Singapour a beau être petit, c’est un des pays asiatiques les plus actifs. La scène est en ébullition depuis quelques années, on en finit plus de voir arriver de jeunes formations avec un talent fou, suivant les traces des vétérans du coin. Elles ont aussi le don de proposer quelque chose de différent, loin des standards actuels. Du côté de l’extrême, on découvre aussi des musiciens inspirés se dirigeant du côté de la subtilité et de l’originalité, à l’image des Blood Of The Arsonist. Formé depuis deux ans maintenant, le quintette a choisi d’officier dans un mélo death suédois à la Amon Amarth couplé à l’esprit oriental et exotique d’Orphaned Land, de Nile ou de Melechesh.
C’est dans cet esprit que le premier EP voit le jour à l’été 2012. « Exodus » représente un combo désireux de se diriger vers d’autres horizons et de quitter leur Asie natale. Direction le Moyen-Orient et plus particulièrement le désert égyptien. La thématique principale des Singapouriens rappelle celle d’Amaseffer, basée sur l’exode. Le premier morceau nous met immédiatement dans le bain avec une introduction instrumentale mettant en avant des nappes symphoniques impériales et un solo de guitare oriental. Le tout nous amène naturellement à la déflagration de « Marching into the Abyss », guidée par les guitares insistantes d’Adly et d’Izzat.
Ce n’est pas sur ce genre de titre que les influences orientales se font ressentir, mais beaucoup plus sur un « Sentiment » thrashy, où le tranchant des guitares se taille la part du lion. Les musiciens tendent à assurer niveau technique, ils ne lésinent pas sur les soli et l’alternance entre vélocité, mélodicité et brutalité pure. Seul Shafiq semble en retrait avec un growl qui peine à percer, encore assez amateur et manquant de puissance.
La suite se veut beaucoup plus encourageante dans la mesure où Blood Of The Arsonist arrive à entraîner l’auditeur dans son melting pot. Certes, on est loin du côté captivant des plus grands, mais on retrouve un style et une efficacité toute particulière. Toutefois, ça manque un peu de charisme, la faute sans doute à une production faite maison, pas forcément à la hauteur de nos espérances. De plus les cinq morceaux passent très vite et ne font office que d’amuse-bouche : on aimerait en découvrir davantage. C’est avec un sentiment de frustration qu’on attend leur premier full length, en espérant que ces petits Singapouriens dépassent leurs limites.
Sand Aura se forme en Egypte en 2007 autour de Muhammed Hassany et de Shung (Beyond East) dans le but de promouvoir l’oriental metal et de mettre en avant une thématique basée sur la paix, la fraternité et l’unification des cultures, traçant ainsi son chemin sur les pas des Israéliens d’Orphaned Land et des Franco-algériens d’Arkan. Dans un style oriental/progressive/death metal, le quatuor de l’époque (composé de Shung, Muhammed, Basma et Mustafa) sort son premier EP en 2011 avant de le rééditer en 2012 chez les Russes d’Haarbn Productions, avec deux nouveaux titres et une nouvelle pochette.
D’un point de vue musical, on se retrouve avec un oriental metal très similaire aux Israéliens et aux Français. A savoir un death progressif teinté d’éléments folkloriques orientaux et guidé par plusieurs chanteurs. Dans ce « Elegy of the Orient », ce sont trois vocalistes qui se partagent les morceaux, à savoir Muhammed pour les growls, Basma pour les chants arabisants féminins et Mustafa pour les chants traditionnels égyptiens et les choeurs. Cette alternance apporte beaucoup de complicité entre les membres ainsi qu’un côté authentique et très chaleureux. On découvre ainsi plusieurs histoire, racontées par plusieurs narrateurs ou personnages, selon les passages. On évite ainsi de tomber dans la linéarité en passant de l’extrême au soft et inversement, histoire de varier les plaisirs.
On le découvre d’office avec le très long « The Sand Aura (from the Land of Nod »), une fresque orientale perdue quelque part entre un « The Neverending Way of OrWarriOr » (Orphaned Land), un « Slaves for Life » (Amaseffer) ou un « Undama Tath’hur Al Shams Mn Al Gharb » (Narjahanam) en moins black metal, mélangeant le prog, le death, quelques touches symphoniques et les percussions orientales. L’ambiance nous permet de toucher du doigt les sables de l’orient grâce à cette fusion d’éléments tous aussi bien emboîtés les uns que les autres tandis que la production, même si loin d’être excellente, apporte cette touche naturelle qui permet de mettre en avant le tranchant et la mélodie des guitares.
Le duo des « Orphaned Child », long d’une douzaine de minutes en tout, met en valeur une ambiance plus sombre et mélancolique. Les nappes de claviers sont plus froides et le growl de Muhammed plus féroce, sans oublier les breaks instruments et les moments où le chant en arabe est à l’honneur. Dommage toutefois que la voix de Basma soit recouverte d’un enrobage synthétique à un certain endroit. Le charme de son timbre disparaît.
On retrouve aussi « Fountain of Moses », le morceau choisi pour faire partie de la compilation d’Oriental Metal sortie l’an passé chez Century Media. Une instrumentale grandiose, bercée par des guitares et des claviers arabisants. La mélodie principale est très typique, et pour cause, il s’agit de la reprise d’une chanson traditionnelle de la région appelée « Hava Nagila », version metal. Sans oublier le dernier bonustrack « Sidi Abd El-Raheem », en chant clair arabe, assez expérimental et groovy dans l’ensemble, avec sa guitare technique et envoûtante.
« Elegy of the Orient » est le premier jet particulièrement réussi de Sand Aura qui si n’atteint pas la perfection, touche du doigt l’authenticité et l’émotivité d’un « Orwarrior » d’Orphaned Land.
Il n’est pas toujours évident d’officier dans un style déjà exploité depuis des décennies. L’oriental metal fait parler de lui depuis le début des années 90 avec Pentagram, Orphaned Land ou Salem pour ne citer qu’eux, alors que ces derniers intégraient pour la toute première fois leur culture et leur folklore dans un metal plus ou moins extrême. Depuis, de nombreux groupes du Moyen-Orient se sont essayés à l’intégration de mélodies arabisantes et d’instruments traditionnels, suivis de prêt par les Occidentaux de Behemoth (« Demigod ») ou de Nile dans le domaine du death metal.
Justement, parlons de death metal. Souvenez-vous d’Aeternam qui, deux ans et demi plus tôt, nous avait offert « Disciples of the Unseen », un très bon premier jet en matière de melo death oriental. Bien que Québécoise, la formation tient dans ses rangs le chanteur/guitariste marocain Ashraf Loudiy qui a su implanter ses origines dans les compositions pour un opus efficace et exotique sur la mythologie égyptienne, mélangeant brutalité et harmonie.
Le couvert est remis avec « Moongod », qui se situe dans la même ligne de conduite que « Disciples of the Unseen ». On retrouve les riffs melo death épique avec cette ambiance typique moyen-orientale ainsi que l’aspect symphonique qui semble avoir pris de l’ampleur. L’album est de nouveau produit par Jeff Fortin et les titres reprennent encore la thématique de l’Egypte ancienne même si on s’autorise une envolée chez les Mayas (« Xibalba ») et un détour du côté du Printemps Arabe (« Rise of Arabia »).
Il se produit deux effets à l’écoute de ce « Moongod ».
Premier effet : On démarre gentiment avec le morceau éponyme qui nous met directement dans le bain, avec son ambiance épique et arabisante, ses claviers omniprésents et son melo death maîtrisé. Pas de doute là-dessus, on reprend là où « Disciples of the Unseen » s’était arrêté, on n’est donc pas dépaysé. La différence vient du fait que les touches orientales deviennent davantage exploitées à travers les claviers symphoniques ainsi que le chant clair, qui prend plus d’ampleur, tel un Vortex dans Dimmu Borgir ou Borknagar qui apparaît de façon impromptue comme sur « Invading Jerusalem » ou sur « Idol of the Sun ».
Les mélodies priment ainsi que les ambiances, portées par des guitares impeccables et un growl charismatique à l’image de « Cosmogony » où tout se joint pour former un ensemble épique, symphonique et oriental. On se surprend à découvrir un titre totalement folklorique « Iram of the Pillars » et intégralement chanté en voix claire, instruments traditionnels en tête (percu, choeurs, flutes, violons…) et un titre plus sombre et plus brutal tel que « Xibalba », pas très loin d’un black/death symphonico-horror.
Pour une première écoute, on retient pas mal de bonnes choses et on reste très enthousiaste quand à la qualité des compositions.
Mais…même si ça n’en a pas l’air et que ce sont les groupes récents, en particulier, qui ont le vent en poupe, l’oriental metal n’est pas nouveau, de même pour le melo death et le metal symphonique. Beaucoup nous ont déjà proposé leur recette, l’alliage de death oriental a déjà fait des siennes comme sus-cités (Orphaned Land, Nile, Behemoth) ainsi que l’alliage death oriental symphonique avec Kartikeya entre autres. En d’autres mots, si Aeternam avait sorti ce genre d’albums il y a quelques années, il aurait pu révolutionner quelque chose.
Deuxième effet : on se lasse très vite. Pas besoin de beaucoup d’écoutes pour se rendre compte que l’ensemble est linéaire et déjà entendu. Certes, les compositions sont de qualité, bien fichues, maîtrisées, tout est calibré au millimètre prêt, chaque instrument a sa place et ce type de metal fera de grands adeptes. Aucun doute sur le talent des messieurs. Toutefois, on connaît la musique. Les riffs melo death sont basiques, on pourrait entendre les mêmes dans n’importe quel groupe récent du genre, que ce soit dans « Hubal, Profaner of Light » ou « Moongod ».
Les mélodies orientales sentent le réchauffé à plein nez, le genre de chose qu’on entend un peu partout, que ce soit dans la world music ou dans l’oriental metal en général, voire même dans le « Disciples of the Unseen ». Le sympho a plus l’air de combler les trous qu’autre chose tant il a peu de prestance. Même s’il créé une partie des mélodies, c’est sans doute sur « Descend of Gods » et sur « Hubal, Profaner of Light » qu’on l’entend le plus et ce n’est pas pour nous déplaire, vu qu’il apporte tout de même quelque chose de puissant et prenant.
Le chant clair est encore plus impromptu qu’il n’y paraît. Son côté plus maîtrisé ne sied pas aux compositions et détonne littéralement par rapport à ce qu’il apportait sur « Disciples of the Unseen ». Il devient donc plus casse pied qu’autre chose avec sa manière d’arriver comme un cheveu sur la soupe (« Descend of Gods » ou encore « Idol of the Sun » et son « destiny » qui déboule comme ça, sans prévenir, après une partie bien entraînante et agressive…). Bref, il brise le charme.
Même si « Iram of the Pillars » est une chanson charmante, folklorique, et orientale à souhait, elle n’apporte finalement pas grand chose et ne décolle pas. La linéarité prend le dessus – comme une bonne partie des titres – on s’attend à ce qu’il se passe quelque chose, on veut un passage fort, un solo ou encore un petit quelque chose qui sort de l’ordinaire, mais non. Ca se finit comme ça commence, c’est-à-dire, de la même façon, et on reste sur notre faim. Frustrant.
Enfin, « Xibalba », qui se démarque bien par rapport aux autres morceaux perd vite son aura tant l’ambiance semble sortir de chez Cradle of Filth. Il aurait fallu, pour le coup, être plus original et personnel.
Même si les morceaux tiennent la route et qu’il y a du boulot, sans aucun doute, l’enthousiasme se perd au profit de la déception. Avec ce que nous avait fourni Aeternam quelques années plus tôt, on était en droit d’en demander beaucoup plus. Leur melo death oriental, bien que symphonique et épique, reste plat et sans saveur, linéaire et réchauffé, mélange surfait de plusieurs recettes ayant déjà bien fonctionné, un comble pour une musique se voulant exotique et mythologique…
Ceux qui ont des affinités avec la mythologie hindoue ont sans aucun doute dû prendre connaissance de groupes tels que Kartikeya (Russie) ou les très réputés Rudra (Singapour), grands adorateurs du Védisme, la religion mère de l’hindouisme. Il existe d’ailleurs peu de formations ayant adopté comme thématique les récits mythologiques du coin. Pourtant il semblerait qu’on ait nos brahmanistes en France, à savoir les Lillois de Trita Aptya. Le nom du groupe est très évocateur, puisqu’il s’agit d’une divinité d’ordre atmosphérique. Idem pour le logo, reprenant l’écriture sanskrit. Enfin, le titre de l’album, « Samnyasa », signifie « le renoncement ».
Comme l’indique ce visuel très atypique, nous avons à faire à du metal oriental, mais pas n’importe quel type de metal oriental. Il ne s’agit pas de folk mais d’un black metal assez psychédélique, accompagné de sonorités indiennes. Trita Aptya met à profit ses influences (allant d’Enslaved à Septic Flesh en passant par la joueuse de sitar Anoushka Shankar) et son imagination pour créer un black metal original, loin de toutes ces copies que l’on peut découvrir d’année en année. En effet, Trita Aptya, avec ce « Samnyasa », sait varier son propos et éviter de tomber dans les clichés du « coup de cithare de trop ». Tout est utilisé avec soin, de façon à embarquer l’auditeur dans un univers qu’il ne connaît pas forcément.
Ainsi, le premier morceau « Narayana », après une introduction spirituelle, démarre à coups de riffs tordus, accompagné d’un chant (mi) black hargneux. Les musiciens apportent un dynamisme impeccable tout en apportant un certain côté barré, notamment dans les lignes de chant de Sylla. Ce dernier se démarque des autres instruments, dans la mesure où il semble plus décalé, plus expérimental, même si pas toujours au top, mais ce n’est pas un mal, puisque cela permet de ne pas tomber dans une certaine linéarité. N’oublions pas les breaks atmosphériques, le petit solo foufou ainsi que les refrains côtoyant des sons de sitars, pour un rendu relativement psychédélique.
« Ghosts of Sparta » accélère le rythme tout en proposant des riffs simples mais directs. Petite exception, on se retrouve ici avec une allusion aux guerres médiques, opposant les Grecs aux Perses. Le morceau, du haut de ses huit minutes vingt cinq, est très soutenu et progressif. Bien que le chant de Sylla ne soit pas toujours au top, il garde son côté décalé, tandis que les guitares nous emmènent vers un ensemble plus guerrier, les nappes de claviers et les choeurs jouant beaucoup dans l’élaboration de cette ambiance. Les orchestrations suivant cette débandade sont d’ailleurs de très bonnes qualités, apportant quelque chose de plutôt impérial. Le final, quant à lui, redevient oriental avec cette mélodie si particulière et cette flûte, précédant de peu un « Kâli » dans lequel la cithare est reine.
Il serait dommage de ne pas évoquer « The Garden », différent de ses acolytes. On retrouve la même atmosphère mais le rythme a déjà ralenti, voici donc quelque chose de plus proche du doom avec cette lourdeur, cette lamentation et ce côté parfois pesant. Ces parties plus lentes s’alternent avec des parties légèrement plus rapides et saccadées, où les guitares se mêlent à la cithare.
Le temps et les expérimentations de Trita Aptya triomphent sur ce « Samnyasa » bien calibré et prenant. Le côté oriental est prononcé sans non plus trop l’être, permettant au côté black de s’affirmer, sans non plus révolutionner. C’est toutefois l’ensemble qui permet aux Lillois de se démarquer de la masse et d’apporter quelque chose de frais, quelque chose bien différent de la branche orientale « arabique ». Une bonne découverte pour un groupe à surveiller de prêt.
Ayant pour origine le pays du cèdre, le Liban, le projet « Anuryzm » emmené par le guitariste John Bakhos aura parcouru moult pays passant de la Turquie, au Canada, pour finalement s’installer aux cosmopolites Emirats-Arabes-Unis. Un projet qui avait été placé un temps en stand-by avant d’être relancé en 2007. Il prendra un tournant majeur lorsque John obtiendra la présence de l’ex- « Opeth », Martin Lopez sur le premier album qu’il envisage de réaliser. Une équipe est donc rassemblée autour de John avec la garantie de la venue de l’illustre batteur suédois. Celui-ci ne sera pas le seul invité. Le bassiste de jazz Rami Lakkis et le claviériste de « Textures » et d’« Ethereal » Uri Dijk complètent le tableau. Ensemble ils vont créer « Worm’s Eye View », le pendant arabe de « Textures ».
En effet, dès mise en lecture, cet opus nous offre droit à du « Textures »-like sans ambigüité. Sur « Fragmenting the Soul », « Anuryzm » y pratique un metal progressif moderne qui allie mélodies radieuses, un soupçon d’électro et de chant core. On ne devrait pas parler de riffs mais bien d’un courant électrique venant alimenter les circuits d’une machine. Le riffing particulièrement saccadé fera vivre un être inspiré par le chaos sur « Sintax of Trinity ». L’aspect malsain où s’est greffé une légère dose de musique orientale, sera chassé par une brise de mélodies enivrantes sur la seconde partie de piste. Comme pour « Fragmenting the Soul » nous aurons derechef un duel entre chant clair et chant core. Une dualité que nous retrouverons également sur le tourmenté, mais néanmoins rayonnant et lucide « Breaking the Ballot ». Pareil pour l’éponyme « Worm’s Eye View », bien que le chant clair y prenne encore pour cette fois une position plus déterminante. Un titre intéressant, car outre le vibrant tumulte qui irrigue le morceau, on nous met dans les coulisses d’un complot, d’un assassinat politique. Ainsi, l’entame se comprend comme une conversation entre un snipper et son commanditaire.
Il est assez surprenant de trouver ici une formation issue du monde arabe parvenir à un tel niveau technique ou de jouer un metal moderne aussi technique et aussi bien fignolé. Le jeu est particulièrement riche et équilibré, même si cela tient parfois de l’automatisme si on prend en compte la seule rythmique de « Wind Awake ». Car pour ce qui est du reste sur cette piste, on userait de douceur et de beaux artifices. Cette limpidité, cette fraicheur n’arrivera cependant pas à égaler celle de « Where Mockery Falls ». Le morceau se compose en deux parties bien distinctes musicalement: la première à tempo lent, jouissant d’une ambiance légère et jazzy, avec l’orgue Hammond en toile de fond; la seconde explosive et ravageuse. Le contraste est assez prononcé. On passe directement du jour à la nuit, du paradis à l’enfer. La rythmique frénétique de cette seconde partie de « WhereMockery Falls » aurait tendance à s’assimiler à celui de « Killing Time ». Seulement cette violence perdra au fur et à mesure de sa substance par une insertion efficace de mélodies progressives des plus sympathiques et rafraichissantes. Pour ce qui est des mélodies « Skygazing » fait aussi le plein. Ce qui est frappant c’est que nous avons là une ballade façon « Metallica ». Même le chant de Nadeem Bibby s’obstinerait à créer la confusion avec ce fameux groupe.
« Worm’s Eye View » nous fait voir la scène arabe d’un œil différent. Dès le premier ouvrage cette formation libanaise implantée dans le golfe persique parvient à égaler les meilleures formations occidentales du genre. Égaler au point d’y ressembler, voir trop ressembler concernant sa forte similitude à « Textures », dont la musique élaborée semblait tenir à l’épreuve de toute copie. On voit là que la participation de Uri Dijk a du jouer. Au moins elle aura été profitable, bien plus que celle de Martin Lopez qui donnerait ici une prestation moyennement calibrée pour ce style de musique. On critique, on critique, mais nous verrons comment « Anuryzm » s’en tirera avec un claviériste et un batteur à part entière. Pour le moment il faudra leur reconnaître un bon lancement, dont le Moyen-Orient pourrait s’estimer fier.
15/20
Originally reviewed by AlonewithL from Spirit Of Metal webzine.
The review can be read here:
http://www.spirit-of-metal.com/album-groupe-Anuryzm-nom_album-Worm’s_Eye_View-l-fr.html
En 2005, l’arrivée de Bilocate avec son premier opus « Dysphoria » a été une véritable bombe en Jordanie. Bravant les interdits caractéristiques du Moyen Orient, le sextet a non seulement ouvert de nouveaux horizons mais a permis à la scène locale de faire de vrais pas en avant. Le pays de Petra a donc progressé depuis cette date en terme de metal, ainsi que Bilocate, qui, souffrant alors d’une production tout à fait médiocre, a réussi à se faire remarquer avec le second opus « Sudden Death Syndrom », leur octroyant des signatures chez Kolony Records et Daxar Music, ainsi que chez les Italiens de Code666 Records, spécialisés dans l’avantgarde et le dark metal.
En grande figure du dark oriental, Bilocate revient sur les devants de la scène cette année, après de nombreux concerts et une tournée de soutient avec les pionniers d’Orphaned Land. Le sextet, originalement fondé par les frères Essayed, améliore considérablement son jeu et sa production avec ce « Summoning the Bygones ». Il s’attire les faveurs de musiciens réputés tels que Dan Swano (en guest sur deux morceaux) ainsi que de Jens Bogren (Opeth, Katatonia) pour le mixage. Rien à voir avec la première offrande « Dysphoria », qui bien qu’ambitieuse, détenait un réel point noir : le manque de moyen.
De ce fait, « Summoning the Bygones », comme son nom l’indique, est un « appel aux anciens », c’est à dire un retour aux anciennes compositions. Le groupe a décidé de mêler des titres nouveaux à des vieux, c’est à dire ceux du « Dysphoria ». Toutefois, ils ont été recomposés et remastérisés, de façon à repartir depuis le début. Ce sont donc comme des nouveaux titres, avec la patte et la production actuelles. Le rendu ne peut être que plus efficace.
Si vous êtes un habitué du « Dysphoria », il serait dommage de passer votre chemin dans la mesure où il s’agit ici d’une toute autre expérience. Le groupe a beaucoup évolué et même si on peut reconnaître les parties et les mélodies, il a changé énormément de structures, et les tout nouveaux titres sont comme une suite du terrible « Sudden Death Syndrom », à la manière d’un « Beyond Inner Sleep » qui mélange habilement les styles dont Bilocate nous avait habitué, la voix claire du growleur hors pair en prime.
Les Jordaniens sont réputés pour leur doom/death oriental au Moyen Orient et ils continuent ici sur leur lancée sur la majeure partie des titres. Ces derniers sont longs et très progressifs de façon à nous offrir un panel complet de sonorités et de mélodies. « The Tragedy Within » montre tout le potentiel de Bilocate avec son intro arabisante, son accélération très dark/death, ses envolées symphoniques, ses ralentissements de rythme, ses riffs mélancoliques, sa lourdeur, et son growl caverneux bien charismatique. A « Deadly Path » se verra raccourci tandis que « Passage » garde son empreinte atmosphérique pour faire la part belle au chant clair triste. Cependant, on ne peut pas dire que le groupe accentue le côté doom, qui devient moins prédominant et se veut plus comme une influence, contrairement aux parties death et symphoniques, qui se taillent la part du lion. On retrouve donc peu de parties lentes et écrasantes mais aussi peu de parties rapides et bourrines. Tout se porte sur les atmosphères en somme.
Exception faite sur le conceptuel « A Desire to Leave », qui parfois s’apparente à un doom funéraire à la Evoken. Le morceau est lourd et porté par un piano ainsi que le duo de vocalistes Essayed / Swano. Les guitares, qu’elles soient acoustiques ou metalliques apportent beaucoup à l’ambiance sombre et orientale du titre qui tire sur le black à certains moments. En outre, Bilocate a le mérite d’offrir la chanson la plus longue du Moyen Orient, avec une force et un charme qui lui est bien caractéristiques, et ce, grâce à trois parties tout à fait distinctes.
Bilocate rend aussi hommage aux initiateurs britanniques du doom/death, c’est à dire Paradise Lost, avec une cover de « Dead Emotion ». Il s’agit d’une de leurs principales influences et les Jordaniens ont réussi à composer une reprise convaincante et surtout personnalisée. La patte du sextet se retrouve bien, avec cette apport massif et puissant de claviers et les soli arabisant de Rami, sans non plus déformer la version originale.
Dans son ensemble, « Summoning the Bygones » ne manque pas de prise de risque, toutefois, on aurait aimé plus de nouveautés, la reprise restant dispensable, et même si des titres comme « Hypia » (anciennement « Days of Joy ») ont été refait intégralement (paroles, mélodies, structures…), il manque cette force propre à « Sudden Death Syndrome » et cette ambiance prenante en matière de dark oriental. Sans doute parce qu’on se retrouve avec deux esprits d’avant, le Bilocate d’avant et le Bilocate de maintenant. Cela reste donc assez confus, bien que la puissance soit toujours de rigueur et que tout soit calibré au millimètre prêt. De toute manière, les Jordaniens confirment leur position de leader dans la scène dark orientale avec cette pierre angulaire.
Bak ! Non je ne vous invite pas à aller dans le Bak à sable, mais il s’avère que Bak nous fait un come Bak en ce printemps 2012. Les Australiens avaient déjà fait bonne figure avec un premier opus nommé « Sculpture », mettant en musique un opera rock/metal très oriental, où se mêlaient autant d’éléments prog que d’éléments arabisants et Queen-esque.
Pour ceux qui ne le savent pas encore, le metal oriental ne se situe pas qu’au Moyen Orient, bien que les fondements y soient bien ancrés. De nombreux groupes ont commencé à percer dans le domaine, que ce soit aux Etats Unis, en France, en Russie ou en Australie, avec l’émergence de The Horn et ici, de Bak. Dîtes adieu aux kangourous et autres kiwis, dîtes bonjour aux chameaux et aux ibis ! Il va faire très chaud, et on va en avoir bien besoin, avec ce soleil qui se fait discret et ce vent qui se veut frais.
En attendant la sortie d’un futur nouvel album, c’est un EP qui nous est offert, un EP coloré et chaleureux, faisant l’apologie de la paix et de la préservation de l’écosystème. Ici, Bak change de domaine et passe de la Sculpture à la peinture. Et il y a bien une raison à cela : il existe un homme portant le nom de Samuel Bak, un peintre qui a échappé à l’holocauste, qui a étudié l’art en Israël et qui a réalisé plus de cent vingt cinq œuvres sur le thème d’Adam et Eve. Les Australiens se sont inspirés de son travail pour nommer leur nouvel EP.
La pochette est donc plus colorée, mais reflète toujours l’univers de Bak, avec la représentation de la Terre. Le trio s’adresse au monde entier à travers sa musique, se rapprochant pour le coup d’Orphaned Land, qui réussissent, grâce leur chansons, à réunir catholiques, juifs et musulmans sans effusion de sang. Le rapprochement avec les Israéliens n’est pas si incongru que ça musicalement, sachant que dans le premier titre « Us All », on retrouve des narrations dignes de celles de Kobi Farhi et des riffs pas loin de ceux de Yossi Sassi.
Parlons donc de ce morceau. Une fois de plus, Bak s’est entouré d’invités pour ce qui est de l’utilisation d’instruments traditionnels égyptiens ou indiens, que ce soit les percussions, les mandolines et quelques chants. On retrouve aussi les touches symphoniques déjà perçues sur le « Sculpture » avec ces guitares aux soli très rock et aux riffs plus lourds. Mais il faudra attendre la suite pour avoir une plus grande idée du potentiel de Bak, qui met le paquet sur l’aspect oriental de sa musique. Très mythologique, parfois mystique sur « Creation » avec ces ambiances très relevées. C’est surtout de l’instrumental, laissant souvent de côté les guitares, afin de transporter l’auditeur dans un autre monde.
Cependant, si vous voulez vous rendre compte de l’étendu de l’imagination de Bak, il faudra se tourner vers le très long et progressif « What Have We Done ». Un morceau en demi teinte cependant. Les événements défilent sous nos yeux, et on peut dire que la progression est très bien faite. Toutefois, on peut vite se retrouver agacé par les timbres très aigus des voix masculines. Ces dernières rappellent des voix typées heavy metal, sans le côté vif et aiguisé. Par contre, on appréciera davantage le chant principal, plus posé et arabisant, en totale adéquation avec la musique. On alterne donc entre parties acoustiques orientales et parties plus metal, plus rentre dedans, avant d’arriver à un déferlement de riffs proches de chez Dream Theatre, faisant place au côté hargneux qui manquait : tranchant des guitares, envolées de violons, et même growls.
Malgré tout, si on prend l’ensemble de ces quatre morceaux, l’EP manque de piquant, de moments forts, tout étant porté sur l’ambiance égyptienne. Toutefois, il semblerait que Bak s’accroche moins à ce qui faisait leur personnalité sur « Sculpture ». Ici, c’est plus soft, moins diversifié, moins prenant, même si l’utilisation des instruments traditionnels est du plus bel effet. On attend donc un album plus fourni, un peu plus teigneux, et surtout moins long, les titres les plus longs comportant tout de même pas mal de remplissage.
PS : une fois de plus, attendez vous à recevoir des haricots si vous commandez leur opus.
En ce moment, les femmes ne sont pas tant à l’honneur que ça, et bien que l’on entende beaucoup de donzelles dans tout ce qui se rapporte au metal symphonique ou gothique, il n’est pas forcément facile d’entendre une voix féminine dans d’autres styles de metal. Les Eths, Arch Enemy, The Agonist et consorts n’ont plus rien à prouver depuis longtemps, mais on aimerait que des groupes mettent en avant un peu plus de féminité dans des genres où on ne l’attend pas forcément.
Le metal oriental, par exemple. Dans tous les groupes existants, on a du mal à entendre une femme, sauf dans Orphaned Land, ou peut-être Arkan. Mais dans tous les cas, les demoiselles n’ont pas le monopole et se retrouvent reléguées au second plan, juste histoire d’apporter une touche arabisante en plus. Astral Tears, groupe français orléanais, n’a pas fait cette erreur et il faut dire que c’est le charme de la chanteuse qui fait sa force. Ici, Beyza, d’origine turque, est LA chanteuse du quatuor et il faut dire qu’elle est très bien mise en avant dans cet ensemble pris entre le metal mélodique, le metal moderne et le metal oriental.
Astral Tears, ce sont des débuts acoustiques qui se sont transformés en metal. C’est aussi une envie d’assouvir une énergie débordante en tentant de créer des compositions originales. Le combo réussit tout de même ce pari, à savoir sortir du lot et proposer un album à l’identité qui lui est propre. En effet, les Orléanais ne se contentent pas que de metal mélodique, bien que ce soit le terme qui saute le plus aux oreilles, mais ils profitent de ce statut « mélodique » pour intégrer un panel d’éléments, que ce soit un son relativement moderne et dans l’air du temps, des éléments progressifs, des touches expérimentales sur certains passages, un groove assez neo sur les bords, mais surtout, et ce qui fait leur force, les éléments orientaux.
La France n’est pas forcément le pays le plus réputé pour son metal oriental, même s’il y a Arkan, en véritable fer de lance. Ici, en tout cas, Astral Tears n’en abuse pas mais ajoute la dose nécessaire afin de transporter l’auditeur dans l’orient. Sans vouloir vous désillusionner, l’oriental n’est pas l’élément primordial des compositions, toutefois le groupe profite des origines culturelles de Beyza pour apporter les influences nécessaires. Et ça fonctionne bien…
De prime abord, en écoutant les premiers morceaux, c’est à dire « Hate the Enemy» ou « Sinner », on ne peut que penser au groupe italien Lacuna Coil. La ressemblance reste assez saisissante, tant dans le riffing que dans la voix charmante de Beyza. Cependant, pour un début d’opus, on reste quelque peu sur notre faim…certes, les guitares sont lourdes et le rythme dynamique, et on sent directement que c’est ce qui fait la marque de fabrique d’Astral Tears. Mais il manque une touche d’originalité et un soupçon de piment, et pour un début, il y a de quoi douter sur le reste de l’opus.
C’est une fois passé le cap de « Desire » qu’on se rend compte de la force d’Astral Tears et de son côté assez novateur sur la scène française : l’exotisme. Le titre est assez oriental sur l’introduction et les couplets, que ce soit l’utilisation des percussions, des guitares ou de la voix de Beyza, très sensuelle et très arabisante lors des mélodies. Astral Tears arrive à mêler lourdeur et charme sans grande difficulté. Il arrive aussi à faire enchaîner ses morceaux avec cohérence. Preuve en est avec le duo « Desire »/ « Behind the Curtains » : on a l’impression qu’il s’agit d’un et même titre. Mention spéciale, en tout cas, pour sa montée en puissance inattendue.
La suite de ce « Hypnotic » se veut très punchy et bien rentre dedans, sans non plus tomber dans l’extrême. Les instruments sont pour le coup bien utilisés mais on regrette le manque de modulation et des guitares, et de la voix de Beyza. Difficile de l’entendre changer d’intonation car elle reste souvent sur ce même plan qui peut rendre certains passages très monotones. Idem pour les riffs, pas si variés que ça, mais suffisamment lourds pour garder l’auditeur attentif. Sauf peut-être sur « Awake », assez expérimental tout de même, avec ces changements de styles en cours de route, que ce soit le break typé metalcore, le fond très oriental dans la mélodie, le début assez djent avec cette guitare technique et dissonante, et ce côté atmosphérique, encore une fois pas si loin de Lacuna Coil, l’exotisme en plus. Pour le coup, ne vous attendez pas à des instruments typiquement orientaux tels les traditionnels oud, sitars et autres flûtes kaval. En réalité tout est dans la voix, certains riffings, certains types de percussions, rien de plus. Comme sur « My Reality », par exemple, qui met l’accent sur une atmosphère arabisante, sans non plus en faire trois tonnes.
De toute façon, plus on avance dans l’opus, plus on découvre des touches orientales. Comme pré-cité, ce n’est pas avec une écoute du début que vous pourrez vous faire une idée de la personnalité d’Astral Tears. Et il s’avère que les Orléanais ne sont pas si faciles que ça à cerner. Pas plus mal, dans un sens, cela nous permet de passer plus de temps à découvrir leur musique et les écoutes supplémentaires permettent de se rendre compte de choses qu’on n’avait pas encore appréhendées.
Le côté doux par exemple : même si l’ensemble reste très « in your face », très tranchant, le groupe apporte des touches calmes et sereines, comme un « Rebirth », qui grésille (je le précise, c’est fait exprès), un « Obsession » planant et lourd à la fois, ou un « Forgotten » acoustique très chaleureux qui me donne l’impression d’être chez moi.
Hormis ça, Astral Tears met à profit son côté moderne en ajoutant des sonorités électroniques. Ces dernières sont plutôt rares, mais suffisamment présentes pour qu’on les repère rapidement. Rassurez vous, ce sont juste des « touches », rien de bien méchant ou d’étouffant, au contraire. Elles tendent à relever certains passages et apporter une atmosphère supplémentaire, que ce soit sur le pont de « Desire », sur l’introduction de « Back to Life », qui précède un déferlement de riffs costauds, sur « Obsession », afin d’accompagner la guitare, ou sur « My Reality », fonctionnant ainsi comme un rythme.
En dépit des apparences (la pochette fait plus cybernétique qu’orientale, sauf au dos, où on retrouve des minarets), ce « Hypnotic » d’Astral Tears reste assez complet, exotique et dynamique. Toutefois il serait exagéré d’en faire une montagne, dans la mesure où il y a encore beaucoup de choses à revoir, que ce soit la variété des riffs ou la modulation du chant de Beyza. Par contre, la production reste très bonne et est un point très positif dans l’appréhension de la musique d’Astral Tears.
Finalement, si le groupe passe par là, il se pourrait que le metal à chanteuse français non symphonique non prog non criard en prenne un coup, car les Orléanais ont pour le coup un bel avenir en perspective. Espérons qu’ils aient suffisamment d’oreilles pour apprécier leur œuvre.
Si je vous dis metal progressif et Tunisie, vous penserez sans aucun doute à Myrath. Oui mais pas tout à fait. Bien que ce groupe soit le fer de lance de la scène metal tunisienne, il y a un jeune homme qui fait parler de lui depuis plusieurs années, et surtout depuis la sortie de son premier album solo et instrumental, « A Neverending Pain of a Betrayed Man ». Je parle d’Anas Abid.
Malgré son jeune âge, le guitariste a tout de même une certaine expérience derrière lui en plus d’avoir grandi dans une famille bercée par la musique arabe. C’est donc tout naturellement que le musicien a décidé de mêler ses origines culturelles à sa passion dévorante pour le metal afin de créer une musique qui sort de l’ordinaire.
Les chroniques encourageantes et les diffusions de ses morceaux sur différentes stations de radio l’ont poussé à élargir ses influences et horizons. D’où ce nouveau project, AIM Project, censé mettre en relation l’occident et l’orient, le prog et la musique traditionnelle, au sein de quatre morceaux regroupés dans un petit EP nommé « Bismillah ».
« Bismillah » vient de la contraction de deux termes arabes « bismi » et « allah » signifiant « au nom de Dieu ». C’est un mot que l’on utilise avant de faire quelque chose, que ce soit manger ou boire. C’est aussi un terme encourageant et une façon de se préparer à faire des bonnes choses. C’est aussi un appel au soutient de son Dieu, pour recevoir ses bénédictions. C’est ce qui donne la force d’aller de l’avant pour les musulmans. C’est aussi le nom du premier morceau de l’EP, une instrumentale courte de deux minutes, qui met en avant les qualités guitaristiques d’Anas. L’ensemble reste rythmé, même si ce n’est pas très dynamique. C’est juste une entrée en matière, avec une mélodie arabisante qui rappelle fortement celle du début de « Birth of the Three » d’Orphaned Land. Les Israéliens ne sont jamais très loin lorsque l’on parle d’Oriental Metal.
Pour le moment, pas de quoi nous faire tourner la tête, ça reste assez classique dans l’appréhension du mélange prog et oriental, et encore plus dans « The Judgement Day » aux riffs rappelant parfois Myrath ou même Dream Theater (d’un côté, les Tunisiens en sont fortement influencés). Il y a du chant dans ce nouveau projet d’Anas, les parties criées étant confiées à Florian Thérèse. Pas de grande originalité de ce côté là, tant dans la technique de chant que dans l’enchaînement des riffs. Certes, Anas sait manier son instrument, mais il lui manque encore cette patte personnelle qui le différencierait des maîtres et des ersatz du moment. « Ruins of Azl’Aôm » par contre, apporte une pêche d’enfer et pas mal d’éléments supplémentaires, que ce soit des riffs endiablés et alambiqués et des orchestrations soignées de Julien Marocco, qui était aussi présent sur l’album « A Neverending Pain of a Betrayed Man ». L’aspect oriental se fait davantage ressentir, dans les ambiances, les riffs et le chant arabe de Salomé Perli, au timbre qui se rapproche de celui de Shlomit Levy (OL). D’ailleurs, le final acoustique à la luth rappelle une nouvelle fois les Israéliens sur le final de leur première version de « The Storm Still Rages Inside ». Encore une fois, les maîtres de l’oriental ne sont jamais loin !
C’est sans doute « The Mirror of Life » qui change un peu, malgré le riffing principal très proche des grands du prog. L’ambiance est bien chaleureuse, avec cette dualité de guitare et la voix aérienne de la guest Aleksandra Radosavljevic. Les influences sont bien intégrées même si le mélange de sonorités peut apparaître un peu brouillon. Toutefois, le tout embarque l’auditeur, autant dans les parties plus lancinantes que dans les parties plus rapides et agressives.
Il est de plus en plus risqué, désormais, d’officier dans l’oriental metal quand on ne prend pas assez de risque pour créer une musique qui change et qui apporte une émotion nécessaire. Anas Abid, justement, ne semble pas être assez casse-cou, sans doute à cause de ce désir de toucher le plus de monde possible. Mais dans ce domaine là, il faut vraiment prendre de l’avant et se forger une identité solide. Ce « Bismillah », malgré ses bons points, n’est pas assez fort et couillu pour sortir du lot car trop proche, dans tous les cas, des sorties prog et/ou orientales.
Si vous deviez entreprendre des recherches afin de vous procurez du metal oriental, vers quels pays vous tourneriez vous ? L’Egypte, l’Israel, l’Arabie Saoudite, la Turquie…cela se comprend. Mais penseriez vous à chercher du côté de l’Australie ? Bien que ce soit le pays d’AC/DC, c’est aussi le pays de quelques formations marginales influencées par la mythologie égyptienne, à l’instar de Nile et de Karl Sanders aux USA. Si The Horn, par exemple, a déjà fait ses preuves en matière d’oriental black metal, Bak, lui, a encore beaucoup de temps d’années devant lui. Formé en 2010 à Sydney par trois mordus de mythologies orientales, le groupe met tout en œuvre pour s’octroyer un visuel tout ce qu’il y a plus arabisant, loin de la culture aborigène de leur contrée. Preuve en est, « Bak » était le nom d’un chef sculpteur d’Heliopolis, pendant le règne du pharaon Akhenaton, ce qui justifie le nom de leur premier album, « Sculpture ».
Ici, pas de didgeridoo ou autres instruments australiens, nous nous retrouvons avec un ensemble 100% oriental. Rien n’est feint, tout est naturel et bien fait, de quoi donner des boutons aux grosses pointures du genre ! En effet, Bak n’a rien à envier à ses aînés, sa musique est forte, sensuelle et archi chaleureuse, mélangeant metal, rock, prog, symphonique et folk. Les premières notes de « The Search » dépaysent déjà, avec son violon arabisant et sa mandoline, avant de nous embarquer dans un rythme exotique, où se côtoient aussi bien les riffs ravageurs que les chants clair et growlés. Les saccades et ce mélange rappelleront Orphaned Land, la lourdeur en moins.
Tout est vrai et authentique sur ce « Sculpture », que ce soit la variété des instruments traditionnels et des vocaux sur les longs « Can’t Understand » et « Not Just Your World ». Bak a invité des musiciens aguerris pour sa musique, que ce soit des membres de l’orchestre symphonique de Sydney, des chanteurs ou des musiciens ethniques, du Moyen Orient ou de l’Inde. Ce sont donc des personnes qui s’y connaissent et qui offrent à Bak leur savoir faire afin de rendre au mieux l’aspect folk et oriental des compositions. Les guitares metal renforcent la lourdeur, même si elles ne sont pas souvent présentes, car ce sont les ambiances et les chants qui priment, et non les éléments purement metal, bien que « Pay » apporte plus d’agressivité et une touche neo metal à ces claviers très oniriques.
Bak adore rendre ses compositions complexes dans certains morceaux, même si certaines parties peuvent être très simplistes et ne laisser apparaître que un ou deux instruments avec une voix. Ce n’est pas le cas sur « Our Time » qui nous en fait voir de toutes les couleurs avec son mélange d’opera, de mythologies, d’orient, de thrash et d’éléments oniriques. On retrouve même du neo-classique avec cette guitare archi mélodique à la Skyfire.
Je vous aurais bien parlé de Prince Of Persia, bien que la position géographique ne corresponde pas. Cependant, « Sands of Time » correspond bien à l’idéal musical de ce jeu vidéo avec ce groove imparable à la guitare et sa mélodie arabisante. Ajoutez les percussions, les instruments traditionnels, et tout y est.
Bak nous offre une épopée orientale hors du commun, riche et très dépaysante, destinée à tous les amateurs du genre et à ceux qui désirent découvrir de nouveaux horizons. Même si Bak, en soit, n’apporte rien en matière d’oriental, il faut dire que l’impression d’être en compagnie de pharaons ou de scribes existe bel et bien à l’écoute de ce « Sculpture » bien ficelé, quoique parfois un peu trop mou et trop gentillet. Une belle réussite en tout cas.
PS: et si jamais vous désirez vous procurer le CD, attendez vous à une surprise de taille dans le package…
En 1991, Yossi Sassi fondait avec ses amis le groupe légendaire Orphaned Land, précurseur du metal oriental dans le monde entier. Vingt ans après, ce même guitariste décide de créer davantage afin de montrer la musique qui est en lui. Toujours autant attaché au projet qu’il appelle « le projet de sa vie », le jeune israélien ne s’éloigne pas pourtant d’Orphaned Land mais se créé son propre one man band en composant et produisant lui-même sa musique.
Les talents du musiciens ne sont plus à prouver. On se souviendra de ses solos d’exception dans Orphaned Land, notamment celui de « The Warrior » avec plus de quatre minutes d’intensité et d’émotion. De plus, le sieur sait jouer plus de 17 guitares et instruments traditionnels différents tout en expérimentant constamment et en proposant de nouveaux horizons. En plus de cela, Yossi Sassi a eu l’occasion de partager la scène avec des grandes figures metalliques telles que Metallica, Steven Wilson ou encore Marty Friedman et de coopérer avec des artistes internationaux, en plus de tourner dans plus de trente pays.
Après la tournée européenne entièrement orientale aux côtés d’Arkan et Myrath, le musicien s’attaque maintenant à la sortie de son premier album solo et à une première tournée déjà complète. Arrive donc « Melting Clocks », un album étonnant et bien différent de ce qu’a eu l’habitude de nous proposer l’Israélien. Ce dernier se charge de la majeure partie des guitares ainsi que de jouer du clavier, de l’oud, du saz, du bouzouki et autres instruments traditionnels. Il s’entoure de musiciens avertis pour ce qui est du piano, des percussions, des flutes en roseau et kaval, des violons et d’autres parties guitares. On retrouve donc Marty Friedman (ex-Megadeth) à la gratte sur « The Routine » tandis que Yossi se charge de la basse.
L’album « Melting Clocks » est une œuvre conceptuelle sur la vie, peut-être la vôtre, celle que vous vivez tous les jours. Le matin vous vous levez, vous voyez les rayons du soleil (« Fields of Sunlight »), vous devez vous dépêcher pour aller au boulot (« The Calling : Rush Hour ») et vous vous rendez compte que vous ne vivez que parmi des chiffres et des nombres, avec, finalement, peu de mots (« Number’s World »). Toute la journée vous êtes envahis par vos pensées, vous vous dîtes sûrement que vous n’êtes pas si bien que ça (« Ain’t Good Enough »), vous réalisez ce que vous faîtes de votre vie dans cette routine (« The Routine »). Vous aimeriez vous détendre et vous vous mettez à rêver, le temps de quelques minutes (« Sahara Afternoon »). A la fin de la journée, vous vous reposez un peu, tout en vous disant que vous vivrez la même chose le lendemain (« Simple Things »). La nuit, vous allez vous coucher, avec le sentiment que les choses sont compliquées. Vous faîtes face à vos peurs et à cette montre qui vous suit partout, à longueur de journée. Vous sombrez dans le rêve jusqu’au réveil le lendemain matin (« Melting Clocks »).
Yossi vous offre donc un voyage musical qui vous suit le temps d’une journée, alternant les genres et les ambiances, mélangeant l’Est et l’Ouest, le hard rock et la World Music, ainsi que des parties ambientes. Vous aurez de tout dans ce « Melting Clocks », mais surtout un condensé de douceur et de chaleur. Pas d’agressivité, cet album est le reflet de notre vie quotidienne, mélange de l’univers de Yossi et de ses propres inspirations. Les trois premiers morceaux rappellent sans aucun doute l’œuvre de Satriani, avec cette guitare insistante et chanteuse, remplaçant irrémédiablement une voix. Toutefois, le musicien ne se tourne pas du côté des guitar hero, au contraire. Même si son jeu est maîtrisé et très mature, il n’est pas dans le domaine de la technique et de la démonstration à tout prix. Il s’agit plus d’un metal/rock progressif à la croisée des genres, où se côtoient autant de parties occidentales que de parties orientales, comme « Drive » et ses breaks folk symphoniques proche du dernier Orphaned Land.
Ainsi, les non initiés à la musique arabisante pourront y trouver leur compte, l’exotisme n’étant pas l’élément majeur des compositions de Yossi. « The Calling : Rush Hour » par exemple, met l’accent sur un heavy rock lancinant tandis que « Ain’t Good Enough » ou « Another Day in the Office » se rapprochent davantage d’un hard rock surexcité, mélangeant le chant tantôt énervé tantôt aérien de Yossi ainsi que ses solos implacables, comme une seconde voix.
« Number’s World », le titre phare de l’album, est sans aucun doute le plus fort et le plus riche en sonorités. Il s’agit d’un rock/hard rock oriental très chaleureux, bien que mélancolique, où s’alternent couplets occidentaux et refrains orientaux très fournis avec son mélange de guitare électrique/acoustique et son panel d’instruments orientaux. Une belle réussite, avant le jazzy « Melting Thoughts », guidé par le tic tac d’un réveil en guise de rythmique et par la voix suave de Marina Maximilian Blumin, qui rappellent les parties féminines chantées sur le « Moon Safari » du groupe Air. On peut aussi rêver sur l’arabisant « Sunset » ou se laisser porter par un « Simple Things » attachant et très mélodique.
Ce voyage se termine par la version instrumentalisée de « Melting Thoughts », à savoir « Melting Clocks », comme si vous recommenciez encore une fois votre routine. Mais vous avez encore le choix. Allez-vous, encore et toujours, vous réveiller le lendemain au sein de cette routine qui vous fatigue et vous empêche de vivre vos rêves ? Ou prendrez-vous le temps de tordre ou de faire fondre l’horloge qui vous suit, tel le boulet du prisonnier, afin d’apprécier chaque moment de votre vie et de faire ce que vous aviez toujours eu envie de faire, qu’importe le prix ?
Peut-être trouverez vous votre réponse en écoutant cet album homogène et particulier, loin de ce qu’on a pu entendre venant de Yossi Sassi mais à l’image de sa sincérité et de son sens de l’intensité.
The Horn aura été très productif en 2007, année notable dans la carrière du one man band australien. Celui-ci a en effet sorti six productions, sans pour autant battre l’hyper actif de Senmuth, et pourtant. Ces deux énergumènes ont le mérite d’avoir un autre point commun : leur passion pour la mythologie égyptienne.
Depuis sa formation en 1997, cet homme étrange a su mettre à profit ses influences et ses goûts pour concocter un metal tout ce qu’il y a de plus atypique. Peu ont adopté ce style relativement macabre mais tout de même ambiancé : l’oriental black metal. Ici, on ne mise pas sur une production propre ni sur un sens particulier de l’esthétique. On mise davantage sur l’expérimentation et la mise en valeur d’un black metal cru et malsain dans lequel on embarque l’auditeur à l’intérieur même d’une pyramide, voire d’un sarcophage, en compagnie d’une momie.
The Horn prend pour thématique le Livre des Morts, fameux recueil initiatique pour les défunts désirant aller dans le monde de l’au-delà. Les titres des chansons ainsi que les paroles viennent directement du manuel en question, dans leur traduction anglaise. De ce fait, l’auditeur sait pertinemment à quoi s’attendre et peut comprendre ce dont il est question. Malheureusement, The Horn n’intègre pas les paroles dans le livret et pour comprendre et lire le guide initiatique, il faut posséder le Livre des Morts en question.
L’Australien se démarque assez vite sur cet album en intégrant des éléments très particuliers et qu’on ne retrouvera pas ou peu sur les prochains opus. L’utilisation de claviers symphoniques et pharaoniques par exemple, soulevant un certain côté impérial, comme sur « Spell 69 : for being the successor of Osiris », morceau qui commençait tout de même avec un ensemble raw black et une voix maléfique. C’est ce raw black qui fait la marque de fabrique de The Horn, entre autre, comme sur « Spell 29A » et ses petits relents indus avec ses sons et sa batterie mécanique.
Le multi instrumentiste n’est pas non plus un virtuose de la maîtrise des instruments, mais profite de ses faiblesses pour intégrer beaucoup d’expérimentation, que ce soit au niveau des guitares, de la batterie ou du claviers, comme sur « Spell 70 » et ses bizarreries. Il ne faut toutefois pas oublier que la majorité des titres restent dans une optique orientale, présente dans le riffing mais aussi certaines touches de claviers. Les nappes d’ambiance seront typiquement dans le style ainsi que les parties symphoniques. Sans oublier les morceaux purement ambient et très porté sur le clavier, « Spell 81A » par exemple et son ensemble malsain avec sa voix décharné et inhumaine ou « Spell 28 » et son râle très animal.
The Horn ne tombe pas non plus dans la linéarité, nous offrant un « Spell 32 » aux riffs saccadés, lancinants, avec ces voix très distordues et ces violons perturbants. Une version plus malsaine de la thématique goa’uld de Stargate ? Oui, nous n’en sommes pas loin. Jusqu’à ce que « Spell 125 » nous étonne par sa longueur. Non nous ne rêvons pas, le morceau dure plus de cinquante minutes et pourrait être un album à lui seul. En réalité, il raconte l’arrivée du défunt devant le tribunal, qui déclare son innocence. Il s’agit de plus d’une sorte de confession, avant que la justice examine le cas et interroge le mort. Les cinquante trois minutes en question sont le reflet de cette séquence importante du Livre des Morts, comme si nous y étions. Il y a différentes parties musicale, notamment une intro venteuse, spirituelle et ambiente, une partie plus black et agressive, une partie où l’on entend un choeur grave en arrière plan, une mélodie orientale et un discours incessant, sans doute les paroles du défunt ou les réponses du tribunal et de Maat. On se rapproche ensuite d’une partie plus black/doom, avec la voix maléfique et inhumaine du multi instrumentiste et de riffs irrémédiablement pesants, pour ensuite s’attacher à des claviers plus puissants et égyptiens, avec une ambiance on ne peut plus funéraire. Les flûtes font leur apparition, en alternance avec des guitares, jusqu’à la fin spirituel et très morbide.
« Drawning of the Ancient Sun » est un album étonnant, et de surcroît le seul à porter un nom autre que « Volume » quelque chose ou « The Book of the Dead ». C’est aussi un des rares à avoir un label (Haarbn Productions) et à intégrer des expérimentations aussi poussées. L’oriental black de The Horn est tout aussi occulte que pharaonique, pour un voyage passionnant dans l’au delà.
Depuis des années et des années, les labels, les groupes ou mêmes les webzines, sortent leur propre compilation afin de nous faire découvrir une scène, le metal d’un pays, un style ou même l’ensemble de l’oeuvre d’une formation plus ou moins célèbre. On aura tout eu, ou presque. Sauf ça : la compilation de metal oriental.
Ce mouvement metallique a été lancé par les pionniers israéliens d’Orphaned Land il y a plus de vingt ans. Même si l’intégration d’éléments arabisants existait déjà dans certains titres Heavy Metal, par exemple, aucun groupe jusqu’à cette année 1991 n’avait essayé de composer toute une musique basée sur les mélodies orientales. De surcroît, quasiment aucun groupe du Proche ou Moyen Orient n’avait essayé de se mettre en avant dans le monde du metal…jusqu’à l’arrivée d’Orphaned Land.
Depuis, beaucoup de groupes ont suivi les traces des pionniers, apportant leurs touches et leur univers, proposant de ce fait un ensemble chaleureux et authentique, que ce soit dans le metal progressif, le death metal ou encore le black metal, et ce, dans tout le Moyen Orient et malgré les interdictions de jouer du metal dans certains pays. Il était donc normal de rendre hommage à cette scène et d’offrir à tous les amateurs du genre la toute première compilation de metal oriental, quelques mois après la grande et toute première tournée exclusivement orientale.
C’est donc tout naturellement que Kobi Fahri, chanteur d’Orphaned Land, a décidé de sortir cet album grâce au label Century Media. Si certains peuvent y voir là un prétexte pour médiatiser et commercialiser un recueil d’hymnes Oriental Metal, certains pourront voir ici un moyen tout à fait légitime pour découvrir cette mouvance qui, bien que prenant de l’ampleur depuis quelques années, a bien plus d’une décennie derrière elle.
On ne sera donc pas étonnés d’y voir figurer le trio de tête, c’est à dire Orphaned Land, Arkan et Myrath, ce même trio qui avait pris part à la tournée Oriental Metal, à commencer par le très pop mais pas si oriental « Sapari », chanté tantôt en hébreu, tantôt en anglais, où se côtoient certains airs moyen orientaux et le chant arabisant de Shlomit Levy. Pour la petite anecdote, c’est ce même titre qui aurait pu lancer Orphaned Land sur la scène de l’Eurovision 2011 si seulement il avait été retenu. D’ailleurs, en ce qui concerne le choix du titre, on aurait sans doute préféré voir figurer un « Ocean Land », bien plus proche des origines du groupe et bien plus dans le sujet, avec sa sitar, ses percussions, et tous ses éléments traditionnels mélangés à un ensemble plutôt death metal.
« Deus Vult » d’Arkan fait une nouvelle fois de la pub aux Israéliens, car en duo avec Kobi Fahri (et là on se demande si ce n’est pas un moyen pour nous rappeler que ce sont les « leaders »). Pas de surprises concernant Myrath et « Merciless Times », le titre le moins oriental de la carrière des Tunisiens mais certainement le plus en vogue, avec le chant gracieux de Zaher Zorgatti et les claviers symphoniques orientaux.
Ceci dit, la compilation en question ne regroupe pas forcément les morceaux les plus énergiques de tous les groupes présents. On se retrouve davantage avec une sélection très restrictive, pas orientale à 100%, plus dans une optique de valorisation des groupes moyen-orientaux. Ainsi, même en nous intégrant du Melechesh, on ne nous offre pas l’un des meilleurs morceaux des israéliens mais un « Grand Gathas Of Baal Sin » très black/Thrash mais en manque de parties purement traditionnelles, mélangé à cet ensemble extrême, hormis à la fin où quelques chœurs et sonorités se font entendre. Idem en ce qui concerne Nervecell et « The Taste of Betrayal », une instrumentale death metal assez lancinante, dépourvue de tout exotisme.
On se serait attendu à l’intégration d’hymnes oriental black à la Al Namrood ou Narjahanam, même pas. L’Arabie Saoudite et le Bahrein ne sont pas à l’honneur. Peut-être pour un deuxième volume, qui sait. Par contre, on retrouve un classique du genre avec Pentagram (aussi appelé Mezarkabul) et « Lions in a Cage », un Heavy Metal lancinant mais très arabisant dans l’utilisation des riffs et du chant.
Un petit nouveau à l’honneur : Sand Aura, une des révélations 2010 de l’Égypte. Une formation pleine de promesses et ayant irrémédiablement le sens du terme oriental. Le titre proposé, « Fountain of Moses », est une douce instru emportée par un solo de guitare arabisant, des percussions et un fond envoûtant (flûtes, violons…). Une version moins amplifiée d’Amaseffer, qui apparaît avec sa fresque épique « Slaves for Life » et son fort côté cinématographique : symphonique, moyen oriental, et ô combien emportant…
Maintenant, si je vous dis « cherchez l’intrus », pourrez vous le trouver ? N-I-L-E ! Le groupe culte de brutal death Américain est la seule exception, dans la mesure où il s’agit du seul combo qui ne vienne pas du Moyen Orient. Mais comme beaucoup le savent, Karl Sanders voue un culte énormissime à la mythologie égyptienne et il était normal, si l’on peut dire, de faire intégrer un morceau. Nous avons donc droit à la chanson la plus brutale de la compilation, « Kafir ! » où se côtoient l’agressivité des riffs et de la batterie, le growl de Karl et l’intégration d’un chant en arabe, et quelques autres éléments orientaux, notamment à la fin.
En clair, cette compilation est une très bonne initiative pour faire découvrir aux non connaisseurs cette scène grandissante et de plus en plus exposée : vous pourrez découvrir les groupes phares, ceux qui n’ont plus rien à prouver, ceux dont on n’entend pas beaucoup parler, des nouveaux et un petit intrus, juste pour le plaisir. Par contre, si vous vous attendiez à beaucoup d’exotisme, vous allez être déçus car ce sont plutôt les origines des groupes qui ont été mises en valeur et pas vraiment le contenu des titres, pas si orientaux que ça dans leur approche.
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Je dédie cette chronique à tous les groupes moyen-orientaux et à l’équipe de JorZine qui luttent pour leur cause et affrontent les interdictions et les mises en garde quotidiennes.
S’il y a bien une scène qui bouge au Moyen-Orient (hormis la Jordanie ou l’Israël), c’est bien l’Egypte, recueillant pas mal de formations toutes plus ou moins talentueuses. La majeure partie officie dans l’extrême et rares sont les metalheads qui décident de choisir un style plus synthétique : le metal industriel. Dans tout le Moyen Orient, les groupes pratiquant ce style ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. On a récemment découvert Seth ECT en Turquie avec son cyber/death/black. Il est maintenant temps de découvrir Hate Field.
Fondé en 2009 par l’ex-bassiste d’Odious (un des groupes égyptiens les plus anciens), Alfi Hayati, Hate Field est tout d’abord une sorte d’hommage à Metallica (d’où le nom de scène, une version modifié du patronyme de James Hetfield). C’est aussi une manière de mélanger l’authentique et le synthétique, le chaud et le froid, la culture et la technologie. En effet, Alfi mélange son metal industriel avec une bonne panoplie d’éléments arabisants.
On pourrait donc appeler ça du metal industriel oriental. Ce one man band mené par Alfi a le mérite de proposer quelque chose bien différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre. Bien que l’hommage soit, en quelque sorte, porté à Metallica, c’est plus du côté de Rammstein (une des influences du bonhomme) qu’on se situe, même s’il ne s’agit pas de copier coller à proprement parler. A part les claviers et les samples qu’on aurait pu retrouver chez les Allemands, c’est peut-être certaines intonations de voix d’Alfi qui peuvent nous mettre sur la voie. Hormis ça, on se retrouve avec un « Scary Fairy Tale » sacrément original.
Alfi a réussi à mettre de côté les influences oriental black qui auraient pu provenir d’Odious afin de privilégier l’aspect groovy et dynamique des compositions. La majeure partie de l’album n’est pas très rapide, on se situe plus dans un mid tempo entraînant subissant quelques mutations, comme de légères accélérations (« Hope Overdose »). Toutefois ça reste très énergique et porté sur les mélodies orientales jouées à la guitare ou aux claviers. Ces mélodies peuvent aussi se ressentir dans la technique de chant. Bien que la voix d’Alfi ne soit pas totalement juste, elle reste tout de même acceptable et varie entre parties claires ou parties growlées (sur « Hope Overdose » ou « Deadly Supafly »).
Les titres restent bien travaillés, Alfi composant et écrivant tout. « Sweet Nightmare » apporte cette touche orientale imprenable, embarquée par cette lead guitare plus raw et son fond d’ambiance chaleureux. Idem sur un « Maybe in Another Life » plus atmosphérique, entre musique indus et musique arabe. Un morceau aussi fait pour la danse que pour le headbang, bercé par quelques rares techno beats.
Hate Field arrive à étonner avec un « New Bom’s Army » en duo avec la chanteuse Riham Zakzouk. Touches symphoniques, riffs tranchants, interludes électroniques soutenues par cette mélodie orientale. C’est peu commun et sacrément saisissant. L’avantage, c’est qu’Alfi arrive à doser ses touches industrielles de façon à ce qu’elles ne noient pas ses compositions. Ainsi, si quelques bruitages s’incorporent à la mélodie de base, il faudra attendre la moitié ou la fin d’un titre pour avoir toute une partie basée sur les claviers (« 13 », ou le « We Will Win » cybernétique).
« Scary Fairy Tale » n’est pas un album qui s’écoute mais se ressent, tant il laisse transparaître une inspiration et une émotion venant tout droit des expériences d’Alfi. D’où cet aspect très personnel et cette envie de fournir quelque chose de différent. La production a beau être encore un peu défaillante (faite avec les moyens du bord à Alexandrie), il n’empêche qu’elle arrive à faire ressortir cette originalité qu’il est de plus en plus difficile de trouver chez les jeunes groupes actuels. A se mettre dans les oreilles, et très fort.
Depuis pas mal d’années, une chose est claire : il y a de plus en plus de one man bands, et ce, aux quatre coins du monde. Le musicien, souvent multi instrumentiste, n’a donc pas à faire aux nombreux changements de line up qui pourraient affecter l’entente, l’ambiance générale et la constitution d’un album. De ce fait, tout lui revient, que ce soit le succès ou l’échec. De plus, il peut mettre à l’œuvre son savoir faire et sa créativité tout en ayant, si possible, des projets annexes.
C’est le cas de Muhannad Bursheh, créateur de Bouq, un one man band anciennement connu sous le nom de Phex. Ce musicien, œuvrant aussi chez Augury, Tyrant Throne ou récemment Abohotho, a réussi à se faire une place en Jordanie, même si le metal semble y être interdit. La scène du coin est particulièrement intéressante, comptant des formations telles que Bilocate, entres autres. Et quand on évoque la Jordanie, on parle moins d’influences orientales. Bien que l’Israël et son trio Orphaned Land/Melechesh/Salem ne soient pas loin, le pays du site de Petra ne s’aventure pas trop dans l’exotisme. Bouq en est la preuve.
Muhannad avec son « Berserk » nous concocte un album de black/death épique à tendance dark voire symphonique influencé par les mythologies nordiques et germaniques. Rien de très moyen-oriental donc, le titre de l’album, la pochette et les paroles montrent bien cette histoire de guerrier-fauve furieux et surpuissant ainsi que ce cor pour ce qui est de la création du logo.
C’est donc un album bestial et guerrier que nous offre Bouq, nous transportant dans l’enfer des batailles et dans les délices des mythologies. On se retrouve dans une ambiance black épique traditionnelle, menée par des relents death metal rapprochant le son de Behemoth sur certains passages. Enfin l’aspect sombre, relevé par la présence de claviers et d’instruments traditionnels, apporte plus de profondeur à la musique de Bouq, délivrant huit titres aussi mortels qu’un coup de hache sur la tête.
« Berserk – The Grand Raven » nous lance irrémédiablement dans le bain avec ces riffs black épiques, ces percussions guerrières et le growl rageur de Muhannad. Pas de répit dans ce titre inspiré de Conan le Barbare (1982), où l’on peut retrouver une ou deux phrases du film. Libre à nous maintenant de continuer la bataille, à nos risques et périls. Nous pouvons toujours nous aventurer prêt de l’océan et tomber nez à nez avec le gigantesque serpent des mers nordique avec « Jormungander ». La bataille est rude dans ce mélange de black et de death metal, mêlé à des nappes symphoniques signées Waseem Essayyed (Bilocate). Un petit break mélodique apportera tout de même un peu de douceur même si beaucoup de sang a coulé en quelques minutes. Le final du titre est en tout cas bien trouvé, oppressant et embarqué par le solo du guest Rami Haikal (Bilocate).
Arrive ensuite le pavé de huit minutes, pris dans une tourmente et un certain côté mystique, « Heathen » : claviers, choeurs impériaux, aura sombre et douce chaleur. Tambours, cors, cris de guerre, chant féminin planant. Puis le déferlement de riffs, soutenus par ces choeurs et cet aspect symphonique et guerrier omniprésent. Encore une fois, le tout est bien trouvé et surtout prenant, l’embarcation dans la mythologie étant immédiate.
Quoi de mieux que de terminer avec la fin du monde prophétique dans les légendes nordiques ? « Ragnarök » prend donc une touche progressive pour narrer les événements devant se produire. On découvre alors des parties agressives, des parties plus mélodiques, des parties plus lentes ou d’autres centrées sur les ambiances. Dommage toutefois que le final ne soit pas digne de ce nom, car le son est de moins en moins fort jusqu’à ne plus rien entendre lors des dernières secondes. Cela traduirait-il un manque d’inspiration pour conclure un album ?
Bouq a donc de quoi s’imposer, que ce soit en Jordanie ou dans le reste du monde avec son black/death/dark épique efficace et inspiré. Muhanna arrive à nous proposer sa vision des choses en instaurant une ambiance toute particulière tout en produisant et masterisant l’opus dans son propre studio, le Horned Helmet Studio. Si le black épique européen ne vous fait plus envie, penchez vous sur ce gage de qualité made in Jordan signé Muhannad Bursheh.
Cela fait longtemps maintenant que le metal côtoie les musiques traditionnelles et ethniques de l’Orient ou du Maghreb et cette tendance semble s’accroître depuis quelques années, depuis que les pionniers d’Orphaned Land l’ont attisée. Des formations en particulier auront fait parler d’elles, Myrath ou Arkan pour ne citer qu’elles, donnant naissance à un véritable trio de tête et à une envie, pour les autres, de proposer leur mélange et de montrer leurs origines ethniques à travers la musique metal.
D’origine algérienne, Acyl existe tel que nous le connaissons depuis l’emménagement des membres en France, en 2003. Il s’agit du prolongement de quelques projets antérieurs du groupe dans son pays d’origine, et le tout devient réalité depuis quelques années maintenant et surtout depuis l’implication de Reda dans le groupe Arkan et la sortie du premier EP d’Acyl, « The Angel’s Sin », en 2010.
Deux ans plus tard, le combo signe chez M&O Music afin de sortir son premier album, sobrement appelé « Algebra ». Ce dernier se présente comme un livre ancien où se côtoient des contes antiques et des fresques historiques, revendiquant de manière très forte les origines berbéro-arabo-musulmanes du groupe. Dans une veine orientale très prononcée, il se veut aussi chaleureux qu’authentique, à l’image du nom du groupe, signifiant tout simplement « le vrai, l’authentique » en arabe. C’est aussi une belle passerelle entre modernité et tradition, son metal étant ancré dans un style moderne et groovy avec de nombreux éléments arabisants et ethniques.
En réalité, depuis le début, Acyl s’évertue à nous concocter, comme ils aiment à le dire, de la « musique algérienne métalisée ». Comprenez par là que le groupe mélange l’agressivité et la hargne du metal aux musiques algériennes traditionnelles telles que le gnaoui, le alaoui ou le tendi, tout comme Myrath, pour les natifs, mélange metal et musique chaâbi. Cet exemple peut vous donner une idée de la chose, bien qu’Acyl ne se situe pas dans la même veine. En effet, cette formation atypique joue encore plus sur l’aspect ethnique et oriental et c’est un véritable voyage en Algérie et dans les sables du Sahara que nous faisons avec cet album.
Tout d’abord, Acyl a plus d’une corde à son arc dans la mesure où chacun des membres peut jouer plusieurs instruments, que ce soit de la guitare ou des percussions traditionnelles. Les choeurs et chants sont à l’honneur et ce, grâce aux nombreux guests qui apportent leur voix et leur savoir faire à la musique du combo. Ajoutez à cela la variété des instruments (karkabou, oud, derbouka ou autres gumbri) et c’est le dépaysement complet. Alors amateurs d’ambiances chaleureuses, de chants traditionnels et d’exotisme, cet opus est vraiment fait pour vous.
On se met directement dans le bain avec « Ungratefulness » et ses percussions. Sa ligne de basse introductrice apporte une bonne dose de groove ainsi que l’alternance chant clair et chant guttural, jusqu’à l’explosion des riffs et une fin résolument orientale. Sur « Head on Crash », on durcit le ton avec des guitares hargneuses et souvent saccadées avant de se laisser bercer par une partie purement instrumentale et ethnique avec cette mandoline et sa mélodie arabisante.
On ne sort jamais de l’univers qu’essaie de retranscrire Acyl, l’auditeur est toujours entraîné dans cet ensemble ethnique et expérimental grâce à beaucoup d’éléments traditionnels, de choeurs, de percussions, de mandolines, de oud et j’en passe. Souvent ambient, on a souvent l’impression de se passer un CD de musique du monde, jusqu’à ce que les guitares lancent des offensives tout en apportant des relents death metal, relents confirmés avec la présence du growl (« Al Kiama Chapter 1 : Caldeira » ou « Barzakh » par exemple). « Back to Death », quant à lui, reste un bon exemple de musique traditionnelle, tout comme « Creation Chapter 2 : The Hold ».
En dépit de ces bonnes choses, il faut savoir que l’expérimentation joue un rôle considérable dans les compositions de Acyl, utilisant d’autres influences (jazz par exemple). Le passage des parties saccadées aux parties purement orientales à celles bien agressives peut parfois être déstabilisant. Mais ce qui reste plus gênant, ce sont les enchaînements, parfois maladroits. De plus, le chant d’Amine (dans les parties growls) manquent encore de modulation. Au final, on a du mal à démarquer un morceau plus qu’un autre et on ressent une certaine linéarité. Ce qui est dommage, tant l’audace et l’originalité sont au rendez vous. Il semblerait donc que l’oriental, à trop forte dose, tue la magie instaurée dans cet ensemble ethnique au possible. Toutefois, cela n’empêche pas à Acyl de fournir un « Algebra » intéressant, dans l’air du temps, chaleureux et convivial.
Depuis sa formation en 1997, The Horn est un réel ovni en matière de black metal, dans la mesure où le sieur multi instrumentiste cherche bien à se différencier de ses acolytes. Bien que guidé par des formations connues telles que Morbid Angel, Mayhem ou Darkthrone, l’Australien a acquis une identité qui lui est propre, et ce, à chaque sortie d’album, chacun apparaissant de manière plus ou moins rapproché.
Mais ce qui influence le plus The Horn, ce sont les mythologies égyptiennes. Ce one man band prend directement sa source dans les contes les plus sombres de cette civilisation, puisant dans le Livre des Morts, un livre sacré en plusieurs volumes censé guider le défunt vers l’au-delà. Le musicien s’évertue donc à rendre musical ces contes et nous comprenons mieux pourquoi il y a onze volumes à ce jour.
La musique de The Horn est donc à la fois exceptionnelle et particulière, mélange de black metal cru, de quelques touches industrielles et d’éléments moyen-orientaux typiquement égyptiens. Les amateurs de production propre pourront donc passer leur chemin car ici, tout est fait de sorte à ce que le son soit crade, comme s’il sortait tout droit du fin fond des pyramides ou des enfers égyptiens. Pas de grande technique non plus au niveau des guitares, dotées d’une distorsion particulière et tournées vers un côté bestial et morbide (« The Portal Closes »). Tout se joue au niveau des ambiances faites par des claviers et des samples, mais aussi au niveau de la voix cadavérique et décharnée, comme si elle se situait entre le corps et l’au delà, comme si l’esprit arrivait à s’exprimer, répondant aux paroles des Dieux Râ, Osiris, ou Hathor.
Le rendu est donc bien occulte, maléfique, maladif et morbide. Son black metal égyptien tourne du côté de l’ambient sur des titres tels que « Spell 146 » (basé sur les Pylônes de Sekht-Ianru, le paradis selon les anciens Egyptiens) ou « Spell 124 (un appel aux quatre puissants esprits aux masques de singe). En général, le rythme est plutôt lent, emmené par des guitares aux relents mystiques et souvent arabisants. Certains titres longs proposent un mélange d’agressivité et d’ambiances orientales pour nous porter encore plus profondément dans ce monde occulte et spirituel. De plus, les paroles sont toutes extraites de la traduction anglaise du Livre des Morts, si bien que l’auditeur peut suivre les péripéties et les contes menant à l’au delà – si toutefois il possède le livre en question. « Spell 66 » par exemple, raconte la sortie de l’âme vers la lumière du jour et la musique se teinte d’éléments torturés, que ce soit dans les riffs que dans la voix écorchée, et « Spell 7 », sur le passage sur le dos de l’abominable Apopi, se rapproche davantage du black/doom avec son rythme décidément lent, ses guitares mi mélancoliques mi plaintives et ce cri particulier.
Les métissages s’imposent davantage sur un « Spell 124 » (pour effectuer des métamorphoses en phénix royal) distillant des percussions traditionnelles, des touches industrielles distordant encore plus les vocaux de The Horn et pervertissant encore plus sa musique. Idem sur « Spell 156 » (pour fixer un talisman en cornaline) qui part en crescendo, avec tous ces éléments orientaux (percus, mandolines, sitar) avant de finir sur un son saturé.
The Horn nous propose aussi des titres totalement basés sur les atmosphères pour que l’auditeur se croit enterré dans une tombe ou momifié dans un sarcophage. « The Portal Opens », par exemple, est le genre de titre qui rend claustrophobe. Des bruits, aussi étranges les uns que les autres, une voix planante et spirituelle en fond, comme une invocation, de l’air qui s’est frayé un chemin à travers les petits et rares conduits d’aération, et j’en passe. Idem pour « Book of Dust » et ses orages, sa pluie, son feu et sa fine mélodie.
Signé chez Shaytan Productions, le label spécial oriental black, « Volume Ten » est un album réservé à tous les courageux désirant se mettre à la place des morts à l’époque de l’Egypte Ancienne grâce à un black metal occulte, spirituel, ambient et quelque peu poussiéreux. La mort physique n’est que le début d’une série de métamorphoses de la conscience, il est donc temps de vous initier aux mystères de la vie et de la mort, en musique…
Que ce soit du death metal (Orphaned Land) ou du black metal (Melechesh), l’oriental metal en lui-même est né du côté de l’Israël, au début des années 1990. Depuis, c’est toute une génération de metalleux avertis qui s’est décidée à suivre les pas de ces précurseurs-ci, puisant leurs inspirations dans le folklore de leur pays et dans le côté extrême de la musique metal.
L’oriental black metal semble faire partie des genres de metal les plus prolifiques au Moyen Orient, la scène en elle-même s’agrandissant de jours en jours et comptant parmi elles les Egyptiens d’Odious, les Bahreïnis de Narjahaman, les Jordaniens de Kaoteon mais aussi les Saoudiens de Al Namrood. Ces derniers sont sans aucun doute les plus actifs car formés en 2008 et déjà auteurs d’un EP et de trois albums. Et pourtant, les conditions de leur pays ne favorisent pas la prolifération du metal en lui-même, l’Islam étant radical et les albums metal bannis. Al-Namrood, depuis le début, s’arrange donc pour tout confectionner à l’abri des regards dans un home studio tout ce qu’il y a de plus traditionnel, tout en se permettant de signer chez le label canadien mais très axé sur l’orient Shaytan Productions.
Al Namrood continue donc son petit bonhomme de chemin avec le dernier « Kital Al Awthan », tout en se disant être « le groupe d’Arabic black metal le plus connu » avec Narjahanam. Ce qui est un fait dans la mesure où peu de formations officient dans le genre. Avec cet opus, les trois Saoudiens suivent ce qui avait été entamé avec le dernier « Estorat Taghoot » centré sur Babylone et la fameuse tour de Babel pour se concentrer sur les racines du monde arabe, avant même que l’Islam soit apparu en ces terres. Il s’agissait de la culture paganiste, comprenant les anciennes croyances des Arabes ainsi que leur démons, djinns, demi-dieux et divinités. L’auditeur est donc porté dans les traditions arabes, soit 1600 ans avant notre ère, ce qui fait un sacré chemin…
C’est avec une introduction significative « Mirath Al Shar », soit « l’héritage du mal » (titre dans lequel on pourrait retrouver un clin d’oeil à la formation tunisienne ‘Myrath‘) que tout commence, le voyage dans les sables orientales se faisant à coup de claviers et de symphonies arabisantes et impériales. Puissantes, mystérieuses et mystiques, l’auditeur est alors pris dans l’univers d’Al-Namrood, qui ne lésine pas sur les claviers et leur apport en éléments moyen-orientaux. Le groupe n’a pas changé sa recette et on retrouve la même patte que sur les opus précédents, même si les claviers deviennent plus précis et plus imposants.
« Min Trab Al Jahel » (de la poussière de l’ignorance) combine la douceur et l’exotisme de l’orient avec la noirceur et l’agressivité du black metal, intégrant une guitare bien raw et grasse, des percussions, des choeurs traditionnels et la voix black menaçante de Mudamer. La musique est à l’image de la pochette mythologique où se côtoient les ténèbres de la nuit et la chaleur du sable.
C’est une immersion totale qui nous est offerte. Al-Namrood raccourcit le nombre des morceaux, écrit ses textes en arabe et se permet de privilégier les parties instrumentales plutôt que les parties chantées, si bien qu’on se retrouve tantôt avec une atmosphère accueillante, tantôt avec une atmosphère guerrière et souvent menaçante. L’ensemble n’est cependant pas très violent, dans la mesure où les blasts sont rares voire inexistants, les accélérations de rythme n’étant pas à l’honneur. Tout est porté sur les ambiances et ce côté authentique flagrant comme sur « Hayat Al Khool » et sa symphonie traditionnelle.
S’il y a bien des morceaux qui marquent, ce sont sans doute un « Kiram Al Mataia » bien dansant et bien méchant à la fois – quoique bien oriental – et un « Wa Man Kan Lil Sufha Entisar » proche de Narjahanam dans l’esprit avec ce côté instrumental très musique de film. Le Moyen-Orient dans toute sa splendeur version black metal. Un régal.
Même si la production a réussi à s’améliorer, les moyens du bord étant légèrement plus conséquents, l’ensemble musical en lui-même n’évolue peu, les morceaux peinant à se distinguer franchement les uns des autres. Les notes sont plus justes, certes, cependant il règne une sorte de cacophonie étrange sur plusieurs titres, tant le mélange guitare/claviers/voix peut laisser à désirer (« Ashab Al Aika », « Al Quam, Hakem Al Huroob »). De plus, le clavier semble être l’élément principal des compositions et étouffe quelque peu les guitares et leur riffings assez simples dans l’ensemble. Quant à la basse, elle semble quasi inexistante, happée par les nombreux éléments arabisants tels que les violons, flutes, percussions, sitars et j’en passe.
Malgré tout, Al-Namrood arrive à offrir un bon album bien que les soucis au Moyen-Orient peinent à diffuser les opus de la culture metal, ces derniers étant souvent anti-religion, et pour cause, les Saoudiens ne se cachent pas d’effectuer dans l’anti-islam (leur nom de scène signifiant « le non-croyant ») et d’essayer de faire découvrir aux gens une nouvelle Arabie. En conséquence, les amateurs d’histoire, d’orient et de black metal ne pourront qu’être ravis de la sortie de cet album qui, tant bien que mal, permet à Al-Namrood de s’imposer une fois encore sur la scène oriental black metal.
Allons du côté de la Syrie au Moyen Orient afin de découvrir le premier groupe de black metal du coin. Formé en 2008 seulement par le multi instrumentiste Demon of Darkness, le one man band officiait de prime abord dans un raw black metal pour ensuite se diriger vers du black ambient, ce qui donna naissance à quelques démos et split cd. Ce n’est que très récemment (2011) que le Syrien se concentre sur un metal extrême mélodique, mélangeant un black metal crade à des sonorités tant occidentales qu’orientales.
En Syrie, il est difficile voire quasi impossible d’effectuer dans le metal et surtout dans le metal extrême. Pourtant, les premiers groupes de death metal ont commencé à percer courant 2000 et c’est à la fin de la décennie que certaines formations black metal tentent de faire vivre leur passion comme justement Blackspell et un Demon of Darkness en forme (membres de plusieurs groupes annexes) ou récemment Dark Promise et Abidetherein.
Même s’il se fait aider de quelques musiciens en studio, c’est bien Demon of Darkness qui s’occupe de toutes les compositions, intégrant des influences black norvégiennes à des influences plus arabisantes, retrouvées autant dans les riffs que dans certaines parties aux claviers. C’est avec un « With Seasons and Wither » que tout se joue et que le Syrien s’en donne à cœur joie, profitant de ses cinq morceaux pour apporter tout son savoir faire, malgré une production très sale et ne mettant pas à profit la cohérence des différents instruments. Toutefois, l’album en question s’enchaîne relativement bien, alternant titre court et titre plus long, atteignant les huit minutes et quelques.
« Amidst the Nightly Mass » débute avec une introduction symphonique et mystique avant de déboucher sur un ensemble massif de riff black et de mélodies orientales. L’agressivité des guitares et de la voix black commune renforce l’aspect froid, abrupte et extrême de la musique de Blackspell, sans pour autant lui ôter sa mélodicité, les riffs principaux envoyant des mélodies parfois épiques, parradées de claviers aux sonorités variées.
A contrario, « The Beauty of My Sorrow » met plus l’accent sur la vélocité des riffs tantôt black, tantôt death, misant aussi sur le côté nature et féerique des claviers, qui dès l’introduction nous apportent son lot d’orchestration et ses clochettes. La progression reste toutefois maladroite entre les parties lentes et les parties rapides, comme cette coupure brusque à 02:47, séparant le passage principal d’un passage plutôt atmosphérique en chant clair avec une guitare froide et arabisante en fil conducteur. Ce n’est que bien plus tard que le côté enchanteur des claviers se mélange avec la brutalité des vocaux et du rythme afin de conférer à la musique de Blackspell un esprit tortueux et raw.
Ce n’est qu’avec l’arrivée de « Witches Hill » que le ciel s’assombrit et que le climat devient tout autre. Si l’introduction se veut très étrange et dans un esprit black voire funéraire avec ces claviers symphoniques écrasants et ces mélodies déstabilisantes à la guitare, ce n’est qu’ensuite que tout prend de l’ampleur, au point de nous gratifier de plus de huit minutes intenses et travaillées, même si une fois de plus la progression reste quelque peu maladroite. Ce qui n’empêche pas la musique de Blackspell d’avoir une once de puissance, puissance que l’on retrouve dans le couplage guitare/claviers entre deux mélodies orientales.
C’est cependant la voix qui manque de force, souffrant de son manque de modulation et de sa banalité. De plus, elle ne s’intègre pas toujours bien aux compositions, ce qui s’avère être à leur désavantage. Malgré tout, elle contribue à perpétuer ce côté raw bien mis en place depuis le début et arrive à apporter un côté démoniaque quand elle ne se veut pas claire, comme sur « With Seasons and Wither » plus direct, bien que minimaliste.
Blackspell nous livre un album intéressant, sans plus. Certes du côté occidental, ce n’est pas une révélation dans la mesure où le black du one man band reste simple et ne sort pas du lot. Mais du côté oriental, ce « With Seasons and Wither » met en valeur la scène du Moyen Orient et fonctionne comme un pas de plus vers la reconnaissance du black syrien.
Au Moyen-Orient, la scène black metal s’étend de plus en plus et ce depuis quelques années seulement. L’apport des nouveaux moyens de communication y est certainement pour quelque chose ainsi que l’accroissement de nombreuses scènes dans le monde entier. En Iran par exemple, on n’est pas si avare que ça en metal extrême et surtout en black metal. Bien sûr, les formations peinent à s’exporter en Europe, entres autres, manque de moyen et de production obliges. Toutefois, il y a un petit one man band qui a réussi à se dégoter le label ukrainien Arx Productions pour la sortie de son premier effort nommé « Darkness vs Light, the Perpetual Battle ».
Fondé en 2010 par Sina après déjà sept ans d’activité dans des groupes annexes, From The Vastland prend comme influence l’histoire ancienne de la Perse afin de faire un black metal mélangé à des thématiques historiques et mythologiques, telles que les guerres ou les événements surnaturels impliquant une lutte entre les ténèbres et la lumière, le bien et le mal, etc, en se basant sur la religion zoroastrisme.
Sina nous propose donc un black metal agressif mais guidé par une guitare mélodique en fil conducteur, malgré de grandes offensives et des blasts souvent continus. Toutefois, les dix morceaux s’enchaînent très bien, dégageant une ambiance épique et guerrière comme sur un « Eternal Antagonist Of Vohu Manah » rappelant les formations déjà existantes dans le genre. Le multi instrumentiste maîtrise tous ses instruments, même si on peut ressentir une différence de production, ne serait-ce que dans la distorsion de la guitare et du son de la batterie.
Tout semble régi par le Dieu du chaos total, du ciel et de la terre, à savoir Ahura Mazda. La musique est tout autant épicée qu’orientale sur un « Dawn », entre autres, dirigé par une guitare arabisante à la manière de Narjahanam. Et puis le symbole divin du feu fait son apparition sur un « The Light of Revelation » bien brutal et nerveux, mené de main de maître par une voix criée très expressive. A contrario, c’est sur « Glacier » que l’eau est mise en scène grâce à un sample de rivière et à une guitare acoustique mélancolique et fraîche.
C’est avec l’arrivée de « Serpent Empire of Angra Mainyu » que les idéologies zoroastristes se font plus imposantes, Angra Mainyu étant l’esprit mauvais représentant le jour et la nuit, la vie et la mort. Le titre est très épique et fait la part belle à une agressivité palpable, mise en œuvre par des riffs violents et épiques à la fois et une voix bien arrachée. Cela se perpétue sur « Thousand Years Of Eternity »/ « Vayu » qui se laissent plus inspirer par la mythologie perse et cela se ressent avec l’arrivée de sonorités plus traditionnelles et de chœurs mystiques.
From The Vastland impose une aura mythologique dans un pays où les péripéties historiques ne manquent pas. Grâce à son expérience, Sina nous offre un bon album de black metal à tendance épique, combinant agressivité et traditions mais n’inventant toutefois pas la poudre. Il n’en reste pas moins efficace tout en jouissant d’une production pas excellente mais acceptable, mettant en valeur le style pratiqué.
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