Keep Of Kalessin : Reptilian

Ξ juin 3rd, 2010 | → 0 Comments | ∇ Black Thrash |

Keep Of Kalessin : ReptilianNouvel album pour Keep of Kalessin, qui ne cesse de progresser année après année. En quête d’une certaine reconnaissance, le combo nous concocte encore du black/thrash plus épique et symphonique cette fois-ci. Plus éloigné d’un « Armada » ultra accrochant, agressif et aux titres dantesques, plus près d’un « Kolossus » aux relents atmosphériques et sympho, « Reptilian » et sa pochette eragonesque s’inscrit plus dans la suite logique à laquelle il se prédestinait : une entité plus commerciale, moins originale, plus passe partout. Leur candidature à l’Eurovision cette année avait encore plus semé le doute et la sortie de cet album renforce de nouveau ce doute : l’agressivité des titres a été atténuée, les mélodies priment, et pour couronner le tout, la longueur et le manque de progression lassent bien trop rapidement. Huit titres assez linéaires composent l’album, les structures variant peu et donnant parfois une impression de déjà-vu. Ajoutons à cela une production trop lisse, trop nickel, et un ensemble assez mou du genou, même si quelques passages rapides remontent le niveau. Cerise sur le gâteau, le chant, qui a perdu son tranchant et son grain caverneux au profit de quelque chose plus modulé, grave, peut-être, mais pas assez incisif, et d’un chant clair plus omniprésent.

Que de défauts pour un album assez attendu par les critiques mais aussi les fans. Que de points négatifs pour un groupe qui pourtant sait nous concocter des titres transcendants, remplis d’émotion et de sensibilité. Il est légitime de se demander si la magie Keep of Kalessin a disparu, si tout ce que nous aimions d’eux s’est envolé, si le plaisir éprouvé à l’écoute de « The Black Uncharted » dans Armada ou « Warmonger » dans Kolossus pouvait se retrouver ici, dans Reptilian. Je ne sais pas si on peut parler ici de « plaisir » mais il faut tout de même le dire, quelques titres, quelques passages sont bons et bien sympathiques sans pour autant être incontournables. Et d’autres, forcément, sont très décevants.

Le titre introducteur, « Dragon Iconography », ouvre l’album avec une intro semi acoustique, des chœurs, et des guitares ayant pour le coup un peu de mal à lancer des offensives. Des riffs tantôt orientaux à la Melechesh, tantôt thrash, quelques touches de claviers en fond par moment, et le tout est lancé. Rapide, tranchant, le chant black est assez fade cependant, surtout quand arrive le refrain, où tout est propre. Les guitares sont entraînantes, des solos sont de la partie, la batterie est un chouillat trop linéaire. La fin est intéressante, surtout quand arrivent les chœurs et la symphonie mais le chant est de nouveau assez décevant.

« The Awakening » est sans doute la pièce maîtresse de l’album et le meilleur morceau. Long de plus de huit minutes, l’intro atmosphérique aux guitares saccadées est assez particulière mais originale. L’ambiance est assez sombre et maléfique jusqu’à l’accélération du rythme, les riffs et la batterie étant assez rapide. L’apparition des chœurs et des claviers peut surprendre mais apporte pas mal de saveur au titre. Le chant est assez incisif pour une fois et s’ancre bien dans la musique, à mesure que les minutes passent et nous révèlent de plus en plus de sonorités et d’harmonies ténébreuses. La rapidité du rythme nous entraîne dans un tourbillon d’agressivité jusqu’à des passages étonnants et plein de sensibilité, où les atmosphères et le chant clair nous embarquent vers quelque chose de plus lumineux et mélancolique. Une excellente alternance de brutalité et d’ambiance apportant beaucoup d’émotions.

Tiens, vient « The Dragontower » est un sourire se dresse. Le titre de l’Eurovision ! On a tout de suite une certaine appréhension avant d’écouter, et même dès les premières secondes. Qu’est-ce que ça va donner ? A quoi cela va-t-il ressembler ? On se doute tout de suite que cela risque d’être mauvais. Et c’est bien le cas. Le combo sort le grand jeu, claviers, chœurs et chant clair en priorité, rythme entraînant, certes, mais pas agressif pour un sous, guitares assez linéaires et fades, un refrain niait comme pas possible avec ces mélodies trop claires et trop mignonnes, des bons solos, techniques, ça rattrape un peu le coup mais ça suffit pas. Et la fin est décevante. Rien à voir avec du black ni du thrash, l’ensemble se rapproche beaucoup plus du power métal.

Ah, heureusement qu’on a « Leaving the Mortal Flesh » pour remonter un tant soit peu le niveau. Ce titre est excellent et correspond bien à la patte Keep of Kalessin. L’ultime mélange de la brutalité des titres et de la mélodie. Les guitares bien black nous offrent des riffs étonnants et bien recherchés, thrash par moment, mais surtout rageurs. Le rythme est très rapide et bien entraînant, le chant assez tranchant et caverneux. C’est efficace, c’est bien bourrin, les claviers sont très effacés et n’offrent que quelques nappes de ci de là, histoire d’apporter une petite harmonie. Un réel plaisir, d’autant plus qu’il suit directement le titre de l’Eurovision, ça permet d’oublier cette petite blague…(peut-être pour ça qu’on l’aime bien finalement!).

J’ai un avis mitigé sur le dernier morceau, « Reptilian Majesty », le pavé de l’album vu qu’il dure plus de quatorze minutes. On ne peut pas dire qu’il soit très bon, surtout qu’il y a des passages assez ennuyants, mais certains sont vraiment intéressants. Notamment l’intro, qui n’est que le calme avant la tempête, vu que la suite se veut plus bourrine et black, avec ces nappes de claviers en fond, ce chant tranchant et ces guitares agressives mais mélodiques. Une véritable déflagration en somme mais elle dure trop longtemps pour ma part si bien qu’on s’ennuie au bout d’un certain moment. Le rythme ralentit subitement pour nous apporter quelque chose de planant et mystérieux (une sorte de passage à la Arcturus avec ces claviers qui donnent beaucoup d’importance à la musique). Ce qui suit est assez lent mais la technique des grattes est mise en avant si bien qu’on entend pratiquement qu’elles pendant plusieurs minutes (ça en devient même lassant surtout que les mélodies sont répétées comme pour nous hypnotiser…). La suite se veut être la parfaite copie du début pendant plusieurs minutes aussi du coup on a l’impression d’avoir mis une deuxième fois le titre mais bon, vu que la mélodie est assez prenante, on s’y fait. Et puis, le rythme décélère petit à petit, on croit que c’est la fin, mais non, il n’y a plus de guitares peut-être, mais les claviers sont de la partie. Ambiance planante et froide, pour une fin tout en délicatesse.

On retiendra de cet album pas mal de déception même si certains titres font assez bonne impression, même si certaines mélodies sont envoutantes, même si le surplus de claviers donnent un style, mais tout de même, Keep of Kalessin perd peu à peu son âme et devient quasiment (si ce n’est déjà fait) une entité commerciale. Le tout n’est pas mémorable, surtout que, comme annoncé, la longueur des titres, la trop bonne production n’arrangent pas les choses. Les points négatifs prédominent sur les points positifs. Juste un sentiment d’amertume. Et la pochette fait pâle figure ! On pourrait croire que la musique est à l’image de ce dragon, au regard perçant prêt à vous sauter au cou, mais non. Une chose est sûre, Keep of Kalessin continuera de vendre mais perdra sans aucun doute pas mal de fans…

 

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