Thy Disease : Anshur-Za

Ξ novembre 16th, 2010 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Industrial Death Metal |

Thy Disease : Anshur-ZaToujours dans un futur proche, la Terre dirigée par le Syndicat continue d’être ravagée par des guerres sans merci et une oppression sans équivoque. L’air est devenu toxique, des camps ont été créés pour héberger les quelques rebelles, manquant à plusieurs reprises d’évincer le Syndicat et cette ère malsaine. Séparés de la civilisation par des fils barbelé et contraints de porter des masques à gaz, ces hommes tentent tout de même envers et contre tout de retrouver leur liberté et la vie qu’ils avaient connu auparavant… un endroit semble toutefois être synonyme d’espoir et de salvation, un endroit bien spécial et étranger où se cacheraient des hommes libres… Anshur-Za

Cinquième album et surtout deuxième partie du concept futuriste et pessimiste des cyber métalleux de Thy Disease, devenus après plus de dix ans d’expérience, une entité death indus à part entière. Après une évolution constante, dénotant non seulement une envie de changer et de prouver leur talent en matière de compositions, les polonais montrent une fois de plus que leur musique varie et s’ancre dans un style apparu peu à peu au fil des opus, un cyber metal froid et brutal. Mélange de death rentre dedans et d’indus/electro martial et omniprésent, des changements sont tout de même à dénoter puisque le black, qui était pourtant une des bases des compositions du groupe, a disparu au profit d’un ensemble peut-être moins sombre mais plus moderne et SF. Le logo n’est d’ailleurs plus typé death/black et s’avère être bien caractéristique d’un groupe d’indus. La pochette représente un homme avec un masque à gaz pris dans une explosion alors qu’il tente de fuir son camp de concentration. Rien de bien black donc et il est clair que Thy Disease tire définitivement un trait sur ce style, pour se consacrer davantage à une musique peut-être plus originale mais moins personnelle.

Outre ces quelques changements stylistiques et esthétiques, le combo teinte les douze chansons de ce « Anshur Za » de nouveaux éléments qu’il n’avait pas encore exploité depuis le début de sa carrière, notamment l’alternance des vocaux gutturaux/clairs dans certains mettant en avant les deux types de camps, comme dans « Code Red », « Fog of War » ou « Freedom for Anshur-Za ». Hormis l’apport d’émotion et d’une technique de chant imparable pour Psycho, qui maîtrise aussi bien son organe dans le chant death que dans le chant clair au phrasé impeccable, cette alternance propulse d’autant plus le groupe au même rang que des formations de Death Mélodique traditionnel ou d’Indus à la Sybreed ou Breach the Void…

Autre élément nouveau, l’apparition de sonorités orientales dans certains morceaux, mises en avant aussi bien par une sitar sur « Blame », que par des vocaux sur « Salah-Dhin » ou un solo de guitare sur « Freedom for Anshur-Za ». Ces sonorités symbolisent l’exotisme mais aussi l’étranger, et donc l’endroit salvateur nommé précédemment, Anshur-Za

Toutefois, malgré les nouveautés, on ne change pas les ingrédients qui font la recette de leur succès. Thy Disease réutilise ici allégrement un large panel de mélodies et d’harmonies, peut-être trop abondant il faut l’avouer. Elles ne sont pas vectrices d’étouffement de l’agressivité, au contraire, elles permettent sans aucun doute d’aérer les compositions, regorgeant de riffs efficaces et puissants, et d’une batterie à la double pédale facile et martelante. « Rotten Structure » par exemple, est basé du début à la fin sur des saccades entêtantes et une batterie pour le moins technique, paradées par un chant death plus grave qu’à l’accoutumer et rocailleux. Le break atmosphérique et futuriste en milieu de titre fait office de pause après ce déferlement de brutalité et permet de rappeler à l’auditeur à quelle époque il se trouve.

Car les ambiances jouent de nouveau un rôle primordial et sont les principales fondatrices de la musique cyber. Ainsi même si quelques parties peuvent être assez mécaniques et déshumanisés comme sur « Nightmare Scenario » avec ces claviers bien étranges et ces voix décharnées à certains moments, l’ambiance principale est bien évidemment apocalyptique et résolument déconcertante. « Blame », morceau d’ouverture de l’album, est sans doute le plus représentatif. Son intro pourrait faire croire qu’il s’agit d’un titre instrumental tant il est ambiant : des percussions à la limite du robotique, un fond d’ambiance froid et pesant, et une mélodie au piano enivrante. Il est tout à fait possible de se croire à la place de l’homme sur la pochette, dans ce monde gris et nuageux où la liberté de penser et de se mouvoir n’existe pas… la suite du titre se veut soudainement plus agressif et assez similaire aux anciens albums de Thy Disease, c’est-à-dire un déferlement de riffs techniques et ravageurs soutenus par un growl maîtrisé et des claviers imposants.

Et c’est là que le bât blesse. On peut leur reprocher cela. La profusion de claviers. L’ancrage parfait dans la musique Indus. Le pas en avant. Et peut-être celui de trop. En effet, tous les morceaux regorgent de claviers et d’un enrobage électronique omniprésent. Alors que dans les précédents albums les claviers étaient utilisés à moyenne dose et servaient de parade au black pour créer des atmosphères bien particulières, sombres, froides et inquiétantes, sur « Anshur-Za » c’est la totale antithèse… on se retrouve avec beaucoup de sons et beaucoup d’accords, apportant ce côté atypique, certes, mais noyant quelque peu l’auditeur dans un dédale de sonorités toutes aussi variées et déroutantes les unes des autres. Cette suprématie du clavier et de l’électro (« General Speech » étant un bon exemple) peut finalement rappeler que Thy Disease se perd dans un chemin qu’il n’aurait pas dû emprunter. Certes ça apporte pas mal d’originalité aux compos et lui permet de se placer encore plus dans un style Cyber, mais l’abondance reste quasiment destructrice et Thy Disease s’éloigne de ce fait de son passé qui semble de moins en moins leur coller à la peau.

D’autant plus que l’album se termine avec deux reprises bonus bien indus et électronique de Depech Mode (le modèle ultime pour tout groupe d’indus) et de Madonna, « Frozen », déjà revisité par les polonais eux-mêmes sur leur album « Devilish Act of Creation ». Sauf qu’ici le rendu est irrémédiablement différent puisqu’il n’y a plus de black et que les claviers prennent le dessus, même si les riffs restent efficaces et bien puissants. Ces reprises restent tout de même dispensables et rappellent encore plus à l’auditeur que le Thy Disease du passé est résolument mort…

Le concept de l’album se clôt véritablement avec « Salah-Dhin » (les reprises ne comptent pas) et sa petite touche d’espoir. Ce nom bien mystérieux fait référence au héros kurde et musulman Saladin (d’où les ambiances orientales…) mais est surtout une sorte de ville phare d’Anshur-Za, abri des hommes libres et pensant par eux-mêmes…

Après cette fin, il est normal d’avoir un avis mitigé sur l’album surtout après avoir connu les anciens. Le virage entamé avec « Neurotic World of Guilt » et accentué par « Rat Age » vient de se stabiliser sur ce « Anshur Za » beaucoup plus électronique que ces grands frères. Ceux ne connaissant pas Thy Disease et débarquant avec l’écoute de cet opus y trouveront un groupe original de Cyber Metal, bien inspiré, détenant un concept intéressant et prenant. Les autres pourront rester sur leur faim à cause de ce manque d’agressivité palpable ou s’étonner du fait que le changement soit si brusque, basé sur une masse d’éléments électroniques. Pas une erreur de parcours pour autant, l’opus en question se laisse toutefois bien écouter et décèle d’excellents morceaux.

 

Crionics : N.O.I.R.

Ξ novembre 2nd, 2010 | → 0 Comments | ∇ Death Black, Industrial Death Metal |

Crionics : N.O.I.R.Après un “Armageddon’s Evolution” typé black symphonique et inquiétant et un “Neuthrone” cyber death, martial, froid et percutant, les polonais de Crionics reviennent après trois ans d’absence avec un nouvel EP, sobrement appelé “NOIR”…

Ce nom, pourtant acronyme de “Nation Of Illusive Ressemblance” ne peut qu’évoquer en nous la fameuse couleur noire, si présente dans le monde du métal. Elle peut aussi signifier un retour du groupe vers ses origines black, d’où cette cover beaucoup plus sombre que la dernière en date…

Mais cet EP, en réalité, n’est qu’un bond en avant vers une musique différente…

Signé chez Creative Music, “NOIR” n’est que le prélude du prochain album à venir. Une sorte de mise en bouche, permettant à l’auditeur de découvrir le nouveau Crionics. Oui j’ai bien dit nouveau. Car le changement de line up est de taille. Le combo se décharge de son chanteur, son batteur et son bassiste au profit de trois nouveaux musiciens, certains venant tout droit de formations connues : Vader et Behemoth. On pourrait donc y voir un réel point positif, Crionics s’armant de membres expérimentés et s’ajoutant de nouvelles cordes à son arc. Cependant, il est tout à fait normal d’imaginer que le groupe puisse changer de technique voire d’orientation musicale, les seuls rescapés étant le claviériste Vac-V et le guitariste Yanuary, principal compositeur des morceaux…

L’EP en question se compose donc de cinq titres, trois nouveaux et deux reprises d’Immortal et Rammstein…et là je ne sais pas comment on doit prendre cette nouvelle. Nous pouvons tout autant être en proie à une grande curiosité ou alors, au contraire, se demander où est l’originalité et écouter ces fameuses reprises avec peu d’enthousiasme…

Mais d’abord, les nouveaux morceaux. L’intro et le couplet de “NarcotiQue” ne peuvent que nous faire penser au fameux album “Neuthrone” tant les ambiances faites aux claviers et mêmes les vocaux s’y apparentent, mais en plus sombre et surtout, en plus mou. Les guitares manquent énormément de punch et d’agressivité comparé à ce que Crionics a l’habitude de nous concocter. Ici on se retrouve avec un ensemble pour le moins entraînant mais pas assez tranchant…jusqu’à l’arrivée du refrain où il sera possible pour certains de froncer le sourcil…le ralentissement du rythme et l’apparition d’un chant clair assez bancal pourraient facilement en rebuter plus d’un. On ne retrouve pas l’identité du groupe à travers ce nouvel amas de mélodies foireuses…

Pourtant, avec “Scapegoat“, Crionics semble faire une sorte de retour aux sources car l’ambiance se veut plus symphonique, tout en étant assez sombre. Quelques samples viennent renforcer ce côté futuriste, mais les problèmes persistent : les guitares et le rythme sont lents, et le chant clair après un growl approximatif n’arrange pas les choses…où sont donc passés le tranchant, le génie mais aussi l’identité si atypique de Crionics?

Déception, déception, mais pourtant il subsiste un peu d’espoir lorsqu’arrivent les reprises. Celle d’Immortal est un peu faiblarde et aurait pu être mieux appréhendés, notamment dans les riffs, tandis que celle de Rammstein (“Moskau”) est tout à fait indigeste…le groupe ne lui a décidément rien apporté si ce n’est plus de médiocrité et de gâchage. Les riffs sont plus death, peut-être, mais le chant est sans doute l’élément à jeter tant il est, je le dis, chiant et lassant…le duo en allemand et russe a été pour le coup mal appréhendé puisque le chanteur alterne les deux langues, et donc les deux chants normalement masculin et féminin à lui tout seul, du même ton, sans variations…alors que les claviers eux se font discrets et moins ambiants…

Que de changements et que de déception pour ce groupe qui, semble-t-il, avait atteint le point culminant de sa carrière avec “Neuthrone“. Avec “NOIR”, Crionics semble avoir transformé sa musique en quelque chose de plus accessible, plus indigeste, moins prenant et enivrant, à croire que tout le potentiel de ce combo résidait dans la formation originelle, subsistant encore chez Thy Disease, second groupe des ex membres de Crionics et de Yanuary…Un EP dispensable qui rebutera sans aucun doute les amateurs de ce combo ayant fait beaucoup mieux par le passé…et les incitera peut-être à ne pas se pencher sur le futur album…

Nota: sachez que sur l’édition chez MSR Productions, on retrouve en plus de ces morceaux originaux ceux qui étaient sur la toute première démo de Crionics en 1998, avec le line up originel. Toutefois, les quatre titres n’ont pas été remixés ou retouchés, ils restent authentiques, avec le son assez raw de base. Bonne initiative pour ceux désirant, non seulement faire une comparaison, mais aussi faire d’une pierre deux coups, cette démo ne se trouvant quasiment plus dans les distros. Il est donc bon de s’apercevoir que les débuts des Polonais étaient bien black, avec de petites touches symphoniques et une grosse influence Emperor (retrouvée avec la reprise “I Am the Black Wizards“).

 

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