Skyfire : Timeless Departure

Ξ avril 30th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Black Metal, Symphonic Blackened Death Metal |

Skyfire : Timeless DepartureLa fin 1990/début des années 2000 aura été une période très solide dans le domaine du metal mélodique et surtout du metal extrême mélodique. Children Of Bodom aura accouché de trois albums en 1997, 1999 et 2000 (« Something Wild », « Hatebreeder » et « Follow the Reaper »), amenant de ce fait une nouvelle vague et engendrant un style très hybride entre power metal, black metal et néoclassique. Kalmah aura eu le temps d’enregistrer son premier « Swamplord » en 2000 dans un genre black/death mélodique très racé. Et Skyfire, quant à lui, démarrera sa prometteuse carrière printemps 2001 avec « Timeless Departure ».

En Norvège, le black symphonique connait ses plus belles heures : Dimmu Borgir s’est trouvé une nouvelle sphère, Emperor est sur le point de sortir son dernier album, Limbonic Art a déjà une belle carrière derrière lui et Arcturus a bien décollé avec son black symphonique avangardiste complet.

Quant au death mélodique, il est très en vogue, et en particulier le made in Sweden, que ce soit celui de In Flames ou de Dark Tranquility. Skyfire n’est pas originaire de Göteborg mais de Höör et ne s’est pas contenté que de s’influencer de ses pères pour créer une musique qui deviendra, avec les années, bien caractéristique et personnelle. En réalité, le quintette du début a plutôt pioché des idées à droite et à gauche, des idées en vogue il faut dire, afin d’ajouter sa patte et d’en sortir des compositions totalement originales. C’est ainsi que du mélange du néoclassisme de Children Of Bodom, du death mélodique suédois et du black symphonique norvégien qu’est née la formation de Höör.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Suède est loin d’être le pays du sympho extrême car on le connait beaucoup plus pour son death metal. Poutant, Skyfire, en 2001, va être le pionnier du black/death/mélodique/symphonique dans son pays. Preuve en est encore maintenant : les formations du genre ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Malgré tout, rien ne prédestinait totalement ce groupe à un avenir brillant, car non seulement Children Of Bodom vivait ses meilleures heures mais en plus les scènes death mélodique et black symphonique offraient à ses auditeurs des albums d’exception. Enfin, la musique de Skyfire était loin d’être parfaite. Le groupe naquit donc dans l’ombre des combos du moment.

Cependant, ce n’étaient pas ces obstacles qui allaient faire reculer les membres de Höör, bien au contraire. Ils arrivent à se dégoter le tout petit label Hammerheart Records et à enregistrer leur « Timeless Departure » aux désormais réputés Abyss Studio sous la houlette de Tommy Tagtgren. Une collaboration qui ne présageait que du bon pour ce petit groupe, formé depuis déjà six ans mais auteur de seulement deux démos. Il fallait la hargne nécessaire, une personnalité nouvelle et un petit grain de folie en plus pour espérer sortir de l’ombre.

Dès l’introduction, Skyfire impose un style avec deux minutes majestueuses, dotées d’envolées archi mélodiques au piano et de touches symphoniques imposantes. Cela se reconduit sur le second « Fragments of Time » (dont la mélodie de départ sera auto plagiée bien plus tard sur l’introduction de « Awake » sur l’album « Spectral »). Les Suédois n’ont pas eu besoin de jouer une palette complète de morceaux pour imposer leur identité. C’est le titre typiquement Skyfirien par excellence : composé par le duo de guitaristes/claviéristes Martin Hanner et Andreas Edlund, on retrouve ce riffing véloce et maîtrisé, une rapidité d’exécution à toute épreuve, une surdose de mélodie de la part de chaque instrument, un aspect symphonique non négligeable, et surtout un néoclassicisme à la COB, qu’on retrouve bien sur « The Universe Unveils », entres autres.

Skyfire possédait encore son premier chanteur, Henrik Wenngren, qui officiait plus dans un style black très criard avant de se faire remplacé par Joakim Karlsson sur l’EP « Fractal » en 2009, lui dans un ton plus growlé. Sans aucun doute, ce membre apportait cette touche black qu’il n’était pas si facile de retrouver dans le reste de l’instrumentation. Car Skyfire, c’est avant tout une formation festive et explosive qui mise tout sur les guitares et les claviers ainsi que leur extrême rapidité. Pas le temps donc d’instaurer une ambiance particulièrement black, seule la voix s’occupe de cela. Les atmosphères sont pour le coup très travaillées et très astrales, menées de main de maître par un combo en grande inspiration. Le choix du patronyme n’est donc pas anodin. « sky » le ciel pour l’astralité de la chose, « fire » le feu pour la détonation perçue par l’ensemble des compositions.

De par certains aspects, ce « Timeless Departure » peut se situer sur le même plan que Children Of Bodom, à savoir un power extrême avec des touches black et du neoclassique, comme le flagrant « From Here to Death » ou encore l’éponyme « Skyfire ». On a à peine le temps de réagir que ça part non seulement au quart de tour mais dans tous les sens. Cela fait partie du grain de folie que j’évoquais.

C’est au milieu de l’album que Skyfire atteint le point culminant de ses capacités de l’époque. Le titre « Timeless Departure » est certes le plus long mais sans doute le plus puissant et celui qui tient le plus en haleine. Il se dote de l’essence même du groupe et de ses caractéristiques principales, même si on retrouve ici toutes les influences sus-citées, à savoir le black symphonique couplé au death mélodique et à la rapidités de Children Of Bodom. Les mélodies s’envolent, que ce soit celles des guitares ou des claviers lumineux. Symphonie impériale, chant hargneux, dynamisme imprenable, piano astral fou furieux et longs soli en prime. La magie à l’état pur.

Ceci dit, le reste des titres apporte son lot d’interrogation. Certains débutent très bien et finissent par ennuyer et inversement. La surdose de mélodies peut être un facteur aggravant. D’autant plus lorsque les instruments s’envolent trop et que l’ensemble paraisse quelque peu cacophonique, comme « Bleed Through Me , Bleed for Me » qui commence plutôt lentement mais part en cacahuète lorsque le groupe met la gomme. La production y est aussi pour quelque chose, les claviers restent trop mis en avant et leur son aigu n’aide pas vraiment à cela. Dernière petite caractéristique, Skyfire a le don de faire s’emboîter les morceaux les uns dans les autres. C’est vrai dans ce « Timeless Departure », ça l’est aussi dans les autres opus. On peut facilement découper un refrain et l’accoler au couplet d’un autre titre. Si on prend la discographie complète des Suédois, on se rend compte que c’est encore plus exacte. Skyfire a en effet des limites : celui de ne pas totalement réussir à inventer de nouvelles mélodies, la faute à une envie de rester fidèle à une identité de base instaurant des mélodies particulièrement atypiques…

Finalement, avec ce « Timeless Departure », Skyfire a résolument imposé son style, retrouvé très facilement dans les albums suivants. Un style que l’on reconnaît entre mille mais qui a autant de qualités que de défauts. Cela n’a toutefois pas empêché le groupe de suivre son petit bonhomme de chemin avec une suite bien plus prometteuse avec « Mind Revolution » jusqu’au magnifique « Esoteric » en 2009 plus tourné vers le death metal, plus sombre et plus symphonique.

Skyfire fait désormais partie des groupes les plus connus en matière de black/death mélodique symphonique.

 

Enthymion : Arcana of Apocalypse

Ξ avril 29th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Enthymion : Arcana of ApocalypseCe n’est plus un secret : la Pologne est un pays très productif en termes de metal extrême, en particulier de death metal et surtout de black symphonique. De Vesania aux premiers Crionics en passant par Luna Ad Noctum, Hermh ou encore Devilish Impressions, il en y a pour tous les goûts, et du puissant qui plus est ! Enthymion fait partie de cette sphère symphonique extrême, gardant cet aspect polish très atypique mélangé à des symphonies plus norvégiennes et quasi Dimmu Borgiriennes.

C’est tout de même six ans après sa formation qu’Enthymion sort son tout premier album dont les compositions ont été enregistrées entre 2007 et 2008. Comble de l’ironie, le groupe se sépare en février, un mois avant la sortie officielle, et ne peut donc pas assurer la promotion de son « Arcana of Apocalypse ». Une carence qui risque de lui être fatal, d’autant plus que son bambin n’est, pour le moment, diffusé qu’en Russie, sous la houlette du label More Hate Productions.

Contrairement à bon nombre de ses acolytes, Enthymion n’est pas rentré aux fameux Hertz Studios polonais pour le mixage de son album mais aux Sinquest Sound Studio (Moon, Ulcer) à Lublin. La production reste tout à fait correcte et même très propre, bien que ce soit la batterie qui ressorte le plus des compositions d’Enthymion. Hormis cela, il faut dire que le groupe a su garder une place marquante pour chacun de ses instruments, que ce soit les guitares, les claviers ou la basse qui se distinguent très bien les uns des autres.

Dans l’ensemble, le black symphonique d’Enthymion reste moins violent que celui de ses acolytes polonais, même si un certain travail a été fourni en ce qui concerne les guitares ou les orchestrations. Ces dernières sont sombres et sacrées, en adéquation avec la pochette, et peuvent rappeler celles d’un certains « In Sorte Diaboli » de Dimmu Borgir, comme sur un « Diabolical Temptation », dont la cassure entre la symphonie d’intro et l’arrivée des guitares est inadéquate, ou un « The Loss of Inocence » avec ces traditionnels cloches et ces chœurs, rappelant de nouveau les Norvégiens ou même les Polonais de Sinful. Toutefois, l’aspect délirant et barré de ce titre (et de plusieurs autres) peut évoquer le « Distractive Killusions » des Varsoviens de Vesania.

Enthymion arrive tout de même à sortir de ses influences, même si des riffs thrash voire death font leur apparition sur l’excellent « Insane » ou « Weakness Confused ». On reste tout de même dans du classique, typiquement polonais, mais le quatuor le fait bien et apporte une certaine force à l’ensemble de ses compositions, sans non plus toujours doter ses guitares de riffings simples comme sur « The Sinister Fate ». Mêlés à de bons claviers et à des voix étranges, cela renforce cette efficacité, comme sur « The Life of Ligeia », un des titres qui figuraient sur la seule et unique démo du combo. Cependant, il faut dire que Enthymion emprunte certaines de ses mélodies à des mélodies assez communes dans le black metal, que ce soit l’introduction de « The Sinister Fate », le riff de « Black Lithany » ou le passage semi acoustique de « Loss in Innocence », proche d’Old Man’s Child.

Ce « Arcana of Apocalypse », en dépit de ses influences, a tout de même un panel de qualités indéniables, entre orchestrations de qualité et nappes de claviers plus traditionnelles, riffs classiques ou recherchés, voix black (parfois death) insistante et basse très joueuse. Encore dommage que le groupe se soit séparé à ce moment de sa carrière, bien que ce soit le début, son travail restait encourageant.

 

Amentia : Incurable Disease

Ξ avril 27th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Amentia : Incurable DiseaseAmentia fait partie des petites formations biélorusses qui interagissent avec le monde du death metal. Bien que la scène ne soit pas si grande que ça, il y a tout de même quelques petits groupes qui arrivent à attirer l’attention, dont ce quartet, composé de membres de Deathbringer ou d’ID :Vision. Contrairement à ces combos là, rien de progressif ou d’industriel, et bien que le groupe se qualifie de death brutal, il s’agit plutôt d’un death metal technique et plutôt expérimental, parfois proche des Allemands d’Obscura mais surtout plus prêt de styles hors metal.

En effet, Amentia ne paie pas de mine, mais il faut dire que les influences sont très diverses, conférant à sa musique une certaine originalité. Si l’artwork et l’introduction « My Pain » peuvent nous faire penser à du metal gothique, avec ce piano et ces atmosphère lugubres, il n’en est rien. « Selling Hope » démarre les hostilités avec des solos dissonants, une certaine vitesse d’exécution et une basse délirante au possible. Car il faut le dire, c’est sans doute cette basse qui fait le charme de la musique d’Amentia. Bien audible, très distincte, elle nous gratifie d’un jeu très funky, ou, selon le moment, très jazzy. Il semblerait que ce début de décennie soit le début de nouvelles inspirations dans le death metal, et Amentia ne déroge pas à la règle, d’autant plus qu’il le fait bien. « Legal Violence » se montre plus syncopé même si la vélocité des riffs reprend le dessus, avant de se retrouver devant un mur de délire et de technique, de la part de toutes les guitares.

On est loin du death metal lourd et agressif, ici on joue un peu sur le terrain des acolytes de Deathbringer, à savoir un death metal intelligent et très travaillé, le côté progressif en moins. Amentia a le mérite de peaufiner ses compositions et de se doter d’une certaine personnalité, même si en Biélorussie, on ne peut pas dire que le death metal soit écouté de l’extérieur. Du coup, « Thoughts Kill » et « Fear » sont plus traditionnels, dans une veine plus floridienne, sans toutefois oublier les solos tordus, histoire de casser un peu l’élan et de montrer qu’on peut faire comme les grands.

Mais comme on dit toujours, la nature revient au galop, et c’est un « Beauty Is Implement of Murder » qui nous le prouve. On retrouve le piano très étrange, soutenu par un ensemble symphonique avec violons et chœurs. C’est sombre et assez glauque, jusqu’à l’arrivée de la double pédale, puis des riffs. Ce n’est juste qu’une introduction, mais ces violons reviennent plus tard pointer le bout de leur nez dans un passage expérimental à souhait où se mêlent la basse funky et la folie d’Amentia. Folie qui n’en finira pas jusqu’à la fin, le passage jazzy de « He Proclamated Himself God » paraissant incongru, surtout quand on connait les thématiques du groupe (extermination, mort, meurtre…). Une nouvelle façon de nous parler de violence en somme.

A défaut de pouvoir mieux se produire et s’exporter outre la Biélorussie, Amentia ne marque pas tant que ça, et ce, même après trois albums. Pourtant, il y a du potentiel, malgré un growl faiblard et un manque décisif de lourdeur. Il faudra frapper fort pour le quatrième album, s’il ne veut pas rester indéfiniment dans l’ombre des plus grands.

 

Umbah : Enter the Dagobah Core

Ξ avril 24th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Death Metal |

Umbah : Enter the Dagobah CoreOn peut trouver des révélations là où on ne les attend pas. Et c’est pourtant au début des années 1990 que Cal Scott, guitariste du remarqué mais défunt groupe Necrosanct, crée son projet solo qu’il nomme Umbah et le moins que l’on puisse dire, c’est que le monsieur a su rester prolifique, avec pas moins de treize albums au rythme de quasiment un album par an. Dommage toutefois que le manque de médiatisation ne lui ait pas permis de réellement faire part de son projet, car il est clair que le Britannique a plus d’une corde à son arc depuis le temps.

En effet, Cal a su garder ses origines death/grind pour les mélanger à la touche progressive et expérimental de Cynic ou Meshuggah et à l’indus/cyber de Fear Factory, pour ne citer qu’eux. Il faut dire que le mélange de tout cela reste assez inattendu, dans la mesure où les styles précités ne sont pas les seuls à se côtoyer au sein de la musique d’Umbah, qui met aussi en valeur des touches jazzy ou dark.

Il n’est, en définitive, pas si facile de décrire le metal de Cal Scott qui joue avec les sonorités et expérimente beaucoup. Depuis pas mal d’années maintenant, le multi instrumentiste joue avec ses auditeurs tout en proposant des albums bien tordus et tous aussi différents les uns que les autres. Malheureusement, leur côté difficile d’accès ne les rend pas spécialement accessibles à tous, d’autant plus que l’évolution du monsieur s’est avéré être en dent de scie. Pourtant ces dernières années, il semblerait qu’il se soit stabilité, avec des « Trilobeth » et « Aradrolos » bien inspirés, et enfin, ce « Enter the Dagobah Core », dont le nom évoque la planète marécageuse de Yoda.

Umbah officie donc dans un cyber/death/grind archi tordu et expérimental dont le côté barré pourrait rappeler le projet Oxiplegatz. Cet album – ainsi que les autres – n’est pas à confier à toutes les oreilles. En effet, dans tout le cyber metal existant, Umbah fait partie des groupes les plus difficiles à appréhender tant il se démarque des formations actuelles tirant vers l’électronique à outrance ou la djent attitude. En clair, si vous avez du mal avec l’extrême, expérimental de surcroît, vous aurez beaucoup de mal à vous passer cet album.

Ce qu’on remarque de prime abord, c’est l’apparente cacophonie des morceaux, comme dès le début avec « Whispers of a Dying Sun Pt.1 » ou « Bolderok Naron » : un assemblage tordu de riffs, de sons électroniques, de rythmes et de voix. Même si cela peut paraître aussi étrange qu’incongru, il faut dire qu’il s’agit d’une cacophonie subtile et non pas d’un mélange d’effets bruitistes simplement fait pour démonter les oreilles de l’auditeur. Prenez le côté cacophonique de Sigh, par exemple, et vous saurez de quoi je parle. C’est beaucoup plus réfléchi que ça en a l’air, et heureusement, sinon les albums ne seraient pas aussi intéressants. D’ailleurs, on peut même dire que ça renforce l’aspect mécanique et inhumain des compositions, qui ne donnent pas l’impression d’avoir été créées par un homme. L’empreinte cybernétique est omniprésente, soutenue par des claviers électroniques destabilisant et une ambiance irrémédiablement froide et sombre. Un certain arrière goût d’acier se mêle à un aspect technologique afin de relever les influences futuristes et transhumanistes d’Umbah, comme sur un « Enter the Dagobah Core » ou un « Hypnotic Implant » souvent robotiques avec ces voix déformées et ses riffs techniques et très spécifiques.

Évidemment, Cal Scott n’oublie pas ses débuts extrême dans Necrosanct et la majeure partie des titres restent assez violents et agressifs, un cyberr/death bien dosé où les riffs dévastateurs se mélangent aux growls très efficaces du monsieur, comme sur « Cosmic Garland », entre autres. Ce n’est pas du cyber pour les petites natures mais un cyber bien méchant et pessimiste, bien plus vicieux que ID:Vision, par exemple. Si ce genre se veut extrême par définition, il l’est encore plus quand il passe entre les mains de Cal Scott.

Il y a tout de même des éléments plus modernes, tels que des touches jazzy, comme évoqué plus haut, ou des touches plus mathématiques, comme le soulignent les influences Meshuggah. « Mad Zu Chong » met en place une certaine polyrythmie couplée à des parties plus techniques, toujours embarquée par cette électronique sans faille. Répétitif, tout de même. A contrario, « Dr. Geiger » se verra plus progressif dans son approche, avec une touche symphonique sur certains passages.

« Enter the Dagobah Core » est une bonne entrée en matière, si vous êtes familiarisés au cyber et au metal extrême et très expérimental. Cal Scott et Umbah offrent un album très difficile d’accès, moi-même étant très adepte du style, j’ai eu beaucoup de mal à l”écouter avant de le cerner. Il faut donc du temps pour saisir ces treize morceaux tous aussi étranges les uns que les autres, pas toujours excellents, mais ayant le mérite d’embarquer l’auditeur dans une machine vicieuse et électronique.

 

Neurotech : Decipher Vol.1

Ξ avril 23rd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Neurotech : Decipher Vol.1S’il y a bien un homme très actif dans le domaine du cyber metal, à part Alex de Tyrant Of Death, c’est bien Wulf de Neurotech, qui après une année bien chargée avec les sorties du très bon «  Antagonist » et de l’EP « Blue Screen Planet », se décide à offrir à ses auditeurs une série d’EPs avant l’enregistrement d’un prochain opus courant 2013. Afin de limiter cette attente, le sieur reprend des morceaux qui avaient été rejetés pour « Antagonist ». Il les remixe et les réadapte pour mieux coller au son de Neurotech période 2012, à savoir un son plus moderne et plus compacte. C’est ce qui nous vaut ce « Decipher Vol.1 », présageant bien évidemment d’autres volumes.

Si vous aviez aimé l’évolution de Neurotech vers un cyber quasi symphonique, vous ne serez pas dépaysés avec ces quatre nouveaux morceaux. On retrouve l’ambiance propre à « Antagonist » mais avec cette force en moins. N’oublions pas qu’il s’agit de titres mis de côté, mais agencés de cette manière, c’est à dire de « The Cyber Waltz » à « Below These Scars », il n’empêche que l’enchaînement est cohérent, même si on remarquera une première moitié dynamique et une seconde moitié plus atmosphérique.

On était en droit d’en attendre beaucoup, surtout après le phénoménal « Blue Screen Planet » mais il faut bien avouer que cette collection de chansons mises de côté peut, à la fois, servir et desservir Wulf. D’un côté, on peut se rendre compte de l’étendue de sa créativité et de son activité, mais d’un autre, on peut voir que son imagination a des limites et que, comme tout le monde, toutes les pistes ne peuvent pas forcément être bonnes. C’est le cas de ce « Decipher Vol. 1 » à demi teinte où se côtoient des titres faibles et des titres plus prenants.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Wulf a su garder son identité et on reconnaît immédiatement sa patte, entre les envolées au piano, les riffs simples mais efficaces, le chant déshumanisé et synthétique et les effets cybernétiques de haute volée. On reste toujours dans un ensemble bien futuriste, bercé entre les parties symphoniques et les parties bien électroniques. C’est le cas des deux premières pistes qui carburent et mettent le paquet. Bien que « The Cyber Waltz » reste dans l’ensemble faible, peinant à embarquer définitivement l’auditeur, « Damage Is Done » rattrape le coup avec son dynamisme implacable et son ambiance enveloppante. Guitares écrasantes, voix très agressive et claviers très dominants, le monde du futur vous ouvre ses portes.

Wulf reste fidèle à lui-même, misant tout sur la mélodie et les ambiances et non sur l’omniprésence de blast ou de riffs destructeurs. Sa musique a beau être simple, c’est la magnificence des atmosphères et de cet aspect mélancolique et pessimiste qui font la force de Neurotech. « Home » par exemple, et son ensemble très black symphonique tant dans l’utilisation du piano, assez Dimmu Borgirien, que dans l’ambiance froide et sombre. Dommage toutefois que cette enveloppe nous laisse sur notre faim, avant une fin (« Below These Scars ») encore plus lente et lancinante, plutôt décevante, même si c’est ici que la prise de risque est la plus grande. La tonalité des guitares s’assimilent à celle de « Awaiting Deception » ou « The Sky Is Always Open », le chant se veut encore plus varié : très robotique d’abord, plutôt black ensuite, et semi clair lors de la montée en puissance des claviers.

Moins bon, certes, mais pas dispensable pour autant, ce « Decipher Vol. 1 » entame une série de morceaux délaissés et remis au goût du jour, en nous laissant juger de leur pertinence. Il n’empêche que malgré le remixage, ils n’atteignent pas le niveau d’un « Blue Screen Planet », pour faire court, seul « Damage Is Done » et peut-être « Home » ont le mérite de se détacher du carcan dont se sont enfermés « The Cyber Waltz » et « Below These Scars ». Par ailleurs, la pochette d’Artur du groupe Dekadent (black metal – Slovénie) représente bien le style général de cet EP avec cette Terre asséchée, dans la continuité des thématiques sombres de Neurotech. A écouter, donc, si vous suivez le bonhomme et sa carrière pour le moins plutôt marquante.

 

Sivyi Yar : Dual Faith

Ξ avril 21st, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Pagan |

Sivyi Yar : Dual FaithSivyi Yar, c’est le projet black pagan du multi instrumentiste russe Vladimir, désirant se tourner vers un ensemble musical épique et basé sur la nature. Ce one man band existe depuis 2006 et a été assez fructueux, même si l’Europe en a peu entendu parler. Toutefois il est bon de préciser qu’il a son propre public et une certaine notoriété dans son pays, ce qui lui a valu une signature chez l’underground More Hate Productions.

En 2011, Sivyi Yar avait déjà sorti une démo, un album et un EP mais il ne voulait pas s’attacher à de nouvelles compositions aussi rapidement. Il voulait simplement prendre son temps et attendre au moins un an avant de sortir une nouvelle galette, à savoir le futur « Towards to Twilight » paru début 2012. A la place de ça, Vladimir prit des morceaux qu’il avait composé entre 2008-2010, ceux qui n’avaient pas été sélectionnées, afin de les recomposer. C’est dans ce contexte que sort ce « Dual Faith » qui se dote, en guise de pochette, du tableau « Night on the Eve of Ivan Kupala » de Ivan Sokolov. Relié à la musique, cet artwork renforce l’idée de préservation des traditions Slaves dans un monde de plus en plus tourné vers la modernité, idée que l’on retrouve dans les paroles.

Sivyi Yar officie donc dans un black pagan épique tout à fait classique mais l’aspect progressif des morceaux permettent au one man band de s’offrir une alternance de passages non négligeable. Si l’ensemble peut paraître guerrier dans l’exécution du black metal, il peut tout à fait devenir plus atmosphérique et folk comme sur l’éponyme « Dual Faith » qui fait la part belle aux ambiances et aux riffs. Idem sur « In the Predawn Darkness » avec ces guitares caractéristiques, à la différence que ce titre se teinte d’éléments death metal voire arabisants dans la mélodie du riff à partir de 02:30, mélodie qui rappelle le one man band de black épique Bouq.

Ce qui prédomine toutefois le plus, c’est la trop grosse monotonie des morceaux, atteignant pour la plupart les huit minutes. Le côté progressif aurait pu mieux servir le black pagan de Sivyi Yar car ici, on est plus dans l’ennui qu’autre chose, même si les atmosphères restent intéressantes comme sur le très pagan « Magic Fever » et son clavier mystérieux voire inquiétant.

Autre prédominance, la voix très criarde et ultra guerrière de Vladimir, qui ne semble pas totalement maîtriser sa rage. Ce n’est même plus un chant black mais une sorte de hurlement plaintif qui nuit à l’ensemble des compositions. Ajouté à cette linéarité palpable, cela devient encore plus insoutenable.

Ceci dit, un aspect naturel et traditionnel se retrouve principalement dans l’introduction et l’outro, mais c’est sans doute un « Again, Burn Crosses » qui enfonce le clou, avec ces choeurs, sa mélodie étrange et son atmosphère enveloppante. Peu de guitare et de voix, finalement, l’auditeur se retrouve seul au sein de cet enrobage oppressant, comme pris au sein d’un culte musical.

En clair, « Dual Faith » n’apporte rien de concret au black pagan mais il permet à Sivyi Yar de diversifier son propos, tout en jouissant d’une production correcte. Malgré leur longueur et leur défauts, les morceaux restent emprunts de cette envie de préserver la culture slave.

 

Bak : Sculpture

Ξ avril 19th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Bak : SculptureSi vous deviez entreprendre des recherches afin de vous procurez du metal oriental, vers quels pays vous tourneriez vous ? L’Egypte, l’Israel, l’Arabie Saoudite, la Turquie…cela se comprend. Mais penseriez vous à chercher du côté de l’Australie ? Bien que ce soit le pays d’AC/DC, c’est aussi le pays de quelques formations marginales influencées par la mythologie égyptienne, à l’instar de Nile et de Karl Sanders aux USA. Si The Horn, par exemple, a déjà fait ses preuves en matière d’oriental black metal, Bak, lui, a encore beaucoup de temps d’années devant lui. Formé en 2010 à Sydney par trois mordus de mythologies orientales, le groupe met tout en œuvre pour s’octroyer un visuel tout ce qu’il y a plus arabisant, loin de la culture aborigène de leur contrée. Preuve en est, « Bak » était le nom d’un chef sculpteur d’Heliopolis, pendant le règne du pharaon Akhenaton, ce qui justifie le nom de leur premier album, « Sculpture ».

Ici, pas de didgeridoo ou autres instruments australiens, nous nous retrouvons avec un ensemble 100% oriental. Rien n’est feint, tout est naturel et bien fait, de quoi donner des boutons aux grosses pointures du genre ! En effet, Bak n’a rien à envier à ses aînés, sa musique est forte, sensuelle et archi chaleureuse, mélangeant metal, rock, prog, symphonique et folk. Les premières notes de « The Search » dépaysent déjà, avec son violon arabisant et sa mandoline, avant de nous embarquer dans un rythme exotique, où se côtoient aussi bien les riffs ravageurs que les chants clair et growlés. Les saccades et ce mélange rappelleront Orphaned Land, la lourdeur en moins.

Tout est vrai et authentique sur ce « Sculpture », que ce soit la variété des instruments traditionnels et des vocaux sur les longs « Can’t Understand » et « Not Just Your World ». Bak a invité des musiciens aguerris pour sa musique, que ce soit des membres de l’orchestre symphonique de Sydney, des chanteurs ou des musiciens ethniques, du Moyen Orient ou de l’Inde. Ce sont donc des personnes qui s’y connaissent et qui offrent à Bak leur savoir faire afin de rendre au mieux l’aspect folk et oriental des compositions. Les guitares metal renforcent la lourdeur, même si elles ne sont pas souvent présentes, car ce sont les ambiances et les chants qui priment, et non les éléments purement metal, bien que « Pay » apporte plus d’agressivité et une touche neo metal à ces claviers très oniriques.

Bak adore rendre ses compositions complexes dans certains morceaux, même si certaines parties peuvent être très simplistes et ne laisser apparaître que un ou deux instruments avec une voix. Ce n’est pas le cas sur « Our Time » qui nous en fait voir de toutes les couleurs avec son mélange d’opera, de mythologies, d’orient, de thrash et d’éléments oniriques. On retrouve même du neo-classique avec cette guitare archi mélodique à la Skyfire.

Je vous aurais bien parlé de Prince Of Persia, bien que la position géographique ne corresponde pas. Cependant, « Sands of Time » correspond bien à l’idéal musical de ce jeu vidéo avec ce groove imparable à la guitare et sa mélodie arabisante. Ajoutez les percussions, les instruments traditionnels, et tout y est.

Bak nous offre une épopée orientale hors du commun, riche et très dépaysante, destinée à tous les amateurs du genre et à ceux qui désirent découvrir de nouveaux horizons. Même si Bak, en soit, n’apporte rien en matière d’oriental, il faut dire que l’impression d’être en compagnie de pharaons ou de scribes existe bel et bien à l’écoute de ce « Sculpture » bien ficelé, quoique parfois un peu trop mou et trop gentillet. Une belle réussite en tout cas.

PS: et si jamais vous désirez vous procurer le CD, attendez vous à une surprise de taille dans le package…

 

Nothnegal : Decadence

Ξ avril 18th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Melodic Death Metal |

Nothnegal : DecadenceLes Maldives, c’est surtout un petit coin de paradis en plein milieu de l’océan Indien où tout est parfait, ou presque, avec ses plages, ses atolls et le soleil à longueur d’année. Loin, très loin de l’univers apocalyptique que nous propose son groupe phare, Nothnegal. En effet, ce dernier a subi une ascension fulgurante après la sortie de son premier EP en 2009, dans un style black death mélodique très influencé par la scène finlandaise, et pour cause, il a été mixé par Anssi Kippo (Children Of Bodom, Norther).

Officiant à l’intérieur d’une scène qui se veut underground et mal réputée, les Maldiviens ont toutefois réussi à se faire un nom depuis peu, en s’octroyant une signature chez le désormais très réputé label Season of Mist ainsi que les services du batteur Kevin Talley (Daath, ex-Hate Eternal) et du claviériste Marco Sneck (ex-Kalmah). Il faut dire que ce groupe du bout du monde ne fait pas les choses à moitié et profite de l’opportunité qui lui est apportée, et c’est ainsi que sort un « Decadence » ambitieux en ce début d’année.

Nothnegal change d’esthétique et de style, se déchargeant de son côté black metal et ne gardant que l’aspect death metal tout en ayant un son plus moderne, plus cyber et plus dans l’air du temps. Il faut dire que le groupe, malgré sa jeunesse, joue dans la cour des grands avec cette production impeccable et ces huit titres maîtrisés et bien qu’officiant dans un death mélodique, il ne tombe pas dans le metalcore facile et le chant clair à gogo. Au contraire, les Maldiviens restent attachés aux principales caractéristiques du melo death.

Ils veulent avant tout supprimer cette vision paradisiaque de notre esprit. Avec « Decadence », on se retrouve dans un monde en déclin, asséché et futuriste, perturbé par les diverses créations humaines. Le visuel s’oriente vers un ensemble mi pessimiste, mi technologique, avec ces crop circle et cette alternance de symboles venus de chez Stargate et des, excusez du peu, zarbis pokémon. La musique en elle-même représente bien l’artwork. Elle est assez bien calibrée et immersive, lourde et puissante, parfois proche du « The Hinderers » de Daath tant par les ambiances que par l’instrumentation générale. Mais en plus mélodique. Le morceau « Salvation » montre bien ce que peut nous faire les Maldiviens, avec ce caractère mystérieux voire onirique dans les claviers en arrière plan. Les bidouilles électroniques cybernétiques sont au rendez vous ainsi que des touches symphoniques discrètes comme sur « Janus », avec sa batterie mécanique et sa mélodie entêtante.

Il y a toujours une mélodie, principalement au clavier, qui nous embarque à chacun des morceaux, accompagnée d’un enrobage électronique. Même si la plupart sont toute simples, ça reste efficace et assez facile d’accès, bien qu’il faille apprécier l’ambiance générale ainsi que le manque de patate dans l’exécution des guitares. Ca a beau être lourd, le jeu n’est pas suffisamment incisif, la faute à la production, qui fait la part belle au growl rageur et à la programmation (« Decadence »). Toutefois, un « Armageddon » peut remonter le niveau avec ces sons adaptés aux phénomènes crop circle, à savoir, des touches très OVNI dans l’esprit.

Un titre comme « R.A.D.A.R » se teinte d’éléments progressifs, avec ses sept minutes et sa variété d’ambiances et de sonorités. L’introduction dark/electro/gothique et son murmure cadavérique laissent vite place à des guitares précises et à un clavier plus cybernétique que jamais, avec son va et vient éléctronique. Idem sur « Sins of Our Creations », laissant cette fois-ci l’honneur à un chant clair pas très juste mais au moins, loin d’être niais.

Il aurait fallu une production moins lisse, une plus grande variété de refrains et plus d’accélérations pour que cet album soit excellent, mais il faut dire que les Maldiviens fournissent un album vraiment bon et bien ambiancé, aussi bien fait pour les amateurs d’indus/cyber que pour les amateurs de melo death, l’équilibre entre les deux étant quasi parfait.

 

Yossi Sassi : Melting Clocks

Ξ avril 16th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Yossi Sassi : Melting ClocksEn 1991, Yossi Sassi fondait avec ses amis le groupe légendaire Orphaned Land, précurseur du metal oriental dans le monde entier. Vingt ans après, ce même guitariste décide de créer davantage afin de montrer la musique qui est en lui. Toujours autant attaché au projet qu’il appelle « le projet de sa vie », le jeune israélien ne s’éloigne pas pourtant d’Orphaned Land mais se créé son propre one man band en composant et produisant lui-même sa musique.

Les talents du musiciens ne sont plus à prouver. On se souviendra de ses solos d’exception dans Orphaned Land, notamment celui de « The Warrior » avec plus de quatre minutes d’intensité et d’émotion. De plus, le sieur sait jouer plus de 17 guitares et instruments traditionnels différents tout en expérimentant constamment et en proposant de nouveaux horizons. En plus de cela, Yossi Sassi a eu l’occasion de partager la scène avec des grandes figures metalliques telles que Metallica, Steven Wilson ou encore Marty Friedman et de coopérer avec des artistes internationaux, en plus de tourner dans plus de trente pays.

Après la tournée européenne entièrement orientale aux côtés d’Arkan et Myrath, le musicien s’attaque maintenant à la sortie de son premier album solo et à une première tournée déjà complète. Arrive donc « Melting Clocks », un album étonnant et bien différent de ce qu’a eu l’habitude de nous proposer l’Israélien. Ce dernier se charge de la majeure partie des guitares ainsi que de jouer du clavier, de l’oud, du saz, du bouzouki et autres instruments traditionnels. Il s’entoure de musiciens avertis pour ce qui est du piano, des percussions, des flutes en roseau et kaval, des violons et d’autres parties guitares. On retrouve donc Marty Friedman (ex-Megadeth) à la gratte sur « The Routine » tandis que Yossi se charge de la basse.

L’album « Melting Clocks » est une œuvre conceptuelle sur la vie, peut-être la vôtre, celle que vous vivez tous les jours. Le matin vous vous levez, vous voyez les rayons du soleil (« Fields of Sunlight »), vous devez vous dépêcher pour aller au boulot (« The Calling : Rush Hour ») et vous vous rendez compte que vous ne vivez que parmi des chiffres et des nombres, avec, finalement, peu de mots (« Number’s World »). Toute la journée vous êtes envahis par vos pensées, vous vous dîtes sûrement que vous n’êtes pas si bien que ça (« Ain’t Good Enough »), vous réalisez ce que vous faîtes de votre vie dans cette routine (« The Routine »). Vous aimeriez vous détendre et vous vous mettez à rêver, le temps de quelques minutes (« Sahara Afternoon »). A la fin de la journée, vous vous reposez un peu, tout en vous disant que vous vivrez la même chose le lendemain (« Simple Things »). La nuit, vous allez vous coucher, avec le sentiment que les choses sont compliquées. Vous faîtes face à vos peurs et à cette montre qui vous suit partout, à longueur de journée. Vous sombrez dans le rêve jusqu’au réveil le lendemain matin (« Melting Clocks »).

Yossi vous offre donc un voyage musical qui vous suit le temps d’une journée, alternant les genres et les ambiances, mélangeant l’Est et l’Ouest, le hard rock et la World Music, ainsi que des parties ambientes. Vous aurez de tout dans ce « Melting Clocks », mais surtout un condensé de douceur et de chaleur. Pas d’agressivité, cet album est le reflet de notre vie quotidienne, mélange de l’univers de Yossi et de ses propres inspirations. Les trois premiers morceaux rappellent sans aucun doute l’œuvre de Satriani, avec cette guitare insistante et chanteuse, remplaçant irrémédiablement une voix. Toutefois, le musicien ne se tourne pas du côté des guitar hero, au contraire. Même si son jeu est maîtrisé et très mature, il n’est pas dans le domaine de la technique et de la démonstration à tout prix. Il s’agit plus d’un metal/rock progressif à la croisée des genres, où se côtoient autant de parties occidentales que de parties orientales, comme « Drive » et ses breaks folk symphoniques proche du dernier Orphaned Land.

Ainsi, les non initiés à la musique arabisante pourront y trouver leur compte, l’exotisme n’étant pas l’élément majeur des compositions de Yossi. « The Calling : Rush Hour » par exemple, met l’accent sur un heavy rock lancinant tandis que « Ain’t Good Enough » ou « Another Day in the Office » se rapprochent davantage d’un hard rock surexcité, mélangeant le chant tantôt énervé tantôt aérien de Yossi ainsi que ses solos implacables, comme une seconde voix.

« Number’s World », le titre phare de l’album, est sans aucun doute le plus fort et le plus riche en sonorités. Il s’agit d’un rock/hard rock oriental très chaleureux, bien que mélancolique, où s’alternent couplets occidentaux et refrains orientaux très fournis avec son mélange de guitare électrique/acoustique et son panel d’instruments orientaux. Une belle réussite, avant le jazzy « Melting Thoughts », guidé par le tic tac d’un réveil en guise de rythmique et par la voix suave de Marina Maximilian Blumin, qui rappellent les parties féminines chantées sur le « Moon Safari » du groupe Air. On peut aussi rêver sur l’arabisant « Sunset » ou se laisser porter par un « Simple Things » attachant et très mélodique.

Ce voyage se termine par la version instrumentalisée de « Melting Thoughts », à savoir « Melting Clocks », comme si vous recommenciez encore une fois votre routine. Mais vous avez encore le choix. Allez-vous, encore et toujours, vous réveiller le lendemain au sein de cette routine qui vous fatigue et vous empêche de vivre vos rêves ? Ou prendrez-vous le temps de tordre ou de faire fondre l’horloge qui vous suit, tel le boulet du prisonnier, afin d’apprécier chaque moment de votre vie et de faire ce que vous aviez toujours eu envie de faire, qu’importe le prix ?

Peut-être trouverez vous votre réponse en écoutant cet album homogène et particulier, loin de ce qu’on a pu entendre venant de Yossi Sassi mais à l’image de sa sincérité et de son sens de l’intensité.

 

Voice Of The Soul : Into Oblivion

Ξ avril 15th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal |

Voice Of The Soul : Into Oblivion2007 – Koweit. Kareem Chehayeb forme un petit groupe avec quelques uns de ses amis, désireux de pouvoir jouer de la musique dans un groupe de musique à part entière, le jeune homme ayant beaucoup écrit avant de franchir le pas. Le combo, encore sans nom, souffre rapidement de plusieurs changements de line up mais il n’est pas si difficile de trouver des metalheads au Koweit, le pays étant petit et la scène metal très peu sollicitée. Malgré les soucis liés au régime actuel, la formation arrive à se rendre à la représentation Battle of the Bands pour un petit concert mais il lui faut un patronyme. Sur l’ipod de Kareem, c’est « Voice of the Soul » de Death qui tourne. Il choisit donc ce nom, tout en pensant à cette honnêteté que ce morceau lui inspire, et qui représente la scène du Koweit.

Aujoud’hui en 2012, Voice Of The Soul fait partie des combos les plus actifs du Koweit, avec Benevolent, entres autres. La petite formation, désormais stable, semble-t-il, a déjà sorti trois EP en trois ans, dont ce « Into Oblivion », marquant un cap dans la carrière des moyen orientaux. En effet, ils affirment leur style mais se retrouvent handicapés par la position géographique de chacun, les membres étant désormais basés dans des pays différents. Ca ne les a toutefois pas empêchés de rentrer aux Sarj Studios, une référence au Moyen Orient, pour enregistrer cet EP prometteur.

Voice Of The Soul fait partie de ces formations influencées par la scène death mélodique suédoise. Heureusement, les musiciens ne sont pas là pour suivre leur références au pied de la lettre. Au contraire, ils apportent leur patte et une mélancolie qui leur est propre, sans toutefois apporter ces relents orientaux propres à leur position géographiques. Pas ou vraiment peu d’éléments arabisants, Voice Of The Soul mise tout dans les riffs et les différentes rythmiques, conférant à cet EP un aspect varié et progressif.

« Into Oblivion » démarre avec un « Immolation » varié, entre une intro doomesque et une suite plus melo death mais qui ne perd pas de son aspect lourd et agressif. Pas de chichi, pas de refrains au chant clair, pas de parties techniques ou de soli endiablés, Voice Of The Soul fait dans la simplicité avec ce côté suédois qui n’est pas à mettre de côté. En effet, le groupe s’inspire d’Arch Enemy ou de At The Gates, entres autres. En dépit de ça, il préfère faire la part belle aux riffs et parties purement instrumentales, le growl de Kareem n’étant pas l’élément le plus important.

« Pandemonium » met bien dans le bain avec cet aspect bien mélodeath et cette alternance de growl et de chant plus criard, plus black. C’est entraînant et accrocheur, suffisant pour permettre à Voice Of The Soul de se faire un nom. L’EP aurait pu être ennuyant sans de nombreux changements de dynamiques, octroyant à la galette une diversité non négligeable de passages et rythmes. « Cast Away in Betrayal » se rapproche davantage des standards death metal tandis que « Wither » et ses onze minutes de mélancolie, propose un mélange de doom/death et de death mélo totalement captivant.

Voice Of The Soul met à profit ses influences suédoises pour nous offrir une reprise de l’excellent « Under a Serpent Sun » d’At The Gates. La version koweïtienne est plus lourde et plus compressée mais reste totalement correcte et fidèle à la version de base. Dans tous les cas, il s’agit sans doute de la première cover d’At The Gates fournit par un groupe du Moyen Orient, une expérience intéressante.

Le combo réussit à fournir un EP tout ce qu’il y a de plus classique mais progressif, sans tomber dans le piège du mélange death mélo/metalcore. Une belle avancée pour Voice Of The Soul qui met en avant son art et son pays. A encourager.

 

Mechina : Empyrean (Single)

Ξ avril 14th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Industrial Metal |

Mechina : Empyrean (Single)Ca fait sept ans que Mechina s’évertue à jouer un metal novateur et personnel, proposant un ensemble musical que peu avait exploré jusqu’à maintenant. Différents albums et démos se sont succédés jusqu’à présent, tous emprunts d’une marque de fabrique atypique et d’un désir de montrer une facette futuriste à un public certain.

La sortie du concept album « Conqueror » avait propulsé Mechina dans la cour des grands, loin du côté approximatif du très cyber « Assembly of Tyrants ». Ici, les Américains effectuent dans un space metal aux relents death metal, mélangeant éléments modernes et symphoniques avec brio. En attendant la venue très attendue du nouveau « Empyrean », le quatuor lance un nouveau single du même nom, censé représenter sa direction musicale.

Il faut dire que Mechina ne change pas trop sa recette en ce qui concerne les riffs meshuggesques couplés à des riffs plus death, des parties guitares qui peinent à varier mais qui créent une rythmique toute particulière, syncopée et mécanique. On se retrouve dans la digne continuité de « Conqueror », normal, « Empyrean » étant la suite directe de ce qui avait été commencé l’année dernière.

Mechina continue à nous propulser dans un voyage spatial épique et puissant. Il élabore ses parties symphoniques afin de les rendre plus impériales et grandiloquentes. Les parties électroniques sont là pour accentuer le côté futuriste et technologique de la chose, ainsi que l’alternance growl/chant clair, sans doute utilisée pour nous donner plusieurs points de vue. S’il ne devait que rester l’aspect orchestral de la chose, comme ce qui avait été fait avec le single « Andromeda », on croirait entendre une des créations du compositeur français David Bergeaud, responsable des bandes sons spatiales et futuristes des jeux vidéo de la gamme Ratchet and Clank, entres autres.

A défaut de pouvoir nous mettre l’album sous la dent avant le mois de mai (ou plus), on peut toujours se délecter de ce single alléchant, mid tempo et embarquant, afin de se propulser dans l’espace et éviter tous les petits tracas du moment. Atmosphérique et symphonique, « Empyrean » est le futur du metal / le metal du futur, selon Mechina.

 

Deferum Sacrum : Septicaemia

Ξ avril 13th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Metal |

Deferum Sacrum : SepticaemiaAprès trois ans d’absence, Deferum Sacrum revient sur les devants d’une scène ukrainienne en pleine inspiration en ce moment. En effet, les groupes de black metal ont plutôt la cote, bien que la plupart souffre de problèmes liées à la production et au manque de distribution. Cependant, les grandes figures, elles, n’ont pas de problèmes en la matière et restent tout de même un modèle pour les plus petites formations, telles que, justement, Deferum Sacrum, qui signe chez les russes de More Hate Productions.

Même si le combo a perdu un membre, à savoir le batteur Yar, remplacé par Equinox de Sermargl, cela ne l’a pas empêché de poursuivre son petit bonhomme de chemin et de terminer l’enregistrement de ce « Septicaemia », légèrement différent de son grand frère mais toujours basé sur les ambiances véhiculées, à la guitare afin de confier un aspect maladif à la musique, comme les titres des albums l’indiquent (« Antichristian Disease » et « Septicaemia »).

Si le terme « Septicaemia » ne vous dit rien, cherchez plutôt du côté de septicémie, un terme médical utilisé pour parler de la présence d’organismes pathologiques dans la circulation sanguine, une sorte d’empoisonnement sanguin menant à une inflammation de la peau et de tout autre tissu. Ce qui donne un bon avant goût de l’univers macabre de Deferum Sacrum.

Grâce à l’expérience de plusieurs de ses membres tels que Morthvarg de Semargl ou Astaroth de Raventale, les Ukrainiens arrivent à mener leur musique de bout en bout avec un certain savoir faire. Même si les compositions sont plus rapides, plus agressives et tranchantes au niveau des vocaux, le quartet met le paquet sur une atmosphère sombre grâce aux riffs et au caractère arythmique de la batterie. Le titre éponyme par exemple montre bien ce que veut nous montrer Deferum Sacrum, rappelant parfois Raventale par ce côté lent et souvent Mayhem par l’incorporation d’assauts inattendus. L’aspect maladif des guitares, jouant dans les aigus, paradé par la voix de Athamas, permet à l’auditeur de se retrouver embarquer dans cet ensemble assez malsain, bien que mélodique et mid tempo en général.

Tous les titres démarrent lentement sauf le furieux et épique « All Living Fades », qui arrive à tenir en haleine jusqu’au bout. C’est une des caractéristiques de Deferum Sacrum, qui essaie d’imposer un certain contraste dans les rythmes. Au moins les variations sont là ainsi que les guitares qui nous lancent des riffs black très caractéristiques et maîtrisées, à l’image d’un « Crown of Degradation » rappelant Dark Funeral.

Si certains titres peuvent être très courts, comme un « Reverential Paralysis » d’un peu plus de deux minutes, terriblement maladif et inquiétant avec sa maladie et son fond étrange, certains peuvent être très longs comme « Mass Suppression », qui met du temps à démarrer avec une ambiance particulièrement sombre et perturbante.

Même si ce « Septicaemia » est bien produit et bien abouti dans son ensemble, la monotonie peut s’installer à cause d’un manque de moments forts et d’un certain manque d’originalité, le black metal de Deferum Sacrum étant assez old school et proche du black metal des débuts 90. Si vous avez aimé cette période, penchez vous sur cet album pas très long (moins de quarante minutes) qui n’apporte certes rien, mais qui prouve que la scène ukrainienne a plus d’une corde à son arc.

 

Torturer (UKR) : Infinity of Illusions

Ξ avril 10th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Metal |

Torturer (UKR) : Infinity of IllusionsTorturer aura souvent souffert de changements de line up. Depuis sa création en 2004 par le multi instrumentiste Vitaly Karavaev, le groupe Ukrainien aura eu du mal à se stabiliser à cause d’un aller et venu de membres quasi incessant. Chaque sortie de démos et d’albums a été perturbée par cette malédiction, laissant un Vitaly seul à la composition. C’est pour cette raison que le jeune homme s’est attelé tout seul à la composition de « Infinity of Illusions », composition qui aura pris plus d’un ans et qui aura été freinée par la ré-édition de « Wind from the Darkwood » et une certaine difficulté à trouver un label sérieux.

C’est le label underground russe More Hate Productions qui sortira finalement ce « Infinity of Illusions » à l’automne 2011, un album mixé et enregistré aux Studios 13 PA Records en Ukraine, déjà réputé pour son travail avec Grobyc ou Return To Base. La production a été confiée à Dmitry Bastanov ainsi que les parties batterie. En découle donc un album créé de A à Z par Vitaly lui-même, reflet de ses démons intérieurs, de son côté philosophique et misanthropique.

Torturer effectue dans un black/death metal assez mélodie, épique voire technique. Vitaly mise énormément sur les parties purement instrumentales, mettant en avant les riffs malsains de sa guitare et les ambiances sombres dégagées. On se retrouve donc avec une alternance de plans purement black metal ou de plans plus death metal, à l’image d’ « Incarnation » entre autres. A contrario, le côté plus furieux et épique sera présent sur un « Belief in Self Consciousness » suivant de prêt l’introduction instrumentale « Contemplation », solitaire et lancinante.

Les parties chants ne sont donc pas les plus présentes, même si Vitaly profite de certains moments pour intégrer sa voix black. Cette dernière manque souvent de puissance ou de maîtrise mais elle s’incorpore bien à l’univers de Vitaly, privilégiant les atmosphères et non une totale maîtrise de tous ses instruments, comme sur « The Lost Essence » par exemple, même si la guitare ne peut qu’impressionner.

L’Ukrainien ne met pas non plus de côté les claviers, comme l’introduction de « Unity of Stimulus » et ces lignes sombres et presque gothiques, ou encore « Incarnation » où s’intègrent des choeurs ténébreux, une sorte de black symphonique sans en être. Les notes aux claviers sont occasionnelles, présentes pour soulever une ambiance ou un passage fort en particulier et il est clair que Vitaly n’en dépend pas.

On remarquera une différence de production ou de mixage entre chaque morceau. Même si ce n’est pas flagrant, la batterie a comme un son plus lointain tandis que les guitares se taillent la part du lion. Ajoutez à cela un accordement plus grave et plus croustillant sur « Abstraction of Life », ce qui dénote comparé à l’ensemble beaucoup plus aigu de « Belief in Self Consciousness », entre autres.

Torturer livre un album correct, perdu entre la mélodie et la technique. L’assurance est bien présente mais il manque toutefois cette fougue qui permettrait au groupe de se lancer vers quelque chose de plus conséquent, sans non plus perdre son côté très underground.

 

Screaming Forest : Holy Satan

Ξ avril 9th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Metal |

Screaming Forest : Holy SatanS’il y a bien une chose que l’on doit retenir quand on parle du metal Ukrainien, c’est que ça ne rigole pas et que la scène black se porte plutôt bien (quoique du côté de Semargl…). C’est le pays qui aura vu naître des formations telles que Drudkh, Nokturnal Mortum ou encore Khors. Ainsi que Screaming Forest, trio originaire de Donetsk, officiant dans un black/death metal à la gloire de Satan. Formé en 2005, le groupe a sorti trois albums en trois ans, donc ce « Holy Satan » démoniaque et pas très éloigné du travail d’un certain Belphegor.

Les titres ne dépassent pas les quatre minutes et s’appuient sur une rythmique vive et acérée, menée par un chanteur guitariste hargneux : chant possédé, alternant intonation black et intonation death, et riffs caractéristiques, peut-être trop bateau dans leur exécution, mais bien dans le bain. L’auditeur se retrouve donc dans un black metal tout ce qu’il y a de plus simple, avec ces relents death metal, mais au moins l’efficacité est au rendez vous, conférant à cet album une atmosphère tantôt malsaine, tantôt religieuse.

L’introduction « Helladise », par exemple, propose des samples de chevaux et de cris, soutenus par des chants quasi sacrés et une symphonique sombre et perturbante. Idem pour « Tyrant’s Anthem » et sa marche presque impériale. Ici, on ne veut pas de lumière, mais du feu et des ténèbres, ce qu’un « Hate Preserving Law » propose bien, avec sa cadence particulière et sa déstructuration de riffs, mené par cette voix décharnée. A contrario, « Sadistic Empire » se concentre sur le rythme et la technique de la batterie, comme influencée par la parole maléfique de Satan.

Que dire de plus si ce n’est qu’il s’agit d’un black metal manquant de moments forts et d’accélérations, ceci à cause d’un manque de variation dans les guitares et le rythme, souvent en mid tempo. Ajoutez à cela une espèce de foutage de gueule en ce qui concerne les introductions de tous les morceaux, quasi identiques, avec ce même claquement de corde et cette même note.

« Holy Satan » est donc un album tout ce qu’il y a de plus convenable en matière de black metal, et ukrainien de surcroît, enregistré aux Beasts Studios et signé chez le label underground More Hate Productions. Cependant, ne vous attendez pas à quelque chose qui sorte du lot, Screaming Forest se baladant sur les terres de Belphegor, entre autres, et manquant de personnalité.

 

Agnostic : Morbid Embracement

Ξ avril 7th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Agnostic : Morbid EmbracementAgnostic est l’une des révélations brutal death metal de l’Inde, depuis sa formation en 2009 et sa participation à quelques concerts et festivals dont le Hornbill National Rock Contest en 2011. Il était donc grand temps pour ce groupe de se mettre sur son 31 et d’épater la galerie avec un tout premier album – qui aurait d’ailleurs pu être un EP -, long de quelques vingt quatre minutes mais non dénué d’efficacité et d’agressivité !

« Morbid Embracement » se situe dans la lignée de grands groupes brutal death tels que Cannibal Corpse, Deicide ou encore Vader. Agnostic se dote d’une imagerie gore et de riffs tronçonneurs qui ne sont pas faits pour toutes les oreilles. Il est étonnant que pour un premier opus, ces Indiens aient acquis la maturité nécessaire pour embarquer l’auditeur dans un tourbillon de violence et le tenir en haleine jusqu’au bout. Certes, les titres ne sont pas longs, mais ils ne nous ennuient à aucun moment. Tout est calculé au millimètre prêt, sans être non plus archi technique, même si un « Submerge in Gore » nous offre des riffs hypnotiques et captivants pendant plus de trois minutes.

Agnostic varie ses rythmiques et son growl afin de le rendre aussi profond que possible, que ce soit dans les parties les plus lentes (« Acrisia ») ou dans les parties expéditives (« Blood Ridden Epitaph »). Au moins, le groupe a le mérite d’offrir des blast beats qui tiennent la route ainsi que des riffs parfois syncopés mais maîtrisés et acérés. Ca ne rigole pas, on ne fait pas dans la dentelle mais dans la brutalité malsaine et surtout, dans l’efficacité : c’est pour cette raison que les morceaux ne sont pas très longs, afin de laisser place au côté énergique et expéditif, sans se lancer dans des parties expérimentales ou techniques qui pourraient gâcher l’élan des deux-trois minutes.

Étrangement, le morceau le plus long est une ballade très sombre et assez malsaine dans l’utilisation du chant growlé ou murmuré, avec cette guitare lancinante et parfois occulte. Les mélodies utilisées pourraient rappeler celles du black metal. A contrario, le titre le plus court est un condensé de violence continue, sans répit ni repos de riffings. Pas le temps de réagir, le growl couplé à ces incisions est impardonnable.

Agnostic livre donc un album auto produit de qualité, déjà très mature dans son exécution, bien que proche des formations sus-cités. Les Indiens ont de quoi ravir les amateurs de brutal death old school, sans fioritures, très brute de décoffrage et expéditif. Ravageur.

 

The Horn : Dawning of an Ancient Sun

Ξ avril 5th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Metal, Oriental Metal |

The Horn : Dawning of an Ancient SunThe Horn aura été très productif en 2007, année notable dans la carrière du one man band australien. Celui-ci a en effet sorti six productions, sans pour autant battre l’hyper actif de Senmuth, et pourtant. Ces deux énergumènes ont le mérite d’avoir un autre point commun : leur passion pour la mythologie égyptienne.

Depuis sa formation en 1997, cet homme étrange a su mettre à profit ses influences et ses goûts pour concocter un metal tout ce qu’il y a de plus atypique. Peu ont adopté ce style relativement macabre mais tout de même ambiancé : l’oriental black metal. Ici, on ne mise pas sur une production propre ni sur un sens particulier de l’esthétique. On mise davantage sur l’expérimentation et la mise en valeur d’un black metal cru et malsain dans lequel on embarque l’auditeur à l’intérieur même d’une pyramide, voire d’un sarcophage, en compagnie d’une momie.

The Horn prend pour thématique le Livre des Morts, fameux recueil initiatique pour les défunts désirant aller dans le monde de l’au-delà. Les titres des chansons ainsi que les paroles viennent directement du manuel en question, dans leur traduction anglaise. De ce fait, l’auditeur sait pertinemment à quoi s’attendre et peut comprendre ce dont il est question. Malheureusement, The Horn n’intègre pas les paroles dans le livret et pour comprendre et lire le guide initiatique, il faut posséder le Livre des Morts en question.

L’Australien se démarque assez vite sur cet album en intégrant des éléments très particuliers et qu’on ne retrouvera pas ou peu sur les prochains opus. L’utilisation de claviers symphoniques et pharaoniques par exemple, soulevant un certain côté impérial, comme sur « Spell 69 : for being the successor of Osiris », morceau qui commençait tout de même avec un ensemble raw black et une voix maléfique. C’est ce raw black qui fait la marque de fabrique de The Horn, entre autre, comme sur « Spell 29A » et ses petits relents indus avec ses sons et sa batterie mécanique.

Le multi instrumentiste n’est pas non plus un virtuose de la maîtrise des instruments, mais profite de ses faiblesses pour intégrer beaucoup d’expérimentation, que ce soit au niveau des guitares, de la batterie ou du claviers, comme sur « Spell 70 » et ses bizarreries. Il ne faut toutefois pas oublier que la majorité des titres restent dans une optique orientale, présente dans le riffing mais aussi certaines touches de claviers. Les nappes d’ambiance seront typiquement dans le style ainsi que les parties symphoniques. Sans oublier les morceaux purement ambient et très porté sur le clavier, « Spell 81A » par exemple et son ensemble malsain avec sa voix décharné et inhumaine ou « Spell 28 » et son râle très animal.

The Horn ne tombe pas non plus dans la linéarité, nous offrant un « Spell 32 » aux riffs saccadés, lancinants, avec ces voix très distordues et ces violons perturbants. Une version plus malsaine de la thématique goa’uld de Stargate ? Oui, nous n’en sommes pas loin. Jusqu’à ce que « Spell 125 » nous étonne par sa longueur. Non nous ne rêvons pas, le morceau dure plus de cinquante minutes et pourrait être un album à lui seul. En réalité, il raconte l’arrivée du défunt devant le tribunal, qui déclare son innocence. Il s’agit de plus d’une sorte de confession, avant que la justice examine le cas et interroge le mort. Les cinquante trois minutes en question sont le reflet de cette séquence importante du Livre des Morts, comme si nous y étions. Il y a différentes parties musicale, notamment une intro venteuse, spirituelle et ambiente, une partie plus black et agressive, une partie où l’on entend un choeur grave en arrière plan, une mélodie orientale et un discours incessant, sans doute les paroles du défunt ou les réponses du tribunal et de Maat. On se rapproche ensuite d’une partie plus black/doom, avec la voix maléfique et inhumaine du multi instrumentiste et de riffs irrémédiablement pesants, pour ensuite s’attacher à des claviers plus puissants et égyptiens, avec une ambiance on ne peut plus funéraire. Les flûtes font leur apparition, en alternance avec des guitares, jusqu’à la fin spirituel et très morbide.

« Drawning of the Ancient Sun » est un album étonnant, et de surcroît le seul à porter un nom autre que « Volume » quelque chose ou « The Book of the Dead ». C’est aussi un des rares à avoir un label (Haarbn Productions) et à intégrer des expérimentations aussi poussées. L’oriental black de The Horn est tout aussi occulte que pharaonique, pour un voyage passionnant dans l’au delà.

 

Compilations : Oriental Metal

Ξ avril 4th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal |

Compilations : Oriental MetalDepuis des années et des années, les labels, les groupes ou mêmes les webzines, sortent leur propre compilation afin de nous faire découvrir une scène, le metal d’un pays, un style ou même l’ensemble de l’oeuvre d’une formation plus ou moins célèbre. On aura tout eu, ou presque. Sauf ça : la compilation de metal oriental.

Ce mouvement metallique a été lancé par les pionniers israéliens d’Orphaned Land il y a plus de vingt ans. Même si l’intégration d’éléments arabisants existait déjà dans certains titres Heavy Metal, par exemple, aucun groupe jusqu’à cette année 1991 n’avait essayé de composer toute une musique basée sur les mélodies orientales. De surcroît, quasiment aucun groupe du Proche ou Moyen Orient n’avait essayé de se mettre en avant dans le monde du metal…jusqu’à l’arrivée d’Orphaned Land.

Depuis, beaucoup de groupes ont suivi les traces des pionniers, apportant leurs touches et leur univers, proposant de ce fait un ensemble chaleureux et authentique, que ce soit dans le metal progressif, le death metal ou encore le black metal, et ce, dans tout le Moyen Orient et malgré les interdictions de jouer du metal dans certains pays. Il était donc normal de rendre hommage à cette scène et d’offrir à tous les amateurs du genre la toute première compilation de metal oriental, quelques mois après la grande et toute première tournée exclusivement orientale.

C’est donc tout naturellement que Kobi Fahri, chanteur d’Orphaned Land, a décidé de sortir cet album grâce au label Century Media. Si certains peuvent y voir là un prétexte pour médiatiser et commercialiser un recueil d’hymnes Oriental Metal, certains pourront voir ici un moyen tout à fait légitime pour découvrir cette mouvance qui, bien que prenant de l’ampleur depuis quelques années, a bien plus d’une décennie derrière elle.

On ne sera donc pas étonnés d’y voir figurer le trio de tête, c’est à dire Orphaned Land, Arkan et Myrath, ce même trio qui avait pris part à la tournée Oriental Metal, à commencer par le très pop mais pas si oriental « Sapari », chanté tantôt en hébreu, tantôt en anglais, où se côtoient certains airs moyen orientaux et le chant arabisant de Shlomit Levy. Pour la petite anecdote, c’est ce même titre qui aurait pu lancer Orphaned Land sur la scène de l’Eurovision 2011 si seulement il avait été retenu. D’ailleurs, en ce qui concerne le choix du titre, on aurait sans doute préféré voir figurer un « Ocean Land », bien plus proche des origines du groupe et bien plus dans le sujet, avec sa sitar, ses percussions, et tous ses éléments traditionnels mélangés à un ensemble plutôt death metal.

« Deus Vult » d’Arkan fait une nouvelle fois de la pub aux Israéliens, car en duo avec Kobi Fahri (et là on se demande si ce n’est pas un moyen pour nous rappeler que ce sont les « leaders »). Pas de surprises concernant Myrath et « Merciless Times », le titre le moins oriental de la carrière des Tunisiens mais certainement le plus en vogue, avec le chant gracieux de Zaher Zorgatti et les claviers symphoniques orientaux.

Ceci dit, la compilation en question ne regroupe pas forcément les morceaux les plus énergiques de tous les groupes présents. On se retrouve davantage avec une sélection très restrictive, pas orientale à 100%, plus dans une optique de valorisation des groupes moyen-orientaux. Ainsi, même en nous intégrant du Melechesh, on ne nous offre pas l’un des meilleurs morceaux des israéliens mais un « Grand Gathas Of Baal Sin » très black/Thrash mais en manque de parties purement traditionnelles, mélangé à cet ensemble extrême, hormis à la fin où quelques chœurs et sonorités se font entendre. Idem en ce qui concerne Nervecell et « The Taste of Betrayal », une instrumentale death metal assez lancinante, dépourvue de tout exotisme.

On se serait attendu à l’intégration d’hymnes oriental black à la Al Namrood ou Narjahanam, même pas. L’Arabie Saoudite et le Bahrein ne sont pas à l’honneur. Peut-être pour un deuxième volume, qui sait. Par contre, on retrouve un classique du genre avec Pentagram (aussi appelé Mezarkabul) et « Lions in a Cage », un Heavy Metal lancinant mais très arabisant dans l’utilisation des riffs et du chant.

Un petit nouveau à l’honneur : Sand Aura, une des révélations 2010 de l’Égypte. Une formation pleine de promesses et ayant irrémédiablement le sens du terme oriental. Le titre proposé, « Fountain of Moses », est une douce instru emportée par un solo de guitare arabisant, des percussions et un fond envoûtant (flûtes, violons…). Une version moins amplifiée d’Amaseffer, qui apparaît avec sa fresque épique « Slaves for Life » et son fort côté cinématographique : symphonique, moyen oriental, et ô combien emportant…

Maintenant, si je vous dis « cherchez l’intrus », pourrez vous le trouver ? N-I-L-E ! Le groupe culte de brutal death Américain est la seule exception, dans la mesure où il s’agit du seul combo qui ne vienne pas du Moyen Orient. Mais comme beaucoup le savent, Karl Sanders voue un culte énormissime à la mythologie égyptienne et il était normal, si l’on peut dire, de faire intégrer un morceau. Nous avons donc droit à la chanson la plus brutale de la compilation, « Kafir ! » où se côtoient l’agressivité des riffs et de la batterie, le growl de Karl et l’intégration d’un chant en arabe, et quelques autres éléments orientaux, notamment à la fin.

En clair, cette compilation est une très bonne initiative pour faire découvrir aux non connaisseurs cette scène grandissante et de plus en plus exposée : vous pourrez découvrir les groupes phares, ceux qui n’ont plus rien à prouver, ceux dont on n’entend pas beaucoup parler, des nouveaux et un petit intrus, juste pour le plaisir. Par contre, si vous vous attendiez à beaucoup d’exotisme, vous allez être déçus car ce sont plutôt les origines des groupes qui ont été mises en valeur et pas vraiment le contenu des titres, pas si orientaux que ça dans leur approche.



Je dédie cette chronique à tous les groupes moyen-orientaux et à l’équipe de JorZine qui luttent pour leur cause et affrontent les interdictions et les mises en garde quotidiennes.

 

Frailty : Melpomene

Ξ avril 3rd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Doom/Death |

Frailty : MelpomeneIl n’est pas facile de trouver des groupes en Lettonie qui sortent du lot, et encore plus en matière de doom. Pourtant, depuis sa création en 2003, Frailty a réussi à tracer sa route, devenant pour ainsi dire l’une des principales figures du metal underground letton. Le sextet est même parvenu à sortir son premier album, « Lost Lifeless Lights », chez Solitude Productions, la crème de la crème en ce qui concerne les labels spécialisés dans le doom et ses variantes.

Frailty continue donc sur sa lancée, enregistrant les nouvelles compositions au Pentagon Studio et signant chez les ukrainiens de Arx Productions tout en s’octroyant une distribution par Firebox et Solitude Productions. Les Lettons s’attachent cette fois ci à la mythologie grecque et la muse de la tragédie, Melpomene. Sur la pochette, nous pouvons d’ailleurs voir cette muse assise sur une tombe et jouant de la guitare.

Musicalement, le groupe en question s’évertue à concocter un doom/death assez moderne en ce qui concerne le son, la production étant propre et mettant en avant tous les instruments sur un pied d’égalité. De plus, les musiciens n’ont pas mis de côté les mélodies si caractéristiques de leur premier album ainsi qu’un certains petit côté funéraire présent dans les morceaux les plus longs. Mais ce que l’on peut remarquer, c’est l’apparition d’arrangements orchestraux pour un résultat très symphonique.

Bien que la notion de « symphonique », à proprement parler, n’existe pas (ou peu) dans le doom, si ce n’est pour évoquer les nappes d’ambiances typiquement funéraires (et encore), Frailty intègre bel et bien des symphonies dans sa musique, mais il y a une nuance : en effet, lorsque les touches purement symphoniques apparaissent, c’est dans les titres les plus courts et les moins doom. On se retrouve donc avec un death symphonique dans un style mid tempo, comme sur un « Wendigo » entraînant, évoquant les esprits malins indiens, sur un « Thundering Heights » jouant plus sur les atmosphères, ou sur un « The Eternal Emerald » épique et grandiloquent. Ce n’est pas non plus Septic Flesh, mais tout de même.

A contrario, les titres les plus longs tels que « Desolate Moors » ou « The Doomed Halls of Damnation » restent bien doom, bien pesants et mélancoliques à souhait. L’ensemble peut rappeler Saturnus ou encore les formations russes telles que Revelations Of Rain, entre autres : un growl profond, un rythme très ralenti et écrasant, des riffs lourds et lamentés, et un fond aux claviers très enveloppant et atmosphérique. Ces complaintes cachent souvent certaines déflagrations, comme le final de « The Doomed Halls of Damnation » et sa déferlante de riffs accompagnée d’un chant quasi black.

Et c’est ce que nous fait Frailty, une musique où la mélancolie côtoie l’agressivité, où le désespoir rencontre la tempête, où les ténèbres ne font qu’un avec les hymnes épiques, et ce, malgré le côté répétitif – bien qu’hypnotique et antique – de « Underwater » et de quelques autres. Ce qui correspond aussi à ce que nous propose Frailty, c’est « The Cemetary of Colossus », une instrumentale de plus de treize minutes : une fresque death metal ralentie mais très orientale et mythologique où se rassemblent guitares aux mélodies antiques, orchestrations et choeurs.

« Melpomene » est donc une belle réussite pour Frailty qui a travaillé sur un ensemble bipolaire, tantôt doom/death, tantôt death symphonique avec une rythmique proche du doom, possédant ses moments forts et ses moments plus linéaires, réservé aux amateurs d’ambiances puissantes.

 

Melted Space : From the Past

Ξ avril 2nd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic |

Melted Space : From the PastIl faut croire que la tendance actuelle se dirige vers tout ce qui touche à l’opéra dans le metal. Depuis quelques années et surtout récemment, des formations apparaissent afin de mélanger le metal à la musique classique et aux caractéristiques de l’opéra comme Adrana (France), Mayan (Pays-Bas), Soulspell (Brésil) ou encore Melted Space, fondé en 2007 par le compositeur et claviériste Pierre LePape (Wormfood, Embryonic Cells). Influencé à la fois par le metal et les musiques de film, le sieur s’est lancé dans ce projet personnel très ambiancé portant ce nom si étrange de Melted Space, un endroit où, essentiellement, les créatures divines se côtoient.

Si le premier opus auto produit et instrumental « There’s a Place » faisait la part belle à une certaine approche électronique et synthétique, le nouvel opus « From the Past » se veut être plus symphonique et plus metal, mélange même des influences de Pierre. Ce dernier a donc réussi à mettre ses idées en place, s’entourant d’une vingtaine de chanteurs, chanteuses et musiciens pour donner vie à cet opus mystique et très mythologique.

« From the Past », ce sont deux Cds découpés en trois livres ou trois actes, eux-mêmes séparés en chapitres ou scènes. Si l’un traite des dieux des temps anciens, c’est-à-dire les dieux de l’Olympe, l’autre raconte l’amour tragique de la Lune Séléné. Enfin le dernier relate la soif de vengeance de celui qui apporte la lumière, autrement dit, Lucifer. Ce n’est pas rien et le visuel de l’album met bien l’auditeur sur la voie, avec cette statue grecque en arrière plan et ce ciel ténébreux et agité, en totale opposition avec une terre plus sereine.

Car les humains ne savent pas du tout ce qui se passe dans le ciel. Les Dieux sont toujours pris entre pouvoir, passion, haine, amour, immortalité et bataille. Attaquons-nous donc au premier livre.

Tel un opéra, l’auditeur se retrouve face à différents personnages interprétés par différents chanteurs, intervenant chacun leur tour lors de différentes scènes. Les chants ne sont pas tous forcément lyriques, même si la puissance des vocaux est un facteur important. « When I Was a God », par exemple, rassemble Apolon (Manuel Munoz de The Old Dead Tree) et Artemis (Liesbeth Cordia de Eve’s Fall) pour une ballade sensuelle et mélancolique, et « Brother and Sisters » nous offre des chanteuses pour un ensemble davantage metal symphonique, plus traditionnel.

Ce premier CD a le mérite de diversifier son propos, même si parfois des titres peinent à décoller. Mais tout se porte sur la variété des vocaux et des styles. Ainsi, si nous avons droit à des ballades et des titres symphoniques classiques, nous pouvons aussi nous retrouver avec du death symphonique voire du black symphonique. Il n’y a pas de restrictions ni de limites ici, chaque personnage a son ambiance, sa voix, sa thématique et cela se ressent bien évidemment sur le cours des chansons. « Damned Lovers » met en scène Aphrodite (Cristina Maez) et Arès (Guillaume Martinot, ex-Gorod) pour un ensemble plus extrême, pris entre le doux chant de la déesse et le growl sans pitié du dieu de la guerre. Ajoutez à cela la double pédale qu’il faut. La symphonie reste dans l’ensemble assez épique, bien que peu grandiloquente. Toutefois, elle reste omniprésente dans la majorité des morceaux, entraînée par des guitares énergiques. « The Gods Are Living » met bien en avant l’aspect symphonique et extrême à la fois, avec ces relents death dans les riffs et bien sûr les vocaux, en l’occurrence grâce à cet affrontement verbal entre Poséidon (Pierre Leone de The Oath) et Héphaïstos (Jesus « the Butcher » d’Offending). Sans oublier le « I’ll Release the Dead » assez black symphonique grâce à l’apparition de Hadès, le dieu de l’enfer (Pierrick Valence, Phazm et ex-Scarve), de riffs tranchants et d’orgues démoniaques. L’entrée de Zeus est la bienvenue mais il est dommage que le dieu des dieux est une voix aussi angélique alors qu’il est censé être le dieu le plus puissant de l’Olympe. On croirait entendre Apollon.

Si l’ensemble se veut mélancolique, ou alors, rageur, c’est essentiellement dû au concept : ici les dieux n’ont plus aucune influence, plus aucun pouvoir. Certains le vivent très bien, d’autres regrettent ces temps de règne. C’est pourquoi les déesses tendent à résonner certains dieux bien guerriers, comme Hadès ou Arès. Les autres aimeraient transmettre leur histoire et racontent donc leur péripéties. Dommage cependant que les chansons soient remplies de répétition, car bien que cela tourne autour d’un concept bien précis, on retrouve dans presque chacun des chapitres cette phrase « We are gods of the ancient times ». Ce que, je pense, nous avons compris…

Finalement, ce livre se veut être bipolaire, c’est-à-dire qu’il regroupe quasiment autant de morceaux doux que de morceaux brutes de décoffrage, ce qui est parfait pour attirer, à la fois, les fans de metal extrême et les fans de metal plus soft. Il y a un équilibre presque parfait quasiment perturbant car on passe du romantique (Zeus, Apollon, les déesses) à du guerrier (Hadès, Arès, Poséidon) et ce grâce aux belles compositions et aux habiles coups de gratte de Adrien Grousset (Hacride). Sans oublier la batterie tantôt lancinante, tantôt furieuse de Gael Barthelemy (Balrog, Svart Crown…), quoiqu’un peu sous-mixée. Cette alternance de parties rappellera sans aucun doute des formations connues telles que Sirenia ou Epica, pour ne citer qu’elles, même si on regrettera qu’il n’y ait pas plus de parties dynamiques et de voix féminines différentes pour ce qui est du timbre.

Passons donc maintenant aux deux livres suivants. Le deuxième CD commence par une instrumentale très antique, voire même orientale sur la fin avec ses violons et sa cithare. Un certain côté onirique réside sur cette courte introduction, rappelant parfois l’œuvre de Dany Elfman. « This Immortal Love », consacré à la lune Séléné, met le paquet en ce qui concerne les orchestrations travaillées et les chœurs pendant plus de sept minutes, avant de laisser place à l’histoire vengeresse de Lucifer.

Celle-ci se découpe en actes, allant jusqu’à quatre. Les ambiances restent variées bien que parfois ça ne soit pas le côté metal qui ressorte le plus. « Misereature » joue sur les claviers, les percussions, les effets anciens voire ethniques, et les vocaux. Sur ce fort côté mythologique voire sacré, on retrouve la voix rageuse de Lucifer (Michael Rignanese de Destinity), la voix cristalline de Michael (Lucie Baltrier de A Quiet Day for Mellow Dreams) et la puissante voix de Gabriel (Anaé d’Adrana). A contrario, « War for the World » est plus agressif et extrême, toujours tiraillé entre le romantisme et les guerres. Enfin, « Dante’s Memory » est comme un épilogue, un générique de fin, avec sa musique mignonne et une voix résumant tout ce qui s’est passé : les dieux sont maintenant oubliés et se retrouvent dans le Melted Space, l’endroit regroupant toutes les âmes perdues.

Ce « From the Past » de Melted Space est donc un album très ambitieux, mettant à découvert les influences de Pierre LePape et proposant toute une palette d’éléments permettant à chaque chanteur de laisser libre cours à son imagination. On remarquera donc de prime abord la bipolarité de l’opus, entre douceur et agressivité, mais aussi le package très chargé. Dommage toutefois que des fautes d’impressions viennent s’y glisser, rendant la lecture pas forcément évidente. Cela n’empêche pas à ce « From the Past » d’offrir à l’auditeur amateur de metal symphonique trois livres historiques – quasi romancés – et très travaillés, malgré quelques linéarités, quelques manques de puissance et de moments forts, et des touches empruntés chez les gros groupes de symphonique.

 

Embryonic Cells : The Dread Sentence

Ξ avril 1st, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Thrash, Symphonic Black Metal |

Embryonic Cells : The Dread SentenceEmbryonic Cells a un parcours atypique depuis sa création en 1994, le combo ayant mis treize ans à sortir son premier album « Before the Storm ». Les critiques élogieuses se seront succédées jusqu’à la sortie, un an et demi plus tard, de la deuxième offrande, « Black Seas », toujours sous le signe de la noirceur et de la mélancolie. S’ensuivront de nombreux concerts aux côtés de Misanthrope, Hacride, Dark Age ou Kronos, pour ne citer qu’eux.

Alors que les Troyens avaient mis peu de temps pour enchaîner les sorties de leur deux opus, c’est au bout de quatre ans que le quatuor nous pond « The Dread Sentence », fraîchement signé chez Axiis Music. Le groupe reste fidèle à lui-même, cet opus étant un condensé de ce qu’il avait fait jusqu’à présent, la puissance en plus. Embryonic Cells continue de nous faire du bon black/thrash à tendance symphonique tout en intégrant autant de riffs tranchants (même tronçonneurs!) que d’ambiances enveloppantes et sombres. Les frenchies ont l’avantage de nous concocter un genre qui a peu été exploité jusqu’à présent (vous connaissez beaucoup de groupes de black/thrash symphonique?) et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne se contentent pas du minimum. Même si les riffs rappellent la scène black suédoise, l’ensemble a été très travaillé afin de véhiculer une atmosphère malsaine et parfois perturbante.

C’est le cas de « Wheel of Pain » qui entraîne l’auditeur dans un ensemble résolument sombre, avec ces cloches, ces choeurs, ces nappes ténébreuses et ces riffs lancinants. Bien que ce soit un des titres les plus lents, il a le mérite d’offrir une ambiance digne de ce nom, tout comme le titre introducteur « Fall Is Coming » ou le rapide « I Burn with Life ». Mais dans une approche plus générale, Embryonic Cells fait du black/thrash très dynamique et énergique avec ces relents symphoniques aux claviers et ces touches épiques dans le riffing, comme sur un « I Don’t Want to Save This World », entres autres, rappelant inévitablement le black mélodique scandinave tels Naglfar, Dissection ou à la limite Sacramentum.

Une des crèmes de ce « The Dread Sentence » au visuel chaotique, c’est bien « By Fire ». Ce titre a beau être simple, il nous colle son refrain à la tête et son rythme entraînant nous suit partout, bien que les riffs très thrashisant soient minimalistes dans leur ensemble.

C’est d’ailleurs une des choses qu’on peut reprocher à Embryonic Cells : la redondance de certaines parties guitares, qui manquent de variation même si on arrive à trouver une morceau acoustique avec « Order to the Crown ». Idem pour le chant black qui peine à s’imposer à cause de sa petite faiblesse, même si on pourrait y voir ici une sorte de marque de fabrique.

Embryonic Cells arrive tout de même à sortir des sentiers battus avec son black/thrash symphonique mais il faudra persévérer afin de faire partie des pointures françaises, car des détails sont encore à corriger, dont ce côté minimaliste malgré un travail certain. Nos frenchies ont tout de même de quoi envoyer du lourd et proposer un univers bien particulier même s’ils doivent encore affirmer leur personnalité.

 

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