Path of Destiny vient d’Allemagne, un petit pays concernant le black symphonique. Formé en 2007, le combo a eu l’occasion de jouer dans certains festivals réputés tels que le Legacy-Festival en 2009 et le Metalfest en 2011. On ne peut pas dire que ces Allemands aient loupé quoi que ce soit, entre de très bonnes prestations, une bonne promotion (même si auto produit) ainsi qu’un premier full length plutôt bien vu (« Rise and Fall » – 2010).
Janvier 2012 marque la sortie du nouvel EP de Path of Destiny nommé « Parasite God ». Enregistré aux Echolux Studios par Andy Schmidt, il se compose de six titres dont certains ont été écrit en 2009. Le groupe a toutefois réussi à les réarranger afin de les restructurer et d’apporter de nouvelles idées, ce qui permet de les mettre en adéquation avec les morceaux les plus récents. Tout se situe donc dans la même logique, à savoir un death/black mélodique symphonique puissant, efficace et bien produit, quelque part entre Dimmu Borgir et Fleshgod Apocalypse.
En cela, on ne pourra pas dire que Path of Destiny révolutionne le genre mais il a le mérite de bien se débrouiller. Les titres restent fidèles au metal extrême symphonique actuel en mettant l’accent sur la lourdeur, les atmosphères, l’agressivité et la mélodie, quatre facteurs qui, a priori, rendent l’écoute d’un opus du genre plutôt agréable. Pas de doute en tout cas sur la qualité de la musique des Allemands. Après une introduction instrumentale et guerrière, tambours, cuivres et choeurs en tête, « Unleashed Memories » montre la capacité de Path of Destiny à concocter des titres véloces, de par l’aspect death mélodique omniprésent, mais aussi sombre grâce aux touches black et aux orchestrations.
« Messiah » met largement plus en avant un death metal racé, guidé par des riffs tranchants et carrés, un growl efficace et des orchestrations plus impériales, tandis que les autres pistes sont plus axées sur la mélodie. On note que leur exécution ne pardonne pas, malgré quelques petites linéarités et quelques passages fades, mais il faut dire que l’enchaînement des riffs, couplé aux claviers, fait mouche.
L’EP en question a beau ne faire que 25 petites minutes, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer et on découvre un groupe qui tire ses influences de plusieurs styles, à savoir l’épique digne des BO de films, le black (symphonique) scandinave pour les ambiances et le death mélodique « en général » pour le reste. Même s’il n’est pas formidable en soit, et que le growl reste un poil linéaire, il a le mérite d’embarquer l’auditeur dans un concept basé sur la Mort.
En règle générale, la Nouvelle Zélande n’est pas un pays très tourné vers le metal symphonique, qu’il soit soft ou extrême. On retrouve davantage de heavy metal, de death metal ou de black metal. Et pourtant, même si ce n’est pas une tradition, une formation pourrait renverser la tendance : Svartalvheim. Rien que son nom en dit long. Certains connaissent peut-être le groupe norvégien de black symphonique Ancient. « Svartalvheim » est le nom de leur premier opus, sorti en 1994. Pour autant, les Neo-Zélandais ne se rapprochent pas énormément de leur musique mais il est clair que leur metal symphonique extrême se compose de black metal et de death metal, en particulier du mélodique.
A la base, le combo officiait dans le doom mais il s’est vite rendu compte que c’était le metal symphonique qui lui correspondait le mieux. Ceci donna naissance à une démo puis à cet album, « Cosmic Sorrows », largement influencé par le death mélodique cristallin d’Eternal Tears of Sorrow,(période pré « Children of the Dark Waters »), par le death mélodique astral et véloce de Skyfire, par le death metal à consonances symphoniques (Septic Flesh, Fleshgod Apocalypse) ainsi que par le metal symphonique en général.
Le résultat s’annonce donc mélodique et épique. Dès le premier morceau, « Fettered to the Unreasonable », on découvre immédiatement un death mélodique parfois bourrin, très symphonique et atmosphérique au niveau des ambiances. On découvre aussi la grande faiblesse : la production. Le son des claviers est très bon, cependant la batterie est trop mise en avant (la double pédale insupportable…) et les guitares sont noyées. Le chant, lui, s’en sort plutôt bien, alternant growl profond et cri black.
Si on fait abstraction de ce point faible, on se retrouve au fil des morceaux avec une musique bien calibrée et très dynamique, on n’est pas prêt de s’ennuyer. Même si les influences sont là, on rentre très rapidement dans l’univers d’un groupe misant sur les atmosphères. Les choeurs, les orchestrations ainsi que les notes de piano cristallin sont à l’honneur, tranchant avec le côté agressif et rapide des guitares et du chant. « Quantum Singularity » (entre autres) met bien ceci en valeur.
Pour ajouter un peu plus d’originalité, on retrouve aussi des éléments plus modernes, avec des touches électroniques et limite core avec « This Temple Will Not Hold » et « Oppression from Within », mais toujours soutenues par cette vélocité au niveau des grattes, ce tranchant dans le chant, et ces belles atmosphères. C’est astral et légèrement cosmique, comme le suggère le titre de l’album.
Au final, l’auditeur est rapidement embarqué dans un paradis féerique grâce à un death mélodique éthéré mais toutefois trop uniforme. Les titres sont tous très rapides et peinent à laisser place à un peu de répit. Seuls « Synthetic Society » et « Lack of Scepticism, a Road to Ruin » arrivent à imposer des changements de structure ainsi qu’une touche sombre, apportée par quelques influences black metal, notamment dans le type de mélodie.
Il aurait donc fallu plus de variété dans les titres mais ce n’est pas ça qui nous fera lâcher l’affaire. Malgré de gros défauts, rapidement dissimulés par des qualités indéniables, « Cosmic Sorrows » est l’album d’un groupe encore jeune mais prometteur, risquant, si toutefois il mûrit et progresse, de livrer une musique puissante, extrême et épique au possible. C’est en tout cas bien parti, au vu de ce qu’ils nous offrent au sein de ces neufs titres entraînants.
Zonaria fait partie de ces petits groupes qui se démarquent largement de la scène death mélodique, très saturée et surtout remplie de copies plus ou moins conformes. Depuis ses débuts en 2007 avec « Infamy and the Breed », les Suédois ont réussi à imposer leur patte dans un pays où le Death Metal est roi, et ce grâce à la mise en place d’un melo-death lourd aux consonances black et aux relents apocalyptiques. Si « The Cancer Empire » entamait une orientation musicale plus moderne, « Arrival of the Red Sun » la confirme.
Le quatuor, qui se sera au préalable séparé de son bassiste, est de nouveau rentré aux célèbres Abyss Studios sous la houlette de Jonas Kjellgren (Scar Symmetry) pour l’enregistrement de son nouvel opus, qui sort tout de même quatre ans après le précédent. Zonaria aura mis du temps et il faut dire qu’ils ont profité de ce précieux temps pour peaufiner leur compositions, affirmer leur style mais aussi leur position. En effet, ces gars d’Umea font certainement partie de la nouvelle vague death mélodique suédoise, ce qui change largement des groupes aux trop forts relents core.
« Arrival of the Red Sun », de manière conceptuelle, semble être une parfaite suite logique puisque les thématiques sentent bon l’apocalypse, car ici ce « soleil rouge » est le principal responsable de l’holocauste. Pas de retour en arrière possible, tout est censé brûler à en croire la pochette rougeoyante. Si le concept atteint ici son paroxysme, les titres en eux-mêmes se teintent eux aussi d’une aura noire et dense, certes déjà présente sur les opus précédents, mais relevées par la présence de claviers symphoniques. Par conséquent, il va falloir s’habituer à une nouvelle influence notable dans l’appréhension des parties orchestrales : Dimmu Borgir.
La fusion Hypocrisy/Behemoth ne sera donc plus la seule à être détectée. Zonaria a toujours su mettre à profit ses influences afin de ne pas tomber dans la copie facile, mêlant les mélodies et les atmosphères de l’un avec l’agressivité et la lourdeur de l’autre tout en ajoutant une patte bien particulière qui fait la différence. Sur cet opus, ils ne dérogent pas à la règle puisque des titres comme « Arrival of the Red Sun » ou « Liberation Zero » rappellent leurs confrères deathsters. Mais désormais, il faut ajouter à cela des touches symphoniques bien présentes, propulsant Zonaria dans la cour des groupes de death/black mélodique symphonique, avec des arrangements dignes d’un « In Sorte Diaboli » ou d’un « Abrahadabra ».
Concept pessimiste oblige, les claviers apportent donc beaucoup aux ambiances en installant des touches plus ou moins grandiloquentes au sein d’un melo death bien burné. Si la première moitié de l’opus montrait un Zonaria plus traditionnel, plus fidèle à ses anciennes chansons, avec des claviers posant purement et simplement une atmosphère sombre et étouffante (« Arrival of the Red Sun »), la seconde moitié, elle, dirige Zonaria vers un ensemble plus moderne et plus proche de la mode du moment (c’est à dire, le death symphonique). Le trio « Full Spectrum Dominance », « My Vengeance Remains » et « Face My Justice » montrent irrémédiablement de quoi les Suédois sont capables. Les riffs tranchants se mêlent à une voix hargneuse et à du sympho souvent imposant, parfois inquiétant et quelques fois épiques et mystérieux. Les mélodies zonarienne à la guitare s’accompagnent de mélodies typiquement dimmuborgiriennes aux claviers, alternant les passages aux riffs tronçonneurs et les passages plus pompeux. Impossible d’échapper aux choeurs sombres. Ceci dit, c’est réussi.
Avec une production un poil plus propre et un nouveau label, Zonaria s’embarque pour de bon vers une orientation musicale plus accessible et plus tape à l’oreille (si je puis dire). Cependant, sans être révolutionnaires, ils savent varier leur propos et équilibrer le tout sans en faire de trop, sans être trop niais ou trop simpliste, ce qui fait de cet « Arrival of the Red Sun » une des meilleurs sorties de melo-death suédois depuis des années.
Avec toutes les dernières sorties mais aussi les nombreuses déceptions, il est clair que ce n’est pas vers le death mélodique qu’on se tourne le plus en ce moment, la plupart des groupes étant tombés dans la facilité et les relents core. Pour changer d’air, on passe en général son chemin et on se dirige vers quelque chose de plus innovant ou a contrario, de simple mais efficace. Et pourtant, si on suit cette logique, on risque de passer à côté d’un petit groupe français originaire de la région de Lyon. Il s’est formé il y a trois ans et a déjà deux sorties à son actif, « Hegemony », paru en 2009, et la démo dont je m’apprête à vous parler, « Imeria ».
Bien que l’enregistrement ait été effectué l’année dernière sous la houlette du chanteur guitariste Olivier Girard et de la bande, elle-même, c’est cette année que nous arrive ce « Imeria », sensiblement dans la même veine qu’ « Hegemony » mais certainement plus travaillé et personnel. En dépit de fortes influences Dark Tranquility dans les riffs typiquement melo death, Aesmah a réussi à ne pas tomber dans les stéréotypes et à se forger un univers, grâce à un concept musical et parolier atypique.
De ce fait, le quatuor a puisé dans son imagination pour nous offrir un petit monde sensible et harmonieux, quelque part entre le melo death, le folk, l’électro et le prog. Sa musique est à l’image de cette pochette où siège une île flottante dont s’émerveille un voyageur. On se retrouve avec quelque chose de naturel et de spontanée, embarqués par des riffs qui font mouche, des changements de rythme inattendus et plaisants, emmenés par des guitares aux touches plus acoustiques et des voix claires et mélancoliques (« Colorless Mind »), parfois féminines comme sur « Inside Indestructible », effectuées par Charlotte Kouby.
Le prog se fait largement ressentir sur la longueur des morceaux (jusqu’à plus de huit minutes) ainsi que sur leur avancement. On progresse réellement dans l’esprit mélodique d’Aesmah, qui arrive à ne pas trop en faire, tout en installant une ambiance quasi onirique, à l’image de « Chimera » et son duo clavier/guitare entêtant.
De ce côté là, les claviers apportent beaucoup à la musique des frenchies. On retrouve autant de nappes que de touches de piano, que d’éléments symphoniques ou folk, ou même de légères sonorités électroniques pas trop pompeuses. Dans ce sens, « The Deceptive Haven » apporte la hargne nécessaire, tant dans le growl et le riffing que dans le jeu des claviers et ce côté « moderne ».
On regrettera certaines linéarités, notamment sur « Wasted by Suen », le titre le plus court, et c’est un comble ! Malgré sa bonne ambiance, il semblerait qu’Aesmah soit plus à l’aise sur les morceaux les plus longs, à l’image de « Endless Wrench », qui résume à lui tout seul l’opus du groupe, tantôt brute et rapide, tantôt harmonieux et doux, tantôt atmosphérique et envoûtant.
Si on est un temps soit peu sensible à ce mélange, on passe un très bon moment avec ce « Imeria » dans les oreilles, qui nous immerge dans un melo death travaillé et tout en finesse, avec des mélodies touchantes, des ambiances parfois sombres, une alternance de voix loin d’être ennuyante, pas loin de la mélancolie d’Anachronaeon. Une démo servie avec un package de qualité en prime. A se mettre sous la dent pour les amateurs.
Pour faire du death mélodique, on n’a pas forcément besoin de tomber dans les gros clichés metalcoriens et/ou dans la niaiserie ou la mélodie facile. Et ça, les Lithuaniens de Mandragora l’ont bien compris. Ce groupe existe depuis 1998 et a déjà eu l’occasion de faire ses preuves, même si c’est assez récemment que le quintet sort de vrais albums. Avec un air de pas y toucher, les Slaves ont tout de même atteint le Wacken et participé à des Battle Contest qu’ils ont gagné. On est donc en droit d’espérer beaucoup de ce groupe, aussi prometteur que bon nombre de formations du genre, et pourtant…
En dépit de ses origines, c’est du côté de la Suède qu’il faut se tourner car Mandragora semble être très inspiré par cette scène très riche en matière de death metal. Que ce soit mélo ou non, la musique des Lithuaniens tire autant chez Arch Enemy que chez Edge of Sanity ou Amon Amarth pour ne citer qu’eux. Pas de surprises, tous les morceaux sonnant comme du déjà entendu et manquant énormément d’originalité. On se retrouve en définitive avec un heavy death mélo, tirant sur le progressif par moment, surtout lors des morceaux les plus longs, et on en retrouve quelques uns. Sans oublier le côté technique dans l’utilisation de certains riffs comme sur « Desolate Fields » par exemple.
Mandragora se perd un peu et on sent qu’ils ont du mal à proposer un ensemble homogène, entre des titres ennuyeux et répétitifs ou des titres plus dynamiques et rentre dedans tels que « Curse of Existence ». Mais il est clair que pour chaque chanson, des références de la scène death mélodique suédoise nous passe par l’esprit, si bien qu’il est clair et net que les Lithuaniens devraient travailler ce fort manque d’inspiration afin d’avoir plus de personnalité. « Unconscious » en est un exemple bien typique. Même s’il est bien amené, son riffing reste très stéréotypé ainsi que son refrain pratiquement plagié sur des tas de formations existantes. La surprise survient, mais pas dans le bon sens du terme : en réalité on se surprend à connaître à l’avance la construction du refrain.
Il est franchement rageant de se rendre compte de tous ces petits détails alors que l’album, en soit, commence plutôt bien. Au niveau du chant, on est loin du chant à la limite de l’hurlé avec des imbrications de voix claires. On se retrouve davantage avec un growl bien teigneux qui tend sur le pig squeal, sans doute plus flagrant sur un titre comme « Walk to Fall ». Hormis ça, Mandragora avec « Masquerade » se la joue à la Arkan en intégrant une introduction acoustique orientale très mystérieuse…avant de nous asséner de riffs très death mélodique à la Arch Enemy…
On aurait aimé plus de personnalité, on aurait aimé plus de hargne, on aurait aimé ne pas se surprendre à connaître tout par cœur en une seule écoute… « Carnal Cage » n’apporte décidément rien si ce n’est prouver que les copies conformes perdurent encore, perdant en qualité au fil des années. Mandragora aurait pu profiter de son statut de « découverte » pour nous en montrer de toutes les couleurs. A la place de ça, on a plutôt l’impression qu’il nous fait un tribute album en mélangeant des bouts de chansons d’Arch Enemy, Amon Amarth ou In Flames réunis, en modifiant la voix, et en ajoutant des rares touches de claviers et quelques riffs techniques. Le pire, c’est que ce n’est pas si mauvais et certains titres sont bien fichus. Toutefois, c’est moins bien, et ce n’est pas la bonne production qui pourra nous faire éluder ces soucis. Bref, un album parfait pour ne pas se prendre la tête et encore…
Beaucoup doivent en avoir assez de voir du death mélodique partout. Ce genre reste sans aucun doute un des plus actifs, fragmenté en plusieurs sous-sous-genres, permettant de savoir ce que nous préférons le plus ou non. C’est un fait, il y en a pour tous les goûts, et la tendance actuelle se tourne vers la modernisation du genre, avec, au choix, un death mélodique teinté de metalcore, un death mélodique symphonique, ou un death mélodique dit « moderne », avec un son plus synthétique, plus passe-partout et, selon les cas, des éléments électroniques. La plupart des nouveaux groupes se situent dans cette tendance là, et Soulline ne déroge pas à la règle.
Ces Suisses sont actifs depuis 2000 et auront passés plusieurs années à faire des concerts, devenant ainsi un des groupes à avoir un impact important sur le public suisse. C’est ce qui les poussa à faire un premier album, puis un second, jouant au Wacken en 2008 avec E-Force ou Nightwish, ou au Blitzkrieg V East Tour en 2010 avec les maîtres de Vader.
Leur différentes tournées et soutiens les auront aidé à se faire une bonne réputation dans la sphère death mélodique. Soulline s’octroie les faveurs des Danois de Target Distribution et Mighty Music pour la publication, de Peter Tagtgren (Hypocrisy, Pain) pour le mixage dans son célèbre Abyss Studio, ainsi que celles de Jonas Kjellgren (Scar Symmetry, Katatonia) pour la masterisation. C’est donc un son en béton armé qui nous est promis.
Et c’est bien le cas. La production est solide et totalement moderne, mais sans doute trop lisse et policée, trop synthétique vis à vis de ce qui nous est offert. Soulline ne fait pas partie de ceux effectuant dans un death mélodique/metalcore, ni de ceux intégrant des chants clairs niais lors des refrains. Les Suisses misent sur la mélancolie de leur mélodies et donc sur l’émotion, plus que sur l’agressivité de ses compositions, même si les growls et les cris restent très hargneux, comme sur « Our Fate Interupted », pour ne citer que lui.
Le morceau introducteur, « The Curse in Our Minds », met bien en avant l’univers de Soulline, montrant, d’une part, que les Suisses utilisent à bon escient le clavier, et d’autre part qu’ils arrivent à gérer l’aspect émotionnel de leurs compositions, entre les samples de vent, les incrustations discrètes d’une voix claire loin d’être mièvre, et l’utilisation de riffs mélodieux. Idem sur « Hollow » qui utilise des parties plus acoustiques et limite gothiques sur les couplets pour nous faire adhérer à leur monde. On se croirait dans un « Epilogue » de To Die For.
Certains titres comme « Sleepers Statement » sonnent trop communs avec ces guitares lancinantes, ces notes de piano en fond et cette voix un peu trop posée. Idem pour « When We Freeze » ou « The Unconscious March », avec ces riffs limites saccadés, mais ils ont le mérite d’être efficaces et agressifs, que ce soit dans le son des guitares que dans les types de voix. Il y a l’harmonie nécessaire pour que l’on reste suffisamment accrochés, avec une instrumentation bien amenée.
Malgré tout, Soulline ne fait pas dans le death mélodique surexcité, comme celui de Skyfire par exemple. Il ne fait pas dans l’électronique non plus, genre Seecrees. Les Suisses restent principalement en mid tempo, empruntant parfois un rythme plus lent. Mais ils savent amener des accélérations quand il faut, en dépit d’un manque flagrant de quelques blast. Ca n’aurait pas fait de mal.
Alors pour ceux qui en ont un peu marre du death mélodique aux relents metalcore ou du death mélodique qui carbure sans vraiment ressembler à quelque chose, ce « We Curse, We Trust » peut être pour vous, sachant qu’il s’agit d’un concept exprimant le conflit entre ce que vous voulons et ce dont nous avons besoin, le destin prenant toujours le pas sur les rêves que nous pouvons avoir.
Les Maldives, c’est surtout un petit coin de paradis en plein milieu de l’océan Indien où tout est parfait, ou presque, avec ses plages, ses atolls et le soleil à longueur d’année. Loin, très loin de l’univers apocalyptique que nous propose son groupe phare, Nothnegal. En effet, ce dernier a subi une ascension fulgurante après la sortie de son premier EP en 2009, dans un style black death mélodique très influencé par la scène finlandaise, et pour cause, il a été mixé par Anssi Kippo (Children Of Bodom, Norther).
Officiant à l’intérieur d’une scène qui se veut underground et mal réputée, les Maldiviens ont toutefois réussi à se faire un nom depuis peu, en s’octroyant une signature chez le désormais très réputé label Season of Mist ainsi que les services du batteur Kevin Talley (Daath, ex-Hate Eternal) et du claviériste Marco Sneck (ex-Kalmah). Il faut dire que ce groupe du bout du monde ne fait pas les choses à moitié et profite de l’opportunité qui lui est apportée, et c’est ainsi que sort un « Decadence » ambitieux en ce début d’année.
Nothnegal change d’esthétique et de style, se déchargeant de son côté black metal et ne gardant que l’aspect death metal tout en ayant un son plus moderne, plus cyber et plus dans l’air du temps. Il faut dire que le groupe, malgré sa jeunesse, joue dans la cour des grands avec cette production impeccable et ces huit titres maîtrisés et bien qu’officiant dans un death mélodique, il ne tombe pas dans le metalcore facile et le chant clair à gogo. Au contraire, les Maldiviens restent attachés aux principales caractéristiques du melo death.
Ils veulent avant tout supprimer cette vision paradisiaque de notre esprit. Avec « Decadence », on se retrouve dans un monde en déclin, asséché et futuriste, perturbé par les diverses créations humaines. Le visuel s’oriente vers un ensemble mi pessimiste, mi technologique, avec ces crop circle et cette alternance de symboles venus de chez Stargate et des, excusez du peu, zarbis pokémon. La musique en elle-même représente bien l’artwork. Elle est assez bien calibrée et immersive, lourde et puissante, parfois proche du « The Hinderers » de Daath tant par les ambiances que par l’instrumentation générale. Mais en plus mélodique. Le morceau « Salvation » montre bien ce que peut nous faire les Maldiviens, avec ce caractère mystérieux voire onirique dans les claviers en arrière plan. Les bidouilles électroniques cybernétiques sont au rendez vous ainsi que des touches symphoniques discrètes comme sur « Janus », avec sa batterie mécanique et sa mélodie entêtante.
Il y a toujours une mélodie, principalement au clavier, qui nous embarque à chacun des morceaux, accompagnée d’un enrobage électronique. Même si la plupart sont toute simples, ça reste efficace et assez facile d’accès, bien qu’il faille apprécier l’ambiance générale ainsi que le manque de patate dans l’exécution des guitares. Ca a beau être lourd, le jeu n’est pas suffisamment incisif, la faute à la production, qui fait la part belle au growl rageur et à la programmation (« Decadence »). Toutefois, un « Armageddon » peut remonter le niveau avec ces sons adaptés aux phénomènes crop circle, à savoir, des touches très OVNI dans l’esprit.
Un titre comme « R.A.D.A.R » se teinte d’éléments progressifs, avec ses sept minutes et sa variété d’ambiances et de sonorités. L’introduction dark/electro/gothique et son murmure cadavérique laissent vite place à des guitares précises et à un clavier plus cybernétique que jamais, avec son va et vient éléctronique. Idem sur « Sins of Our Creations », laissant cette fois-ci l’honneur à un chant clair pas très juste mais au moins, loin d’être niais.
Il aurait fallu une production moins lisse, une plus grande variété de refrains et plus d’accélérations pour que cet album soit excellent, mais il faut dire que les Maldiviens fournissent un album vraiment bon et bien ambiancé, aussi bien fait pour les amateurs d’indus/cyber que pour les amateurs de melo death, l’équilibre entre les deux étant quasi parfait.
2007 – Koweit. Kareem Chehayeb forme un petit groupe avec quelques uns de ses amis, désireux de pouvoir jouer de la musique dans un groupe de musique à part entière, le jeune homme ayant beaucoup écrit avant de franchir le pas. Le combo, encore sans nom, souffre rapidement de plusieurs changements de line up mais il n’est pas si difficile de trouver des metalheads au Koweit, le pays étant petit et la scène metal très peu sollicitée. Malgré les soucis liés au régime actuel, la formation arrive à se rendre à la représentation Battle of the Bands pour un petit concert mais il lui faut un patronyme. Sur l’ipod de Kareem, c’est « Voice of the Soul » de Death qui tourne. Il choisit donc ce nom, tout en pensant à cette honnêteté que ce morceau lui inspire, et qui représente la scène du Koweit.
Aujoud’hui en 2012, Voice Of The Soul fait partie des combos les plus actifs du Koweit, avec Benevolent, entres autres. La petite formation, désormais stable, semble-t-il, a déjà sorti trois EP en trois ans, dont ce « Into Oblivion », marquant un cap dans la carrière des moyen orientaux. En effet, ils affirment leur style mais se retrouvent handicapés par la position géographique de chacun, les membres étant désormais basés dans des pays différents. Ca ne les a toutefois pas empêchés de rentrer aux Sarj Studios, une référence au Moyen Orient, pour enregistrer cet EP prometteur.
Voice Of The Soul fait partie de ces formations influencées par la scène death mélodique suédoise. Heureusement, les musiciens ne sont pas là pour suivre leur références au pied de la lettre. Au contraire, ils apportent leur patte et une mélancolie qui leur est propre, sans toutefois apporter ces relents orientaux propres à leur position géographiques. Pas ou vraiment peu d’éléments arabisants, Voice Of The Soul mise tout dans les riffs et les différentes rythmiques, conférant à cet EP un aspect varié et progressif.
« Into Oblivion » démarre avec un « Immolation » varié, entre une intro doomesque et une suite plus melo death mais qui ne perd pas de son aspect lourd et agressif. Pas de chichi, pas de refrains au chant clair, pas de parties techniques ou de soli endiablés, Voice Of The Soul fait dans la simplicité avec ce côté suédois qui n’est pas à mettre de côté. En effet, le groupe s’inspire d’Arch Enemy ou de At The Gates, entres autres. En dépit de ça, il préfère faire la part belle aux riffs et parties purement instrumentales, le growl de Kareem n’étant pas l’élément le plus important.
« Pandemonium » met bien dans le bain avec cet aspect bien mélodeath et cette alternance de growl et de chant plus criard, plus black. C’est entraînant et accrocheur, suffisant pour permettre à Voice Of The Soul de se faire un nom. L’EP aurait pu être ennuyant sans de nombreux changements de dynamiques, octroyant à la galette une diversité non négligeable de passages et rythmes. « Cast Away in Betrayal » se rapproche davantage des standards death metal tandis que « Wither » et ses onze minutes de mélancolie, propose un mélange de doom/death et de death mélo totalement captivant.
Voice Of The Soul met à profit ses influences suédoises pour nous offrir une reprise de l’excellent « Under a Serpent Sun » d’At The Gates. La version koweïtienne est plus lourde et plus compressée mais reste totalement correcte et fidèle à la version de base. Dans tous les cas, il s’agit sans doute de la première cover d’At The Gates fournit par un groupe du Moyen Orient, une expérience intéressante.
Le combo réussit à fournir un EP tout ce qu’il y a de plus classique mais progressif, sans tomber dans le piège du mélange death mélo/metalcore. Une belle avancée pour Voice Of The Soul qui met en avant son art et son pays. A encourager.
On connaît déjà le black symphonique américain, mais moins le death symphonique. Mélodique de surcroît. On sait que ce style est de plus en plus grandissant, comme un nouveau souffle au sein de la scène metal actuelle. On sait aussi que ce n’est pas nouveau et que la plupart du temps, ce death symphonique se retrouve teinté d’éléments black. C’est le cas avec Scorned Deity, venu de Detroit (Michigan). Le quintette sort en 2011 son tout premier album auto produit et masterisé par ses soins le son est donc correct, bien que parfois amateuriste, mais il n’empêche que le groupe a fait un gros effort pour produire son opus et surtout, pour le composer.
Scorned Deity s’inspire des monarchies passées et de leurs héritages, des empires qui se sont effondrés ainsi que des imperfections de l’humanité. Pour cela, les Américains ont décidé d’effectuer dans un death/black mélodique véloce et épique embarqué par des éléments symphoniques de qualité. Pas d’arrangements purement orchestraux, il s’agit toutefois de grandes nappes enveloppantes et omniprésentes. Le tout sonne très finlandais de ce côté là et peut rappeler des formations telles que Omnium Gatherum, Kalmah en ce qui concerne les envolées aux claviers. Pour ce qui est de l’aspect purement death mélodique, c’est du coté de la Suède qu’il faut se tourner, avec des inspirations Soilwork ou In Flames.
Le résultat reste tout de même assez long avec treize morceaux pour quasi cinquante minutes de musique, car les compositions en soit peinent à varier sur la longueur. Toutefois, il s’avère que Scorned Deity a paufiné ses créations afin de les rendre efficaces et parfois progressives. Riffs tranchants, mélodies embarquantes, soli furieux et claviers symphoniques épiques. Les Américains ne rigole pas, alternant growl et chant plus criard. Le duo d’introduction « As Dusk Repells Light » (instrumentale sombre) et « Infernal Depravity » peuvent mettre sur la voie avec cette agressivité sans relâche mêlée à une mélodie loin d’être mielleuse. Cerise sur le gâteau, il n’y a pas de chant clair et pas de refrains niais. Au moins, l’album a le mérite de proposer des parties cohérentes.
Le groupe arrive à intégrer des plans très death metal avec la lourdeur qui va avec comme sur « Incremental Resentment », mais c’est surtout la mélodie qui prime et comme on le dit, trop de mélodie tue la mélodie. L’auditeur peut rapidement se retrouver noyer. Il n’empêche que la vélocité et la technicité des riffs nous entraînent vite dans le monde de Scorned Deity. « The Alteration of Mankind », par exemple, et un des titres les plus prenants et les plus épiques/symphoniques, avec ces choeurs, ces violons et ces orgues. Rapide d’exécution et parfois sombre, il démolit tout sur son passage.
Si « Pale Thoughts of Dreams » apporte de la douceur lors d’une minute avec une mélodie acoustique, « Self Immolation » propose un mélange d’éléments classiques et d’éléments plus modernes, entre parties saccadées, parties plus death mélodique, encouragés par des claviers et des petites touches électroniques. Idem pour la conclusion de l’album, « Polluted Minds » très finlandais dans l’esprit mais relativement efficace avec son solo endiablé.
« The Monarchy Memoirs » est un album ayant ses qualités et ses défauts pris entre éléments classiques et éléments modernes et touches finlandaises. Scorned Deity apporte toutefois sa petite patte mais il faut mettre beaucoup plus de personnalité là dedans et améliorer la prod, même si celle ci est très correcte. Il n’empêche que les morceaux sont très efficaces et nous donnent du fil à retordre, guidés par des éléments symphoniques riches. A découvrir.
Midnight Realm, c’est un groupe de six Anglais officiant dans le death mélodique. A la base, ce projet n’était pas du tout sérieux et se résumait à quelques répétitions dans les chambres de chacun jusqu’à ce que chaque membre apporte sa pierre et que les premiers morceaux dévoilés reçoivent un accueil plutôt bon dans le monde entier.
Aujourd’hui, le groupe a déjà enregistré un premier EP « Abstract Connections » avant de se consacrer à cette nouvelle sortie nommée « Polarissima ». Midnight Realm fait partie de ces formations officiant dans un dit death mélodique moderne, avec une production en béton, des mélodies dans l’air du temps, des riffs parfois polyrythmiques et des effets électroniques. Inspiré par Dark Tranquility, Soilwork ou Textures, le combo arrive à intégrer ses influences tout en ajoutant sa patte et son univers apocalyptique et décadent comme sur l’intro symphonique « Polarissima » et le très énergique « Abstract Connections », entre death mélo traditionnel, death mélo moderne et saccadé.
L’EP reprend là où le groupe s’était arrêté avec leur précédente sortie. Il s’agit donc de la suite logique, les pochettes se ressemblants sur ce point là ainsi que du côté des paroles qui continuent de nous dépeindre un monde asséché où le soleil est sur le point de disparaître et où l’eau devient rare et on ne peut plus précieuse. La Terre est donc désolée et ressemble à un paysage de Lune. « Solaris » nous explique le problème tout en intégrant les interrogations du personnage sur son avenir. Le death mélodique est ici parsemé d’éléments symphoniques, comme une harpe et quelques arrangements orchestraux ainsi que le titre suivant, évoquant l’univers de Skyfire dès l’introduction. On se retrouve aussi avec une alternance growl/chant clair pour différencier les couplets des refrains. De ce côté là, peu d’originalité mais Midnight Realm le fait bien et ne tombe pas dans la niaiserie dont nous avons l’habitude d’entendre en ce moment. De plus, un chant trop mielleux ne collerait pas du tout à l’ambiance de l’EP.
Cette dernière, pessimiste et mélancolique, se fait davantage ressentir sur le dernier morceau « Requiem » qui entremêle les riffs, les sonorités électro et les nappes atmosphériques en fond. Le résultat oscille entre mélodie et bonne agressivité pendant près de sept minutes, soulignant le côté impardonnable du monde décrit dans les textes. Un fort côté progressif se fait aussi ressentir, notamment lors des variations de structures, car ici on ne se retrouve plus vraiment dans le schéma couplet/refrain mais plus dans une succession d’événements, entre furie, mélancolie, saccades et noirceur jusqu’à une fin poignante. Midnight Realm devrait faire beaucoup plus de morceaux de cette trempe là.
Les Anglais offrent ici un EP qui n’innove pas, certes, mais qui se laisse écouter et qui possède une ambiance toute particulière. Les parties batterie ont été exécutées par Alex Rüdinger (Threat Signal, Ordinance) tandis que l’enregistrement a été fait aux studios Numbskull Audio. Alors si vous ne voulez pas vous prendre la tête en matière de death mélodique et vous passer un EP qui passe tout seul, sans agacer, prenez ce « Polarissima ».
Symbolic aura eu du mal à faire parler de lui en France et pourtant il s’avère que ce quintette est une valeur sûre en Allemagne en matière de death metal. Formé en 2005, le groupe a réussi à sortir un album et un single auto produit avant de se lancer pour de bon et signer avec le prestigieux Twilight-Vertrieb, lui donnant une opportunité en or en matière de distribution. Et ça marche.
Bien qu’officiant dans un genre de plus en plus saturé, Symbolic arrive à faire de sa musique un death metal moderne aux touches mélodiques, sans tomber dans les pièges du conformisme. Pas de mièvrerie, pas de voix claires, pas de bidouilles qui n’ont pas lieu d’être. Les Allemands envoient du lourd et en plein dans le mille, se permettant non seulement de nous asséner d’un déluge de riffs mais aussi d’expérimenter de temps à autre histoire de ne pas rendre sa musique trop uniforme.
Après donc plus de six ans d’activité, Symbolic est en droit d’essayer de nous offrir l’album de la maturité et il est clair que ce dernier n’en manque pas. Le quintette commence d’office par nous faire un jeu de mot avec le titre de son album, « Scarvest » étant un mélange de « scar » et de « harvest ». Mais ce n’est pas les blés que les musiciens fauchent, mais bien des têtes, et avec une lame bien aiguisée, à l’image même de leur musique. Pas de pitié, l’ensemble est bien racé et bien compact, avec une base melo death mais modelée grâce à des éléments modernes voire core tant dans la rythmique parfois syncopée et dans le growl qui tourne au criard.
« Everlasting » et « Achille’s Son » nous offrent une très bonne dynamique et de relents bien death metal, avec les soli qui vont bien, parfois proche du neo classique et de Necrophagist dans le même temps. Les touches progressives restent très évidentes tant dans la longueur des morceaux que dans le côté barré et alambiqué de certains passages à la guitare très recherchés. Toutefois, lorsque la lourdeur s’impose parradée d’une certaine agressivité, c’est plutôt de Death que l’on se rapproche (« Down to Zero »), pour ensuite se diriger vers quelque chose de plus aérien et symphonique (« Mysery »). Symbolic aime jouer sur ces facettes, car chaque piste est délicieuse et dotée d’une identité bien à elles.
On conclut avec un « 7H8P7P5H7 » au nom très mystérieux mais bourré de bonnes choses, entre le côté très catchy et technique des riffs, le dynamisme du rythme, la lourdeur de l’ensemble, le growl impeccable de Bastian et surtout le final très inattendu et expérimental qui commence avec des sons cybernétiques pour terminer avec des guitares hypnotiques, des voix bizarres, des sons retro et une batterie limite techno pour un ensemble très « jeu vidéo ».
Symbolic s’est bien débrouillé et c’est un death mélodique moderne et lourd qui s’offre à l’auditeur, pas mielleux pour un son et pas bourré de claviers pour autant. Les Allemands s’imposent et seront sans aucun doute sur le devant de la scène d’ici quelques temps. Ce « Scarvest » fouillé et catchy est plus que prometteur.
Rainwill aura mis du temps à se décider et à composer de nouvelles chansons et galettes, car depuis sa formation en 2000, ce n’est que presque dix ans plus tard que le groupe a franchi le cap de la démo pour sortir son premier opus « Canvas » signé chez MSR Productions.
On connaît bien l’étendu du death mélodique et sa popularité dans le monde metallique, la scène européenne étant sans doute la plus grande. En Russie aussi, le style bouge énormément, se rapprochant tantôt des formations actuelles (Soilwork, Disharmonia Mundi entres autres) ou s’essayant à adopter une autre teinte. Rainwill se situe entres les deux, entre ce que nous entendons déjà et ce qu’on peine à entendre, c’est à dire quelque chose de plus innovant, même s’il est normal de se demander si le death mélodique peut encore nous surprendre.
Les Russes nous sortent donc « Canvas » tout en restant inspirés non seulement par la scène scandinave mais aussi par les tendances industrielles de leur pays. Cela s’entend dès le début de l’opus avec l’introduction et les morceaux « Eternal Grief » ou « Scenes on Canvas », offrant à la fois des riffs mélo death, des riffs bien lourds, et des growls bien sauvages, des cris black plus faiblards, et des sonorités industrielles et mécaniques assez bien placés.
La majeure partie des titres proposent son lot d’agressivité et de passages plus calmes, alternant growl, chant clair et crié, ce qui n’est pas vraiment une source d’innovation, comme sur « White Sand » ou « In Twilight of a Stage ». Il faut tout de même apprécier le côté blasé du chant clair et celui trop étouffé du chant black, seul le growl s’en sort plutôt bien, en imposant une certaine lourdeur.
Il faut dire qu’avec Rainwill, on change rapidement de registre, car si « Long Expectation » s’aventure dans le symphonique, les interludes « When Thought Comes to Life » et « The Call of Dispair » touchent plus au folk et à l’acoustique avec ces samples très naturels et cette guitare très sobre et douce. Idem pour « The Price of Mistake » qui conclue assez bien l’opus avec ces touches acoustiques, ce côté mélancolique et cette lourdeur dans ces riffs qui percutent bien.
En définitive, rien d’exceptionnel pour Rainwill qui aurait pu surprendre davantage s’ils n’avaient pas gardé cette patte trop actuelle et commune. Ajoutez à cela les approximations dans les compos et les chants et l’opus reste correcte, avec de bonnes choses mais sans plus.
S’il y a bien un pays qui peine à faire parler de lui en matière de metal, c’est bien la Serbie. Manque de Promotion et de moyen oblige, les groupes ont beaucoup de mal à s’exporter à l’étranger, bien que dans leur terre natale, le problème soit moins important, étant donné qu’un bon panel de formations arrivent malgré tout à avoir une bonne réputation et un lot certain de fans.
De ce fait, on a peut-être déjà entendu d’Amentes en matière de doom mélodique, de Draconic pour le modern metal, ainsi que d’autres petits groupes pour leur heavy metal. Mais dans le domaine du death metal, mélodique qui plus est, il y a bien un petit groupe, Through Art, qui a réussi à trouver une ouverture afin de s’y infiltrer. Le quintette, originaire de Belgrade et découvert en 2006, aura sorti quelques démos avant de s’attaquer à un premier opus « Kamaswami » signé chez les Grecs de Sleaszy Rider Records (Odious, The Elysian Fields).
Through Art a le mérite d’apporter à son death metal mélodique des éléments modernes sans non plus l’en abreuver, si bien que leur musique se veut direct et réactive mais pas niaise ni mielleuse. Dans ce sens, disons que les Serbes se rapprochent plus du death metal tout court lors de certains passages lourds et furieux que du melo death lancinant de Disarmonia Mundi, entre autres. Bien sûr, nous ne sommes pas à l’abri des chants clairs, que Through Art utilise parfois à trop haute dose (« Sharp Edge Embrace », « Neuron ») sans non plus tomber dans les clichés qui sont: refrain = chant clair. Ainsi on se retrouve avec une sorte de progression au sein des morceaux, qui ne suivent pas toujours le fameux schéma couplet/refrain, mais partant plutôt dans une histoire particulière mélangeant donc le growl grave et maîtrisé et le chant clair mélancolique et assez puissant de David Milosevic.
Par dessus le marché, les riffs sont lourds et dynamiques, bien melo death dans l’esprit parfois, mais ils savent se faire plus saccadés par moment, proche de certaines polyrythmies, ou plus heavy. Les soli sont simples mais efficaces, comme dans « The Grind », on n’est pas dans la démonstration, mais il est vrai que l’ensemble, que ce soit les soli ou les rythmiques, manquent de prise de risque. Par contre, il y a l’exception qui confirme la règle avec « Eons to Come », montrant une facette plus diversifiée, avec un growl plus rageur et expressif, des passages plus atmosphériques, et surtout ce riff catchy, entraînant l’auditeur dans l’univers des Serbes.
Dommage que la pochette de Dusko Bjeljac, représentant une multitude d’animaux à la fois, ne soit pas totalement à l’image de la musique de Through Art, qui si elle avait été plus variée, aurait parfaitement collé à cet artwork atypique (lion, serpent, papillon, etc). Mais il n’empêche que le quintette livre un album correct et agréable, malgré encore quelques approximations et un manque de « folie ». Il faut consolider le tout.
Malgré les a priori que nous pouvons avoir en ce moment sur le death mélodique, notamment sa tendance à être trop moderne, à s’échapper des codes originels, à apporter un lot de mélodies peut-être trop étouffantes au détriment de la brutalité pure du death metal et à incorporer des voix claires pas forcément utiles dans certains cas, il se pourrait que nos mauvaises impressions, pourtant justifiées, passe à la trappe avec cette découverte australienne venue de Perth. Le quatuor formé en 2003 et auteur de plusieurs démo et d’un album en 2008 franchit un grand pas, non seulement en prenant de l’assurance, mais en renforçant sa musique d’éléments variés et beaucoup plus sombres, empruntés à certaines formations connues telles que Kalmah, Dimmu Borgir ou Summoning. On ne parlera pas de pompage pour la sortie de ce « Kingdoms » mais plutôt d’influences, qu’on retrouvera autant dans le melo death à voix black propre aux Finlandais, les mélodies et symphonies sombres des Norvégiens, et le côté épique et antique des Autrichiens.
En effet, Red Descending repart dans les récits héroïques d’antan en les mettant en musique, mais surtout, en les habitant d’une aura sombre et guerrière au sein d’un death mélodique tendant sur le symphonique et le black, tant au niveau des riffs que du chant, mi-crié, mi growlé. Les choeurs, les parties folkloriques, les mélodies rapides et renversantes à la guitare favorisent l’aspect épique de la musique des Australiens, bien que l’accent soit porté sur le côté sombre de cet ensemble recherché et même progressif : les titres sont longs et parfois alambiqués et ont chacun leur mouvement, témoins de la narration des événements dans les paroles. Le titre est révélateur de l’histoire, les royaumes étant représentés à l’intérieur même du livret, tant par la pochette sur laquelle siège un château dont la hauteur sépare le monde terrestre et le monde du ciel, que par les pages délivrant des images de monde marin ou désertique.
L’affrontement entre les royaumes est terrible et puissant, on nous parle autant de mort que de vie, autant de lumière que d’obscurité, autant de rois que de tyrans, autant de vent que de froid sur une musique véloce et maîtrisée. Nous voilà bercés par la vélocité des riffs, endiablés par la brutalité de certains passages, enchantés par des parties sombres et mystérieuses. Même si l’introduction peut rappeler Pirate des Caraïbes avec son violon en fil conducteur, il n’en est rien puisque les guitares prennent le dessus sur un « Burned to Death » entraînant. Le chant black se veut rageur pendant le couplet tandis que le refrain laisse apparaître un growl et le chant féminin de Jesse Millea. Rassurez vous, ce chant féminin ne se retrouve quasiment plus sur les prochains morceaux, qui tendent cependant à devenir plus sombres et plus furieux. « Inferno » porte bien son nom de ce côté là. Il nous octroie, le temps de six minutes, un mélange de death mélodique et de black symphonique soutenu par une agressivité palpable. L’ensemble nous prend en haleine jusqu’au moment ultime où les claviers se mettent en valeur et que tout fusionne. Atmosphérique et puissant. Une claque.
De l’épique « Reprieve » au prog, rapide et moyen-âgeux « This Endless War », Red Descending n’oublie rien et apporte à son album des titres accrocheurs et à retenir, renforcés par un mélange réussi de puissance et de finesse. « Througn Unknown » nous laisse entrevoir la différence flagrante de genre entre chaque passage, alternant death mélo et black mélo, toujours avec élégance et avec ces touches de claviers en arrière plan. Toutefois, c’est sur l’éponyme « Kingdoms » que le contraste se fait, grâce à un ensemble harmonieux, atmosphérique, parfois guerrier. On se retrouve avec l’impression d’être sur un champ de bataille après la bataille, les percussions étant trompeuses, les voix terminant le récit dans un murmure et une certaine mélancolie.
Une belle découverte encore une fois. Red Descending nous offre un album qui ne tombe pas forcément dans le piège des mélodies niaises, de la fausse brutalité et des chants clairs. Ce « Kingdoms » auto-produit nous présage que du bon pour le futur des Australiens, avec leur death mélodique symphonique aux relents black et épique. Un opus à se mettre sous la dent.
Désormais reconnaissable grâce à leur « c » allongé par des barres comme un circuit en guise de logo et à leur duo de couleur jaune/noir, Cypecore fait un retour en grande forme deux ans après un « Innocent » convainquant. Cette fois-ci, le quintet a trouvé un label susceptible d’améliorer la distribution de son travail, Twilight Vertrieb devenant de plus en plus l’égérie des nouvelles formations allemandes. Malgré le fait d’être signé, Cypecore continue de tout faire tout seul, prenant de l’assurance quant à la production et à l’enregistrement des morceaux effectué dans leur propre studio. Le son est en béton armé, facilitant l’écoute de ce « Take the Consequence » et son appréhension.
Cypecore change peu sa recette, basant sa musique sur des riffs death mélo typiquement suédois mélangés à des variantes thrashisantes voire parfois modernes, tout en utilisant les influences à bon escient. Ajoutez à cela les fameuses touches cybernétiques, cette fois-ci plus mises en avant, et vous avez une bonne définition du son actuel des allemands.
« Take the Consequence » commence là où « Innocent » se finit. La progression ne choquera donc personne, car l’enchaînement du cd à l’autre se fait d’une grande facilité, la différence étant l’accentuation du côté dense et lourd apporté par les riffs et le le chant, oscillant entre growl et cri typé hardcore. Comme « Innocent » nous le sous-entendait, nous voici donc face aux conséquences de nos actes. Et nous vivons dans ce monde, détérioré par toutes les manipulations entreprises par l’homme. Manipulations touchant au désastre, qu’elles soient mécaniques, physiques ou chimiques. L’air devient toxique, la guerre a éclaté, et l’humain est dénué de tous sentiments. Le voilà maintenant pris au piège dans un monde invivable. Ces événements sont mis en relief par un certain aspect progressif, histoire de narrer les faits de plus, la pochette et son masque à gaz ainsi que l’intérieur du livret, très pessimiste et destructeur, ne peut que confirmer la chose.
Finalement, le mélange des couleurs jaune et noir n’est pas si anodin, dans le sens où l’on peut y voir cet aspect chimique mélangé à la noirceur des événements. Ce qui n’est pas totalement faux en soit, le livret et son champignon nucléaire confirmant les faits. Mais la musique de Cypecore détient un côté plus sombre et plus acéré par rapport à un « Innocent » en manque de prise de risque. On n’a toutefois pas atteint un stade ultime d’originalité, ces deux albums n’apportant pas un plus à la scène death mélo en général, mais il s’avère qu’il y a quelque chose qui se dégage de ce « Take the Consequence ». Sans doute, Cypecore a enfin réussi à mettre en valeur son concept.
L’album se rallonge, pour le même nombre de titres, à savoir douze, sauf que certains dépassent largement les cinq minutes. On a donc droit à une heure de musique pour un rendu très sombre et futuriste. Bien que ce sont les riffs qui battissent l’opus de A à Z, il n’empêche que l’atmosphère dégagée par certaines plages ralenties et lourdes ne peuvent que confirmer cet aspect morbide et décadent (« Plague », « Coma Vigil »).
Comme sus-cité, les éléments électroniques sont beaucoup plus présents, sans non plus noyer le contenu de cet album, mais ils posent le décor et agissent principalement en guise d’introduction pour chaque morceau (« The Lie of Redemption », « Feel the Ground [Devastated] »). On peut aussi les entendre au sein même des chansons comme sur le long « And the Sun Will Never Rise Again ». Enfin, couplés à des parties syncopées et énervées, on croirait entendre Sybreed parmi cette vague de modern metal mélangeant les relents électroniques et la vague cyber. En clair, Cypecore se retrouve le cul entre deux chaises, à savoir le melodeath et le neo-thrash.
Encore une fois, je vais m’attacher à l’intro et à l’outro, qui restent de nouveau de très bonne qualité et originales. Elles ouvrent et clôturent l’album comme il se doit, aussi apportent-elles beaucoup d’atmosphères et d’effets, si bien qu’on a véritablement l’impression de se retrouver dans un film de science-fiction. L’intro se dote d’une ambiance à la Matrix, avec ses violons apocalyptiques et son ambiance décadente, avec cette voix distordue et cette batterie mécanique. L’outro, quant à elle, nous gratifie de nappes de claviers sombres et futuristes, à l’arrière plan robotique, avant de nous faire part d’un rythme et de quelques guitares sous couverts de sonorités industrielles. Mais ne vous laissez pas berner par ses quatorze minutes, car la fin du morceau s’avère être une piste cachée puisqu’au moins huit minutes séparent le début du véritable final.
La machine Cypecore est en marche, et fonctionne plutôt bien, quand on voit la qualité et le côté pro de ce groupe, pourtant fondé en 2007. Le potentiel est confirmé, bien que l’opus en question « Take the Consequence » ne soit pas une merveille du genre. En tout cas, on ne peut pas leur reprocher un manque de personnalité, car les allemands ont leur patte, ce qui est plus qu’encourageant. La suite confirmera peut-être ces dires…
La scène metal allemande reste connue pour son metal industriel (Rammstein, Oomph !…) ou son death technique (Obscura, Necrophagist), mais elle l’est moins pour son death mélodique ou son cyber metal. Pourquoi est-ce que je vous parle de ça ? Parce que Cypecore, originaire de Sinsheim, nous mixe un melodeath à la suédoise avec un peu de cyber à la Sybreed. Le résultat n’est pas forcément inattendu si tant est que l’on connaisse les failles de ces deux styles : on peut forcément s’attendre à quelque chose de mielleux, à du chant clair, à des sonorités électroniques trop mises en avant, à des influences trop fortes, en gros, à un manque d’originalité.
Il serait toutefois maladroit de partir sur ces bases là alors que Cypecore déroge quelque peu à la règle. Bien sûr, les influences se font ressentir (Dark Tranquility, In Flames pour le côté melodeath) mais elles sont utilisées à bon escient, si bien que l’écoute de l’album n’est pas si dépourvue d’intérêt. Pas de chant clair, si ce n’est la présence de quelques effets…Cypecore maîtrise son sujet avec sa sensibilité, tout en rajoutant des éléments cybernétiques sans non plus en faire de trop. Il y a donc un juste milieu mais peut-on parler de prise de risque ? A vouloir ne pas trop en faire, le quintet n’en fait peut-être pas assez…
Malgré une auto-production de qualité et un packaging soigné, mettant en valeur les couleurs phares de Cypecore, à savoir le jaune et le noir, l’album se composant de douze titres ne met pas totalement en valeur les thématiques qu’il aimerait exposer. Ainsi, s’il on parle de prise de conscience, de la période pré-apocalyptique, du courage face à la mort, des rouages du temps et des machines, l’ambiance, bien que sombre et futuriste dans son ensemble, reste quelque peu approximative de temps à autre, si bien qu’on se retrouve avec quelque chose d’inégal de ce côté là. Toutefois, même si les sonorités électroniques n’interviennent pas sur tous les titres, le growl maîtrisé et les riffs acérés et précis du duo de guitaristes nous mettent bien sur la voie, tout en se teintant d’éléments thrash sur certains passages (« Everydying »).
De plus, les soli restent plutôt bien trouvés et les passages atmosphériques tranchent avec le côté agressifs des morceaux, relevant le côté cybernétique des compos même si cet album n’est pas le plus cyber du monde. Par contre, des samples du genre viennent s’intégrer à certains endroits, tel que l’introduction de « Final Hour » qui, avec son alarme, ses bruits et ses nappes futuristes, ne peut que nous évoquer le cataclysme dont nous aurons la signification dans le prochain album « Take the Consequence » (2010). Mais rien que le côté furieux et rentre dedans de « Something Inside » ou «The Origin of Hate » peuvent nous mettre sur la voie, le côté mélodique ne prenant pas trop le pas sur le côté agressif.
Jusque là, si le côté cybernétique n’avait pas paru si évident, il le devient beaucoup plus à l’écoute de l’intro et de l’outro, qui sont justement censées mettre en lumière le plus possible le concept et l’atmosphère principale de ce « Innocent ». La première met en avant des sonorités électroniques robotiques et mécaniques, pendant qu’une mélodie sombre et mystérieuse au clavier nous emporte jusqu’à une partie plus inquiétante où les violons et le piano font leur apparition. Pas de guitare cependant, tout est instrumental mais particulièrement immersif et bien ficelé, si bien que cette intro pourrait faire partie des meilleurs titres de l’opus (et du cyber en soit). La deuxième est une conclusion digne de ce nom, laissant sur notre faim, certes, mais nous préparant à la suite, grâce à des sonorités industrielles et une mélodie particulièrement douce et cristalline.
« Innocent » est plutôt bien fichu, ne manque pas de bons riffs et de bons moments, mais on aurait aimé plus de prises de risque quant à la mise en valeur des atmosphères et la diversité des riffs. Le potentiel est tout de même là mais il faut qu’il soit confirmé. Peut-être le sera-t-il avec « Take the Consequence » (2010)…
Ils nous avaient émus, ils nous avaient touchés, ils nous avaient embarqués dans un univers poignant, sombre et désespéré, et les voici revenus, quatre ans après le désormais reconnu « Reborn ». Ce dernier témoignait d’une maturité et d’une originalité sans conteste, proposant un death mélodique symphonique de très bonne facture, bourré de morceaux aussi prenants les uns que les autres, « First Row in Hell » ou « Angel Song » en étaient les dignes représentants.
Peu de temps après, Souldrainer céda à cette fâcheuse manie qui est de se décharger des frontmen et des principaux guitaristes, comme certains groupes récemment, trop nombreux pour les citer. Le vocaliste Johan Kiltkou et le guitariste Daniel Dlimi partent donc de leur côté, le charisme et la rage de chacun de ces deux membres étant remplacés par le membre originel, Marcus Edvardsson, s’occupant aussi de la musique et des paroles.
De nouveau, Souldrainer a décidé de travailler seul, sans producteur, afin non seulement d’éviter les influences externes, mais aussi de présenter une musique aussi organique que possible. Ce « Heaven’s Gate » se retrouve malgré tout signé chez Vicisolum Productions et enregistré aux Empire Studios, en Suède.
Comme l’album précédent, les Suédois nous proposent un album sombre et chaotique, où la mélancolie et les chœurs démoniaques sont de la partie, à travers un death mélodique loin de ressembler à tout ce qui se présente en ce moment, dans une veine moderne ou électronique. Souldrainer s’échappe donc de ce courant-ci en nous montrant quelque chose de beaucoup plus lourd et moins banal, proche tout de même des célèbres Hypocrisy ou Amon Amarth pour ce qui est du côté brute et aérien à la fois.
Il est aussi question de death symphonique sur ce « Heaven’s Gate », mais en moins accru, les arrangements purement orchestraux étant malheureusement moins présents au détriment de l’émotion. Ce sont donc les chœurs, masculins en majorité, qui servent de toile de fond, renforçant cependant le côté atmosphérique de certaines compositions, comme sur « The Quest » ou « Low » aux légères consonances arabisantes voire impériales.
De toute manière, c’est d’un monde relativement décadent que nous parle Souldrainer, la guitare mélangeant riffs death et riffs thrash dans un fond mélodique, aidée par un chant grave et hargneux au débit soutenu, comme sur l’opus précédent. Toutefois, la plus grosse différence réside dans le timbre, bien différent de celui de Johan Kiltkou, qui bien qu’étant soutenu par des effets d’amplification, restait pour le moins charismatique et bien mis en valeur. Une bonne caractéristique que l’on ne retrouve plus tellement au sein de ce « Heaven’s Gate ».
Le côté glauque a aussi perdu en intensité, puisque les samples, effets et autres chœurs féminins ne rendent plus compte de cette atmosphère dérangeante. Mais les claviers restent omniprésents, même lors du court, agressif et excellent « Fed by Fire », aux riffs imparables et au dynamisme contagieux, ou lors de « Alien Terror » un peu étrange mais aux chœurs imposants, comme sur un « Together » de Samael. En parlant de ce morceau des (petits) Suisses, les connaisseurs se rappelleront de son rythme ralenti et de son côté mélancolique, ces caractéristiques-ci étant aussi celles du nouveau Souldrainer. En effet, par rapport à un « Reborn » à la bonne rapidité d’exécution, les morceaux de « Heaven’s Gate » possèdent un rythme sans doute moins rapide, mais tout de même relativement dynamique en majorité, bien que « Low », « The God Delusion » ou « Gate Guard » soient assez lents dans leur ensemble. Et même si le groupe se qualifie de « doom/death mélo », il semble un peu exagérer de faire mentionner le terme « doom », la majeure partie des titres ayant un rythme certain et une approche death/thrash bien poussée, quoique le titre éponyme peut largement être catégorisé comme tel (avec les forts relents funéraires en prime).
Contrairement à un « Reborn » qui parfois nous proposait des sons de boîte à musique, « Heaven’s Gate » lui fait parfois apparaître quelques clochettes, de nouveau sur un « Low » mettant le paquet sur les ambiances, ou des sonorités électroniques à l’instar d’un « Gate Guard » mettant en avant ce côté extra-terrestre (la pochette!) et même atmosphérique, comme sur un « Deus Ex Machina » de The Monolith Deathcult, la brutalité en moins.
Qu’on le veuille ou non, Souldrainer a tout de même changé une partie de sa recette, rendant l’opus sans doute moins original que « Reborn » ne l’était. Même si les Suédois nous font un death mélodique loin des sorties actuelles, il n’empêche que certaines pistes voire passages détiennent des longueurs ou une linéarité quelque peu dérangeantes, rendant ce « Heaven’s Gate » moins transcendant qu’il aurait pu l’être. La banalité de certains riffs peut tout aussi bien se retrouver écrasée par une exécution bien recherchée, ce qui détonne particulièrement d’un titre à l’autre.
En clair, cet opus reste particulièrement bon, même si l’on aurait aimé plus de prises de risque et de folie, toutefois le changement de line-up semble avoir eu une certaine conséquence sur la mise en forme des compositions, le rendu étant quelque peu différent. Il n’empêche que si vous aimez les ambiances chaotiques, sombres et parfois mélancoliques, cet album pourrait vous intéresser.
Attention: chronique de la réédition de cet album (2011)
Depuis que Disarmonia Mundi a signé chez Coroner Records afin de sortir et de distribuer son album « The Isolation Game », ce label n’en finit pas de profiter de l’occasion pour rééditer certaines œuvres de leurs amis italiens, dont le « Nebularium » entres autres. Cette fois-ci, c’est au tour de « Mind Tricks », renouvelant non seulement la pochette (le clown est davantage mis en valeur) mais aussi la production, la masterisation et le nombre de bonustracks.
« Mind Tricks » est à la base le troisième album des turinois après des débuts quelques peu compliqués, mettant en jeu des problèmes de line up et de distribution. 2006 est donc l’année de la consécration pour Disarmonia Mundi, prenant le death mélodique de Soilwork ou de Scar Symmetry et ajoutant des éléments électroniques et atmosphériques afin de sonner plus moderne. Pari réussi pour ce combo italien, qui fait des ravage en Europe, principalement. Car même s’il a eu du mal à se stabiliser, tant au niveau des musiciens que du style pratiqué, le multi instrumentiste et producteur Ettore Rigotti a su mettre en avant son groupe depuis le début, lui donnant une fois pour toute une vie, malgré les difficultés.
Bien que la musique de Disarmonia Mundi ne soit pas la plus originale qui soit, il n’empêche qu’au sein des morceaux, il se dégage une énergie et un dynamisme qui ne sont pas à ignorer. Et même si on se retrouve avec un death mélodique moderne aux relents électroniques comme on en voit souvent en ce moment, il serait dommage de cracher sur la qualité des musiques et le talent des musiciens, loin d’être manchots. Les riffs sont maîtrisés, bien que déjà entendus, rappelant les bien connus Soilwork ou Scar Symmetry, même si par intermittence, on penserait à du In Flames (riffs et voix comprise) ayant copulé avec du Blood Stain Child, le chant de Sophia et les sonorités techno en moins (« Resurrection Code », « Nihilistic Overdrive »).
Peu de surprises malheureusement au sein de ce « Mind Tricks » conservant la même substance que la version originale, seul le son arrangé par Ettore Rigotti est plus moderne, plus dans l’air du temps, bien que trop compressé, trop lisse, ce qui nous ferait presque regretter le premier mixage. Si des titres se démarquent du lot tant par leur rapidité que leur tranchant et leur aspect plus sombre (« Parting Ways », « Liquid Wings »), d’autres restent trop gentillets et mielleux, tant par l’électronique que par l’apparition de chants clairs au niveau des refrains (« A Taste of Collapse »).
Attachons nous maintenant aux nouveautés présentes dans cette réédition, outre la nouvelle pochette et le nouveau mixage. Quatre nouveaux titres composent cet opus, ces bonus ne sont pas non plus des plus transcendants (l’inutile et niais « Celestial Furnace » version multimedia) mais « Ringside Seat to Human Tragedy », en duo avec Christian Alvestam (Solution .45, ex-Scar Symmetry) nous gratifie d’un growl digne de ce nom et d’un ensemble peut-être moins banal, avec de bons riffs efficaces.
L’album n’est pas non plus révolutionnaire mais est bien révélateur du travail et de l’univers de Disarmonia Mundi, qui avec le temps, ne cesse de s’attirer de plus en plus de fans. Toutefois, la réédition de ce « Mind Tricks » est plus intéressante pour la beauté de l’objet et pour les non connaisseurs du groupe, le tout restant tout de même (trop) fidèle à l’original, les bonus en plus. A vous de voir ce que vous voulez en faire.
Blood Stain Child, c’est avant tout un des groupes les plus opportunistes qui soient, et ce depuis sa formation au Japon en 1999. Alors que les deux premiers opus pompaient gracieusement le travail de Children Of Bodom et de Kalmah réunis, les deux suivants avaient quant à eux réussi à attirer les foules de par un côté electro ainsi que par les très grosses influences In Flames, retrouvées tant dans les riffings que dans la voix elle-même. A croire que BSC préfère avant tout surfer sur la vague du succès actuel plutôt que de se trouver une réelle identité, devenant pour le coup on ne peut plus facile d’accès.
Aujourd’hui, en 2011, les nippons sortent leur nouvel opus « Epsilon » signé chez Coroner Records et produit par Ettore Rigotti de Disarmonia Mundi. Conscient de la mise en valeur de styles marginalisés tels que l’electro metal voire le cyber metal, Blood Stain Child décide donc de moduler sa musique afin de se retrouver de nouveau dans l’air du temps, s’appropriant un style cybernétique qui, finalement, ne lui correspond pas. En effet, malgré ce côté futuriste autant conceptuel que musical, Blood Stain Child n’officie actuellement que dans un melo death electronique archi popisant, bien joyeux et tout en couleur. La pochette, elle-même, aurait bien pu être créée pour le nouveau volet de Final Fantasy…
Le changement de line up reste tout de même conséquent vu que le chanteur Sadew quitte le groupe, laissant place à un nouveau batteur Gami (ex-Youthquake) ainsi qu’à une chanteuse grecque très lolita nommée Sophia. Cette dernière, bien sûr, apporte non seulement une touche féminine mais aussi un côté plus punchy, plus moderne et moins linéaire, malgré le chant crié de Ryo à la Anders Friden. Mais il est évident en tout cas que la demoiselle se taille la part du lion, son chant astral étant mis aux premières loges et étant plus accentué que celui de Ryo, à la limite du sous mixage. Par dessus le marché, les riffs alternent entre riff bien death melo et riffs typiques metalcore, qu’on retrouve aisément au sein de break down typiques.
Ceci dit, il faut avouer le côté entêtant de certaines pistes, qui mélangent parfaitement bien les sons electro/techno, les voix et les guitares, à l’image de « Sirius VI », « Forever Free » ou « Stargazer ». Mais malgré le côté extrême de la musique des nippons (notamment les parties guitares), le tout est pour le coup trop gentillet, trop mielleux et même parfois niais, comme un « S.O.P.H.I.A. » trop simple, trop mignon, trop prévisible.
Même si quelques voix synthétiques s’incorporent au sein de certaines compos, même si des sons futuristes nous embarquent dans cette univers de geek, même si les chanteurs de Disarmonia Mundi (Ettore Rigotti et Claudio Ravinale) viennent pousser la chansonnette sur trois titres, l’album peine à convaincre et lasse à partir de la moitié. Et surtout…les « plagiats » d’In Flames restent tout de même encore évidents (« Unlimited Alchemist », « La+ »).
Évidemment, tout n’est pas mauvais, et « Epsilon » se veut être un album en demi teinte. Car même si l’on sent malgré tout une certaine envie de changer et de nous proposer « autre chose », les recettes d’ « Isolator » et de « Mozaiq » restent les mêmes. Toutefois, l’arrivée de Sophia semble bien avoir chamboulé le mode de fonctionnement de Blood Stain Child, qui, bien que jouissant d’une alternance chant clair/chant crié, obtient une touche plus soft, plus astral. Cependant, le gros problème réside bel et bien dans l’agencement des parties dance/techno, parfois trop présentes (« Dedicated to Violator »).
Le cinquième opus de Blood Stain Child divisera sans aucun doute, proposant quelque chose que l’on aimera ou que l’on n’aimera pas. Pour cela, seule son écoute vous permettra d’en avoir le cœur net.
Si le death black mélodique semble tourner en rond du côté de certains groupes, il s’avère qu’en Russie de nouvelles révélations émergent et nous montrent que rien n’est encore perdu. On pourrait craindre la venue de ce jeune groupe russe mais il n’en est rien, car Deviant Syndrome est loin de nous faire rire ni pleurer. Ces moscovites ont plus d’une corde à leur arc et bien que rassemblés depuis 2005, ce n’est que cette année qu’ils décident de sortir leur premier album nommé « Inflicted Deviations », sorti chez Mazzar Records. Enregistré dans trois studios différents pour la mise en boîte de tous les instruments, l’album a reçu une grande attention de la part du quintette, malgré les nombreux changements de line up et les nombreuses représentations live.
A l’instar d’un « The Great Mass » de Septic Flesh, l’image sur la pochette n’est pas entière et ce que nous voyons n’est qu’un morceau d’une grande fresque faite entièrement par un certain Pablo the Elephant, un artiste et designer assez réputé en Russie. Mais heureusement, l’intégralité de la fresque est retrouvable à l’intérieur-même du livret, si vous le dépliez. Les images que nous retrouvons sont bien représentatives de l’album, montrant aussi bien des formes ésotériques que démoniaques, magiques, décharnées ou encore mécaniques. L’ensemble peut faire épique, comme cette musique, qualifiée de « death mélodique technique et épique » par le groupe lui-même.
Malgré tout, Deviant Syndrome ne s’est pas fait prendre au piège et contrairement à ces formations de death/black mélodique en perte de souffle, il joue du côté des plus grands et/ou des plus connus. Car il faut le dire, l’originalité pure et dure n’est pas le mot qu’il faut employer pour qualifier la musique des russes, car ces derniers ne lésinent pas en ce qui concerne les références et influences. De mélodies techniques de Kalmah ou Eternal Tears Of Sorrow en passant par la magie et la vélocité de Skyfire voire même le côté symphonique de Norther ou Dimmu Borgir, Deviant Syndrome n’a pas peur de ses similarités, car fort heureusement, il arrive malgré tout à intégrer une certaine patte au sein des compos, même si l’ombre des plus grands semble planer au-dessus de sa tête.
Le quintette arrive donc à nous faire un mélange harmonieux et majestueux de mélodies et d’ambiances, les guitares étant pour le coup aux premières loges. A l’image d’un « Spectral » de Skyfire, Deviant Syndrome sur « Consequence » (marquant l’arrivée de Aleksi Sihvonen de Norther au chant en invité spécial) arrive à nous concocter des riffs rapides et magiques, à nous offrir des envolées remarquables aux claviers, à nous emmener dans un monde froid et lumineux.
Un passage du côté de « Entire Cosmic Elements » nous emmène dans quelque chose de plus sombre et éthéré, un léger aspect symphonique en fond, mais un ensemble plus près d’un Skyfire ayant copulé avec un Kalmah. Rapidité d’exécution au niveau des riffs et des solos, maîtrise parfaite des instruments, mélodies enchanteresses sous un aspect davantage black, on est vraiment éloigné du death mélo en manque d’inspiration et plus proche d’un heavy/death/mélo électrique, épique et surprenant.
Sur un total de neuf morceaux, Deviant Syndrome nous montre son savoir et sa technique, sans se lasser de nous offrir des solos maîtrisés et aériens, histoire de propulser l’auditeur au début de la carrière de Kalmah entre autres. « Liberation » par exemple, long de près de neuf minutes, montre les russes au sommet de leur art. Progressif et instrumental, voici une pépite pour les amateurs de death black mélodique en bonne et due forme. Comme si la scène mélodique finlandaise/suédoise venait de fusionner en un seul morceau, tout est fait pour passer un agréable moment, riche, émotif et explosif. Du solo de guitare au solo de basse en passant par le solo de claviers, d’une partie technique en passant par une partie plus sombre et agressive voire symphonique, on tend à passer du coq à l’âne mais le titre avance et prouve que Deviant Syndrome ne se limite pas qu’à emprunter des idées, il les concrétise et les magnifie.
« Inflicted Deviations » malgré ses quarante et une minutes reste une pièce unique et épique, malgré les influences. Deviant Syndrome s’est même fait repérer par Kalmah, qui leur a proposé de faire une partie de leur concert ensemble, ce qui prouve en partie leur talent. Ce premier jet est donc plus qu’encourageant pour la suite, les russes s’étant déjà fait une certaine notoriété.
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