Des nouveaux nés, on en a tous les jours. Des formations moyennes, on en voit beaucoup trop et il n’est pas évident de trouver celle qui passe à travers les mailles du filet. Pourtant, en voici une qui a beaucoup de potentiel. Non elle n’est pas russe mais bel et bien anglaise. Originaire de Londres et récemment formée par des membres du groupe de doom/death Eye Of Solitude, elle montre un nouveau visage à la scène black symphonique anglaise. Loin du gothique de Cradle of Filth, de l’épique de Bal Sagoth et de la majesté de Saturnian, le quintet a décidé de s’orienter du côté de la brutalité.
C’est au mois de mai que sort le tout premier EP « Ascension to the Throne Ov Self » signé chez le label français « Kaotoxin Records » responsable de sorties récentes remarquées tel que le « Black Throne of All Creation » de Dehuman ainsi que le « Scorn Aesthetics » d’Ad Patres. Sidious ne se situe pas si loin de ses frères metalleux puisque le death metal domine une bonne partie de ses morceaux. Pour être plus précis, le groupe officie dans un black/death symphonique brutal, un style qui manque assez de représentant. Inspiré principalement par le death metal polonais (Vader, Behemoth, Decapitated, Crionics) et le black symphonique norvégien (Dimmu Borgir, Old Man’s Child), Sidious livre une musique relativement puissante et violente où s’entremêlent la brutalité des riffs et la fine noirceur des claviers.
L’EP commence sur les chapeaux de roue avec un « Insurmountable Mass » sans concessions. L’intro symphonique finit par laisser place à un death typiquement polonais avec des touches black, des incursions aux claviers et des envolées au piano qui ne sont pas sans rappeler Vesania. C’est un fait : Sidious, contrairement à beaucoup de groupes actuels dans le genre, nous montre de quoi il est capable dès le départ et ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer. Même si on découvre des breaks supposés ralentir le rythme et apporter un peu de douceur, on repart peu de temps après dans la déflagration, en témoigne « Sentient Race », sorte de mélange entre le Dimmu Borgir actuel et le Crionics du passé (période « Human Error : Ways of Selfdestruction ») avec le growl en plus.
Le reste de l’EP met l’accent sur des parties plus tournées vers le black, mais toujours avec la dominance du growl sur quelques lignes de chant criés. Sidious met aussi davantage en avant le contraste entre brutalité, mélodie et atmosphère. Les ambiances obscures arrivent alors à prendre de l’ampleur, les riffs ne faisant qu’un avec les envolées au violon et les notes pessimistes au piano, pas si loin d’Immanifest. En guise de rupture, le final de l’éponyme « Ascension to the Throne Ov Self » montre un ensemble beaucoup plus lent, quasi doomesque, avec ce growl, ces riffs et ce rythme écrasants, soutenus par des chœurs sombres.
Enfin un groupe qui arrive à sortir convenablement des sentiers battus avec un opus beaucoup plus brutal que la norme dans le domaine du black symphonique. Malgré des influences polonaises et norvégiennes évidentes, Sidious a plus d’une corde à son arc puisqu’il arrive à mêler le tout avec talent. Il a de plus dans ses rangs quelques membres issus du doom/death, et cela se ressent en particulier dans le dernier morceau, ce qui lui permet d’étoffer sa musique. On attend donc le full length, histoire de voir si Sidious peut tenir la cadence et conserver toute sa puissance sur une dizaine de titres.
C’est en 2007 que le groupe argentin Mortuorial Eclipse voit le jour, sous l’impulsion de Nefass, Darker Mysteria et Doom avec comme but d’officier dans un black/death metal teinté de compositions symphoniques mis en valeur par des thématiques occultes et des passages dramatiques. Désireux de se faire connaître hors Amérique Latine, le pari était osé mais l’ambition du trio lui permit d’enregistrer une première démo (non sortie à ce jour) en 2009 avant d’enchaîner les concerts début 2010. Les changements de line up auront eu raison de la formation originelle puisque le chanteur/guitariste Nefass est le seul rescapé. Rejoint par le claviériste Baal Herith et par le batteur Kobal, les musiciens se mettent au boulot et sortent leur premier album été 2012, « The Aethyrs Call », réédité chez Ishtar Gate Productions pour la distribution sud-américaine et chez Art Gates Records pour la distribution européenne début 2013.
Mortuorial Eclipse est une sorte de mix entre Dimmu Borgir, Septic Flesh et Vesania, un black death très porté sur les parties symphoniques et les ambiances caractéristiques. En cela, rien de révolutionnaire à détecter mais les Argentins se débrouillent plutôt bien avec un bon mélange du black et du death et une bonne intégration des orchestrations de qualité. Il faut dire que l’Amérique du Sud ne fait pas beaucoup parler d’elle en matière de black symphonique (les groupes de black et de dsbm, par exemple, font toutefois légion). Ici, on se retrouve donc avec un groupe ambitieux, ses inspirations lui permettant d’officier dans un style certes revu et corrigé mais qui ne manque pas de punch. « Advent of a Sinister Omen » ouvre le bal après son introduction « The Summoner’s Procession ». On sent la puissance ainsi cette rage qui perdurent jusqu’à la fin de l’opus. Malgré des moments forts en orchestrations et en tranchant, pas de surprise tant les influences se font ressentir, que ce soit dans les riffs ou dans certaines alternances de chant. La différence réside dans le côté obscur et occulte, et ces violons imitant une sorte d’invocation, comme sur le duo « Perpetual Covenant » et « At the Gates of the Marduk’s Shrine ».
Pour coller aux productions européennes, le mixage et le mastering a été confié à Arek « Malta » Malczewski (Decapitated, Behemoth, Vesania) aux Sound Division Studios, ce qui confère à « The Aethyrs Call » un son à la polonaise : puissant, carré et particulièrement clean. C’est peut-être l’élément de trop car la musique de Mortuorial Eclipse aurait gagné en profondeur si le son avait été un peu moins clean, afin de mieux faire ressortir les ambiances occultes. Autre défaut notable : la présence quasi inutile des quelques instrumentales (qui se seraient mieux imbriqués dans les titres qui les suivent) comme « The Summoner’s Procession », « Perpetual Covenant » ou « Submission ». Les distinguer n’est pas judicieux et on a plus l’impression qu’elles servent de remplissage. Du coup l’album est très court (même pas trente minutes) et on regrette un certain manque de prise de risque : on connaît déjà la musique.
En définitive, « The Aethyrs Call » est un bon album, puissant et tranchant, avec de bonnes ambiances, cependant on nage, tout le long, en terrain connu. Malgré cette envie de se démarquer, Mortuorial Eclipse a du mal à se forger une réelle identité. Il pourrait tirer son épingle du jeu en mettant davantage en valeur les parties occultes et incantatoires (pas si fréquentes que ça dans le black symphonique). Il n’y a plus qu’à espérer avoir un second album détenant ce petit quelque chose qui manque.
Pendant ses quatorze années de bons et loyaux services, Shade Empire aura marqué de sa patte maléfique son passage du côté du black symphonique boosté à l’électronique, et ce dès 2004 et son premier opus « Sinthetic », délivrant une musique puissante et impériale dans laquelle se mêlait habilement la noirceur du black metal et le côté futuriste voire spatial du duo sympho/electro. La suite de sa carrière n’a cependant pas été aussi grandiose : d’un côté « Intoxicate O.S » montrait une volonté de ne pas faire une pâle copie de « Sinthetic » mais perdait son originalité avec une trop grande influence The Kovenant. De l’autre, « Zero Nexus », à la meilleure production, misait plus sur l’électro pour forger un caractère futuriste mais manquait, au final, d’accroche.
C’est donc cinq ans après « Zero Nexus » que revient Shade Empire. Une attente longue dans la mesure où le nouvel opus est annoncé depuis un bon moment maintenant, mais il faut dire que cela vaut le coup. Les Finlandais ont eu le temps de travailler et de peaufiner leur nouvelle œuvre, « Omega Arcane », signée chez Candlelight. L’évolution est de mise car on découvre un Shade Empire comme on ne l’avait jamais vu. Même s’il reprend ce qui avait fait le succès de « Sinthetic », à savoir le côté impérial, spatial et puissant, il se dirige cette fois-ci vers le black/death symphonique presque dénué de sonorités électroniques. Ici, la force du groupe ne réside pas que dans les claviers mais aussi dans les guitares, qui ressortent mieux, ainsi que dans les vocaux, cette alternance de chant black et de growl death. La production est de plus très clean, peut-être même trop : le sextet n’a jamais eu besoin d’une énorme qualité de son pour fournir quelque chose de puissant et d’ambiancé.
Le morceau introducteur « Ruins », ici dans sa version longue, montre des Finlandais en pleine forme misant sur les atmosphères spatiales et sur des claviers symphoniques grandiloquents mais très maîtrisés. On se situe quelque part entre Mechina (flagrant sur « Devolution ») et Dimmu Borgir, avec le côté impérial et ravageur de Shade Empire ainsi que des gros riffs brutaux tantôt black, tantôt death, qui ne font pas de cadeaux.
On nous emmène de façon déconcertante dans un monde plus sombre et torturé, parfois apocalyptique, mais toujours avec cette rage et ce savoir faire propre au sextet, qui joue allégrement avec les rythmes et un côté progressif indéniable. C’est grandiose et tonitruant, empreint d’un caractère nébuleux mais toujours efficace et remplis de moments intenses. Pas le droit au répit, que ce soit dans « Dawnless Days » ou dans le remarquable « Until No Life Breeds » laissant ressortir quelques notes de piano. La lumière n’a pas de place et la brutalité ne fait qu’un avec la magie symphonique.
« Disembodiment » nous transporte dans un périple long de plus de treize minutes. Même s’il souffre de quelques longueurs, le voyage est savoureux et surprenant car nous passons d’une ambiance à une autre, d’un break à un autre, entre des déflagrations black/death toujours accompagnées de ces claviers majestueux. Mais c’est sans doute « Malicious Winds » qui enfonce le clou, avec cette force et ces chœurs pris dans une mélodie principale pas loin des symphonies arabisantes.
Les seules touches d’électro se situent dans « Traveler of Unlight » dont l’intro rappelle les bidouilles de l’album « Sinthetic ». La suite ne fait que nous renvoyer en pleine figure l’évolution de Shade Empire qui abuse plus de son influence death metal et de la qualité de ses orchestrations. « Nomad » aussi nous propose quelques éléments électroniques dans son death/black brute de décoffrage, pas si loin de son compatriote de Vortech.
Gros coup de théâtre pour Shade Empire qui revient avec une bombe symphonique de toute beauté, remarquable de puissance et de noirceur, forte de maîtrise et de saveur, envahie par la soif du dépassement de soi et l’envie de faire mieux que par le passé. « Omega Arcane », sans l’ombre d’un doute, surplombe ses prédécesseurs, même si « Sinthetic » reste à part tant dans sa singularité que dans sa force novatrice. Mais ce nouveau rejeton, sans rien révolutionner tout de même, permet au moins de se délecter d’un black/death symphonique épique et spatial, sans tomber dans le pompeux et le « sans âme ». Une belle réussite.
On les attendait de pieds fermes ces Finlandais, près de quatre ans après le bon « Children of the Dark Waters ». Ils sont aujourd’hui de retour avec leur septième méfait nommé « Saivon Lapsi », premier opus à se doter d’un patronyme finlandais. Le sextet continue sur sa lancée avec un death mélodique symphonique teinté d’éléments black et gothiques. La recette ne change pas vraiment et les adorateurs du groupe ne devraient pas trop être dépaysés. Oui mais…
Eternal Tears Of Sorrow a passé un cap crucial. Maintenant qu’il a adopté pour de bon un son symphonique et que le chant clair fait partie intégrante des compositions, il semble s’être légèrement reposé sur ses lauriers. Finis les ambiances prenantes, le tranchant des vocaux et le côté cristalin des claviers. C’est le superficiel et l’édulcoré qui prend le dessus. Bien sûr, quand on parle d’un groupe comme ETOS, il faut en aucun cas s’attendre à de gros riffs, à de gros blasts beats ou à une rapidité extrême. Les gars de Pudasjarvi ont toujours eu l’art de mélanger le côté incisif des guitares à la douceur des mélodies avec une facilité déconcertante, sans tomber dans le mielleux. Avec « Saivon Lapsi », toutefois, ils tendent à insister un peu trop sur la mélodie et le côté « cul-cul » des compositions, ce qui les rend bien fades et superficielles…
Même si on retrouve la patte d’ETOS, on sait cependant qu’ils ont fait beaucoup mieux. Les titres nous enchantent beaucoup moins, on peine à retrouver la magie des opus précédents. Les claviers ont une place prépondérante et volent souvent la vedette aux guitares, qui se font plus discrètes. Le chant extrême d’Altti côtoie le chant clair de Jarmo tandis que de nombreux chœurs féminins apparaissent ici et là. Le rythme peine à décoller, ce sont les mid tempos qui sont à l’honneur, avec un batteur faisant le minimum vital.
Il ne faut pas espérer avoir une première partie d’album phénoménale. En fait, ETOS semble avoir maladroitement agencé ses morceaux. Les deux instrumentales « Saivo » et « Kuura » n’apportent pas grand chose et cassent le rythme surtout quand un « Legion of the Beast » nous présage que du bon : soli typiquement Etosiens (duo guitares/claviers), rapidité du rythme et sonorités variées. Ca repart bien avec un « Dance of December » au souffle symphonique très prononcé, toujours avec cet impeccable duo guitares/claviers, mais une nouvelle fois, la dynamique est rompue avec l’arrivée de la balade « cul-cul » « Sound of Silence » dans lequel Jarmo et Miriam Renväg (Ram-Zet) se partagent le titre (comme quoi, on peut avoir un chant niais tout en étant dans un groupe de schizos…).
Le reste des morceaux est plus intéressant, que ce soit « Beneath the Frozen Leaves » ou « Swan Saivo » avec une bonne dynamique, de bons claviers symphos et une bonne voix. C’est loin d’être mauvais, bien au contraire, mais ça dégouline de mièvrerie, en particulier sur le final « Angelheart, Ravenheart (Act III : Saivon Lapsi) », assez long d’ailleurs, tiraillé entre les parties pleines de bons sentiments et les parties plus tranchantes, mêlant habilement l’agressivité et la mélodie.
C’est dommage car avec le mixage Mikko Karmila (Children Of Bodom, Nightwish…), le mastering de Mika Jussila (Sonata Arctica…) une pochette de Travis Smith (Opeth, Amorphis, Anathema) et le talent d’ETOS, on était en droit d’attendre un magnifique album. Cependant, ce « Saivon Lapsi » est sans doute leur œuvre la moins aboutie à ce jour, les Finlandais ayant troqué leur mélodies enchanteresses contre des mélodies édulcorées sans caractère.
Comme on dit souvent : c’était mieux avant…
Formé en 2000 en Turquie, Black Omen jouit d’une petite réputation auprès de la scène locale. Avec son black death symphonique, il fait partie des fers de lance d’un style peu exploité dans la région et continue d’être plutôt actif. Depuis 2003, il enchaîne les sorties, notamment le remarqué « Sinfony » en 2007, et voici donc fin 2012 son nouvel opus, « Psytanalysis ».
Si vous en avez assez de tous ces groupes Russes qui envahissent la scène black symphonique, Black Omen peut être fait pour vous. Les Turcs vont droit au but et se dotent de morceaux solides, qui pourraient faire pâlir ceux qui n’ont plus rien à prouver mais qui sont, malgré tout, en manque d’inspiration. Ainsi, les dix pistes mettent en avant une musique mélodique dans laquelle est mise en lumière une ambiance impériale. Les guitares se trouvent au premier plan, alternant riffs black, riffs death et plan technico-mélodiques. Les orchestrations, aux claviers, apportent un soutient et permettent de renforcer certaines atmosphères (« Eternal in Nothingness », « Beast in Necropolis »).
L’amélioration du son et de la production ainsi que la venue du nouveau chanteur, Karahan, apportent beaucoup de bien au black/death symphonique des Turcs. L’un permet de rendre le tout plus massif et puissant tandis que l’autre permet de varier les plaisirs. Même si Karahan semble plus à l’aise dans le growl death que dans le chant black, il arrive à appuyer la vélocité et le tranchant des riffs (« The Secret Is Once Found Out »).
Les nappes et touches symphoniques ont beau être bien fichues (« Ancient Town » et sa mélodie entêtante), il n’empêche que l’ensemble n’est en rien novateur. On se retrouve tantôt du côté de Dimmu Borgir, tantôt du côté de Dagor Dagorath ou de Demonic Resurrection. Toutefois, certaines éléments peu exploités en général dans le genre nous rappellent dans quel coin du monde nous nous situons, c’est à dire, au Proche Orient. « Shadow Over Existence » est le titre le plus flagrant dans l’utilisation de la gamme orientale, qu’elle soit faite à la guitare ou aux claviers. L’atmosphérique « Sping Rains » et ses chants féminins n’est pas mal aussi dans le genre.
« Psytanalysis » est un bon opus mettant en lumière une autre partie du globe ainsi qu’un Black Omen avec beaucoup de potentiels, le groupe étant tout de même auto-produit et ayant partagé la scène avec Rotting Christ. A découvrir, même si rien n’est novateur.
On ne compte plus les groupes de black symphonique sortant de Russie, et pour cause, la majorité des nouvelles formations viennent tout droit de ces contrées hivernales. Guidéede prime abord par le duo Stigmatic Chorus / Crystal Abyss à la fin des années 90, cette scène révèle bon nombres de musiciens aguerris qui leur emboîtent le pas depuis une bonne décennie. Les dérivés sont suffisamment éclectiques pour attirer et la production suffisamment puissante pour égaler les productions européennes. Quant à la forme, même si on retrouve certaines empreintes norvégiennes, les mélodies et ambiances sont marqués par le folklore de l’est et par les froides températures.
De Moscou, Arcanorum Astrum fait partie des dernières révélations à surveiller de très prêt. Avec sa première démo sortie en 2009, le sextet proposait un black/death symphonique brute de décoffrage où s’entremêlaient la brutalité des guitares à la légèreté et au côté cristallin des compositions. Il remet le couvert fin 2012 avec « Enlightenment », le premier full length de nouveau auto-produit. Même s’il est marqué par un léger changement de line up avec le remplacement du chanteur Panzer par Eazas (Grey Heaven Fall), on retrouve cette puissance et cette brutalité sans concession tout au long des compositions, Arcanorum Astrum ne lésinant pas sur un assemblage massif de blasts beats et de riffs percutants. Les claviers distillent une ambiance sombre et froide, à l’image du premier morceau « Warrior of Darkness », qui figurait sur la première démo.
L’alliage du black et du death metal fait mouche, en particulier dans les riffs. Massifs et variés, ils dynamisent les compositions tout en laissant la place aux atmosphères. Il n’y a pas de répit avec Arcanorum Astrum, même les passages les moins brutes regorgent d’agressivité, en particulier dans le chant. Il est aussi intéressant de voir que le groupe arrive à échapper à la linéarité, grâce à un certain éclectisme. Même si les influences musicales sont variées, on n’est loin de tomber dans un fourre-tout, bien au contraire. L’ensemble reste cohérent et adapté à l’univers des Russes, que ce soit sur un « Battle for Future » plus futuriste, avec les sons électroniques, sur un « War of Chaos » ou un « Mortal Sin », avec quelques chants clairs et une osmose parfaite entre claviers et batterie, ou encore un « Illusion of Truth », très marqué par l’empreinte black symphonique russe (chant russe bien mis en avant, beaucoup de claviers, côté théâtral…).
Les influences death d’Arcanorum Astrum se confirment avec « Without Judgement », une cover du groupe Death. On ne peut pas dire que l’inspiration manque au sextet, car même cette reprise réserve son lot de surprises. Le groupe a gardé son identité tout en conversant les principales caractéristiques du morceau original (mélodies, riffs). Les guitares et les claviers se combinent pour former un tout, ni l’un ni l’autre ne prenant plus de place.
Même si souvent le black symphonique russe n’est pas le plus original, il y a toujours des groupes qui arrivent à renverser la tendance, et il est clair qu’Arcanorum Astrum fait partie des jeunes recrues ayant le plus de talent, grâce à une musique puissante, agressive et mélodique et une ambiance particulière, reconnaissable entre mille. Ils ont en tout cas toutes les chances de pouvoir percer en dehors de leur Russie natale s’ils continuent sur cette voie.
On ne pourra pas dire que les sorties black symphoniques sont rares cette année, et pour cause : différents pays se mettent enfin en valeur et nous n’aurons pas besoin de nous orienter vers la Norvège, la Russie ou les Etats-Unis. En effet, c’est du côté de l’Australie que nous allons, avec une petite formation du nom d’Advent Sorrow (à ne pas confondre avec son confrère américain « Vesperian Sorrow »).
Le sextet originaire de Perth peut se targuer d’apporter un petit coup de boost dans une scène black symphonique australienne quasi morte. Que retenons-nous vraiment de ce style dans ce pays à part les expérimentations de Nazxul ? Pas grand chose. Et il se peut qu’Advent Sorrow renverse la tendance, ce qui ne serait pas mauvais en soit. Toutefois, l’orientation prise par le groupe ne peut qu’engendrer des doutes quant à son futur et sa durée, car une fois de plus, nous voilà face à un combo inspiré par Dimmu Borgir (au niveau de la musique) et Carach Angren (au niveau de la voix et du concept).
Même si les Australiens intègrent des éléments liés au death et parfois au doom, c’est bien à un arrière goût de déjà entendu que nous avons à faire. L’EP « Before the Dimming Light » raconte l’histoire cauchemardesque d’un tueur, qui tombe peu à peu dans la folie. On le voit attendre son exécution tout en apprenant ce qui l’a rendu paranoïaque, tandis que les textes nous décrivent ses atrocités ainsi que son goût pour la violence. On nage en plein horreur et chagrin.
La musique d’Advent Sorrow n’est, en soit, pas originale. Les relents dimmuborgiens sont omniprésents : le début de « Before the Dimming Light » rappelle fortement le « Reptile » des Norvégiens tandis que les violons et piano de « Wraith of Silence » font irrémédiablement penser aux opus suivants. Heureusement qu’il y a une certaine hargne et un dynamisme imprenable pour se laisser prendre au jeu. Les différentes alternances permettent un peu de variation, notamment lorsqu’arrivent les vocaux death ainsi que les riffs caractéristiques. Les claviers et les samples apportent beaucoup aux compositions d’Advent Sorrow, ce qui permet d’apporter ce côté horrifique et tragique, comme sur « Insidious Memories », l’auditeur étant dans les souvenirs du tueur. Les guitares arrivent tout de même à se démarquer et à ne pas se laisser écrasées par les envolées au clavier.
« Withered by Her Curse » est une très bonne conclusion car il permet de découvrir plusieurs humeurs et plusieurs parties, entre des débuts inquiétants et agressifs, soutenus par des blasts bien placés, un milieu emmené par des arpèges au piano à la Dimmu Borgir (malheureusement ou heureusement, tout dépend des points de vue), des passages plus lents et plus proches du doom, et une fin plus torturée, plus triste, avec son violon mélancolique, laissant place à un growl profond et une étonnante lourdeur.
Advent Sorrow ne livre pas un EP très original malgré une volonté d’apporter quelques touches personnelles, mais au moins, il offre à l’auditeur vingt cinq bonnes minutes de black/death symphonique tout en offrant à l’auditeur le moyen de s’imprégner d’un certain concept, et ce, avec une bonne production faite maison.
Zonaria fait partie de ces petits groupes qui se démarquent largement de la scène death mélodique, très saturée et surtout remplie de copies plus ou moins conformes. Depuis ses débuts en 2007 avec « Infamy and the Breed », les Suédois ont réussi à imposer leur patte dans un pays où le Death Metal est roi, et ce grâce à la mise en place d’un melo-death lourd aux consonances black et aux relents apocalyptiques. Si « The Cancer Empire » entamait une orientation musicale plus moderne, « Arrival of the Red Sun » la confirme.
Le quatuor, qui se sera au préalable séparé de son bassiste, est de nouveau rentré aux célèbres Abyss Studios sous la houlette de Jonas Kjellgren (Scar Symmetry) pour l’enregistrement de son nouvel opus, qui sort tout de même quatre ans après le précédent. Zonaria aura mis du temps et il faut dire qu’ils ont profité de ce précieux temps pour peaufiner leur compositions, affirmer leur style mais aussi leur position. En effet, ces gars d’Umea font certainement partie de la nouvelle vague death mélodique suédoise, ce qui change largement des groupes aux trop forts relents core.
« Arrival of the Red Sun », de manière conceptuelle, semble être une parfaite suite logique puisque les thématiques sentent bon l’apocalypse, car ici ce « soleil rouge » est le principal responsable de l’holocauste. Pas de retour en arrière possible, tout est censé brûler à en croire la pochette rougeoyante. Si le concept atteint ici son paroxysme, les titres en eux-mêmes se teintent eux aussi d’une aura noire et dense, certes déjà présente sur les opus précédents, mais relevées par la présence de claviers symphoniques. Par conséquent, il va falloir s’habituer à une nouvelle influence notable dans l’appréhension des parties orchestrales : Dimmu Borgir.
La fusion Hypocrisy/Behemoth ne sera donc plus la seule à être détectée. Zonaria a toujours su mettre à profit ses influences afin de ne pas tomber dans la copie facile, mêlant les mélodies et les atmosphères de l’un avec l’agressivité et la lourdeur de l’autre tout en ajoutant une patte bien particulière qui fait la différence. Sur cet opus, ils ne dérogent pas à la règle puisque des titres comme « Arrival of the Red Sun » ou « Liberation Zero » rappellent leurs confrères deathsters. Mais désormais, il faut ajouter à cela des touches symphoniques bien présentes, propulsant Zonaria dans la cour des groupes de death/black mélodique symphonique, avec des arrangements dignes d’un « In Sorte Diaboli » ou d’un « Abrahadabra ».
Concept pessimiste oblige, les claviers apportent donc beaucoup aux ambiances en installant des touches plus ou moins grandiloquentes au sein d’un melo death bien burné. Si la première moitié de l’opus montrait un Zonaria plus traditionnel, plus fidèle à ses anciennes chansons, avec des claviers posant purement et simplement une atmosphère sombre et étouffante (« Arrival of the Red Sun »), la seconde moitié, elle, dirige Zonaria vers un ensemble plus moderne et plus proche de la mode du moment (c’est à dire, le death symphonique). Le trio « Full Spectrum Dominance », « My Vengeance Remains » et « Face My Justice » montrent irrémédiablement de quoi les Suédois sont capables. Les riffs tranchants se mêlent à une voix hargneuse et à du sympho souvent imposant, parfois inquiétant et quelques fois épiques et mystérieux. Les mélodies zonarienne à la guitare s’accompagnent de mélodies typiquement dimmuborgiriennes aux claviers, alternant les passages aux riffs tronçonneurs et les passages plus pompeux. Impossible d’échapper aux choeurs sombres. Ceci dit, c’est réussi.
Avec une production un poil plus propre et un nouveau label, Zonaria s’embarque pour de bon vers une orientation musicale plus accessible et plus tape à l’oreille (si je puis dire). Cependant, sans être révolutionnaires, ils savent varier leur propos et équilibrer le tout sans en faire de trop, sans être trop niais ou trop simpliste, ce qui fait de cet « Arrival of the Red Sun » une des meilleurs sorties de melo-death suédois depuis des années.
En l’espace de quelques années, la rencontre de Dustin Wake et de Chris Hayes aura porté ces fruits, conduisant à la formation d’Archaic Eclipse. Inspirés par la mythologie nordique et croyant fortement en l’Asatru (une des différentes manifestations du paganisme nordique-germanique), le petit groupe a su en tirer une certaine force afin de créer des compositions dans un style metal extrême symphonique touchant au pagan, au black et au death metal.
En l’espace de pratiquement trois ans, les Américains ont sorti trois démos en digital, « In Fields of Morning Frost », « They Came with the Fog » et « The Seidkona Oracle ». Ces trois démos ont été regroupés en un même album afin d’en faire une compilation, un cd physique mais aussi montrer une certaine évolution. Car il y en a bien une. Toutes les pistes ont été inclues selon leur date de parution et non dans le désordre, comme le font certains groupes actuellement. Archaic Eclipse ne brouille donc pas les pistes, et montre bel et bien qu’il a eu affaire à des débuts timides avant de partir vers quelque chose de plus grande envergure.
La compilation se compose de neuf titres très tournés vers la nature, chaque trinité appartenant à une démo en particulier. Attaquons nous donc à chacune d’entre elle.
« In Fields of Morning Frost »
Première sortie en 2008, le duo disposait de peu de moyens. Toutefois, il avait beaucoup d’idées en tête, de quoi le différencier de tous les groupes de sympho extrême du moment. Ainsi, pas besoin de comparer le binôme aux formations américaines ou norvégiennes puisqu’il s’approche davantage de la vague épique et folk aux fortes consonances symphoniques. Le titre éponyme le montre bien, avec ses riffs bien caractéristiques et ses plages atmosphériques aux instruments traditionnels (flûtes, violons, guitares acoustiques). La production laisse cependant à désirer au niveau des guitares, parfois cacophoniques, et des vocaux (alternance de chant black et de chant death) qui peinent à se démarquer. Ce sont toute les claviers qui sonnent le mieux avec leur sonorités cristallines, parradés de samples de vent, de clapotis, d’oiseaux ou de loups (l’instrumentale « Soaring Through Wayward Winds » apporte un peu de fraîcheur et est très relaxante si on en a assez des klaxons et de la pollution).
« They Came with the Fog »
Parue en 2009, cette démo montre une amélioration dans le jeu d’Archaic Eclipse. Il diversifie ces influences pour davantage toucher au death metal au niveau du riffing (proche du melo death par moment), soutenu par une alternance de chants extrêmes et par des claviers symphoniques révoltés. L’éponyme met l’accent sur l’agressivité de tous ses instruments ainsi que sur un certain côté sombre et furieux. Les violons aigus et leur côté barrés mêlés aux riffs parfois saccadés rappellent le Chthonic période « Seediq Bale ». A contrario, « Carved into Pale Twilight » mixe le black/death épique avec un côté folk indéniable, proposant même des plages au piano.
« The Seidkona Oracle »
2011 est une date importante pour Archaic Eclipse qui se trouve un bassiste et un guitariste, la batterie étant encore une programmation par ordinateur. La production s’est un tout petit peu améliorée mais c’est surtout le niveau technique et la brutalité des compositions qui étonnent, tranchant littéralement avec les deux précédentes sorties. « The Seidkona Oracle » rappelle les formations de death technique, mais à la sauce pagan et symphonique. Les touches black sont beaucoup moins présentes, c’est son style rival qui est à l’honneur sur la majeure partie des titres, le growl étant bien caverneux, le batterie révoltée avec ses blasts, et les guitares très incisives avec leur dose de technicité. Idem pour « Into the Berseker Frey » qui pourrait faire penser au « Agony » de Fleshgod Apocalypse, avec ces orchestrations et ces choeurs.
Archaic Eclipse manque encore de mediatisation et c’est sans doute ce qui lui fait le plus de tort car il s’agit d’un groupe avec du potentiel, sortant quelque peu des sentiers battus en matière de black/death symphonique, le côté pagan et épique y étant pour quelque chose. Il faudra en tout cas améliorer la production s’ils veulent rendre leur musique plus attrayante.
Dans tous les cas, si vous voulez vous faire une idée du metal de ces Américains, autant vous pencher sur cette compilation qui a le mérite de tout rassembler et de montrer l’évolution musicale d’un petit groupe passionné.
C’est sans doute en Pologne qu’on retrouve les formations les plus innovantes et les plus surprenantes en matière de metal extrême, entre le death metal de Behemoth ou de Vader en passant par le black symphonique de Hermh ou de Vesania, pour ne citer qu’eux. Ce pays de l’Europe central reste, sans aucun doute, important et riche dans ce domaine, accueillant depuis bon nombre d’années un panel de formations reconnues, et d’autres montantes, comme Devilish Impressions, par exemple.
Le groupe, formé depuis 2000, n’avait alors que deux albums, prometteurs au niveau des ambiances mais souffrant d’un manque de personnalité et d’une production qui laissait à désirer. Ainsi, les Polonais avaient acquis une petite réputation, sans toutefois élargir leur compétences, vite dominés par des groupes plus hargneux et entreprenants tels les redoutables Vesania ou Luna Ad Noctum.
Toutefois Quazarre, seul membre rescapé de la formation et chanteur chez Asgaard et Crionics, comptait bien remédier à cela en apportant l’inspiration et la puissance nécessaires pour faire vivre Devilish Impressions. Dans la mesure où la scène extrême polonaise est comme une grande famille, le chanteur/guitariste s’octroie les services de musiciens réputés du black et/ou death metal polonais, à savoir le batteur Icanraz (Hermh, Abused Majesty) mais aussi des guests, Jacek Grecki (Lost Soul), Roman Bereznicki (Lecter) et Flumen (Asgaard).
C’est un travail de titan que nous fournit Devilish Impressions, signant chez le nouveau label Icaros Records, obtenant le design de Xaay (Nile, Vader, Necrophagist) et produisant dans plusieurs studios, dont le fameux Hertz Studio. Ils ont de plus passé beaucoup de temps à composer, les premiers enregistrements ayant été effectués en 2010. Ils ont aussi fait renaître leur inspiration, se basant sur les écrits de grands auteurs, devenus leurs icônes (Charles Baudelaire, Oscar Wilde, Lord Byron…).
Dès le morceau d’ouverture « Icaros », on sent l’évolution et on devine ce que va nous apporter Devilish Impressions à travers l’album. La production est soignée, les guitares puissantes, entre riffs typiquement black et d’autres davantage death voire thrashy, accompagnées d’une batterie sans merci, d’orchestrations plus vraies que nature cette fois-ci, et d’une alternance de chant bien effectuée. Dans les précédents opus et le dernier EP de Crionics, Quazarre n’avait, à mon sens, pas vraiment su utiliser son chant clair, souvent médiocre. Or ici, son timbre naturel est une force supplémentaire pour Devilish Impressions, sortant le groupe de la masse, et l’embarquant dans des contrées plus mélancoliques et dramatiques, comme sur le morceau « Lilith ».
Des titres comme « Legion of Chaos » ou « Fear No Gods ! » montrent tout le potentiel du groupe et la marque de fabrique made in Poland, avec ce riffing insistant et sa force de frappe implacable. Même quand le rythme est mid tempo, l’efficacité est garantie, grâce à un chant black hargneux, bien que commun, des orchestrations impériales et grandiloquentes, pas loin de Dimmu Borgir, et des touches industrielles à la Crionics pour relever une certaine atmosphère.
En dépit de l’aspect moderne, décelable dans la qualité du son et dans certains riffs, Devilish Impressions pimente pas mal ses compositions, qui passent comme une lettre à la poste. Peut-être pas assez directe pour terminer dans la cours des groupes black symphoniques les plus brutaux, il ajoute toutefois les éléments nécessaires, riffs ou orchestrations, pour nous faire tenir en haleine, que ce soit le simple « The Last Farewell » aux touches épiques, ou un « Vi Veri Vniversum Vivus Vivi » bien blasté et grandiloquent, dont l’intro inquiétante rappelle celle de « Horns ov Baphomet » de Behemoth.
Les Polonais franchissent un cap important dans leur carrière, renforçant leur black/death symphonique en apportant une énergie nouvelle à un ensemble plus traditionnel en matière de metal extrême polonais. De quoi pimenter la concurrence et perturber leurs compatriotes de chez Vesania ou leurs confrères Norvégiens.
La fin 1990/début des années 2000 aura été une période très solide dans le domaine du metal mélodique et surtout du metal extrême mélodique. Children Of Bodom aura accouché de trois albums en 1997, 1999 et 2000 (« Something Wild », « Hatebreeder » et « Follow the Reaper »), amenant de ce fait une nouvelle vague et engendrant un style très hybride entre power metal, black metal et néoclassique. Kalmah aura eu le temps d’enregistrer son premier « Swamplord » en 2000 dans un genre black/death mélodique très racé. Et Skyfire, quant à lui, démarrera sa prometteuse carrière printemps 2001 avec « Timeless Departure ».
En Norvège, le black symphonique connait ses plus belles heures : Dimmu Borgir s’est trouvé une nouvelle sphère, Emperor est sur le point de sortir son dernier album, Limbonic Art a déjà une belle carrière derrière lui et Arcturus a bien décollé avec son black symphonique avangardiste complet.
Quant au death mélodique, il est très en vogue, et en particulier le made in Sweden, que ce soit celui de In Flames ou de Dark Tranquility. Skyfire n’est pas originaire de Göteborg mais de Höör et ne s’est pas contenté que de s’influencer de ses pères pour créer une musique qui deviendra, avec les années, bien caractéristique et personnelle. En réalité, le quintette du début a plutôt pioché des idées à droite et à gauche, des idées en vogue il faut dire, afin d’ajouter sa patte et d’en sortir des compositions totalement originales. C’est ainsi que du mélange du néoclassisme de Children Of Bodom, du death mélodique suédois et du black symphonique norvégien qu’est née la formation de Höör.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Suède est loin d’être le pays du sympho extrême car on le connait beaucoup plus pour son death metal. Poutant, Skyfire, en 2001, va être le pionnier du black/death/mélodique/symphonique dans son pays. Preuve en est encore maintenant : les formations du genre ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Malgré tout, rien ne prédestinait totalement ce groupe à un avenir brillant, car non seulement Children Of Bodom vivait ses meilleures heures mais en plus les scènes death mélodique et black symphonique offraient à ses auditeurs des albums d’exception. Enfin, la musique de Skyfire était loin d’être parfaite. Le groupe naquit donc dans l’ombre des combos du moment.
Cependant, ce n’étaient pas ces obstacles qui allaient faire reculer les membres de Höör, bien au contraire. Ils arrivent à se dégoter le tout petit label Hammerheart Records et à enregistrer leur « Timeless Departure » aux désormais réputés Abyss Studio sous la houlette de Tommy Tagtgren. Une collaboration qui ne présageait que du bon pour ce petit groupe, formé depuis déjà six ans mais auteur de seulement deux démos. Il fallait la hargne nécessaire, une personnalité nouvelle et un petit grain de folie en plus pour espérer sortir de l’ombre.
Dès l’introduction, Skyfire impose un style avec deux minutes majestueuses, dotées d’envolées archi mélodiques au piano et de touches symphoniques imposantes. Cela se reconduit sur le second « Fragments of Time » (dont la mélodie de départ sera auto plagiée bien plus tard sur l’introduction de « Awake » sur l’album « Spectral »). Les Suédois n’ont pas eu besoin de jouer une palette complète de morceaux pour imposer leur identité. C’est le titre typiquement Skyfirien par excellence : composé par le duo de guitaristes/claviéristes Martin Hanner et Andreas Edlund, on retrouve ce riffing véloce et maîtrisé, une rapidité d’exécution à toute épreuve, une surdose de mélodie de la part de chaque instrument, un aspect symphonique non négligeable, et surtout un néoclassicisme à la COB, qu’on retrouve bien sur « The Universe Unveils », entres autres.
Skyfire possédait encore son premier chanteur, Henrik Wenngren, qui officiait plus dans un style black très criard avant de se faire remplacé par Joakim Karlsson sur l’EP « Fractal » en 2009, lui dans un ton plus growlé. Sans aucun doute, ce membre apportait cette touche black qu’il n’était pas si facile de retrouver dans le reste de l’instrumentation. Car Skyfire, c’est avant tout une formation festive et explosive qui mise tout sur les guitares et les claviers ainsi que leur extrême rapidité. Pas le temps donc d’instaurer une ambiance particulièrement black, seule la voix s’occupe de cela. Les atmosphères sont pour le coup très travaillées et très astrales, menées de main de maître par un combo en grande inspiration. Le choix du patronyme n’est donc pas anodin. « sky » le ciel pour l’astralité de la chose, « fire » le feu pour la détonation perçue par l’ensemble des compositions.
De par certains aspects, ce « Timeless Departure » peut se situer sur le même plan que Children Of Bodom, à savoir un power extrême avec des touches black et du neoclassique, comme le flagrant « From Here to Death » ou encore l’éponyme « Skyfire ». On a à peine le temps de réagir que ça part non seulement au quart de tour mais dans tous les sens. Cela fait partie du grain de folie que j’évoquais.
C’est au milieu de l’album que Skyfire atteint le point culminant de ses capacités de l’époque. Le titre « Timeless Departure » est certes le plus long mais sans doute le plus puissant et celui qui tient le plus en haleine. Il se dote de l’essence même du groupe et de ses caractéristiques principales, même si on retrouve ici toutes les influences sus-citées, à savoir le black symphonique couplé au death mélodique et à la rapidités de Children Of Bodom. Les mélodies s’envolent, que ce soit celles des guitares ou des claviers lumineux. Symphonie impériale, chant hargneux, dynamisme imprenable, piano astral fou furieux et longs soli en prime. La magie à l’état pur.
Ceci dit, le reste des titres apporte son lot d’interrogation. Certains débutent très bien et finissent par ennuyer et inversement. La surdose de mélodies peut être un facteur aggravant. D’autant plus lorsque les instruments s’envolent trop et que l’ensemble paraisse quelque peu cacophonique, comme « Bleed Through Me , Bleed for Me » qui commence plutôt lentement mais part en cacahuète lorsque le groupe met la gomme. La production y est aussi pour quelque chose, les claviers restent trop mis en avant et leur son aigu n’aide pas vraiment à cela. Dernière petite caractéristique, Skyfire a le don de faire s’emboîter les morceaux les uns dans les autres. C’est vrai dans ce « Timeless Departure », ça l’est aussi dans les autres opus. On peut facilement découper un refrain et l’accoler au couplet d’un autre titre. Si on prend la discographie complète des Suédois, on se rend compte que c’est encore plus exacte. Skyfire a en effet des limites : celui de ne pas totalement réussir à inventer de nouvelles mélodies, la faute à une envie de rester fidèle à une identité de base instaurant des mélodies particulièrement atypiques…
Finalement, avec ce « Timeless Departure », Skyfire a résolument imposé son style, retrouvé très facilement dans les albums suivants. Un style que l’on reconnaît entre mille mais qui a autant de qualités que de défauts. Cela n’a toutefois pas empêché le groupe de suivre son petit bonhomme de chemin avec une suite bien plus prometteuse avec « Mind Revolution » jusqu’au magnifique « Esoteric » en 2009 plus tourné vers le death metal, plus sombre et plus symphonique.
Skyfire fait désormais partie des groupes les plus connus en matière de black/death mélodique symphonique.
Depuis la mort d’Anorexia Nervosa, il est difficile pour la France de trouver un remplaçant faisant office de référence sur la scène black symphonique, car peu de groupes possède le talent et la force de composition nécessaire. En outre, si le style en lui-même se tarit au fil des années, certains arrivent tout de même à lui faire garder une âme et une petite personnalité, ce qui est le cas du côté de la Russie par exemple.
Il y a toutefois des formations françaises qui tentent d’imposer leur identité et leur savoir faire, et celles-ci ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Malevolentia, par exemple, avec son « Ex-Oblivion » en 2011, a charmé les adeptes du genre et imposé une force noire et symphonique ultime. Veils Of Perception et son « Black Metric » a tenté sa chance et bien que l’opus soit louable, il n’a peu attiré les foules. Quant à Winterburst et sa première démo en 2009, il n’est pas passé inaperçu, bien au contraire…
Les Versaillais avaient, contre toute attente, réussi à offrir à l’auditeur un premier jet auto produit abouti et très encourageant, mené par une atmosphère froide, sombre et inquiétante. Si déjà le potentiel s’était déjà fait ressentir, non seulement par la qualité du son mais aussi des compositions, il se dévoile encore plus quelques années plus tard, c’est à dire aujourd’hui en 2012, avec la sortie du tout premier album « The Mind Cave ». Après quelques concerts et un changement de line up conséquent (départs du bassiste Freyr et du guitariste Jörm), les Français retombent sur leur patte et nous concoctent un album qui sera certainement en passe de s’inscrire sur la liste des références black symphonique françaises.
Le combo ne change pas ses bonnes habitudes, enregistrant l’opus en décembre dernier au studio Sainte-Marthe avec Guillaume Mauduit et se dotant d’une pochette signée George Grie de chez neo surrealism art, le même artiste que pour la démo. On ressent donc une certaine continuité et une entrée plus flagrante dans l’univers de Winterburst avec cette architecture digne d’un théâtre opéra et ce fond sombre et gris. L’album se nomme « The Mind Cave » comme le nom de cette œuvre de George Grie, basée sur l’agoraphobie. Le groupe n’est, quant à lui, pas loin de cette interprétation, centrant ses textes sur un voyage à travers l’esprit et invoquant des récits horrifiques.
En effet, chaque morceau peut être vu comme un mini conte ou une mini pièce de théâtre, racontant et jouant des événements plus ou moins inquiétants. Un certain côté théâtral – confirmé par la pochette – est donc mis en valeur sur tout l’opus, comme l’indique la forte présence des orchestrations et des alternances de parties chantées. Dans son black death symphonique grandiloquent, Winterburst intègre des parties au chant black voire chant death, et des parties au chant clair comme sur « A Mirror’s Game », « Legion of Souls » ou le paisible « The Upcoming Chaos ». « D’Ombres et d’Infini », lui, rappelle Malevolentia ou Anorexia Nervosa avec ses paroles en français et cet ensemble poétique et noir. C’est comme si ces titres se dotaient d’une narration différente, comme si plusieurs personnages se partageaient les faits.
Ces histoires sont relatées en fonction des atmosphères véhiculées, bien que le tout soit principalement sombre et inquiétant. En revanche, le côté glacial apporté sur la démo est beaucoup moins important, sans doute dû à l’ambiance plus travaillée et plus tournée vers les orchestrations inspirées de BO de films. Ces dernières sont réellement à l’honneur accompagnées de riffs plus propres et plus tranchants et d’un chant plus maîtrisé. « A Mirror’s Game » ou l’éponyme « The Mind Cave » vous donneront une bonne idée de la chose, tout étant bien calculé, soigné et fait minutieusement, Winterburst variant son propos avec l’utilisation des claviers. Si « Insanitarium » se passe au 19th siècle, jouant sur les choeurs et sur un certain aspect menaçant, « The Stray » touche au mystique et à la puissance, en n’omettant pas d’apporter une dose de mélodie à la guitare, tandis que les deux versions de « Beyond the Wall » se veulent aussi épiques que guerrières et portées sur les choeurs en latin.
Winterburst ne renie pas ses influences Dimmu Borgir ou Graveworm mais n’en fait pas une évidence non plus. Le combo a réussi à imposer sa sauce en s’imprégnant d’éléments venus d’ailleurs comme sur le puissant et efficace« The Ancestral Ritual ». On note aussi une certaine prise de risque avec « Circus of Freaks » et ses orgues, son côté fête foraine et joyeux. Une fausse joie qui se mélange à des éléments malsains et effrayants à la manière d’un Bishop Of Hexen sur un « The Somber Grounds of Truth » mais en moins atmosphérique. De plus, les notes montantes et descendantes ainsi que le titre peuvent rappeler le « Kings of the Carnival Creation » de Dimmu Borgir.
Bien que la production soit un poil trop policée et que la batterie reste un peu en retrait, Winterburst offre un album de grande qualité, parfois pompeux au niveau des orchestrations mais bien dosé sur le plan guitaristique et vocal. « The Mind Cave » reste bien puissant et efficace, dans une esthétique black symphonique moderne et racée, qui propulsera sans aucun doute Winterburst dans la liste des références françaises du genre.
Fondé en 2009 par Nico et prenant pour concept le dieu grec du soleil, Helioss est un projet musical très ambitieux qui s’inspire autant du heavy metal et du black symphonique que du neo classique. Après l’arrivée de Pierre au chant, le duo s’est attelé à la fabrique d’un premier EP, « Confessions », en 2010 avant de s’attaquer au premier full length, écrit courant 2010/2011 et terminé en 2012.
Avant toute chose, Helioss est un projet totalement voué au studio et non à la scène, ce qui confère à la musique une autre dimension. Loin d’être créée en vue d’une prestation live, les compositions restent donc très variées et ouvertes à de nombreuses possibilités, si bien que les treize morceaux de cet album se retrouvent unis par cette fibre qu’est le mélange des genres. Pas de réelles continuités entre chaque morceau, tout peut se prendre indépendamment bien que tout soit raccroché à ce titre ténébreux, « The Forthcoming Darkness ».
Le soleil se teinte de noirceur, ses rayons deviennent plus obscures bien que sa chaleur soit indéniable. Cette source de vie, de son cœur ardent, est en passe de nous offrir une nouvelle dimension. Et la voici. L’opus se veut plus sombre que le dernier « Confessions » mais tout aussi expérimental et progressif sur les bords. Plus fouillé, plus travaillé, Helioss a trouvé le moyen de mettre ses influences à profit, utilisant un peu des premiers Dimmu Borgir pour ce qui est des atmosphères et des touches black, un peu de Mirrorthrone pour l’aspect neo classique, un peu de classique pour ce qui est des orchestrations, un peu de heavy pour ce qui est du rythme et de la technique de guitare, et un peu de death pour certains riffs et certains growls.
Il n’est donc pas spécialement facile de décrire la musique d’Helioss en quelques mots mais le duo a au moins le mérite de nous proposer quelque chose de moins conventionnel de ce qu’on a l’habitude d’entendre en ce moment. Mais il semblerait que le neo classique s’intègre de plus en plus au black symphonique ou même au death metal ces derniers temps. De fait, les frenchies se sont donnés beaucoup de mal pour parvenir à intégrer ces sonorités, que ce soit dans les guitares aux notes montantes et descendantes à une vitesse folle, ou dans la variété du clavier, entre clavecin, orgues et j’en passe (« De Occulta », « The Dance of Vampire », « Among the Dead »).
Un « From Buddha to the Cross » mélange efficacement black symphonique et heavy metal, tout en laissant apparaître de mélancoliques notes de piano au sein de cette brutalité et de cette hargne présente aussi bien dans les riffs que dans le chant. A l’inverse, « Architects » se dirige plus du côté de l’orient et insiste sur la symphonie et le rythme mid tempo, profitant de son côté aérien pour permettre l’alternance des chants et offrir différents sons de claviers, pour la plupart impériaux. Encore différent, « The Legion of Pariahs » envoie l’auditeur dans un mélange musique classique/black metal avant que « Demiange » surprenne avec ses chants grégoriens.
Helioss nous prouve une fois de plus que le black/death symphonique français est en constante mutation et que le genre, même s’il reste un peu fade ces derniers temps, peut encore nous proposer quelque chose. « The Forthcoming Darkness » est donc un bon album, un peu complexe dans son appréhension mais facile d’accès pour les amateurs du genre, malgré quelques petits soucis de son l’aspect mécanique de la batterie.
Little Dead Bertha fait partie des groupes russes les plus vieux. Mais c’est sans doute la formation qui aura le plus changé de style, quand on sait que les débuts étaient plus thrash metal qu’autre chose. L’apport d’un violon et d’une guitare supplémentaire incita la bande à opter pour le doom/death, pour finalement se tourner vers le gothic/doom, puis le gothic tout court et enfin, le black death symphonique avec ce « Angel and Pain » et sa pochette très Within Temptation.
Bien entendu, les changements de style auront apporté tout autant de changements de line up, et c’est un Little Dead Bertha presque tout neuf qui arrive, avec deux chanteurs (Sergey et Svetlana) mais aussi Kain de Skyfall à la batterie et une signature chez MSR Prod. Nous pouvons donc nous attendre à quelque chose de puissant.
Et ça l’est. Même si Little Dead Bertha fait partie de la grande famille russe du black death symphonique mélodique, il arrive à se frayer un chemin et à imposer une certaine personnalité, sans doute dû à son passé disparate. L’aspect gothique perdure, notamment les ambiances et le chant lyrique de Svetlana, ainsi que le fort accent death metal retrouvé dans les riffs et le growl. Ce sont les éléments black metal qui sont nouveaux chez les Russes, les cris et les lignes de guitares caractéristiques étant rendez vous en plus des ambiances sombres. Ajoutez à cela une touche prog et une poignée d’influences folkloriques sur « Truth of This World », « Creeping in the Mist » ou « Let Me Roust Your Soul » (harpe, guitare acoustique, accordéon) et vous pouvez vous faire une idée de la musique du sextet.
Les Russes ne font pas dans la dentelle malgré tout, misant beaucoup sur les parties bien agressives. Toutefois, des moments plus mélodiques sont de la partie, avec ces claviers en fil conducteur et le chant de Svetlana. On ne reste pas loin d’Arcane Grail dans l’aspect théâtral et le mélange death mélo/black sympho à alternance chant féminin/growl masculin, mais on peut aussi rapprocher Little Dead Bertha de Blackthorn avec ce mélange de vocaux et de styles, même si l’apport des arrangements orchestraux est moins imposant, bien qu’omniprésent.
Cependant, les morceaux en général restent trop longs par rapport à ce qu’ils nous apportent, ci bien qu’on tombe quelque peu dans la linéarité, même s’il y a des passages bien fouillés et intéressants (« Mistake », « Blood on the Blade »). La faute au côté progressif qui ne sied pas bien aux compostions de Little Dead Bertha.
On finit avec la tradition russe, qui est de faire une reprise. Ici, il s’agit du morceau « The Ocean » de Forgive Me Not (doom/gothic). Le sextet accélère le rythme et intègre une ambiance plus commune. De plus, le chant de Svetlana est mal placé et manque de justesse.
Little Dead Bertha nous livre un album sympathique mais noyé dans ce flot de groupes black death symphoniques qui tendent à se ressembler. Malgré ses touches personnalisées, le groupe en question doit s’imposer, s’originaliser, et surtout, éviter les changements incessants de style, afin de se stabiliser et trouver sa voie. En espérant que cette fois sera la bonne…
Arcane Grail est nostalgique en cette nouvelle année, sortant un EP en hommage à leurs anciennes compositions et leur ancien line up, tout en dédiant l’ensemble à Peter Steele (Type O Negative). En effet les Russes, depuis leur début, ont beaucoup évolué et ont adapté leur musique tout en se dirigeant vers un mélange de black symphonique et de death mélodique. Les premiers relents folkloriques et gothiques disparaissent au profit d’un côté romantique et véloce, tout en s’acquérant un côté théâtral dû aux symphonies et aux différentes voix, que ce soit celle de Demether ou de Natalie dans différents styles de chant.
Les moskovites montrent donc le changement en ré-enregistrant certains des morceaux de leur premier album « Mysteries of the Ancient Charnel » (2006) et en les adaptant en langue russe. Des reprises sont aussi de la partie dans cet EP, incluant une d’Aria et de Type O Negative. De plus, cette sortie n’est pas anodine dans la mesure où elle précède celle d’un nouvel album, prévu courant 2012. C’est donc une sorte de mise en bouche que nous offre Arcane Grail, mise en bouche quelque peu appréciable, le groupe s’améliorant considérablement par rapport à leur dernier album « Arya Marga ».
Même si quelques titres sont des nouvelles versions, il s’avère qu’Arcane Grail se professionnalise de plus en plus et tombe de moins en moins dans l’amateurisme. La production est meilleure, des invités sont de la partie (dont Belf de Stigmatic Chorus, ou encore Kiv, qui outre être guitariste, est aussi un producteur russe très reconnu), et la musique est moins fourre tout. Ce côté brouillon, bien présent dans « Arya Marga », est moins évident dans ce « Tribute to the Past », Arcane Grail n’en faisant plus des masses avec les vocaux et profitant de breaks pour déposer ses ambiances. Les symphonies sont bien relevées, comme sur un « Prelude in E Minor » ou le long « Sacred Gift of Love », proposant une progression bien ficelée et des parties bien intégrées, où on retrouve ce mélange black symphonique/death mélodique, tant dans les riffs que dans les atmosphères. C’est romantique, du début agressif jusqu’à la complainte en latin, le chant lyrique de Natalie et le growl de Demether s’accordant bien à l’ensemble proposé.
Arcane Grail arrive à transformer le titre très heavy metal « Farewell, Norfolk ! » d’Aria en un titre black symphonique plutôt inquiétant et puissant, les claviers étant très poussés ainsi que la vélocité des riffs et la rapidité du rythme. Le heavy couillu d’un des plus vieux groupes russes se retrouve bien perturbé (l’album en question datant de 1991), l’esprit old school restant toutefois présent.
L’autre modification concerne la reprise de Type O Negative et son « Love You to Death », toujours teinté de gothique mais se parant d’éléments death, notamment dans le growl et dans une partie du riffing. De plus, on retrouve la patte Arcane Grail et ses touches symphoniques, ainsi que les interventions d’Arsafes (Kartikeya) en voix claire mais aussi dans le mixage, et d’un faux Peter Steele.
Arcane Grail livre un EP plus abouti, bien que moins varié et moins original (les reprises…). Toutefois il ne peut annoncer que du bon, certains gros défauts (le côté brouillon et le mélange excessif des voix) ayant été corrigé, au profit d’un ensemble musical plus aéré et plus travaillé. On n’attend plus que de voir ce que ça donne avec des morceaux personnalisés de A à Z.
C’est de nouveau en Russie que nous nous dirigeons pour parler black symphonique, ce pays à la scène si variée et aux découvertes metal si nombreuses. C’est aussi dans ces contrées hivernales que beaucoup de femmes sont mises en valeur dans des formations extrêmes, preuve en est avec Arkona ou encore Arcane Grail. La tendance ne s’inverse pas avec Blackthorn, au contraire. Le combo, formé en 2004, se compose à 100% de femmes et officie dans un black/death symphonique puissant et représentatif d’une scène en plein essor. Et il faut le dire, ces cinq nanas ont de quoi faire des envieux du côté des hommes !
Si les précédents albums étaient plus tournés vers un metal gothique assez brute de décoffrage, Blackthorn franchit le cap de l’extrême et nous propose une musique personnelle et assez spéciale, mélangeant des ambiances lugubres et bien sombres à un black metal furieux et féminin. Le chant lyrique soprano d’Aina apporte beaucoup à la musique des Russes, ceci les rapprochant d’Arcane Grail ou de In Silentio Noctis pour la voix.
Mais le quintette sait tirer son épingle du jeu en imposant un certain aspect théâtral, avec non seulement ce mélange de voix (on a aussi beaucoup de growls) mais aussi ces parties symphoniques parfois bien grandiloquentes et le découpage en actes dans le livret. Le piano est vecteur de mystère tandis que le violon de Less, à la manière d’un Dominia ou Carach Angren, sait s’incorporer facilement aux compositions afin d’apporter un aspect plus mélodique voire perturbant (« Dismalediction and the Remedy » ou « Hexshadow Turned to Flesh »).
L’opus commence donc sur les chapeaux de roue avec le duo « Divination in Blood » et « Vehemence Came As Anodyne », montrant de quoi Blackthorn est capable. Un black sympho/gothic à l’orchestration soignée et grandiloquente, une efficacité du riffing mi death mi black et du chant qui se maîtrise de bout en bout, autant dans les parties lyriques d’Aina que dans les growls d’Elvira.
C’est littéralement une déferlante d’éléments qui nous est apportée par ces cinq filles qui ne font vraiment pas dans la dentelle ! Les accélérations black metal sont très réussies et se chargent d’ambiances très particulières comme sur un « Emptysis Kiss » mettant l’accent sur les orgues et les allés et venus de riffs. « Arria Marcella » par contre nous propose un soupçon de clavecin, de mélodies à la limite de l’arabisant et de blasts maîtrisés. Cependant, Blackthorn arrive à son top niveau avec un « Posthumous Passion Ephemera » très prenant, nous offrant les choeurs du Conservatoire de Moscou et une ambiance bien sombre, soutenus par un duo lyrique/growl de charme, des riffs tranchants et un violon étrange.
Pour une fois, Blackthorn s’acoquine avec l’anglais et laisse quelque peu tomber la langue russe, sauf sur « ?????????? ???? » qui fait la part belle à tous les arrangements orchestraux et au délicat phrasé de Aina, sans toutefois laisser de côté l’agressivité des guitares et du rythme. Idem pour un « Hexshadow Turned to Flesh » très dramatique dans l’esprit, avec ses envolées au piano lors du refrain et ce couplage violon/guitare.
Enregistré dans trois studios différents dont le KIV records studio du fameux Igor Korolyov (Arkona, Stigmatic Chorus), « Codex Archaos » est un très album pour un groupe qui a sa patte et qui a réussi à s’échapper des influences norvégiennes qui font (trop souvent) la marque de fabrique du black symphonique russe. Car ce n’est pas du côté de Dimmu Borgir qu’on se situe, mais plus du côté de Carach Angren, avec cet aspect très théâtral et ces ambiances bien atypiques. Il n’empêche que cet opus ravira ceux qui n’aiment pas spécialement les grosses voix, dans la mesure où c’est le lyrique qui prend le pas sur le reste.
Comme beaucoup doivent le savoir, la Russie est l’autre pays du black symphonique. Les scènes sont tellement nombreuses et toutes aussi différentes qu’il est clair que ce pays a de quoi avoir de la ressource. Sa localisation géographique lui permet donc d’avoir énormément d’influences, entre sa frontière avec l’Europe, la Mongolie, la Chine et certains pays du Moyen-Orient. Ajoutez à cela son histoire bien chargée et vous pouvez vous faire une idée des nombreuses facettes pouvant être utilisées dans la musique des Russes.
Arcane Grail ne déroge pas à la règle. Fondé en 2001 sous l’impulsion du chanteur Demether Grail, le groupe nous présente une facette encore peu exploitée dans le domaine du metal extrême. Bien sûr si le mélange obtenu se fait à partir de black symphonique et de death mélodique, il ne faut pas oublier l’ajout d’éléments folk et parfois gothiques. Mais ce qui fait la particularité d’Arcane Grail, c’est non seulement les nombreuses voix, apportées par Demether et Natalie, cette dernière nous octroyant un chant lyrique à la Simone d’Epica tandis que le sieur alterne tout autant chant clair, murmure, chant black, growl profond, et j’en passe. Dernière caractéristique, le fait maison. En effet, les parties symphoniques ne sont pas ou peu apportées par un claviers, le groupe a fait appel, pour l’occasion, à de vrais musiciens, s’occupant de violons, violoncelles, flutes etc. Les choeurs sont quant à eux effectués, de nouveau, par Demether et Natalie mais aussi Art et Marina du groupe arménien Ambehr.
Vous l’aurez compris, la musique d’Arcane Grail se veut très variée et propose un univers différent de ce qu’on a l’habitude d’entendre. Toutefois il faut évidemment accrocher à cette diversité et cette première impression de brouillon. Les vocaux partent littéralement dans tous les sens, entre le chant lyrique et les growls/cris parradés de riffs black et de symphonies imposantes saupoudrées de petites notes de piano et de flûtes. On ne peut pas nier l’évidente prise de risque sur la majeure partie des compositions, mais il aurait fallu que tout soit plus posé et plus calculé afin d’éviter de ressentir une certaine impression de cacophonie tout le long de l’opus.
Ceci dit, ce n’est pas mauvais et il y a du culot, dans la mesure où les codes du black metal se retrouvent quelque peu bousculés, même si le premier morceau « Arcane Grail » se retrouve finalement plus proche de Cradle of Filth qu’autre chose. L’introduction nous propose une ligne de basse mystique, assez rare dans le domaine soit dit en passant. La suite mélange habilement black sympho et death mélo avec cet ensemble de vocaux impressionnant, comme si plusieurs personnes se parlaient, mais dans la hâte. « Autum Wed Us, Sinned and Lone » nous offre une symphonie plus imposante et impériale avec une ligne principale axée vers le black au niveau des riffs et des chants, les claviers apportant des sonorités très féeriques avec ces clochettes, piano et xylo. A contrario, « Renaissant the Reverie » est plus centré sur l’aspect death mélodique, en témoigne ce riff d’introduction et cette rythmique caractéristique.
Si « Imprisoned in the Greatest War » se veut guerrier dans l’ensemble, très bien mené mais surtout proche de Skyfire dans l’agencement des mélodies melo death/sympho black, des titres tels que « Sorrow of Forgotten Pride » se veulent particulièrement désagréables. Pas par leur côté folk et antique, mais par la fausseté de certaines notes, ce qui tend à faire mal aux oreilles, malgré nous. « Die Sonnehymne » met Natalie à l’honneur en chantant a capella, et en lyrique. Un peu longuet pour ma part mais on se rend d’autant plus compte du timbre de la jeune femme. Un petit amuse bouche avant de clore sur un « Iniquitous Yoke » torturé et hargneux avec de bonnes lignes de piano et de basse.
Tous les titres prennent part à un concept particulier, autant basé sur des influences païennes que mystiques et spirituelles, comme des incursions dans le bouddhisme, les mythologies et les traditions hindoues. L’écriture en sanskrit sur le livret mène sur la voie, ainsi que les images et les paroles, parlant de nirvana mais aussi du désir de se couper du monde moderne afin de retourner vers les valeurs ancestrales et les traditions d’antan. Ce qu’on retrouve finalement bien avec l’ajout de tous ces instruments et voix.
Il y a de l’alchimie et une voix, une personnalité, une envie de faire différemment et de prouver que la Russie a de quoi montrer sa diversité en la matière. Toutefois, le groupe est encore jeune malgré tout, ce « Arya Marga » n’étant que le deuxième opus après un « Mysteries of the Ancient Charnel » approximatif. L’étape du deuxième album a donc été franchie, sans non plus faire une merveille, car comme pré-cité, il y a encore beaucoup de défauts à corriger et il faut prendre le temps d’embarquer l’auditeur sans qu’il ne décroche une seule fois, ce qui n’est pas totalement le cas au sein de cet opus parfois fourre-tout mais tout de même intéressant.
Ce n’est que douze ans après sa formation en 1999 que Skyfall fait le premier pas pour sortir son tout premier album « Bestiarium Pool », les Russes ayant passé les dernières années à pondre deux démos et à faire quelques concerts dans leur pays. La signature chez Grailight leur aura donné une grande opportunité afin d’être révélé, car le groupe manquait quelque peu de reconnaissance et d’originalité. En effet, à ses débuts, le quatuor officiait dans un black symphonique plutôt proche des standards du genre, ce n’est que quelques années plus tard qu’il décida d’intégrer un panel d’éléments death metal à sa musique : non seulement son attirance pour ce style n’était pas à cacher, mais en plus, il désirait faire quelque chose de plus novateur.
2011 voit donc la naissance du nouveau Skyfall avec cet album huit titres et ce mélange dynamique de black et de death avec quelques relents d’éléments symphoniques. Bien que moins omniprésents que les dernières compositions, les claviers apportent juste une touche obscure et particulière, si bien que ce sont les guitares qui ont le monopole des morceaux, hargneuses, techniques mais tout aussi mélodiques.
Le titre introducteur « Spiral Eugenics Metamorphosis » long de huit minutes montre la facette oppressante de Skyfall, profitant d’une introduction symphonique et électronique de deux minutes pour ensuite nous asséner de riffs maîtrisés, tantôt black, tantôt death, menés par un chant crié alternant lui aussi la technique death et la technique black. Malgré la vive brutalité, les mélodies arrivent à créer un fil conducteur jusqu’à la mise en valeur d’un passage ambiancé.
L’arrivée de « Bestiarium Pool » ne se fera pas sans surprises tant les alternances passages mélodiques/passages brutaux seront de la partie. A contrario « The Coronation » misera principalement sur l’harmonie des riffs, proche de Dimmu Borgir, et sur le côté lourd, oppressant de la scène polonaise (Hermh), dont les effets électroniques en fond rappellent Crionics.
Mais sur un « Carnival of All Nine Days », l’influence norvégienne se fait ressentir. Pas à cause de ce petit côté aliéné et déjanté comme un cirque hanté, mais ce côté heavy/black dans les riffs et le rythme proche de Satyricon, à la manière d’un « King ». Cependant, là où Skyfall avait abandonné les parties symphoniques, les voilà de retour sur l’excellent « The Final Blizzard’s Waltz », dévoilant une rythmique impeccable, des riffs black/death assez traditionnels mais efficaces, et surtout ces claviers charismatiques se mêlant aux guitares avec habileté et insufflant au morceau une atmosphère pesante voire étouffante. De même pour « Endura of Worldly » prouvant le potentiel du quatuor.
Skyfall use ses inspirations à bon escient, ne s’efforçant pas de leur ressembler mais d’apporter quelque chose de plus. On ne peut cependant pas affirmer que les Russes possèdent une patte ou une certaine identité, mais il est bien clair que leur compositions possèdent pas mal de puissance et assez de force pour tenir l’auditeur en haleine, malgré quelques longueurs et une perte de souffle en plein milieu d’album. De toute manière, Skyfall offre quelque chose de racé et suffisamment bien exécuté pour charmer les amateurs de metal extrême.
La scène black symphonique russe est si variée et si disparate qu’il est difficile pour une grande majorité des groupes de s’exporter, notamment en Occident. Et pourtant, la Russie n’est pas avare depuis quelques années en matière de black symphonique, les combos sont de plus en plus fréquents, mais le soucis réside dans l’originalité de chacun : en effet, le soucis principal réside dans le manque de personnalité et le pompage d’ambiances chez les pointures du genre. Ce qui ne va pas en faveur de cette scène qui ne manque pourtant pas de talents…
En 2009 par exemple, Arcanorum Astrum avait fait bonne impression avec la sortie d’un EP très bien exécuté, mêlant ambiance, agressivité, mélodie et efficacité. La même année, Astel Oscora sort son premier album, arrivant à faire de l’atmo et du symphonique quelque chose de particulier et majestueux.
Les sorties du genre ne sont pas si courantes en Russie mais il arrive parfois qu’un groupe en particulier sorte du lot, évitant pour le coup de s’intégrer dans tout le panel de formations officiant dans quelque chose de moyen. Veliar par exemple, fait partie de ces révélations russes dont on aimerait entendre parler plus souvent. Faisant dans un black death symphonique, le quintette de Taganrog arrive à faire de son style quelque chose de moins bateau, sans tomber dans les gros clichés du style.
Avant d’obtenir l’aide de Demether Grail de Grailight Productions pour une signature et une distribution plus avantageuses, Veliar a sorti deux productions, à savoir une démo et un album, passées totalement inaperçues. Par contre l’arrivée de « In Reflection of the Decayed World » pourrait changer la donne, en Russie et ailleurs, étant donné la qualité du travail effectué sur cet opus : la production a été confiée à Sergey « Lazar » d’Arkona et de Rossomahaar tandis que la pochette a été réalisée par Vladimir Gulevskiy. Cette dernière représente tout ce qu’il y a de plus morbide et pessimiste, à savoir les conséquences sinistres de l’homme ainsi que quelques « catastrophes » naturelles : les bâtiments ne sont plus que carcasses, le ciel est en feu, le sol s’effondre, une supernova éclate et une éclipse intervient.
« In Reflection of the Decayed World » met bien en valeur cette vision sombre et chaotique, notamment dans les thématiques de l’oeuvre, mettant en relief le déclin, le grief, la contemplation philosophique vis-à-vis du cous naturel des choses pris au piège à l’intérieur d’un prisme d’oppression urbaine, ainsi que la mauvaise nature humaine et ses tendances suicidaires et/ou meurtrières.
L’album se compose de quatorze titres dont quatre sont des versions anglaises des tous premiers titres. Grâce à cela, nous pouvons en déduire que tout est chanté en russe, chose que l’on retrouve chez la majeure partie des groupes du coin. « Belly of Barkhans » ouvre l’opus avec un soupçon de sonorités orientales, le mot « belly » en lui-même rappelant le terme anglophone pour désigner une danse du Moyen-Orient. La suite se corse pour nous offrir un black death symphonique plutôt rentre-dedans et assez efficace, les notes de piano s’intègrent bien dans ce paysage sombre et ambiancé où les riffs et les soli restent plutôt bien exécutés. Des parties posées font leur apparition, ainsi qu’un break où l’on peut entendre une mélodie électronique et presque arabisante, à la manière d’un Thyrane sur « Heretic Hunt » (« Hypnotic » – 2003), sous couvert d’une double pédale et de riffs entraînants.
Veliar étonne par la précision des riffs et la maîtrise de la voix, tout en sachant incorporé des éléments légèrement improbables aux moments les plus opportuns. Les parties thrashisantes par exemple apportent une touche plus groovy tandis que les passages mettant en valeur des claviers symphoniques impériaux renforcent les ambiances (« Abyss of Dimension », « Crusader »). De plus, un « Like a Mercury » cache des surprises, tant par le côté expérimental des claviers et des riffs que par le côté inattendu de certains passages : à 03:26, nous aurons droit à un ensemble mécanique et industriel, où l’on peut entendre une respiration saturée comme dans un masque à gaz et un son électronique allant et venant comme un réacteur. Puis, le final se révèle dynamique et entraînant, afin de nous laisser sur une très bonne impression. Enfin, « Mistful Dictator » nous gratifie d’un solo de basse.
Même si certains passages rappellent la scène black/death symphonique polonaise, Veliar arrive tout de même à imposer une certaine personnalité et un dynamisme qui lui colle parfaitement à la peau. Soutenu par une production solide, « In Reflection of the Decayed World » arrive à imposer un style russe, même si tout n’est pas à retenir non plus (la faiblesse de « New Night », le côté trop basique de « In the Veil of Oblivion », ou les quatre bonus qui ne servent qu’à intégrer un chant anglais, sans plus). Veliar ne fait pas non plus un black/death symphonique ultra original mais il arrive tout de même à nous caler le temps d’une cinquantaine de minutes. Pas mal, non ?
31 mai 2011 : voici la sortie du premier album du groupe russe Artania. Fondé en 2007 à Voronej, le quintette n’a pas beaucoup fait parlé de lui avant la date fatidique, à part sortir une démo passée inaperçue en dehors de la Russie. Mais les voilà maintenant signé chez Grailight Productions, leur permettant ainsi d’acquérir une meilleure distribution.
Artania prend plus d”assurance avec l’arrivée de leur album « Night Shall Crown Ye », officiant dans un black death symphonique teinté de nombreux éléments gothiques et atmosphériques. Les neuf titres en question évoquent des histoires toutes différentes, centrées sur des mystères et événements étranges, comme les prophéties terrifiantes de Nostradamus, le livre magique de la sanglante comtesse Bathory (d’où le morceau « Secrets of the Moon ») ou les enseignements occultes de Aleister Crowley. Ces événements semblent retranscrit dans les rêves et cauchemars d’un personnage principal que nous retrouvons sur la pochette, endormi dans un lit au milieu d’une pièce à l’univers gothique évident. Le choix des pseudos des membres du groupe n’est pas un hasard non plus (Bathory, Cthulhu, ou même Lestat parmi les anciens membres).
Les Russes ouvrent le bal avec « Alchemic Dream – Demonic Mantra », grâce à une sirène puis un black/death efficace rappelant le travail de Demonic Resurrection, tant au niveau des claviers que dans l’agencement des riffs. Des sonorités d’outre tombe viennent s’incorporer à l’ensemble du titre tout comme des murmures et des ambiances particulièrement gothiques, tout comme un « Night Shall Crown Ye » mettant en valeur certaines influences Abigail Williams parmi des touches électroniques et un chant féminin cristallin.
« Liturgy in Black Colour » ralentit le rythme pour nous proposer quelque chose de davantage atmosphérique où le chant furieux de Vad est mis en avant parmi des riffs de bonne facture, certes, mais déjà entendus. Le mélange black et death est bien appréhendé et apporte une certaine progression tout comme sur un « San Grinyol » plutôt gothique dans l’ensemble même si les éléments symphoniques sont de la partie, encouragés par des riffs bien black et quelques autres chants féminins.
L’aspect gothique extrême se retrouve beaucoup plus mis en lumière sur un « Thirteen Signs of Nostradamus » à l’introduction énigmatique et aux plages atmosphériques sombres récurrentes. Le type de riffing et le chant black peuvent rappeler le travail de Rudra, où les mélodies hindoues à la guitare se font reconnaître. A contrario, un « Secrets of the Moon » met en valeur un tout autre univers, où la fameuse comtesse Bathory est à l’honneur, le morceau étant non seulement glauque mais presque entièrement chanté par une femme, autant dans les parties claires que dans les parties criées.
Dommage cependant que l’album soit si disparate, tout comme cette scène black symphonique russe qui ne cesse de s’accroître. Le contraste est là d’un titre à un autre, tant dans la mise en place des thématiques que dans l’efficacité. Des breaks aux claviers peuvent avoir une intensité particulière, mais tout s’efface ensuite avec la reprise des couplets. Et bien sûr, il n’est pas facile de distinguer une chanson de l’autre, tant il manque une certaine personnalité. A croire qu’Artania pique un peu à tous les râteliers afin d’effectuer quelque chose de diversifié. Il y a donc encore du chemin, sans pour autant dire que le travail des russes soit insuffisant, seulement il faut aller de l’avant et s’extirper des influences.
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