Un souffle de vent…une mélodie mélancolique…une atmosphère froide et désespérée…
A eux seuls, ces quelques mots pourraient suffire à décrire la musique d’Imperial Black Ceremony, one man band français de black metal. Pas besoin de chercher les grands mots pour qualifier un opus aussi beau et déprimant à la fois, aussi suave qu’agressif. Et pourtant, il va falloir en parler un peu de cet opus, sorti il y a quelques semaines déjà.
Le maître à penser Vidar aura mis prêt de quatre ans pour en arriver là, en produisant tout chez lui. Ici, nous avons à faire à bien plus que du black mélodique. Il s’agit avant tout de black ambient aux atmosphères dépressives. Il ne faut donc pas s’attendre à une production en béton, bien au contraire, mais à quelque chose d’assez raw, plutôt influencé par Burzum et consorts. Le rythme est loin d’être rapide, le chant plaintif et écorché n’est pas omniprésent et les guitares crues sont loin d’avoir le premier rôle.
En réalité, à l’instar d’un Profanum, tout se base sur les claviers. Si à la base, ce projet devait être de l’ordre du black symphonique, il subsiste tout de même quelques traces, notamment la présence continue des claviers. Ces derniers créent l’atmosphère à mesure que les autres instruments la perpétuent. Le tout sonne froid et sombre, mélancolique et torturé. Il y a malgré tout un envoûtement mystique, à la manière de cette pochette où plusieurs moines se dirigent vers un drôle d’édifice.
Les plages sont principalement très calmes, très enveloppantes, bercées par des mélodies sombres. Le vent sur l’introduction et « Desesparate » accompagnent les différentes mélopées, le piano de « Take My Breath and Leave Me Dead » enfonce encore plus l’auditeur dans une atmosphère désespérée voire occulte, à la manière d’un « Since the Creation » de Samael sur « Blood Ritual », avant l’arrivée des guitares et du chant black.
Malgré ces indéniables qualités, on reste sur notre faim. D’une part, les pistes sont très courtes. Il est vrai qu’elles possèdent chacune leur petite touche mais on aurait aimé qu’elles durent un tout petit plus longtemps, histoire d’apprécier les ambiances à leur juste valeur. D’autre part, la production pêche. Le raw en soit n’est pas gênant, bien au contraire, il apporte beaucoup à ce disque. Il s’agit surtout de la batterie, qui sent le synthétique à plein nez et qui peine à varier ses rythmes. C’est toujours pareil avec les mêmes enchaînements. Pour tout dire, si elle avait été supprimée, ç’aurait été tout aussi bien.
Un souffle de vent…une mélodie mélancolique…une atmosphère froide et désespérée…
Nul besoin d’en dire davantage…
Darkness Embrace est tout jeune dans le milieu du metal extrême. Formé en 2007, le line up se complète en 2009 et engendre un tout premier rejeton, un EP tout particulièrement, en cette année 2012. On ne peut pas dire grand chose de ce groupe originaire de Bourges qui se fait plutôt discret, si ce n’est qu’il est très influencé par la scène black mélodique scandinave, et qu’il intègre dans ses compositions un instrument hors du commun : une vielle.
Le quintette fait dans la tradition des Sacramentum et Dissection, c’est à dire un black mélodique entêtant et épique. Les guitares mènent la danse du début à la fin, que ce soit dans le rythme ou pendant les solos, tandis que le chant alterne cri black et growl hargneux le temps de cinq morceaux. Pas de fioritures ni d’éléments plus modernes, Darkness Embrace fait dans le black mélodique pur jus avec quelques influences death, que ce soit sur le long « Memoria » ou sur certains passages des autres titres.
Les atmosphères sont lugubres et plutôt sombres, à l’image de cette illustration réalisée par une certaine Skull_Revenge (que certains ici reconnaîtront). L’EP en question dépeint les dépravations et le désespoir de l’humanité, ce qui se fait ressentir sur le titre introducteur « As a Despair’s Ring » avec ses riffs malsains et ses traditionnelles cloches, mais aussi sur « Oceans of Perdition » et son chant black torturé.
Le tout a beau être entraînant et dans une bonne veine black mélodique, la production reste mauvaise et peu adaptée. La place des instruments est de ce fait inégale, les guitares restant en pôle position avec la voix. La basse arrive quelques fois à bien se démarquer comme sur « As a Despair’s Ring ». Toutefois, on peine à entendre les claviers, très discrets voire très effacés, les nappes étant complètement noyées par cette production décousue.
Ce « An Eternal Mirror » reste encourageant et dynamique, non loin des compères suédois. Cependant, il lui manque beaucoup de force, sans doute dû à son inégalité mais aussi à son manque de clarté. Nul doute qu’avec une amélioration au niveau de la production, le tout révélera une grande cohérence et une certaine puissance. A suivre de prêt donc…
La fin 1990/début des années 2000 aura été une période très solide dans le domaine du metal mélodique et surtout du metal extrême mélodique. Children Of Bodom aura accouché de trois albums en 1997, 1999 et 2000 (« Something Wild », « Hatebreeder » et « Follow the Reaper »), amenant de ce fait une nouvelle vague et engendrant un style très hybride entre power metal, black metal et néoclassique. Kalmah aura eu le temps d’enregistrer son premier « Swamplord » en 2000 dans un genre black/death mélodique très racé. Et Skyfire, quant à lui, démarrera sa prometteuse carrière printemps 2001 avec « Timeless Departure ».
En Norvège, le black symphonique connait ses plus belles heures : Dimmu Borgir s’est trouvé une nouvelle sphère, Emperor est sur le point de sortir son dernier album, Limbonic Art a déjà une belle carrière derrière lui et Arcturus a bien décollé avec son black symphonique avangardiste complet.
Quant au death mélodique, il est très en vogue, et en particulier le made in Sweden, que ce soit celui de In Flames ou de Dark Tranquility. Skyfire n’est pas originaire de Göteborg mais de Höör et ne s’est pas contenté que de s’influencer de ses pères pour créer une musique qui deviendra, avec les années, bien caractéristique et personnelle. En réalité, le quintette du début a plutôt pioché des idées à droite et à gauche, des idées en vogue il faut dire, afin d’ajouter sa patte et d’en sortir des compositions totalement originales. C’est ainsi que du mélange du néoclassisme de Children Of Bodom, du death mélodique suédois et du black symphonique norvégien qu’est née la formation de Höör.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Suède est loin d’être le pays du sympho extrême car on le connait beaucoup plus pour son death metal. Poutant, Skyfire, en 2001, va être le pionnier du black/death/mélodique/symphonique dans son pays. Preuve en est encore maintenant : les formations du genre ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Malgré tout, rien ne prédestinait totalement ce groupe à un avenir brillant, car non seulement Children Of Bodom vivait ses meilleures heures mais en plus les scènes death mélodique et black symphonique offraient à ses auditeurs des albums d’exception. Enfin, la musique de Skyfire était loin d’être parfaite. Le groupe naquit donc dans l’ombre des combos du moment.
Cependant, ce n’étaient pas ces obstacles qui allaient faire reculer les membres de Höör, bien au contraire. Ils arrivent à se dégoter le tout petit label Hammerheart Records et à enregistrer leur « Timeless Departure » aux désormais réputés Abyss Studio sous la houlette de Tommy Tagtgren. Une collaboration qui ne présageait que du bon pour ce petit groupe, formé depuis déjà six ans mais auteur de seulement deux démos. Il fallait la hargne nécessaire, une personnalité nouvelle et un petit grain de folie en plus pour espérer sortir de l’ombre.
Dès l’introduction, Skyfire impose un style avec deux minutes majestueuses, dotées d’envolées archi mélodiques au piano et de touches symphoniques imposantes. Cela se reconduit sur le second « Fragments of Time » (dont la mélodie de départ sera auto plagiée bien plus tard sur l’introduction de « Awake » sur l’album « Spectral »). Les Suédois n’ont pas eu besoin de jouer une palette complète de morceaux pour imposer leur identité. C’est le titre typiquement Skyfirien par excellence : composé par le duo de guitaristes/claviéristes Martin Hanner et Andreas Edlund, on retrouve ce riffing véloce et maîtrisé, une rapidité d’exécution à toute épreuve, une surdose de mélodie de la part de chaque instrument, un aspect symphonique non négligeable, et surtout un néoclassicisme à la COB, qu’on retrouve bien sur « The Universe Unveils », entres autres.
Skyfire possédait encore son premier chanteur, Henrik Wenngren, qui officiait plus dans un style black très criard avant de se faire remplacé par Joakim Karlsson sur l’EP « Fractal » en 2009, lui dans un ton plus growlé. Sans aucun doute, ce membre apportait cette touche black qu’il n’était pas si facile de retrouver dans le reste de l’instrumentation. Car Skyfire, c’est avant tout une formation festive et explosive qui mise tout sur les guitares et les claviers ainsi que leur extrême rapidité. Pas le temps donc d’instaurer une ambiance particulièrement black, seule la voix s’occupe de cela. Les atmosphères sont pour le coup très travaillées et très astrales, menées de main de maître par un combo en grande inspiration. Le choix du patronyme n’est donc pas anodin. « sky » le ciel pour l’astralité de la chose, « fire » le feu pour la détonation perçue par l’ensemble des compositions.
De par certains aspects, ce « Timeless Departure » peut se situer sur le même plan que Children Of Bodom, à savoir un power extrême avec des touches black et du neoclassique, comme le flagrant « From Here to Death » ou encore l’éponyme « Skyfire ». On a à peine le temps de réagir que ça part non seulement au quart de tour mais dans tous les sens. Cela fait partie du grain de folie que j’évoquais.
C’est au milieu de l’album que Skyfire atteint le point culminant de ses capacités de l’époque. Le titre « Timeless Departure » est certes le plus long mais sans doute le plus puissant et celui qui tient le plus en haleine. Il se dote de l’essence même du groupe et de ses caractéristiques principales, même si on retrouve ici toutes les influences sus-citées, à savoir le black symphonique couplé au death mélodique et à la rapidités de Children Of Bodom. Les mélodies s’envolent, que ce soit celles des guitares ou des claviers lumineux. Symphonie impériale, chant hargneux, dynamisme imprenable, piano astral fou furieux et longs soli en prime. La magie à l’état pur.
Ceci dit, le reste des titres apporte son lot d’interrogation. Certains débutent très bien et finissent par ennuyer et inversement. La surdose de mélodies peut être un facteur aggravant. D’autant plus lorsque les instruments s’envolent trop et que l’ensemble paraisse quelque peu cacophonique, comme « Bleed Through Me , Bleed for Me » qui commence plutôt lentement mais part en cacahuète lorsque le groupe met la gomme. La production y est aussi pour quelque chose, les claviers restent trop mis en avant et leur son aigu n’aide pas vraiment à cela. Dernière petite caractéristique, Skyfire a le don de faire s’emboîter les morceaux les uns dans les autres. C’est vrai dans ce « Timeless Departure », ça l’est aussi dans les autres opus. On peut facilement découper un refrain et l’accoler au couplet d’un autre titre. Si on prend la discographie complète des Suédois, on se rend compte que c’est encore plus exacte. Skyfire a en effet des limites : celui de ne pas totalement réussir à inventer de nouvelles mélodies, la faute à une envie de rester fidèle à une identité de base instaurant des mélodies particulièrement atypiques…
Finalement, avec ce « Timeless Departure », Skyfire a résolument imposé son style, retrouvé très facilement dans les albums suivants. Un style que l’on reconnaît entre mille mais qui a autant de qualités que de défauts. Cela n’a toutefois pas empêché le groupe de suivre son petit bonhomme de chemin avec une suite bien plus prometteuse avec « Mind Revolution » jusqu’au magnifique « Esoteric » en 2009 plus tourné vers le death metal, plus sombre et plus symphonique.
Skyfire fait désormais partie des groupes les plus connus en matière de black/death mélodique symphonique.
Il est dommage que la Géorgie soit si peu connue dans le monde du metal car ce pays cache des petits groupes ayant leur personnalité et leur façon de nous concocter des albums inspirés par la culture locale. Ruins Of Faith est fondé en 2001 par trois garçons qui avec le temps s’avéreront très fructueux, quand on sait que certains d’entre eux font désormais partie de formations telles que Im Nebel ou Valley Lord.
« To the Shrines of Ancestors » est le seul album sorti à ce jour. Signé chez Haarbn Productions, il se compose de neuf morceaux et d’une bonne dose de mysticisme, ce qui peut se voir d’office avec la pochette très chaleureuse et explicite, avec ce soleil, cette tour et cette opposition lumière/obscurité. Rien de très oriental malgré les apparences, toutefois Ruins Of Faith utilise des claviers symphoniques et des nappes atmosphériques afin de les intégrer à son black metal mélodique aux légères consonances pagan.
Parfois proche d’un Nagflar ou d’un Rotting Christ, les Géorgiens arrivent à utiliser la mélodie pour créer une ambiance épique en utilisant la vélocité des guitares et des rythmes. Rien de très brutale cependant, tout se base sur l’harmonie entre tous les instruments et le chant black hargneux de Vasiko, même si les claviers peinent à être utilisés à leur maximum. Car si certaines nappes sont pour la plupart du temps happées par la puissance des guitares, d’autres restent uniquement présentes en début ou en fin de titres (« Father Fire »), et on aurait aimé plus de fusion comme sur « The Everquest » ou « Ruin of Faith ».
Cependant, ce sont bien les instrumentales « To the Shrines of Ancestors », part 1 et 2, qui mettent bien en valeur l’aspect pagan et les claviers, mettant l’accent sur le côté symphonique, les choeurs et les samples de vent. Mais elles ne servent que d’interlude et font finalement un peu tache dans ce black mélodique qui peine à varier : le rythme est toujours le même ainsi que les quelques notes répétitives de claviers en fond. Seul « Mournbringer » arrive à apporter un peu de changement et d’émotion avec ces alternances de parties. Toutefois cela n’empêche pas aux guitares d’être énergiques et à la batterie d’être friande de blast beats, malgré sa mécanicité apparente.
Ruins Of Faith livre un album correct mais manquant de variation, si bien que l’ennui peut vite pointer le bout de son nez. Toutefois, on ne peut renier l’aspect efficace des guitares et de la voix qui embarquent l’auditeur dans ce monde épique et pagan.
Fondé très récemment par le très actif Josh Young, manager du label Immortal Frost Productions mais aussi membre à part entière du projet solo Astral Winter et d’Hammerstorm, entre autres, le sieur australien se concentre énormément sur la mise en place de formations black metal aux nombreux sous-genres, faisant de chacun de ses groupes des entités particulières et dotées d’une âme froide et aventurière.
Influencé par le black metal scandinave principalement, le duo aux deux Josh (préférez Slikver et Thorodan) sortent en novembre 2011 leur premier EP « A Palace Shrouded in Emptiness », première pièce qui ne manque toutefois pas d’expérience quand on connait le cv du fondateur, peu connu en Europe, mais bel et bien révélé en Australie grâce à ses formations annexes et aux quelques prestations live. Cette sortie est donc un moyen plus ou moins opportun de montrer quelque chose de différent d’Astral Winter, en se concentrant sur les mélodies et non les touches death voire symphoniques qui résidaient dans le groupe hivernal pré-cité.
Atra Vetosus s’inspire quelque peu des premiers albums de Catamenia et de Dissection tout en ajoutant une certaine patte, mais il est clair qu’au sein de ces trois morceaux, ce sont les guitares qui mènent la danse du début à la fin, imposant leur mélodies douces et froides à la fois, entraînantes et entêtantes, les arpèges étant fortement accentués ainsi que les passages plus posés et aériens où les claviers jouent sur les atmosphères. Il est intéressant de s’apercevoir du fait que les instruments forment un tout mais que chacun peut facilement être pris séparément : la batterie claquante et variée, les guitares omniprésentes et directives, les claviers éthérés et glaciaux, le chant black furieux et expressif de Josh…
Si le titre « A Palace Shrouded in Emptiness » propose quelque chose de plus classique dans l’esprit mais très direct, avec ce riff à la Catamenia en fil conducteur, « Far Beyond the Primordial Forest » accroche plus, notamment avec son introduction hivernal mais en même temps très nature, avec ses nappes et son piano, et sa suite plus sombre, toute aussi agressive mais si mélodique à la fois, avec, encore une fois, madame guitare qui se charge de tout. Et puis pour conclure, un peu de vent et de douceur nocturne avec « Nocturnal Winds » et son murmure, son aura, sa magie…
Une magie qui ne perdure malheureusement pas, car les morceaux sont longs (6 minutes) et varient finalement peu pour un résultat quelque peu linéaire mais loin d’être ennuyeux, seulement, on aurait aimé plus de prise de risque, pas forcément dans les guitares, offrant de sublimes mélodies, mais dans le rythme ou la modulation du chant. Cependant, ce « A Palace Shrouded in Emptiness » reste un premier EP déjà fort prometteur pour un duo d’Australiens ayant le sens des mots « froid » et « mélodique », s’aidant d’une production loin d’être parfaite mais digne d’apporter un charme certain.
Golden Dawn se sera fait connaître quatre ans après sa formation en 1992 avec la sortie du premier album « The Art of Dreaming », une œuvre s’inscrivant dans le patrimoine du black metal. L’approche musicale se tournait vers la deuxième vague de ce style, tout en prenant des éléments symphoniques, épiques et médiévaux pour un résultat assez novateur et ambitieux. Si l’opus récolta de très bons avis le rendant quelque peu culte pour certains, le one-man band guidé par Stefan Traunmüller pris de l’assurance afin d’enrichir ses prochaines œuvres.
En 1998, le démantèlement de son label de l’époque, Dark Matter Records, l’empêcha de finaliser une autre pièce qui aurait du s’appeler « Sublimity », ce qui le coupa dans son élan. Une signature se fit ensuite chez Napalm Records afin de ré-éditer le « The Art of Dreaming » et de sortir en 2003 « Masquerade », aux côtés de musiciens que Traumüller aura recruté entre temps histoire d’enrichir son black metal d’influences power voire gothiques, sachant que les parties batterie ont été réalisées par Moritz Neuner (Graveworm, Abigor, Dornenreich).
A cause de la direction commerciale du label, un nouvel opus fut rejeté et Traunmüller décida de continuer tout seul. Désireux de s’échapper des mélodies gothiques et des contraintes de l’esprit « commercialiste », il se focalisa sur la mise en place de son propre studio d’enregistrement et aida à produire certains groupes tels que Wallachia et Bifröst. Ce n’est qu’en 2009 que la nouvelle œuvre prit forme, « Return to Provenance ».
Le titre peut intriguer si on le traduit. « Retour au Source ». Devons-nous nous attendre à un retour vers son black metal d’antan, libéré de tout aspect gothique et proche du côté quasi “raw” et médiéval qui avait tant plu ? Pas si sûr…car même si le sieur a trouvé un label à sa hauteur loin d’être contraignant (Non Serviam Records), il n’empêche qu’il existe un paradoxe étrange qui est, l’accessibilité des compositions. Les huit morceaux jouissent d’une production lisse et clean, loin du côté limite “raw” des premières sorties. Ajoutez à cela le côté simpliste des mélodies, parfois déjà entendues, le manque d’originalité et de matière, et vous pourrez vous faire une idée du nouveau Golden Dawn.
Ne vous y méprenez pas, l’album n’est pas mauvais en soit, mais disons qu’il aurait pu être meilleur au vu du passé de ce one man band. Exit les influences Bathory, ici on se retrouve plus avec un mélange de Satyricon, Secrets Of the Moon, Dimmu Borgir (EDT), Ancestral Legacy (« Nightmare Diaries ») et Sear Bliss (les premiers albums) pour un black mélodique plutôt atmosphérique où l’accent est porté sur les guitares et leur modulation. Les ambiances sont tournées vers une certaine mélancolie, sont non plus être gothiques, à l’image de « Return to Provenance », plutôt lent mais très posé, à l’esprit black évident, où les accélérations sont du plus bel effet, avec ce léger côté épique et ce soupçon de chant clair.
Avec « Dyonisian Eucharist », les envolées mélodiques à la guitare et les blast beats sont de la partie, soutenus par le chant hargneux de Traunmüller et un léger côté sombre. Et même si des passages acquiert de l’agressivité au fil de l’album, cette dernière reste tout de même moins relevée, les mélodies l’étouffant quelque peu. Par contre, « Seduction » est empli d’une aura assez accrocheuse, le refrain étant bien mesquin et les claviers pour une fois mis en avant. On est ici plus proche d’un certain type de black symphonique.
Malgré son côté énergique et trop classique, il manque tout de même une pointe de magie et de rêverie au sein de ce « Return to Provenance », prouvant une fois de plus, malgré son titre, que Golden Dawn a tourné la page. Toutefois, cet opus reste meilleur que le dernier « Masquerade », sorti neuf ans plus tôt, bien que certaines influences soient là, et il est normal que l’on puisse être déçus, surtout si on a connu le one man band à son apogée avec « The Art of Dreaming ». A vouloir ne pas en faire de trop, on se retrouve finalement avec un ensemble peut-être trop basique.
Catamenia ou un des grands noms du black mélodique finlandais. Formé en 1995 par le guitariste Riku Hopeakoski et le chanteur Mika Tonig, le groupe optait pour un sacré mélange d’éléments mélodiques black et véloces, paradés de claviers assez symphoniques et atmosphériques, comme nous le proposaient « Halls of Frozen North » et « Morning Crimson ». Année après année, Catamenia se forgeait une réelle identité, notamment en basant ses concepts sur le froid, la neige, en gros, l’hiver et les contrées septentrionales, mais aussi les loups, mais à force de s’attacher au givre et de constants changements de line up, le groupe perdait quelques valeurs fortes ainsi que sa part de sympho, rendant les albums suivant plus linéaires, plus plats, mais aussi moins riches, d’autant plus au niveau des ambiances.
Onze ans plus tard sort donc « Location Cold » et cette année voit l’arrivée d’un nouveau chanteur et d’un nouveau bassiste. Changement qui permet à Catamenia de remonter la pente et de combler le fossé laissé avec « Winternight Tragedies », album moyen mais surtout monotone et peu recherché. Et il est clair que le sextet met les petits plats dans les grands en nous offrant un opus tout aussi froid mais plus abouti. Hormis l’absence de symphonique, les claviers apportent ce fond d’ambiance froid propre au black me direz vous. Oui mais le fait est que l’auditeur se croit aisément sous le blizzard, à parcourir des terres enneigées aux côtés de loup. De plus, on retrouve de nouveau ce chant black et ces chœurs, ce côté guerrier apporté par un chant clair discret et qui n’en fait pas de trop, ces riffs véloces et ces mélodies rapides et si particulières, souvent en fil conducteur, bâtisseuses de tous les morceaux en général, à la manière de « Gallery of Fear » et « Coldbound ». Cela créé une véritable force et une puissance indéniable, surtout lorsque les blast nous assènent.
Les cinq premiers morceaux sont donc sans répits, agréables et prenants, et bien sûr ultra dynamiques. Toutefois, l’autre moitié est plus linéaire, longue et reprend de ci de là les riffs déjà entendu quelques pistes auparavant. Le rythme est monotone et les titres n’avancent pas, si bien que le tout perd en intensité, tout en se dirigeant vers quelque chose de plus old school voire heavy, notamment lors de l’apparition d’une reprise de W.A.S.P., pas médiocre pour autant, mais en manque de prise de risque par rapport à la version originale.
Enregistré aux Mastervox Studios, produit par Massacre Records, et doté d’un très joli artwork, « Location Cold » est bon, et détient un caractère qui lui est propre, enchaînant refrains rapides et solos avec brio, sans pour autant dépasser le must en matière de riffs, d’ambiances givrées, et de sensibilité, « Halls of Frozen North ».
Imaginez-vous dans un endroit sombre et glacial, dans lequel vous vous promenez lentement tout en frissonnant, illuminé par le doux éclat bleuté de la lune. Vous avez franchi l’enceinte d’une forteresse mystérieuse au moment où vous voyez ces deux êtres étranges, ce hideux bouc ailé au cri terrifiant et cette belle musicienne, créant grâce à son harpe des notes si pures et douces.
Pour vous ce ne peut être qu’une simple description de la pochette de l’album, aussi bleue que les précédentes, mais c’est bien plus que cela. A travers ce descriptif, c’est une partie de l’album qui est expliqué. Car les allemands d’Agathodaimon, avec cette cinquième oeuvre nommée “Phoenix“, nous offre une musique agressive et mélodieuse, laide et belle à la fois. Officiant dans un black mélodique plutôt romantique, les cinq musiciens intègrent ici plus d’éléments gothiques mais aussi électroniques…
Car il est clair que ce “Phoenix” est plus riche qu’il n’y parait. Rempli de sonorités, d’ambiances particulières et d’éléments insoupçonnables, l’opus se veut encore plus riche au fil des écoutes et réserve bon nombre de surprises. Complexe dans sa composition, mais si simple à écouter, “Phoenix” c’est aussi un mélange gracieux et harmonieux de différents styles, à travers une agressivité impalpable et des mélodies caractéristiques.
Si le black est premièrement reconnaissable notamment aux riffings mais aussi au chant tranchant et à la diction imparable, il est aussi accompagné de sons électroniques par moment (“Heliopolis” ou “Devil’s Deal” ou ” Decline“) et de parties relativement bien gothiques, notamment lors de l’apport de claviers représentatifs, de piano, d’un certain orchestre, de guitares acoustiques aux mélodies mélancoliques, tout comme le chant clair, offert par le guitariste lui-même, posant délicatement sa voix sur ces passages ci. Ce côté gothique renforce donc d’autant plus un certain côté romantique, présent non seulement à travers la pochette, mais aussi les thématiques des paroles (errance, nature, amour, mais aussi ténèbres…).
Toutefois, il est à noter que les différents styles sus-cités sont mis en valeur de façon différente. Même s’ils restent principalement présents dans la majorité des morceaux, il est tout à fait possible de découper l’album en deux parties afin séparer deux blocs pourtant particuliers.
La première part du début jusqu’à “Ghost of a Soul” inclus. On remarquera que ces titres ci sont plus agressifs, sans doute moins gothiques, et s’attachent plus particulièrement aux guitares/riffs, chant black et sonorités électronique. “Heliopolis” est totalement révélateur et est une véritable tuerie. A contrario, “Ghost of a Soul” est une sorte de transition vers la seconde partie, car possédant lui aussi une certaine agressivité accompagné de l’orchestre.
Venons en maintenant au second bloc, allant de “Winterchild” jusqu’à la fin (“Grey Whisper“), où l’accent est porté sur l’aspect gothico-mélodico-romantique de l’album. “Winterchild” en est la principale amorce, les atmosphères sont davantage dominantes, ainsi que le piano, l’orchestre, et cette dualité des vocaux. Si les couplets/refrains se veulent aussi brutaux qu’au début, ils sont encore plus mélodiques, si bien que les harmonies guitares/piano/voix sont facilement retenables (“Time Is the Fire” et le très beau “Winterchid”). Mais là où ça devient intéressant, c’est lorsque les breaks plus doux et délicats prennent le dessus, à l’image de cette musicienne, face à ce bouc hideux et ingrat. Les guitares acoustiques prennent place, avec ce timbre si particulier, ces mélodies si froides, sombres et tristes, paradées d’un chant clair tout aussi triste, simple mais efficace. Et cet orchestre, pas grandiloquent pour un sous, mais envoûtant au possible, alors que les riffs suivent ces envolées au violon et que les chants black/clair s’alternent. “Oncoming Storm” est l’ultime morceau et le parfait exemple reprenant ces idées là alors que “Grey Whisper“, doté aussi de ces éléments, détone par son côté glauque.
Malgré tout cela, cet embriquement d’éléments faisant la complexité de ce “Phoenix“, ce bel oiseau couleur flamme, renaissant de ses cendres tel Agathodaimon, renaissant lui même après cinq années d’absence, il est clair que les comparaisons avec les autres albums et les autres groupes de la même tranche sont facilement faisables et c’est là que le bas blesse. Car Agathodaimon se cherche encore, et il est difficile de savoir si le combo a enfin trouvé une identité qui lui est propre.
Primo, “Phoenix” est assez loin du fameux “Blacken the Angel“, l’opus ayant révélé le quintette. On ne retrouve pas cette atmosphère bien noire et particulière de cette oeuvre relevant le côté dark et ambient des compositions. Idem pour “Chapter III” qui se remarquait par ses côtés davantage expérimentaux et symphoniques.
Deuxio, Agathodaimon souffre de ses ressemblances avec des groupes majeurs de la scène black mélodie/gothic/symphonique. Celles avec Dimmu Borgir avaient été évidentes avec la sortie de “Chapter III” ou même “Serpent’s Embrace“. Mais avec ce “Phoenix“, il est clair qu’on pourrait ajouter à la liste Graveworm ou même Catamenia. D’un côté pour l’aspect gothico/symphonique, de l’autre, pour l’aspect mélodique, guerrier et véloce de certains morceaux à la manière de “Throughout the Fields of Unshaded Grace”.
Finalement, “Phoenix” se veut être un album délicat et très soigné, marqué par bon nombres d’aspects et une pochette totalement révélatrice. La production lisse signée Nuclear Blast peut rebuter les puristes, mais elle n’en reste pas moins un élément important afin d’apprécier entièrement l’oeuvre qui vous est offert ici, une oeuvre toute en finesse, malgré une agressivité qu’il ne faut pas oublier. La longueur, quant à elle, pourrait en amener certains à se lasser au fil des morceaux, si toutefois ils n’auraient pas accroché à l’essence même de l’album…