Oestre : La Dernière Renaissance

Ξ mars 26th, 2014 | → 0 Comments | ∇ Industrial Metal, Modern Metal |

Oestre : La Dernière RenaissanceMalgré les apparences, Oestre existe depuis 2003. Les Frenchies originaires de Limoges ont déjà sorti trois albums mais il faut croire que le manque de promotion et de distribution était au rendez-vous puisqu’ils sont quasiment inconnus au bataillon. Pourtant, les musiciens ont de la ressource et surtout une envie très affirmée d’étendre leur renommée. Cela nous mène au quatrième album, « La Dernière Renaissance », sorti sous les commandes de Black Wave Promotion (Calling Of Lorme) pour la distribution et la communication.

Les nouvelles compos montrent un groupe plus mature et moins timide qu’à l’accoutumer. La rage y est décuplée ainsi que l’agressivité des riffs et le côté immersif de l’ambiance. Oestre fait dans le metal moderne, mélange de Meshuggah/Textures et de musique industrielle et ambiante. La mixture peut souvent apparaître mécanique et inhumaine comme sur « De L’atome à la Lumière » ou « Memento ». Oestre s’amuse à fusionner les genres pour éviter d’alterner parties purement metal moderne/ambiante ou électronique, et c’est une force. Les Frenchies jouent donc sur l’inattendu.

Les titres sont dans l’ensemble très solides, précis et carrés. L’atmosphère véhiculée est souvent malsaine et sombre, comme en témoigne un « Des sirènes et des bombes » avec un soupçon d’éléments rappelant le cyber metal (bidouilles, touches robotiques, intro quasi dark ambient…). « Le Théorême de Moebius » joue sur la technique et la programmation de la batterie, toujours avec ce côté saccadé et ce chant rageur. Il est vrai que les riffs peuvent paraître répétitifs à la longue, mais heureusement que la fusion des styles est là, histoire de rendre le tout plus original.

Oestre…un groupe à suivre, oui. Dommage qu’il ne s’affirme que maintenant, mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais. Avec « La Dernière Renaissance », les Frenchies se redécouvrent et nous offrent un opus tranchant, solide, parfois même élégant, et un jeu plus personnel, malgré des influences évidentes. Les fans de modern et d’indus devraient s’y reconnaître.

 

Benevolent (UAE) : The Covenant

Ξ mars 9th, 2014 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

Benevolent (UAE) : The CovenantIl est de plus en plus intéressant de se rendre compte que les musiciens du Moyen-Orient s’ouvrent petit à petit de nouvelles portes. Le metal pose bien des problèmes et il n’est pas toujours aisé d’officier dans ce domaine. Les Emirats Arabes Unis recueillent pourtant bon nombre de formations comme Voice Of The Soul, Anuryzm, Nervecell ou encore Benevolent. Formé en 2007 par les frères Hadi et Fadi Sarieddine, ce groupe officie dans le metal extrême expérimental et sort son premier full length « The Covenant » démontrant un travail ambitieux et très bien produit.

Benevolent semble s’amuser à fusionner le djent de Meshuggah, le death progressif d’Opeth et la musique ambiante. Ce métissage osé permet au groupe de sortir de la masse et s’offrir une place de choix parmi les combos de djent les plus originaux. Il faut dire que c’est un style qui tend de plus en plus à s’essouffler, la polyrythmie ayant ses limites. Mais Benevolent débrouille plutôt bien, si on en juge la qualité des compositions et leur efficacité. Il ne faut pas avoir peur de la longueur puisque les musiciens n’hésitent pas à dépasser les neuf minutes, mais ils le font à bon escient. En effet, les changements de rythmes, de structures et d’atmosphères sont fréquents, ce qui permet à l’auditeur de ne pas s’ennuyer. On découvre alors les différentes facettes de Benevolent.

L’intro « Void » plutôt électronique laisse place à « Asphyxia » et son alternance djent, mélodique death, prog et passages ambient. Sur certains plans, et surtout grâce aux claviers, au growl et aux gros riffs, on croirait entendre du Scar Symmetry. Mais pas que. Benevolent s’influence d’un bon paquet de formations mais arrive à y intégrer son identité : chant clair sensible, mélodies recherchées, parties acoustiques, effets à la guitare, comme sur « The Seeker », ou interludes instrumentaux de toute beauté histoire d’aérer l’album comme « Radiate », « Dissipate » ou « Rebirth ».

L’alternance entre brutalité et douceur, agressivité et tendresse, bourrinage et mélodie, lourdeur et légèreté, growl et chant clair est plutôt raffinée et travaillée. On sent que le groupe a travaillé d’arrache pied, et pour cause. Cela fait 4 ans que les fans du groupe attendaient cet opus. « The Collector » et « Ascension » en sont de bons témoins. Impossible de passer à côté.

Benevolent nous offre un album moderne, efficace, avec beaucoup de sensibilité et un sens tout particulier de l’harmonie et de la mélodie. C’est agréable et surtout on passe un bon moment. « The Covenant » est un bon compromis pour ceux voulant autant de gros riffs que de gros passages ambiants. Un régal.

 

Ever Since : Bring Out the Gimp

Ξ décembre 27th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

Ever Since : Bring Out the GimpEver Since s’était séparé en 2008 alors qu’il avait fait impression avec la sortie de son full length « Between Heaven and Hell ». Le groupe, qui faisait partie des têtes montantes de Suisse, proposait une musique à la fois inspirée par le death, le black, le doom et le gothique, que certains appelaient dark symphonique. Il faut dire que les influences Paradise Lost/Cradle Of Filth/Dark Tranquility ressortaient de leurs compos, avec en prime du chant féminin.

Six ans plus tard, les petits Suisses sont de retour après avoir pris le recul nécessaire pour faire évoluer leur musique. Seuls deux membres ont résisté au temps, à savoir le guitariste Vinc et le batteur Cédric mais un nouveau line-up solide semble être sur pied avec un nouveau chanteur plus tourné vers le registre criard et un couple basse/guitare plus tourné vers la technicité et un riffing plus dans l’air du temps. Une chose est sûre, c’est qu’Ever Since est en train de renaître de ses cendres. Nouveau logo, nouveau visuel et surtout nouveau style. Il met de côté son passé soft pour se diriger vers quelque chose de plus extrême, et de plus agressif et de plus torturé.

Pour ce début de 2014, nous découvrons un groupe de death mélodique moderne qui n’hésite pas à imprégner sa musique de bidouilles électroniques qui ne pourrons que rappeler les compatriotes de Sybreed, Breach The Void ou Neosis, en moins cybernétique. On ne sera toutefois pas étonné de retrouver Drop (Sybreed) aux commandes des samples et des arrangements mais aussi du mixage et du mastering. On a donc droit à une musique relativement puissante, rentre-dedans, fluide et aérée à la fois, une combinaison qui fait mouche et que tous les amateurs de modern/cyber metal suisse devraient apprécier.

Tout démarre en trombe avec l’éponyme « Bring Out the Gimp » qui se dote d’un rythme dense et de nombreuses textures électroniques. Les guitares sont tranchantes à souhait et le chant alterne vocaux saturés/hurlés/clairs, ce qui permet de diversifier le titre. On devine très clairement la personnalité du groupe, très actuelle, mais fusionnant particulièrement bien le melo death, le core et des touches plus modernes qui ne sont pas pour nous déplaire. Rien que « Run » suit cette logique puisqu’on croirait parfois entendre un Arch Enemy ayant copulé avec un Sybreed en mode « Doomsday Party ». Efficace.

Les allusions à Sybreed ne sont d’ailleurs pas anodines puisque « No Way Out » semble suivre la même logique que « Critical Mass » sur « Slave Design ». Un début acoustique et pessimiste, proche d’une ballade, avant une suite plus énervée et rageuse et des plans très torturés avec une ambiance proche du black metal, une alternance chant clair/chant criard, et un dénouement dynamique. Ever Since se distingue dans l’utilisation de ses nappes et dans la présence du violon et du violoncelle de Domitille et de Tim Coppey, ce qui apporte un gros plus.

Les autres titres sont pour la plupart bien extrêmes et tranchants avec un enchaînement de riffs chirurgicaux. Le chant aurait sans doute mérité d’être plus diversifié même s’il ne suit pas le schéma classique du couplet crié/refrain chanté clair. Quelques temps morts viennent ponctuer l’opus comme un « Prison Son » assez convenu et déjà entendu mais on finit en beauté avec un « Wake Up » mélancolique dans lequel les bidouilles industrielles futuristes et le chant clair viennent renforcer ce sentiment.

Ever Since signe un bon retour en force avec ce « Bring Out the Gimp » signé chez Mighty Music qui a décidément le chic pour dégoter de bons groupes de modern metal (Doppler, The Interbeing, Psy :Code…). Cette nouvelle facette nous donne l’impression de découvrir un nouveau groupe, malgré qu’il soit actif depuis 1998. Cela montre au moins que ces Suisses savent se renouveler et évoluer avec le temps.

 

Sphere (NOR) : Primordial

Ξ octobre 12th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Modern Metal |

Sphere (NOR) : PrimordialC’est peu après la sortie de son album « Instigator » que Black Comedy nous laissait avec une impression mitigée puisque son effort n’avait pas la force nécessaire pour nous embarquer dans le monde futuriste qu’il voulait nous offrir. Une déception pour certains qui voyaient en Black Comedy l’ersatz norvégien des Suisses de Sybreed, le tout gâché par des sonorités kitch et un manque d’immersion. Des années plus tard, la formation renaît de ses cendres sous l’impulsion des deux membres fondateurs, Marius Strand et Bjorn Dugstad Ronnow. Ils s’entourent de membres expérimentés et adeptes de metal moderne et se baptisent Sphere.

Après l’enregistrement aux Strand Studios et un mixage effectué par Marius Strand avec sa double casquette d’ingénieur (Susperia, Chrome Division, The Wretched End), l’album débarque cet automne. Sphere a bien l’intention de nous en faire voir de toutes les couleurs avec son nouveau méfait et nous faire oublier la déception d’ « Instigator ». Le groupe se dote d’un son dans la veine du metal moderne avec ses guitares à 8 cordes et sa basse à 6 cordes. La complexité et la technicité des riffs se font entendre d’entrée de jeu avec le titre éponyme, qui déboule à la manière d’un Tyrant Of Death, avec son introduction synthétique, robotique. Les accélérations sont les biens venus ainsi que le riffing syncopé et cette tonalité djent. L’enrobage électronique et les ambiances futuristes sont résolument cyber. On se retrouve en définitive avec un style de Cyber Metal qui est très en vogue ces temps-ci.

On ne sera alors pas étonnés de retrouver des morceaux dans la veine de ce qui se fait actuellement dans le genre. Le côté lourd et pointu de « Hardliner » peut faire penser à The Interbeing avec ces riffs insistants, l’alternance mélancolique de cris et de chant clair, sans oublier des moments plus atmosphériques et plein d’émotions. Les parties vocales claires ou rageuses (sans être criées ou growlées) rappellent étrangement la voix de Ben (Sybreed) et le rapprochement n’est pas anodin puisque Sphere, en effet, peut s’apparenter à une version plus djent et légèrement plus mélo death de Sybreed. « Shock and Awe » en est un bel exemple, avec sa force et ses bons blasts, sans oublier les claviers qui distillent quelque chose de très synthétique et futuriste, comme sur « Servitor ».

Comme beaucoup de ses confrères, Sphere mise beaucoup sur l’alternance chant crié (couplets)/chant clair(refrain). Mais il se démarque de certains par sa façon de jouer sur le côté pessimiste, mélancolique et arraché des parties claires, qui ne sont en aucun cas mielleuses ou trop gentillettes. On nous parle de tromperies et de désillusions sur « Vestiges » ou d’espace-temps sur le très électronique « Arbitrary ». Cependant, c’est justement ça la faiblesse de Sphere : ce chant clair trop poussé et parfois énervant comme sur un « Heretech » très penché vers les chœurs. La voix a l’air mal intégrée à cet ensemble post-apocalyptique.

Sphere conclut par un « Puncture » plus pessimiste qu’à l’accoutumer avec ses orchestrations sombres. Les Norvégiens n’hésitent pas à élargir le champ de leurs influences pour embarquer l’auditeur jusqu’au bout, et c’est très bien, puisqu’au moins, ils ont le mérite de ne pas toujours proposer la même chose. « Primordial » est donc un premier album réussi qui tient ses promesses et qui nous permet d’avoir un sentiment plutôt optimiste quant au futur du quintet.

 

In The Guise Of Men : Ink

Ξ septembre 12th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Metalcore, Modern Metal |

In The Guise Of Men : InkActif depuis 2003, le groupe In the Guise of Men a cependant mis un peu de temps pour faire parler de lui. L’EP cinq titres sorti en 2005 a eu du mal à attirer l’attention, faute de distribution. Pourtant, le combo proposait déjà une musique éclectique et originale, sortant carrément des carcans. Il remet le couvert sept ans plus tard mais cette fois-ci avec de meilleurs moyens de diffusion : une production et un mastering au Ltpstudio et une signature chez Send The Wood Music.

Dans quelques jours sort le second EP de In the Guise of Men nommé « Ink ». La musique est de nouveau difficile à classer tant le groupe s’amuse avec les styles, les humeurs et les ambiances. Il s’agit d’un metal résolument tranchant dans lequel les musiciens diversifient les rythmes, apportant une certaine intensité. On passe autant du mid tempo au rapide (« Dog to Man Transpositions ») sans oublier de faire un tour du côté du plus lent avec le pesant « Blue Lethe ». On découvre aussi quelque chose de plus axé sur la polyrythmie, en témoignent ces riffs saccadés et mathématiques. Nous ne parlerons cependant pas de djent dans la mesure où In the Guise of Men n’intègre pas cette tonalité. Il s’agit donc d’une polyrythmie dense qui se mélange à des riffs moins carrés, plus naturels voire plus sombres comme sur « Suicide Shop ».

La bande ne prive pas pour autant sa musique d’émotion. On découvre autant de colère que de mélancolie avec des titres alternant moments plus aériens et moments plus destructeurs. Les chants se mélangent, que ce soit le chant rageur, le chant clair ou les cris. On passe de l’un à l’autre avec cohésion et on a l’impression d’assister à des conflits dans le cerveau d’un homme comme sur un « Drowner » très mélancolique. La désillusion d’un « Sale Paradise » peut aussi être intéressante même si la justesse du chant peut parfois titiller. Ce détail fait partie des petits défauts de l’EP, le chant étant assez particulier et pas toujours bien en place. Il n’empêche qu’il est indispensable à la musique d’ In the Guise of Men mais aurait gagné en intensité s’il avait été plus juste. Autre petit défaut, la ressemblance de certaines structures (liée, sans aucun doute, à la polyrythmie).

Il n’empêche qu’In the Guise of Men améliore son jeu par rapport à l’EP précédent et jouit d’un meilleur son. Sa musique éclectique est un atout majeur puisque cela permet à l’auditeur de découvrir ses diverses facettes. Il est de ce fait sûr et certains que le groupe pourra, à l’avenir, nous montrer de nouvelles sonorités et de nouvelles émotions, histoire d’expérimenter un peu plus. On espère alors en découvrir davantage (en particulier parce que « Drowner » et « Dog to Man Transpositions » figuraient déjà sur l’EP de 2005).

 

Psy:code : Cause and Neglect

Ξ juillet 13th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

Psy:code : Cause and NeglectLes Danois de Psy :Code avait attiré l’attention en 2010 avec la sortie du tout premier album « Delusion », salué par la critique. Le quintet présentait déjà un metal de très bonne qualité, et en particulier un hardcore moderne teinté d’influences diverses comme le death metal ou le djent. Trois ans plus tard, ils remettent le couvert avec l’arrivée de leur nouveau rejeton « Cause and Neglect », signé chez Mighty Music et mixé et masterisé par Jacob Hansen (Volbeat, Raunchy, The Interbeing).

Psy :Code nous offre de nouveau une musique très rentre-dedans et agressive, où les screams sont plus incisifs que jamais et où les riffs frappent encore plus fort. Le groupe ne tombe pas dans le piège de la facilité et fait du modern sans intégrer ni chant clair, ni touches électroniques, ni passages trop gentillets. Il nous plonge dans un concentré de violence à coups de mélodies chaotiques et de martèlements écrasants. (« Trapped in Time Stretched »).

Chaque instrument a son importance et les deux guitares apportent une profondeur toute particulière. Elles renforcent non seulement la puissance de feu mais aussi l’aspect mélodique et technique comme sur le très bon « Hellish Tensions », qui ne nous laisse aucun répit. Toutefois, la plupart des morceaux ne nous présentent rien de nouveau comme le morceau introducteur « No 100 » ou « My Redemption ». Seuls les influences djent voire death metal (riffs et growls, parfois) permettent de donner un peu de piment. Psy :Code mise plutôt sur l’efficacité, la puissance et la technique, et en cela on peut dire que le pari est réussi.

Il y a tout de même quelques titres instrumentaux comme « The Sky Is the Limit », acoustique et mélancolique, histoire de souffler un peu dans cet océan de violence, ou encore « Senseless Pattern », mettant en relief des samples qui pourraient très bien provenir d’un film d’horreur (cris, sons mécaniques, voix étranges) avant de nous offrir une progression en crescendo, la fin étant très sombre.

Psy :Code est un groupe bourrin, n’ayons pas peur de le dire, qui n’hésite pas à frapper fort dans tous les sens du terme. « Cause and Neglect » est donc un album violent et sombre, éclairci par quelques mélodies, et réservé aux amateurs de metal moderne efficace, à défaut d’être original.

 

Hord : The Book of Eliot

Ξ avril 19th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

Hord : The Book of EliotHord avait fait belle impression avec la sortie de son deuxième opus « The Waste Land », suite au concept ambitieux du premier né « Reborn from Chaos ». Les Frenchies sont de retour cette année avec une autre partie tant attendue sous le nom de « The Book of Eliot », un album qui risque d’être étudié sous toutes les coutures car Hord est sans doute sur le point de devenir un des leaders majeurs de la scène modern metal française.

« The Book of Eliot », donc, fait suite au très pessimiste “The Waste Land”. Toujours avec cette dimension post-apocalyptique, le titre de l’album peut d’une part, évoquer le film “Le Livre d’Eli” mais aussi le poète britannique T.S Eliot, autour du poème moderniste « La Terre Vaine » (ou « The Waste Land »). L’opus en question met en lumière le personnage d’Eliot, une sorte de messager vagabondant sur les terres désolées dont on découvre son livre, un livre renfermant ses souvenirs et ses émotions mais aussi quelques réponses potentiellement liées aux événements apocalyptiques qui se sont produits sur « The Waste Land ». Bref en tout état de cause, « The Book of Eliot » semble être un album complexe où la recherche et le travail sur le concept, les paroles et la musique ne font qu’un.

On découvre alors 10 titres classés dans trois parties distinctes. La première, « Unveiling », se compose de quatre morceaux pouvant alors être vu comme un tout. Passée l’introduction pessimiste et mélancolique, on découvre la première déflagration « Confession » dans lequel Eliot dialogue avec lui-même et confesse ses fautes. L’alternance des vocaux criés/clairs et même leur superpositions permet d’établir cette dualité afin de transporter l’auditeur dans les pensées du personnage. S’ajoutent à cela des riffs répétitifs mais hypnotiques posant les atmosphères. La polyrythmie à la Meshuggah, le côté percutant de la batterie ainsi que la folie ressentie dans les vocaux ajoutent une dimension toute particulière, qui ne peut que nous évoquer le monde dévasté dans lequel vit Eliot, le vagabond solitaire.

Hord s’extrait du côté cyber qui régnait sur « The Waste Land » pour adopter un metal modern influencé par Meshuggah mais aussi le duo Textures/Tesseract. Quelques relents post-rock se font aussi ressentir notamment sur « At the Gate » avec ses riffs atmosphériques. On a alors beaucoup moins de touches indus, le tout étant plus porté sur les guitares mais surtout les vocaux, qui tiennent une place très importante puisqu’il s’agit avant tout de la parole d’Eliot.

La seconde partie, « The Seasons Unchained », se concentre sur les saisons, symbole des différentes parties de la vie humaine. Hord a fait le choix de débuter par l’hiver avec « Landscape with the Fall of Icarus » afin de mettre en avant la chute, la fin de vie. On découvre un morceau plus hargneux, alternant passages planants et accélérations, afin de mettre en avant un Eliot entraînant avec lui l’humanité toute entière dans son déclin. Mais la brutalité du modern metal de Hord se fait beaucoup plus ressentir sur « The Unwaverings », l’automne, la phase adulte de l’homme, la période dans laquelle il se sent tout puissant. Les riffs sont alors plus percutants, le côté djent plus présent, et les vocaux principalement criés, imitant la rage d’Eliot. La technique est aussi rendez-vous avec des arpèges plus complexes et ces saccades typiques. L’été passe vite et on passe au printemps avec « Kindermord », un titre émotif dégoulinant de pessimisme et de mélancolie rappelant un peu le morceau « Critical Mass » de Sybreed. Ici, c’est la fin de l’innocence avec des riffs et des vocaux tiraillés entre douceur et agressivité.

Même s’il ne révolutionne rien dans le domaine, Hord fait du beau boulot en la matière, offrant avec « The Book of Eliot » des titres variés, progressifs et habités par une âme. Un groupe reconnaissable entre mille et possédant une forte personnalité, qui a cette fois-ci produit lui-même son opus. Le mixage et le mastering ont toutefois été confiés à Magnus Lindberg (Cult Of Luna) aux Vihelm Room tandis que l’artwork est l’œuvre de Jakob Arevarn. Un album qui s’écoute autant qu’il se lit puisque le livret, fidèle à un livre/journal fourmille de détails passionnants. En tout cas, belle réussite pour ces Frenchies, qui se dirigent sans aucun doute vers la bonne voie.

 

Subscale : The Last Submission

Ξ avril 13th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Modern Metal |

Subscale : The Last SubmissionIl y a à peine six mois, on avait découvert Subscale avec le premier EP « Fictional Constructs ». Le projet du claviériste et sampler de Substance Black montrait qu’il pouvait bidouiller ses machines autrement dans un groupe plus tourné vers le groove et le djent. Même si le premier jet était d’assez bonne facture, il n’était pas assez original et prenant pour accrocher l’auditeur. Avec le nouveau rejeton « The Last Submission » (encore un « sub » !), Subscale remonte la pente et prouve qu’il a beaucoup de potentiel.

On retrouve les morceaux digitaux, dynamiques et groovy de l’EP, à savoir « Fictional Contructs », « Antecedent » et « Realization », ici remasterisés. Ils envoient beaucoup plus le pâté et jouissent de bons riffs et d’une bonne dose d’effets électroniques bien intégrés. Les Croates évitent la surenchère et les disséminent avec parcimonie, afin de rendre l’ensemble homogène. La suite de l’opus, et donc les nouveaux morceaux, sont à l’image de ces trois frappes digitales, avec ce côté djent, cette alternance de parties rapides et de parties mid tempos, et l’alternance de vocaux, criés dans les couplets, clairs dans les refrains. La recette est loin d’être nouvelle mais Subscale se débrouille plutôt bien de ce côté-là, ponctuant certains moments de growls comme sur « Pull the Threads (Extraction) ».

Il est clair que Subscale n’invente rien sur son album, car on retrouve bel et bien la djent attitude des groupes les plus connus dans le domaine avec des bidouilles cybernétiques très classiques. Malgré tout, l’efficacité est telle qu’on en oublie les influences et on se laisse porter par la musique du quatuor. Evidemment, on remarque quelques linéarités et parties plates sur certains titres (« Realization » ou « The Last Submission ») mais des titres plus variés permettent de penser à autre chose, comme le terrible « Outbreach », proche de Cruentus, dans lequel tous les instruments se démarquent avec brio. Sans oublier la petite instru cybernétique « The Verdict », ambiante et post apocalyptique.

Là où Subscale nous laissait sur notre faim sur l’EP, avec une impression de retenu, il nous bouscule sur l’album en mettant les petits plats dans les grands et en délivrant sa force et son potentiel. « The Last Submission » est un premier full length de qualité, dynamique et féroce, signé chez Geenger Records et enregistré de nouveau aux Soundlabs et aux Subscalar Studios (eh oui ces Croates voient la vie en S).

 

Jarell : If Blood Is the Answer

Ξ mars 31st, 2013 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

Jarell : If Blood Is the AnswerLors de la sortie de son premier album “Hidden Side” en 2008, Jarell avait montré que la France avait aussi beaucoup de potentiel en matière de metal moderne. Le mélange des styles associé à un enrobage électronique et à une production en béton armé propulsait les Parisiens dans la cour des grands, même s’ils avaient encore peu d’expérience. Arrive maintenant le second opus « If Blood Is the Answer », voyons voir ce qui s’est passé pendant ces cinq ans d’absence.

Certains changements de line-up, de guitaristes et de batteurs notamment, auront légèrement chamboulé la carrière de Jarell qui repart désormais sur de bonnes bases. C’est un nouveau quintette qui bosse sur cet album avec l’aide d’Emmanuel Rousseau (ex-Lyr Drowning) pour le mixage aux White Wasteland Studio et le mastering de Mobo aux Conkrete Studio (Gorod, Eryn Non Dae, Minushuman). Le son est par conséquent très propre et très adapté au style de Jarell.

En parlant de style, celui des Parisiens est plutôt difficile à cerner dans la mesure où on retrouve un mélange d’un peu de tout : du death, du thrash, du metalcore, de l’indus et de l’atmo. On se contentera pour le moment de modern metal, influencé par certains grands noms comme Mnemic, Dagoba, Fear Factory ou encore Soilwork. Ce qui prédomine, en tout cas, ce sont ces nombreux plans électroniques ainsi que les gros riffs et l’alternance de chant crié, de growl et de chant clair dans les refrains. Cela s’entend bien dès le départ avec « You Asked the Wrong Question » aux relents cybernétiques. On découvre des passages syncopés et des passages plus brutaux, bercés par les claviers et les effets. Niveau originalité, on repassera, dans la mesure où c’est une mixture très employée depuis plusieurs années et parfois accompagnée de tonalités djent. Jarell, de ce côté-là, évite de tomber dans ce piège et préfère miser sur l’efficacité plutôt que sur l’expérimental ou la technique.

« Waste, Always Waste » se tourne plus du côté de l’atmosphérique, avec son ensemble porté sur les nappes et les textures. Le chant féroce de Krys associé aux offensives guitaristiques permet d’ajouter un peu de piment. Mais ce n’est rien face à « Hospital » qui agit comme un vrai tube futuriste et déconcertant d’efficacité.

Jarell propose des morceaux simples et déjà entendus comme le très death metal « Successful », « In Her Entrails » aux relents Nothnegaliens, ou le longuet « Birth ». Mais on a aussi des titres plus audacieux comme un « Waltzing Sympathy » symphonico-atmosphérique à certains moments, un « Did You Know » porté par l’électronique et un « I Hate » qui évoque le dernier Zonaria au niveau des atmosphères.

Même si les Frenchies ne révolutionnent rien, sur le plan international, avec « If Blood Is the Answer », ils arrivent tout de même à s’améliorer et à apporter un peu de fraîcheur à une scène française stagnante dans le domaine. Ils nous offrent alors un bon album, punchy et catchy, avec un livret très sympa fonctionnant comme un rassemblement de pages de lettres/cachiers/journaux. Voici donc un groupe à suivre de très prêt.

 

No Sign Of Life : Embrace Your Demons

Ξ décembre 18th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

No Sign Of Life : Embrace Your DemonsNo Sign of Life a vu le jour sous l’impulsion des frères Antti et Elmeri en 2006 à Laukaa. Le duo s’entraînait dans son garage et s’amusait à faire fusionner plusieurs styles musicaux entre eux. Cette passion pour le métissage a entraîné la venue de musiciens supplémentaires ainsi que l’enregistrement de trois démos, timides certes, mais révélatrices de l’ambition et du style des Finlandais. Une attention toute particulière se porte sur eux après la sortie de leur premier album auto-produit en 2010. Même si la réception est assez mitigée, cela permet à No Sign of Life de sortir de l’ombre et d’obtenir du soutient. C’est naturellement que le processus d’écriture se met en place pour le second full length, et que le quintette se fait repérer par les Danois de Mighty Music.

Enregistré courant 2011, « Embrace Your Demons » est un album qui se situe dans l’air du temps. Il s’agit d’une forme de metal très moderne, avec en son sein un panel d’éléments, que ce soit du melo death, du heavy, du neo metal ou même du stoner. Les morceaux groovent plutôt bien et montrent un groupe en forme, propulsé par une hargne certaine. C’est dynamique, tranchant et mélodique, et No Sign of Life sait donner une part nécessaire à chaque élément, si bien que la mélodie ne tue pas l’agressivité des compositions et inversement. Le bon dosage permet de découvrir des Finlandais plutôt inspirés, comme sur « Ghost », « Meaning of Life » ou « Enemies of Choice ».

Les harmonies sont bonnes et servent bien la thématique principale de l’opus, basée sur des démons intérieurs et différents points de vue. Les ambiances ne sont donc pas spécialement joyeuses mais certaines parties mettent en valeur des interventions plutôt brillantes, grâce au chant clair. Ce dernier est dominant dans la majeure partie des titres, même s’il est en alternance avec le growl. La manière dont sont utilisés ces deux types de chant ne peut que rappeler le côté mielleux et trop courant du melo death et du modern metal actuel, et c’est là où est le hic. Le chant clair tend à manquer de hargne, au profit d’un côté niais. Ce n’est pas toujours le cas mais lorsque ça l’est, ça casse ce qui a été installé.

No Sign of Life livre un album correct, dans lequel les différents styles sont plutôt bien mélangés. Certains plans manquent de cohérence et certaines parties manquent d’accroche, mais on ne peut qu’encourager ces Finlandais qui, malgré leurs défauts, essaient de sortir des sentiers battus et de ne pas tomber dans les pièges de la facilité. A suivre.

 

Forgotten Souls : Sirius 12

Ξ novembre 18th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Industrial Metal, Modern Metal |

Forgotten Souls : Sirius 12Au fil des années, la Pologne a toujours su nous émerveiller, que ce soit pour son death metal (Vader, Decapitated, Azarath) ou pour son black symphonique (Hermh, Vesania, Luna Ad Noctum). Mais dans le domaine de l’extrême, il y a aussi quelques formations de metal avantgardiste dont Forgotten Souls, tout droit venu de Cracovie. Actif depuis 1998, les Polonais ont à ce jour 4 albums dont certains flirtaient largement avec le gothique et le doom. Depuis, le quintette s’est dirigé vers quelque chose de plus expérimental, dans un terrain où les frontières ne sont plus des limites. Ainsi, c’est avec plaisir qu’on découvre leur nouveau matériel, « Sirius 12 », loin des albums uniformes et fades que l’on a pu entendre ces derniers mois.

Forgotten Souls retrouve son ancien line-up et profite de ce retour pour se lancer dans un renouveau inattendu. Il puise dans plusieurs styles, s’accaparant des éléments death metal, modern metal, cyber metal, black metal, et parfois même black metal symphonique pour nous offrir des compositions archi travaillées et maîtrisées. Loin d’être fourre-tout, elles embarquent l’auditeur dans un monde certes barré, mais à l’image même de ce quintette à la recherche d’ambiances encore peu exploitées.

Fort de son inventivité, Forgotten Souls repousse l’impossible et n’hésite pas une seule fois à intégrer tout un panel de sonorités aussi riches les unes que les autres. On passe volontiers d’un style à un autre, avec cette alternance de riffs mais aussi de chants, qu’ils soient death, black, clair ou atmosphérique (« The Flight », « Can’t Resist »). Pourtant, il n’est pas si difficile que ça de s’accrocher aux titres car il existe un fil conducteur permettant de rattacher toutes les parties entre elles : les arrangements industriels/cybernétiques et expérimentaux. On retrouve continuellement ces effets, plus ou moins synthétiques, liant tous les morceaux entre eux comme un tout. Ainsi on peut voir « Sirius 12 » comme une grande fresque avec différents actes et différentes scènes : le moderne avec « The Flight », le death avec « Sirius 12 », le cyber metal avec « Na Horyzoncie » et « Signals », l’arabisant avec « Can’t Resist », le symphonique avec « The Black Tsar », et j’en passe.

Difficile donc de coller une étiquette parfaite à cette œuvre tant elle sort de l’ordinaire et il faut dire que Forgotten Souls a le mérite de proposer quelque chose de très fouillé et de très riche. En cela, les expérimentations nous proposent de découvrir la capacité de Forgotten Souls à proposer des parties atmosphériques impromptues (« Sirius 12 ») tout comme des parties plus rentre dedans où la mélodie prime, qu’on le veuille ou non.

En plus de cela, on découvre avec étonnement la présence d’une clarinette, un instrument qu’on ne voit pas souvent dans le metal mais qu’on avait pu entendre précédemment avec un groupe tel qu’Aenaon. On peut l’entendre sur le premier morceau, l’introduction donc, mais il fait partie intégrante du titre « Na Horyzoncie », mélangé aux bidouilles cybernétiques et à l’aspect mécanique des riffs et du rythme. Sans oublier le jazzy « Willow Green » et son côté barré mais énergique.

La Pologne n’est pas prête de s’essouffler, ni même Forgotten Souls qui a, sans doute, atteint la consécration. Jamais le quintette n’avait atteint ce stade, mélangeant avec habileté plusieurs styles tout en gardant une cohérence, une puissance et un savoir faire quasi parfaits, d’autant plus qu’il a tout enregistré et produit lui-même, à l’exception du mixage de la batterie. Signé chez Mighty Music, « Sirius 12 » et son petit aspect futuriste, tel un voyage à travers les dimensions, a de quoi faire des adeptes. Une très bonne sortie en perspective.

 

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