Skyfire : Spectral

Ξ octobre 21st, 2010 | → 0 Comments | ∇ Melodic Blackened Death Metal |

Skyfire : Spectral“Entering the dreams once again forging through the barrier to a new dimension”

Il est incroyable de voir à quel point Skyfire enchaîne les albums tout en continuant à faire rêver l’auditeur…chacune de leurs oeuvres sont comme bâties pour faire mouche, pour taper à l’oreille, pour nous envoyer dans des mondes sombres, mystérieux mais si plaisants. “Mind Revolution” avait en partie concrétisé leur art dans le domaine du death mélodique aux relents black, alors que les petits derniers, “Fractal” ou “Esoteric” les ont définitivement propulsé dans le monde du death black symphonique. Ce “Spectral“, lui, est sans doute l’album de transition entre cette première période délimitée par “Mind Revolution” et cette deuxième période marquée par le sublime “Esoteric“.

Forgé par des musiciens talentueux, composé de titres aussi dynamiques et prenants les uns des autres, possédé par une ambiance magique, mystérieuse et imaginative, bien que sombre et parfois inquiétante, « Spectral » est une réelle descente dans un monde éloigné, spirituel, à la limite du réel et du virtuel. La pochette en est le reflet parfait : quel est le vrai et quel est le faux ? L’homme et le tableau ou bien le décor ?

« Spectral » joue donc avec ces oppositions, ces contrastes, si bien qu’on ne sait plus vraiment dans quel univers nous nous aventurons. A travers un death mélo teinté de black et d’éléments symphoniques, les claviers y étant forcément pour quelque chose, Skyfire décide d’enrichir ses compos en mélangeant les sonorités, les atmosphères, tout en gardant en pièce maitresse, la vélocité des riffs de guitares et la dynamique des rythmiques. Le titre « Conjuring the Thoughts », est la première et l’ultime immersion dans l’imaginaire, le rêve de Skyfire, guitares tranchantes, sons électroniques et symphoniques, envolées féériques de notes au piano, mais aussi agressivité du chant qui devient cette fois ci beaucoup plus death que black.

Malgré la rapidité et la brutalité de certains morceaux, le tout reste pour le moins très mélodique. Les riffs et solos sont pour la plupart du temps très efficaces, et accompagnent avec brio les claviers. Une osmose des instruments qu’on ne peut que noter et renforçant d’autant plus notre aventure mystique dans des chansons riches et complexes. Des breaks aux ambiances sombres et effrayantes agrémentent parfois certaines parties, à l’instar d’un « Shivering Shade » ténébreux ou d’un « Void of Hope » bien captivant. A contrario, des titres comme « Cursed by Belief » sont de vrais bijoux éblouissants en matière de riffings et de mélodies, détenant des sons faisant presque penser à du Children of Bodom…

Il est aussi étonnant de voir à quel point Skyfire mise sur l’émotion et les palettes d’harmonies et d’ambiances toutes aussi géniales les unes des autres. Les claviers sont de réels soutiens et forcément les maitres de ces ambiances si particulières. Mais ils ne couvrent en rien les guitares qui savent bien lancer des offensives quand il le faut. « Awake », par exemple, possède en tout point cette rythmique impeccable paradée par des guitares prenantes et une voix accrocheuse, et des claviers planants aux sonorités multiples, véritables mélanges d’électro, de sympho et de notes plus sombres, à mesure que les notes s’envolent encore et encore…Skyfire arrive de plus à jouer avec les accords et les contre temps à la manière du dernier morceau de l’album « Tranquilitys Maze », au rythme mid tempo et au chant bien tranchant.

Fin de ce voyage imaginaire pour un album doté d’une excellente production. Skyfire sort encore une fois des sentiers battus en nous proposant un death mélo pour le moins original et pas redondant pour un sous. « Spectral » est un bel album construit par un groupe maniant avec dextérité les ambiances et les sonorités, et alternant sans grande difficulté les parties agressives et mélodieuses.

 

Melechesh : The Epigenesis

Ξ octobre 20th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Black Thrash, Oriental Metal |

Melechesh : The EpigenesisIl semblerait que ces dernières années soient riches en matière de métal oriental. D’abord Amaseffer et son prog conceptuel, Myrath et sa visite guidée dans le désert, Orphaned Land et son folk chaleureux et pacifiste, Nile et son brutal death dévastateur, Salem et son doom/death trachant, et enfin Melechesh, israélien de surcroit, avec leur nouvel album « The Epigenesis ». Quatre ans après un « Emissaries » mélangeant avec subtilité l’agressivité, la technique et la mélodie, le quatuor débarque enfin pour nous présenter un nouvel opus, pour le moins très attendu.

Car on en attend beaucoup de ce « The Epigenesis ». Les israéliens ont su, depuis leur formation, nous concocter de véritables tueries en matière de black thrash, tout en incorporant dans leurs compos des éléments orientaux qui apportaient des ambiances plus qu’exotiques. Des albums comme « Djinn » ou « Sphynx » n’avaient pas échappé à la règle et avait permis au groupe de se faire une plus grande renommée, aux côtés de leurs compères d’Orphaned Land. « Emissaries » avait plus ou moins concrétisé leur talent grâce à des morceaux pour le moins efficaces et destructeurs.

Mais qu’en est-il de ce « The Epigenesis » à la pochette jaunâtre, exotique, orientale, et mystique, tout comme les précédents opus ?

On ressent étonnamment une bonne part de déception à l’écoute de cet album. Car il faut avouer que l’ensemble manque de punch, de morceaux clinquants et mémorables. Malgré le tranchant qui réside à l’intérieur des titres, cette voix charismatique à la frontière du chant black ou du growl death, cette technique de guitares lourdes et puissantes et d’une batterie ravageuse et plus qu’excellente, on peine à accrocher, à se frayer un chemin dans ce dédale de sonorités et de rythmiques assez « molles ». La terrible longueur des titres y est peut-être aussi pour quelque chose et la linéarité se fait assez vite ressentir. « Ghouls of Nineveh » par exemple, commence pourtant bien avec son riff arabisant mais il reste identique pendant un trop long moment.

Même si le titre suivant, « Grand Gathas of Baal Sin » remonte le niveau par ses rythmiques thrashy, son ambiance bien sombre, ses sons arabisant et son break on ne peut plus oriental, la suite peine véritablement à accrocher l’auditeur. Pourquoi tant de ressemblances dans les riffs dans un seul et même titre ? C’est d’autant plus dommage que le tout ne manque pas de piment, et qu’un morceau comme « Mystics of the Pillar », assez sombre, possède tout pour entrer dans le cœur des puristes : des riffs bien maîtrisés et une voix black criarde, mais un rythme de nouveau assez lent…

Malgré cette trop grande ressemblance, il faut savoir que la brutalité d’un riff ne permet en aucun cas d’effacer ces mélodies qui ne cessent d’hanter l’album. Elles ne sont pas prenantes, ni enivrantes, peut-être, mais sont les pièces maîtresse d’une œuvre qu’on aurait cru plus ambitieuse. A la guitare ou au chant, on les retrouve sans arrêt, mais elles sont sans doute d’autant plus présentes dans les harmonies chaleureuses et arabisantes, présentes en intro (« The Epigenesis ») ou en break dans certains morceaux (« The Magickan and the Drones ») ou même simplement dans les deux instrus qui sont, je l’avoue, on ne peut plus qu’intéressantes. « When Halos of Candle Collide » possède un fond d’ambiance à la sitar soutenant une mélodie à la guitare bien chaude et extrêmement exotique. « The Greater Chain of Being » quant à elle, nous joue un air à la guitare arabisante et traditionnelle avec quelques percussions et des voix en écho…

Une déception donc pour ce « The Epigenesis » qui n’est évidemment pas à la hauteur des précédents opus de ce groupe réputé aux compos recherchées… pourtant dans la lignée d’ « Emissaries », il est toutefois moins prenant. Melechesh semble alors tomber dans une certaine linéarité ou dans une panne sèche d’inspiration…

 

Amaseffer : Slaves for Life

Ξ octobre 19th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Amaseffer : Slaves for LifeLes terres orientales et les mythes bibliques ont souvent été sources d’inspiration et de rêves multiples auprès des écrivains, des réalisateurs, mais aussi des compositeurs et, en l’occurrence, des groupes de métal. Amaseffer, jeune groupe israélien détenant justement le nom hébreu du peuple israélien dans l’Ancien Testament, exploite donc ce thème dans son album nommé « Slave for Life », premier opus d’une trilogie racontant l’esclavage mais aussi l’exode du peuple Hébreu d’Egypte vers leur Terre Promise, l’Israël.

Au cœur d’un metal on ne peut plus progressif, les titres étant très longs et bourrés de passages et de structures musicales aussi complexes que variés, à l’instar d’un groupe super star limite hollywoodien, Amaseffer nous dépeint ici une Egypte Antique grâce à de nombreuses ambiances orientales, arabisantes, envoutantes. Car en effet, une histoire, un concept, un véritable scénario nous est mis en musique tout au long de l’album, grâce notamment à de nombreux samples : des chevaux, des galops, des pas, des voix, des pages que l’on tourne, le crépitement d’un feu, des coups de fouet et j’en passe…l’univers est riche, somptueux, et superbement orchestré. Car outre le fait que les guitares soient les principaux éléments de la conception des titres, les riffs étant tranchants mais tout aussi mélodieux et harmoniques, les chœurs ethniques et l’orchestre aux multiples instruments orientaux tels que les violons, flutes et percussions agrémentent et pimentent les morceaux comme une bande son des plus intenses qu’on pourrait, sans doute, retrouver dans un grand film d’aventure ou historique. C’est forcément épique et grandiloquent, mais l’auditeur est surtout plongé dans cette ambiance antique et embarqué irrémédiablement au cœur des événements de l’époque. On vit les faits, on les ressent, et on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Même si les chants orientaux et enivrants sont de la partie tout au long de cet album, le chant principal, mené par Mats Leven, est très juste, maîtrisé, et quelque peu situé entre un Tobias Sammet (Edguy) et un Roy Khan (Kamelot), proposant des gammes tout à fait intéressantes et harmonieuses. Quelque peu arabisant sur certains passages, mais souvent plus incisif, il est, avec l’orchestre, l’une des pièces maîtresse de cet opus et soutenus par des narrations données par Kobi Farhi d’Orphaned Land sur certains titres (« Slave for Life » entre autre) et des growls fournis par Angela Gossow d’Arch Enemy notamment sur « Midian ».

Hormis ces quelques points, l’album en lui-même est un véritable condensé d’éléments extrêmement bien maîtrisés et spectaculaire. Le combo révèle son génie au fil des titres, ces derniers dévoilant peu à peu une combinaison et une juxtaposition d’ambiances et de sonorités des plus variés et touchantes. Les émotions foisonnent à travers les alternances de passages calmes et plus rapides, et la variété des instruments, qu’on ne peut qu’admirer. Amaseffer, talentueux, a ce don pour nous concocter des mélodies imparables, si bien que tous les morceaux ont leur identité propre, des parties qui s’emboiteront petit à petit entre elle afin de former un tout, l’histoire, le scénario en question. Flirtant avec des passages grandioses, épiques, mais aussi torturés, où des complaintes viennent compléter cette fresque lamentée mais aussi pleine d’espoir, l’album se veut tout aussi sombre que lumineux, triste et joyeux. L’ensemble possède une sensibilité des plus déconcertante, une atmosphère des plus dépaysantes, des moments forts aussi, comme sur « Land of the Dead » et bien sûr, cette touche de virtuosité à travers des guitares efficaces.

Il est de plus tout à fait normal de penser un tant soit peu à Orphaned Land. Non seulement par la présence du chanteur Kobi Farhi, mais aussi des sonorités dans les jeux de guitares qui peuvent paraître un minimum similaire. Les ambiances aussi, peut-être, sont à comparer avec leur album « Mabool », merveilleux et riche, mais avec cette orchestre grandiloquent en moins. Mais tout est disant plus doux et moins abrupte que la musique d’Orphaned Land elle-même, qui, je le rappelle, a plus une base death folk qu’Amaseffer

Cette première partie de plus de soixante dix minutes, centré sur l’Exode, est totalement magnifique et prenante et ravira sans aucun doute les amateurs de metal prog mais surtout d’ambiances orientales. Amaseffer nous sort d’office un réel chef d’œuvre qu’il ne faudrait en aucun cas renier. Une belle réussite en matière d’atmosphère et de concept.

 

Cruentus (PL) : Event Horizons

Ξ octobre 13th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Industrial Black Metal |

Cruentus (PL) : Event HorizonsÊtes vous prêts à entrer un monde sombre, occulte et mystérieux ? Vous sentez vous capable de pénétrer dans des contrées obscures et lointaines, envahies par de terribles sentiments de désespoir mais surtout prises par une démence sans égale, une paranoïa suraigue que personne ne semble pouvoir (ou même vouloir) soigner ?

Les blackeux de Cruentus, polonais de surcroit, tentent donc d’aborder ces thèmes si noirs et particuliers à travers cet album nommé « Event Horizon ». Officiant dans un black teinté d’éléments industriels, l’opus en question s’annonce bien moderne mais surtout empreint d’ambiances bien atypiques.

Le mélange des deux genres n’est pas si facile à appréhender étant donné qu’on peut peiner à retrouver ces éléments industriels. Certains trouveront que les claviers ne sont pas assez indus, d’autres penseront qu’ils agrémentent l’album afin de donner un rendu assez black mélodique, certains ajouteront que l’ensemble se veut plus dans une optique black atmosphérique voire symphonique…parce que même si les vocaux sont tranchants, sombres et rocailleux, même si les riffs sont black, agressifs mais un poil minimalistes, même si la batterie ne rechigne pas en blast beat et double pédale, les claviers, eux, sont de réels points d’interrogation et il est clair que j’ai parfois du mal à leur donner une « étiquette ». Pour tout vous dire, j’affirmerais donc qu’ils sont diversifiés et qu’ils ne se cantonnent donc pas de faire dans la linéarité, d’où les différents genres que j’ai pu évoquer plus haut.

Ainsi l’album s’ouvre avec une intro instru nommé « Industrial Beat Machinery ». Alors d’emblée, on peut directement se croire dans un monde futuriste régit par des machines, pourquoi pas, d’où ces samples mécaniques et cette impression de se balader dans une usine. C’est bien indus…Mais ce n’est qu’un faux départ étant donné que le véritable démarrage se nomme « Absolute Dominium » et là on peut dire que tout part sur les chapeaux de roues. Un rythme rapide, un véritable rouleau compresseur, guitares et batterie, accompagnées de claviers obscurs. Le chant est à la limite du malsain mais tient la route, malgré quelques faiblesses. Toutefois, quelques passages atmosphériques, beaucoup plus calmes donc, viennent pointer le bout de leur nez : quelques notes de piano, quelques riffs et solos bien placés et le tour est joué. Les claviers me font limite penser au Spiritual Black Dimension de Dimmu Borgir…de quoi pénétrer pour de bon le monde de folie de Cruentus, tout en restant cloitré dans cette ambiance sombre, et entraînante malgré tout.

Car des titres comme « Universal Dementia » sont totalement fantasmagoriques. Là, on nage véritablement en pleine paranoïa. Les claviers sont beaucoup plus puissants et possèdent des sonorités qui leur sont propres. Des sonorités pour le moins inquiétantes mais très captivantes, à mesure que les vocaux ne cessent d’être torturés et perturbés…quelques harmonies à la gratte permettent de superposer les mélodies aux claviers et renforcent cet élan de folie et de mystère. Des murmures, incorporés de ci de là, ne peuvent qu’accroitre cette démence permanente…et la double pédale omniprésente arrive d’autant plus à enfoncer l’auditeur dans ces terribles atmosphères…

« Pale Textures of Reality » mise sur les ambiances et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est bien foutu ! Les claviers et les vocaux font réellement tout. Puissants à souhait, ils sont les fondateurs de ce titre envoutant et mystérieux. Les mélodies sont profondes, le chant terrible, comme sortant d’abîmes sans fin. Les guitares, au second plan, gratifient pourtant ce morceau d’harmonie bien mélancoliques, jusqu’à la deuxième partie du titre…un solo sombre et assez black, soutenu par des claviers plus riches qu’à l’accoutumer. Tantôt indus, tantôt sympho, c’est une véritable descente dans un univers où les sons sont d’autant plus inquiétants, sortant de nos rêves les plus terribles.

Mais malgré ces points positifs, je ne peux qu’évoquer le fait que cet album reste tout de même inégal. L’originalité est là certes, mais la seconde partie de l’opus me semble un peu en perte de souffle. Alors que les six premiers morceaux sont totalement géniaux et emplis de démence, d’inquiétude et de mystères, les cinq derniers sont peu inspirés et beaucoup plus indus que black, notamment au niveau du rythme, mais aussi des riffs et des samples. Les atmosphères restent à peu près les mêmes mais ce changement ci est assez notable et fait donc du mal aux compos, si bien qu’on a l’impression de se retrouver ailleurs, dans un autre opus, ou dans une nouvelle dimension…Expérimentation ? Oui sans doute, mais le rendu est quelque peu faible et mal appréhendé, et c’est dommage ! Car ça gâche un peu le plaisir qu’on aurait pu ressentir au début, ça nous coupe dans cet élan de totale appréciation de l’opus, d’autant plus que les titres sont en général d’une longueur plus que moyenne et que bien évidemment, on finit par s’ennuyer…

Ce « Event Horizon » est donc correct et plutôt intéressant au final malgré la linéarité et le changement d’orientation en fin d’album. Cruentus nous montre alors une face bien inquiétante de leur musique à travers ce type de black/indus, une face réduite à cet album-ci, étant donné que le reste de la disco de ces polonais se veut pour le moins bien différente et loin d’être à la hauteur de ce « Event Horizon »…

 

Arcturus : Sideshow Symphonies

Ξ octobre 7th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Arcturus : Sideshow SymphoniesLe froid…le cosmos…les ténèbres…s’envoler vers des contrées lointaines et étrangères, perdues, dans un monde dépassant notre imagination…découvrir les infinités d’un univers chaotique…se laisser tenter et finalement plonger dans un ensemble mystérieux…rêver…embarquer…ne plus revenir…

Autant de termes bien obscures et pourtant révélateur d’un groupe unique…Arcturus

Portant le nom d’une des étoiles les plus brillantes après Sirius, située dans le prolongement de la queue de la Grande Ours, ce groupe norvégien si atypique, après une « Masquerade Infernale » astrale, aliénée et jouissive, et un « Sham Mirrors » terriblement cosmique, remet le couvert trois ans plus tard en sortant leur ultime œuvre, leur ultime conte astral, « Sideshow Symphonies ».

Signé chez Season of Mist, le combo perd le chanteur Garm pour récupérer le désormais très célèbre Simen (Vortex bien sûr dans Dimmu Borgir ou Borknagar…), qui avait déjà fait quelques apparitions sur « La Masquerade Infernale ». Intégré pour de bon au groupe pour ce dernier monument, ce changement de line up leur est décidément très profitable, car, et il faut le dire, le chant de Simen, si particulier et angélique, apporte sans aucun doute beaucoup plus de profondeur et s’imbrique parfaitement aux compositions. Véritable élément distinctif, il est d’autant plus diversifié qu’excellent, le chanteur n’hésitant pas à aller aussi bien dans les aigus que dans les graves, à murmurer, ou à s’adonner à un certain type de chant black, comme on s’en aperçoit à la fin de « Hibernation Sickness Complete » ou au tout début de « Shipwrecked Frontier Pioneer ».

Ce chant est le premier élément embarquant l’auditeur dans des méandres lumineux et enivrants au sein de cette obscurité et de cette froideur impalpables. Je n’imagine même pas ce « Sideshow Symphonies » sans Simen. Bien sûr, Arcturus a déjà pu faire sans lui, « La Masquerade Infernale » étant bien évidemment l’album de référence, devenu culte dans le domaine du black dit avantgardiste, mais pour le coup, les compos de cet opus ont comme été taillés sur mesure pour coller parfaitement avec un chant clair relativement posé, maîtrisé jusqu’au bout et vraiment, comment dire…

Etrangement je ne trouve pas les mots pour décrire son timbre de voix ainsi que les gammes qu’il peut atteindre aisément. Car il est incroyable de s’apercevoir à quel point il joue avec son organe d’une manière très simple. Tout lui semble si facile…si « Nocturnal Vision Revisited » ou « Daemon Painter » semblent être les exemples les plus frappants, « Evacuation Code Deciphered » en est un autre non négligeable. Lors des premières minutes, Simen débite ses paroles en passant d’une octave à une autre. Lors des dernières secondes, a contrario, il termine magistralement en decrescendo…Pour ce qui est des murmures, je vous renvoie vers « Hufsa », totalement chanté en norvégien. Dans cette langue si particulière, en plus de changer de l’ordinaire, ces quelques murmures donnent un tout autre style à ce morceau final, clôturant l’album de manière unique et sereine.

Il est de plus bien agréable de s’apercevoir à quel point les vocaux de « Daemon Painter » sont aériens mais tout aussi froids. On navigue de notes en notes, ce va et vient continu est totalement enivrant et déroutant, apportant justement le type d’atmosphère qui se dégage en permanence de l’opus…

Simen mise tout particulièrement sur la superposition de sa voix, donnant plus de relief, d’imbrication avec les ambiances froides et planantes, et de profondeur. Sur « Hibernation Sickness Complete » par exemple, cette superposition annonce un certain changement de partie mais aussi de rythmes à l’intérieur du titre. Dans « Shipwreck Frontier Pioneer », il met l’accent sur un élément important du morceau, une sonorité, un mot, une phrase…Bon certes, ce n’est qu’un effet propre à l’enregistrement studio, mais qu’il est bon d’entendre cet angélisme plutôt rarissime dans le domaine du black…

Toujours au niveau des vocaux, un chant féminin disons « divin » s’incorpore dans deux morceaux. D’abord, « Shipwreck Frontier Pioneer » encore, où cette voix magnifique accompagne un rire mesquin de Simen et, comme un écho, part dans des aigus magnifiques le temps de quelques secondes. Et enfin dans « Evacuation Code Decipher », arrivant dans la deuxième moitié du titre, en total duo et osmose avec notre cher Simen. J’ai rarement entendu un tel duo, aussi magnifique et prenant, irrémédiablement rempli d’émotion.

Comment ne pas rêver avec un tel chant…sortez de vos torpeurs, de vos angoisses…et écoutez…laissez vous bercer…laissez vous imprégner des ambiances et de cette musique si…

Cosmique…

Outre un chant planant, l’autre moyen de faire transparaître cela, c’est bien d’incorporer des claviers…

Ils ont toujours eu de l’importance dans les compositions d’Arcturus. Depuis l’époque d’ « Aspera Hiems Symfonia » où l’ensemble se voulait plus symphonique, en passant bien sûr par « La Masquerade Infernale » pour entamer un passage du côté astral, jusqu’au fameux « Sideshow Symphonies ». Là aussi, je n’imagine pas écouter cet album sans claviers, c’est décidément impossible, car ce sont bien évidemment les seconds éléments primordiaux de l’album, transportant l’auditeur dans un autre monde, dans une infinie sombre et froide…tout simplement, l’espace…derrière cet instrument essentiel se cache Sverd, principal compositeur et excellent musicien. Sa prestation est impeccable, les effets sont multiples, les fonds d’ambiances magnifiques, les styles variés. Si parfois on se retrouve avec des sonorités d’une nature plus symphonique comme sur l’instrumental « Reflections », on peut aussi avoir à faire à quelque chose de plus électronique sur « Nocturnal Vision Revisited », de plus typiquement black sur « Hibernation Sickness Complete » ou « White Noise Monster », ou dans une veine ambiante comme sur « Daemon Painter ». De plus, l’apparition du piano sur certains morceaux renforcent ce côté astral et quelque peu gothique par moment. Mais des lignes plus obscures et terribles peuvent aussi apporter un côté inquiétant, comme sur la fin de « White Noise Monster » ou une petite partie de « Moonshine Delirium ».

Finalement, avec tous ces effets et sonorités, on ne peut qu’être emportés…ça fonctionne bien…c’est magique…terriblement glacial…et ça prend aux tripes…

Je n’ai pas encore parlé des guitares et là je pense que vous devez vous dire qu’après tous ces fameux éléments dit « essentiels », ces fameux instruments à corde ne doivent pas être mis en avant et donc, passent au second rang…

Et bien détrompez vous, parce que pour tout vous dire, tous les instruments de cet album sont relégués au même plan, et donc, aucun ne domine l’autre. Même si chacun a plus ou moins un rôle qui lui est propre, on ne peut en supprimer un sans l’autre. Une suppression d’un instrument dénaturerait totalement les compositions, on y perdrait une importance capitale, l’âme, en quelque sorte de l’album…

…et les guitares font partie de ce tout si homogène et harmonique, solidifiant cet ensemble en béton armé.

Alors même si, oui je dis bien, même si sur certains morceaux ça semble être assez simpliste, méfiez vous des apparences…les riffs ne sont pas choisis au hasard, ils ont au contraire un sens, une bonne raison d’être placés à tel endroit, d’être d’un certain type…primordiaux, ils entraînent l’auditeur vers des atmosphères bien déterminées, telles que je les ai énoncées bien plus tôt. La plupart du temps donc, ces riffs sont sombres et ténébreux, en total contraste avec un chant lumineux, comme je l’ai précédemment dit. Des riffs obscurs et étranges sur certaines pistes, notamment « White Noise Monster », d’autres plus tordus à l’instar de « Hibernation Sickness Complete », plus continus et intenses à la manière de « Shipwrecked Frontier Pioneer », ou plus tranchants et agressifs sur « Nocturnal Vision Revisited ». Mais on ne peut toutefois s’empêcher d’apprécier ces guitares si particulières, et de savourer cet étrange solo de fin sur « Hufsa »…au final, rien de tel pour de nouveau refroidir l’atmosphère, mais décidément ! Tout est fait pour … eh oui que voulez vous…un album glacial, planant et sombre se doit de posséder tous les atouts pour le rendre comme tel…

La basse manque à l’appel au niveau des guitares. Je ne vais pas revenir sur le fait qu’elle est aussi très importante et dès l’ouverture de l’album, ça s’entend. Bien mise en avant, ses lignes sont parfaitement audibles, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Elle assombrie et ajoute beaucoup plus de lourdeur aux compositions, d’autant plus qu’elle est assez axée dans les graves (très graves…).

Alors on se retrouve avec un rythme tenu par cette basse et une batterie tonique mais souvent calme, voire lente. Car ici, niveau rythmique, on ne fait pas dans la rapidité, ni dans l’agressivité, à l’exception de quelques morceaux où le rythme s’accélère. Mais globalement, pour respecter cette ambiance cosmique et donc planante, on garde quelque chose d’apaisant et d’atmosphérique.

La musique est donc astrale mais le groupe aborde fièrement des thèmes bien particuliers et tout aussi en rapport avec ce dont il joue. Outre cette pochette qui ne peut que faire penser au ciel étoilé, Arcturus s’empreint d’une volonté de découvrir des confins cachés et lointains, et de partir à la découverte de l’univers et ses secrets. Les paroles en sont totalement significatives, ainsi que le nom des titres, plongeant alors l’auditeur dans une dimension intellectuelle mais aussi spirituelle bien atypique. Ainsi « Shipwrecked Frontier Pioneer », la pièce maîtresse de l’album je l’avoue, raconte le « naufrage » d’un vaisseau spatial transportant des voyageurs, mais pas n’importe lesquels : les membres d’Arcturus. Et là tout devient alors plus clair, surtout avoir pris connaissance du livret, où chaque membre n’est pas désigné par sa fonction dans le groupe (c’est-à-dire guitariste, ou bassiste) mais bien par sa fonction au sein d’un vaisseau (traducteur, médecin, pilote…). Façon original d’appréhender les choses et de nous embarquer (et le terme est tout à fait exact) dans un cosmos inquiétant et peu rassurant. « Daemon Painter » raconte donc l’errance dans le noir et le froid de ces membres, « Moonshine Delirium » leur aliénation (d’où les riffs étranges)…

Enfin, pour donner cette impression de rêve et de constance, monter que le temps devient alors dissolu, que tout est immatériel, que notre corps et notre esprit sont transportés dans un ciel opaque et léger dans lequel rien n’existe réellement, les morceaux sont en général longs et loin d’être linéaires. Dans une tendance progressive, les structures varient régulièrement, et les magnifiques mélodies en arrière plan renforcent cette espèce de flux qui nous traverse irrémédiablement. Le seul conseil que je peux vous donner pour vous sentir d’autant plus transporté et bien sûr « embarqué », c’est d’écouter ça dans le noir et si possible, avec un ciel étoilé au dessus de vous et une brise douce et légère…

Un chef d’œuvre. L’ultime album d’Arcturus avant sa séparation ne nous laissera décidément pas indifférents…ce sublime représentant d’un black nouveau, froid et cosmique ne peut qu’inviter l’auditeur à voyager et rêver, encore et encore, à chaque écoute…un must en matière d’ambiance…

 

Thy Disease : Rat Age (Sworn Kinds Final Verses)

Ξ octobre 4th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Industrial Death Metal |

Thy Disease : Rat Age (Sworn Kinds Final Verses)Dans un futur proche…

Les humains se retrouvent exploités mais aussi extrêmement surveillés par une organisation mondiale, la « World Corporation Syndicate », dont nous pouvons aisément apercevoir le logo sur la pochette grisâtre et très industrielle de l’album. Ce syndicat, à l’instar d’une dictature plus modernisée, tente alors d’imposer des règles on ne peut plus drastiques et s’attache énormément à la manipulation de l’esprit humain : les pensées, les émotions, le mental…Sous le couvert d’une pseudo prophétie l’organisation utilise des moyens assez radicaux pour véhiculer sa « doctrine »…en plus d’être vu par les humains comme « l’ennemi », le Syndicat marque aussi la naissance d’une nouvelle ère nommée « Rat Age », autrement dit, une ère pourrie, mauvaise, dégueulasse…

Derrière ce thème pessimiste et futuriste se cache de nouveau les polonais de Thy Disease, continuant dans leur lancée après trois albums différents et précurseurs des ambiances cybernétiques et très industrielles que nous retrouverons sur ce « Rat Age ». Le groupe semble enfin avoir trouvé sa marque de fabrique et son identité, proposant un death décidément plus industriel et s’attachant enfin à un concept personnalisé et SF. La désinence « cyber » est d’autant plus appropriée qu’elle est réfléchie et surtout maîtrisée. Car ici, Thy Disease tient son sujet, et semble irrémédiablement nous raconter une histoire, un conte, un événement qui pourrait très bien se produire…

Pour cet album, le combo change de label et signe chez Empire Records, label polonais de Belphegor, Atrophia Red Sun ou de Made of Hate pour ne citer qu’eux, améliorant leur qualité de son et apportant plus de lourdeur. S’armant d’une cover relativement moderne et révélatrice d’un monde décadent, « Rat Age » s’annonce donc comme une réelle bombe en matière de cyber death metal…

En réalité, Thy Disease arrive avec hargne et professionnalisme à nous plonger dans son univers, son concept, ses idées. Alors que les précédents opus étaient, pour la plupart, dénués de réelles thématiques guidant l’auditeur dans un monde bien atypique (à l’exception peut-être de « Neurotic World of Guilt », sombre, plus cybernétique, plus « conceptuel » sur les bords même si le terme n’est pas le plus approprié), « Rat Age » est décidemment la pièce manquante de l’entité Thy Disease. Le chef d’œuvre à part entière.

Bienvenue dans le futur !

L’intro faite aux claviers et aux samples nous embarque directement dans ce monde si mécanisé, décharné, et aseptisé. Les bruitages sont répétitifs et en deviennent presque inquiétants. Si bien que tout démarre ensuite sur les chapeaux de roues avec un déluge de guitares death. « Prophecy » est le digne représentant de cette ère si malsaine basant son pouvoir sur cet oracle qu’on aurait préféré inexistante. Le chant de Psycho est beaucoup moins violent qu’à l’accoutumer, les paroles devenant alors plus distinctes. Sans être clair pour autant, il reste tout de même tranchant et efficace, accompagné d’une batterie aux martellements incessants et maîtrisés, et guidé par un excellent guitariste arrivant à nous concocter de superbes harmonies, que l’on retrouve beaucoup aux refrains.

Car telle est la marque de fabrique de Thy Disease. Des couplets percutants et agressifs, où tout s’apparente à de véritables tempêtes d’éléments musicaux violents et attrayants, et des refrains entêtants et décidément plus planants, où les harmonies sont de rigueur et les claviers beaucoup plus mis en avant, à l’instar de « Enemies », « Syndicate » ou « Rat Age », les morceaux centrés sur l’organisation si détestée. Les répits sont peu présents, les riffings sont excellents et vraiment tranchants, les lignes de batterie excellentes et les harmonies très réussies. Une bonne représentation en musique d’une dictature sans pitié, narrée par une voix relativement tranchante et rageuse.

Je ne peux m’empêcher d’évoquer la pièce maîtresse de cet opus, « Antidote », un titre plutôt court mais ô combien efficace. C’est sans doute lui qu’on repère tout de suite et qui s’annonce immédiatement comme le hit le plus ultime de ce « Rat Age » si enivrant. Une intro et un couplet cybernétiques faits aux claviers où s’ensuivent d’excellents riffs tels des lames s’abatant sur l’auditeur. En plus d’être froid et futuriste, le refrain se veut d’autant plus entêtant, Psycho scandant les paroles d’une voix on ne plus peut mécanique et hargneuse, la double pédale fonctionnant comme un réel rouleau compresseur écrasant agréablement l’auditeur. Mais quelle efficacité ! Impossible de ne pas en redemander, « Antidote », petit espoir contre la répression du Syndicat semble-t-il, fusionne le death et l’indus comme il se doit…

Les titres instrumentaux suivants, ne portant pas de nom, rappellent à l’auditeur que le monde a bien changé. Celui en milieu d’album est plus futuriste et spatiale, planant à souhait et représentant d’une ère décharnée et assombrie par cette volonté de contrôler et dominer. L’autre, toujours sans nom, clôt l’album d’une manière on ne peut plus pessimiste. Les bruits mécaniques sont toujours de la partie, soutenus par cette ambiance froide, mélancolique, pessimiste…et nous laissant sur notre faim…tout simplement synonyme de… suite ! Car en effet, « Rat Age » n’est que la première partie d’une saga en cours de développement, la seconde partie étant « Anshur-Za », cinquième album sorti trois ans après l’opus qui nous intéresse actuellement.

Lors des précédentes chroniques, notamment sur celle de « Neurotic World of Guilt », j’avais mentionné le nom du groupe Crionics, autre formation guidé par le guitariste Yanuary. Eh bien je ne peux m’empêcher d’en reparler ici même et faire une légère comparaison avec le « Rat Age » de Thy Disease, sorti donc en 2006, et le « Neuthrone » de Crionics sorti l’année d’après. En effet, les ressemblances sont assez flagrantes, en particulier dans les riffs. Le guitariste y est donc pour quelque chose et là, tout devient plus clair à nos yeux : il est compositeur dans les deux groupes. Alors impossible de ne pas retrouver ces riffs si particuliers et si identifiables, Yanuary ayant sa patte bien à lui… et impossible de ne pas retrouver ces jeux de batterie ! Le batteur étant aussi le même dans les deux formations…ah que de similitudes à l’écoute de cette double pédale incessante et efficace !…

En fin de compte…« Rat Age » et « Neuthrone »… deux opus aux concepts futuristes, froids et sombres…deux opus pessimistes, SF et recherchés…deux opus si proches dans le fond et même dans la forme à l’exception que le premier cité serait une version plus accessible du second…moins agressif mais tout aussi lourd, plus mélodique mais tout aussi harmonieux et efficace…faites la comparaison et vous verrez.

Verdict : sans doute un des meilleurs albums de Thy Disease à ce jour, on ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir. Mais en tout cas, si on devait faire un top 10 sur les albums de cyber, celui-là rentrerait parfaitement dedans, et serait très bien classé, tout étant respecté au millimètre près, les ambiances étant là et irrémédiablement excellentes. On est réellement bien loin du black/death aux légères tendances industrielles que nous avaient offert les albums « Devilish Act of Creation » ou « Cold Skin Obession », atypiques qui plus est, mais beaucoup plus violents. Thy Disease a atteint un stade irrémédiable, le cyber mélodique leur a ouvert les portes et ces portes semblent s’être refermées sur eux, sans doute pour un long moment…

 

Al Namrood : Estorat Taghoot

Ξ octobre 3rd, 2010 | → 0 Comments | ∇ Black Metal, Oriental Metal |

Al Namrood : Estorat TaghootRares sont les groupes de métal du côté du Moyen Orient, et encore moins en Arabie Saoudite. Dans un pays où il est difficile de se marginaliser, d’explorer des contrées ou avoir des pensées bien différentes de ce que la religion ou la politique imposent, les combos se font discrets, enfermés dans une doctrine poussée aux extrêmes qui pourrait leur être fatale…Al Namrood s’impose sans aucun doute comme le leader de cette scène métal si méconnue et alors si dangereuse. Car en jouant non seulement du black metal et en portant un nom signifiant tout simplement « le non croyant », il est clair que les membres tentent, au péril de leur vie, de sortir des sentiers battus et faire rentrer les auditeurs plutôt occidentaux dans leur univers si dark et macabre.

Signé chez Shaytan Production, label canadien, depuis leur formation et la date de leur première démo nommée basiquement « Shaytan » (« diable » en arabe), Al Namrood sort tout juste un an après leur premier album « Astfhl Al Tha’r » un second opus tout aussi original et rocambolesque nommé « Estorat Taghoot ». Composé de onze titres pour une durée approximative de cinquante six minutes, et d’une pochette aux couleurs chaudes et représentant la célèbre Tour de Babel, le combo semble s’attacher aux mythes et légendes centrés sur cette fameuse tour. Etonnant qui plus est, étant donné que ces traditions sont à la base judéo-chrétiennes, mais en fouillant un peu plus dans le mythe, on découvre que l’homme ayant eu l’idée de construire ce monument se dénommerait Nemrood…difficile de ne pas y voir un rapport évident au groupe…

Musicalement, le black que nous propose Al Namrood est tout d’abord assez cru sur les bords. Le son global se veut assez caverneux et comme un écho dans le lointain, sans doute dû à une qualité de production qui laisse à désirer. Mais cela donne un style, les sonorités semblent alors s’éparpiller et les vocaux, typiquement black et malsain, renforcent ce sentiment d’inconfort face à ces ambiances si particulièrement noires et crasseuses. On ne peut aussi s’empêcher d’entendre des saturations dans le son, ce qui peut en désarçonnés certains. Principales responsables : les guitares, qui semblent avoir une distorsion des plus étranges. Les riffs sont toutefois violents, efficaces et bien rentre dedans, et le gratteux Mephisto s’évertue à nous jouer des mélodies arabisantes, typiques de la région. Impossible alors de ne pas se sentir dépaysés au sein de cette atmosphère macabre et glauque et de ce déluge de riffs assez bien maîtrisés.

Cependant malgré cette agressivité impalpable des guitares, mais aussi des vocaux, grognant des phrases chantées les unes après les autres en arabes exclusivement avec violence et conviction, la mélodie est aussi de la partie, dévoilant alors des ambiances nouvelles, poussées à l’extrême. Il serait donc temps de mentionner l’apparition d’instruments traditionnels, comme les percussions, les mandolines mais aussi quelques flutes voire violons orientaux. Au cœur de ces riffings imposants, ces instruments là apportent vraiment un brin d’originalité, l’orientalisation du métal étant assez rare. Le titre instrumental « Arousal At Nebuchadnezzar Fort » ou le morceau « Fe Youm Thaqeef » sont de beaux exemples de mélanges…

Du côté des claviers, omniprésents, ils apportent beaucoup de profondeur aux titres, en incorporant des sonorités plus ou moins étranges et quelques peu malsaines. Mélangés aux guitares et aux éléments orientaux, ça en devient presque glauque et super intéressant. « Asda’ Al Dmar » emmène réellement l’auditeur dans un monde chaleureux mais meurtri. Les atmosphères sont vraiment dark et enivrantes sur ce rythme lent, à la limite du doom, et cette lourdeur des guitares.

Par contre, et il faut l’avouer, ce n’est pas toujours très réussi et « Ma’dabt Al Audhama » est bien l’exemple de cette espèce de faute de parcours : les sonorités de claviers sonnent presque faux, les accords ont bien été loupés et tout est plutôt cacophonique. Cela peut devenir relativement gênant, surtout quand on voit la longueur des morceaux, atteignant souvent les six voire sept minutes et apportant un aspect progressif à la musique. En effet en plus de la longueur, les structures ont aussi tendance à varier et à se complexifier. On arrive alors à se perdre en cours de route quand la linéarité pointe le bout de son nez, et c’est un point que je regrette le plus. On n’aurait pas d’aussi longs titres, tout passerait comme une lettre à la poste.

Mais tout de même, malgré ces quelques points négatifs, l’ensemble reste pour le moins sympathique et même agréable, si tant est qu’on apprécie le black metal dit oriental. Cet album assez underground pourra alors ravir les amateurs de metal glauque mélangé avec de chouettes éléments arabisants. Une bonne prise de risque pour ce groupe qui se veut alors hérétique dans ses contrées chaudes et étouffantes…

 

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