Narjahanam : Wa Ma Khufiya Kana A’atham

Ξ mars 18th, 2014 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Symphonic Blackened Death Metal |

Narjahanam : Wa Ma Khufiya Kana A'athamIl y a des groupes qui ne sont pas pressés et qui prennent le temps de bien composer leurs morceaux. Le but n’est pas d’aller le plus vite possible mais de créer des chansons inspirées, complètes, précises, minutieuses afin de véhiculer un message et de transporter l’auditeur dans un autre univers. Narjahanam fait partie de ces formations. Le duo originaire du Bahrein a mis plus de six ans à conclure son nouvel album « Wa Ma Khufiya Kana A’Atham », après le bon « Undama Tath’hur al Shams Mn al Gharb ». Le jeu en valait la chandelle. Des années de travail acharné pour fabriquer un album mieux composé, mieux produit, plus riche et ambiancé. Il n’y a pas de doute, Narjahanam revient en grandes pompes.

La patience des fans du groupe de la première heure sera récompensée puisque « Wa Ma Khufiya Kana A’Atham » présente un groupe qui a évolué. Même si les titres présentent toujours des nappes de claviers impériales et sombres et une touche orientale inévitable, Narjahanam intègre davantage d’éléments folkloriques, comme des percussions, du sitar, de la mandoline, des flutes, etc. Le côté symphonique est toujours ultra présent, avec ses mélodies enveloppantes et envoûtantes et ses chœurs mystiques. Le mélange de black folklorique et de death symphonique est cette fois-ci mieux maîtrisé, si bien qu’on croirait entendre un mix entre Orphaned Land et Al Namrood.

Impossible de ne pas se retrouver dépaysé, Narjahanam maîtrise l’art du metal oriental à la perfection. Du rythme dansant de « Rimal Alzaman » à l’aspect impérial de « Kahf Alkhulood » en passant par l’instrumental « Ma Bayn Althulumat » sans oublier l’ultra mélodique « Ahlu AlQuboor » et l’agressivité de « Kitab altuqoos », il y en a pour tous les goûts, et tout amateur de metal oriental extrême saura s’y retrouver. Nous nous retrouvons avec un voyage d’une heure, guidée d’une main de maître par la tête pensante Mardus (et growl en arabe toujours aussi possédé).

Il manque toutefois un peu d’agressivité dans cet opus, ainsi que de noirceur. Les compos sont sombres et dans une optique black/death mais il n’y a pas le côté écrasant de « Undama Tath’hur al Shams Mn al Gharb » ni la violence et la rapidité des blasts. Le rythme est plutôt posé et l’accent est porté sur le côté oriental, les guitares faisant plus office d’accompagnatrices. Il y bien évidemment des phases plus tranchantes mais rien de bien vilains. Ceci dit, les titres sont suffisamment variés et envoûtants pour ne pas s’ennuyer.

Pas de temps mort, donc, sur ce « Wa Ma Khufiya Kana A’Atham ». Narjahanam a bien fait de prendre son temps et de confier ses compos à des professionnels situés aux quatre coins du monde. On notera le mastering d’Ivanenko Andrew aux Metal Sound Studios (Russie) ainsi que l’apparition de la top modèle brésilienne Maria Storani pour la pochette sans oublier les très belles images du livret qui nous embarquent, en un seul coup d’œil, dans les ténèbres de l’orient. Un must pour tout fan d’oriental metal qui se respecte.

 

Qafas : Mesonoxian Conspiracies

Ξ février 8th, 2014 | → 0 Comments | ∇ Black Metal, Oriental Metal |

Qafas : Mesonoxian ConspiraciesQafas

Qafas sévit depuis 2008 au Bahrein et montre une facette très sombre et malsaine de metal du Moyen Orient. Ses productions sortent à peu prêt tous les ans et montrent un artiste tourmenté qui met en musique ses pensées les plus tordues à travers des morceaux oscillant entre black metal, doom metal, dark ambient et expérimentations. Difficile donc de se plonger dans l’œuvre de Learza qui n’hésite pas mélanger les instruments et les ambiances, comme l’avaient prouvé « Kafkaesque Retribution » et « Largetto Laments ». Aujourd’hui, le musicien fait une rétrospective de son parcours et sort sa première compilation gratuite et auto-produite « Mesonoxian Conspiracies ».

Neuf morceaux s’offrent à nous pour nous plonger dans un monde perturbé aux compositions maladives. « Lamenting 11 » propose une musique totalement effectuée aux claviers avec un arrière plan symphonique, quelques percussions et un violon à la mélodie particulière. Ce n’est que le calme avant la tempête puisqu’ « Abysmal Pestilence » montre la facette la plus dérangée de Learza, production dégueulasse, guitare bourdonnante et grinçante, growl caverneux, rythme lent et pesant, fond symphonique dérangeant : un bel aperçu de la facette doom/black que Qafas peut mettre en avant et qui tranche littéralement avec ce qu’il a déjà pu faire avec « Time Only Rotts Old Wounds », dont la mélodie acoustique ne peut que provoquer le malaise.

Les titres les plus black metal laissent ressortir une ambiance plus pessimiste et dépressive comme un « Janaazat Jns Al-Bashar » chanté en arabe et dont les guitares lamentées ne font qu’un avec la voix maladive et les nappes de claviers. « Kafkaesque Retribution » montre un côté plus « accessible » de Qafas avec un ensemble qui se rapproche d’une forme de black symphonique lourd et oppressant, changeant de rythme comme bon lui semble, avec des vocaux distordus et quelques passages légèrement plus proche du doom funéraire. L’atmosphère de ce morceau est en tout cas très prenante et c’est ce qui faisait le charme de l’EP portant le même titre. Enfin, « True Silent Dying » est une reprise du groupe iranien de black metal Shab enregistrée en 2010. Learza apporte son soutient à cette formation du Moyen-Orient et offre un titre dépressif et malsain.

En clair, une compilation intéressante pour tous ceux qui désirent se procurer du Qafas gratuitement. La plupart des morceaux y sont compris et montrent la personnalité de Learza ainsi que son style, difficilement définissable, et particulièrement représentatif du Moyen-Orient quand on parle de black metal.

 

Firestorm (UKR) : Sands of Time

Ξ février 3rd, 2014 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal, Oriental Metal |

Firestorm (UKR) : Sands of TimeLa chaleur et le feu, tout comme le froid et la glace, ont souvent inspiré les groupes dans le choix de leur nom. Firewind, Rhapsody Of Fire ou Skyfire, ainsi que Firestorm comme il est question ici. Il semble qu’il y ait une bonne dizaine de formation à avoir acquis ce patronyme, la plupart officiant dans le heavy ou le power metal. On dirait que nos Ukrainiens sont les seuls à avoir choisi la voie du metal extrême, et en particulier du death mélodique. Ils se sont formés tout récemment et ont déjà sorti leur premier EP « Sands of Time » qui ne peut qu’éveiller en nous la chaleur des sables de l’orient et une petite pensée pour le premier volet de Prince Of Persia…

La pochette nous indique clairement que nous allons voyager en plein Moyen-Orient dans un désert mystérieux. L’écriture en sanskrit pour le titre de l’album, en revanche, prouve que le groupe ne sait pas encore faire la différence entre Moyen-Orient (pays arabes) et Extrême Orient (pays asiatiques, dont l’Inde en l’occurrence). Nous pouvons nous rendre compte de cela à l’écoute de l’ambiance et des mélodies : ce n’est pas du côté de Rudra ou de Kartikeya que nous allons mais plus du côté d’Arkan ou d’Orphaned Land

Pas de doutes à avoir dès l’ouverture du titre éponyme. « Sands of Time » est un hommage aux mélodies arabisantes que l’on a souvent retrouvé dans les albums des groupes pré-cités, et Firestorm se débrouille d’ailleurs très bien. Son mélo death oriental nous met très bien dans le bain avec une ambiance bien chaleureuse et une mélodie à la guitare très insistante qui nous rappelle très bien les soli de Yossi Sassi (Orphaned Land). La lourdeur du riffing se rapproche d’Arkan et le growl caverneux d’Aeternam.

Les influences sont claires et nettes mais heureusement, il ne s’agit pas d’un simple copier/coller. Les Ukrainiens n’intègrent pas d’instruments traditionnels. Les guitares nous offrent la puissance et la mélodie et les claviers font véhiculer l’ambiance à coups de nappes quasi symphoniques, sombres et chaleureuses à la fois, notamment sur « Let It Burn ». Firestorm ne tombe donc pas dans le cliché des éléments folkloriques et délivre une puissance de feu remarquable à coups de mélodies entêtantes et de riffs tranchants (« Memorial »).

Les quatorze minutes passent très vite mais une chose est claire, c’est que ces Ukrainiens nous offrent un EP de death oriental 100% pur jus, un mélange entre un Orphaned Land moins prog et folkorique et un Aeternam moins symphonique qui fait mouche dès le premier morceau. Vivement la suite.

 

Al Namrood : Heen Yadhar Al Ghasq

Ξ janvier 15th, 2014 | → 0 Comments | ∇ Black Metal, Oriental Metal |

Al Namrood : Heen Yadhar Al GhasqAl Namrood sévit depuis 2008 sur la terre du Moyen-Orient en nous offrant pratiquement une sortie tous les ans. La formation d’Arabie Saoudite a le mérite de braver les interdits de son pays afin de mettre en avant une musique exotique et agressive et des thèmes basés sur les insurrections et la rage. Il faut dire que le contexte est totalement approprié, dans la mesure où l’opposition est forte dans cette région. Les musiciens continuent donc sur cette lancée avec leur nouveau méfait « Heen Yadhar Al Ghasq » toujours chanté en langue arabe.

Le combo met une nouvelle fois un point d’honneur à concocter leur propre formule d’oriental black metal, un style très peu mis en avant mais fédéré par quelques noms comme Odious et Narjahanam (qui a d’ailleurs sorti son second album). Le côté arabisant est donc prédominant ne serait-ce que dans les mélodies et les atmosphères, et les Saoudiens ne lésinent pas sur les éléments. Dès « Estahala Al Harb » on se retrouve avec un ensemble folklorique porté par les instruments traditionnels (flute, violons, percussions) et un enchaînement de notes très oriental. Les guitares servent plus d’accompagnement qu’autre chose et gardent leur côté, ce qui fait le charme d’Al Namrood.

L’ambiance s’assombrit par la suite, notamment l’éponyme. On découvre alors un décalage entre la qualité du son de la batterie, des percussions et des claviers, plutôt bonne, et des guitares et des vocaux, plutôt médiocre. A cause de cette différence de son, les instruments ont du mal à se mélanger et on se retrouve avec une sorte de cacophonie difficile à écouter. Les blasts se mélangent mal, les guitares paraissent répétitives et le chant, qui a perdu tout son côté extrême, est complètement à côté. Il n’est même pas compliqué de repérer les fausses notes, c’est dire.

Du coup, la force d’un album tel que « Kitab Al-Awthan » a disparu au profit d’un brouhaha permanent. Et c’est très dommage, dans la mesure où l’ambiance est à la fois inquiétante et chaleureuse et que les différentes percussions et mélodies à la guitare apportent pas mal d’exotisme aux compos (« Subat »). Toutefois, on a du mal à tenir sur la durée, la faute aux grésillements, au chant difficile à digérer, à la linéarité des compos et au manque de variation. Pourtant, un « A Aj al Safeeh » aurait été très appréciable sans tous ces défauts…un vrai voyage dans les ténèbres du Moyen-Orient.

On se demande bien ce qui s’est passé et il est très dommage de se retrouver avec un résultat en-dessous des albums précédents. En voulant trop bien faire, en voulant faire évoluer sa musique, Al Namrood la fragilise et déstabilise ses auditeurs. « Heen Yadhar Al Ghasq » est trop maladroit et brouillon pour qu’on puisse retenir quoi que ce soit.

 

Kimaera : The Harbinger of Doom

Ξ septembre 6th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Doom/Death, Oriental Metal |

Kimaera : The Harbinger of DoomKimaera aura subi de nombreuses mutations. Que ce soit un changement de nom et de style au début de sa carrière (le Chimera heavy metal se transformant en Kimaera doom/death) ainsi que de nombreuses allées et venues au niveau du line-up, faisant que le chanteur/guitariste JP Haddad est le seul membre fondateur…le groupe libanais a eu du mal à trouver une stabilité. La preuve encore cette année, puisque le batteur Erce Arslan a rejoint ses rangs. Pourtant, ses albums ont tous attiré l’attention : le premier et maladroit « Ebony Veiled » en 2006 et le mature « Solitary Impact » en 2010. Kimaera se distingue par l’intégration de claviers aux sonorités dramatiques et d’un véritable violon aux notes mélancolique, faisant de lui une entité originale dans le paysage doom/death moyen-oriental. Rien à voir avec les Jordaniens de Bilocate et de Chalice Of Doom. Kimaera met en avant les parties death et les touches atmosphériques de sa musique.

Cela se ressent toujours avec le nouveau méfait, « Harbinger of Doom », quelque part entre Anathema, Paradise Lost et My Dying Bride, avec les touches orientales et les instruments traditionnels en plus. Enivrant de profondeur, de mélancolie, mais aussi de beauté, les Libanais montrent qu’ils ont une forte personnalité. « Ancien Serpents » le prouve avec son introduction très accrocheuse, menée par des riffs lourds, ces chants arabes et ces claviers atmosphériques. Le growl de JP a beaucoup de charisme et mène de bout en bout un titre variant les moments épico-symphoniques à la Aeternam et les moments les plus portés sur les ambiances. L’auditeur goûte aux douceurs de l’orient et s’embarque à la fois dans un ensemble agressif où les riffs mènent la danse, avec des claviers et un rythme soutenu.

Même si le death est souvent mis en avant, le doom et sa mélancolie apparaissent toujours à un moment ou à un autre. « Daugther of Eve » nous offre un passage superbe, claviers, violon et chant féminin en tête, de même pour « Castual Stray », débordant de lumière. Bien que les riffs et les growls ne soient jamais loin, ils ne détruisent en rien la beauté des moments les plus tristes et dramatiques. Ils les relèvent, en apportant cette touche d’agressivité. Le côté oriental y fait beaucoup aussi, la gamme mettant souvent en avant des instants touchants. Ou au contraire épiques, lorsque le rythme s’accélère, comme sur l’excellent et sombre « Claim the Dark », avec ses mélodies typiques à la guitare et aux claviers. Incisifs, sur le féroce « Blood of Saints », un des meilleurs morceaux.

« The Harbinger of Doom », c’est une connexion de très grande qualité entre doom et death, entre lumière et ténèbres, entre Est et Ouest, entre atmosphères et agressivité, un album aussi touchant que rageur, montrant un groupe très mature et en passe de devenir une des références du Moyen-Orient, que l’on parle de death/doom ou de metal en général. Désormais, Kimaera ne nous montre plus son potentiel, mais son talent.

 

Compilations : Al-Mawtin Al-Aswad (Arabian Inheritance)

Ξ juin 19th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Black Metal, Oriental Metal |

Compilations : Al-Mawtin Al-Aswad (Arabian Inheritance)En Occident, le black metal est plutôt bien ancré et on ne compte plus le nombre de groupes existants depuis plusieurs dizaines d’années. En Orient, par contre, c’est bien autre chose. L’Extrême Orient possède une scène assez diversifiée avec des groupes qui n’ont plus rien à prouver (Rudra,Impiety ou Chthonic, pour ne citer qu’eux). Mais le Moyen-Orient a encore quelques lacunes et il est difficile pour ceux qui ne connaissent pas ce coin de citer un groupe de black arabe. La faute au manque de distribution, d’exportation, mais aussi au tout petit nombre de formations, tiraillées par les conflits politico-religieux de leurs pays. Si le metal est très mal vu, le black metal l’est encore plus et certaines lois anti-metal circulent, incitant les musiciens à ne pas s’aventurer dans ce terrain miné. Les plus passionnés transgressent ces lois et composent dans l’ombre. C’est le cas de la majeure partie des groupes présents sur cette première compilation de black arabe. Si certains pays restent assez « tolérants » comme la Turquie, l’Egypte ou même la Tunisie, d’autres comme le Barhein, la Syrie ou l’Arabie Saoudite n’ont pas cette chance.

Avec cette compilation, « Al-Mawtin Al-Asward (Arabian Inheritance) », nous pouvons nous familiariser avec une scène très underground. Dix sept titres de black nous sont proposés pour dix sept voyages dans des univers différents. Un voyage aussi à travers les pays puisque nous allons au Maghreb, au Proche Orient et au Moyen-Orient, jusqu’à la Péninsule arabique. Tout commence avec le Syrien d’Eulen et son titre « Desolate House », alternant passages black épique et passages black ambient. On retrouve tantôt le rythme speed et les riffs mélodiques et entraînants de l’un, et le côté ambient, désolé et pesant de l’autre avec ses guitares trémolo. Un titre différent d’un « The Rising » d’Immortal Seth, par exemple, complètement cradingue avec cette mauvaise production et sa voix criarde mais emmenée par des mélodies orientales à la guitare.

Le point commun le plus flagrant entre tous les groupes est non seulement le black metal mais aussi cette empreinte orientale qui nous suit de bout en bout. Chaque formation arrive à nous offrir des ambiances et des mélodies arabisantes sans non plus en faire de trop. C’est ce qui fait leur identité mais c’est à la fois contradictoire avec leur envie de ressembler, musicalement parlant, à l’Occident. Mais on ne leur en voudra pas, l’intégration d’éléments chers à leur pays ne pouvant que satisfaire les Occidents en quête d’exotisme. En cela, on retrouve avec plaisir le black folk des Egyptiens d’Odious, un des premiers groupes du style, une sorte d’Orphaned Land de la période « Sahara » / « El Norra Alila » version raw black, ou le black symphonique oriental d’Al-Lat, comprenant des membres venus de Jordanie comme Azmo (qu’on peut aussi retrouver dans le groupe de doom/death Chalice Of Doom).

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y en a pour tous les goûts sur cette compilation, entre le black dépressif de Dark Philosophy, le black Thrashisant de Smouldering in Fogotten, le black mélodique des Libanais d’Hatecrowned, le black malsain et à claviers de Qafas sans oublier la grandiloquence du black symphonique de Zatreon ou l’efficacité du black/death symphonique à la Dimmu Borgir des Tunisiens de Raven Legacy. Cela représente bien la diversité de la scène arabe ainsi que la richesse culturelle, chaque pays ayant sa marque de fabrique. Dommage toutefois que certaines « pointures » n’ont pas été intégrées comme Black Omen (Turquie), Narjahanam (Bahrein) et Al-Namrood (Arabie Saoudite). On aurait alors eu la compilation parfaite.

On découvre avec plaisir des formations de tout horizon, des plus crades au mieux produites, du raw black au black/death en passant par le métissage symphonique ou mélodique. Ceux qui ne connaissent pas du tout le black arabe peuvent découvrir les titres sans hésiter tandis que ceux qui ont quelques notions peuvent enrichir leur connaissance sur la scène. Une très belle compilation.

 

Orphaned Land : All Is One

Ξ juin 13th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Orphaned Land : All Is OneDepuis longtemps maintenant, Orphaned Land apparaît comme la figure emblématique de l’oriental metal de par son statut de pionnier au tout début des années 90 mais aussi de par son engagement mondial pour la paix dans le monde et l’unification des cultures et des religions. C’est un fait, les Israéliens font partie des rares groupes à rassembler lors de leurs concerts autant de chrétiens, de juifs et de musulmans sans un seul conflit, chacun d’eux étant enivré par un message universel de fraternité et d’égalité. Il faut dire que les albums du quintet sont explicites, de « Sahara » à « El Norra Alila » en passant par « Mabool » sans oublier le petit dernier « The Never-Ending Way of OrWarrior » mettant bien en valeur la patte d’Orphaned Land, à savoir un death prog alambiqué très oriental et chaleureux. Et puis il y a eu une tournée mondiale, une première tournée européenne d’oriental metal aux côtés des Tunisiens de Myrath et des Franco-Algériens d’Arkan (suivant de prêt les pas de leurs amis Israéliens) ainsi que la sortie de la toute première compilation d’oriental metal par Century Media (inspirée par Kobi Farhi lui-même), l’album solo du guitariste Yossi Sassi, une influence certaine auprès d’autres groupes d’oriental metal comme AIM Project ou Sand Aura, l’obtention d’un prix de la paix en Turquie et la nomination au très prestigieux prix Nobel de la Paix…bref, Orphaned Land est partout.

Pour le coup, après la sortie de l’excellent « Or Warrior » (qu’on abrège pour les besoins de la chronique), l’on pensait clairement devoir attendre six ou huit ans avant de retrouver un nouvel album, comme à l’accoutumer. Il faut dire qu’entre « El Norra Alila » et « Mabool », l’attente aura été de huit ans et qu’entre « Mabool » et « Or Warrior », elle aura été de six ans. En vingt ans d’existence, les Israéliens n’avaient sorti que quatre album et au vu de leurs nouvelles occupations, il était normal de ne pas s’attendre à un miracle. Sauf que…ils annoncent moins de deux ans après « Or Warrior » l’arrivée du nouveau rejeton. On est contents et sceptiques à la fois. Est-ce réellement bénéfique ? La musique s’en retrouvera-t-elle changée ? On savait déjà que le virage vers l’oriental pur et dur était inéluctable, au vu de la prédominance d’instruments traditionnels et de mélodies typiques dans « Or Warrior ». On peut alors deviner un tournant vers le commercial de chez commercial.

Eh bien, pour être commercial, ce petit nouveau, « All Is One », l’est assurément. La durée des titres a diminué : finis les longs morceaux de huit minutes et les structures alambiquées. Orphaned Land va ici droit au but avec une durée moyenne de quatre/cinq minutes et des structures plus simples, moins complexes. Les éléments death metal ont disparu : finis les growls et les riffs lourds, on privilégie le chant clair, les choeurs et les riffs plus doux. Finis aussi les titres costauds, on se retrouve avec plus de ballades (« Brother », par exemple). Enfin, on a des éléments orientaux à la pelle. En veux-tu ? En voilà ! Soli, chants et instruments traditionnels, orchestre (choristes, violons et violoncelles) etc…on en a plein les oreilles. On ne pourra pas dire que ce n’est pas commercial du tout mais on ne leur en voudra pas, car le message est très clair : « People should be judged by their hearts and inner sincerity, not their religious beliefs ».

Après le départ du deuxième guitariste Matti Svatitzski, un des membres fondateurs, pour raisons personnelles, c’est le jeune Chen Balbus qui le remplace, un des élèves de Yossi Sassi. L’album n’est cette fois-ci pas produit par Steven Wilson (Porcupine Tree) mais par le groupe lui-même, mixé par Jens Bogren (Devin Townsend, Bilocate, Opeth…) et enregistré dans trois pays différents : Israël, Turquie (seul pays musulman dans lequel Orphaned Land a le droit de jouer) et Suède histoire d’enfoncer le clou : trois pays, trois religions différentes. La pochette mêle habilement les symboles des religions chrétiennes, juives et musulmanes. Et les paroles sont parsemées de termes en latin, en hébreu et en arabe. Jamais Orphaned Land n’aura été explicite quant au message.

« All Is One » s’ouvre à la manière d’ « Or Warrior » avec un éponyme proche de « Sapari » dans la forme, à savoir un titre rythmé et un hymne à la fraternité. Les chœurs, les violons, les guitares orientales et le chant clair de Kobi sont à l’honneur sans oublier les soli de Yossi. C’est très dynamique et catchy mais la batterie est d’une linéarité, quel dommage ! Matan n’aura jamais été aussi peu inspiré. Heureusement il s’améliore sur « The Simple Man », un titre qui maintient le rythme et nous propose des structures bien orientales : les violons s’envolent, les guitares mènent la danse avec les chœurs…mais le final est totalement identique à celui de « Like Fire to Water » sur « El Norra Alila »…

Disons que, metalliquement parlant, on ne peut pas dire qu’Orphaned Land se soit réellement cassé la tête. Ca reste simple au possible, les riffs alambiqués de Yossi nous manquent ainsi que la batterie inventive de Matan, que ce soit sur « Through Fire and Water » avec du chant féminin (Mira Awad et non Shlomit Levy) et une structure de batterie identique à celle de « All Is One », ou « Shama’im ». Les riffs et les beats sont très pauvres, seul le chant très lumineux et chaleureux de Kobi, les orchestrations grandiloquentes et les instruments traditionnels sauvent la donne. On peut même dire que ce sont ces éléments qui prennent toute la place. Les mélodies, en tout cas, restent très belles, il n’y a rien à dire. On est bercés par les chœurs, les paroles en hébreu ou en arabe, les violons très dépaysant ou l’ultra sensibilité de « Let the Thruce Be Known », qui peut être vu comme le titre phare de l’album tant il est touchant.

Quelques titres restent tout de même plus créatifs comme « Freedom », qui aurait pu figurer sur l’album solo de Yossi car il s’agit d’un instrumental mené par les guitares et quelques éléments orientaux (sitars, percussions, orchestres), ou « Fail », un des titres les plus longs et les plus sombres. La narration est toutefois bien trop longue mais elle laisse place à un titre à cheval entre « Mabool » et « Or Warrior », à savoir plus complexe, moins facile d’accès et plus melo death, avec tout de même du growl et des parties claires très belles. « Our Own Messiah » est aussi efficace avec son alternance de parties plus calmes et de parties plus rapides. On n’atteint toutefois pas ce qui avait été fait avec « Mabool ».

Un gros travail a été fait sur les parties orientales, il est clair qu’aucun groupe n’en aura autant apporté, pas même Orphaned Land dans le passé. Ils se sont surpassés. Par contre, l’overdose n’est jamais très loin car trop d’oriental tue l’oriental. Il ne faudrait pas que les Israéliens dépassent les limites du supportable sur leurs prochaines productions. Ca reste malgré tout agréable si tant est qu’on apprécie toutes ces mélodies arabisantes.

« All Is One » (qu’on peut aussi détourner en « One Is All ») n’est pas le bijou que l’on aurait pu attendre mais il risque de marquer l’histoire de l’oriental metal au fer rouge tant il est riche au niveau des éléments folkloriques et symphoniques. Le message véhiculé est de plus très louable et montre très clairement l’engagement de ces Israéliens. Pour ce qui est des parties metal, on sent un certain relâchement : moins de rage et plus de douceur, moins de complexité et plus de simplicité. C’est sûr que c’est plus « in your face » mais il manque les éléments qui faisaient la personnalité d’Orphaned Land : le prog, l’agressivité, la technique et la richesse des riffs.

 

Seeds Of Iblis : The Black Quran

Ξ mai 24th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Black Metal, Oriental Metal |

Seeds Of Iblis : The Black QuranEn Irak, il ne fait pas bon aimer le metal. Et encore moins lorsqu’il s’agit de metal anti-islam ! Pourtant, les membres de Seeds Of Iblis prennent le risque de combiner le tout au sein d’un black metal furieux et ambiancé. Formé en 2011, ils jouissent déjà d’une bonne réputation dans le milieu underground, avec suffisamment de soutient pour faire envoyer leur metal noir à travers le monde, malgré cette épée de damoclès au-dessus de la tête. Car en Irak, tout adorateur de metal et tout détracteur de l’Islam est passible de la peine de mort…

2013 est l’année de Seeds Of Iblis. Deux ans après un premier EP correct sortent deux galettes : un EP signé chez les Finlandais d’Hammer of Hate Records et un album signé chez les Américains d’Unmerciful Death Productions. Il faut dire qu’ils ont attiré l’attention et qu’ils arrivent à s’exporter à l’étranger, contrairement à d’autres groupes irakiens voire moyen-orientaux. Aller, voyons donc ce que donne l’EP « The Black Quran ».

En français, « quran » n’est autre que le Coran. Avec cet EP, Seeds Of Iblis prend un malin plaisir à transformer le livre sacré de l’Islam en un livre sombre et destructeur, moteur des guerres et des différentes dictatures. Le livret nous annonce la couleur, dénonçant les atrocités de la guerre et l’implication de jeunes enfants, montrant des paroles sacrées couvertes de sang ou un Ben Laden au milieu de paroles fortes de sens. La musique est tout autant représentative. « The Black Quran », c’est un seul titre long de prêt de vingt minutes. Ving minutes de rage et de noirceur au sein d’un black metal inspiré par la scène scandinave (Dark Funeral, Mayhem, Emperor) et entrecoupé de différentes parties.

C’est avec des versets tirés du Coran que commence « The Black Quran » avant de nous propulser dans la tourmente et la noirceur à coups de riffs, de cris possédés et de blasts. Du fait de la thématique principale et de la position géographique du groupe, on ne sera pas étonnés de retrouver des touches orientales dans les riffs, les claviers (juste des nappes, rien de grandiloquent) ou même les ambiances. Certaines paroles sont aussi chantées en arabe et on peut aussi entendre certaines narrations dans la même langue. La production correcte du son permet de relever les atmosphères sombres. Ce qui peut gêner, sur le coup, c’est la répétition du premier passage du morceau, comme un refrain. Les seules variations résident dans des « couplets » tous différents les uns les autres. Voix bizarres, rires malsains, crépitements de flammes, instruments traditionnels, chœurs…tous marqués par cette aura noire et tourmentée.

On s’arrêtera là, vu qu’il s’agit d’un seul et même morceau. Mais ce dernier vaut quand même le coup d’oreille tant il représente ce qui se fait de mieux en matière de black oriental. Seeds Of Ibilis a de quoi ravir ceux qui aiment le métissage entre black scandinave et touches arabisantes.

 

Ecnephias : Necrogod

Ξ mai 19th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Dark Metal, Oriental Metal |

Ecnephias : NecrogodC’est grâce au succès de l’oriental metal et d’albums internationaux basés sur la mythologie égyptienne (Nile, pour ne citer que lui) que les projets aux consonances arabisantes se font de plus en plus nombreux. Beaucoup essaient d’adhérer à cette tendance, pensant qu’ils pourront sortir des sentiers battus, mettre au point quelque chose qu’ils ont toujours eu envie de faire ou éventuellement attirer les foules. C’est la voie qu’a choisi d’emprunter les Italiens d’Ecnephias, responsable de la sortie du bon « Inferno » en 2011. Officiant dans un dark/death, ils se dirigent cette fois-ci vers quelque chose de plus mélodique, soutenu par des ambiances orientales et gothiques. Ils laissent de côté les paroles en italien pour se concentrer sur quelque chose de cent pour cent anglais, un comble pour un concept basé sur les anciennes civilisations (!) et signent de nouveau chez Code666 alors que Scarlet Records avait repris le flambeau.

De prime abord, « Necrogod » jouit d’un son impeccable grâce au mastering de Dan Swano aux Unisound Studios. On retrouve même Sakis, le guitariste de Rotting Christ, sur plusieurs morceaux. Ecnephias a donc réussi à s’entourer de musiciens qui n’ont désormais plus rien à prouver. Lui, par contre, a encore un bout de chemin à faire. Car le côté trop clean et trop synthétique du son ne colle pas vraiment à l’ambiance qu’il essaie de faire ressortir tout le long de son album. Alors qu’on s’attend à la fois à quelque chose de sombre, de chaleureux et d’authentique, on se retrouve plutôt avec un ensemble trop lisse et trop froid, malgré la prédominance d’éléments folkloriques orientaux comme l’introduction « Syrian Desert » par exemple. C’est alléchant mais on finit vite déçu par le manque de profondeur des morceaux et l’aspect trop lisse, trop facile. « The Temple of Baal Seth » représente bien ce vide avec un growl et des riffs qui manquent de présence. C’est la mélodie principale qui domine ainsi que le piano.

Si « Kukulkan » commence bien, avec sa petite touche orientale, la suite est beaucoup plus fade et manque d’accroche. On trouvera par contre notre bonheur sur l’éponyme « Necrogod », à la Septic Flesh, plus dynamique et incantatoire. Les orchestrations se mêlent délicieusement aux guitares tandis que le chant implore la venue d’Osiris, sans oublier les mélodies arabisantes, transportant l’auditeur dans l’Egypte Ancienne. Ce titre marque réellement le début du concept, basé sur les dieux de la mort, puisque nous retrouvons des chansons consacrées à Ishtar la déesse babylonienne de la guerre, à Anubis le dieu funéraire égyptien, à Kali la déesse hindouiste de la destruction, et au Leviathan le monstre phénicien du chaos. Encore une fois, l’enthousiaste fait place à la déception, car pour des dieux de la mort, les titres ne sont pas destructeurs bien au contraire. Il manque cruellement de punch et de noirceur. Entre un « Ishtar » sur lequel Mancan, le chanteur, s’évertue à imiter Peter Steele (Type O Negative) afin d’instaurer une touche gothique, ou un « Kali Ma » ponctué de moments calmes, il y a de quoi se poser des questions. Toutefois, « Anubis » et « Leviathan », sans être véritablement rageurs, ont une ambiance et un dynamisme qui leur correspondent, le premier avec ses relents égyptiens, ses chœurs et ses parties plus tranchantes, le second avec son growl mis en avant ainsi que la puissance des claviers et le côté incisif des riffs. On regrettera vraiment les incursions au chant clair qui, même s’il fonctionne comme une invocation, nous coupe dans notre élan.

L’idée est sympa mais la mayonnaise ne prend pas et on a du mal à accrocher à ces dix morceaux, la faute à une production et à un manque flagrant de dynamisme. Pour faire rapide, la moitié des titres sont à prendre, les autres à laisser. La fadeur des mélodies et le manque de punch auront eu raison d’Ecnephias. Dommage.

 

Blood Of The Arsonist : Exodus

Ξ février 3rd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Melodic Metal, Oriental Metal |

Blood Of The Arsonist : ExodusSingapour a beau être petit, c’est un des pays asiatiques les plus actifs. La scène est en ébullition depuis quelques années, on en finit plus de voir arriver de jeunes formations avec un talent fou, suivant les traces des vétérans du coin. Elles ont aussi le don de proposer quelque chose de différent, loin des standards actuels. Du côté de l’extrême, on découvre aussi des musiciens inspirés se dirigeant du côté de la subtilité et de l’originalité, à l’image des Blood Of The Arsonist. Formé depuis deux ans maintenant, le quintette a choisi d’officier dans un mélo death suédois à la Amon Amarth couplé à l’esprit oriental et exotique d’Orphaned Land, de Nile ou de Melechesh.

C’est dans cet esprit que le premier EP voit le jour à l’été 2012. « Exodus » représente un combo désireux de se diriger vers d’autres horizons et de quitter leur Asie natale. Direction le Moyen-Orient et plus particulièrement le désert égyptien. La thématique principale des Singapouriens rappelle celle d’Amaseffer, basée sur l’exode. Le premier morceau nous met immédiatement dans le bain avec une introduction instrumentale mettant en avant des nappes symphoniques impériales et un solo de guitare oriental. Le tout nous amène naturellement à la déflagration de « Marching into the Abyss », guidée par les guitares insistantes d’Adly et d’Izzat.

Ce n’est pas sur ce genre de titre que les influences orientales se font ressentir, mais beaucoup plus sur un « Sentiment » thrashy, où le tranchant des guitares se taille la part du lion. Les musiciens tendent à assurer niveau technique, ils ne lésinent pas sur les soli et l’alternance entre vélocité, mélodicité et brutalité pure. Seul Shafiq semble en retrait avec un growl qui peine à percer, encore assez amateur et manquant de puissance.

La suite se veut beaucoup plus encourageante dans la mesure où Blood Of The Arsonist arrive à entraîner l’auditeur dans son melting pot. Certes, on est loin du côté captivant des plus grands, mais on retrouve un style et une efficacité toute particulière. Toutefois, ça manque un peu de charisme, la faute sans doute à une production faite maison, pas forcément à la hauteur de nos espérances. De plus les cinq morceaux passent très vite et ne font office que d’amuse-bouche : on aimerait en découvrir davantage. C’est avec un sentiment de frustration qu’on attend leur premier full length, en espérant que ces petits Singapouriens dépassent leurs limites.

 

Sand Aura : Elegy of the Orient

Ξ janvier 22nd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Sand Aura : Elegy of the OrientSand Aura se forme en Egypte en 2007 autour de Muhammed Hassany et de Shung (Beyond East) dans le but de promouvoir l’oriental metal et de mettre en avant une thématique basée sur la paix, la fraternité et l’unification des cultures, traçant ainsi son chemin sur les pas des Israéliens d’Orphaned Land et des Franco-algériens d’Arkan. Dans un style oriental/progressive/death metal, le quatuor de l’époque (composé de Shung, Muhammed, Basma et Mustafa) sort son premier EP en 2011 avant de le rééditer en 2012 chez les Russes d’Haarbn Productions, avec deux nouveaux titres et une nouvelle pochette.

D’un point de vue musical, on se retrouve avec un oriental metal très similaire aux Israéliens et aux Français. A savoir un death progressif teinté d’éléments folkloriques orientaux et guidé par plusieurs chanteurs. Dans ce « Elegy of the Orient », ce sont trois vocalistes qui se partagent les morceaux, à savoir Muhammed pour les growls, Basma pour les chants arabisants féminins et Mustafa pour les chants traditionnels égyptiens et les choeurs. Cette alternance apporte beaucoup de complicité entre les membres ainsi qu’un côté authentique et très chaleureux. On découvre ainsi plusieurs histoire, racontées par plusieurs narrateurs ou personnages, selon les passages. On évite ainsi de tomber dans la linéarité en passant de l’extrême au soft et inversement, histoire de varier les plaisirs.

On le découvre d’office avec le très long « The Sand Aura (from the Land of Nod »), une fresque orientale perdue quelque part entre un « The Neverending Way of OrWarriOr » (Orphaned Land), un « Slaves for Life » (Amaseffer) ou un « Undama Tath’hur Al Shams Mn Al Gharb » (Narjahanam) en moins black metal, mélangeant le prog, le death, quelques touches symphoniques et les percussions orientales. L’ambiance nous permet de toucher du doigt les sables de l’orient grâce à cette fusion d’éléments tous aussi bien emboîtés les uns que les autres tandis que la production, même si loin d’être excellente, apporte cette touche naturelle qui permet de mettre en avant le tranchant et la mélodie des guitares.

Le duo des « Orphaned Child », long d’une douzaine de minutes en tout, met en valeur une ambiance plus sombre et mélancolique. Les nappes de claviers sont plus froides et le growl de Muhammed plus féroce, sans oublier les breaks instruments et les moments où le chant en arabe est à l’honneur. Dommage toutefois que la voix de Basma soit recouverte d’un enrobage synthétique à un certain endroit. Le charme de son timbre disparaît.

On retrouve aussi « Fountain of Moses », le morceau choisi pour faire partie de la compilation d’Oriental Metal sortie l’an passé chez Century Media. Une instrumentale grandiose, bercée par des guitares et des claviers arabisants. La mélodie principale est très typique, et pour cause, il s’agit de la reprise d’une chanson traditionnelle de la région appelée « Hava Nagila », version metal. Sans oublier le dernier bonustrack « Sidi Abd El-Raheem », en chant clair arabe, assez expérimental et groovy dans l’ensemble, avec sa guitare technique et envoûtante.

« Elegy of the Orient » est le premier jet particulièrement réussi de Sand Aura qui si n’atteint pas la perfection, touche du doigt l’authenticité et l’émotivité d’un « Orwarrior » d’Orphaned Land.

 

Aeternam : Moongod

Ξ novembre 1st, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Blackened Death Metal, Oriental Metal |

Aeternam : MoongodIl n’est pas toujours évident d’officier dans un style déjà exploité depuis des décennies. L’oriental metal fait parler de lui depuis le début des années 90 avec Pentagram, Orphaned Land ou Salem pour ne citer qu’eux, alors que ces derniers intégraient pour la toute première fois leur culture et leur folklore dans un metal plus ou moins extrême. Depuis, de nombreux groupes du Moyen-Orient se sont essayés à l’intégration de mélodies arabisantes et d’instruments traditionnels, suivis de prêt par les Occidentaux de Behemoth (« Demigod ») ou de Nile dans le domaine du death metal.

Justement, parlons de death metal. Souvenez-vous d’Aeternam qui, deux ans et demi plus tôt, nous avait offert « Disciples of the Unseen », un très bon premier jet en matière de melo death oriental. Bien que Québécoise, la formation tient dans ses rangs le chanteur/guitariste marocain Ashraf Loudiy qui a su implanter ses origines dans les compositions pour un opus efficace et exotique sur la mythologie égyptienne, mélangeant brutalité et harmonie.

Le couvert est remis avec « Moongod », qui se situe dans la même ligne de conduite que « Disciples of the Unseen ». On retrouve les riffs melo death épique avec cette ambiance typique moyen-orientale ainsi que l’aspect symphonique qui semble avoir pris de l’ampleur. L’album est de nouveau produit par Jeff Fortin et les titres reprennent encore la thématique de l’Egypte ancienne même si on s’autorise une envolée chez les Mayas (« Xibalba ») et un détour du côté du Printemps Arabe (« Rise of Arabia »).

Il se produit deux effets à l’écoute de ce « Moongod ».

Premier effet : On démarre gentiment avec le morceau éponyme qui nous met directement dans le bain, avec son ambiance épique et arabisante, ses claviers omniprésents et son melo death maîtrisé. Pas de doute là-dessus, on reprend là où « Disciples of the Unseen » s’était arrêté, on n’est donc pas dépaysé. La différence vient du fait que les touches orientales deviennent davantage exploitées à travers les claviers symphoniques ainsi que le chant clair, qui prend plus d’ampleur, tel un Vortex dans Dimmu Borgir ou Borknagar qui apparaît de façon impromptue comme sur « Invading Jerusalem » ou sur « Idol of the Sun ».

Les mélodies priment ainsi que les ambiances, portées par des guitares impeccables et un growl charismatique à l’image de « Cosmogony » où tout se joint pour former un ensemble épique, symphonique et oriental. On se surprend à découvrir un titre totalement folklorique « Iram of the Pillars » et intégralement chanté en voix claire, instruments traditionnels en tête (percu, choeurs, flutes, violons…) et un titre plus sombre et plus brutal tel que « Xibalba », pas très loin d’un black/death symphonico-horror.

Pour une première écoute, on retient pas mal de bonnes choses et on reste très enthousiaste quand à la qualité des compositions.

Mais…même si ça n’en a pas l’air et que ce sont les groupes récents, en particulier, qui ont le vent en poupe, l’oriental metal n’est pas nouveau, de même pour le melo death et le metal symphonique. Beaucoup nous ont déjà proposé leur recette, l’alliage de death oriental a déjà fait des siennes comme sus-cités (Orphaned Land, Nile, Behemoth) ainsi que l’alliage death oriental symphonique avec Kartikeya entre autres. En d’autres mots, si Aeternam avait sorti ce genre d’albums il y a quelques années, il aurait pu révolutionner quelque chose.

Deuxième effet : on se lasse très vite. Pas besoin de beaucoup d’écoutes pour se rendre compte que l’ensemble est linéaire et déjà entendu. Certes, les compositions sont de qualité, bien fichues, maîtrisées, tout est calibré au millimètre prêt, chaque instrument a sa place et ce type de metal fera de grands adeptes. Aucun doute sur le talent des messieurs. Toutefois, on connaît la musique. Les riffs melo death sont basiques, on pourrait entendre les mêmes dans n’importe quel groupe récent du genre, que ce soit dans « Hubal, Profaner of Light » ou « Moongod ».

Les mélodies orientales sentent le réchauffé à plein nez, le genre de chose qu’on entend un peu partout, que ce soit dans la world music ou dans l’oriental metal en général, voire même dans le « Disciples of the Unseen ». Le sympho a plus l’air de combler les trous qu’autre chose tant il a peu de prestance. Même s’il créé une partie des mélodies, c’est sans doute sur « Descend of Gods » et sur « Hubal, Profaner of Light » qu’on l’entend le plus et ce n’est pas pour nous déplaire, vu qu’il apporte tout de même quelque chose de puissant et prenant.

Le chant clair est encore plus impromptu qu’il n’y paraît. Son côté plus maîtrisé ne sied pas aux compositions et détonne littéralement par rapport à ce qu’il apportait sur « Disciples of the Unseen ». Il devient donc plus casse pied qu’autre chose avec sa manière d’arriver comme un cheveu sur la soupe (« Descend of Gods » ou encore « Idol of the Sun » et son « destiny » qui déboule comme ça, sans prévenir, après une partie bien entraînante et agressive…). Bref, il brise le charme.

Même si « Iram of the Pillars » est une chanson charmante, folklorique, et orientale à souhait, elle n’apporte finalement pas grand chose et ne décolle pas. La linéarité prend le dessus – comme une bonne partie des titres – on s’attend à ce qu’il se passe quelque chose, on veut un passage fort, un solo ou encore un petit quelque chose qui sort de l’ordinaire, mais non. Ca se finit comme ça commence, c’est-à-dire, de la même façon, et on reste sur notre faim. Frustrant.

Enfin, « Xibalba », qui se démarque bien par rapport aux autres morceaux perd vite son aura tant l’ambiance semble sortir de chez Cradle of Filth. Il aurait fallu, pour le coup, être plus original et personnel.

Même si les morceaux tiennent la route et qu’il y a du boulot, sans aucun doute, l’enthousiasme se perd au profit de la déception. Avec ce que nous avait fourni Aeternam quelques années plus tôt, on était en droit d’en demander beaucoup plus. Leur melo death oriental, bien que symphonique et épique, reste plat et sans saveur, linéaire et réchauffé, mélange surfait de plusieurs recettes ayant déjà bien fonctionné, un comble pour une musique se voulant exotique et mythologique…

 

Trita Aptya : Samnyasa

Ξ septembre 13th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Metal, Oriental Metal |

Trita Aptya : SamnyasaCeux qui ont des affinités avec la mythologie hindoue ont sans aucun doute dû prendre connaissance de groupes tels que Kartikeya (Russie) ou les très réputés Rudra (Singapour), grands adorateurs du Védisme, la religion mère de l’hindouisme. Il existe d’ailleurs peu de formations ayant adopté comme thématique les récits mythologiques du coin. Pourtant il semblerait qu’on ait nos brahmanistes en France, à savoir les Lillois de Trita Aptya. Le nom du groupe est très évocateur, puisqu’il s’agit d’une divinité d’ordre atmosphérique. Idem pour le logo, reprenant l’écriture sanskrit. Enfin, le titre de l’album, « Samnyasa », signifie « le renoncement ».

Comme l’indique ce visuel très atypique, nous avons à faire à du metal oriental, mais pas n’importe quel type de metal oriental. Il ne s’agit pas de folk mais d’un black metal assez psychédélique, accompagné de sonorités indiennes. Trita Aptya met à profit ses influences (allant d’Enslaved à Septic Flesh en passant par la joueuse de sitar Anoushka Shankar) et son imagination pour créer un black metal original, loin de toutes ces copies que l’on peut découvrir d’année en année. En effet, Trita Aptya, avec ce « Samnyasa », sait varier son propos et éviter de tomber dans les clichés du « coup de cithare de trop ». Tout est utilisé avec soin, de façon à embarquer l’auditeur dans un univers qu’il ne connaît pas forcément.

Ainsi, le premier morceau « Narayana », après une introduction spirituelle, démarre à coups de riffs tordus, accompagné d’un chant (mi) black hargneux. Les musiciens apportent un dynamisme impeccable tout en apportant un certain côté barré, notamment dans les lignes de chant de Sylla. Ce dernier se démarque des autres instruments, dans la mesure où il semble plus décalé, plus expérimental, même si pas toujours au top, mais ce n’est pas un mal, puisque cela permet de ne pas tomber dans une certaine linéarité. N’oublions pas les breaks atmosphériques, le petit solo foufou ainsi que les refrains côtoyant des sons de sitars, pour un rendu relativement psychédélique.

« Ghosts of Sparta » accélère le rythme tout en proposant des riffs simples mais directs. Petite exception, on se retrouve ici avec une allusion aux guerres médiques, opposant les Grecs aux Perses. Le morceau, du haut de ses huit minutes vingt cinq, est très soutenu et progressif. Bien que le chant de Sylla ne soit pas toujours au top, il garde son côté décalé, tandis que les guitares nous emmènent vers un ensemble plus guerrier, les nappes de claviers et les choeurs jouant beaucoup dans l’élaboration de cette ambiance. Les orchestrations suivant cette débandade sont d’ailleurs de très bonnes qualités, apportant quelque chose de plutôt impérial. Le final, quant à lui, redevient oriental avec cette mélodie si particulière et cette flûte, précédant de peu un « Kâli » dans lequel la cithare est reine.

Il serait dommage de ne pas évoquer « The Garden », différent de ses acolytes. On retrouve la même atmosphère mais le rythme a déjà ralenti, voici donc quelque chose de plus proche du doom avec cette lourdeur, cette lamentation et ce côté parfois pesant. Ces parties plus lentes s’alternent avec des parties légèrement plus rapides et saccadées, où les guitares se mêlent à la cithare.

Le temps et les expérimentations de Trita Aptya triomphent sur ce « Samnyasa » bien calibré et prenant. Le côté oriental est prononcé sans non plus trop l’être, permettant au côté black de s’affirmer, sans non plus révolutionner. C’est toutefois l’ensemble qui permet aux Lillois de se démarquer de la masse et d’apporter quelque chose de frais, quelque chose bien différent de la branche orientale « arabique ». Une bonne découverte pour un groupe à surveiller de prêt.

 

Anuryzm : Worm’s Eye View

Ξ juin 8th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Ayant pour origine le pays du cèdre, le Liban, le projet « Anuryzm » emmené par le guitariste John Bakhos aura parcouru moult pays passant de la Turquie, au Canada, pour finalement s’installer aux cosmopolites Emirats-Arabes-Unis. Un projet qui avait été placé un temps en stand-by avant d’être relancé en 2007. Il prendra un tournant majeur lorsque John obtiendra la présence de l’ex- « Opeth », Martin Lopez sur le premier album qu’il envisage de réaliser. Une équipe est donc rassemblée autour de John avec la garantie de la venue de l’illustre batteur suédois. Celui-ci ne sera pas le seul invité. Le bassiste de jazz Rami Lakkis et le claviériste de « Textures » et d’« Ethereal » Uri Dijk complètent le tableau. Ensemble ils vont créer « Worm’s Eye View », le pendant arabe de « Textures ».

En effet, dès mise en lecture, cet opus nous offre droit à du « Textures »-like sans ambigüité. Sur « Fragmenting the Soul », « Anuryzm » y pratique un metal progressif moderne qui allie mélodies radieuses, un soupçon d’électro et de chant core. On ne devrait pas parler de riffs mais bien d’un courant électrique venant alimenter les circuits d’une machine. Le riffing particulièrement saccadé fera vivre un être inspiré par le chaos sur « Sintax of Trinity ». L’aspect malsain où s’est greffé une légère dose de musique orientale, sera chassé par une brise de mélodies enivrantes sur la seconde partie de piste. Comme pour « Fragmenting the Soul » nous aurons derechef un duel entre chant clair et chant core. Une dualité que nous retrouverons également sur le tourmenté, mais néanmoins rayonnant et lucide « Breaking the Ballot ». Pareil pour l’éponyme « Worm’s Eye View », bien que le chant clair y prenne encore pour cette fois une position plus déterminante. Un titre intéressant, car outre le vibrant tumulte qui irrigue le morceau, on nous met dans les coulisses d’un complot, d’un assassinat politique. Ainsi, l’entame se comprend comme une conversation entre un snipper et son commanditaire.

Il est assez surprenant de trouver ici une formation issue du monde arabe parvenir à un tel niveau technique ou de jouer un metal moderne aussi technique et aussi bien fignolé. Le jeu est particulièrement riche et équilibré, même si cela tient parfois de l’automatisme si on prend en compte la seule rythmique de « Wind Awake ». Car pour ce qui est du reste sur cette piste, on userait de douceur et de beaux artifices. Cette limpidité, cette fraicheur n’arrivera cependant pas à égaler celle de « Where Mockery Falls ». Le morceau se compose en deux parties bien distinctes musicalement: la première à tempo lent, jouissant d’une ambiance légère et jazzy, avec l’orgue Hammond en toile de fond; la seconde explosive et ravageuse. Le contraste est assez prononcé. On passe directement du jour à la nuit, du paradis à l’enfer. La rythmique frénétique de cette seconde partie de « WhereMockery Falls » aurait tendance à s’assimiler à celui de « Killing Time ». Seulement cette violence perdra au fur et à mesure de sa substance par une insertion efficace de mélodies progressives des plus sympathiques et rafraichissantes. Pour ce qui est des mélodies « Skygazing » fait aussi le plein. Ce qui est frappant c’est que nous avons là une ballade façon « Metallica ». Même le chant de Nadeem Bibby s’obstinerait à créer la confusion avec ce fameux groupe.

« Worm’s Eye View » nous fait voir la scène arabe d’un œil différent. Dès le premier ouvrage cette formation libanaise implantée dans le golfe persique parvient à égaler les meilleures formations occidentales du genre. Égaler au point d’y ressembler, voir trop ressembler concernant sa forte similitude à « Textures », dont la musique élaborée semblait tenir à l’épreuve de toute copie. On voit là que la participation de Uri Dijk a du jouer. Au moins elle aura été profitable, bien plus que celle de Martin Lopez qui donnerait ici une prestation moyennement calibrée pour ce style de musique. On critique, on critique, mais nous verrons comment « Anuryzm » s’en tirera avec un claviériste et un batteur à part entière. Pour le moment il faudra leur reconnaître un bon lancement, dont le Moyen-Orient pourrait s’estimer fier.

15/20

Originally reviewed by AlonewithL from Spirit Of Metal webzine.

The review can be read here:

http://www.spirit-of-metal.com/album-groupe-Anuryzm-nom_album-Worm’s_Eye_View-l-fr.html

 

Bilocate : Summoning the Bygones

Ξ mai 31st, 2012 | → 0 Comments | ∇ Dark Metal, Oriental Metal |

Bilocate : Summoning the BygonesEn 2005, l’arrivée de Bilocate avec son premier opus « Dysphoria » a été une véritable bombe en Jordanie. Bravant les interdits caractéristiques du Moyen Orient, le sextet a non seulement ouvert de nouveaux horizons mais a permis à la scène locale de faire de vrais pas en avant. Le pays de Petra a donc progressé depuis cette date en terme de metal, ainsi que Bilocate, qui, souffrant alors d’une production tout à fait médiocre, a réussi à se faire remarquer avec le second opus « Sudden Death Syndrom », leur octroyant des signatures chez Kolony Records et Daxar Music, ainsi que chez les Italiens de Code666 Records, spécialisés dans l’avantgarde et le dark metal.

En grande figure du dark oriental, Bilocate revient sur les devants de la scène cette année, après de nombreux concerts et une tournée de soutient avec les pionniers d’Orphaned Land. Le sextet, originalement fondé par les frères Essayed, améliore considérablement son jeu et sa production avec ce « Summoning the Bygones ». Il s’attire les faveurs de musiciens réputés tels que Dan Swano (en guest sur deux morceaux) ainsi que de Jens Bogren (Opeth, Katatonia) pour le mixage. Rien à voir avec la première offrande « Dysphoria », qui bien qu’ambitieuse, détenait un réel point noir : le manque de moyen.

De ce fait, « Summoning the Bygones », comme son nom l’indique, est un « appel aux anciens », c’est à dire un retour aux anciennes compositions. Le groupe a décidé de mêler des titres nouveaux à des vieux, c’est à dire ceux du « Dysphoria ». Toutefois, ils ont été recomposés et remastérisés, de façon à repartir depuis le début. Ce sont donc comme des nouveaux titres, avec la patte et la production actuelles. Le rendu ne peut être que plus efficace.

Si vous êtes un habitué du « Dysphoria », il serait dommage de passer votre chemin dans la mesure où il s’agit ici d’une toute autre expérience. Le groupe a beaucoup évolué et même si on peut reconnaître les parties et les mélodies, il a changé énormément de structures, et les tout nouveaux titres sont comme une suite du terrible « Sudden Death Syndrom », à la manière d’un « Beyond Inner Sleep » qui mélange habilement les styles dont Bilocate nous avait habitué, la voix claire du growleur hors pair en prime.

Les Jordaniens sont réputés pour leur doom/death oriental au Moyen Orient et ils continuent ici sur leur lancée sur la majeure partie des titres. Ces derniers sont longs et très progressifs de façon à nous offrir un panel complet de sonorités et de mélodies. « The Tragedy Within » montre tout le potentiel de Bilocate avec son intro arabisante, son accélération très dark/death, ses envolées symphoniques, ses ralentissements de rythme, ses riffs mélancoliques, sa lourdeur, et son growl caverneux bien charismatique. A « Deadly Path » se verra raccourci tandis que « Passage » garde son empreinte atmosphérique pour faire la part belle au chant clair triste. Cependant, on ne peut pas dire que le groupe accentue le côté doom, qui devient moins prédominant et se veut plus comme une influence, contrairement aux parties death et symphoniques, qui se taillent la part du lion. On retrouve donc peu de parties lentes et écrasantes mais aussi peu de parties rapides et bourrines. Tout se porte sur les atmosphères en somme.

Exception faite sur le conceptuel « A Desire to Leave », qui parfois s’apparente à un doom funéraire à la Evoken. Le morceau est lourd et porté par un piano ainsi que le duo de vocalistes Essayed / Swano. Les guitares, qu’elles soient acoustiques ou metalliques apportent beaucoup à l’ambiance sombre et orientale du titre qui tire sur le black à certains moments. En outre, Bilocate a le mérite d’offrir la chanson la plus longue du Moyen Orient, avec une force et un charme qui lui est bien caractéristiques, et ce, grâce à trois parties tout à fait distinctes.

Bilocate rend aussi hommage aux initiateurs britanniques du doom/death, c’est à dire Paradise Lost, avec une cover de « Dead Emotion ». Il s’agit d’une de leurs principales influences et les Jordaniens ont réussi à composer une reprise convaincante et surtout personnalisée. La patte du sextet se retrouve bien, avec cette apport massif et puissant de claviers et les soli arabisant de Rami, sans non plus déformer la version originale.

Dans son ensemble, « Summoning the Bygones » ne manque pas de prise de risque, toutefois, on aurait aimé plus de nouveautés, la reprise restant dispensable, et même si des titres comme « Hypia » (anciennement « Days of Joy ») ont été refait intégralement (paroles, mélodies, structures…), il manque cette force propre à « Sudden Death Syndrome » et cette ambiance prenante en matière de dark oriental. Sans doute parce qu’on se retrouve avec deux esprits d’avant, le Bilocate d’avant et le Bilocate de maintenant. Cela reste donc assez confus, bien que la puissance soit toujours de rigueur et que tout soit calibré au millimètre prêt. De toute manière, les Jordaniens confirment leur position de leader dans la scène dark orientale avec cette pierre angulaire.

 

Bak : Painter

Ξ mai 14th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Bak : PainterBak ! Non je ne vous invite pas à aller dans le Bak à sable, mais il s’avère que Bak nous fait un come Bak en ce printemps 2012. Les Australiens avaient déjà fait bonne figure avec un premier opus nommé « Sculpture », mettant en musique un opera rock/metal très oriental, où se mêlaient autant d’éléments prog que d’éléments arabisants et Queen-esque.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le metal oriental ne se situe pas qu’au Moyen Orient, bien que les fondements y soient bien ancrés. De nombreux groupes ont commencé à percer dans le domaine, que ce soit aux Etats Unis, en France, en Russie ou en Australie, avec l’émergence de The Horn et ici, de Bak. Dîtes adieu aux kangourous et autres kiwis, dîtes bonjour aux chameaux et aux ibis ! Il va faire très chaud, et on va en avoir bien besoin, avec ce soleil qui se fait discret et ce vent qui se veut frais.

En attendant la sortie d’un futur nouvel album, c’est un EP qui nous est offert, un EP coloré et chaleureux, faisant l’apologie de la paix et de la préservation de l’écosystème. Ici, Bak change de domaine et passe de la Sculpture à la peinture. Et il y a bien une raison à cela : il existe un homme portant le nom de Samuel Bak, un peintre qui a échappé à l’holocauste, qui a étudié l’art en Israël et qui a réalisé plus de cent vingt cinq œuvres sur le thème d’Adam et Eve. Les Australiens se sont inspirés de son travail pour nommer leur nouvel EP.

La pochette est donc plus colorée, mais reflète toujours l’univers de Bak, avec la représentation de la Terre. Le trio s’adresse au monde entier à travers sa musique, se rapprochant pour le coup d’Orphaned Land, qui réussissent, grâce leur chansons, à réunir catholiques, juifs et musulmans sans effusion de sang. Le rapprochement avec les Israéliens n’est pas si incongru que ça musicalement, sachant que dans le premier titre « Us All », on retrouve des narrations dignes de celles de Kobi Farhi et des riffs pas loin de ceux de Yossi Sassi.

Parlons donc de ce morceau. Une fois de plus, Bak s’est entouré d’invités pour ce qui est de l’utilisation d’instruments traditionnels égyptiens ou indiens, que ce soit les percussions, les mandolines et quelques chants. On retrouve aussi les touches symphoniques déjà perçues sur le « Sculpture » avec ces guitares aux soli très rock et aux riffs plus lourds. Mais il faudra attendre la suite pour avoir une plus grande idée du potentiel de Bak, qui met le paquet sur l’aspect oriental de sa musique. Très mythologique, parfois mystique sur « Creation » avec ces ambiances très relevées. C’est surtout de l’instrumental, laissant souvent de côté les guitares, afin de transporter l’auditeur dans un autre monde.

Cependant, si vous voulez vous rendre compte de l’étendu de l’imagination de Bak, il faudra se tourner vers le très long et progressif « What Have We Done ». Un morceau en demi teinte cependant. Les événements défilent sous nos yeux, et on peut dire que la progression est très bien faite. Toutefois, on peut vite se retrouver agacé par les timbres très aigus des voix masculines. Ces dernières rappellent des voix typées heavy metal, sans le côté vif et aiguisé. Par contre, on appréciera davantage le chant principal, plus posé et arabisant, en totale adéquation avec la musique. On alterne donc entre parties acoustiques orientales et parties plus metal, plus rentre dedans, avant d’arriver à un déferlement de riffs proches de chez Dream Theatre, faisant place au côté hargneux qui manquait : tranchant des guitares, envolées de violons, et même growls.

Malgré tout, si on prend l’ensemble de ces quatre morceaux, l’EP manque de piquant, de moments forts, tout étant porté sur l’ambiance égyptienne. Toutefois, il semblerait que Bak s’accroche moins à ce qui faisait leur personnalité sur « Sculpture ». Ici, c’est plus soft, moins diversifié, moins prenant, même si l’utilisation des instruments traditionnels est du plus bel effet. On attend donc un album plus fourni, un peu plus teigneux, et surtout moins long, les titres les plus longs comportant tout de même pas mal de remplissage.

PS : une fois de plus, attendez vous à recevoir des haricots si vous commandez leur opus.

 

Astral Tears : Hypnotic

Ξ mai 10th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Metal, Oriental Metal |

Astral Tears : HypnoticEn ce moment, les femmes ne sont pas tant à l’honneur que ça, et bien que l’on entende beaucoup de donzelles dans tout ce qui se rapporte au metal symphonique ou gothique, il n’est pas forcément facile d’entendre une voix féminine dans d’autres styles de metal. Les Eths, Arch Enemy, The Agonist et consorts n’ont plus rien à prouver depuis longtemps, mais on aimerait que des groupes mettent en avant un peu plus de féminité dans des genres où on ne l’attend pas forcément.

Le metal oriental, par exemple. Dans tous les groupes existants, on a du mal à entendre une femme, sauf dans Orphaned Land, ou peut-être Arkan. Mais dans tous les cas, les demoiselles n’ont pas le monopole et se retrouvent reléguées au second plan, juste histoire d’apporter une touche arabisante en plus. Astral Tears, groupe français orléanais, n’a pas fait cette erreur et il faut dire que c’est le charme de la chanteuse qui fait sa force. Ici, Beyza, d’origine turque, est LA chanteuse du quatuor et il faut dire qu’elle est très bien mise en avant dans cet ensemble pris entre le metal mélodique, le metal moderne et le metal oriental.

Astral Tears, ce sont des débuts acoustiques qui se sont transformés en metal. C’est aussi une envie d’assouvir une énergie débordante en tentant de créer des compositions originales. Le combo réussit tout de même ce pari, à savoir sortir du lot et proposer un album à l’identité qui lui est propre. En effet, les Orléanais ne se contentent pas que de metal mélodique, bien que ce soit le terme qui saute le plus aux oreilles, mais ils profitent de ce statut « mélodique » pour intégrer un panel d’éléments, que ce soit un son relativement moderne et dans l’air du temps, des éléments progressifs, des touches expérimentales sur certains passages, un groove assez neo sur les bords, mais surtout, et ce qui fait leur force, les éléments orientaux.

La France n’est pas forcément le pays le plus réputé pour son metal oriental, même s’il y a Arkan, en véritable fer de lance. Ici, en tout cas, Astral Tears n’en abuse pas mais ajoute la dose nécessaire afin de transporter l’auditeur dans l’orient. Sans vouloir vous désillusionner, l’oriental n’est pas l’élément primordial des compositions, toutefois le groupe profite des origines culturelles de Beyza pour apporter les influences nécessaires. Et ça fonctionne bien…

De prime abord, en écoutant les premiers morceaux, c’est à dire « Hate the Enemy» ou « Sinner », on ne peut que penser au groupe italien Lacuna Coil. La ressemblance reste assez saisissante, tant dans le riffing que dans la voix charmante de Beyza. Cependant, pour un début d’opus, on reste quelque peu sur notre faim…certes, les guitares sont lourdes et le rythme dynamique, et on sent directement que c’est ce qui fait la marque de fabrique d’Astral Tears. Mais il manque une touche d’originalité et un soupçon de piment, et pour un début, il y a de quoi douter sur le reste de l’opus.

C’est une fois passé le cap de « Desire » qu’on se rend compte de la force d’Astral Tears et de son côté assez novateur sur la scène française : l’exotisme. Le titre est assez oriental sur l’introduction et les couplets, que ce soit l’utilisation des percussions, des guitares ou de la voix de Beyza, très sensuelle et très arabisante lors des mélodies. Astral Tears arrive à mêler lourdeur et charme sans grande difficulté. Il arrive aussi à faire enchaîner ses morceaux avec cohérence. Preuve en est avec le duo « Desire »/ « Behind the Curtains » : on a l’impression qu’il s’agit d’un et même titre. Mention spéciale, en tout cas, pour sa montée en puissance inattendue.

La suite de ce « Hypnotic » se veut très punchy et bien rentre dedans, sans non plus tomber dans l’extrême. Les instruments sont pour le coup bien utilisés mais on regrette le manque de modulation et des guitares, et de la voix de Beyza. Difficile de l’entendre changer d’intonation car elle reste souvent sur ce même plan qui peut rendre certains passages très monotones. Idem pour les riffs, pas si variés que ça, mais suffisamment lourds pour garder l’auditeur attentif. Sauf peut-être sur « Awake », assez expérimental tout de même, avec ces changements de styles en cours de route, que ce soit le break typé metalcore, le fond très oriental dans la mélodie, le début assez djent avec cette guitare technique et dissonante, et ce côté atmosphérique, encore une fois pas si loin de Lacuna Coil, l’exotisme en plus. Pour le coup, ne vous attendez pas à des instruments typiquement orientaux tels les traditionnels oud, sitars et autres flûtes kaval. En réalité tout est dans la voix, certains riffings, certains types de percussions, rien de plus. Comme sur « My Reality », par exemple, qui met l’accent sur une atmosphère arabisante, sans non plus en faire trois tonnes.

De toute façon, plus on avance dans l’opus, plus on découvre des touches orientales. Comme pré-cité, ce n’est pas avec une écoute du début que vous pourrez vous faire une idée de la personnalité d’Astral Tears. Et il s’avère que les Orléanais ne sont pas si faciles que ça à cerner. Pas plus mal, dans un sens, cela nous permet de passer plus de temps à découvrir leur musique et les écoutes supplémentaires permettent de se rendre compte de choses qu’on n’avait pas encore appréhendées.

Le côté doux par exemple : même si l’ensemble reste très « in your face », très tranchant, le groupe apporte des touches calmes et sereines, comme un « Rebirth », qui grésille (je le précise, c’est fait exprès), un « Obsession » planant et lourd à la fois, ou un « Forgotten » acoustique très chaleureux qui me donne l’impression d’être chez moi.

Hormis ça, Astral Tears met à profit son côté moderne en ajoutant des sonorités électroniques. Ces dernières sont plutôt rares, mais suffisamment présentes pour qu’on les repère rapidement. Rassurez vous, ce sont juste des « touches », rien de bien méchant ou d’étouffant, au contraire. Elles tendent à relever certains passages et apporter une atmosphère supplémentaire, que ce soit sur le pont de « Desire », sur l’introduction de « Back to Life », qui précède un déferlement de riffs costauds, sur « Obsession », afin d’accompagner la guitare, ou sur « My Reality », fonctionnant ainsi comme un rythme.

En dépit des apparences (la pochette fait plus cybernétique qu’orientale, sauf au dos, où on retrouve des minarets), ce « Hypnotic » d’Astral Tears reste assez complet, exotique et dynamique. Toutefois il serait exagéré d’en faire une montagne, dans la mesure où il y a encore beaucoup de choses à revoir, que ce soit la variété des riffs ou la modulation du chant de Beyza. Par contre, la production reste très bonne et est un point très positif dans l’appréhension de la musique d’Astral Tears.

Finalement, si le groupe passe par là, il se pourrait que le metal à chanteuse français non symphonique non prog non criard en prenne un coup, car les Orléanais ont pour le coup un bel avenir en perspective. Espérons qu’ils aient suffisamment d’oreilles pour apprécier leur œuvre.

 

AIM Project : Bismillah

Ξ mai 8th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

AIM Project : BismillahSi je vous dis metal progressif et Tunisie, vous penserez sans aucun doute à Myrath. Oui mais pas tout à fait. Bien que ce groupe soit le fer de lance de la scène metal tunisienne, il y a un jeune homme qui fait parler de lui depuis plusieurs années, et surtout depuis la sortie de son premier album solo et instrumental, « A Neverending Pain of a Betrayed Man ». Je parle d’Anas Abid.

Malgré son jeune âge, le guitariste a tout de même une certaine expérience derrière lui en plus d’avoir grandi dans une famille bercée par la musique arabe. C’est donc tout naturellement que le musicien a décidé de mêler ses origines culturelles à sa passion dévorante pour le metal afin de créer une musique qui sort de l’ordinaire.

Les chroniques encourageantes et les diffusions de ses morceaux sur différentes stations de radio l’ont poussé à élargir ses influences et horizons. D’où ce nouveau project, AIM Project, censé mettre en relation l’occident et l’orient, le prog et la musique traditionnelle, au sein de quatre morceaux regroupés dans un petit EP nommé « Bismillah ».

« Bismillah » vient de la contraction de deux termes arabes « bismi » et « allah » signifiant « au nom de Dieu ». C’est un mot que l’on utilise avant de faire quelque chose, que ce soit manger ou boire. C’est aussi un terme encourageant et une façon de se préparer à faire des bonnes choses. C’est aussi un appel au soutient de son Dieu, pour recevoir ses bénédictions. C’est ce qui donne la force d’aller de l’avant pour les musulmans. C’est aussi le nom du premier morceau de l’EP, une instrumentale courte de deux minutes, qui met en avant les qualités guitaristiques d’Anas. L’ensemble reste rythmé, même si ce n’est pas très dynamique. C’est juste une entrée en matière, avec une mélodie arabisante qui rappelle fortement celle du début de « Birth of the Three » d’Orphaned Land. Les Israéliens ne sont jamais très loin lorsque l’on parle d’Oriental Metal.

Pour le moment, pas de quoi nous faire tourner la tête, ça reste assez classique dans l’appréhension du mélange prog et oriental, et encore plus dans « The Judgement Day » aux riffs rappelant parfois Myrath ou même Dream Theater (d’un côté, les Tunisiens en sont fortement influencés). Il y a du chant dans ce nouveau projet d’Anas, les parties criées étant confiées à Florian Thérèse. Pas de grande originalité de ce côté là, tant dans la technique de chant que dans l’enchaînement des riffs. Certes, Anas sait manier son instrument, mais il lui manque encore cette patte personnelle qui le différencierait des maîtres et des ersatz du moment. « Ruins of Azl’Aôm » par contre, apporte une pêche d’enfer et pas mal d’éléments supplémentaires, que ce soit des riffs endiablés et alambiqués et des orchestrations soignées de Julien Marocco, qui était aussi présent sur l’album « A Neverending Pain of a Betrayed Man ». L’aspect oriental se fait davantage ressentir, dans les ambiances, les riffs et le chant arabe de Salomé Perli, au timbre qui se rapproche de celui de Shlomit Levy (OL). D’ailleurs, le final acoustique à la luth rappelle une nouvelle fois les Israéliens sur le final de leur première version de « The Storm Still Rages Inside ». Encore une fois, les maîtres de l’oriental ne sont jamais loin !

C’est sans doute « The Mirror of Life » qui change un peu, malgré le riffing principal très proche des grands du prog. L’ambiance est bien chaleureuse, avec cette dualité de guitare et la voix aérienne de la guest Aleksandra Radosavljevic. Les influences sont bien intégrées même si le mélange de sonorités peut apparaître un peu brouillon. Toutefois, le tout embarque l’auditeur, autant dans les parties plus lancinantes que dans les parties plus rapides et agressives.

Il est de plus en plus risqué, désormais, d’officier dans l’oriental metal quand on ne prend pas assez de risque pour créer une musique qui change et qui apporte une émotion nécessaire. Anas Abid, justement, ne semble pas être assez casse-cou, sans doute à cause de ce désir de toucher le plus de monde possible. Mais dans ce domaine là, il faut vraiment prendre de l’avant et se forger une identité solide. Ce « Bismillah », malgré ses bons points, n’est pas assez fort et couillu pour sortir du lot car trop proche, dans tous les cas, des sorties prog et/ou orientales.

 

Bak : Sculpture

Ξ avril 19th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Bak : SculptureSi vous deviez entreprendre des recherches afin de vous procurez du metal oriental, vers quels pays vous tourneriez vous ? L’Egypte, l’Israel, l’Arabie Saoudite, la Turquie…cela se comprend. Mais penseriez vous à chercher du côté de l’Australie ? Bien que ce soit le pays d’AC/DC, c’est aussi le pays de quelques formations marginales influencées par la mythologie égyptienne, à l’instar de Nile et de Karl Sanders aux USA. Si The Horn, par exemple, a déjà fait ses preuves en matière d’oriental black metal, Bak, lui, a encore beaucoup de temps d’années devant lui. Formé en 2010 à Sydney par trois mordus de mythologies orientales, le groupe met tout en œuvre pour s’octroyer un visuel tout ce qu’il y a plus arabisant, loin de la culture aborigène de leur contrée. Preuve en est, « Bak » était le nom d’un chef sculpteur d’Heliopolis, pendant le règne du pharaon Akhenaton, ce qui justifie le nom de leur premier album, « Sculpture ».

Ici, pas de didgeridoo ou autres instruments australiens, nous nous retrouvons avec un ensemble 100% oriental. Rien n’est feint, tout est naturel et bien fait, de quoi donner des boutons aux grosses pointures du genre ! En effet, Bak n’a rien à envier à ses aînés, sa musique est forte, sensuelle et archi chaleureuse, mélangeant metal, rock, prog, symphonique et folk. Les premières notes de « The Search » dépaysent déjà, avec son violon arabisant et sa mandoline, avant de nous embarquer dans un rythme exotique, où se côtoient aussi bien les riffs ravageurs que les chants clair et growlés. Les saccades et ce mélange rappelleront Orphaned Land, la lourdeur en moins.

Tout est vrai et authentique sur ce « Sculpture », que ce soit la variété des instruments traditionnels et des vocaux sur les longs « Can’t Understand » et « Not Just Your World ». Bak a invité des musiciens aguerris pour sa musique, que ce soit des membres de l’orchestre symphonique de Sydney, des chanteurs ou des musiciens ethniques, du Moyen Orient ou de l’Inde. Ce sont donc des personnes qui s’y connaissent et qui offrent à Bak leur savoir faire afin de rendre au mieux l’aspect folk et oriental des compositions. Les guitares metal renforcent la lourdeur, même si elles ne sont pas souvent présentes, car ce sont les ambiances et les chants qui priment, et non les éléments purement metal, bien que « Pay » apporte plus d’agressivité et une touche neo metal à ces claviers très oniriques.

Bak adore rendre ses compositions complexes dans certains morceaux, même si certaines parties peuvent être très simplistes et ne laisser apparaître que un ou deux instruments avec une voix. Ce n’est pas le cas sur « Our Time » qui nous en fait voir de toutes les couleurs avec son mélange d’opera, de mythologies, d’orient, de thrash et d’éléments oniriques. On retrouve même du neo-classique avec cette guitare archi mélodique à la Skyfire.

Je vous aurais bien parlé de Prince Of Persia, bien que la position géographique ne corresponde pas. Cependant, « Sands of Time » correspond bien à l’idéal musical de ce jeu vidéo avec ce groove imparable à la guitare et sa mélodie arabisante. Ajoutez les percussions, les instruments traditionnels, et tout y est.

Bak nous offre une épopée orientale hors du commun, riche et très dépaysante, destinée à tous les amateurs du genre et à ceux qui désirent découvrir de nouveaux horizons. Même si Bak, en soit, n’apporte rien en matière d’oriental, il faut dire que l’impression d’être en compagnie de pharaons ou de scribes existe bel et bien à l’écoute de ce « Sculpture » bien ficelé, quoique parfois un peu trop mou et trop gentillet. Une belle réussite en tout cas.

PS: et si jamais vous désirez vous procurer le CD, attendez vous à une surprise de taille dans le package…

 

Yossi Sassi : Melting Clocks

Ξ avril 16th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Yossi Sassi : Melting ClocksEn 1991, Yossi Sassi fondait avec ses amis le groupe légendaire Orphaned Land, précurseur du metal oriental dans le monde entier. Vingt ans après, ce même guitariste décide de créer davantage afin de montrer la musique qui est en lui. Toujours autant attaché au projet qu’il appelle « le projet de sa vie », le jeune israélien ne s’éloigne pas pourtant d’Orphaned Land mais se créé son propre one man band en composant et produisant lui-même sa musique.

Les talents du musiciens ne sont plus à prouver. On se souviendra de ses solos d’exception dans Orphaned Land, notamment celui de « The Warrior » avec plus de quatre minutes d’intensité et d’émotion. De plus, le sieur sait jouer plus de 17 guitares et instruments traditionnels différents tout en expérimentant constamment et en proposant de nouveaux horizons. En plus de cela, Yossi Sassi a eu l’occasion de partager la scène avec des grandes figures metalliques telles que Metallica, Steven Wilson ou encore Marty Friedman et de coopérer avec des artistes internationaux, en plus de tourner dans plus de trente pays.

Après la tournée européenne entièrement orientale aux côtés d’Arkan et Myrath, le musicien s’attaque maintenant à la sortie de son premier album solo et à une première tournée déjà complète. Arrive donc « Melting Clocks », un album étonnant et bien différent de ce qu’a eu l’habitude de nous proposer l’Israélien. Ce dernier se charge de la majeure partie des guitares ainsi que de jouer du clavier, de l’oud, du saz, du bouzouki et autres instruments traditionnels. Il s’entoure de musiciens avertis pour ce qui est du piano, des percussions, des flutes en roseau et kaval, des violons et d’autres parties guitares. On retrouve donc Marty Friedman (ex-Megadeth) à la gratte sur « The Routine » tandis que Yossi se charge de la basse.

L’album « Melting Clocks » est une œuvre conceptuelle sur la vie, peut-être la vôtre, celle que vous vivez tous les jours. Le matin vous vous levez, vous voyez les rayons du soleil (« Fields of Sunlight »), vous devez vous dépêcher pour aller au boulot (« The Calling : Rush Hour ») et vous vous rendez compte que vous ne vivez que parmi des chiffres et des nombres, avec, finalement, peu de mots (« Number’s World »). Toute la journée vous êtes envahis par vos pensées, vous vous dîtes sûrement que vous n’êtes pas si bien que ça (« Ain’t Good Enough »), vous réalisez ce que vous faîtes de votre vie dans cette routine (« The Routine »). Vous aimeriez vous détendre et vous vous mettez à rêver, le temps de quelques minutes (« Sahara Afternoon »). A la fin de la journée, vous vous reposez un peu, tout en vous disant que vous vivrez la même chose le lendemain (« Simple Things »). La nuit, vous allez vous coucher, avec le sentiment que les choses sont compliquées. Vous faîtes face à vos peurs et à cette montre qui vous suit partout, à longueur de journée. Vous sombrez dans le rêve jusqu’au réveil le lendemain matin (« Melting Clocks »).

Yossi vous offre donc un voyage musical qui vous suit le temps d’une journée, alternant les genres et les ambiances, mélangeant l’Est et l’Ouest, le hard rock et la World Music, ainsi que des parties ambientes. Vous aurez de tout dans ce « Melting Clocks », mais surtout un condensé de douceur et de chaleur. Pas d’agressivité, cet album est le reflet de notre vie quotidienne, mélange de l’univers de Yossi et de ses propres inspirations. Les trois premiers morceaux rappellent sans aucun doute l’œuvre de Satriani, avec cette guitare insistante et chanteuse, remplaçant irrémédiablement une voix. Toutefois, le musicien ne se tourne pas du côté des guitar hero, au contraire. Même si son jeu est maîtrisé et très mature, il n’est pas dans le domaine de la technique et de la démonstration à tout prix. Il s’agit plus d’un metal/rock progressif à la croisée des genres, où se côtoient autant de parties occidentales que de parties orientales, comme « Drive » et ses breaks folk symphoniques proche du dernier Orphaned Land.

Ainsi, les non initiés à la musique arabisante pourront y trouver leur compte, l’exotisme n’étant pas l’élément majeur des compositions de Yossi. « The Calling : Rush Hour » par exemple, met l’accent sur un heavy rock lancinant tandis que « Ain’t Good Enough » ou « Another Day in the Office » se rapprochent davantage d’un hard rock surexcité, mélangeant le chant tantôt énervé tantôt aérien de Yossi ainsi que ses solos implacables, comme une seconde voix.

« Number’s World », le titre phare de l’album, est sans aucun doute le plus fort et le plus riche en sonorités. Il s’agit d’un rock/hard rock oriental très chaleureux, bien que mélancolique, où s’alternent couplets occidentaux et refrains orientaux très fournis avec son mélange de guitare électrique/acoustique et son panel d’instruments orientaux. Une belle réussite, avant le jazzy « Melting Thoughts », guidé par le tic tac d’un réveil en guise de rythmique et par la voix suave de Marina Maximilian Blumin, qui rappellent les parties féminines chantées sur le « Moon Safari » du groupe Air. On peut aussi rêver sur l’arabisant « Sunset » ou se laisser porter par un « Simple Things » attachant et très mélodique.

Ce voyage se termine par la version instrumentalisée de « Melting Thoughts », à savoir « Melting Clocks », comme si vous recommenciez encore une fois votre routine. Mais vous avez encore le choix. Allez-vous, encore et toujours, vous réveiller le lendemain au sein de cette routine qui vous fatigue et vous empêche de vivre vos rêves ? Ou prendrez-vous le temps de tordre ou de faire fondre l’horloge qui vous suit, tel le boulet du prisonnier, afin d’apprécier chaque moment de votre vie et de faire ce que vous aviez toujours eu envie de faire, qu’importe le prix ?

Peut-être trouverez vous votre réponse en écoutant cet album homogène et particulier, loin de ce qu’on a pu entendre venant de Yossi Sassi mais à l’image de sa sincérité et de son sens de l’intensité.

 

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