Hybrid (ESP) : Angst

Ξ juin 9th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Experimental, Math Metal |

Hybrid (ESP) : AngstHybrid est né en 2004 de la rencontre de musiciens chevronnés provenant de groupes assez réputés tels que Wormed, Fragments ou Another Kind Of Death. Leur but est de proposer un metal bien différent de leurs formations d’origines, quelque chose de plus expérimental et torturé. C’est ainsi que sort le premier EP, « Beyond Undeniable Entropy » en 2006 puis le très apprécié opus « The 8th Plague » en 2008. C’est après de nombreux concerts auprès de Napalm Death, Tool ou Textures qu’Hybrid s’envole au Portugal aux Ultrasound Studios de Daniel Cardoso (Anathema) avant d’obtenir un mastering d’Alan Douches (Converge, Mastodon) et une signature chez Deepsend Records (Gorguts, Ulcerate). Tout cela a l’air alléchant mais que vaut donc cet album ?

Sur ce nouvel opus, Hybrid base sa thématique sur l’angoisse et la peur (Angst). La musique la retranscrit très bien. Les Espagnols nous proposent un son très organique mettant en avant un ensemble tout expérimental que technique. On nous transporte dans les moments les plus sombres de l’homme à coups de riffs distordus et de structures alambiqués. Les styles se mélangent, on passe facilement du death au math en passant par des tonalités djent, des touches prog, hardcore et moderne. Le metal d’Hybrid est comme une sorte de pot-pourri de styles auxquels on aurait gardé les éléments les plus tordus et malsains. On retrouve de la lourdeur, un peu de polyrythmie, beaucoup de passages complexes, un brin de folie, du growl et des cris. Bref, ce « Angst » s’annonce dès le départ comme un album dérangé et dérangeant.

Le morceau d’ouverture « Flesh Fusion Treshold » en est la preuve. La technique et les expérimentations sont légions et on découvre un assemblage de passages calmes, agressifs ou complètement maladifs. Sans oublier quelques incursions jazzy. Il faut dire qu’Hybrid touche un peu à tout et ne se contente pas que de metal. « Collapse to None » par exemple intègre un peu de clarinette avant de laisser place aux cris perturbés d’Albano. « Self-Implosion » propose du didgeridoo sur un morceau complètement déjanté où les types de voix et de riffs se mélangent.

« Cuando el Destino Nos Alcance » est le seul qui propose un peu de lumière dans cet ensemble distordu. C’est aussi le seul titre instrumental. C’est plus posé malgré des guitares complexes et on retrouve quelques moments à la clarinette à la Aenaon mais sans l’aspect black metal. Cet aspect se fait légèrement ressentir sur « Doomed to Failure » (riffs et voix) avant de nous replonger dans un océan de tourmente et une seconde partie étonnante menée par du sitar, du clavier, quelques notes perturbantes de piano et des murmures en espagnol.

Hybrid livre un « Angst » de très bonne facture où les sentiments les plus sombres dominent. Son metal expérimental véhicule continuellement l’anxiété et nous prend aux tripes tout le long de sept morceaux très travaillés et vivants. On n’en sort pas indemne, si tant est qu’on aime le style…chapeau.

 

Kreepmaster : Supralizer

Ξ octobre 4th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Math Metal |

Kreepmaster : SupralizerL’an dernier, on avait découvert le one man band Kreepmaster, mené par un jeune Hongrois du nom de Péter Csak. Avec un EP instrumental appelé « Prepare to Meet Your God », le multi instrumentaliste avait proposé un Cyber Metal technique aux relents djent, inspirés par les Suisses de Sybreed ou de Breach The Void entres autres. Si l’instrumental est à la mode en ce moment, Peter s’arrange pour rendre ses compositions inspirées et loin d’être monotones, grâce non seulement à un certain talent mais aussi grâce à son amour pour le futurisme.

Ainsi, revoilà Kreepmaster avec son premier full length « Supralizer ». Il ne fait pas la bêtise, comme certaines formations, d’intégrer les morceaux de son premier EP, bien au contraire. Ici, on a du tout neuf et de nouveaux titres aussi dynamiques que mélodiques. « Supralizer » est un voyage dans le cyber instrumental, contrastant la science et la religion, à l’image de cette pochette mettant en totale opposition Moïse séparant la Mer Rouge en deux et un petit astronaute sur une terre lunaire.

L’instrumental a ses avantages et ses inconvénients. S’il permet de montrer les talents des musiciens et de montrer leur technique, il permet aussi de montrer les limites de l’imagination. Les redondances, le manque de chant et la longueur de certaines pistes peuvent amener à l’ennui et au désintérêt profond d’une musique trop souvent exploitée. Péter Csak ne tombe pas dans ce piège et arrive à varier ses compositions aussi souvent que possibles. Ainsi, la guitare fonctionne comme un chant, sans non plus faire dans le neo classique. Accompagnée de sonorités électroniques cybernétiques de qualité, elle permet d’emmener l’auditeur dans ce monde futuriste, parradée d’un rythme souvent syncopé.

« Nexus of Time » commence bien ce « Supralizer » avec un ensemble bien dosé d’électronique et de riffs glaciaux et saccadés, à la cyberdjent. Les atmosphères sont particulièrement froides et relevées par l’ensemble de la programmation, même si certains sonorités sentent le réchauffé. Si dans l’EP on pouvait prétendre entendre quelques refrains, sur cet album c’est beaucoup plus flagrant. Les refrains de « Supralizer » ou de « Infra Trap » par exemple restent collés en mémoire et on regretterait presque qu’il n’y ait pas un peu de chant pour accompagner les mélodies aériennes.

Péter Csak franchit un pas en avant avec le titre « Six Degrees of Separation ». Même si le jeune homme avait déjà effectué quelques collaborations avec des artistes, il ne les avait, à ce jour, jamais invité sur ses compositions officielles. Voici donc Frederic de Cecco de Breach The Void en duo avec le Hongrois, pour un cyber djent alléchant et à deux visages, l’un effectuant dans la rythmique et l’autre dans les leads.

Si les guitares sont à l’honneur dans une bonne partie des morceaux de ce « Supralizer », « Phoenix Lights » se démarque par l’utilisation des claviers et des samples. Pas d’éléments metalliques à proprement parler, il s’agit d’ambient électronique pour un résultat quasi cosmique. Il s’agira toutefois de la seule piste de cet acabit car « Fragments » reprend là où s’était arrêté, avec du cyberdjent instrumental digne de ce nom.

Grâce au travail, à de meilleurs moyens et à la patience, Péter Csak et Kreepmaster livrent un opus très réussi tout un jouissant d’une très bonne production et du talent nécessaire pour attirer les amateurs du genre. L’absence de chant lui permet non seulement de s’affirmer mais aussi de se démarquer des formations cyber abusant trop souvent de la naiserie de certains chants clairs. Tranchant, mélodie et atmosphère sont à l’honneur dans cette belle offrande.

 

Subscale : Fictional Constructs

Ξ septembre 18th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Math Metal |

Subscale : Fictional ConstructsSi à la base Subscale était un projet de « salon », il n’en demeure pas moins maintenant un groupe à part entière, mené par une bande de Croates. Officiant dans un cyber/djent très groovy, à la manière de Substance Black dans lequel l’électronique Igor Ceranic fait partie, le quatuor surfe sur une vague très populaire depuis prêt de deux ans et sort son premier EP, lui aussi enregistré aux Subscalar Studios.

Dès le premier morceau, « Antecedent », on devine l’univers dans lequel nous embarque Subscale. Il sera à la manière de cette pochette, digital et fictionnel. Les samples sont cybernétiques, la musique futuriste, embarquée par des riffs djent efficaces et quelques entrées atmosphériques, est très dynamique. Le chant hurlé rappelle cependant tout ce qui se fait à cette époque, ce côté écorché et agressif, tranchant littéralement avec la douceur des refrains, au chant clair.

Les deux morceaux suivant sont du même acabit, même si « Realization » offre un chant presque intimiste. Ce qui reste dommage, c’est bel et bien le manque de personnalité, car même si Subscale fait partie des pionniers d’un certains type de metal industriel et groovy, il se veut être un ersatz des formations les plus connues en la matière, qu’elles soient cyber ou non.

Heureusement pour eux, les Croates ont intégré des remixes et des versions subsidiaires des titres présentés sur cet EP. Cela permet de se démarquer davantage, avec quelque chose de plus électronique et synthétique, tout en gardant une empreinte metal. Le « Antecedent v1.2 » possède un côté plus relevé, grâce à cet enrobage électronique et sa mélodie hypnotique au clavier. Le « Fictional Constructs v2.0 » se retrouve plus prêt de l’électro/techno, laissant plus d’importance au rythme qu’au chant.

Subscale va vraiment devoir s’accrocher pour se démarquer et sortir du lot. C’est moderne, c’est digital, c’est groovy et technique, mais cela ne suffit plus : il faut cette petite part de personnalité, ce truc qui fait la différence, et qui permet à tout un chacun d’écouter une formation qui, malgré ses influences, arrive à proposer des compos variées et non basées sur un même schéma. Ceci dit, cet EP est le premier, et il n’est pas déplaisant du tout, bien au contraire. Il faut seulement aimer les impressions de déjà-vu…

 

Tyrant Of Death : Cyanide

Ξ septembre 11th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Math Metal |

Tyrant Of Death : CyanideIl faut croire que Tyrant of Death affiche une certaine baisse de régime depuis quelques temps. D’une part, les sorties de ses albums digitaux sont de plus en plus éloignées, et d’autre part, la qualité de la musique en pâtit. Ce one man band canadien est peut-être en train de perdre l’inspiration nécessaire à la création de bons opus, et pour cause. Si l’arrivée de ce « Cyanide » aura été attendue, sa mise en bouche est cependant très amer.

On est loin du génie créatif d’un « Parasite » ou d’un « Alice’s Heroin Wonderland ». Tyrant of Death, tout comme le présageait « Re-Connect », s’embourbe dans ses idées, mélangeant ce qui a déjà été fait avec un soupçon de nouveauté. Sur cet opus, le Canadien se libère de Lucem Fero et adopte davantage de samples, comme le montre l’éponyme « Cyanide » ou « Cervical, Ossicle, and the Root of Unity ».

Il conserve sa patte particulière, ce cyber/math ultra mécanique et polyrythmique aux consonances synthétiques très prononcées sans toutefois innover et apporter ne serait-ce qu’un petit peu de surprise. Les compos, froides au possible, se ressemblent quasiment toutes, sans permettre à l’auditeur de poser ses marques, ce dernier étant perdu dans un flot de riffs stridents et de bidouilles cybernético-industrielles (plutôt bonnes, il faut l’avouer).

Tyrant of Death a de ce fait du mal à nous embarquer dans son monde déshumanisé. On peine à se prendre au jeu tant on connaît la musique. Cependant, il faut reconnaître certaines prises de risque, notamment le côté torturé et brutal de « Unworthy of Life » avec ces cris et ces bruits proches de ceux des scies chirurgicales, le futuriste et robotique « The Anatomy » affichant une bonne dose d’éléments cybernétiques, le rapide « The Invasion » ou le planant « Trillion’s of Miles Away from Home », offrant un petit voyage dans l’espace avec une sorte de cyber atmo proche des conclusions de Sybreed sur ses derniers opus.

La musique du Canadien est à l’image de sa nouvelle pochette : grise, inhumaine mais aussi fade et sans surprise. Malgré une volonté certaine de bien faire, cela ne suffit pas à nous envoûter. Ce multi instrumentiste, non…ce robot (!) a tellement composé en peu de temps qu’il semble avoir perdu un peu de son savoir faire et sa manière de nous faire participer à un ensemble certes original, mais trop exploité ces dernières années. La suite dans quelques mois.

 

Doppler (ESP) : Apophenia: Type I Error

Ξ août 11th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Industrial Metal, Math Metal |

Doppler (ESP) : Apophenia: Type I ErrorIl existe des tas de styles de metal bien différents les uns des autres, mais il semblerait que beaucoup de pays se laissent influencer par les tendances actuelles, à savoir le metal moderne et expérimental à coups de structures mathématiques et de touches industrielles. Doppler, originaire de Madrid, ne déroge pas à la règle et se laisse embarquer dans cette immense vague de formations aux relents polyrythmiques. Cependant, le quatuor ne tombe pas pour autant dans la facilité et il faut dire que pour un premier opus, les Espagnols arrivent à sortir du lot avec un math/indus loin d’être totalement banal.

En effet, les musiciens ne se contentent pas d’intégrer un max de technique afin de se faire comprendre. Certes, les influences vont de Meshuggah en passant par les petits jeunots de The Interbeing pour ne citer qu’eux, mais en tout cas, le mix de parties brutales, expérimentales, death metal et ambientes font de ce « Apophenia: Type I Error » un album quelque peu à part. Même si le visuel rappelle le design cybernétique des récentes formations, Doppler s’en éloigne et nous emmène dans une autre machine : le cerveau humain. Nous suivons donc les différentes phases d’un esprit torturé et schizophrénique, si bien que ce côté perturbé se retrouve irrémédiablement dans la musique, grâce à des hurlements maladifs, des saccades perturbées et une arythmie omniprésente (« The Delinery and the Giant » ou le trio des « Falling »).

Dès « Pareidolia », on sent ce côté mathématique couplé à l’indus, mais ce dernier est loin d’être omniprésent, bien au contraire. Soit il appuie certaines parties, soit il créé une ambiance toute particulière, mais ce sont bien les guitares et les cris d’Albano qui mènent la danse, en mettant l’accent sur une agressivité certaine. C’est tranchant, rentre dedans, loin d’être gentillet ni lumineux, tout est fait pour que l’auditeur se croit perdu dans cet esprit malade. Même si « Asynchronous Forms » paraît un chouillat plus facile d’accès avec son ouverture très moderne et embarquante, on a vite fait de tomber dans les expérimentations de Doppler, qui n’hésite pas à intégrer quelques pig squeals ainsi que quelques riffs proche du death metal. Sans oublier ce break très meshuggesque.

Malgré un groove immense et forcément un peu lassant sur la fin, on peut vite ressentir certaines linéarités, notamment au niveau du chant, trop souvent hurlé et peu modulé (hormis les quelques pig squeals et cris à tendance black), des guitares trop carrées, et du manque de variation au niveau du rythme. Peu voire pas d’accélérations dignes de ce nom viennent contrebalancer ce tempo plutôt moyen, ce qui reste dommage. Heureusement toutefois qu’il y a l’indus et d’autres styles extrêmes pour diversifier cet opus.

Doppler livre un album tout à fait correct, s’avérant être bon au fil des écoutes. Le temps nous donne toutes les clés nécessaires pour apprécier la musique du quatuor, ces derniers pouvant apporter un peu de sang frais à l’Espagne, avec en plus une production signée Jacob Hansen (Heaven Shall Burn, Raunchy, Aborted) après un passage aux Sadman Studios.

 

Tyrant Of Death : Re Connect

Ξ mars 29th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Math Metal |

Tyrant Of Death : Re ConnectIl y a toujours eu des musiciens très prolifiques, et ce dans n’importe quel type de musique. Alors que certains prennent le temps de peaufiner leurs compositions tout en espaçant considérablement les dates de sortie, d’autres trouvent le moyen de composer sans relâche jusqu’à ce qu’album s’en suive. Certains connaissent sans doute Senmuth, auteur d’une vingtaine d’albums digitaux par an (à ce jour le multi instrumentiste le plus productif). Mais on connaît moins le Canadien de Tyrant of Death.

Ce projet qui, à la base, était un projet solo, est rapidement devenue une entité bicéphale courant 2011, l’année la plus chargée pour Tyrant of Death. Si 2010 avait prouvé que le combo était capable du meilleur comme du pire, l’année suivante aura été l’année de la révélation, avec une série d’albums allant de « Parasite » à « Alice’s Heroin Wonderland ».

Il y a à boire et à manger dans ce que fait Tyrant of Death. Comprenez par là que toute la discographie du Canadien n’est pas forcément parfaite. Si les fanatiques y voient la naissance d’un nouveau génie, il s’avère que ce génie peut, à la fois, être en panne ou en période de grande inspiration. Mais tout tourne autour d’un style musical en particulier : le cyber/math metal. En effet, depuis le début, le multi instrumentiste Alex a opté pour une musique mathématique, ultra polyrythmique et aux tonalités djent, parradée d’éléments mécaniques, synthétiques, froids et robotiques pour un résultat déstructuré, technologique et plus ou moins futuriste. On peut donc y voir le célèbre mélange Fear Factory/Meshuggah, Tyrant of Death se rapprochant de ce fait de Sybreed sans la New Wave, de The Interbeing sans l’alternance de vocaux, et de Bypass sans le côté jeu vidéo.

Si les débuts se trouvaient sous le signe de l’instrumental, l’arrivée du chanteur tunisien Lucem Fero a permis à Tyrant of Death de s’octroyer quelques morceaux chantés afin de mettre en valeur ce coté hyper déshumanisé et mécanique. Cela reste encore le cas sur le nouvel opus, « Re Connect », cinq mois après la sortie de « Alice’s Heroin Wonderland ».

L’album reprend là où le premier « Connect » s’était arrêté, l’expérience en plus. Tyrant of Death ne change pas ses habitudes, nous offrant un artwork une fois de plus mécanique et robotique, symbole du futur de l’humanité. Musicalement, on est de nouveau proche des anciennes sorties, avec ce côté post apocalyptique et décadent, mis en valeur sur l’introduction de « Fibers of Destruction » et sa phrase d’accroche « You’ve been living in a dreamworld here…this is the world as it exists today » suivie de riffs polyrythmiques à s’en exploser la tête.

Tyrant of Death nous gratifie toutefois d’une introduction ambiente, « Enigma Equation », aussi cybernétique que possible, idem sur un « Transmogrification » très cyber/math où les riffs syncopés à la tonalité djent côtoient le chant torturé de Lucem Fero. La batterie mécanique nous en fait voir de toutes les couleurs avec ce déferlement incontrôlable et ces sonorités électroniques à l’arrière goût d’acier. On ne croirait pas qu’un humain ait composé ça tant c’est machinisé.

Si « Lick the Frequency » joue sur les ambiances et ce côté lourd (avec, en prime, la mélodie de la chanson de l’alphabet en plein milieu), « Materialised Ignorance » amorce avec quelques rares notes de piano et une voix de femme synthétique. Idem pour « The Subjugation of Man », futuriste et cybernétique au possible.

Malgré tout cela, il y a bien quelque chose (voire même plusieurs choses) qu’on peut reprocher à Tyrant of Death : sa trop grande linéarité. Le Canadien aura tellement composé qu’on sent que sa musique tend à tourner en rond. En plus de ça, les riffs carrés et techniquement djent ne peuvent qu’accroître cette sensation de répétitivité tout au long des morceaux, si bien que trop de djent tue le djent : la suite de la carrière de Tyrant of Death s’annonce imbuvable si le musicien continue sur cette lancée. Il va falloir penser à diversifié son jeu et ralentir la productivité s’il veut garder son public en haleine aussi longtemps que possible. Preuve en est, la reprise du « Hell Is Here » d’Ektomorf (crossover hongrois) se veut être un des meilleurs morceaux de ce « Re Connect » avec cette version cyber/math très travaillé et ce côté très décadents et synthétique. Un vrai régal, surtout quand arrive le final prenant. Meilleur que l’original mais justement, ce n’est pas une originale du Canadien…

Tyrant of Death arrive quand même à faire une musique qui se repère parmi cette flopée de groupes de djent. Idem en ce qui concerne le cyber, il a de quoi se démarquer, proposant même une des meilleures mixtures du genre. Ce qu’on lui reproche le plus, c’est la répétitivité, malgré cet aspect extrême dans l’enchaînement des riffs et cette expérimentation sans faille. Toutefois, si vous appréciez le mélange math et cyber avec les tonalités djent, vous ne risquerez pas de perdre votre temps, à moins que vous connaissiez la discographie complète de Tyrant of Death, auquel cas vous ressentirez cette baisse de régime…

 

Synthetic Breed : Perpetual Motion Machine

Ξ décembre 14th, 2011 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Math Metal |

Synthetic Breed : Perpetual Motion MachineBeaucoup d’eau aura coulé sous les ponts entre les premiers efforts de Synthetic Breed et les derniers. En effet, le combo australien, né à Melbourne en 2002, est passé d’une sorte de neo metal avec des éléments industriels à un cyber metal mélangé djent et death metal. Autant dire qu’on change du tout au tout et les membres doivent alors moduler la technique et le plan de jeu. Autant dire que ce n’est pas si facile que ça…

Influencée comme beaucoup d’autres par le mélange Strapping Young Lad, Meshuggah et Fear Factory, cette formation expérimentée a su reprendre en partie le travail de Sybreed (portant à peu de chose près le même patronyme), utilisant un nombre incalculable de riffs techniques, syncopés et polyrythmiques soulevant un certain aspect mécanique et carré. Cet effet est relevé par une batterie arythmique mais aussi des samples futuristes et des claviers sombres et décadents aux sonorités électroniques plus ou moins mises en avant selon les morceaux. Ajoutez à cela un chant alternant growl, cri et parties claires, et vous avez Synthetic Breed.

Il est évident que le cocktail n’est pas nouveau, ce style de cyber metal se développant énormément depuis la fin des années 2000. Mais les Australiens le font bien, et n’hésitent pas à intégrer des touches black et souvent death au sein de ses compositions, afin d’aérer et de varier son propos. Le côté progressif joue aussi beaucoup, concept oblige : tout n’est que structure, et donc artifice, dans un monde régulé par la thermodynamique ou l’anticanon.

Synthetic Breed nous propose alors onze titres possédant pas mal de groove dans l’ensemble, mettant l’accent sur la technique des riffs, la hargne du chant et les ambiances sombres et particulièrement étranges. L’électronique agit comme un enrobage, à la manière d’un « Slave Design » de Sybreed, sans toutefois posséder son extrême agressivité. Les harmonies sont toutefois bien opérées, comme sur le pessimiste « Oblivion » ou le furieux « Beyond the Sphere of Reason » et son break djent typique.

A l’inverse du précédent opus « Catatonic », « Perpetual Motion Machine » puise sa force dans le côté effrayant de certaines parties, mettant en valeur le destin tragique de l’humanité. Parfois proche du « Terminal Code » de Cruentus sur « Molecular Self Assembly », cette offrande nous gratifie de riffs très maîtrisés et accrocheurs accompagnés d’une atmosphère particulière rappelant parfois Born of Osiris. En effet, on n’est pas à cent pour cent dans le cyber mais parfois proche d’un deathcore aux relents djent évidents.

Cependant, l’album souffre d’une production approximative en ce qui concerne la batterie qui ne claque pas assez là où ça aurait pu faire mal, sans doute trop en retrait par rapport aux instruments et surtout aux guitares qui font la part belle aux ambiances souvent mélancoliques, à la manière de « Mirrored Reflections » entre autres. La voix criée aussi peut être gênante si on y fait trop attention, elle manque de modulation et de profondeur, sauf dans les parties claires à la Scar Symmetry. A contrario, un « Afflictions of Advancement » mise beaucoup sur l’alternance death/math metal en proposant quelque chose de plus agressif et rentre-dedans, mettant en valeur un rendu assez aliéné et maladive avec ces riffs déjantés et cette ambiance électronique malsaine. La fin, elle, change radicalement de bord, car atmosphérique et sereine.

Synthetic Breed signe un opus assez réussi et en adéquation avec sa personnalité, malgré des influences évidentes. La direction prise sur ce « Perpetual Motion Machine » est véritablement dans l’air du temps, sans non plus suivre bêtement le travail des pointures du style. A écouter, malgré ces quelques défauts qui peuvent encore être corrigés.

 

Vildhjarta : Masstaden

Ξ novembre 23rd, 2011 | → 9 commentaires | ∇ Math Metal |

Vildhjarta : MasstadenQu’on le veuille ou non, depuis l’avènement de Meshuggah, une horde de groupes essaie d’effectuer dans le même registre, s’évertuant à officier dans un metal expérimental, technique et progressif à souhait, jouant avant tout sur la polyrythmie et la dissonance des riffings. Ce style de jeu prendra vite le terme de « mathcore », pour l’aspect mathématique dans l’exécution des riffs ainsi que pour le mélange avec certains éléments provenant du metalcore. Le terme « djent » est aussi mis en circulation depuis peu maintenant, afin de qualifier le ton de la guitare.

Si l’on avu la naissance de groupes tels que Periphery, Texture ou Tesseract ainsi que leur ersatz, certains tels que Cruentus ou The Interbeing ont réussi à intégrer un panel de nouveautés et d’éléments cybernétiques, faisant ressortir leur musique de cette masse devenue quelque peu volumineuse. Mais alors que l’on aurait pu croire que le mathcore tournait en rond, surtout au cours de ces années 2010-2011, les pales copies devenant (trop) nombreuses, un petit groupe suédois sort de l’ombre, après une formation récente et une démo « Omnislash » ayant déjà récupéré de très bons avis.

Qui sont donc les membres de cette formation au doux et étrange nom scandinave ? D’où sortent-ils ? On se le demande bien, car ces sept garçons dans le vent ont réussi à percer le tissu noir enfermant tous les groupes de « djent » dans le même panier. Les voilà donc chez Century Media avec une production signée Jen Bogren (Opeth, Devin Townsend) pour la sortie de « Masstaden », prenant le nom d’une ville. On vise le sommet, on voit tout en gros, peut-être devrions nous nous poser la question quant à la sincérité de ces membres, prétendant faire quelque chose d’aussi organique que possible. Qui a évoqué le terme « commercial » ? La moindre prononciation de ce mot serait une erreur, car Vildhjarta est loin de faire quelque chose d’accessible ou de conforme aux formations sus-citées. Bien qu’inspiré par Meshuggah, le combo fait quelque chose d’extrêmement expérimental et dissonant, les oreilles les moins aguerries auront sans doute du mal à se faire à cette cascade de technique et de parties arythmiques.

Mais ceci ne fait pas tout dans la musique de Vildhjarta, qui bien qu’usant les guitares à un niveau extrême, arrive à faire ressortir une âme et une personnalité atypiques. La pochette et les introductions de « Shadow » et « Dagger » pourraient nous induire en erreur sur le style pratiqué. Non il ne s’agit pas de goth metal, il ne s’agit pas non plus de doom. Il s’agit bien d’un mathcore, mais un mathcore loin d’être survitaminé ou bourré d’hormones. Vildhjarta ne fait absolument pas dans la rapidité ni dans l’agressivité accrues. Ici, l’auditeur se retrouve au sein d’atmosphères : sombres, lugubres, inquiétantes, elles forment un contraste net avec cette polyrythmie des riffs. Les claviers sont donc bien mis en avant, à la manière d’un Born Of Osiris revisité (« Benblast »), et se retrouvent accompagnés d’une batterie et de deux guitares maîtrisées au possible. Les jeux sont expérimentaux et progressifs, si bien que tout s’enchaîne, sans retour en arrière. Pas de refrain ni de couplet « type », nous suivons les péripéties narrées dans les fables de Vildhjarta, péripéties ponctuées par des interludes instrumentales du plus bel effet (« Ostpeppar », « Nojja »), où tout se joue sur les harmonies effectuées à la guitare, parfois acoustiques.

Le chant n’est pas un élément important, en témoigne son caractère occasionnel. Même si les chanteurs sont au nombre de deux, on remarquera que ce chant est utilisé à bon escient, afin de ne pas noyer les compositions de parties hurlées et passionnées. « Dagger », entre autres, montrera une alternance chant crié/growl tandis que « Traces », lui, sera plus avare en chant le long de ses six minutes, mais des parties chantées en clair se feront entendre, relevant le côté mélancolique et glauque des compositions. Une fois encore, le côté arythmique prend le dessus, le rythme ralentissant, s’accélérant, s’arrêtant, repartant de plus bel, guidé par des riffs syncopés et dissonants.

Une autre pièce maîtresse de l’album se voit incarner en « All These Feelings », essentiellement basé sur les émotions. Les guitares savent tout aussi bien se faire discrètes qu’agressives, à mesure que les claviers nous gratifient d’ambiances lumineuses et sombres à la fois. Un son strident et dissonant nous accompagne de temps en temps, pendant que les cris et growls perdurent jusqu’au moment fatidique : la pause aux alentours de 04:00 nous offre une atmosphère remarquable, où légères notes acoustiques à la guitare accompagnent un battement de cœur. La dissonance reprend ensuite de plus bel afin d’imiter ce même battement.

Ce « Masstaden » n’est pas qu’un simple album de mathcore. Vildhjarta arrive à originaliser un temps soit peu le genre, et même si certaines influences sont là, l’ensemble n’en reste pas moins atypique et différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre ces derniers temps. Un opus qui peut se vanter de figure au panthéon des meilleures sorties de l’année.

 

Cruentus (PL) : Terminal Code

Ξ septembre 5th, 2011 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Math Metal |

Cruentus (PL) : Terminal CodeDepuis sa formation en 1999, les polonais de Cruentus n’en finissent pas d’évoluer, de développer leur jeu et leur style. Au fil des années, concert après concert, le combo, malgré les changements de line up, s’est forgé une certaine identité, attachée à l’air du temps. Débutant avec un black indus/sympho mystérieux sur « Event Horizon », Cruentus a étoffé ce côté industriel tout en acquérant un style peu courant mais de plus en plus en vogue, devenant pour ce « Terminal Code », une entité cyber et mathcore. Proche de The Interbeing, de Mnemic ou encore de Sybreed, Cruentus avec la sortie de ce nouvel opus en 2010 change les codes et embarque l’auditeur dans un autre monde, bien différent de ses débuts.

Les polonais adoptent un concept totalement adapté au genre, s’inspirant des préoccupations actuelles mais aussi de certains thèmes visionnaires voire science fiction. « Terminal Code » parle donc de la réalité urbaine contemporaine, de la conquête de la perfection humaine et technologique, de l’algorithmie de chaque aspect de notre existence, de la mécanisation d’un homme vouant un culte énormissime au domaine de l’high tech, et ce vu à travers les yeux d’une entité faible, prise au piège par de rapides mutations émotionnelles, la conduisant dans le tourbillon infinie de la folie et de la décadence…

A l’instar de groupes actuels, Cruentus nous mélange des éléments core, une grosse polyrythmie des riffs et des beats, ainsi que des sons industriels voire même des lignes de chant à la Fear Factory. Ainsi la voix claire de Hyeev tend parfois à prendre les mêmes intonations que Burton C. Bell, comme sur « Contortion » ou « Inhale Exhale ». Hormis cela, nous nous retrouvons la majeure partie du temps avec un chant crié très core, très strident, mais bien adapté à la musique et à la distortion des riffs, qui prennent souvent un aspect saccadé très mathématique voire mécanique. A la manière de Mnemic ou de Sybreed, Cruentus ne lésine pas sur cette technique guitaristique qui, couplée aux claviers futuristes et cybernétiques, ne peut qu’accentuer ce côté déshumanisé et décharné. « Neuro City Agenda » fait partie de ces morceaux rafraîchissants et efficaces que nous concoctent les groupes de metal modernes, tout en nous gratifiant d’ambiances extrêmement adaptées au concept et au genre.

Cruentus a inspiré et continuera sans doute d’inspirer de nouvelles formations, comme en témoigne « Unthinkable Complexity », pilier de l’album, résolument proche de ce que nous a offert The Interbeing en 2011 avec le « Edge of the Obscure ». Tantôt rude et atmosphérique, sombre et terrible, il est le reflet même des problèmes contemporains et futurs. Mais un « Fractal Architecture » et ces beats mécaniques et déstructurés ne peuvent qu’évoquer les usines et les fabrications en chaînes de machines, ainsi qu’un « Simsense XP », mettant davantage en valeur les effets électro/futuristes.

Mais dans le domaine, c’est sans aucun doute l’éponyme qui nous embarque encore plus dans un univers cybernétique, d’où ces changements de rythmes, de riffs, presque death sur certains passages, lourds et immersifs, de chants, tantôt core, tantôt synthétiques, tantôt saturés, et de lignes de claviers, ces dernières se rapprochant de celles présentes sur le « Event Horizon », étranges et perturbantes. Et ce final pessimiste sur « Paradigm »…

Toutefois, comme sur le dernier album, certains défauts de cohérence réapparaissent, comme, parfois, ce manque d’emboîtement des instruments, ou une certaine faiblesse du chant crié, heureusement ce n’est pas non plus fréquent. Mais le jeu et la technique se sont améliorés, au profit d’un ensemble plus soutenu et agressif, peut-être moins profond que les anciennes productions. Cependant l’originalité reste de mise, et l’ensemble attractif, si tant est qu’on aime le style, « Terminal Code » se définissant tout de même comme l’album révélateur de Cruentus dans toute l’Europe.

 

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