New Discolour : Short of Ink

Ξ septembre 30th, 2011 | → 5 commentaires | ∇ Progressive Metal |

New Discolour : Short of InkAlors que les moyens de communication s’étendent et qu’Internet devient l’invention la plus facile d’accès pour s’approprier de la musique comme on veut, les jeunes groupes peinent à trouver leur voie, et rencontrent de plus en plus de difficulté pour être reconnus ou appréciés. Certains s’en sortent, d’autres non. Mais New Discolour semble s’être trouvé son propre chemin.

Fondé en 2008 par le guitariste Soren Thomsen et le batteur Lasse Mikkelsen, cette formation danoise se compose désormais de cinq musiciens à la personnalité et aux origines culturelles différentes. Depuis trois ans, ce mélange aura fait d’eux une entité particulière à la vision commune, leur octroyant le moyen de gagner l’Underground Music Awards du meilleur groupe metal au Danemark, et de jouer un metal progressif aux paroles authentiques, venant soutenir les atmosphères sombres qui se dégagent de ce nouvel opus, « Short of Ink ».

Ces paroles, du fait de cette diversité culturelle, sont une réponse critique face à la corruption, la politique et la bureaucratie, changeant de près ou de loin notre point de vue personnel. Toutefois, au sein de ces thématiques actuelles se cachent aussi l’espoir et le désir de retrouver la paix et le don.

Afin de mettre tout cela en valeur, le combo nous propose un metal progressif teinté d’éléments aussi différents les uns que les autres. Si un certain côté moderne ressort des compositions des danois, on peut aussi y retrouver des éléments thrash (« If I, If They, They Are, I… »), hardcore, voire même death, éparpillés de ci de là. Le tout reste pour le coup assez homogène et bien intégré, même si c’est sans doute le côté hardcore, voire post-hardcore, qui ressort le mieux de cet ensemble compact et écrasant.

Produit par Christian Blonde (The Cleansing, Invisius, Dawn of Demise), le son est lourd et met d’autant plus en valeur les ambiances torturées des titres, qui s’enchaînent sans trop de difficulté. Le chant de Artem Kushnirenko est offensif et écorché, et prend des intonations proche d’un Ben de Sybreed. Les guitares sont très tranchantes et nous offrent tout un panel de riffs précis, sans non plus viser une technique ou une mélodie absolues. « Black Face », entre autres, montre bien ce riffing impeccable et varié, passant de breakdowns à des parties thrash et death. « Yes, Yes, No » quant à lui, dégage des riffs core mais offre un passage atmosphérique à la mélodie redoutable.

On remarquera aussi les nombreux changements de rythme, prenant ses inspirations du groove, du funk ou encore du hip hop.

Cependant, une certaine linéarité pointe le bout de son nez, malgré les quelques trente deux minutes de musique. Les structures sont variés, l’album est en mouvement, mais on sent que quelques bouts de morceaux viennent se rattacher à d’autres. De plus, le passage d’un titre à l’autre peut être déroutant tant les différences de rythmiques nous sautent aux oreilles. Mais cela ne brise en rien le côté obscur du son…

New Discolour nous fait donc un bon premier opus, deux ans après un premier EP « Silent Scream » peu abouti. Ce « Short of Ink » reste tout de même court, mais met en valeur l’essence même du groupe, à savoir un ensemble lourd, varié, en mouvement, et surtout, sombre et torturé.

 

Frost Hammer : Old Times Glances Upon Us

Ξ septembre 29th, 2011 | → 1 Comments | ∇ Black Metal |

Frost Hammer : Old Times Glances Upon UsLa rencontre de deux groupes improbables, et pourtant…malgré leur passion pour le black metal, on ne pouvait prévoir l’union des canadiens de Frost Hammer et des suédois de Demorian, l’un ayant enchaîné les démos et l’autre les splits. Les voici tout de même réunis sur ce même album à se partager quatre titres chacun, histoire de nous montrer leur points communs et leur façon de faire.

Il y a tout de même une chose que l’on repère derechef au sein de ces compositions, c’est le côté crade, brouillon, raw et extrêmement caverneux. Même si on s’en serait douté, ne vous attendez donc pas à quelque chose de bien produit. Ici, le maître mot est « underground » et même si on le voit rien qu’à la pochette, on le sent d’entrée de jeu avec les quatre compositions de Frost Hammer et de Demorian.

Frost Hammer par exemple. Leur black metal est tout de même mélodique sans non plus être pompeux, l’ensemble restant extrêmement froid, comme si nous étions descendus six pieds sous terre, ou comme si nous étions au beau milieu de la taïga. Frost Hammer c’est un peu ça, vu leurs influences hivernales. Et même s’ils ne sont pas connus du tout, ils jouent ce qui les inspire, tout en étant, malgré tout, inspiré par le black metal scandinave.

L’enchaînement des morceaux n’est pas maladroit, on sent tout de même une sorte de progression, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Les guitares sont tout de même assez simples, et la batterie encore plus. Mais ce sont les mélodies qu’on repère facilement, et leur facilité d’accès, parce que finalement on les retient particulièrement bien et elles apportent un certain charme à l’ensemble des compos. Toutefois, ce qui ressort le plus, c’est la voix. Pas forcément black, parfois clair, parfois dans une optique plus thrash, elle tend à adopter un son tel un écho.

En tout cas, sur ces quatre titres, le plus intéressant reste sans aucun doute le dernier, « Beneath the Blackened Sky », adoptant un côté fort mélodique à la guitare sur un fond de basse et alternant les types de chant. Sa longueur de plus de six minutes offre un côté épique, ce qui se ressent dans les jeux de riffs.

Passons maintenant aux suédois de Demorian, un duo précisément, officiant dans un black metal plus bestial, bien qu’influencé d’une certaine façon par le paganisme et l’anti religion. La musique n’a rien de très développée mais Demorian mise tout sur les atmosphères créées par des riffs parfois bluesy. Cependant, l’ensemble reste assez raw, alternant passages rêches et passages doux, comme sur « Faceless Robots », où l’on retrouve aussi quelques voix claires, comme des murmures ou des lamentations. Ce titre, malgré ce côté cru et mal produit, reflète aussi le côté robotique du rythme et des riffs, partant littéralement dans tous les sens. « Ancient Warrior » en est un autre exemple, sauf que le chant s’apparente davantage à un aboiement…

Difficile toutefois de trouver quelque chose de très marquant au sein de ces morceaux, si ce n’est l’aspect doux et calme pouvant apparaître en plein milieu, même si un chant black s’y incorpore.

En conclusion, si vous aimez le black cru et caverneux sans grandes fioritures, ce split cd est fait pour vous, mettant bien en valeur le type de black metal offert par Frost Hammer et Demorian. Alors allez en forêt, et régalez vous !

 

Ancestral Legacy : Trapped Within the Words

Ξ septembre 27th, 2011 | → 3 commentaires | ∇ Gothic Black |

Ancestral Legacy : Trapped Within the WordsDure fut la carrière des norvégiens d’Ancestral Legacy. En effet, depuis sa formation en 1995, le combo enchaîne les démos sans trouver un certain déclic. Il est aussi difficile d’officier dans une sorte de black symphonique, surtout quand on vient de Norvège. Et même si deux des membres officient dans le groupe de black avantgardiste V:28, à savoir Eddie Risdal et Anton Dead, il n’est pas forcément aisé de trouver les moyens et l’inspiration nécessaire pour faire vivre les projets annexes.

Pourtant Ancestral Legacy a plus d’une corde à son arc. Des membres avec de l’expérience, un style plutôt alléchant malgré une certaine prise de risque, et surtout un concept aussi bien visuel que musical. Leur black symphonique s’apparente davantage à un black gothique, les mélodies sombres, la lourdeur des rythmiques et l’alternance chant black et chant clair féminin mélancolique nous mettant sur la voix. Même si par certains aspects Ancestral Legacy peut nous rappeler une formation finlandaise du nom de Soulgrind, notamment à cause des éléments sus-cités et de cette façon d’appréhender les choses (Soulgrind se situant plutôt dans une optique plus « nature », plus traditionnelle), les norvégiens tentent tout de même d’intégrer leur patte, et la sortie de l’EP « Trapped Within the Words » est censée être une grande étape avant l’arrivée d’un premier opus, l’élément déclencheur, le moyen de nous montrer qu’ils ont quelque chose en magasin. Étant à la recherche d’un label, voici donc peut-être la façon de prouver leur valeur…

Cinq titres à la longueur inégale composent cet EP, tout aussi inégal. La première chose que nous remarquons à l’écoute de l’ensemble des morceaux, c’est sans doute le manque de cohérence, de progression, ou même d’originalité. Car malgré une volonté certaine de bien faire, l’EP se retrouve irrémédiablement fade et terne. Bien sûr, avec cinq titres, il est difficile de se faire une réelle idée, d’autant plus qu’on a l’impression de se retrouver avec une espèce de fourre tout, histoire de nous montrer que les norvégiens savent être polyvalents. Le premier titre, « Forsaken », ouvre bien ce « Trapped Within the Words » avec un ensemble pour le moins progressif. Ouverture soutenue avec de bons riffs et une bonne voix black, une suite davantage gothique avec aidée du chant d’Elin, un rythme ralenti et l’apparition d’un passage en acoustique, puis une fin plus rythmée et plus sombre, où s’alternent non seulement les vocaux mais aussi les types de riffs.

Si « Wordless History » montre une facette bien black mélodique et bien entraînante, toujours avec ces changements de voix, la suite de l’opus se veut davantage en demie teinte. On a du mal à comprendre l’enchaînement ni le pourquoi du comment concernant l’apparition de titres inconcevables. « Atrapada en Pesadillas » est une triste et linéaire ballade acoustique en espagnol (allez savoir pourquoi…) et « Glimmer » propose quelque chose d’assez folk, toujours à la guitare acoustique, avant de nous laisser sur notre faim avec une ballade au piano…

Que dire finalement de cet EP si ce n’est qu’il n’apporte pas grand chose à la carrière d’Ancestral Legacy ? Seuls les deux premiers morceaux valent le coup, sans pour autant nous transporter. Et finalement, on se rend compte que rien n’est réellement symphonique, enfin, du côté de cet EP…En tout cas, ne perdez pas votre temps…peut-être vous sentirez vous plus attirés par leur premier full length, « Nightmare Diaries », étant tout de même mieux réussi.

 

Adrana : The Ancient Realms

Ξ septembre 26th, 2011 | → 22 commentaires | ∇ Symphonic |

Adrana : The Ancient RealmsS’il y a bien un groupe de metal symphonique sur lequel nous pouvons compter en France, c’est bien Adrana. Depuis près de sept ans, les tourangeaux n’en finissent pas de nous faire tourner la tête, malgré une petite renommée. Toutefois, la sortie de leur nouvel opus « The Ancient Realms » est en passe de changer la donne, et tous les espoirs que nous puissions avoir semblent être sur le point de devenir réalité.

Il y a trois ans déjà, Adrana sortait leur premier méfait « Perturbatio », jouissant d’une production professionnelle de qualité. De par leur grande passion pour l’heroïc fantasy, le combo s’imprègne d’un univers personnel et fantastique, aussi bien musical que littéraire et scénique, afin de nous compter les aventures de la Princesse Adrana, désireuse de retrouver son royaume déchu. Le quintet tire principalement ses influences des groupes de metal symphonique actuels à l’instar d’Epica ou de Nightwish entre autres. Mais ne vous y méprenez pas, Adrana possède tout de même son identité et sa propre patte. Officiant dans un opera metal grandiose et épique, les rêves se concrétisent, 2011 marquant la sortie du nouveau « The Ancient Realms », signé chez Brennus Music et enregistré aux Drudenhaus Studios (Anorexia Nervosa, Malevolentia, Alcest…).

Il est clair que de par l’expérience du groupe et de par le passage dans ce studio aux côtés de Xort, le son s’est grandement amélioré, tant par sa qualité que par sa puissance, ce qu’on remarque dès l’introduction « Fall of an Ice Dusk » où une symphonie sombre et enchanteresse s’entoure d’harpes et de choeurs, embarquant l’auditeur dans un univers à la Dany Elfman ou à la Mavolentia, si vous voulez un exemple metallique. Cette introduction est ensuite suivie d’un morceau on ne peut plus épique et véritablement bien composé, où les riffs efficaces nous entraînent, paradés d’envolées symphoniques aux claviers et du chant d’Anaé, véritable chanteuse lyrique et professeur de chant. Son timbre de voix pourrait se rapprocher de celui de Simone Simons (Epica) ou de Tarja Turunen (Nightwish), mais malgré tout, il reste reconnaissable et est tout de même irréprochable, sans tomber dans les extrêmes.

Ceci dit, il faut avouer que l’ensemble est, non seulement homogène, mais surtout maîtrisé, carré et technique. Le quintet s’est grandement amélioré et nous sort le grand jeu, proposant un concept divisé en deux parties, où l’auditeur part aussi bien sur les terres de glaces que sur les terres de feu, en témoignent cette magnifique pochette et les paroles, où des termes tels que « frozen, iced, crystal » laissent place à des termes plus chaleureux tels que « flames, blazing, brasis ». Rien n’est donc laissé au hasard, et chaque titre est joué de façon à faire ressortir ces thématiques épiques, d’où les introductions, les outros, ou certaines pistes évidentes tels qu’un « Burning Horizon » au rythme soutenu et aux mélodies et soli arabisants.

Résolument progressif, l’album nous montre de nombreuses structures, le combo ne tombant pas dans le piège du couplet/refrain/couplet/refrain, et ne lésine pas sur l’aspect mélodique et véloce de certains titres, aussi bien au niveau des riffins que des envolées aux claviers, à la manière de « The Grey Princess » ou d’un « Obsidian Collapses » pourtant long mais très accrocheur tant au niveau des riffs carrés et précis que des choeurs, des violons et des growls de Lori Adou en guest.

De plus, la cohésion entres tous les instruments est davantage mise en valeur, si bien que le quintet ne fait plus qu’un tout. L’approximation fait place à la précision et à l’osmose, comme sur un « The Old Guardian » résolument impeccable, où l’on retrouve un chant lyrique totalement astral, une orchestration digne des plus grands, des riffs tantôt heavy, tantôt épiques et tantôt black même (02:50).

Même si certaines pistes peuvent rappeler certaines formations de metal symphonique (Within Temptation avec « Prison of Memories » ou Epica avec « Over the Past »), Adrana nous prouve avec ce « The Ancient Realms » qu’ils peuvent aller loin et plaire, et que l’opera et le metal peuvent se marier à la perfection.

 

Blood Stain Child : Epsilon

Ξ septembre 25th, 2011 | → 30 commentaires | ∇ Industrial Metal, Melodic Death Metal |

Blood Stain Child : EpsilonBlood Stain Child, c’est avant tout un des groupes les plus opportunistes qui soient, et ce depuis sa formation au Japon en 1999. Alors que les deux premiers opus pompaient gracieusement le travail de Children Of Bodom et de Kalmah réunis, les deux suivants avaient quant à eux réussi à attirer les foules de par un côté electro ainsi que par les très grosses influences In Flames, retrouvées tant dans les riffings que dans la voix elle-même. A croire que BSC préfère avant tout surfer sur la vague du succès actuel plutôt que de se trouver une réelle identité, devenant pour le coup on ne peut plus facile d’accès.

Aujourd’hui, en 2011, les nippons sortent leur nouvel opus « Epsilon » signé chez Coroner Records et produit par Ettore Rigotti de Disarmonia Mundi. Conscient de la mise en valeur de styles marginalisés tels que l’electro metal voire le cyber metal, Blood Stain Child décide donc de moduler sa musique afin de se retrouver de nouveau dans l’air du temps, s’appropriant un style cybernétique qui, finalement, ne lui correspond pas. En effet, malgré ce côté futuriste autant conceptuel que musical, Blood Stain Child n’officie actuellement que dans un melo death electronique archi popisant, bien joyeux et tout en couleur. La pochette, elle-même, aurait bien pu être créée pour le nouveau volet de Final Fantasy…

Le changement de line up reste tout de même conséquent vu que le chanteur Sadew quitte le groupe, laissant place à un nouveau batteur Gami (ex-Youthquake) ainsi qu’à une chanteuse grecque très lolita nommée Sophia. Cette dernière, bien sûr, apporte non seulement une touche féminine mais aussi un côté plus punchy, plus moderne et moins linéaire, malgré le chant crié de Ryo à la Anders Friden. Mais il est évident en tout cas que la demoiselle se taille la part du lion, son chant astral étant mis aux premières loges et étant plus accentué que celui de Ryo, à la limite du sous mixage. Par dessus le marché, les riffs alternent entre riff bien death melo et riffs typiques metalcore, qu’on retrouve aisément au sein de break down typiques.

Ceci dit, il faut avouer le côté entêtant de certaines pistes, qui mélangent parfaitement bien les sons electro/techno, les voix et les guitares, à l’image de « Sirius VI », « Forever Free » ou « Stargazer ». Mais malgré le côté extrême de la musique des nippons (notamment les parties guitares), le tout est pour le coup trop gentillet, trop mielleux et même parfois niais, comme un « S.O.P.H.I.A. » trop simple, trop mignon, trop prévisible.

Même si quelques voix synthétiques s’incorporent au sein de certaines compos, même si des sons futuristes nous embarquent dans cette univers de geek, même si les chanteurs de Disarmonia Mundi (Ettore Rigotti et Claudio Ravinale) viennent pousser la chansonnette sur trois titres, l’album peine à convaincre et lasse à partir de la moitié. Et surtout…les « plagiats » d’In Flames restent tout de même encore évidents (« Unlimited Alchemist », « La+ »).

Évidemment, tout n’est pas mauvais, et « Epsilon » se veut être un album en demi teinte. Car même si l’on sent malgré tout une certaine envie de changer et de nous proposer « autre chose », les recettes d’ « Isolator » et de « Mozaiq » restent les mêmes. Toutefois, l’arrivée de Sophia semble bien avoir chamboulé le mode de fonctionnement de Blood Stain Child, qui, bien que jouissant d’une alternance chant clair/chant crié, obtient une touche plus soft, plus astral. Cependant, le gros problème réside bel et bien dans l’agencement des parties dance/techno, parfois trop présentes (« Dedicated to Violator »).

Le cinquième opus de Blood Stain Child divisera sans aucun doute, proposant quelque chose que l’on aimera ou que l’on n’aimera pas. Pour cela, seule son écoute vous permettra d’en avoir le cœur net.

 

Kartikeya : Mahayuga

Ξ septembre 21st, 2011 | → 7 commentaires | ∇ Death Metal, Oriental Metal |

Kartikeya : MahayugaSortez les violons, les flûtes, les sitars ainsi que les tambours de guerre ! Préparez vos mantras, vos pierres magiques et vos tenues traditionnelles de prière et de combat. Il est temps de vénérer le retour du dieu Kartikeya ainsi que l’avènement du dieu créateur Brahma grâce à cet album nommé « Mahayuga ».

Dans la cosmogonie hindoue, Mahayuga correspond à l’ensemble des quatre âges du monde. Et c’est autour de ce thème mystique et oriental que se concentrent les russes de Kartikeya. Après un « The Battle Begins » sorti en 2008 retraçant les conquêtes et batailles de ce dieu hindou particulier, le sextet décide de faire fort en signant avec le label Grailight Productions et en s’armant d’un concept inimitable et d’instruments traditionnels typiquement orientaux. On s’en doute, cette fois-ci, les moskovites poussent le vice jusqu’au bout concernant l’originalité de leur musique. Voici donc un condensé de brutal death moderne à la sauce orientale et ethnique. Mais contrairement au précédent opus, dans une optique plus folk, « Mahayuga » lui, nous fait découvrir un côté symphonique plus prononcé, qui couplé à des tambours de guerres et des chants traditionnels, rend le tout encore plus guerrier et épique.

Bien sûr, ils ne sont pas les premiers à officier dans un death teinté d’éléments orientaux et ethniques. On connaît déjà Nile, Orphaned Land ou Behemoth (« Demigod »). Rajoutez à cela quelques influences Melechesh et l’expérimentation de Senmuth et vous saurez plus ou moins comment situer l’ensemble musical de Kartikeya. Quant à la thématique hindoue, elle est totalement inédite.

L’album, durant plus de soixante dix minutes, est une sorte de voyage initiatique en Inde aux côté de six musiciens talentueux, arrivant avec brio à nous embarquer dans ces terres mystiques et spirituelles. Le tout se divise en étapes et événements, comme si on nous racontait une histoire. L’introduction ethnique aux instruments traditionnels est une sorte de prologue : elle pose le décor ainsi que les ambiances, avant de nous lancer pour de bon dans le premier chapitre metallique et agressif avec un « He Who Carries the Head of Brahma » où s’entremêlent riffs endiablés, voix bien gutturale et parties folks de toute beauté. Pas de répit avant une fin davantage atmosphérique où des mantras sont récités, à la manière de Rudra sur leur trilogie « Brahmavidya ».

Si « The Path » apparaît de façon plus mélodique avec un refrain lancinant où se superposent voix claires et claviers à la manière d’un « Holographic Universe » de Scar Symmetry, « Fields of Kurukshetra » (un champ de bataille), quant à lui, ne fait pas de cadeau avec ces riffs efficaces bien que déjà entendus, ces tambours de guerre, ces flûtes, et surtout ce duo entre le growl de Mars et le chant black de Kathir de Rudra en guest.

Après une introduction chantée en langue sanskrit, « Surya Jayanti » nous envoie son gros death alternant brutalité et mélodie, et ce avec ces claviers et instruments typiques en fond. Il est clair que le multi-intrumentiste Arsafes aura mis de tout son cœur dans chaque compo, car rien n’est synthétique, le sieur s’occupe de tous les instruments ethniques, et l’outro de « Surya Jayanti » ainsi que les titres instrumentaux éparpillés au sein de l’album ne peuvent que nous prouver son talent.

Les neuf minutes quarante de « Utpavana » montrent un côté épique à couper le souffle, malgré sa longueur conséquente. Les orchestrations sont soignées ainsi que les parties plus posées et les parties plus brutales. Bien que les riffs soient redondants, la fresque est superbe et les sont claviers puissants (peut-être trop), jusqu’à une fin aux blast beats terribles.

Le voyage initiatique se termine avec la présentation des quatre âges du monde sur quatre titres sans coupure. Mahayuga !

Si « Satya Yuga » (l’âge d’or) nous offre quelque chose d’assez ambient et spirituel, bien que longuet, « Treta Yuga » (l’âge d’argent) arrive pour nous proposer un ensemble symphonique, aidé de guitares écrasantes. « Dvapara Yuga » (l’âge de bronze) alterne autant les parties bien death metal que les parties plus ambiancées ou les parties plus folk où l’on retrouve un chant féminin chaleureux. On retrouve bien l’atmosphère de l’opus précédent sur ce titre, avant de passer à l’étonnant « Kali Yuga » (l’âge de fer) beaucoup plus sombre voire davantage death/black à la sauce Aeternam.

Bien évidemment, Kartikeya n’a pas oublié de nous étonner, comme sur « The Battle Begins ». Souvenez vous, les russes avaient intégré en piste cachée une reprise de « Babylon » de Soulfly. Ici, encore plus surprenant, nous avons droit à du Shakira avec son « Eyes Like Yours » ! Les parties folk et orientales sont sensiblement restées identiques, par contre tout se transforme en death, les rythmiques se retrouvent donc changées, pour notre plus grand bonheur ! Chant clair, choeurs, growl, riffs monstres et mélodie accrocheuse…le résultat est véritablement bluffant !

Le pari fut osé mais Kartikeya a réussi son coup en nous offrant un album résolument original, oriental et chaleureux, n’arrivant tout de même pas à la hauteur des Nile et consorts. Malgré tout, on se délecte de cet opus très bien produit et au design magnifique, chaque page du livret représentant les étapes à franchir, et ce, grâce aux coups de pinceaux de Mstibog de deviant art. Voici peut-être un bon compromis pour les folk metalleux ayant du mal avec le death metal pur et dur.

 

Im Nebel : Vitriol

Ξ septembre 17th, 2011 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Im Nebel : VitriolDepuis ses débuts en 2006, Im Nebel ne fait absolument pas parler de lui, et cela semble lui porter préjudice. Même si venant de Géorgie, un pays où les groupes de metal se comptent sur les doigts de la main, les cinq membres, en un seul album, ont prouvé qu’ils avaient plus d’une corde à leur arc, et pour cause. Ils sont loin de concocter une musique manquant d’originalité ni de prise de risque. Malgré un certain côté minimaliste ressenti à la première écoute, Im Nebel avec ce « Vitriol », sorti en 2008 chez Haarbn Productions, fait dans le black symphonique et progressif.

Inspiré par le black metal norvégien, les tbilissiens nous offrent sept morceaux pour seulement trente quatre minutes de musique. Toutefois ces minutes, bien que passant vite, se veulent très riches, pleines de mélodies et d’émotions. Des émotions véhiculées grâce, notamment, à un clavier omniprésent, alternant symphonies délicates et envolées au piano. L’introduction, par exemple, très fantomatique, nous propose un fond de violons, d’orgues et de choeurs, sous couvert d’une mélodie étrange à la guitare électrique.

Usant de riffs variés et bien ancrés dans l’esprit de leur musique, le combo n’hésite pas non plus à accentuer un certain côté hargneux, couplé au chant black encore hésitant et à un solo oriental maîtrisé, comme sur un « InconsistentThoughts », suivi de près par un « Faded Mankind » mettant en relief un piano survitaminé et une alternance de rythmes et de structures. Ce titre marque l’entrée de l’auditeur dans un univers progressif et ambiancé, où il n’est pas forcément facile de retenir les mélodies et différentes structures. On passe bien évident d’une partie black traditionnelle à claviers à quelque chose de plus doomesque où les riffs mélancoliques et lamentés prennent le dessus, enjolivés par un fond symphonique.

En tout cas, Im Nebel ne privilégie pas la violence, mais l’harmonie entre tous les instruments, ainsi qu’une certaine noirceur, et parfois un côté folk voire pagan, comme sur le long « Zeitgeist », rappelant à lui tout seul l’œuvre des allemands de Sycronomica, notamment l’utilisation particulière du piano ainsi que du chant lyrique qui vient s’incorporer entre deux passages plus brutaux. Chant qui, malgré tout, ne peut que nous faire penser à Vortex et donc à Dimmu Borgir dans la même occasion, les géorgiens semblant s’inspirer des norvégiens dans cette façon d’incorporer des breaks à voix claire.

Les morceaux sont tous plus ou moins déstructurés, et c’est là que se retrouve cette prise de risque. L’auditeur est susceptible de se perdre dans ces sombres méandres, mais rien n’est dénué de mélodies ni de riffs et cris black. « The Journey To The Center Of I » vient parfaire le tout en nous montrant tout le potentiel d’un Im Nebel semblant jouer avec son public, allant ici et là au niveau des structures et ça en devient difficile, malgré la beauté des claviers et du chant clair lyrique.

Ce premier jet est plutôt réussi et accrocheur, malgré la complexité, l’album passe trop vite et on se prend rapidement au jeu. Dommage par contre que l’ensemble des morceaux manque d’agressivité, seul « Exodus » nous envoie un déluge de riffs et de blasts en continu. En tout cas, on ne peut qu’apprécier ce « Vitriol » qui, malgré ce nom des plus toxiques, arrive à nous faire fondre de plaisir et d’admiration pour un chanteur aussi bon en chant clair qu’en chant black.

 

ID:Vision : Destination Cybermind

Ξ septembre 15th, 2011 | → 13 commentaires | ∇ Cyber Metal, Death Black |

ID:Vision : Destination CybermindDepuis janvier, 2011 semble être une année particulièrement intéressante en matière de Cyber Metal, les groupes se développant constamment ainsi que la scène dans le même temps. Toutefois, malgré une envie certaine de progresser et de sortir de cette sphère si petite et si méconnue, il s’avère que l’ensemble des combos actuels semble tourner en rond, certains étant inspirés par Fear Factory, d’autres par Sybreed ou encore Illidiance…au risque de retrouver tout le temps la même chose, notamment des riffs « djent » comme on le dit actuellement pour l’un, et des sons électro trop prédominants chez l’autre. Toutefois, l’arrivée cet été d’ID:Vision avec un nouvel opus a changé la donne.

Avant d’adopter un nom si mystérieux, les biélorusses, à leur début en 2002, s’appelaient Iratus Dominus et officiaient dans un black death proche de Behemoth. Mais ce n’est qu’un peu plus tard, en 2006, que le combo décida de changer de nom afin d’officier dans une musique plus expérimentale, plus ambitieuse et plus black industriel/electro ce qui permit l’enregistrement de « Plazmadkaos » en 2007. Et arrive donc « Destination Cybermind » cette année, opus allant bien au delà du style précédemment pratiqué car axé principalement vers un cyber death black assez brutal, mélange qu’on entend peu ces derniers temps. Pourtant, le sextet ose se marginaliser et nous étonner dans le même temps. Car ID:Vision n’est pas influencé par les groupes sus-cités, mais plutôt par son propre passé, intégrant autant d’éléments metal extrême que d’éléments cybernétiques et électroniques.

« Destination Cybermind » n’est donc pas un album à prendre à la légère, au contraire. A cheval entre compositions modernes et plus anciennes, il se démarque facilement de tous les autres albums cyber metal, par sa forte agressivité, d’abord, mais aussi par son originalité, ses ambiances et ses mélodies. Car c’est un opus mature et réfléchi que nous ont fait les biélorusses, rien n’est fait au hasard, et tout est savamment dosé, riffs, électro et concept y compris.

L’imagerie semble tout d’abord être en totale contradiction avec celle de Sybreed et son « The Pulse of Awakening », la pochette étant sombre et non blanche, et le personnage, bien que dans la même posture, semble être une version alternative du processus de mécanisation/humanisation. La créature ne semble a priori pas humaine mais tend à prendre l’apparence de notre race, grâce justement, à une transformation physique imposante et surtout mécanique. Son nom, Zarathustra XXI, est bien étrange mais est une référence à Zarathoustra/Zoroastre, penseur, prêtre et prophète persan. Son but est non seulement de nous dominer, mais en plus de nous exterminer. Sombre dessein qu’est celui de notre annihilation par mécanisation forcée, et ce, après nous avoir irradiés…

Pour commencer, « Enter the Cybermind » annonce notre entrée dans la tête de cette entité cybernétique venue d’ailleurs. L’introduction est totalement dans l’esprit : mécanique, effrayante par ces sons de guitares, et atmosphérique par l’utilisation de l’électro. Une complainte féminine suivie d’un instrument traditionnel tel un sitar apportent une dimension ethnique nous rappelant l’orient. Puis « Human Hazard » déboule telle une furie, mixant parfaitement death metal parfois brutal, black metal et cyber metal. Après une voix synthétique, un growl profond monte en puissance, alternant avec un chant black crachant non seulement une certaine haine mais aussi une peur inquiétante.

Rien est fait dans la finesse, ID:Vision fait dans la violence tout en ajustant les éléments cybernétiques, apocalyptiques et futuristes avec précision. Rien ne déborde, tout s’accorde, comme sur un « Zarathustra XXI » sombre et terrible, usant non seulement d’un grand panel de chants, de sonorités électroniques, mécaniques et futuristes aux claviers, jusqu’à une fin remarquable et inconcevable, où se mêlent murmures robotiques, atmosphères, instruments traditionnels et chant ethnique. Le résultat est très mystique et ceci nous rappelle une fois encore l’histoire du vrai Zarathustra

La brutalité des titres, en tout cas, ne semble pas étouffer les ambiances et les harmonies, tout de même bien particulières. Il est peut-être difficile de les retenir, toutefois il est forcément facile de se retrouver plongés dans l’univers dégagé par ces biélorusses, qui décidément ont mis le paquet. « Pandora’s Box » montre une facette plus black et plus symphonique proche d’Emperor, misant sur la puissance des claviers mais aussi des riffs, ce qui nous entraîne inéluctablement vers une fin surprenante, où des mélodies cyber et des beat électro se mêlent jusqu’à l’apparition d’un son étrange, comme celui d’un champ de force, c’est à dire un ronronnement sourd avec des semblants d’interférence électro-magnétique. Son que l’on retrouve aussi dans l’éponyme « Destination Cybermind », couplé avec des riffs death.

Précédemment, j’avais évoqué le terme « irradié », et il colle parfaitement à ce que fait ressortir un morceau tel que « X-Ray Sun ». L’humain se retrouve exposé aux violents rayon x du soleil, ceci est mis en musique, non seulement par un aspect plus lent, moins brutal et plus cosmique, mais surtout par une ambiance plus sombre, où les voix se font beaucoup plus torturées et plaintives.

Et là l’impossible arrive : de la douceur, du calme, de la sensibilité avec « Seven Days Before the Fall ». Une interlude relaxante au piano et uniquement au piano, mais si annonciatrice de la suite. L’homme, bien que créé le 6e jour (dans la Bible) se retrouvera détruit en 7 jours dans l’histoire de Zarathustra XXI .

Et cette destruction définitive se produit du côté de « Sic Transit Gloria Mundi » (« Ainsi passe la gloire du monde » en latin), l’humain est désormais inexistant ou du moins transformé et laisse dorénavant place à ce cher Zara le XXI. Cette locution latine n’est d’ailleurs pas utilisée au hasard, puisque dans la religion catholique, il est de coutume de prononcer cette phrase lors de l’intronisation d’un nouveau pape. Zara n’est pas pape, et pourtant…Bref, musicalement, on se tient à du death metal avec des sons électros utilisés avec parcimonie, quelques notes au piano, une atmosphère sombre post apocalyptique, mais surtout, au refrain, une sorte de chant religieux monotone, répétant ce fameux « sic transit… », renforçant l’aspect cataclysmique.

Bien au delà d’un simple groupe de cyber metal, ID:Vision franchit un cap et nous offre littéralement un chef d’oeuvre, réunissant tous les éléments appropriés pour un résultat grandiose, original et réaliste. A découvrir sans plus attendre.

 

Illidiance : Nexaeon

Ξ septembre 15th, 2011 | → 1 Comments | ∇ Black Electro, Cyber Metal |

Illidiance : NexaeonAvant de devenir une « super star » du cyber metal en Russie même et en Europe de l’Est, Illidiance c’était d’abord une entité black metal, encore hésitante mais ambitieuse, désireuse de montrer tout son potentiel et son originalité, malgré quelques soucis évidents de promotion mais aussi de production. Fondé en 2005 par Xyrohn, chanteur/guitariste, il fallut peu de temps au groupe pour sortir un premier EP « Withering Razor » suivi du premier opus « Insane Mytheries to Demise » la même année, signé chez Magik Art Entertainment, un petit label russe. Déjà, le quintette officiait dans un style de black metal assez métissé, sans non plus trouver la combinaison gagnante. Mais ce n’est qu’en 2008 avec la sortie de « Nexaeon » que tout changea…

Inspiré par des groupes tels que Fear Factory, The Kovenant, Prodigy ou encore Dimmu Borgir, Illidiance arrive à adopter un style bien à lui en faisant son propre cyber metal. Un cyber black glacial, apocalyptique et résolument futuriste, prenant source dans les thématiques science fiction et l’imagination débordante de ces cinq membres. Qui aurait cru que cette année, les russes allaient changer la vision du cyber, tout en faisant un gros pas en avant…

Illidiance signe chez Haarbn Productions et s’arme d’une production, certes laissant à désirer, mais donnant sans aucun doute un charme et une force supplémentaires à l’ensemble de ses compositions. davantage crues au niveau des vocaux et des riffs, mais plus puissantes en ce qui concerne les claviers.

Le groupe enrichit le tout avec des ambiances bien atypiques et un rythme mécanique, tel un rouleau compresseur. De plus, l’imagerie est totalement remise à niveau, en témoignent cette pochette électrique froide, ces costumes cyberpunk tout droit sortis de l’imagination du bassiste, et ce livret cybernétique totalement magnifique (l’œuvre se présentant dans un digibook ultra moderne). Les paroles, quant à elle, évoque le futur, l’espace, mais aussi l’annihilation d’une certaine race d’homme et la création d’une nouvelle : les demi-dieux (demigods).

L’album est assez compact, entraînant et mélodique malgré une agressivité prédominante. Tandis que la batterie mécanique enragée nous fait tourner la tête, blast et double pédale aux premières loges, le chant black bien crié et très charismatique alterne, sans pour autant dénaturer le style, avec un chant clair lamenté et presque déshumanisé. Les guitares sont assez techniques et rentre dedans, mais parviennent à des mélodies grâce à des riffs, des solos, ou un simple frottement. Quant à l’électronique, elle joue un rôle capital à l’élaboration des titres. Omniprésente, en fond sonore, ou au premier plan, variée et surtout bien appréhendée, elle apporte beaucoup d’émotion et de sensibilité à la musique. De l’harmonie à travers une musique de brute…de l’harmonie d’autant mise en valeur par des breaks atmosphériques en milieu de titre ou par des parties symphoniques plutôt sombre.

« Bleed for Deliverance », reflète parfaitement l’album en lui-même. Un condensé de brutalité et de mélodie, ô combien bien amenées par des guitares en furie, une batterie énervée et bien frappée, ces claviers si charismatiques lors du couplet et aux notes bien futuristes et tristes…et cette fin magistrale et inattendue, sans guitares, spatiale et symphonique.

Alors que le titre éponyme « Nexaeon » nous livre un refrain aux guitares émotives, au mix de vocaux et aux harmonies enchanteresses, « In Thousand Gales I Dwell » et « Countdown to Annihilation » nous proposent un déferlement des guitares, un pur rouleau compresseur et une ambiance assez dimmu borgienne, où l’orchestre est de la partie, agrémenté de petites touches électroniques…tout ça pour bien mettre en valeur le côté apocalyptique des paroles.

La baffe glaciale se produit avec un « Paranormal Activity » tout en atmosphères. Bien que lent, ce morceau nous embarque littéralement en plein futur, alternance de vocaux en prime, avant de terminer en apothéose avec un déluge de riffs. De même avec un « Cold Day in Hell » dont la puissance froide des claviers n’est plus à contester.

Neuf titres et pourtant, « Nexaeon » est un album culte dans le domaine du cyber metal, mais aussi un album important dans la carrière d’Illidiance, le transportant pour de bon dans cette petite sphère musicale. Voici donc une œuvre indispensable, responsable de façon positive de la montée en puissance d’un groupe ayant déjà tourné avec des formations tels que Behemoth, Thy Disease, Deathstars ou encore Rotting Christ.

 

Kalodin : The Bestial Ritualism of Harlotry

Ξ septembre 14th, 2011 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Blackened Death Metal |

Kalodin : The Bestial Ritualism of HarlotryDepuis plusieurs années maintenant, l’Asie s’affirme, prouvant non seulement qu’elle a du talent, ainsi que de l’imagination et de l’originalité, traditions oblige. Kadenzza au Japon est un exemple, Chthonic à Taïwan en est un autre, mais on ne connaît pas du tout Kalodin, venu tout droit de Singapour, pays de Rudra et d’Impiety, qui ne cesse lui-même de progresser d’années en années. Kalodin, pour ce « Bestial Ritualism of Harlotry », se compose de trois membres motivés et ambitieux, aux origines singapouriennes et népalaises, ce qui forcément, joue énormément dans la composition des morceaux.

C’est donc avec hargne et fierté que le trio nous propose son tout premier album en 2010. Officiant dans un black death symphonique aux relents asiatiques omniprésents, Kalodin use aussi de ses influences Dimmu Borgir/ Cradle of Filth afin de renforcer le son, les mélodies mais aussi les ambiances et les thématiques. Les symphonies à certains moments peuvent s’apparenter à celles des norvégiens, notamment sur l’aspect grandiloquent, d’abord, mais aussi ce côté tragique, tandis que l’aspect rituel, gothique, sanglant et sexuel peut rappeler l’imagerie des anglais. La pochette, le titre de l’album, mais aussi l’intérieur du livret et les paroles sont de bons exemples.

L’opus n’est pas très original dans son approche, mais il l’est d’autant plus grâce à l’apparition de sonorités et/ou instruments typiques de l’Asie, comme sur « Forshaken Virgin Demonlord » entre autres, rappelant le metal extrême folklorique de Chthonic. De plus, Kalodin arrive à se démarquer de ses acolytes européens grâce aux mélodies, parfois plus orientalisées, mais surtout plus apocalyptiques, comme en témoignent l’introduction « The Ritual Commencenth » et « Dark Whisper ». Non seulement les atmosphères sont pesantes et sombres, mais en plus l’auditeur sait dès le départ que les riffs et les vocaux s’annoncent des plus agressifs !

Et pour cause ! Kalodin étonne avec un « In Gloriticus Luctus (The Mourning Alter) » inspiré et très prenant, partant d’une introduction calme à la guitare acoustique pour déboucher sur des murmures terrifiants et un déluge de riffings death et de claviers, lançant une terrible offensive black metal et dégageant pour le coup un certain côté malsain, comme sur un « Necrophiliac » (bonjour à un ami somien) très déchaîné.

En tout cas, Kalodin semble privilégier les atmosphères, les humeurs et les émotions, plutôt que l’agressivité et/ou la vitesse pures. En témoigne un « Interlewed: Intro Purity » atmosphérique, presque chimérique, dénué de guitares mais rempli de voix féminines tentatrices sur un fond aux claviers lumineux.

L’ensemble des morceaux reste assez varié, la base étant black symphonique mais les riffs alternant entre death, thrash voire heavy parfois, comme sur « Souls Of The Dead » par exemple. Par contre, il s’avère que le soucis réside du côté de la batterie, boîte à rythme qui parfois, prend trop de volume ou ne s’accorde pas forcément avec le reste des instruments. Heureusement, elle n’empiète pas sur la force des riffs et des claviers, maîtrisés et présents là où il faut. Coup de chapeau au leader Davin Shakya qui, en plus d’enregistrer l’album, s’est aussi chargé d’une bonne partie des instruments.

La production correcte et la qualité des morceaux font de ce « Bestial Ritualism of Harlotry » un album ambiancé très agréable à écouter, malgré ses petits défauts et les influences sus-cités, Kalodin s’octroyant tout de même l’aide de Mike Priest (Absence of the Sacred, Hell’s Labyrinth) pour le design de la pochette.

 

Nauthisuruz : Visions

Ξ septembre 13th, 2011 | → 2 commentaires | ∇ Symphonic Black Metal |

Nauthisuruz : Visions« La magie n’est pas seulement un rêve : elle est réelle et porteuse de toutes les émotions de la réalité » — Paul Auster

Comment ne pas succomber à la beauté de la magie ? Magie aussi bien visuelle que musicale qui s’extirpe hors de nos rêves et nous emmène plus loin même que notre imagination. Malléable et réelle, elle est la seule, malgré tout, à nous montrer l’inconcevable, à nous dépayser et à nous émouvoir. Nauthisuruz utilise cette magie…

Cette formation russe fondée en 2006 se compose d’uniquement deux personnes, à savoir Sequoror et Casurus. Depuis leur début, le binôme expérimente et s’évertue à ouvrir notre esprit et à l’éveiller. Il nous invite à découvrir de nouvelles sonorités, à voyager, de façon spirituelle et auditive. Cet album, « Visions », est fait pour ça.

Contrairement aux précédents opus, où les vocaux et les parties symphoniques étaient importantes, Nauthisuruz change quelque peu la donne avec cet opus signé chez Haarbn Productions. L’opus semble étrangement dédicacé à tous les amateurs de beauté, quelle qu’elle soit. De cette façon, le duo ne lésine pas sur l’aspect picturale et artistique, transformant sa musique en une sorte de fresque obscure mais si lumineuse et chaleureuse. Le livret, d’abord, semble être un de ces parfaits exemples, s’adressant à notre imagination. Les dessins inventés par Vitaly Bochkov, musicien et designer, sont comme des « Visions », des phénomènes totalement inconcevables mais bien existants, partant d’une peinture mythologique à un décor paradisiaque rouge orangé en passant par une femme ailée, tel un ange entre cieux couleur émeraude et torrent, pour finir avec un loup isolé en pleine forêt, ou avec un homme en haut d’une montagne admirant un ciel azur où se côtoient nuages, étoiles et planètes. De ces décors somptueux peuvent se greffer une musique pertinente, mystique et parfaitement magique, où s’entremêlent symphonies sombres et tribales, mélodies cristallines, mais aussi ambiances terrifiantes, sonorités électroniques, guitares émotives et extraordinaire piano.

Tel Senmuth, entres autres, Nauthisuruz intègre tout un panel de styles, d’éléments au sein de cet album spirituel voire ésotérique. Ici, toutes les notions abstraites deviennent si proches, si compréhensibles, si réelles. La notion d’invisibilité devient évidente et facile d’accès, le ciel n’est qu’à porter de main, le soleil n’est qu’une énergie disponible qu’en l’attrapant, d’un geste simple du doigt. Les rêves…aussi beaux que laids. Et Nauthisuruz sait tout autant représenter le beau que le moche dans cet album, comme sur « Life in Magic », entre autres.

Tout est voisin, tout est proche, mais le fil conducteur reste la magie et ce qui en découle, malgré les événements, les Visions et la décadence. L’introduction « Voice from the Depths » et « Invisible Is Obvious » forment un tout presque étrange et particulier, débutant par une mélodie mystique et mythologique, presque indienne avec ces sons antiques aux claviers et ce semblant de sitar. Un piano cristallin sur un fond aux choeurs, puis des guitares sensibles et aériennes, pour enfin déboucher sur un black/doom symphonique atmosphérique et dissonant, symbolique même des cauchemar et de la montée en puissance de l’abstraction. Ensuite un chant black vient s’incorporer sur ces mélodies frappantes, jusqu’à une fin terriblement troublante, effrayante et spirituelle…

Nauthisuruz, c’est ça. Des guitares, de l’ambient, de la symphonie et surtout beaucoup d’arrangements, de claviers, et d’accords, pour un résultat mélancolique, passionnant, atypique et séduisant. L’électro n’abreuve personne, comme le fait si bien Senmuth (russe lui aussi), cohérent, bien équilibrée face aux guitares. La boîte à rythme est loin d’être casse oreille et n’en fait pas trop, pour un résultat plus que prenant, tel un « Apathy » presque fantomatique mais en décalage avec une suite où cette boîte à rythme nous fait un rythme militarisé sur des notes de piano et de violon très proches du « Blood Theme » dans la série Dexter, de Daniel Licht.

« Visions » nous offre beaucoup de morceaux calmes et sereins, relaxant même, tel un « Lost Feelings » presque spatial. Les voix ne sont pas une priorité, le duo mise tout sur les claviers, les ambiances, et surtout, cette magie, que j’ai évoqué précédemment. Pour cela, l’écoute de « Ode for Man » s’impose afin de découvrir toutes les subtilités de cette magie si réelle, si parfaite, cohabitant même parfaitement avec une rage qui s’extériorise au fur et à mesure de la progression du morceau. Symphonies éthérées et grandioses, voyage ésotérique et chimérique, mélodies subtiles, sensibles, cohérentes, riches, zen…c’est notre âme même qui en prend un coup, et pas que nos oreilles, ni notre cœur, qui ne peut que faire un bond dans notre poitrine.

Et ce n’est pas « My Apocalypse… » qui nous dira le contraire. Grand morceau de plus de treize minutes, grande fresque symphonique et antique, où se côtoient sans problèmes claviers et guitares, sur un rythme plutôt lent mais pas endormant. Nauthisuruz profite de ce titre pour dépendre nos différentes Visions de l’apocalypse, d’où cette longueur, mais aussi cette progression, l’apparition de vocaux décharnés, de riffs distordus, d’atmosphères aussi sombres que lumineuses, etc. L’ensemble est cohérent et proche des groupes de doom russes, notamment ceux qu’on retrouve chez Solitude Productions, tels que Revelation of Rain ou encore Abstract Spirit. Choeurs, mélodies tristes à la guitare, orgues, et cette symphonie digne d’une BO…

On pense finalement que c’est fini lorsque l’outro arrive, mais deux morceaux néo classique viennent s’incorporer en guise de fin, l’un instrumental, où les notes de guitares s’envolent et nous prouvent la technique du duo, l’autre plus black et chanté, où les clavecins se mêlent aux riffs metalliques et autres choeurs et symphonies.

Seulement quarante sept minutes, mais tant de choses à vous dire. « Visions » c’est une claque, un album fort, prenant et surprenant, où la magie musicale et visuelle nous apporte son lot d’émotions. Destiné à tous les amateurs d’ambiances et de symphonies sur une base metal, cet opus en marquera plus d’un. Laissez vous donc guider par Nauthisuruz dans cet univers spirituel et éclatant.

 

Dhishti : Decease

Ξ septembre 8th, 2011 | → 1 Comments | ∇ Black Metal |

Dhishti : DeceaseAmateurs de black atmosphérique/dépressif, bonjour ! Aujourd’hui, il est temps de découvrir un groupe atypique provenant du Sri Lanka, petite île bouddhiste proche de l’Inde. Dhishti. Cette formation fut fondée en 2009 par Jayakody au chant et Deshapriya à la guitare, qui furent eux-même rejoints l’année suivant par le batteur Kirindage et le bassiste Udugampala. Mais ce dernier quitta le combo après un désaccord, essayant même de faire couler ses « amis » dans la foulée. Ce n’est qu’un peu plus tard que le line up se fixa pour de bon, et que Dhishti arriva à se faire une place au Black Metal Fest en Inde, une représentation forte attendue dans le domaine.

Le quatuor sort finalement son premier album fin 2010 signé chez Salute Records. Un album imposant tant par le style que par les sonorités et les ambiances. Mais ce « Decease » n’est pas véritablement un album de black dépressif comme les autres. Même si les principales caractéristiques ressortent des compositions, il faut savoir que de part leurs origines, Dhishti ne s’empêche pas d’intégrer des éléments folk au sein de sa musique, renforçant parfois les ambiances très natures et très misanthropiques, à l’image même de l’introduction par exemple, longue de neuf minutes, dans laquelle nous pouvons entendre en fond des insectes et de l’eau qui coule, mais aussi des percussions et des chants traditionnels du coin. « Fuck the Imperialists », lui, nous offre des notes de sitars sur un fond sonore de jungle.

On peut aussi penser que ce « Decease » est une sorte de vision personnelle, de métaphore, représentant le passé trouble et historique du Sri Lanka, à l’époque de la colonisation et des problèmes impériaux, vus surtout avec ce « Fuck the Imperialists », qui malgré une intro sereine et très folk, tourne au vinaigre avec un black dépressif tout ce qu’il y a de plus insoutenable. Les guitares fonctionnent comme une sorte de bourdonnement continu, la mélodie, si on peut l’appeler comme ça, étant elle aussi monotone et inchangée, alors qu’une batterie basique nous frappe un rythme lent et qu’un cri de souffrance et de lamentation nous emmène directement au cœur de l’horreur humaine.

Chaque chanson se compose d’une introduction folk et traditionnelle, faisant partie intégrante de l’identité de Dhishti, ce qui nous rappelle le côté atmosphérique. Car avant de faire dans le dépressif, les compositions du quatuor sont avant tout portées sur les ambiances, ce côté naturel mettant en valeur les émotions et/ou cette volonté de les combattre. Les sri-lankais affirment de façon claire qu’ils ne prônent en aucun cas le suicide et le pessimisme, mais l’écoute des morceaux peuvent facilement prêter à confusion, surtout un « Raging Flames Score the Battle Field » inaudible tant les guitares sont saturées et le chant écorché au possible. Ici pas vraiment de paroles, tout n’est que cri, que souffrance, que douleur, malgré des parties plus calmes et reposantes que nous octroient des instruments folks du plus bel effet.

Les titres sont très longs (de neuf à quinze minutes) mais ne progressent pas vraiment, si bien qu’on se retrouve avec la même chose du début à la fin. Les variations sont très discrètes et la basse inexistante. Tout a l’air basique au possible, minimaliste même, du côté des parties metal, alors que les parties folks semblent davantage recherchées. Étrange même que « Blood of Singhale » soit la piste la plus facile à écouter malgré sa longueur et son manque d’alternance. Les guitares forment cette fois-ci l’atmosphère principale sans non plus devenir éthérées, mais on sent cette envie de créer une sorte de mélodie froide et noire.

En définitive, même si le black dépressif de Dhishti contient des éléments originaux et intéressants, notamment les instruments folk, la musique en elle-même manque de force, de puissance, de technique et de qualité, car tout est basique au possible et surtout identique.

 

Al-Azazhil : Jelaian Cruelty

Ξ septembre 7th, 2011 | → 0 Comments | ∇ Black Metal |

Al-Azazhil : Jelaian CrueltyLa Malaisie. L’Asie du Sud-Est. Qui entend beaucoup parler de cet endroit pour son metal ? On connaît davantage le pays pour sa capitale, Kuala Lampur, ou alors pour sa gastronomie. Mais moins pour son patrimoine musical. Pourtant, plus de deux cent cinquante petits groupes existent dans ce petit état, dans un continent où la musique metal est de plus en plus en expansion. Du côté du metal extrême, nous retrouvons bien entendu le black metal, qui semble être le style de préférence. Et Al-Azazhil apparaît. Originaire de Raub, plus exactement, le quintette se forma en 2005, sortit de nombreuses démo avant d’enregistrer ce « Jelaian Cruelty ». Fait en décembre 2008 et refait en 2010 grâce à la production et signature chez le label suédois Salute Records, Al-Azazhil voit son œuvre distribuée à 50 copies dans le monde entier. Une single rare.

« Jelaian Cruelty » se compose de deux morceaux pour l’édition européenne, alors que l’originale en possédait quatre. Ce single regroupe sans aucun doute les plus marquants et les plus représentatifs du travail de Al-Azazhil, un groupe qui ne fait résolument pas dans la finesse. Le black metal que nous offre le quintette est plutôt traditionnel, avec un rythme certain et des compositions loin d’être recherchées. Toutefois, ces dernières se veulent crues, primitives voire sauvages, un peu à la manière des filles de Gallhammer.

Directe, froide et noire, la musique de Al-Azazhil possède l’auditeur comme un esprit, désirant l’emmener dans un monde terrible et dense. Un monde soit habité par des hommes préhistoriques tapant sur des casseroles, soit hanté par un être diabolique et monstrueux. Le chant de The Darkness semble sortir littéralement des entrailles de la terre, un chant froid et lamenté, caverneux et satanique. D’où ces thèmes sur la mort, le satanisme ou les ténèbres. Communes, certes, mais ces thématiques s’accordent parfaitement avec cette musique noire mais mélodiques tout de même.

Les guitaristes arrivent tout de même à nous créer une mélodie continue et haineuse, profitant du jeu de batterie pour s’y accommoder davantage. Les ralentissements de rythme sont d’ailleurs plus propices à ces notes, qui même si elles ne sont pas très recherchées, emmènent l’auditeur tout droit en enfer, comme sur « Jelaian Cruelty » et son final à cheval entre partie plus lente et partie boostée.

Sur « Sacred Evilness » malgré tout, Al-Azazhil arrive à faire ressortir quelques influences asiatiques, les mélodies sont peut-être plus évidentes, et une note à la guitare arrive presque à simuler celle d’un instrument traditionnel. Et ce, toujours avec ce grognement, grave et terrifiant.

Les compos des malaisiens manquent de basse, de recherche, d’accroche, et de variation malgré ce côté primitif et démoniaque intéressant. Il faudrait davantage de prise de risque et de puissance, ce qui pourrait atténuer cette impression de minimalisme. Al-Azazhil doit consolider son travail.

 

Cruentus (PL) : Terminal Code

Ξ septembre 5th, 2011 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Math Metal |

Cruentus (PL) : Terminal CodeDepuis sa formation en 1999, les polonais de Cruentus n’en finissent pas d’évoluer, de développer leur jeu et leur style. Au fil des années, concert après concert, le combo, malgré les changements de line up, s’est forgé une certaine identité, attachée à l’air du temps. Débutant avec un black indus/sympho mystérieux sur « Event Horizon », Cruentus a étoffé ce côté industriel tout en acquérant un style peu courant mais de plus en plus en vogue, devenant pour ce « Terminal Code », une entité cyber et mathcore. Proche de The Interbeing, de Mnemic ou encore de Sybreed, Cruentus avec la sortie de ce nouvel opus en 2010 change les codes et embarque l’auditeur dans un autre monde, bien différent de ses débuts.

Les polonais adoptent un concept totalement adapté au genre, s’inspirant des préoccupations actuelles mais aussi de certains thèmes visionnaires voire science fiction. « Terminal Code » parle donc de la réalité urbaine contemporaine, de la conquête de la perfection humaine et technologique, de l’algorithmie de chaque aspect de notre existence, de la mécanisation d’un homme vouant un culte énormissime au domaine de l’high tech, et ce vu à travers les yeux d’une entité faible, prise au piège par de rapides mutations émotionnelles, la conduisant dans le tourbillon infinie de la folie et de la décadence…

A l’instar de groupes actuels, Cruentus nous mélange des éléments core, une grosse polyrythmie des riffs et des beats, ainsi que des sons industriels voire même des lignes de chant à la Fear Factory. Ainsi la voix claire de Hyeev tend parfois à prendre les mêmes intonations que Burton C. Bell, comme sur « Contortion » ou « Inhale Exhale ». Hormis cela, nous nous retrouvons la majeure partie du temps avec un chant crié très core, très strident, mais bien adapté à la musique et à la distortion des riffs, qui prennent souvent un aspect saccadé très mathématique voire mécanique. A la manière de Mnemic ou de Sybreed, Cruentus ne lésine pas sur cette technique guitaristique qui, couplée aux claviers futuristes et cybernétiques, ne peut qu’accentuer ce côté déshumanisé et décharné. « Neuro City Agenda » fait partie de ces morceaux rafraîchissants et efficaces que nous concoctent les groupes de metal modernes, tout en nous gratifiant d’ambiances extrêmement adaptées au concept et au genre.

Cruentus a inspiré et continuera sans doute d’inspirer de nouvelles formations, comme en témoigne « Unthinkable Complexity », pilier de l’album, résolument proche de ce que nous a offert The Interbeing en 2011 avec le « Edge of the Obscure ». Tantôt rude et atmosphérique, sombre et terrible, il est le reflet même des problèmes contemporains et futurs. Mais un « Fractal Architecture » et ces beats mécaniques et déstructurés ne peuvent qu’évoquer les usines et les fabrications en chaînes de machines, ainsi qu’un « Simsense XP », mettant davantage en valeur les effets électro/futuristes.

Mais dans le domaine, c’est sans aucun doute l’éponyme qui nous embarque encore plus dans un univers cybernétique, d’où ces changements de rythmes, de riffs, presque death sur certains passages, lourds et immersifs, de chants, tantôt core, tantôt synthétiques, tantôt saturés, et de lignes de claviers, ces dernières se rapprochant de celles présentes sur le « Event Horizon », étranges et perturbantes. Et ce final pessimiste sur « Paradigm »…

Toutefois, comme sur le dernier album, certains défauts de cohérence réapparaissent, comme, parfois, ce manque d’emboîtement des instruments, ou une certaine faiblesse du chant crié, heureusement ce n’est pas non plus fréquent. Mais le jeu et la technique se sont améliorés, au profit d’un ensemble plus soutenu et agressif, peut-être moins profond que les anciennes productions. Cependant l’originalité reste de mise, et l’ensemble attractif, si tant est qu’on aime le style, « Terminal Code » se définissant tout de même comme l’album révélateur de Cruentus dans toute l’Europe.

 

Ono : Path

Ξ septembre 2nd, 2011 | → 4 commentaires | ∇ Industrial Metal |

Ono : PathOn connaît très mal le metal en Slovaquie, et encore moins le metal industriel, qui peine à s’étendre du côté de l’Europe de l’Est. Et pourtant un homme, Twisted, a tenté sa chance, et le voilà maintenant qui tire son épingle du jeu en nous proposant son style de metal industriel grâce à 0n0, son projet, prenant son nom d’un code binaire mystérieux, symbole de l’énergie créative et de l’infini.

0n0, c’est avant tout une entité étrange et particulière, menée par cet homme. C’est aussi une façon de penser et de voir, une façon d’appréhender la musique et surtout les éléments industriels. Une façon de rassembler des idées, aussi tordues les unes que les autres, d’en faire quelque chose, malgré une antonymie certaine. En définitive, il sera difficile de classer cette musique en question tant elle se retrouve métissée. Et c’est ce qu’est parvenu à faire 0n0. Ce one-man band a réussi à se faire une petite réputation sur le net, la faute à un style indéfinissable. Vu comme du metal expérimental, Twisted nous fait une combinaison folle d’éléments, intégrant autant du black, du death, de l’indus mais aussi du doom, et nous voilà au sein d’un gros et étrange melting pot.

Il est aussi rare de retrouver ces éléments combinés ensemble, aussi sommes nous curieux d’écouter le résultat, et l’album « Path » est le seul moyen d’en avoir le cœur net. Six titres le composent pour une quarantaine de minutes à peu près, quarante minutes de musique distordue, torturée voire malsaine, où les styles fusionnent, ainsi que les idées, les mélodies étranges, les ambiances sombres et particulières. Pour certains, il sera difficile de s’imprégner de cette musique folle, totalement décadente, partant littéralement dans tous les sens. Pour d’autres, ce sera le contraire, ce côté déjanté faisant tout au plus parmi de nous.

Les idées sont là, ainsi que l’ambition, sans aucun doute. Twisted s’occupe de tous les instruments ainsi que de la production, mettant en avant les rythmes lents et lamentés ainsi que des éléments industriels curieux et mécaniques, des riffs distordus, aigus, et malsains, et un chant, qu’on peine à qualifier. Parfois proche d’un chant black, d’un murmure aussi ou d’une complainte, il nous suit dans cette infinité d’idées, comme si nous nous retrouvons pris au piège dans l’esprit de Twisted. « S.I.L.K » par exemple est un réel défouloir de riffs et d’ambiances stressantes, plus proches cette fois-ci d’un black metal perdu dans le monde d’un post hardcore à la Neurosis. C’est sombre, terrible, maladif, l’indus renforce cette idée en nous lançant des offensives de claviers effrayants.

Cependant lors de « Sleepless Slumber », c’est notre esprit tout entier qui se perd dans une infinité obscure et permanente, le temps de près de neuf minutes. Morceau doomesque et fantomatique, le côté mécanique, presque cybernétique, est davantage relevé, ainsi que ces sons malsains, cette voix décharnée, ce riff d’ouverture totalement perturbant, ces sonorités électroniques mystérieuses. Lent mais captivant, spirituel aussi et relativement dérangeant, voici sans aucun doute le véritable représentant de l’album.

Mais tout n’est pas que dérangé et dérangeant, un titre tel que « They » plonge l’auditeur dans une espèce de black ambient assez lumineux malgré des effets de riffs particuliers, alors que « Trance-formation », lui, nous montre une facette plus tribale voire ethnique, où se magnifient des sonorités très chaleureuses et amicales. Doux, sensible, le voyage est agréable et serein, et l’indus nous propose un fond sonore somptueux.

L’expérimentation. Le maître mot de cet album si rocambolesque. Tellement qu’on peine à croire que nous nous situons au cœur du même opus au cours de ces six morceaux. Il y a bien évidemment une sorte de signature musicale, l’indus et l’électro étant présents du début à la fin, dans chacun des titres. Toutefois on peut se retrouver désarçonnés par, peut-être, un manque de cohérence. Du black au doom en passant par l’ethnique et même le death metal sur un « Feed the Flame » terriblement mécanique, on passe d’un style à l’autre, comme ça, sans véritables raisons. Un fourre tout instrumental fortuit ou bien pensé ? Un tour du côté du titre éponyme, « Path », nous en dit davantage. Ce dernier rassemble tout ce qu’on a pu découvrir le long de ces longues minutes. L’ambient, le black, le doom, l’indus, le death…et plus encore.

Le voyage s’arrête lentement mais la plongée dans cet album ne sera pas anecdotique tant il s’en dégage une certaine aura. 0n0, pour un premier jet, nous gratifie d’un « Path »dense, immersif, spontané et surtout personnel, à écouter au moins une fois.

 

Human Void : Era Zero

Ξ septembre 1st, 2011 | → 8 commentaires | ∇ Black Metal, Cyber Metal |

Human Void : Era ZeroHuman Void n’est pas si vieux que ça et pourtant, après deux démos auto produites, les italiens signent chez Crash and Burn and et font le premier pas dans la cour des grands avec ce « Era Zero », album post apocalyptique aussi visuellement que musicalement. Le quatuor, influencé par les sorties actuelles en matière de cyber black voire death, décide d’en faire autant, propulsé dans l’air du temps, et c’est non sans peine que l’opus sort lors de ce froid hiver 2010.

Le tout semble parfaitement attrayant, autant dans le fond que dans la forme. La pochette grise et triste sur laquelle se dresse un homme couvert d’un masque à gaz ainsi que ce logo possédant presque la forme de celui du danger biologique rappellent les symboles du cyber metal, ainsi que cette tracklist bien décadente et alléchante pour les amateurs de musique apocalyptique. Le concept,lui, est tout aussi ancré dans une optique sombre et futuriste, l’homme étant pris au piège par une menace biologique, menace conduisant à des changements climatiques brutaux (« acid rain ») mais aussi à une perte massive d’oxygène dans l’air. Deux fins sont possibles : soit l’homme est détruit, brûlé de l’intérieur par ces produits toxiques (« Self Human Combustion »), soit il se métamorphose en un humanoïde véritablement différent et dangereux (« Metamorphosis »). Il est vrai qu’on tombe dans les clichés du genre, qu’Human Void ne révolutionne pas de ce côté là, mais cela reste tout de même intéressant.

Par contre, en ce qui concerne la musique, il ne faut pas se réjouir trop vite. L’album a beau bien commencer avec un « Extinction » à l’introduction longue, mécanique, organique et apocalyptique, aux riffs rentre dedans, à la dynamique certaine et aux sons cybernétiques très accrocheurs, la suite se veut davantage dérangeante et difficile à suivre. La faute à un manque d’innovation et de continuité, entre autres. L’opus est méchamment inégal, et malgré les influences cybernétiques des italiens, on sent qu’il s’agit d’un recueil d’éléments, parfois un réel fourre tout où s’entremêlent les bonnes idées et les mauvaises. Les riffs black/death sont pour la plupart du temps peu inspirés, les éléments electro/indus cybernétiques n’apparaissent que de temps en temps histoire de relever le concept et la musique, mais pas forcément aux moments les plus opportuns (« Coronal Mass Ejection »). On se surprend même à entendre certains passages très techno sur « Self Human Combustion » notamment les sons et les beats. Mais là aussi c’est très inégal, un coup ça passe, un coup ça casse.

Malgré tout, on sent que Human Void a fait l’effort de créer une ambiance futuriste et noire, les instrumentales par exemple peuvent nous mettre sur la voie. Cependant, elles sont d’aucune utilité, la faute à une platitude déconcertante. Même si le côté mécanique et torturé est prédominant sur « Critical Mind », le côté ambient est très long de « Poison Butterfly » ne peut qu’inciter l’auditeur à passer au morceau suivant. Dommage, l’indus, de ce côté là, aurait dû être utilisé à bon escient en créant un morceau instrumental prenant, relevant le concept à un haut niveau, ce qui n’est pas le cas.

Mais attachons nous à un duo gagnant. Commençons par « Acid Rain » et son intro dark et apocalyptique aux claviers débouche sur un ensemble lent basé sur les ambiances, malgré des riffs qu’il aurait fallu étoffer. A contrario, « Tunguska », basé sur l’explosion mystérieuse survenue dans cette région (et ayant influencé bon nombre d’auteurs et réalisateurs) possède ces relents black intéressants couplés à un clavier omniprésent sans être imposant. Les riffs mènent le jeu, sans non plus innover (ça va devenir un leitmotiv).

Toutefois, venons en au fait au sujet du chant. Ce dernier est sans doute le plus gros hic concernant cet opus, gâchant la bonne partie des compos. Il n’est pas non plus très mauvais mais le problème réside, non seulement dans le manque d’agressivité, mais aussi le manque de crédibilité. L’anglais semble approximatif et on sent quand même ce manque de conviction, ce côté récité et mal dosé, qui empêche l’auditeur de bien s’imprégner des titres et des mélodies/ambiances.

Dommage que Human Void n’ait pas tiré parti d’éléments musicaux qui auraient pu renforcer sa force, sa puissance, et son atmosphère. Les italiens, malgré de bonnes intentions et de bons sons cybernétiques, n’arrivent cependant pas à dépasser le niveau de nos espérances, et pourtant, si certaines choses étaient corrigées, ce « Era Zero » passerait beaucoup mieux. Espérons seulement que la suite de l’aventure sera plus positive, car en matière de cyber black, on aura nettement entendu mieux (« Nexaeon » d’Illidiance ou encore « No State of Grace » d’Iperyt)…

 

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