A la base, ce duo n’était que le projet de l’indien Waterburner, aussi membre du one man band Burn The Water, sous le nom de School Of Dead, jusqu’à la rencontre avec le caverneux suédois Satanic Tony (Demorian, Wintercold), donnant naissance à une toute autre entité, cette fois-ci bicéphale et tournée vers des thématiques plus ésotériques et cosmiques. Le changement de style a d’ailleurs été radical, puisque ce qui était une forme de black/atmo/gothic/indus devient une forme de metal expérimental…
Si chacun a composé ses parties dans son pays d’origine, à savoir l’Inde et la Suède, l’assemblage des éléments est quelque peu étrange vu que nous avons désormais droit à une fusion de drone et d’ambient, pour un résultat avant gardiste. En effet les musiciens, dans leurs projets annexes, ont toujours su se démarquer du lot et proposer des compositions très underground et loin de plaire à tout le monde. Ce sera aussi le cas avec ce nouvel et premier album nommé « Dark Light and the Sprites Song ».
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on change littéralement d’horizon. Magiska Krafter fait ressortir un certain côté rituel, mis en valeur par des chants à la limite tribaux, des incantations, des murmures, des samples de nature et des sons étranges (« The Abyss »), ainsi que des guitares mystérieuses et inquiétantes. Elles offrent sur la majeure partie des morceaux un riff ascendant puis descendant, suivant quasiment le même schéma sur les titres de la série des « Celestial Particles ».
Comme les styles l’indiquent, rien n’est vraiment véloce ou brutal, tout se joue sur l’ambiance. Les guitares bourdonnent et offrent des mélodies nocturnes très spéciales. Quelques instruments locaux font parfois leur apparition sans non plus devenir omniprésents. Quelques bizarreries s’intègrent aussi au sein de cet album, tels que des plages de 10 à 14 secondes, où s’offrent le vide, le bruit d’un éclat ou des bidouilles industrielles. Sans oublier cet hypnotique bruit de fond…
« Dark Light and the Sprites Song » est un album très ésotérique, planant et surtout rituel, dans lequel l’auditeur ne peut que jouer le jeu et se laisser entraîner dans les ténèbres de compositions certes pas variées, mais vectrices d’une atmosphère toute particulière et terriblement malsaine.
La tendance est au post-rock en ce moment, et ce dans beaucoup de courant, que ce soit le black metal ou même le doom. Landforge ne déroge pas à la règle et fait partie de ces formations qui intègrent des éléments avantgardistes et expérimentaux, tout en se rapprochant davantage du rock que des éléments metal à proprement parler.
Originaire du Royaume Uni et formé en 2011, Landforge est le projet solo de Stephan Carter, un homme quelque peu mélancolique. Son état d’esprit se retrouve irrémédiablement au sein de sa musique, et il n’est pas étonnant de se rendre compte que le musicien mélange habilement et mélancoliquement le post-rock et le doom, intégrant autant d’éléments clairs et atmosphériques que d’éléments plus distordus et grésillant. Ainsi, on pourrait définir le style de Landforge comme étant du doom atmosphérique, et encore, les mots sont faibles et il serait inutile de coller tout un panel de termes pour classer son type de metal. Restons-en à expérimental et atmosphérique…
Stephan Carter a tout de même reçu beaucoup d’avis positifs, et ce dès son premier album « Creation Cycle », produit avec les moyens du bord, c’est à dire dans sa chambre. Grâce à internet, il diffuse son œuvre et se fait vite repérer, en particulier par le label underground Arx Productions, qui lui permet d’améliorer sa productions et de corriger certains points noirs. C’est dans cet état d’esprit que né « Servitude to Earth », moins d’un an après le premier opus.
Il s’agit ici de musique instrumentale et de titres longs de plus de sept minutes en moyenne. En général lents, mélodiques et très mélancoliques, ils apportent un souffle tragique à l’univers de Landforge, ce dernier mettant en valeur une alternance de parties acoustiques, metal, post-rock et ambiantes. « First Watch » en est un bel exemple, débutant d’une manière tout ce qu’il y a de plus calme avant d’offrir des riffs metal mais distordus. La batterie énergique finit par ralentir, tel un rythme cardiaque. On pourrait associer la musique de Landforge à celle de la vie, portée par les battements d’un cœur qui accélère puis ralentit, s’emballe se stabilise, s’arrêtant même, et repartant de plus belle (« Enchantress »).
C’est tout de même « Triquetra » qui joue davantage sur la variété, s’approchant même du drone avec ce bourdonnement dans la guitare, même si c’est l’aspect post rock qui prédomine : spacieux, ouvert et minimaliste au possible, il suffit juste de quelques notes pour créer une ambiance et une humeur. Rien de plus, ni de moins.
C’est en partie cela qu’on peut reprocher à Stephan Carter : d’expérimenter sans vraiment le faire. Les six morceaux restent en général pauvres dans leur variation, très simples dans leur construction, sans réelles fioritures. Toutefois, le sieur arrive à imposer son identité et son monde dans des harmonies tout ce qu’il y a de plus désespérantes. Impeccable, finalement, pour ne pas se prendre la tête et s’aventurer dans les méandres d’un univers ouvert à toutes les possibilités d’interprétation, ce « Servitude to Earth » restant un opus plus ou moins accessible en fonction de l’humeur de chacun.
A même pas 17 ans, D.e.v. a déjà plus d’une corde à son arc, membre d’un projet annexe nommé Magiska Krafter en collaboration avec le blackeux Satanic Tony (Demorian, Wintercold) et tête pensante d’un one man band bien différent, tourné vers l’expérimentation et la musique industrielle. Créé en 2011 en Inde, Burn the Water est une autre manière de rendre possible ce qui est impossible, s’inspirant de formations connues telles que Sybreed ou Devin Townsend afin de monter un EP totalement personnel et différent de ce qu’on peut entendre en général.
Du haut de ses quinze minutes, « Eschatological » nous parle de la fin du monde et de l’humanité à travers un metal quelque peu malsain, perturbant et perturbé, reflet même du concept mettant en scène une fille souffrant d’une maladie mentale peu après la seconde guerre mondiale. Les Hindous auront toujours été doués pour nous proposer des univers totalement décalés, comme Amogh Symphony et le très doué Vishal.
D.e.v, lui, emmène l’auditeur autre part, dans les abysses d’un monde en déclin, ce qui s’entend d’office avec la venue du premier titre d’une trentaine de secondes où un échos nous indique que la fin est toute proche. On n’entend que lui, telle une voix étrange nous prévenant d’un désastre. Puis la première partie de « The End » montre tout l’aspect expérimental de Burn The Water qui mélange un discours de détresse à des sonorités industrielles tordues et du morse. Le tout se poursuit sur la deuxième partie, intégrant cette fois-ci les guitares et une ambiance post apocalyptique. Les claviers sont autant mis en valeur que la voix, bizarre certes, alternant growl et chant clair atmosphérique et désespéré sur des riffs simples mais efficaces et révélateurs de l’atmosphère générale.
La venue de « The Scene » ne se fait pas sous les meilleurs auspices, car le côté déjanté et perturbé se fait d’autant plus ressentir, sous couverts de sons électroniques, de riffs planants bien que dans l’esprit mathématique, et de voix bien écrasantes. Certaines touches de claviers et d’arrangements arrivent à être hypnotiques dans cet amas sombre d’expérimentations, aussi étrange soient-elles.
C’est avec la présence de The Siren’s Allure (Techno metal – Etats Unis) que se termine l’EP, proche d’un mathcore côtoyant les caractéristiques de Sybreed aussi bien dans la voix criée que dans l’atmosphère générale, ainsi que des touches death, que ce soit dans les growls et certains riffs. C’est tout de même les sonorités électroniques et les mélodies tordues et malsaines qui prennent le pas afin de ne pas oublier dans quel monde nous nous situons. C’est désolé, perdu, remis en question…
D.e.v. Ne fait pas dans la simplicité et arrive à s’extirper des courants actuels pour embarquer l’auditeur dans les bas fonds d’un esprit perturbé mais innovateur. Tout son potentiel est à affirmer dans un futur full length.