claw » même si les quelques chœurs sombres apportent un plus.
Voici donc un repas sans consistance, on ressort de ce « Hypnotic Inferno » avec un ventre qui crie famine, l’assiette encore pleine. Difficile de tout manger, d’apprécier les morceaux en entier, et de se délecter de leur énergie. Il en faut beaucoup plus pour nous rassasier d’autant plus que l’originalité du plat laisse à désirer… aller, maintenant la note pour conclure cette chronique : un petit 3/10 pour la présentation, un 4/10 pour l’ensemble du repas ainsi qu’un 4/10 pour l’ambiance, soit 3.6/10 et donc un petit 7/20. Quel dommage ! Les Polonais auraient pu faire mieux au vu de leur carrière respectable. Ceux qui n’aimaient pas spécialement Luna Ad Noctum pourront se vanter d’avoir eu raison, et ceux qui les aimaient n’auront que leurs yeux pour pleurer des larmes de déception…
Il est des endroits dangereux où pratiquer une musique extrême n’est pas recommandé, où les discriminations ne cessent de pleuvoir et où les conflits entre les religions sont mortels. L’Irak. Un des pays du Moyen-Orient les plus fermés et les plus ouverts aux tensions, quelles qu’elles soient. Et pourtant, quelques entités font de la résistance, à leur risques et périls. Les thrasheux d’Acrassicauda et les deathsters de Dog Faced Corpse ont déjà fait leur preuve, ainsi que l’occulte Lord Erragal, hyperactif infatigable à l’origine de plusieurs one man bands tels que Amelnakru, Kurgal et même Erragal. De ces projets dark ambient naissent une musique personnelle, à l’image même de l’Irak. Sombre, inquiétante, solitaire mais aussi mélodieuse et harmonieuse.
« Shamash » est le deuxième full length d’Erragal après quelques EP et split-CD. Il tire son nom du dieu soleil du panthéon mésopotamien en langue akkadienne. Logique, dans la mesure où Lord Erragal s’inspire de la mythologie sumérienne et des mythes babyloniens. Dieu-soleil, peut-être, mais la musique de l’Irakien n’en reste pas moins ténébreuse et froide. Bien sûr, il n’invente absolument pas la poudre à canon, mais l’empreinte occulte voire rituelle et les touches atmosphériques et néo-classiques apportent un peu de fraîcheur sur une scène très saturée.
La plupart des morceaux sont minimalistes et angoissants, déstructurés et bruitistes. Les nappes de claviers sont enveloppantes, les sons organiques et les échos sont de mises, tandis que certains bourdonnements rappellent le drone (Pt. 1, 2 et 3). Les voix sortent sorties d’outre tombe, maladives et profondes, telles les paroles décadentes de Shamash.
Quelques titres ont un rythme, mais on reste dans le très lent, afin de jouer avec notre imagination. Impossible de se sortir de ces méandres obscures, les nappes de claviers d’Erragal étant très sombres, et souvent trop linéaires, en particulier sur les parties les plus longues. Certaines tendent à trop se ressembler, mêmes si elles sont reliées par cette aura mystérieuse et rituelle. Le piano renforce cet effet, en particulier sur « Days of the Sun », « Unveiled » ou « Fragments of the Past », trois titres ayant la particularité de se détacher de la série des « Shamash ». L’aspect neo-classique prime, mené par des notes plus percutantes, plus entraînantes, mais aussi plus orientales, dignes représentantes de la chaleur du Moyen-Orient.
« Shamash » peut paraître anecdotique dans la sphère du dark ambient mais représente beaucoup pour l’Irak et pour tout le Moyen Orient, souffrant encore de certaines interdictions. Lord Erragal et son album de soixante minutes expriment bien ce malaise et cette torpeur mêlée aux mystères des mythes et légendes mésopotamiens. Une belle dédicace à une région qui ne demande qu’à être redécouverte.
Un souffle de vent…une mélodie mélancolique…une atmosphère froide et désespérée…
A eux seuls, ces quelques mots pourraient suffire à décrire la musique d’Imperial Black Ceremony, one man band français de black metal. Pas besoin de chercher les grands mots pour qualifier un opus aussi beau et déprimant à la fois, aussi suave qu’agressif. Et pourtant, il va falloir en parler un peu de cet opus, sorti il y a quelques semaines déjà.
Le maître à penser Vidar aura mis prêt de quatre ans pour en arriver là, en produisant tout chez lui. Ici, nous avons à faire à bien plus que du black mélodique. Il s’agit avant tout de black ambient aux atmosphères dépressives. Il ne faut donc pas s’attendre à une production en béton, bien au contraire, mais à quelque chose d’assez raw, plutôt influencé par Burzum et consorts. Le rythme est loin d’être rapide, le chant plaintif et écorché n’est pas omniprésent et les guitares crues sont loin d’avoir le premier rôle.
En réalité, à l’instar d’un Profanum, tout se base sur les claviers. Si à la base, ce projet devait être de l’ordre du black symphonique, il subsiste tout de même quelques traces, notamment la présence continue des claviers. Ces derniers créent l’atmosphère à mesure que les autres instruments la perpétuent. Le tout sonne froid et sombre, mélancolique et torturé. Il y a malgré tout un envoûtement mystique, à la manière de cette pochette où plusieurs moines se dirigent vers un drôle d’édifice.
Les plages sont principalement très calmes, très enveloppantes, bercées par des mélodies sombres. Le vent sur l’introduction et « Desesparate » accompagnent les différentes mélopées, le piano de « Take My Breath and Leave Me Dead » enfonce encore plus l’auditeur dans une atmosphère désespérée voire occulte, à la manière d’un « Since the Creation » de Samael sur « Blood Ritual », avant l’arrivée des guitares et du chant black.
Malgré ces indéniables qualités, on reste sur notre faim. D’une part, les pistes sont très courtes. Il est vrai qu’elles possèdent chacune leur petite touche mais on aurait aimé qu’elles durent un tout petit plus longtemps, histoire d’apprécier les ambiances à leur juste valeur. D’autre part, la production pêche. Le raw en soit n’est pas gênant, bien au contraire, il apporte beaucoup à ce disque. Il s’agit surtout de la batterie, qui sent le synthétique à plein nez et qui peine à varier ses rythmes. C’est toujours pareil avec les mêmes enchaînements. Pour tout dire, si elle avait été supprimée, ç’aurait été tout aussi bien.
Un souffle de vent…une mélodie mélancolique…une atmosphère froide et désespérée…
Nul besoin d’en dire davantage…
Ceux qui ont des affinités avec la mythologie hindoue ont sans aucun doute dû prendre connaissance de groupes tels que Kartikeya (Russie) ou les très réputés Rudra (Singapour), grands adorateurs du Védisme, la religion mère de l’hindouisme. Il existe d’ailleurs peu de formations ayant adopté comme thématique les récits mythologiques du coin. Pourtant il semblerait qu’on ait nos brahmanistes en France, à savoir les Lillois de Trita Aptya. Le nom du groupe est très évocateur, puisqu’il s’agit d’une divinité d’ordre atmosphérique. Idem pour le logo, reprenant l’écriture sanskrit. Enfin, le titre de l’album, « Samnyasa », signifie « le renoncement ».
Comme l’indique ce visuel très atypique, nous avons à faire à du metal oriental, mais pas n’importe quel type de metal oriental. Il ne s’agit pas de folk mais d’un black metal assez psychédélique, accompagné de sonorités indiennes. Trita Aptya met à profit ses influences (allant d’Enslaved à Septic Flesh en passant par la joueuse de sitar Anoushka Shankar) et son imagination pour créer un black metal original, loin de toutes ces copies que l’on peut découvrir d’année en année. En effet, Trita Aptya, avec ce « Samnyasa », sait varier son propos et éviter de tomber dans les clichés du « coup de cithare de trop ». Tout est utilisé avec soin, de façon à embarquer l’auditeur dans un univers qu’il ne connaît pas forcément.
Ainsi, le premier morceau « Narayana », après une introduction spirituelle, démarre à coups de riffs tordus, accompagné d’un chant (mi) black hargneux. Les musiciens apportent un dynamisme impeccable tout en apportant un certain côté barré, notamment dans les lignes de chant de Sylla. Ce dernier se démarque des autres instruments, dans la mesure où il semble plus décalé, plus expérimental, même si pas toujours au top, mais ce n’est pas un mal, puisque cela permet de ne pas tomber dans une certaine linéarité. N’oublions pas les breaks atmosphériques, le petit solo foufou ainsi que les refrains côtoyant des sons de sitars, pour un rendu relativement psychédélique.
« Ghosts of Sparta » accélère le rythme tout en proposant des riffs simples mais directs. Petite exception, on se retrouve ici avec une allusion aux guerres médiques, opposant les Grecs aux Perses. Le morceau, du haut de ses huit minutes vingt cinq, est très soutenu et progressif. Bien que le chant de Sylla ne soit pas toujours au top, il garde son côté décalé, tandis que les guitares nous emmènent vers un ensemble plus guerrier, les nappes de claviers et les choeurs jouant beaucoup dans l’élaboration de cette ambiance. Les orchestrations suivant cette débandade sont d’ailleurs de très bonnes qualités, apportant quelque chose de plutôt impérial. Le final, quant à lui, redevient oriental avec cette mélodie si particulière et cette flûte, précédant de peu un « Kâli » dans lequel la cithare est reine.
Il serait dommage de ne pas évoquer « The Garden », différent de ses acolytes. On retrouve la même atmosphère mais le rythme a déjà ralenti, voici donc quelque chose de plus proche du doom avec cette lourdeur, cette lamentation et ce côté parfois pesant. Ces parties plus lentes s’alternent avec des parties légèrement plus rapides et saccadées, où les guitares se mêlent à la cithare.
Le temps et les expérimentations de Trita Aptya triomphent sur ce « Samnyasa » bien calibré et prenant. Le côté oriental est prononcé sans non plus trop l’être, permettant au côté black de s’affirmer, sans non plus révolutionner. C’est toutefois l’ensemble qui permet aux Lillois de se démarquer de la masse et d’apporter quelque chose de frais, quelque chose bien différent de la branche orientale « arabique ». Une bonne découverte pour un groupe à surveiller de prêt.
La Slovaquie est en passe de faire parler d’elle en matière d’indus/cyber. Après les méfaits de 0n0, c’est au tour de Khadaver de s’affirmer, après la sortie d’un EP, « God-RW » en 2010. Le duo mené par Nihil Nix décide une nouvelle fois de s’auto-produire et de s’affranchir de tout label afin de sortir son premier full length. Originellement nommé « Opus Novum », c’est sous le patronyme de « New World Disorder » que nous découvrons le cyber metal à tendance black metal des Slovaques.
Le groupe est majoritairement influencé par la musique électronique et le black metal, ce qui se ressent dans la majeure partie des titres. On retrouve aussi quelques ambiances gothiques sur certaines plages (« Vacuity »), mais c’est bien l’aspect cybernétique qui prédomine, mis en valeur par des compos futuristes, froides, torturées et pessimistes et des thématiques cyberpunk sur la dystopie ou l’holocauste nucléaire ainsi que des critiques sur la religion et la politique.
Après une introduction très pessimiste dépeignant une Europe en flamme, c’est « Kampfbereit » qui met la gomme à coup de touches électroniques, de guitares accrocheuses et d’une alternance de chant clair et de chant black voire death. Le tout continue sur « 21th Century Antichrist », mettant l’accent sur le côté EBM du rythme et le côté criard de la voix, tout en incorporant des éléments industriels très sympathiques ainsi que des choeurs.
En peu de temps, on peut se rendre compte des influences de Khadaver, les plus flagrantes étant T3chn0ph0b1a (le mixage a d’ailleurs été confié à 5kott de ce groupe-ci) et surtout The Kovenant. Cela se ressent davantage avec l’éponyme « New World Disorder », agissant comme une fusion de la période « Animatronic » (pour le côté black) et la période « SETI » (pour le côté cyber) des Norvégiens. D’ailleurs, le nom du titre « New World Disorder » reste très proche du « New World Order » de leurs compères, une allusion on ne peut plus pessimiste. Musicalement, c’est tout à fait ça.
On ne peut qu’évoquer le « Semi Automatic » de Deathstars pour parler du « Battle Zone » de Khadaver, l’introduction étant quasi similaire. La suite est différente cependant, les éléments black prenant le dessus ainsi que le côté bien dansant des rythmes. La fin de l’album semble toutefois privilégier les touches atmosphériques dans le jeu de guitare et l’électronique, comme « AD Assault » ou « Technofuneral », bien cybernétique au niveau des arrangements.
Pour apprécier un tant soit peu Khadaver, il faut aimer l’électronique et le côté criard de la voix black. Si ceci vous est acquis, cet album est pour vous. Les Slovaques misent sur une musique dynamique et futuriste entre Deathstars, The Kovenant et T3chn0ph0b1a, en instaurant une bonne ambiance de monde en perdition sous couvert d’un cyber très électro.
Le duo de Black Shadow est sans doute l’entité bicéphale la plus encourageante et la plus remarquée de Russie. Bien que formée en 2004, le petit groupe a d’ores et déjà plus d’une production à son actif, preuve en est avec le grand nombre de sortie, à raison d’un opus ou deux par an. « Awakening of the Black Dragon » est l’exception car ce septième full length sort trois ans après un « War – Everburning Flame of Abyss » de bonne facture, c’est-à-dire, en 2011.
Les blackeux ne changent pas leurs habitudes, optant une nouvelle fois pour une pochette dans les tons de gris et des thématiques sataniques. Ils nous offrent du black metal tout ce qu’il y a de plus classique, quelque part entre Dark Funeral et Naglfar, avec une fougue et une hargne bien à eux. Ainsi, leur musique reste très dynamique, sans réel temps mort, pris dans un déferlement de riffs possédés et de mélodies parfois malsaines, comme le prouve les premiers titres de l’opus, « Power of the Blind Dragon » et « Transformation » en tête.
Les deux uniques membres de Black Shadow ont beau se partager les tâches, on reste surpris par l’usage de la boîte à rythme, plus vraie que nature. Ainsi la plupart des parties batteries, et en particulier les blasts, sonnent très bien et beaucoup pourraient ne pas s’apercevoir du stratagème. En tout cas, cet instrument apporte beaucoup de dynamique aux compositions des Russes, qui ne lésinent pas sur l’agressivité des beats, accompagnés d’une voix black incisive.
On peut regretter la ressemblance entre les morceaux, due en particulier à un manque de variation des mélodies et des rythmiques. Toutefois, Black Shadow arrive à imposer une patte plus sombre sur certains morceaux, en incorporant des soli et des passages aux claviers, à l’image de l’éponyme « Awakening of the Black Dragon » (et ses choeurs ratés) ainsi que « Death Is Only Way Out ».
Pas original certes, mais puissant et bien caractéristique du style, « Awakening of the Black Dragon » mise sur le martèlement intensif de la boîte à rythme, sans pour autant oublier d’apporter les ambiances nécessaires dans le riffing, même si les nombreuses linéarités et les ressemblances avec les opus précédents du groupe ne permettent pas de faire de cet opus un opus qui se démarque. Ce septième méfait fait toutefois mouche si tant est qu’on ne recherche pas quelque chose de bien fouillé.
Darkness Embrace est tout jeune dans le milieu du metal extrême. Formé en 2007, le line up se complète en 2009 et engendre un tout premier rejeton, un EP tout particulièrement, en cette année 2012. On ne peut pas dire grand chose de ce groupe originaire de Bourges qui se fait plutôt discret, si ce n’est qu’il est très influencé par la scène black mélodique scandinave, et qu’il intègre dans ses compositions un instrument hors du commun : une vielle.
Le quintette fait dans la tradition des Sacramentum et Dissection, c’est à dire un black mélodique entêtant et épique. Les guitares mènent la danse du début à la fin, que ce soit dans le rythme ou pendant les solos, tandis que le chant alterne cri black et growl hargneux le temps de cinq morceaux. Pas de fioritures ni d’éléments plus modernes, Darkness Embrace fait dans le black mélodique pur jus avec quelques influences death, que ce soit sur le long « Memoria » ou sur certains passages des autres titres.
Les atmosphères sont lugubres et plutôt sombres, à l’image de cette illustration réalisée par une certaine Skull_Revenge (que certains ici reconnaîtront). L’EP en question dépeint les dépravations et le désespoir de l’humanité, ce qui se fait ressentir sur le titre introducteur « As a Despair’s Ring » avec ses riffs malsains et ses traditionnelles cloches, mais aussi sur « Oceans of Perdition » et son chant black torturé.
Le tout a beau être entraînant et dans une bonne veine black mélodique, la production reste mauvaise et peu adaptée. La place des instruments est de ce fait inégale, les guitares restant en pôle position avec la voix. La basse arrive quelques fois à bien se démarquer comme sur « As a Despair’s Ring ». Toutefois, on peine à entendre les claviers, très discrets voire très effacés, les nappes étant complètement noyées par cette production décousue.
Ce « An Eternal Mirror » reste encourageant et dynamique, non loin des compères suédois. Cependant, il lui manque beaucoup de force, sans doute dû à son inégalité mais aussi à son manque de clarté. Nul doute qu’avec une amélioration au niveau de la production, le tout révélera une grande cohérence et une certaine puissance. A suivre de prêt donc…
Le Moyen Orient, dans sa généralité, reste un vaste terrain de chasse où les crises politiques et religieuses se suivent, année après année. En dépit des nombreuses interdictions, dont celles visant le metal, des musiciens convaincus arrivent tout de même à faire vivre leur passion, désireux de se battre et de mettre à profit leur imagination. C’est sans vraiment se soucier des conséquences qu’ils produisent eux-mêmes leur musique. Ils n’ont souvent pas de limites et créent pour la plupart du temps des musiques extrêmes dévoilant une atmosphère sombre représentative du monde dans lequel ils vivent. Ils ne le dépeignent pas de la meilleure façon qui soit, évoquant souvent des thèmes pessimistes et noirs, mais aussi des thèmes d’espoir, de liberté et de paix. Ils sont conscients du fait que cette lumière et cette liberté ne seront pas acquises avant un moment et que le seul moyen de se sentir vivant, c’est de faire ce qu’ils aiment. Créer, à n’en plus pouvoir, composer, imaginer…
Que connaissons-nous vraiment du Moyen Orient ? Si on exclu les scènes les plus « actives », c’est à dire la Turquie, l’Israel, l’Egypte ou encore la Jordanie, on se rend alors compte qu’on connaît peu les autres. L’Arabie Saoudite (Al Namrood), le Bahrain…
Justement, parlons du Bahrain. Ce pays finira par se faire une petite réputation à ce rythme là, le duo Narjahanam/Smouldering In Forgotten ayant déjà réussi à faire parler de lui. Il existe tout de même une petite poignée de formations, la plupart ayant splitté. D’autres résistent encore tout en peinant à faire diffuser leur œuvre. Toutefois, il y a un homme, Learza, qui a plus d’une corde à son arc. Ce musicien a monté plusieurs one man band, que ce soit Kusoof, Serpent’s Briar ou encore Qafas, un projet très typique du Moyen Orient. Qafas, c’est du black metal, basé sur les atmosphères et un certain côté symphonique, qui a réussi à se dégoter le label suédois Salute Records, une aubaine quand on vient de l’Orient, les groupes restant très souvent auto produits et sans label pour leur donner un coup de pouce. Cependant, Qafas n’a pas été repéré par hasard car sa première démo « Kafkaesque Retribution » n’est pas basique et/ou trop underground. Les morceaux bénéficient d’une production tout ce qu’il y a de plus correct (et cela leur va bien!), dégageant une ambiance singulière et particulièrement oppressante.
Les quelques huit minutes de la démo reflètent totalement le monde arabe tel qu’il est, entraînant l’auditeur dans les méandres de l’esprit torturé de Learza. L’introduction et le titre éponyme sont comme un tout, reliés entre eux par cette atmosphère noire et étouffante. De ce point de vue, le black metal de Qafas n’est pas si original, et reste fortement influencé par la scène suédoise. Toutefois, il y règne une certaine aura qui nous embarque irrémédiablement dans un ensemble musical tiraillé entre la tourmente et la pluralité des rythmes. Le one man band a un passé de doom funéraire, les caractéristiques propres de ce style se ressentant dans les ralentissements (en particulier le début et la fin de « Kafkaesque Retribution ») mais aussi la lourdeur de certains passages. Sans parler des claviers pesants et enveloppants, qui se mêlent et s’entre mêlent, pour finalement, couplés au black metal, s’apparenter à un style de black symphonique poussé vers l’atmosphérique.
Learza fait bien en sorte de faire ressortir tous les éléments de sa musique, que ce soit la guitare teigneuse au son typiquement black, la basse et son apport en profondeur, la batterie aux tempos variés, les claviers sombres, oppressants et parfois impériaux (on peut penser à Narjahanam), et la voix black très rageuse et déchirée, qui peut devenir parlée et écorchée lorsque c’est la langue arabe qui est employée.
La démo a beau ne pas être longue, elle suffit à nous montrer ce dont est capable Qafas, dont le nom en arabe, signifie « Cage », un nom très représentatif du Moyen Orient et de la musique du one man band. S’il continue sur cette lancée, il pourra sans aucun doute faire plus parler de lui, à la manière de groupes plus cotés tels que Narjahanam ou Al Namrood, entres autres. A surveiller de prêt, en tout cas.
La fin 1990/début des années 2000 aura été une période très solide dans le domaine du metal mélodique et surtout du metal extrême mélodique. Children Of Bodom aura accouché de trois albums en 1997, 1999 et 2000 (« Something Wild », « Hatebreeder » et « Follow the Reaper »), amenant de ce fait une nouvelle vague et engendrant un style très hybride entre power metal, black metal et néoclassique. Kalmah aura eu le temps d’enregistrer son premier « Swamplord » en 2000 dans un genre black/death mélodique très racé. Et Skyfire, quant à lui, démarrera sa prometteuse carrière printemps 2001 avec « Timeless Departure ».
En Norvège, le black symphonique connait ses plus belles heures : Dimmu Borgir s’est trouvé une nouvelle sphère, Emperor est sur le point de sortir son dernier album, Limbonic Art a déjà une belle carrière derrière lui et Arcturus a bien décollé avec son black symphonique avangardiste complet.
Quant au death mélodique, il est très en vogue, et en particulier le made in Sweden, que ce soit celui de In Flames ou de Dark Tranquility. Skyfire n’est pas originaire de Göteborg mais de Höör et ne s’est pas contenté que de s’influencer de ses pères pour créer une musique qui deviendra, avec les années, bien caractéristique et personnelle. En réalité, le quintette du début a plutôt pioché des idées à droite et à gauche, des idées en vogue il faut dire, afin d’ajouter sa patte et d’en sortir des compositions totalement originales. C’est ainsi que du mélange du néoclassisme de Children Of Bodom, du death mélodique suédois et du black symphonique norvégien qu’est née la formation de Höör.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Suède est loin d’être le pays du sympho extrême car on le connait beaucoup plus pour son death metal. Poutant, Skyfire, en 2001, va être le pionnier du black/death/mélodique/symphonique dans son pays. Preuve en est encore maintenant : les formations du genre ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Malgré tout, rien ne prédestinait totalement ce groupe à un avenir brillant, car non seulement Children Of Bodom vivait ses meilleures heures mais en plus les scènes death mélodique et black symphonique offraient à ses auditeurs des albums d’exception. Enfin, la musique de Skyfire était loin d’être parfaite. Le groupe naquit donc dans l’ombre des combos du moment.
Cependant, ce n’étaient pas ces obstacles qui allaient faire reculer les membres de Höör, bien au contraire. Ils arrivent à se dégoter le tout petit label Hammerheart Records et à enregistrer leur « Timeless Departure » aux désormais réputés Abyss Studio sous la houlette de Tommy Tagtgren. Une collaboration qui ne présageait que du bon pour ce petit groupe, formé depuis déjà six ans mais auteur de seulement deux démos. Il fallait la hargne nécessaire, une personnalité nouvelle et un petit grain de folie en plus pour espérer sortir de l’ombre.
Dès l’introduction, Skyfire impose un style avec deux minutes majestueuses, dotées d’envolées archi mélodiques au piano et de touches symphoniques imposantes. Cela se reconduit sur le second « Fragments of Time » (dont la mélodie de départ sera auto plagiée bien plus tard sur l’introduction de « Awake » sur l’album « Spectral »). Les Suédois n’ont pas eu besoin de jouer une palette complète de morceaux pour imposer leur identité. C’est le titre typiquement Skyfirien par excellence : composé par le duo de guitaristes/claviéristes Martin Hanner et Andreas Edlund, on retrouve ce riffing véloce et maîtrisé, une rapidité d’exécution à toute épreuve, une surdose de mélodie de la part de chaque instrument, un aspect symphonique non négligeable, et surtout un néoclassicisme à la COB, qu’on retrouve bien sur « The Universe Unveils », entres autres.
Skyfire possédait encore son premier chanteur, Henrik Wenngren, qui officiait plus dans un style black très criard avant de se faire remplacé par Joakim Karlsson sur l’EP « Fractal » en 2009, lui dans un ton plus growlé. Sans aucun doute, ce membre apportait cette touche black qu’il n’était pas si facile de retrouver dans le reste de l’instrumentation. Car Skyfire, c’est avant tout une formation festive et explosive qui mise tout sur les guitares et les claviers ainsi que leur extrême rapidité. Pas le temps donc d’instaurer une ambiance particulièrement black, seule la voix s’occupe de cela. Les atmosphères sont pour le coup très travaillées et très astrales, menées de main de maître par un combo en grande inspiration. Le choix du patronyme n’est donc pas anodin. « sky » le ciel pour l’astralité de la chose, « fire » le feu pour la détonation perçue par l’ensemble des compositions.
De par certains aspects, ce « Timeless Departure » peut se situer sur le même plan que Children Of Bodom, à savoir un power extrême avec des touches black et du neoclassique, comme le flagrant « From Here to Death » ou encore l’éponyme « Skyfire ». On a à peine le temps de réagir que ça part non seulement au quart de tour mais dans tous les sens. Cela fait partie du grain de folie que j’évoquais.
C’est au milieu de l’album que Skyfire atteint le point culminant de ses capacités de l’époque. Le titre « Timeless Departure » est certes le plus long mais sans doute le plus puissant et celui qui tient le plus en haleine. Il se dote de l’essence même du groupe et de ses caractéristiques principales, même si on retrouve ici toutes les influences sus-citées, à savoir le black symphonique couplé au death mélodique et à la rapidités de Children Of Bodom. Les mélodies s’envolent, que ce soit celles des guitares ou des claviers lumineux. Symphonie impériale, chant hargneux, dynamisme imprenable, piano astral fou furieux et longs soli en prime. La magie à l’état pur.
Ceci dit, le reste des titres apporte son lot d’interrogation. Certains débutent très bien et finissent par ennuyer et inversement. La surdose de mélodies peut être un facteur aggravant. D’autant plus lorsque les instruments s’envolent trop et que l’ensemble paraisse quelque peu cacophonique, comme « Bleed Through Me , Bleed for Me » qui commence plutôt lentement mais part en cacahuète lorsque le groupe met la gomme. La production y est aussi pour quelque chose, les claviers restent trop mis en avant et leur son aigu n’aide pas vraiment à cela. Dernière petite caractéristique, Skyfire a le don de faire s’emboîter les morceaux les uns dans les autres. C’est vrai dans ce « Timeless Departure », ça l’est aussi dans les autres opus. On peut facilement découper un refrain et l’accoler au couplet d’un autre titre. Si on prend la discographie complète des Suédois, on se rend compte que c’est encore plus exacte. Skyfire a en effet des limites : celui de ne pas totalement réussir à inventer de nouvelles mélodies, la faute à une envie de rester fidèle à une identité de base instaurant des mélodies particulièrement atypiques…
Finalement, avec ce « Timeless Departure », Skyfire a résolument imposé son style, retrouvé très facilement dans les albums suivants. Un style que l’on reconnaît entre mille mais qui a autant de qualités que de défauts. Cela n’a toutefois pas empêché le groupe de suivre son petit bonhomme de chemin avec une suite bien plus prometteuse avec « Mind Revolution » jusqu’au magnifique « Esoteric » en 2009 plus tourné vers le death metal, plus sombre et plus symphonique.
Skyfire fait désormais partie des groupes les plus connus en matière de black/death mélodique symphonique.
Après trois ans d’absence, Deferum Sacrum revient sur les devants d’une scène ukrainienne en pleine inspiration en ce moment. En effet, les groupes de black metal ont plutôt la cote, bien que la plupart souffre de problèmes liées à la production et au manque de distribution. Cependant, les grandes figures, elles, n’ont pas de problèmes en la matière et restent tout de même un modèle pour les plus petites formations, telles que, justement, Deferum Sacrum, qui signe chez les russes de More Hate Productions.
Même si le combo a perdu un membre, à savoir le batteur Yar, remplacé par Equinox de Sermargl, cela ne l’a pas empêché de poursuivre son petit bonhomme de chemin et de terminer l’enregistrement de ce « Septicaemia », légèrement différent de son grand frère mais toujours basé sur les ambiances véhiculées, à la guitare afin de confier un aspect maladif à la musique, comme les titres des albums l’indiquent (« Antichristian Disease » et « Septicaemia »).
Si le terme « Septicaemia » ne vous dit rien, cherchez plutôt du côté de septicémie, un terme médical utilisé pour parler de la présence d’organismes pathologiques dans la circulation sanguine, une sorte d’empoisonnement sanguin menant à une inflammation de la peau et de tout autre tissu. Ce qui donne un bon avant goût de l’univers macabre de Deferum Sacrum.
Grâce à l’expérience de plusieurs de ses membres tels que Morthvarg de Semargl ou Astaroth de Raventale, les Ukrainiens arrivent à mener leur musique de bout en bout avec un certain savoir faire. Même si les compositions sont plus rapides, plus agressives et tranchantes au niveau des vocaux, le quartet met le paquet sur une atmosphère sombre grâce aux riffs et au caractère arythmique de la batterie. Le titre éponyme par exemple montre bien ce que veut nous montrer Deferum Sacrum, rappelant parfois Raventale par ce côté lent et souvent Mayhem par l’incorporation d’assauts inattendus. L’aspect maladif des guitares, jouant dans les aigus, paradé par la voix de Athamas, permet à l’auditeur de se retrouver embarquer dans cet ensemble assez malsain, bien que mélodique et mid tempo en général.
Tous les titres démarrent lentement sauf le furieux et épique « All Living Fades », qui arrive à tenir en haleine jusqu’au bout. C’est une des caractéristiques de Deferum Sacrum, qui essaie d’imposer un certain contraste dans les rythmes. Au moins les variations sont là ainsi que les guitares qui nous lancent des riffs black très caractéristiques et maîtrisées, à l’image d’un « Crown of Degradation » rappelant Dark Funeral.
Si certains titres peuvent être très courts, comme un « Reverential Paralysis » d’un peu plus de deux minutes, terriblement maladif et inquiétant avec sa maladie et son fond étrange, certains peuvent être très longs comme « Mass Suppression », qui met du temps à démarrer avec une ambiance particulièrement sombre et perturbante.
Même si ce « Septicaemia » est bien produit et bien abouti dans son ensemble, la monotonie peut s’installer à cause d’un manque de moments forts et d’un certain manque d’originalité, le black metal de Deferum Sacrum étant assez old school et proche du black metal des débuts 90. Si vous avez aimé cette période, penchez vous sur cet album pas très long (moins de quarante minutes) qui n’apporte certes rien, mais qui prouve que la scène ukrainienne a plus d’une corde à son arc.
Torturer aura souvent souffert de changements de line up. Depuis sa création en 2004 par le multi instrumentiste Vitaly Karavaev, le groupe Ukrainien aura eu du mal à se stabiliser à cause d’un aller et venu de membres quasi incessant. Chaque sortie de démos et d’albums a été perturbée par cette malédiction, laissant un Vitaly seul à la composition. C’est pour cette raison que le jeune homme s’est attelé tout seul à la composition de « Infinity of Illusions », composition qui aura pris plus d’un ans et qui aura été freinée par la ré-édition de « Wind from the Darkwood » et une certaine difficulté à trouver un label sérieux.
C’est le label underground russe More Hate Productions qui sortira finalement ce « Infinity of Illusions » à l’automne 2011, un album mixé et enregistré aux Studios 13 PA Records en Ukraine, déjà réputé pour son travail avec Grobyc ou Return To Base. La production a été confiée à Dmitry Bastanov ainsi que les parties batterie. En découle donc un album créé de A à Z par Vitaly lui-même, reflet de ses démons intérieurs, de son côté philosophique et misanthropique.
Torturer effectue dans un black/death metal assez mélodie, épique voire technique. Vitaly mise énormément sur les parties purement instrumentales, mettant en avant les riffs malsains de sa guitare et les ambiances sombres dégagées. On se retrouve donc avec une alternance de plans purement black metal ou de plans plus death metal, à l’image d’ « Incarnation » entre autres. A contrario, le côté plus furieux et épique sera présent sur un « Belief in Self Consciousness » suivant de prêt l’introduction instrumentale « Contemplation », solitaire et lancinante.
Les parties chants ne sont donc pas les plus présentes, même si Vitaly profite de certains moments pour intégrer sa voix black. Cette dernière manque souvent de puissance ou de maîtrise mais elle s’incorpore bien à l’univers de Vitaly, privilégiant les atmosphères et non une totale maîtrise de tous ses instruments, comme sur « The Lost Essence » par exemple, même si la guitare ne peut qu’impressionner.
L’Ukrainien ne met pas non plus de côté les claviers, comme l’introduction de « Unity of Stimulus » et ces lignes sombres et presque gothiques, ou encore « Incarnation » où s’intègrent des choeurs ténébreux, une sorte de black symphonique sans en être. Les notes aux claviers sont occasionnelles, présentes pour soulever une ambiance ou un passage fort en particulier et il est clair que Vitaly n’en dépend pas.
On remarquera une différence de production ou de mixage entre chaque morceau. Même si ce n’est pas flagrant, la batterie a comme un son plus lointain tandis que les guitares se taillent la part du lion. Ajoutez à cela un accordement plus grave et plus croustillant sur « Abstraction of Life », ce qui dénote comparé à l’ensemble beaucoup plus aigu de « Belief in Self Consciousness », entre autres.
Torturer livre un album correct, perdu entre la mélodie et la technique. L’assurance est bien présente mais il manque toutefois cette fougue qui permettrait au groupe de se lancer vers quelque chose de plus conséquent, sans non plus perdre son côté très underground.
S’il y a bien une chose que l’on doit retenir quand on parle du metal Ukrainien, c’est que ça ne rigole pas et que la scène black se porte plutôt bien (quoique du côté de Semargl…). C’est le pays qui aura vu naître des formations telles que Drudkh, Nokturnal Mortum ou encore Khors. Ainsi que Screaming Forest, trio originaire de Donetsk, officiant dans un black/death metal à la gloire de Satan. Formé en 2005, le groupe a sorti trois albums en trois ans, donc ce « Holy Satan » démoniaque et pas très éloigné du travail d’un certain Belphegor.
Les titres ne dépassent pas les quatre minutes et s’appuient sur une rythmique vive et acérée, menée par un chanteur guitariste hargneux : chant possédé, alternant intonation black et intonation death, et riffs caractéristiques, peut-être trop bateau dans leur exécution, mais bien dans le bain. L’auditeur se retrouve donc dans un black metal tout ce qu’il y a de plus simple, avec ces relents death metal, mais au moins l’efficacité est au rendez vous, conférant à cet album une atmosphère tantôt malsaine, tantôt religieuse.
L’introduction « Helladise », par exemple, propose des samples de chevaux et de cris, soutenus par des chants quasi sacrés et une symphonique sombre et perturbante. Idem pour « Tyrant’s Anthem » et sa marche presque impériale. Ici, on ne veut pas de lumière, mais du feu et des ténèbres, ce qu’un « Hate Preserving Law » propose bien, avec sa cadence particulière et sa déstructuration de riffs, mené par cette voix décharnée. A contrario, « Sadistic Empire » se concentre sur le rythme et la technique de la batterie, comme influencée par la parole maléfique de Satan.
Que dire de plus si ce n’est qu’il s’agit d’un black metal manquant de moments forts et d’accélérations, ceci à cause d’un manque de variation dans les guitares et le rythme, souvent en mid tempo. Ajoutez à cela une espèce de foutage de gueule en ce qui concerne les introductions de tous les morceaux, quasi identiques, avec ce même claquement de corde et cette même note.
« Holy Satan » est donc un album tout ce qu’il y a de plus convenable en matière de black metal, et ukrainien de surcroît, enregistré aux Beasts Studios et signé chez le label underground More Hate Productions. Cependant, ne vous attendez pas à quelque chose qui sorte du lot, Screaming Forest se baladant sur les terres de Belphegor, entre autres, et manquant de personnalité.
The Horn aura été très productif en 2007, année notable dans la carrière du one man band australien. Celui-ci a en effet sorti six productions, sans pour autant battre l’hyper actif de Senmuth, et pourtant. Ces deux énergumènes ont le mérite d’avoir un autre point commun : leur passion pour la mythologie égyptienne.
Depuis sa formation en 1997, cet homme étrange a su mettre à profit ses influences et ses goûts pour concocter un metal tout ce qu’il y a de plus atypique. Peu ont adopté ce style relativement macabre mais tout de même ambiancé : l’oriental black metal. Ici, on ne mise pas sur une production propre ni sur un sens particulier de l’esthétique. On mise davantage sur l’expérimentation et la mise en valeur d’un black metal cru et malsain dans lequel on embarque l’auditeur à l’intérieur même d’une pyramide, voire d’un sarcophage, en compagnie d’une momie.
The Horn prend pour thématique le Livre des Morts, fameux recueil initiatique pour les défunts désirant aller dans le monde de l’au-delà. Les titres des chansons ainsi que les paroles viennent directement du manuel en question, dans leur traduction anglaise. De ce fait, l’auditeur sait pertinemment à quoi s’attendre et peut comprendre ce dont il est question. Malheureusement, The Horn n’intègre pas les paroles dans le livret et pour comprendre et lire le guide initiatique, il faut posséder le Livre des Morts en question.
L’Australien se démarque assez vite sur cet album en intégrant des éléments très particuliers et qu’on ne retrouvera pas ou peu sur les prochains opus. L’utilisation de claviers symphoniques et pharaoniques par exemple, soulevant un certain côté impérial, comme sur « Spell 69 : for being the successor of Osiris », morceau qui commençait tout de même avec un ensemble raw black et une voix maléfique. C’est ce raw black qui fait la marque de fabrique de The Horn, entre autre, comme sur « Spell 29A » et ses petits relents indus avec ses sons et sa batterie mécanique.
Le multi instrumentiste n’est pas non plus un virtuose de la maîtrise des instruments, mais profite de ses faiblesses pour intégrer beaucoup d’expérimentation, que ce soit au niveau des guitares, de la batterie ou du claviers, comme sur « Spell 70 » et ses bizarreries. Il ne faut toutefois pas oublier que la majorité des titres restent dans une optique orientale, présente dans le riffing mais aussi certaines touches de claviers. Les nappes d’ambiance seront typiquement dans le style ainsi que les parties symphoniques. Sans oublier les morceaux purement ambient et très porté sur le clavier, « Spell 81A » par exemple et son ensemble malsain avec sa voix décharné et inhumaine ou « Spell 28 » et son râle très animal.
The Horn ne tombe pas non plus dans la linéarité, nous offrant un « Spell 32 » aux riffs saccadés, lancinants, avec ces voix très distordues et ces violons perturbants. Une version plus malsaine de la thématique goa’uld de Stargate ? Oui, nous n’en sommes pas loin. Jusqu’à ce que « Spell 125 » nous étonne par sa longueur. Non nous ne rêvons pas, le morceau dure plus de cinquante minutes et pourrait être un album à lui seul. En réalité, il raconte l’arrivée du défunt devant le tribunal, qui déclare son innocence. Il s’agit de plus d’une sorte de confession, avant que la justice examine le cas et interroge le mort. Les cinquante trois minutes en question sont le reflet de cette séquence importante du Livre des Morts, comme si nous y étions. Il y a différentes parties musicale, notamment une intro venteuse, spirituelle et ambiente, une partie plus black et agressive, une partie où l’on entend un choeur grave en arrière plan, une mélodie orientale et un discours incessant, sans doute les paroles du défunt ou les réponses du tribunal et de Maat. On se rapproche ensuite d’une partie plus black/doom, avec la voix maléfique et inhumaine du multi instrumentiste et de riffs irrémédiablement pesants, pour ensuite s’attacher à des claviers plus puissants et égyptiens, avec une ambiance on ne peut plus funéraire. Les flûtes font leur apparition, en alternance avec des guitares, jusqu’à la fin spirituel et très morbide.
« Drawning of the Ancient Sun » est un album étonnant, et de surcroît le seul à porter un nom autre que « Volume » quelque chose ou « The Book of the Dead ». C’est aussi un des rares à avoir un label (Haarbn Productions) et à intégrer des expérimentations aussi poussées. L’oriental black de The Horn est tout aussi occulte que pharaonique, pour un voyage passionnant dans l’au delà.
Depuis pas mal d’années, une chose est claire : il y a de plus en plus de one man bands, et ce, aux quatre coins du monde. Le musicien, souvent multi instrumentiste, n’a donc pas à faire aux nombreux changements de line up qui pourraient affecter l’entente, l’ambiance générale et la constitution d’un album. De ce fait, tout lui revient, que ce soit le succès ou l’échec. De plus, il peut mettre à l’œuvre son savoir faire et sa créativité tout en ayant, si possible, des projets annexes.
C’est le cas de Muhannad Bursheh, créateur de Bouq, un one man band anciennement connu sous le nom de Phex. Ce musicien, œuvrant aussi chez Augury, Tyrant Throne ou récemment Abohotho, a réussi à se faire une place en Jordanie, même si le metal semble y être interdit. La scène du coin est particulièrement intéressante, comptant des formations telles que Bilocate, entres autres. Et quand on évoque la Jordanie, on parle moins d’influences orientales. Bien que l’Israël et son trio Orphaned Land/Melechesh/Salem ne soient pas loin, le pays du site de Petra ne s’aventure pas trop dans l’exotisme. Bouq en est la preuve.
Muhannad avec son « Berserk » nous concocte un album de black/death épique à tendance dark voire symphonique influencé par les mythologies nordiques et germaniques. Rien de très moyen-oriental donc, le titre de l’album, la pochette et les paroles montrent bien cette histoire de guerrier-fauve furieux et surpuissant ainsi que ce cor pour ce qui est de la création du logo.
C’est donc un album bestial et guerrier que nous offre Bouq, nous transportant dans l’enfer des batailles et dans les délices des mythologies. On se retrouve dans une ambiance black épique traditionnelle, menée par des relents death metal rapprochant le son de Behemoth sur certains passages. Enfin l’aspect sombre, relevé par la présence de claviers et d’instruments traditionnels, apporte plus de profondeur à la musique de Bouq, délivrant huit titres aussi mortels qu’un coup de hache sur la tête.
« Berserk – The Grand Raven » nous lance irrémédiablement dans le bain avec ces riffs black épiques, ces percussions guerrières et le growl rageur de Muhannad. Pas de répit dans ce titre inspiré de Conan le Barbare (1982), où l’on peut retrouver une ou deux phrases du film. Libre à nous maintenant de continuer la bataille, à nos risques et périls. Nous pouvons toujours nous aventurer prêt de l’océan et tomber nez à nez avec le gigantesque serpent des mers nordique avec « Jormungander ». La bataille est rude dans ce mélange de black et de death metal, mêlé à des nappes symphoniques signées Waseem Essayyed (Bilocate). Un petit break mélodique apportera tout de même un peu de douceur même si beaucoup de sang a coulé en quelques minutes. Le final du titre est en tout cas bien trouvé, oppressant et embarqué par le solo du guest Rami Haikal (Bilocate).
Arrive ensuite le pavé de huit minutes, pris dans une tourmente et un certain côté mystique, « Heathen » : claviers, choeurs impériaux, aura sombre et douce chaleur. Tambours, cors, cris de guerre, chant féminin planant. Puis le déferlement de riffs, soutenus par ces choeurs et cet aspect symphonique et guerrier omniprésent. Encore une fois, le tout est bien trouvé et surtout prenant, l’embarcation dans la mythologie étant immédiate.
Quoi de mieux que de terminer avec la fin du monde prophétique dans les légendes nordiques ? « Ragnarök » prend donc une touche progressive pour narrer les événements devant se produire. On découvre alors des parties agressives, des parties plus mélodiques, des parties plus lentes ou d’autres centrées sur les ambiances. Dommage toutefois que le final ne soit pas digne de ce nom, car le son est de moins en moins fort jusqu’à ne plus rien entendre lors des dernières secondes. Cela traduirait-il un manque d’inspiration pour conclure un album ?
Bouq a donc de quoi s’imposer, que ce soit en Jordanie ou dans le reste du monde avec son black/death/dark épique efficace et inspiré. Muhanna arrive à nous proposer sa vision des choses en instaurant une ambiance toute particulière tout en produisant et masterisant l’opus dans son propre studio, le Horned Helmet Studio. Si le black épique européen ne vous fait plus envie, penchez vous sur ce gage de qualité made in Jordan signé Muhannad Bursheh.
Depuis sa formation en 1997, The Horn est un réel ovni en matière de black metal, dans la mesure où le sieur multi instrumentiste cherche bien à se différencier de ses acolytes. Bien que guidé par des formations connues telles que Morbid Angel, Mayhem ou Darkthrone, l’Australien a acquis une identité qui lui est propre, et ce, à chaque sortie d’album, chacun apparaissant de manière plus ou moins rapproché.
Mais ce qui influence le plus The Horn, ce sont les mythologies égyptiennes. Ce one man band prend directement sa source dans les contes les plus sombres de cette civilisation, puisant dans le Livre des Morts, un livre sacré en plusieurs volumes censé guider le défunt vers l’au-delà. Le musicien s’évertue donc à rendre musical ces contes et nous comprenons mieux pourquoi il y a onze volumes à ce jour.
La musique de The Horn est donc à la fois exceptionnelle et particulière, mélange de black metal cru, de quelques touches industrielles et d’éléments moyen-orientaux typiquement égyptiens. Les amateurs de production propre pourront donc passer leur chemin car ici, tout est fait de sorte à ce que le son soit crade, comme s’il sortait tout droit du fin fond des pyramides ou des enfers égyptiens. Pas de grande technique non plus au niveau des guitares, dotées d’une distorsion particulière et tournées vers un côté bestial et morbide (« The Portal Closes »). Tout se joue au niveau des ambiances faites par des claviers et des samples, mais aussi au niveau de la voix cadavérique et décharnée, comme si elle se situait entre le corps et l’au delà, comme si l’esprit arrivait à s’exprimer, répondant aux paroles des Dieux Râ, Osiris, ou Hathor.
Le rendu est donc bien occulte, maléfique, maladif et morbide. Son black metal égyptien tourne du côté de l’ambient sur des titres tels que « Spell 146 » (basé sur les Pylônes de Sekht-Ianru, le paradis selon les anciens Egyptiens) ou « Spell 124 (un appel aux quatre puissants esprits aux masques de singe). En général, le rythme est plutôt lent, emmené par des guitares aux relents mystiques et souvent arabisants. Certains titres longs proposent un mélange d’agressivité et d’ambiances orientales pour nous porter encore plus profondément dans ce monde occulte et spirituel. De plus, les paroles sont toutes extraites de la traduction anglaise du Livre des Morts, si bien que l’auditeur peut suivre les péripéties et les contes menant à l’au delà – si toutefois il possède le livre en question. « Spell 66 » par exemple, raconte la sortie de l’âme vers la lumière du jour et la musique se teinte d’éléments torturés, que ce soit dans les riffs que dans la voix écorchée, et « Spell 7 », sur le passage sur le dos de l’abominable Apopi, se rapproche davantage du black/doom avec son rythme décidément lent, ses guitares mi mélancoliques mi plaintives et ce cri particulier.
Les métissages s’imposent davantage sur un « Spell 124 » (pour effectuer des métamorphoses en phénix royal) distillant des percussions traditionnelles, des touches industrielles distordant encore plus les vocaux de The Horn et pervertissant encore plus sa musique. Idem sur « Spell 156 » (pour fixer un talisman en cornaline) qui part en crescendo, avec tous ces éléments orientaux (percus, mandolines, sitar) avant de finir sur un son saturé.
The Horn nous propose aussi des titres totalement basés sur les atmosphères pour que l’auditeur se croit enterré dans une tombe ou momifié dans un sarcophage. « The Portal Opens », par exemple, est le genre de titre qui rend claustrophobe. Des bruits, aussi étranges les uns que les autres, une voix planante et spirituelle en fond, comme une invocation, de l’air qui s’est frayé un chemin à travers les petits et rares conduits d’aération, et j’en passe. Idem pour « Book of Dust » et ses orages, sa pluie, son feu et sa fine mélodie.
Signé chez Shaytan Productions, le label spécial oriental black, « Volume Ten » est un album réservé à tous les courageux désirant se mettre à la place des morts à l’époque de l’Egypte Ancienne grâce à un black metal occulte, spirituel, ambient et quelque peu poussiéreux. La mort physique n’est que le début d’une série de métamorphoses de la conscience, il est donc temps de vous initier aux mystères de la vie et de la mort, en musique…
Que ce soit du death metal (Orphaned Land) ou du black metal (Melechesh), l’oriental metal en lui-même est né du côté de l’Israël, au début des années 1990. Depuis, c’est toute une génération de metalleux avertis qui s’est décidée à suivre les pas de ces précurseurs-ci, puisant leurs inspirations dans le folklore de leur pays et dans le côté extrême de la musique metal.
L’oriental black metal semble faire partie des genres de metal les plus prolifiques au Moyen Orient, la scène en elle-même s’agrandissant de jours en jours et comptant parmi elles les Egyptiens d’Odious, les Bahreïnis de Narjahaman, les Jordaniens de Kaoteon mais aussi les Saoudiens de Al Namrood. Ces derniers sont sans aucun doute les plus actifs car formés en 2008 et déjà auteurs d’un EP et de trois albums. Et pourtant, les conditions de leur pays ne favorisent pas la prolifération du metal en lui-même, l’Islam étant radical et les albums metal bannis. Al-Namrood, depuis le début, s’arrange donc pour tout confectionner à l’abri des regards dans un home studio tout ce qu’il y a de plus traditionnel, tout en se permettant de signer chez le label canadien mais très axé sur l’orient Shaytan Productions.
Al Namrood continue donc son petit bonhomme de chemin avec le dernier « Kital Al Awthan », tout en se disant être « le groupe d’Arabic black metal le plus connu » avec Narjahanam. Ce qui est un fait dans la mesure où peu de formations officient dans le genre. Avec cet opus, les trois Saoudiens suivent ce qui avait été entamé avec le dernier « Estorat Taghoot » centré sur Babylone et la fameuse tour de Babel pour se concentrer sur les racines du monde arabe, avant même que l’Islam soit apparu en ces terres. Il s’agissait de la culture paganiste, comprenant les anciennes croyances des Arabes ainsi que leur démons, djinns, demi-dieux et divinités. L’auditeur est donc porté dans les traditions arabes, soit 1600 ans avant notre ère, ce qui fait un sacré chemin…
C’est avec une introduction significative « Mirath Al Shar », soit « l’héritage du mal » (titre dans lequel on pourrait retrouver un clin d’oeil à la formation tunisienne ‘Myrath‘) que tout commence, le voyage dans les sables orientales se faisant à coup de claviers et de symphonies arabisantes et impériales. Puissantes, mystérieuses et mystiques, l’auditeur est alors pris dans l’univers d’Al-Namrood, qui ne lésine pas sur les claviers et leur apport en éléments moyen-orientaux. Le groupe n’a pas changé sa recette et on retrouve la même patte que sur les opus précédents, même si les claviers deviennent plus précis et plus imposants.
« Min Trab Al Jahel » (de la poussière de l’ignorance) combine la douceur et l’exotisme de l’orient avec la noirceur et l’agressivité du black metal, intégrant une guitare bien raw et grasse, des percussions, des choeurs traditionnels et la voix black menaçante de Mudamer. La musique est à l’image de la pochette mythologique où se côtoient les ténèbres de la nuit et la chaleur du sable.
C’est une immersion totale qui nous est offerte. Al-Namrood raccourcit le nombre des morceaux, écrit ses textes en arabe et se permet de privilégier les parties instrumentales plutôt que les parties chantées, si bien qu’on se retrouve tantôt avec une atmosphère accueillante, tantôt avec une atmosphère guerrière et souvent menaçante. L’ensemble n’est cependant pas très violent, dans la mesure où les blasts sont rares voire inexistants, les accélérations de rythme n’étant pas à l’honneur. Tout est porté sur les ambiances et ce côté authentique flagrant comme sur « Hayat Al Khool » et sa symphonie traditionnelle.
S’il y a bien des morceaux qui marquent, ce sont sans doute un « Kiram Al Mataia » bien dansant et bien méchant à la fois – quoique bien oriental – et un « Wa Man Kan Lil Sufha Entisar » proche de Narjahanam dans l’esprit avec ce côté instrumental très musique de film. Le Moyen-Orient dans toute sa splendeur version black metal. Un régal.
Même si la production a réussi à s’améliorer, les moyens du bord étant légèrement plus conséquents, l’ensemble musical en lui-même n’évolue peu, les morceaux peinant à se distinguer franchement les uns des autres. Les notes sont plus justes, certes, cependant il règne une sorte de cacophonie étrange sur plusieurs titres, tant le mélange guitare/claviers/voix peut laisser à désirer (« Ashab Al Aika », « Al Quam, Hakem Al Huroob »). De plus, le clavier semble être l’élément principal des compositions et étouffe quelque peu les guitares et leur riffings assez simples dans l’ensemble. Quant à la basse, elle semble quasi inexistante, happée par les nombreux éléments arabisants tels que les violons, flutes, percussions, sitars et j’en passe.
Malgré tout, Al-Namrood arrive à offrir un bon album bien que les soucis au Moyen-Orient peinent à diffuser les opus de la culture metal, ces derniers étant souvent anti-religion, et pour cause, les Saoudiens ne se cachent pas d’effectuer dans l’anti-islam (leur nom de scène signifiant « le non-croyant ») et d’essayer de faire découvrir aux gens une nouvelle Arabie. En conséquence, les amateurs d’histoire, d’orient et de black metal ne pourront qu’être ravis de la sortie de cet album qui, tant bien que mal, permet à Al-Namrood de s’imposer une fois encore sur la scène oriental black metal.
Il est dommage que la Géorgie soit si peu connue dans le monde du metal car ce pays cache des petits groupes ayant leur personnalité et leur façon de nous concocter des albums inspirés par la culture locale. Ruins Of Faith est fondé en 2001 par trois garçons qui avec le temps s’avéreront très fructueux, quand on sait que certains d’entre eux font désormais partie de formations telles que Im Nebel ou Valley Lord.
« To the Shrines of Ancestors » est le seul album sorti à ce jour. Signé chez Haarbn Productions, il se compose de neuf morceaux et d’une bonne dose de mysticisme, ce qui peut se voir d’office avec la pochette très chaleureuse et explicite, avec ce soleil, cette tour et cette opposition lumière/obscurité. Rien de très oriental malgré les apparences, toutefois Ruins Of Faith utilise des claviers symphoniques et des nappes atmosphériques afin de les intégrer à son black metal mélodique aux légères consonances pagan.
Parfois proche d’un Nagflar ou d’un Rotting Christ, les Géorgiens arrivent à utiliser la mélodie pour créer une ambiance épique en utilisant la vélocité des guitares et des rythmes. Rien de très brutale cependant, tout se base sur l’harmonie entre tous les instruments et le chant black hargneux de Vasiko, même si les claviers peinent à être utilisés à leur maximum. Car si certaines nappes sont pour la plupart du temps happées par la puissance des guitares, d’autres restent uniquement présentes en début ou en fin de titres (« Father Fire »), et on aurait aimé plus de fusion comme sur « The Everquest » ou « Ruin of Faith ».
Cependant, ce sont bien les instrumentales « To the Shrines of Ancestors », part 1 et 2, qui mettent bien en valeur l’aspect pagan et les claviers, mettant l’accent sur le côté symphonique, les choeurs et les samples de vent. Mais elles ne servent que d’interlude et font finalement un peu tache dans ce black mélodique qui peine à varier : le rythme est toujours le même ainsi que les quelques notes répétitives de claviers en fond. Seul « Mournbringer » arrive à apporter un peu de changement et d’émotion avec ces alternances de parties. Toutefois cela n’empêche pas aux guitares d’être énergiques et à la batterie d’être friande de blast beats, malgré sa mécanicité apparente.
Ruins Of Faith livre un album correct mais manquant de variation, si bien que l’ennui peut vite pointer le bout de son nez. Toutefois, on ne peut renier l’aspect efficace des guitares et de la voix qui embarquent l’auditeur dans ce monde épique et pagan.
Allons du côté de la Syrie au Moyen Orient afin de découvrir le premier groupe de black metal du coin. Formé en 2008 seulement par le multi instrumentiste Demon of Darkness, le one man band officiait de prime abord dans un raw black metal pour ensuite se diriger vers du black ambient, ce qui donna naissance à quelques démos et split cd. Ce n’est que très récemment (2011) que le Syrien se concentre sur un metal extrême mélodique, mélangeant un black metal crade à des sonorités tant occidentales qu’orientales.
En Syrie, il est difficile voire quasi impossible d’effectuer dans le metal et surtout dans le metal extrême. Pourtant, les premiers groupes de death metal ont commencé à percer courant 2000 et c’est à la fin de la décennie que certaines formations black metal tentent de faire vivre leur passion comme justement Blackspell et un Demon of Darkness en forme (membres de plusieurs groupes annexes) ou récemment Dark Promise et Abidetherein.
Même s’il se fait aider de quelques musiciens en studio, c’est bien Demon of Darkness qui s’occupe de toutes les compositions, intégrant des influences black norvégiennes à des influences plus arabisantes, retrouvées autant dans les riffs que dans certaines parties aux claviers. C’est avec un « With Seasons and Wither » que tout se joue et que le Syrien s’en donne à cœur joie, profitant de ses cinq morceaux pour apporter tout son savoir faire, malgré une production très sale et ne mettant pas à profit la cohérence des différents instruments. Toutefois, l’album en question s’enchaîne relativement bien, alternant titre court et titre plus long, atteignant les huit minutes et quelques.
« Amidst the Nightly Mass » débute avec une introduction symphonique et mystique avant de déboucher sur un ensemble massif de riff black et de mélodies orientales. L’agressivité des guitares et de la voix black commune renforce l’aspect froid, abrupte et extrême de la musique de Blackspell, sans pour autant lui ôter sa mélodicité, les riffs principaux envoyant des mélodies parfois épiques, parradées de claviers aux sonorités variées.
A contrario, « The Beauty of My Sorrow » met plus l’accent sur la vélocité des riffs tantôt black, tantôt death, misant aussi sur le côté nature et féerique des claviers, qui dès l’introduction nous apportent son lot d’orchestration et ses clochettes. La progression reste toutefois maladroite entre les parties lentes et les parties rapides, comme cette coupure brusque à 02:47, séparant le passage principal d’un passage plutôt atmosphérique en chant clair avec une guitare froide et arabisante en fil conducteur. Ce n’est que bien plus tard que le côté enchanteur des claviers se mélange avec la brutalité des vocaux et du rythme afin de conférer à la musique de Blackspell un esprit tortueux et raw.
Ce n’est qu’avec l’arrivée de « Witches Hill » que le ciel s’assombrit et que le climat devient tout autre. Si l’introduction se veut très étrange et dans un esprit black voire funéraire avec ces claviers symphoniques écrasants et ces mélodies déstabilisantes à la guitare, ce n’est qu’ensuite que tout prend de l’ampleur, au point de nous gratifier de plus de huit minutes intenses et travaillées, même si une fois de plus la progression reste quelque peu maladroite. Ce qui n’empêche pas la musique de Blackspell d’avoir une once de puissance, puissance que l’on retrouve dans le couplage guitare/claviers entre deux mélodies orientales.
C’est cependant la voix qui manque de force, souffrant de son manque de modulation et de sa banalité. De plus, elle ne s’intègre pas toujours bien aux compositions, ce qui s’avère être à leur désavantage. Malgré tout, elle contribue à perpétuer ce côté raw bien mis en place depuis le début et arrive à apporter un côté démoniaque quand elle ne se veut pas claire, comme sur « With Seasons and Wither » plus direct, bien que minimaliste.
Blackspell nous livre un album intéressant, sans plus. Certes du côté occidental, ce n’est pas une révélation dans la mesure où le black du one man band reste simple et ne sort pas du lot. Mais du côté oriental, ce « With Seasons and Wither » met en valeur la scène du Moyen Orient et fonctionne comme un pas de plus vers la reconnaissance du black syrien.
Au Moyen-Orient, la scène black metal s’étend de plus en plus et ce depuis quelques années seulement. L’apport des nouveaux moyens de communication y est certainement pour quelque chose ainsi que l’accroissement de nombreuses scènes dans le monde entier. En Iran par exemple, on n’est pas si avare que ça en metal extrême et surtout en black metal. Bien sûr, les formations peinent à s’exporter en Europe, entres autres, manque de moyen et de production obliges. Toutefois, il y a un petit one man band qui a réussi à se dégoter le label ukrainien Arx Productions pour la sortie de son premier effort nommé « Darkness vs Light, the Perpetual Battle ».
Fondé en 2010 par Sina après déjà sept ans d’activité dans des groupes annexes, From The Vastland prend comme influence l’histoire ancienne de la Perse afin de faire un black metal mélangé à des thématiques historiques et mythologiques, telles que les guerres ou les événements surnaturels impliquant une lutte entre les ténèbres et la lumière, le bien et le mal, etc, en se basant sur la religion zoroastrisme.
Sina nous propose donc un black metal agressif mais guidé par une guitare mélodique en fil conducteur, malgré de grandes offensives et des blasts souvent continus. Toutefois, les dix morceaux s’enchaînent très bien, dégageant une ambiance épique et guerrière comme sur un « Eternal Antagonist Of Vohu Manah » rappelant les formations déjà existantes dans le genre. Le multi instrumentiste maîtrise tous ses instruments, même si on peut ressentir une différence de production, ne serait-ce que dans la distorsion de la guitare et du son de la batterie.
Tout semble régi par le Dieu du chaos total, du ciel et de la terre, à savoir Ahura Mazda. La musique est tout autant épicée qu’orientale sur un « Dawn », entre autres, dirigé par une guitare arabisante à la manière de Narjahanam. Et puis le symbole divin du feu fait son apparition sur un « The Light of Revelation » bien brutal et nerveux, mené de main de maître par une voix criée très expressive. A contrario, c’est sur « Glacier » que l’eau est mise en scène grâce à un sample de rivière et à une guitare acoustique mélancolique et fraîche.
C’est avec l’arrivée de « Serpent Empire of Angra Mainyu » que les idéologies zoroastristes se font plus imposantes, Angra Mainyu étant l’esprit mauvais représentant le jour et la nuit, la vie et la mort. Le titre est très épique et fait la part belle à une agressivité palpable, mise en œuvre par des riffs violents et épiques à la fois et une voix bien arrachée. Cela se perpétue sur « Thousand Years Of Eternity »/ « Vayu » qui se laissent plus inspirer par la mythologie perse et cela se ressent avec l’arrivée de sonorités plus traditionnelles et de chœurs mystiques.
From The Vastland impose une aura mythologique dans un pays où les péripéties historiques ne manquent pas. Grâce à son expérience, Sina nous offre un bon album de black metal à tendance épique, combinant agressivité et traditions mais n’inventant toutefois pas la poudre. Il n’en reste pas moins efficace tout en jouissant d’une production pas excellente mais acceptable, mettant en valeur le style pratiqué.
Ca fait près de quinze ans que Griffar existe et pourtant, le groupe n’aura pas énormément fait parler de lui, entre la sortie d’un EP et quelques prestations scéniques. Pourtant, cette formation française ne se compose pas d’inconnus, dans la mesure où nous retrouvons Alsvid (Seth, Fornication) mais aussi Darkhian que l’on aura vu dans Loudblast ou encore Black Dementia (et même Fornication). Le sieur a donc plus d’une corde à son arc, son expérience black est pour le coup indéniable et sonne comme un encourageant pour l’auditeur désireux de découvrir Griffar.
Le trio en question officie dans un black metal période 90’s teinté de quelques éléments death, thrash voire pagan et la sortie du nouveau « Monastery » n’est là que pour confirmer le potentiel et la puissance de la musique de Griffar. Chaque membre nous gratifie de ses capacités, Hellskrim apportant son chant black démoniaque, Alsvid offrant de très bons jeux de batterie et le guitariste Darkhian effectuant des lignes assez techniques et recherchées. Les neuf titres en question ne sont ni plus ni moins qu’un hommage au black scandinave, noirs, lourds, brutes mais aussi mélodiques et harmoniques.
Le trio de tête, « Blessed in Lava », « Monastery » et « Relentless Infamy » ouvrent parfaitement l’album avec des rythmiques entraînantes et extrêmement dynamiques, entre le black/thrash de Keep Of Kalessin et le black mélodique furieux de Naglfar. Les riffs et soli sont maîtrisés, laissant parfois place à des parties plus posées véhiculant une aura noire et terrifiante, comme sur « Monastery » et son son de cloche, ou à des parties acoustiques comme sur le premier morceau.
A contrario, des titres tels que « The Demented God » ou « My Wolf Legacy » rappellent sans aucun doute l’univers de Dissection, avec son ensemble au tempo moyen et ses relents épiques et froids, nous octroyant de riffs nerveux et mélodiques et de parties accélérées du plus bel effet. La pression retombe avec un « Diabolical Kingdoms » très court, très posé, très doux, mis en valeur par des guitares on ne peut plus harmonieuses, véhiculant un va et vient de notes lumineuses.
L’album se conclut avec un « Last World » très long, faisant la part belle aux guitares et aux ambiances qui ont bien le temps de s’installer. On aura aussi droit à des parties acoustiques limite pagan et à une continuité sans failles.
Ce « Monastery » aura mis 4 ans pour enfin voir le jour, initialement enregistré en 2007 mais ralenti par des soucis de mastering, d’artwork, des mouvements dans le line up ainsi que le rejet d’un label français. Heureusement, c’est le petit label Non Serviam Records spécialisé dans le metal extrême (Winter Of Sin, Grief Of Emerald) qui s’est chargé de les signer. L’opus est donc abouti, sans non plus révolutionner, mais Griffar arrive à mélanger le black des 90 avec des touches plus moderne afin de sortir quelque chose se situant davantage dans l’air du temps. Les amateurs devraient se pencher dessus au vu de la qualité et du niveau.
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