Bilocate : Summoning the Bygones

Ξ mai 31st, 2012 | → 0 Comments | ∇ Dark Metal, Oriental Metal |

Bilocate : Summoning the BygonesEn 2005, l’arrivée de Bilocate avec son premier opus « Dysphoria » a été une véritable bombe en Jordanie. Bravant les interdits caractéristiques du Moyen Orient, le sextet a non seulement ouvert de nouveaux horizons mais a permis à la scène locale de faire de vrais pas en avant. Le pays de Petra a donc progressé depuis cette date en terme de metal, ainsi que Bilocate, qui, souffrant alors d’une production tout à fait médiocre, a réussi à se faire remarquer avec le second opus « Sudden Death Syndrom », leur octroyant des signatures chez Kolony Records et Daxar Music, ainsi que chez les Italiens de Code666 Records, spécialisés dans l’avantgarde et le dark metal.

En grande figure du dark oriental, Bilocate revient sur les devants de la scène cette année, après de nombreux concerts et une tournée de soutient avec les pionniers d’Orphaned Land. Le sextet, originalement fondé par les frères Essayed, améliore considérablement son jeu et sa production avec ce « Summoning the Bygones ». Il s’attire les faveurs de musiciens réputés tels que Dan Swano (en guest sur deux morceaux) ainsi que de Jens Bogren (Opeth, Katatonia) pour le mixage. Rien à voir avec la première offrande « Dysphoria », qui bien qu’ambitieuse, détenait un réel point noir : le manque de moyen.

De ce fait, « Summoning the Bygones », comme son nom l’indique, est un « appel aux anciens », c’est à dire un retour aux anciennes compositions. Le groupe a décidé de mêler des titres nouveaux à des vieux, c’est à dire ceux du « Dysphoria ». Toutefois, ils ont été recomposés et remastérisés, de façon à repartir depuis le début. Ce sont donc comme des nouveaux titres, avec la patte et la production actuelles. Le rendu ne peut être que plus efficace.

Si vous êtes un habitué du « Dysphoria », il serait dommage de passer votre chemin dans la mesure où il s’agit ici d’une toute autre expérience. Le groupe a beaucoup évolué et même si on peut reconnaître les parties et les mélodies, il a changé énormément de structures, et les tout nouveaux titres sont comme une suite du terrible « Sudden Death Syndrom », à la manière d’un « Beyond Inner Sleep » qui mélange habilement les styles dont Bilocate nous avait habitué, la voix claire du growleur hors pair en prime.

Les Jordaniens sont réputés pour leur doom/death oriental au Moyen Orient et ils continuent ici sur leur lancée sur la majeure partie des titres. Ces derniers sont longs et très progressifs de façon à nous offrir un panel complet de sonorités et de mélodies. « The Tragedy Within » montre tout le potentiel de Bilocate avec son intro arabisante, son accélération très dark/death, ses envolées symphoniques, ses ralentissements de rythme, ses riffs mélancoliques, sa lourdeur, et son growl caverneux bien charismatique. A « Deadly Path » se verra raccourci tandis que « Passage » garde son empreinte atmosphérique pour faire la part belle au chant clair triste. Cependant, on ne peut pas dire que le groupe accentue le côté doom, qui devient moins prédominant et se veut plus comme une influence, contrairement aux parties death et symphoniques, qui se taillent la part du lion. On retrouve donc peu de parties lentes et écrasantes mais aussi peu de parties rapides et bourrines. Tout se porte sur les atmosphères en somme.

Exception faite sur le conceptuel « A Desire to Leave », qui parfois s’apparente à un doom funéraire à la Evoken. Le morceau est lourd et porté par un piano ainsi que le duo de vocalistes Essayed / Swano. Les guitares, qu’elles soient acoustiques ou metalliques apportent beaucoup à l’ambiance sombre et orientale du titre qui tire sur le black à certains moments. En outre, Bilocate a le mérite d’offrir la chanson la plus longue du Moyen Orient, avec une force et un charme qui lui est bien caractéristiques, et ce, grâce à trois parties tout à fait distinctes.

Bilocate rend aussi hommage aux initiateurs britanniques du doom/death, c’est à dire Paradise Lost, avec une cover de « Dead Emotion ». Il s’agit d’une de leurs principales influences et les Jordaniens ont réussi à composer une reprise convaincante et surtout personnalisée. La patte du sextet se retrouve bien, avec cette apport massif et puissant de claviers et les soli arabisant de Rami, sans non plus déformer la version originale.

Dans son ensemble, « Summoning the Bygones » ne manque pas de prise de risque, toutefois, on aurait aimé plus de nouveautés, la reprise restant dispensable, et même si des titres comme « Hypia » (anciennement « Days of Joy ») ont été refait intégralement (paroles, mélodies, structures…), il manque cette force propre à « Sudden Death Syndrome » et cette ambiance prenante en matière de dark oriental. Sans doute parce qu’on se retrouve avec deux esprits d’avant, le Bilocate d’avant et le Bilocate de maintenant. Cela reste donc assez confus, bien que la puissance soit toujours de rigueur et que tout soit calibré au millimètre prêt. De toute manière, les Jordaniens confirment leur position de leader dans la scène dark orientale avec cette pierre angulaire.

 

Impromtus Ad Mortem : Eden a Luz Centuria

Ξ mai 29th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Gothic Metal |

Impromtus Ad Mortem : Eden a Luz CenturiaCe n’est pas vraiment en Colombie qu’on irait chercher un bon groupe de metal. Non seulement le pays n’est pas réputé pour sa scène, mais en plus les moyens de médiatisation et de distribution sont faibles. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Amérique Latine souffre évidemment de l’exportation de ses groupes, et outre les Krisiun et consorts au Brésil, le reste peine véritablement à émerger.

Pourtant, en Colombie aussi il y a des formations. Beaucoup, cependant, ont splitté, sont en suspend ou manquent de dynamisme. De quoi nous empêcher, nous Européens, de découvrir des groupes locaux. Malgré tout, le label suédois Salute Records a déniché un petit combo d’Ibagué, à savoir Impromtus Ad Mortem, qui utilise un patronyme latin pour effectuer dans du metal gothique. Il s’agit de huit musiciens très mélancoliques, formés en 2002 mais peu actifs, ils n’ont sorti qu’une démo, un album et un EP. La bande a tout de même plus d’une corde à son arc, chaque membre ayant sa place et son instrument de prédilection, que ce soit le violon ou le hautbois, mais aussi une grande expérience musicale, car ils ne sont pas non plus débutants.

En dépit de ces qualités, le groupe ne semble pas vraiment fait pour être remarqué, leur sorties étant passées inaperçues et leur concerts n’étant pas très remplis. La faute à un problème de personnalité. La faute à un problème de justesse. La faute à un problème de production, aussi. Ce qui se voit irrémédiablement sur leur dernier EP en date « Eden a Luz Centuria ».

Trois morceaux le composent, mais pas vraiment les plus remarquables qui soient. Impromtus Ad Mortem alterne les chants, que ce soit la voix mélancolique de Diana et le grunt de Hugo. Il intègre aussi des passages lancinants au piano, accompagnés d’un fond très gothique aux claviers, assez atmosphérique dans l’esprit, pas loin de Dark Sanctuary. « Soledad « Amante Immortal » porte de ce fait bien son nom, mais en dépit de son aspect planant, il n’embarque guère dans le monde des Colombiens, idem sur « Eden a Luz Centuria », proposant quelque chose de plus baroque, avec son violon en fil conducteur. Cependant, ce sont les claviers qui ressortent le plus de cet ensemble sombre, les guitares souffrant d’un problème de production. Quant au titre live, n’en parlons pas, il ne fait que confirmer les problèmes de justesse du groupe, notamment dans la voix de Diana.

Il n’y a pas grand chose à retenir de ce « Eden a Luz Centuria », malheureusement, si ce n’est que le groupe pourrait rendre sa musique attrayante en améliorant et la production, et la justesse, et l’interprétation. On aura clairement entendu mieux en matière de metal gothique, par exemple sur leur précédent album, qui restait correct. Cet EP est donc dispensable mais témoigne de la signature du groupe chez un label, son premier. En espérant que cela puisse l’emmener quelque part…

 

Asgaard : Stairs to Nowhere

Ξ mai 28th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Asgaard : Stairs to NowhereLa carrière d’Asgaard n’aura pas été de tout repos. Le groupe existe depuis prêt de vingt ans et s’est depuis longtemps présenté comme un vrai ovni, loin de la brutalité et de la force dévastatrice de la scène extrême polonaise. Des débuts dark/doom en passant par un ensemble davantage black, tiraillé entre l’atmosphérique et le symphonique, les Polonais ont eu tout le temps d’expérimenter et de se forger une identité, en s’attirant la présence de Quazarre (Devilish Impressions, Crionics) pour ce qui est du chant.

Après de nombreuses sorties et des signatures chez les fameux labels Mystic Productions et Metal Mind, Asgaard opte pour une autre direction, se dirigeant vers le nouveau Icaros Records et vers un ensemble encore plus avantgardiste. Les musiciens avaient quelque peu mis le groupe de côté, Quazarre étant très actif dans ses autres formations, mais ayant réussi à gérer leur préoccupation, les voilà donc prêt, toujours sous forme de trio, à nous envoyer leur nouveau méfait, « Stairs to Nowhere ».

On ne change pas la tradition, Asgaard confie la production et la masterisation aux frères Wieslawscy du Hertz Studio et les parties batteries au fameux Icanraz (Devilish Impressions, ex-Hermh, Abused Majesty). Tandis qu’Hetzer se charge de tout ce qui est guitare et que Quazarre repend le micro, Flumen s’occupe de tout le reste, que ce soit le grand piano, les claviers et autres orchestrations.

Il n’est pas aisé de décrire la musique d’Asgaard, le groupe s’étant aventuré dans des contrées aussi tortueuses qu’avantgardistes. Leur black metal se retrouve irrémédiablement métissé, devenant ainsi moins extrême et plutôt alambiqué. Il est aussi difficile de savoir s’il en reste quelques traces tant il se retrouve bousculé pour une immensité d’influences. Quazarre met à profit son chant clair dans la majeure partie de l’album, les guitares ne possèdent pas vraiment le côté haineux et sombre retrouvé dans le black metal, et le rythme reste quasiment en mid tempo. Seul « Of Pawn and King » garde la puissance du metal extrême, et encore, avec ce soupçon de chant crié.

Si vous recherchiez quelque chose de vraiment black, passez votre chemin. Par contre, si vous aimez les choses expérimentales et novatrices, dans un univers censé être black, ce « Stairs to Nowhere » pourrait vous plaire. Asgaard ne fait pas les choses à moitié. Il s’inspire du symphonique voire du classique, du trip hop, de l’électro, du post-rock, du jazz et plus encore…de quoi se perdre, à la manière d’un escalier aux innombrables marches.

C’est « Labyrinth » qui introduit l’album, emmenant l’auditeur dans l’étrange dédale de l’esprit d’Asgaard. Ensemble jazzy, avec son piano et ses cuivres, mené par les voix superposées de Quazarre, avant d’accélérer le rythme et proposer une sorte de black symphonique. L’expérimentation rappelle celle du récent album d’Aenaon « Cendres et Sang », qui laissait transparaître des éléments jazz avec un saxophone sur le titre « Suncord ». Ici, on n’en est pas loin.

On continue les expérimentations étranges avec du trip hop et de l’électronique sur « God of the 3rd Millennium » avec sa structure syncopée et mécanique, ses riffs souvent dissonants, et les bidouilles synthétiques. Puis « Irradiance » et « Marionnettes » se lancent sur les terres du black atmo/sympho, pas loin de Sear Bliss ou d’Arcturus pour l’apport du coté cosmique et planant. Les changements de rythme sont assez fréquents et peuvent déstabiliser, cela se poursuivant sur le dernier « Within the Eyes of Angels », encore plus poussé niveau expérimentation, avec Hal de Vader en guest bassiste.

Il ne sera pas facile, pour ceux qui n’aiment pas les métissages, de se retrouver sur cet album de « transgressive post metal » (selon Asgaard). Les influences sont très nombreuses, le chant de Quazarre n’est pas toujours très juste et surtout trop superposé, les guitares manquent de patate, la production reste trop clean. Toutefois, Asgaard a le mérite d’apporter quelque chose de frais, prouvant une fois de plus qu’il est un vrai ovni, autant sur la scène polonaise que sur la scène internationale.

 

Qafas : Kafkaesque Retribution

Ξ mai 25th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Black Metal |

Qafas : Kafkaesque RetributionLe Moyen Orient, dans sa généralité, reste un vaste terrain de chasse où les crises politiques et religieuses se suivent, année après année. En dépit des nombreuses interdictions, dont celles visant le metal, des musiciens convaincus arrivent tout de même à faire vivre leur passion, désireux de se battre et de mettre à profit leur imagination. C’est sans vraiment se soucier des conséquences qu’ils produisent eux-mêmes leur musique. Ils n’ont souvent pas de limites et créent pour la plupart du temps des musiques extrêmes dévoilant une atmosphère sombre représentative du monde dans lequel ils vivent. Ils ne le dépeignent pas de la meilleure façon qui soit, évoquant souvent des thèmes pessimistes et noirs, mais aussi des thèmes d’espoir, de liberté et de paix. Ils sont conscients du fait que cette lumière et cette liberté ne seront pas acquises avant un moment et que le seul moyen de se sentir vivant, c’est de faire ce qu’ils aiment. Créer, à n’en plus pouvoir, composer, imaginer…

Que connaissons-nous vraiment du Moyen Orient ? Si on exclu les scènes les plus « actives », c’est à dire la Turquie, l’Israel, l’Egypte ou encore la Jordanie, on se rend alors compte qu’on connaît peu les autres. L’Arabie Saoudite (Al Namrood), le Bahrain…

Justement, parlons du Bahrain. Ce pays finira par se faire une petite réputation à ce rythme là, le duo Narjahanam/Smouldering In Forgotten ayant déjà réussi à faire parler de lui. Il existe tout de même une petite poignée de formations, la plupart ayant splitté. D’autres résistent encore tout en peinant à faire diffuser leur œuvre. Toutefois, il y a un homme, Learza, qui a plus d’une corde à son arc. Ce musicien a monté plusieurs one man band, que ce soit Kusoof, Serpent’s Briar ou encore Qafas, un projet très typique du Moyen Orient. Qafas, c’est du black metal, basé sur les atmosphères et un certain côté symphonique, qui a réussi à se dégoter le label suédois Salute Records, une aubaine quand on vient de l’Orient, les groupes restant très souvent auto produits et sans label pour leur donner un coup de pouce. Cependant, Qafas n’a pas été repéré par hasard car sa première démo « Kafkaesque Retribution » n’est pas basique et/ou trop underground. Les morceaux bénéficient d’une production tout ce qu’il y a de plus correct (et cela leur va bien!), dégageant une ambiance singulière et particulièrement oppressante.

Les quelques huit minutes de la démo reflètent totalement le monde arabe tel qu’il est, entraînant l’auditeur dans les méandres de l’esprit torturé de Learza. L’introduction et le titre éponyme sont comme un tout, reliés entre eux par cette atmosphère noire et étouffante. De ce point de vue, le black metal de Qafas n’est pas si original, et reste fortement influencé par la scène suédoise. Toutefois, il y règne une certaine aura qui nous embarque irrémédiablement dans un ensemble musical tiraillé entre la tourmente et la pluralité des rythmes. Le one man band a un passé de doom funéraire, les caractéristiques propres de ce style se ressentant dans les ralentissements (en particulier le début et la fin de « Kafkaesque Retribution ») mais aussi la lourdeur de certains passages. Sans parler des claviers pesants et enveloppants, qui se mêlent et s’entre mêlent, pour finalement, couplés au black metal, s’apparenter à un style de black symphonique poussé vers l’atmosphérique.

Learza fait bien en sorte de faire ressortir tous les éléments de sa musique, que ce soit la guitare teigneuse au son typiquement black, la basse et son apport en profondeur, la batterie aux tempos variés, les claviers sombres, oppressants et parfois impériaux (on peut penser à Narjahanam), et la voix black très rageuse et déchirée, qui peut devenir parlée et écorchée lorsque c’est la langue arabe qui est employée.

La démo a beau ne pas être longue, elle suffit à nous montrer ce dont est capable Qafas, dont le nom en arabe, signifie « Cage », un nom très représentatif du Moyen Orient et de la musique du one man band. S’il continue sur cette lancée, il pourra sans aucun doute faire plus parler de lui, à la manière de groupes plus cotés tels que Narjahanam ou Al Namrood, entres autres. A surveiller de prêt, en tout cas.

 

Landforge : Servitude to Earth

Ξ mai 24th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Experimental |

Landforge : Servitude to EarthLa tendance est au post-rock en ce moment, et ce dans beaucoup de courant, que ce soit le black metal ou même le doom. Landforge ne déroge pas à la règle et fait partie de ces formations qui intègrent des éléments avantgardistes et expérimentaux, tout en se rapprochant davantage du rock que des éléments metal à proprement parler.

Originaire du Royaume Uni et formé en 2011, Landforge est le projet solo de Stephan Carter, un homme quelque peu mélancolique. Son état d’esprit se retrouve irrémédiablement au sein de sa musique, et il n’est pas étonnant de se rendre compte que le musicien mélange habilement et mélancoliquement le post-rock et le doom, intégrant autant d’éléments clairs et atmosphériques que d’éléments plus distordus et grésillant. Ainsi, on pourrait définir le style de Landforge comme étant du doom atmosphérique, et encore, les mots sont faibles et il serait inutile de coller tout un panel de termes pour classer son type de metal. Restons-en à expérimental et atmosphérique…

Stephan Carter a tout de même reçu beaucoup d’avis positifs, et ce dès son premier album « Creation Cycle », produit avec les moyens du bord, c’est à dire dans sa chambre. Grâce à internet, il diffuse son œuvre et se fait vite repérer, en particulier par le label underground Arx Productions, qui lui permet d’améliorer sa productions et de corriger certains points noirs. C’est dans cet état d’esprit que né « Servitude to Earth », moins d’un an après le premier opus.

Il s’agit ici de musique instrumentale et de titres longs de plus de sept minutes en moyenne. En général lents, mélodiques et très mélancoliques, ils apportent un souffle tragique à l’univers de Landforge, ce dernier mettant en valeur une alternance de parties acoustiques, metal, post-rock et ambiantes. « First Watch » en est un bel exemple, débutant d’une manière tout ce qu’il y a de plus calme avant d’offrir des riffs metal mais distordus. La batterie énergique finit par ralentir, tel un rythme cardiaque. On pourrait associer la musique de Landforge à celle de la vie, portée par les battements d’un cœur qui accélère puis ralentit, s’emballe se stabilise, s’arrêtant même, et repartant de plus belle (« Enchantress »).

C’est tout de même « Triquetra » qui joue davantage sur la variété, s’approchant même du drone avec ce bourdonnement dans la guitare, même si c’est l’aspect post rock qui prédomine : spacieux, ouvert et minimaliste au possible, il suffit juste de quelques notes pour créer une ambiance et une humeur. Rien de plus, ni de moins.

C’est en partie cela qu’on peut reprocher à Stephan Carter : d’expérimenter sans vraiment le faire. Les six morceaux restent en général pauvres dans leur variation, très simples dans leur construction, sans réelles fioritures. Toutefois, le sieur arrive à imposer son identité et son monde dans des harmonies tout ce qu’il y a de plus désespérantes. Impeccable, finalement, pour ne pas se prendre la tête et s’aventurer dans les méandres d’un univers ouvert à toutes les possibilités d’interprétation, ce « Servitude to Earth » restant un opus plus ou moins accessible en fonction de l’humeur de chacun.

 

Carach Angren : Where the Corpses Sink Forever

Ξ mai 23rd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Carach Angren : Where the Corpses Sink ForeverOn ne présente plus les Pays Bas quand il faut parler de metal symphonique, les Epica, Delain et défunts After Forever ayant déjà eu l’occasion de nous en faire voir de toutes les couleurs, ainsi que Carach Angren lorsqu’on évoque le black symphonique. Le trio, depuis sa formation en 2003, n’aura eu de cesse de gravir les échelons, passant de petites démos à des albums révélateurs d’un genre et d’une personnalité atypique. Les Néerlandais ont, depuis plusieurs années maintenant, réussi à s’imposer sur une scène de plus en plus limitée, mettant en avant des histoires de fantômes bercées par un fort côté théâtral (« Lammendam », « Death Came Through a Phantom Ship »).

Cette année, le groupe fait un pas en avant en signant chez Season Of Mist, s’octroyant ainsi une meilleure médiatisation et une meilleure distribution. Bien que sa réputation ne soit plus à contester, il est clair qu’une telle signature ne présage que du bon pour ce trio, qui manquait de coups de pouce. Ceci fait, il est grand temps de voir comment ont évolué ces blackeux avides d’histoires rocambolesques…

Après les fantômes, les pirates et le Hollandais Volant, place à des nouvelles horrifiques prenant pour thème principal l’histoire d’un bourreau hanté par sept démons. Ces « nouvelles » peuvent aussi prendre l’allure de mini films tant elles sont, à la fois réalistes et mises en scène. On nous parle de massacres, de suicides, de cannibalisme, d’euthanasie, et, ce dans un contexte de guerre. On devine alors l’identité de ce bourreau et de ces démons.

C’est une nouvelle fois dans des atmosphères sombres et glauques que nous emmène Carach Angren, mettant encore une fois en avant leur black symphonique très théâtral. Le combo met tout en œuvre pour rendre sa musique immersive, si bien que l’auditeur se retrouve spectateur, perdu dans une brume aveuglante et témoin de tragédies en tout genre. L’utilisation des riffs et des claviers y sont pour quelque chose ainsi que le phrasé de Seregor, qui est plus souvent dans un registre parlé voire narré que dans un chant black tout ce qu’il y a de plus classique. Laissons nous donc entraînés dans les récits du trio…

Il pleut et il fait nuit noire sur « An Omnious Recording ». Un homme se présente et nous annonce qu’on lui a ordonné de tuer sept prisonniers…les violons se veulent inquiétants, allant et venant en fonction des notes fantomatiques du piano. Les corbeaux hurlent lorsque le premier coup de feu retentit, puis un, puis deux, puis sept…puis des voix mystérieuses et effrayantes, comme celles d’âmes perdues désirant se venger. C’est dans ce contexte que démarre « Lingering in an Imprint Hauting », prenant l’allure d’une BO de film d’horreur ou d’épouvante. Carach Angren envoie directement la sauce avec des riffs qui leur sont totalement caractéristiques, accompagnés de blast beats et d’orchestrations plus vraies que nature. Seregor alterne le chant et le parlé, tandis que le morceau avance, sans réels couplets ni refrains, si ce n’est un choeurs qui apparaît aux moments les plus opportuns.

Bien que les guitares soient parfois un peu trop mises en retrait, il faut dire que la production est carrée et on ne peut plus soignée. Les instruments ont tous leur place et leur rôle afin de transporter l’auditeur dans ces mini films d’horreur. Carach Angren semble avoir mieux travaillé les orchestrations et les ambiances, qui, bien que toujours aussi théâtrales, évoquent sans problème de grands compositeurs tel que Danny Elfman. « Bitte totet mich » en est sans doute le meilleur exemple, avec cette atmosphère bien lugubre et sombre, proche de « The Carriage Wheel Murder ».

Une fois de plus, les Néerlandais varient les plaisirs avec le progressif « The Funerary Dirge of a Violinist » qui intègre sur plus de huit minutes une multitude de facettes, entre l’aspect purement black metal qui saccage tout sur son passage avec une fusion du chant crié, des riffs et des blasts beats, l’aspect purement orchestral avec l’alternance des chants (black, clair, crié, death) et le côté syncopé des guitares et de la batterie, l’aspect purement orchestral et très BO avec ce petit côté Hanz Zimmer et un soupçon de tragédie et de souffrance dans la mélodie du violon.

Qu’on le veuille ou non, Carach Angren transforme son black metal symphonique en quelque chose de très esthétique et archi travaillé, si bien que rien n’arrive totalement au hasard. Aucune linéarité et surtout un réel don pour ne pas nous laisser sur notre faim, les Néerlandais savent apporter la progression nécessaire à notre enchantement. Et cela fait mouche, dans la mesure où on n’a aucune raison de prévoir ce qu’il va se passer. Si « Sir John » étonne avec ses relents death metal, autant dans les vocaux que dans les riffs et le mid tempo, « General Nightmare » ajoute un côté impérial indéniable, avec ces choeurs, ces voix insistantes et ces petites paroles en français (clin d’oeil à « La Malédiction de la Dame Blanche »).

Carach Angren reste fidèle à lui même et n’oublie pas son thème de prédilection : les fantômes. « Spectral Infantry Battalions », comme son nom l’indique, nous offre une atmosphère spectrale et très inquiétante, avec ce piano grave et ces violons effrayants. Les guitares n’ont pas le premier rôle aussi, on les sent légèrement dans le fond, camouflée par la rythmique et surtout les claviers. Le chant se veut insistant et expressif, à la manière d’un « These Fields Are Lurking » ambitieux et fantomatique.

Les Néerlandais nous offrent de nouveau une belle continuité musicale, l’auditeur n’étant pas dépaysé à l’écoute de ce « Where the Corpses Sink Forever », et en dépit d’une production sans doute trop carrée et de l’aspect parfois étouffé des guitares, il est clair que Carach Angren livre un excellent opus qu’on peut facilement ranger entre le dernier « The Mind Cave » de Winterburst ou le « Nightmarish Compositions » de Bishop of Hexen, la patte atypique du groupe en plus. C’est extrême, symphonique, effrayant et théâtral, bref, du Carach Angren.

 

Antagonism : Diggin Past Sound

Ξ mai 22nd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Antagonism : Diggin Past SoundOn connaissait le rock urbain ou « urban rock », mais certainement pas le « urban death metal ». Je n’invente rien, c’est Antagonism, ce groupe italien de death metal, qui s’est amusé à coller une étiquette toute particulière à sa musique. En réalité, cette dénomination n’a pas été choisie pour évoquer une technique musicale particulière, le quatuor n’intégrant pas de samples de vie urbaine, que ce soit des klaxons, des marteaux piqueurs ou des grues, comme l’indique la pochette. L’appellation est juste là pour expliquer les thèmes des paroles, et en particulier des thèmes centrés sur la société moderne et son mode de vie, que ce soit la pollution, la corruption politique, la destruction des routes…il s’agit donc d’une critique qu’Antagonism a bien l’intention de mettre en avant dans son death metal…

Depuis sa création en 2005, on ne pourra pas dire que ce groupe aura beaucoup évolué. Il n’a pas changé de line up et la démo parue en 2006 se compose de quatre titres qu’on retrouve sur leur nouvel album « Digging Past Sounds », sorti prêt de sept ans plus tard et chez SG Records de surcroît. Il est donc temps de voir ce que vaut ce petit groupe italien, né des cendres de Cancrena, une petite formation de thrash metal…

Antagonism ne fait pas fi de son passé thrashy car cette rythmique particulière arrive à se faire ressentir dans certain morceaux, au niveau de la batterie, des riffs, et même des vocaux (« Unexpected End of Life »). Toutefois, les Italiens officient davantage dans un death metal rageur mais tout ce qu’il y a de plus classique. Pas de fioritures, ils font dans le old school, en ajoutant le groove nécessaire pour faire tenir l’auditeur en haleine. On retrouve quelques introductions représentatives de nos vies quotidiennes, par exemple le zapping sur la télé (« Akustic Rebellion »), mais hormis cela, on se retrouve avec quelque chose de très basique, même si, en général, la batterie reste bien lourde et la basse très mise en avant, au détriment des guitares, qui manquent de relief.

Si « Skinhunter » fait ressortir un côté lourd et rentre dedans, bien que répétitif et simple dans son appréhension, des morceaux comme « Garbage Collapse Suffocation » ou « G-Hate » montrent un death tout ce qu’il y a de plus carré, accompagné d’un growl acceptable tendant vers le hurlement. En dépit de ces qualités, on ne peut pas dire que l’ « Urban Death Metal » d’Antagonism fasse énormément de bruit, entre une production correcte, un certain manque d’inspiration (bien que les paroles restent ambitieuses) et de moments forts.

Les Italiens ont certainement encore de quoi creuser pour les années à venir, comme l’indique le titre de leur album. Pas phénoménal et surtout très court, « Digging Past Sounds » peut tourner si jamais vous avez envie de ne pas vous prendre la tête. Hormis cela, ne perdez pas votre temps et concentrez vous sur des formations plus efficaces et accrocheuses.

 

Mandragora (LTU) : Carnal Cage

Ξ mai 20th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal |

Mandragora (LTU) : Carnal CagePour faire du death mélodique, on n’a pas forcément besoin de tomber dans les gros clichés metalcoriens et/ou dans la niaiserie ou la mélodie facile. Et ça, les Lithuaniens de Mandragora l’ont bien compris. Ce groupe existe depuis 1998 et a déjà eu l’occasion de faire ses preuves, même si c’est assez récemment que le quintet sort de vrais albums. Avec un air de pas y toucher, les Slaves ont tout de même atteint le Wacken et participé à des Battle Contest qu’ils ont gagné. On est donc en droit d’espérer beaucoup de ce groupe, aussi prometteur que bon nombre de formations du genre, et pourtant…

En dépit de ses origines, c’est du côté de la Suède qu’il faut se tourner car Mandragora semble être très inspiré par cette scène très riche en matière de death metal. Que ce soit mélo ou non, la musique des Lithuaniens tire autant chez Arch Enemy que chez Edge of Sanity ou Amon Amarth pour ne citer qu’eux. Pas de surprises, tous les morceaux sonnant comme du déjà entendu et manquant énormément d’originalité. On se retrouve en définitive avec un heavy death mélo, tirant sur le progressif par moment, surtout lors des morceaux les plus longs, et on en retrouve quelques uns. Sans oublier le côté technique dans l’utilisation de certains riffs comme sur « Desolate Fields » par exemple.

Mandragora se perd un peu et on sent qu’ils ont du mal à proposer un ensemble homogène, entre des titres ennuyeux et répétitifs ou des titres plus dynamiques et rentre dedans tels que « Curse of Existence ». Mais il est clair que pour chaque chanson, des références de la scène death mélodique suédoise nous passe par l’esprit, si bien qu’il est clair et net que les Lithuaniens devraient travailler ce fort manque d’inspiration afin d’avoir plus de personnalité. « Unconscious » en est un exemple bien typique. Même s’il est bien amené, son riffing reste très stéréotypé ainsi que son refrain pratiquement plagié sur des tas de formations existantes. La surprise survient, mais pas dans le bon sens du terme : en réalité on se surprend à connaître à l’avance la construction du refrain.

Il est franchement rageant de se rendre compte de tous ces petits détails alors que l’album, en soit, commence plutôt bien. Au niveau du chant, on est loin du chant à la limite de l’hurlé avec des imbrications de voix claires. On se retrouve davantage avec un growl bien teigneux qui tend sur le pig squeal, sans doute plus flagrant sur un titre comme « Walk to Fall ». Hormis ça, Mandragora avec « Masquerade » se la joue à la Arkan en intégrant une introduction acoustique orientale très mystérieuse…avant de nous asséner de riffs très death mélodique à la Arch Enemy

On aurait aimé plus de personnalité, on aurait aimé plus de hargne, on aurait aimé ne pas se surprendre à connaître tout par cœur en une seule écoute… « Carnal Cage » n’apporte décidément rien si ce n’est prouver que les copies conformes perdurent encore, perdant en qualité au fil des années. Mandragora aurait pu profiter de son statut de « découverte » pour nous en montrer de toutes les couleurs. A la place de ça, on a plutôt l’impression qu’il nous fait un tribute album en mélangeant des bouts de chansons d’Arch Enemy, Amon Amarth ou In Flames réunis, en modifiant la voix, et en ajoutant des rares touches de claviers et quelques riffs techniques. Le pire, c’est que ce n’est pas si mauvais et certains titres sont bien fichus. Toutefois, c’est moins bien, et ce n’est pas la bonne production qui pourra nous faire éluder ces soucis. Bref, un album parfait pour ne pas se prendre la tête et encore…

 

Devilish Impressions : Simulacra

Ξ mai 17th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Blackened Death Metal |

Devilish Impressions : SimulacraC’est sans doute en Pologne qu’on retrouve les formations les plus innovantes et les plus surprenantes en matière de metal extrême, entre le death metal de Behemoth ou de Vader en passant par le black symphonique de Hermh ou de Vesania, pour ne citer qu’eux. Ce pays de l’Europe central reste, sans aucun doute, important et riche dans ce domaine, accueillant depuis bon nombre d’années un panel de formations reconnues, et d’autres montantes, comme Devilish Impressions, par exemple.

Le groupe, formé depuis 2000, n’avait alors que deux albums, prometteurs au niveau des ambiances mais souffrant d’un manque de personnalité et d’une production qui laissait à désirer. Ainsi, les Polonais avaient acquis une petite réputation, sans toutefois élargir leur compétences, vite dominés par des groupes plus hargneux et entreprenants tels les redoutables Vesania ou Luna Ad Noctum.

Toutefois Quazarre, seul membre rescapé de la formation et chanteur chez Asgaard et Crionics, comptait bien remédier à cela en apportant l’inspiration et la puissance nécessaires pour faire vivre Devilish Impressions. Dans la mesure où la scène extrême polonaise est comme une grande famille, le chanteur/guitariste s’octroie les services de musiciens réputés du black et/ou death metal polonais, à savoir le batteur Icanraz (Hermh, Abused Majesty) mais aussi des guests, Jacek Grecki (Lost Soul), Roman Bereznicki (Lecter) et Flumen (Asgaard).

C’est un travail de titan que nous fournit Devilish Impressions, signant chez le nouveau label Icaros Records, obtenant le design de Xaay (Nile, Vader, Necrophagist) et produisant dans plusieurs studios, dont le fameux Hertz Studio. Ils ont de plus passé beaucoup de temps à composer, les premiers enregistrements ayant été effectués en 2010. Ils ont aussi fait renaître leur inspiration, se basant sur les écrits de grands auteurs, devenus leurs icônes (Charles Baudelaire, Oscar Wilde, Lord Byron…).

Dès le morceau d’ouverture « Icaros », on sent l’évolution et on devine ce que va nous apporter Devilish Impressions à travers l’album. La production est soignée, les guitares puissantes, entre riffs typiquement black et d’autres davantage death voire thrashy, accompagnées d’une batterie sans merci, d’orchestrations plus vraies que nature cette fois-ci, et d’une alternance de chant bien effectuée. Dans les précédents opus et le dernier EP de Crionics, Quazarre n’avait, à mon sens, pas vraiment su utiliser son chant clair, souvent médiocre. Or ici, son timbre naturel est une force supplémentaire pour Devilish Impressions, sortant le groupe de la masse, et l’embarquant dans des contrées plus mélancoliques et dramatiques, comme sur le morceau « Lilith ».

Des titres comme « Legion of Chaos » ou « Fear No Gods ! » montrent tout le potentiel du groupe et la marque de fabrique made in Poland, avec ce riffing insistant et sa force de frappe implacable. Même quand le rythme est mid tempo, l’efficacité est garantie, grâce à un chant black hargneux, bien que commun, des orchestrations impériales et grandiloquentes, pas loin de Dimmu Borgir, et des touches industrielles à la Crionics pour relever une certaine atmosphère.

En dépit de l’aspect moderne, décelable dans la qualité du son et dans certains riffs, Devilish Impressions pimente pas mal ses compositions, qui passent comme une lettre à la poste. Peut-être pas assez directe pour terminer dans la cours des groupes black symphoniques les plus brutaux, il ajoute toutefois les éléments nécessaires, riffs ou orchestrations, pour nous faire tenir en haleine, que ce soit le simple « The Last Farewell » aux touches épiques, ou un « Vi Veri Vniversum Vivus Vivi » bien blasté et grandiloquent, dont l’intro inquiétante rappelle celle de « Horns ov Baphomet » de Behemoth.

Les Polonais franchissent un cap important dans leur carrière, renforçant leur black/death symphonique en apportant une énergie nouvelle à un ensemble plus traditionnel en matière de metal extrême polonais. De quoi pimenter la concurrence et perturber leurs compatriotes de chez Vesania ou leurs confrères Norvégiens.

 

Soulline : We Curse, We Trust

Ξ mai 15th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Death Metal |

Soulline : We Curse, We TrustBeaucoup doivent en avoir assez de voir du death mélodique partout. Ce genre reste sans aucun doute un des plus actifs, fragmenté en plusieurs sous-sous-genres, permettant de savoir ce que nous préférons le plus ou non. C’est un fait, il y en a pour tous les goûts, et la tendance actuelle se tourne vers la modernisation du genre, avec, au choix, un death mélodique teinté de metalcore, un death mélodique symphonique, ou un death mélodique dit « moderne », avec un son plus synthétique, plus passe-partout et, selon les cas, des éléments électroniques. La plupart des nouveaux groupes se situent dans cette tendance là, et Soulline ne déroge pas à la règle.

Ces Suisses sont actifs depuis 2000 et auront passés plusieurs années à faire des concerts, devenant ainsi un des groupes à avoir un impact important sur le public suisse. C’est ce qui les poussa à faire un premier album, puis un second, jouant au Wacken en 2008 avec E-Force ou Nightwish, ou au Blitzkrieg V East Tour en 2010 avec les maîtres de Vader.

Leur différentes tournées et soutiens les auront aidé à se faire une bonne réputation dans la sphère death mélodique. Soulline s’octroie les faveurs des Danois de Target Distribution et Mighty Music pour la publication, de Peter Tagtgren (Hypocrisy, Pain) pour le mixage dans son célèbre Abyss Studio, ainsi que celles de Jonas Kjellgren (Scar Symmetry, Katatonia) pour la masterisation. C’est donc un son en béton armé qui nous est promis.

Et c’est bien le cas. La production est solide et totalement moderne, mais sans doute trop lisse et policée, trop synthétique vis à vis de ce qui nous est offert. Soulline ne fait pas partie de ceux effectuant dans un death mélodique/metalcore, ni de ceux intégrant des chants clairs niais lors des refrains. Les Suisses misent sur la mélancolie de leur mélodies et donc sur l’émotion, plus que sur l’agressivité de ses compositions, même si les growls et les cris restent très hargneux, comme sur « Our Fate Interupted », pour ne citer que lui.

Le morceau introducteur, « The Curse in Our Minds », met bien en avant l’univers de Soulline, montrant, d’une part, que les Suisses utilisent à bon escient le clavier, et d’autre part qu’ils arrivent à gérer l’aspect émotionnel de leurs compositions, entre les samples de vent, les incrustations discrètes d’une voix claire loin d’être mièvre, et l’utilisation de riffs mélodieux. Idem sur « Hollow » qui utilise des parties plus acoustiques et limite gothiques sur les couplets pour nous faire adhérer à leur monde. On se croirait dans un « Epilogue » de To Die For.

Certains titres comme « Sleepers Statement » sonnent trop communs avec ces guitares lancinantes, ces notes de piano en fond et cette voix un peu trop posée. Idem pour « When We Freeze » ou « The Unconscious March », avec ces riffs limites saccadés, mais ils ont le mérite d’être efficaces et agressifs, que ce soit dans le son des guitares que dans les types de voix. Il y a l’harmonie nécessaire pour que l’on reste suffisamment accrochés, avec une instrumentation bien amenée.

Malgré tout, Soulline ne fait pas dans le death mélodique surexcité, comme celui de Skyfire par exemple. Il ne fait pas dans l’électronique non plus, genre Seecrees. Les Suisses restent principalement en mid tempo, empruntant parfois un rythme plus lent. Mais ils savent amener des accélérations quand il faut, en dépit d’un manque flagrant de quelques blast. Ca n’aurait pas fait de mal.

Alors pour ceux qui en ont un peu marre du death mélodique aux relents metalcore ou du death mélodique qui carbure sans vraiment ressembler à quelque chose, ce « We Curse, We Trust » peut être pour vous, sachant qu’il s’agit d’un concept exprimant le conflit entre ce que vous voulons et ce dont nous avons besoin, le destin prenant toujours le pas sur les rêves que nous pouvons avoir.

 

Bak : Painter

Ξ mai 14th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

Bak : PainterBak ! Non je ne vous invite pas à aller dans le Bak à sable, mais il s’avère que Bak nous fait un come Bak en ce printemps 2012. Les Australiens avaient déjà fait bonne figure avec un premier opus nommé « Sculpture », mettant en musique un opera rock/metal très oriental, où se mêlaient autant d’éléments prog que d’éléments arabisants et Queen-esque.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le metal oriental ne se situe pas qu’au Moyen Orient, bien que les fondements y soient bien ancrés. De nombreux groupes ont commencé à percer dans le domaine, que ce soit aux Etats Unis, en France, en Russie ou en Australie, avec l’émergence de The Horn et ici, de Bak. Dîtes adieu aux kangourous et autres kiwis, dîtes bonjour aux chameaux et aux ibis ! Il va faire très chaud, et on va en avoir bien besoin, avec ce soleil qui se fait discret et ce vent qui se veut frais.

En attendant la sortie d’un futur nouvel album, c’est un EP qui nous est offert, un EP coloré et chaleureux, faisant l’apologie de la paix et de la préservation de l’écosystème. Ici, Bak change de domaine et passe de la Sculpture à la peinture. Et il y a bien une raison à cela : il existe un homme portant le nom de Samuel Bak, un peintre qui a échappé à l’holocauste, qui a étudié l’art en Israël et qui a réalisé plus de cent vingt cinq œuvres sur le thème d’Adam et Eve. Les Australiens se sont inspirés de son travail pour nommer leur nouvel EP.

La pochette est donc plus colorée, mais reflète toujours l’univers de Bak, avec la représentation de la Terre. Le trio s’adresse au monde entier à travers sa musique, se rapprochant pour le coup d’Orphaned Land, qui réussissent, grâce leur chansons, à réunir catholiques, juifs et musulmans sans effusion de sang. Le rapprochement avec les Israéliens n’est pas si incongru que ça musicalement, sachant que dans le premier titre « Us All », on retrouve des narrations dignes de celles de Kobi Farhi et des riffs pas loin de ceux de Yossi Sassi.

Parlons donc de ce morceau. Une fois de plus, Bak s’est entouré d’invités pour ce qui est de l’utilisation d’instruments traditionnels égyptiens ou indiens, que ce soit les percussions, les mandolines et quelques chants. On retrouve aussi les touches symphoniques déjà perçues sur le « Sculpture » avec ces guitares aux soli très rock et aux riffs plus lourds. Mais il faudra attendre la suite pour avoir une plus grande idée du potentiel de Bak, qui met le paquet sur l’aspect oriental de sa musique. Très mythologique, parfois mystique sur « Creation » avec ces ambiances très relevées. C’est surtout de l’instrumental, laissant souvent de côté les guitares, afin de transporter l’auditeur dans un autre monde.

Cependant, si vous voulez vous rendre compte de l’étendu de l’imagination de Bak, il faudra se tourner vers le très long et progressif « What Have We Done ». Un morceau en demi teinte cependant. Les événements défilent sous nos yeux, et on peut dire que la progression est très bien faite. Toutefois, on peut vite se retrouver agacé par les timbres très aigus des voix masculines. Ces dernières rappellent des voix typées heavy metal, sans le côté vif et aiguisé. Par contre, on appréciera davantage le chant principal, plus posé et arabisant, en totale adéquation avec la musique. On alterne donc entre parties acoustiques orientales et parties plus metal, plus rentre dedans, avant d’arriver à un déferlement de riffs proches de chez Dream Theatre, faisant place au côté hargneux qui manquait : tranchant des guitares, envolées de violons, et même growls.

Malgré tout, si on prend l’ensemble de ces quatre morceaux, l’EP manque de piquant, de moments forts, tout étant porté sur l’ambiance égyptienne. Toutefois, il semblerait que Bak s’accroche moins à ce qui faisait leur personnalité sur « Sculpture ». Ici, c’est plus soft, moins diversifié, moins prenant, même si l’utilisation des instruments traditionnels est du plus bel effet. On attend donc un album plus fourni, un peu plus teigneux, et surtout moins long, les titres les plus longs comportant tout de même pas mal de remplissage.

PS : une fois de plus, attendez vous à recevoir des haricots si vous commandez leur opus.

 

Sycronomica : Paths

Ξ mai 11th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Sycronomica : PathsSycronomica est né à Dusseldorf en 1996 alors que le black symphonique commence à bien prendre de l’ampleur et à s’étendre aux quatre coins de l’Europe. Le berceau norvégien aura entre temps réussi à faire des siennes, mettant en avant des groupes légendaires tels Emperor, Limbonic Art ou Dimmu Borgir. Pourtant, l’Allemagne n’est pas spécialement très bien réputé pour son black symphonique, bien qu’il y ait une formation notable dans le genre, j’ai nommé Obsidian Gate. Les autres Ninnghizhidda et consorts laissent les amateurs de sympho extrême sur leur faim, peinant à apporter cette empreinte atypique et cet ensemble résolument ambiancée.

Pourtant, Sycronomica, hormis le groupe sus-cité, fait partie des références du coin avec Mystic Circle, mais des références qui passent quelque peu inaperçues, et pour cause : elles ne jouissent pas d’une très grande distribution et encore maintenant, il est très difficile de trouver des albums de ces formations là dans le commerce. Leur côté marginal y est aussi pour quelque chose.

En tout cas, les Allemands auront eu des débuts un peu difficile, avec une démo qui est totalement passée inaperçue et un mini CD promo en 2002 qui aura peu attiré les foules. Le mécanisme n’était pas encore en marche et Sycronomica souffrait de la montée en puissance de nouvelles formations et de l’adoration des pionniers. Ce n’est pas non plus l’année 2004 qui changea la donne, entre les sorties très attendues et remarquées du « Polarity Axiom » d’Alghazanth, du « Redemption Process » d’Anorexia Nervosa, du « Sempiternal Consecration » de Luna Ad Noctum ou du « The Gorgon Cult » de Stormlord.

Le quintette subit donc le destin de nombreuses formations qui se seront essayés cette année, dont les polonais de Cruentus ou les Serbes de Draconic. Sauf qu’à l’inverse de ses confrères, Sycronomica continue sa lancée dans le black symphonique et n’abandonne pas. Et il aura eu raison. Bien que son premier album, « Paths », soit peu réclamé à sa sortie en 2004, il n’empêche qu’il est le début de tout un ensemble, d’une identité atypique qui fait le charme de Sycronomica.

Pour cela, le groupe s’envole à Munich pour un enregistrement au Helion Studio et signe chez le petit label allemand Black Attakk Records (qui hébergera plus tard Fjoergyn et Equilibrium). Il compose dix morceaux, dont quatre qui figuraient déjà sur le mini CD promo, mais en ré-enregistrés. Personne ne s’en doutait vraiment à l’époque, mais Sycronomica allait apporter un souffle frais dans l’univers black symphonique, mélodique et paganisant de surcroît.

Esthétiquement, Sycronomica se tourne vers la nature et les rituels, sans non plus tomber dans le satanisme. On retrouve le papillon en guise de logo, une pochette représentant une forêt gelée et évoquant, sans aucun doute, le « In The Nightside Eclipse » d’Emperor (les grands esprits se rencontrent toujours) et un « prélude » en guise de morceau introducteur avec cette ambiance bucolique et presque guerrière. Les « preludium » font partie des traditions de Sycronomica, qui en met un à chaque début d’album, avec sa patte reconnaissable entre mille.

On découvre cette patte particulière dès l’ouverture de « Erased by Light », ce mélange pris entre le black symphonique, le pagan et un peu de gothique. Le jeu de guitare de Christian lui est propre, dans la mesure où il impose un style qu’on ne retrouve pas vraiment dans les autres formations de black symphonique : ses riffs suivent majoritairement les lignes de claviers mais apportent ces mélodies imparables, qui vont et viennent sans arrêt, créant l’essence même du groupe. Idem pour ce qui est du clavier, qui va de paire avec la guitare unique et qui nous offre une palette de mélodies et de sonorités, que ce soit des choeurs, des orchestrations synthétisées, ou des flutes.

De ce côté là, on sent que le groupe manque encore de moyens et le clavier n’est pas l’élément qui frappe le plus nos oreilles tant on sent que c’est du synthétique. Toutefois, son apport reste important, et on se prend vite au jeu, surtout sur « Creations of Mine », qui embarque bien l’auditeur dans un univers tout particulier, entre douceur et dynamisme, agressivité et mélodie. Sycronomica s’en sort plutôt bien de côté là, offrant un ensemble tout ce qu’il y a de plus harmonieux tout en apportant une dose massive de mélodies entraînantes et entêtantes.

« Path (of a Forgotten Time) » montre sans aucun doute le charme de Sycronomica, avec ses atmosphères très relevées, presque oniriques et hivernales, sa guitare et son chant bien black, mais aussi ses failles, avec l’utilisation du piano et ce côté expéditif dans la dynamique, déjà entendu. Cependant, ce qui fait que Sycronomica reste un groupe à part, c’est la façon dont il exploite ses instruments. Pourtant, la sauce, en elle-même, pourrait rappeler bon nombre de groupe. Mais les Allemands ont véritablement la maturité nécessaire pour composer des morceaux qui sortent du lot, malgré quelques éléments plus traditionnels. Au moins, chaque titre possède son moment fort, son passage magnifique et envoûtant, entre deux parties bien tranchantes. « In Silence I Die » met l’accent sur les orchestrations au début et sur les choeurs mélancoliques, mais aussi sur un break au piano très émotif. « Vampiric Dances» nous sort une flute qui attire toute notre attention alors qu’on s’y attendait pas aux alentours de 01:45.

Hormis ça, Sycronomica, c’est aussi beaucoup d’expérimentation là où on ne les attend pas forcément, et ce dû à un fort aspect progressif qui apparaît davantage en milieu d’album et en particulier sur « Vampiric Dances » ou « Something from the North ». Il faut dire que ça part dans tous les sens, que ce soit avec les guitares, les variations de rythme, la mise en avant d’une basse ou d’une certaine forme d’orchestration. Il faut suivre, et il faut dire que les Allemands arrivent tout de même à tenir l’auditeur en haleine avec de nouvelles sonorités, même si on sent qu’ils tendent à se perdre en court de route. Le pire, c’est sans doute le second titre cité, qui lui, nous montre du tout et du n’importe quoi, tant dans la dissonance de certains riffs que dans l’entrée de choeurs ou de cordes.

Au final, ce « Paths », c’est à peu prêt une heure de black symphonique un peu pagan, un peu gothique, et surtout mélodique, montrant la naissance d’un groupe sous estimé mais très inspiré, qui aura tout de même réussi à améliorer quelques points noirs et à se surpasser (« Kaleidoscope ») mais qui aura eu le malheur de tomber dans l’excès (« Gate »). Il n’empêche que le quintette a réussi à affirmer un style et une identité à une époque où le black symphonique nous en fait voir de toutes les couleurs, que ce soit des vertes ou des pas mures !

 

Tortured Soul : End of Dreams

Ξ mai 11th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Tortured Soul : End of DreamsTortured Soul nous vient de l’Est et malgré les apparences, il a pas mal d’expérience derrière lui, notamment dû à des nombreux concerts en compagnie de formations célèbres telles que Dagoba ou Yrkoon mais aussi à la sortie d’une démo prometteuse en 2007, soit deux ans après ses débuts. Les frenchies n’auront pas été très productifs en un peu plus de sept ans de carrière et là encore, en 2012, c’est un EP que nous offre les Alsaciens. Mais pas un petit : sept titres au compteur.

Le quatuor est connu pour sa violence particulière et son mélange de death brutal et d’influences hardcore assumées. Il avait déjà fait bonne impression avec sa démo, il risque une nouvelle fois de faire parler de lui avec ce « End of Dreams » qui n’est certainement pas destiné aux petites et fragiles oreilles. Le groupe rentre au K-Sound Studio de Recueil Morbide et confie le mixage à l’Allemand Kohle. De ce fait, la production est solide et adapté à la personnalité de Tortured Soul. Pour terminer, il arrive à se dégoter un label, Axiis Music, quelque peu spécialisé dans l’extrême.

En dépit de son côté implacable et bien rentre dedans, le death brutal de Tortured Soul ne révolutionne pas le genre et on ne peut pas dire que ce soit l’originalité qui soit le fer de lance du groupe, que ce soit dans les riffs, dans les vocaux ou même dans les paroles, très traditionnelles. Mais il n’empêche que le quatuor possède une rage et une force qui nous permettent de faire abstraction de ce petit défaut. Qu’importe le manque d’originalité, quand c’est bien fait, on ne peut qu’apprécier. Tout est dévastateur et imparable, rien que les débuts de « Sent to Destroy » nous met irrémédiablement sur la voie, avec ce déluge de riffs aiguisés et ce growl gras bien méchant.

Tortured Soul ne nous ennuie pas, heureusement, et on n’a pas vraiment l’impression d’écouter sans arrêt le même morceau. Il arrive à agrémenter ses compositions de riffs accrocheurs, de breaks et de quelques changements de tempo non négligeables, histoire de varier les plaisirs. Cependant, tout reste assez rapide et indomptable, blast à l’appuie, comme « Omnipotent Architect » par exemple, qui met aussi l’accent sur les variations de vocaux (growls graves et plus « aigus », cris porcins…).

Les solos ont beau être rares, quand ils apparaissent, ils sont plutôt bien fait, comme sur un « Eternal Submission » particulièrement violent. Et même si « Among Knives and Poisons » n’en a possède pas, le riff principal suffit à lui même afin d’instaurer une aura sombre et même hypnotique. Pas de quartier, pas de pitié.

Bien que ça sente le Benighted sur certains passages et bien qu’il s’agisse, si l’on peut dire, de brutal deathcore (aux relents plus death que core), Tortured Soul fournit ici un EP efficace et qui défonce tout sur son passage. Tronçonneur, impardonnable même si pas vraiment original, il y a de quoi ravir les amateurs de metal extrême, en attendant que le groupe se lance pour un full length.

 

Astral Tears : Hypnotic

Ξ mai 10th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Metal, Oriental Metal |

Astral Tears : HypnoticEn ce moment, les femmes ne sont pas tant à l’honneur que ça, et bien que l’on entende beaucoup de donzelles dans tout ce qui se rapporte au metal symphonique ou gothique, il n’est pas forcément facile d’entendre une voix féminine dans d’autres styles de metal. Les Eths, Arch Enemy, The Agonist et consorts n’ont plus rien à prouver depuis longtemps, mais on aimerait que des groupes mettent en avant un peu plus de féminité dans des genres où on ne l’attend pas forcément.

Le metal oriental, par exemple. Dans tous les groupes existants, on a du mal à entendre une femme, sauf dans Orphaned Land, ou peut-être Arkan. Mais dans tous les cas, les demoiselles n’ont pas le monopole et se retrouvent reléguées au second plan, juste histoire d’apporter une touche arabisante en plus. Astral Tears, groupe français orléanais, n’a pas fait cette erreur et il faut dire que c’est le charme de la chanteuse qui fait sa force. Ici, Beyza, d’origine turque, est LA chanteuse du quatuor et il faut dire qu’elle est très bien mise en avant dans cet ensemble pris entre le metal mélodique, le metal moderne et le metal oriental.

Astral Tears, ce sont des débuts acoustiques qui se sont transformés en metal. C’est aussi une envie d’assouvir une énergie débordante en tentant de créer des compositions originales. Le combo réussit tout de même ce pari, à savoir sortir du lot et proposer un album à l’identité qui lui est propre. En effet, les Orléanais ne se contentent pas que de metal mélodique, bien que ce soit le terme qui saute le plus aux oreilles, mais ils profitent de ce statut « mélodique » pour intégrer un panel d’éléments, que ce soit un son relativement moderne et dans l’air du temps, des éléments progressifs, des touches expérimentales sur certains passages, un groove assez neo sur les bords, mais surtout, et ce qui fait leur force, les éléments orientaux.

La France n’est pas forcément le pays le plus réputé pour son metal oriental, même s’il y a Arkan, en véritable fer de lance. Ici, en tout cas, Astral Tears n’en abuse pas mais ajoute la dose nécessaire afin de transporter l’auditeur dans l’orient. Sans vouloir vous désillusionner, l’oriental n’est pas l’élément primordial des compositions, toutefois le groupe profite des origines culturelles de Beyza pour apporter les influences nécessaires. Et ça fonctionne bien…

De prime abord, en écoutant les premiers morceaux, c’est à dire « Hate the Enemy» ou « Sinner », on ne peut que penser au groupe italien Lacuna Coil. La ressemblance reste assez saisissante, tant dans le riffing que dans la voix charmante de Beyza. Cependant, pour un début d’opus, on reste quelque peu sur notre faim…certes, les guitares sont lourdes et le rythme dynamique, et on sent directement que c’est ce qui fait la marque de fabrique d’Astral Tears. Mais il manque une touche d’originalité et un soupçon de piment, et pour un début, il y a de quoi douter sur le reste de l’opus.

C’est une fois passé le cap de « Desire » qu’on se rend compte de la force d’Astral Tears et de son côté assez novateur sur la scène française : l’exotisme. Le titre est assez oriental sur l’introduction et les couplets, que ce soit l’utilisation des percussions, des guitares ou de la voix de Beyza, très sensuelle et très arabisante lors des mélodies. Astral Tears arrive à mêler lourdeur et charme sans grande difficulté. Il arrive aussi à faire enchaîner ses morceaux avec cohérence. Preuve en est avec le duo « Desire »/ « Behind the Curtains » : on a l’impression qu’il s’agit d’un et même titre. Mention spéciale, en tout cas, pour sa montée en puissance inattendue.

La suite de ce « Hypnotic » se veut très punchy et bien rentre dedans, sans non plus tomber dans l’extrême. Les instruments sont pour le coup bien utilisés mais on regrette le manque de modulation et des guitares, et de la voix de Beyza. Difficile de l’entendre changer d’intonation car elle reste souvent sur ce même plan qui peut rendre certains passages très monotones. Idem pour les riffs, pas si variés que ça, mais suffisamment lourds pour garder l’auditeur attentif. Sauf peut-être sur « Awake », assez expérimental tout de même, avec ces changements de styles en cours de route, que ce soit le break typé metalcore, le fond très oriental dans la mélodie, le début assez djent avec cette guitare technique et dissonante, et ce côté atmosphérique, encore une fois pas si loin de Lacuna Coil, l’exotisme en plus. Pour le coup, ne vous attendez pas à des instruments typiquement orientaux tels les traditionnels oud, sitars et autres flûtes kaval. En réalité tout est dans la voix, certains riffings, certains types de percussions, rien de plus. Comme sur « My Reality », par exemple, qui met l’accent sur une atmosphère arabisante, sans non plus en faire trois tonnes.

De toute façon, plus on avance dans l’opus, plus on découvre des touches orientales. Comme pré-cité, ce n’est pas avec une écoute du début que vous pourrez vous faire une idée de la personnalité d’Astral Tears. Et il s’avère que les Orléanais ne sont pas si faciles que ça à cerner. Pas plus mal, dans un sens, cela nous permet de passer plus de temps à découvrir leur musique et les écoutes supplémentaires permettent de se rendre compte de choses qu’on n’avait pas encore appréhendées.

Le côté doux par exemple : même si l’ensemble reste très « in your face », très tranchant, le groupe apporte des touches calmes et sereines, comme un « Rebirth », qui grésille (je le précise, c’est fait exprès), un « Obsession » planant et lourd à la fois, ou un « Forgotten » acoustique très chaleureux qui me donne l’impression d’être chez moi.

Hormis ça, Astral Tears met à profit son côté moderne en ajoutant des sonorités électroniques. Ces dernières sont plutôt rares, mais suffisamment présentes pour qu’on les repère rapidement. Rassurez vous, ce sont juste des « touches », rien de bien méchant ou d’étouffant, au contraire. Elles tendent à relever certains passages et apporter une atmosphère supplémentaire, que ce soit sur le pont de « Desire », sur l’introduction de « Back to Life », qui précède un déferlement de riffs costauds, sur « Obsession », afin d’accompagner la guitare, ou sur « My Reality », fonctionnant ainsi comme un rythme.

En dépit des apparences (la pochette fait plus cybernétique qu’orientale, sauf au dos, où on retrouve des minarets), ce « Hypnotic » d’Astral Tears reste assez complet, exotique et dynamique. Toutefois il serait exagéré d’en faire une montagne, dans la mesure où il y a encore beaucoup de choses à revoir, que ce soit la variété des riffs ou la modulation du chant de Beyza. Par contre, la production reste très bonne et est un point très positif dans l’appréhension de la musique d’Astral Tears.

Finalement, si le groupe passe par là, il se pourrait que le metal à chanteuse français non symphonique non prog non criard en prenne un coup, car les Orléanais ont pour le coup un bel avenir en perspective. Espérons qu’ils aient suffisamment d’oreilles pour apprécier leur œuvre.

 

Fall Of Mirra : Circling the Wagons

Ξ mai 8th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Metalcore |

Fall Of Mirra : Circling the WagonsBien qu’on en entende peu parler en France ou en Europe, Singapour fait sans doute partie des pays asiatiques les plus actifs avec l’Inde, entre autres. On y retrouve une scène très diversifiée, avec les vétérans de Rudra (death/black) ou plus récemment les neo/industrialleux de Flawed Element. Il y a aussi Fall Of Mirra, qui n’officie pas dans le même domaine mais qui se fait une petite réputation dans son continent, et même ailleurs. Le quintette s’est fondé en 2007, a sorti un EP, et sort son nouvel album « Circling the Wagons » cette année-même.

En voyant le nom du groupe, on peut se demander ce à quoi renvoie « Mirra ». Rien de très exotique, pour le coup, apparemment il s’agit de Dave Mirra, un professionnel du BMX, qui n’est jamais tombé dans toute sa carrière. Le mot « fall », la « chute », est donc une façon de le faire tomber, dans l’imaginaire de chacun.

Fall Of Mirra peut, d’un côté, étonner par son patronyme, mais aussi par le style de metal employé. Il est très difficile de poser une étiquette à la musique des Singapouriens. Tantôt hardcore, tantôt deathcore, parfois même thrashy, l’ensemble reste indescriptible, mais il s’avère que le tout reste cohérent et relié par un élément commun : les touches progressives. Le quintette arrive donc à sortir des sentiers battus avec son album « Circling the Wagons », dont le nom reprend une expression idiomatique typiquement anglaise signifiant « s’unir en défense d’un intérêt commun ».

Dès le début, « With Hindsight » annonce les hostilités avec une entrée en matière très agressive, pas d’introduction aucune, tout démarre sur les chapeaux de roue avec des riffs vifs et tranchants et un growl agressif, avant d’arriver à un aspect saccadé, puis, plus calme. Lorsque le chant hurlé fait son apparition, on se rend d’ores et déjà compte que Brandon maîtrise beaucoup mieux les voix gutturales que les cris, pourtant écorchés, mais moins poussés. Idem sur un « Weight of the Crown » qui met en avant la dualité des vocaux et un breakdown d’une lourdeur écrasante.

Les Singapouriens appartiennent à cette mouvance dite « moderne » qui intègre des éléments progressifs et des touches de claviers utilisés avec parcimonie. Heureusement, le groupe n’en abuse pas et dissémine ses influences parfois born of osiriennes sur une petite partie de l’album. Cela soulève quelques éléments et apportent des atmosphères parfois sereines, parfois sombres comme sur un « Home » torturé ou « Weight of the Crown ».

Des touches électroniques arrivent à se frayer un chemin dans ce déluge de riffs furieux, ce dynamisme imparable et ces voix très hargneuses, comme sur « Sundown » aux alentours de 01:57 ou « Beneath Oceans » qui lui, mettra l’accent sur des touches plus techno, sans non plus être étouffantes et dénuées d’intérêt.

Le clavier peut aussi être plus classique avec un côté plus symphonique et aérien, guidé par un piano, sur l’instrumental « The Respite », qui amorce la fin de l’opus mais qui montre aussi le potentiel de Fall Of Mirra.

Les amateurs du célèbre « kicker » Chuck Norris pourront se délecter avec un titre portant le nom de ce héros. Étrangement, il s’agit du morceau le moins violent, mais cela ne veut pas dire que l’agressivité n’est pas de mise. C’est un piano qui ouvre le bal, suivi d’une basse lancinante, avant une montée en puissance particulière : mélange des styles, lourdeur des guitares, variété des vocaux et passages plus atmosphériques, avant un final assez bourrin.

Singapour fait vraiment partie des pays qui peuvent nous apporter de bonnes surprises et malgré son artwork « mignon », Fall Of Mirra étonne et offre un panel d’éléments non négligeables, qui pourront peut-être permettre à l’auditeur d’apprécier une œuvre différente et sincère le temps de vingt neuf petites minutes.

 

AIM Project : Bismillah

Ξ mai 8th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Oriental Metal, Progressive Metal |

AIM Project : BismillahSi je vous dis metal progressif et Tunisie, vous penserez sans aucun doute à Myrath. Oui mais pas tout à fait. Bien que ce groupe soit le fer de lance de la scène metal tunisienne, il y a un jeune homme qui fait parler de lui depuis plusieurs années, et surtout depuis la sortie de son premier album solo et instrumental, « A Neverending Pain of a Betrayed Man ». Je parle d’Anas Abid.

Malgré son jeune âge, le guitariste a tout de même une certaine expérience derrière lui en plus d’avoir grandi dans une famille bercée par la musique arabe. C’est donc tout naturellement que le musicien a décidé de mêler ses origines culturelles à sa passion dévorante pour le metal afin de créer une musique qui sort de l’ordinaire.

Les chroniques encourageantes et les diffusions de ses morceaux sur différentes stations de radio l’ont poussé à élargir ses influences et horizons. D’où ce nouveau project, AIM Project, censé mettre en relation l’occident et l’orient, le prog et la musique traditionnelle, au sein de quatre morceaux regroupés dans un petit EP nommé « Bismillah ».

« Bismillah » vient de la contraction de deux termes arabes « bismi » et « allah » signifiant « au nom de Dieu ». C’est un mot que l’on utilise avant de faire quelque chose, que ce soit manger ou boire. C’est aussi un terme encourageant et une façon de se préparer à faire des bonnes choses. C’est aussi un appel au soutient de son Dieu, pour recevoir ses bénédictions. C’est ce qui donne la force d’aller de l’avant pour les musulmans. C’est aussi le nom du premier morceau de l’EP, une instrumentale courte de deux minutes, qui met en avant les qualités guitaristiques d’Anas. L’ensemble reste rythmé, même si ce n’est pas très dynamique. C’est juste une entrée en matière, avec une mélodie arabisante qui rappelle fortement celle du début de « Birth of the Three » d’Orphaned Land. Les Israéliens ne sont jamais très loin lorsque l’on parle d’Oriental Metal.

Pour le moment, pas de quoi nous faire tourner la tête, ça reste assez classique dans l’appréhension du mélange prog et oriental, et encore plus dans « The Judgement Day » aux riffs rappelant parfois Myrath ou même Dream Theater (d’un côté, les Tunisiens en sont fortement influencés). Il y a du chant dans ce nouveau projet d’Anas, les parties criées étant confiées à Florian Thérèse. Pas de grande originalité de ce côté là, tant dans la technique de chant que dans l’enchaînement des riffs. Certes, Anas sait manier son instrument, mais il lui manque encore cette patte personnelle qui le différencierait des maîtres et des ersatz du moment. « Ruins of Azl’Aôm » par contre, apporte une pêche d’enfer et pas mal d’éléments supplémentaires, que ce soit des riffs endiablés et alambiqués et des orchestrations soignées de Julien Marocco, qui était aussi présent sur l’album « A Neverending Pain of a Betrayed Man ». L’aspect oriental se fait davantage ressentir, dans les ambiances, les riffs et le chant arabe de Salomé Perli, au timbre qui se rapproche de celui de Shlomit Levy (OL). D’ailleurs, le final acoustique à la luth rappelle une nouvelle fois les Israéliens sur le final de leur première version de « The Storm Still Rages Inside ». Encore une fois, les maîtres de l’oriental ne sont jamais loin !

C’est sans doute « The Mirror of Life » qui change un peu, malgré le riffing principal très proche des grands du prog. L’ambiance est bien chaleureuse, avec cette dualité de guitare et la voix aérienne de la guest Aleksandra Radosavljevic. Les influences sont bien intégrées même si le mélange de sonorités peut apparaître un peu brouillon. Toutefois, le tout embarque l’auditeur, autant dans les parties plus lancinantes que dans les parties plus rapides et agressives.

Il est de plus en plus risqué, désormais, d’officier dans l’oriental metal quand on ne prend pas assez de risque pour créer une musique qui change et qui apporte une émotion nécessaire. Anas Abid, justement, ne semble pas être assez casse-cou, sans doute à cause de ce désir de toucher le plus de monde possible. Mais dans ce domaine là, il faut vraiment prendre de l’avant et se forger une identité solide. Ce « Bismillah », malgré ses bons points, n’est pas assez fort et couillu pour sortir du lot car trop proche, dans tous les cas, des sorties prog et/ou orientales.

 

Eclipse (UKR) : Triumph of the Pain

Ξ mai 4th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Eclipse (UKR) : Triumph of the Pain Eclipse est né en 1995 des cendres d’une formation grindcore qui n’aura duré que deux ans, Sacral Suicide. Les membres rescapés ont su tenir le cap pour ne pas chavirer et continuer leur carrière, pas si productive que ça. En effet, c’est quand même en 2009 qu’est sorti le vrai premier opus du nom de « Grind, Suffer, Dreams », suivi de prêt par ce « Triumph of Pain » enregistré en 2010 et mis en circulation fin 2011 par le label underground More Hate Productions.

Il s’agit donc maintenant d’un trio officiant dans un brutal death metal coloré. Sa musique est aussi originale que son nom et pour cause, le combo semble largement influencé par Cannibale Corpse et la scène brutale américaine en général. Ceci dit, Eclipse arrive tout de même à varier son propos et à être aussi efficace que possible. On ne recherche pas du tout l’originalité de la chose mais la violence et l’agressivité des compositions, sans non plus tomber dans le bourrinage inutile.

Eclipse ne fait absolument pas de cadeau et la pochette vicieuse peut nous indiquer le chemin. Au vu de breveté de l’album, on sait qu’on va passer une demi heure de pure méchanceté. C’est directement le cas avec le premier « Ak-47 » qui impose ses marques et fait pencher la balance du côté de Cannibale Corpse. Samples de guerre, batterie aussi rapide qu’une mitraillette, riffs maîtrisés, Eclipse a tout de même plus d’une corde à son arc et surtout une bonne expérience, même s’il n’a pas beaucoup composé.

Les Ukrainiens ne misent pas tant que ça sur la technique des grattes, qui se veulent tranchantes quand il faut. Elles peuvent paraître assez linéaires sur le riffing comme sur « Last Breath » mais elles arrivent à suivre un rythme qui peut être très rapide ou mid tempo. Par contre, « Mindsuffer » parvient mieux à attirer notre attention avec un côté acéré à toute épreuve, une certaine technicité dans le solo et la manifestation d’une basse déchaînée et très bien mise en avant.

C’est sans aucun doute la voix qui reste la plus variée, et ce dans l’ensemble des titres. Que ce soit le growl très caverneux, le growl moins maîtrisé, le chant criard, le pig squeal ou même les murmures, on en voit de toutes les couleurs, autant dans les morceaux sus-cités que dans l’éponyme « Triumph of the Pain » qui ne fait décidément pas dans la dentelle du haut de ses quatre minute quarante sept. D’ailleurs, il semblerait que les titres les plus longs soient les plus expérimentaux, à l’image de « Dream Forgotten After First Try », qui se veut à la fois assez progressif et source de bidouillages en tout genre, que ce soit avec la basse, avec la guitare, en particulier les soli, ou avec les ambiances et les rythmes, ce qui apporte un peu d’air et de répit dans ce déluge de sang et de boyaux.

Ne cherchez donc pas ici un death metal raffiné et un temps soit peu mélodique. Si vous voulez oublier l’originalité et vous diriger vers quelque chose de très brutal et tronçonneur, essayez donc ce « Triumph of the Pain », qui, comme son titre l’indique, fera en sorte de vous faire souffrir jusqu’à la fin.

 

Lamia Culta : Patre Satane

Ξ mai 2nd, 2012 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Lamia Culta : Patre SataneLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’on voit de tout avec le black symphonique. Il y a les scènes qui se portent bien voire très bien, comme le berceau Norvégien et la brutale Pologne, celles qui arrivent à se faire un petit nom comme l’Américaine ou la Française, celle un peu trop disparate mais qui sort du lot comme la Russe, et celles dont on entend très peu parler, comme l’Allemande ou encore l’Ukrainienne…à tort ou à raison !

C’est avec l’Ukrainienne que nous allons nous familiariser. Le pays est beaucoup plus connu pour son black metal de qualité que pour ses symphonies. Et ce n’est sans doute pas pour rien. Le coin renferme déjà peu de groupes, et les quelques qui arrivent à se frayer un chemin n’ont pas forcément reçu le succès qu’ils espéraient. Capitollium ou Lamia Culta par exemple. Les ex membres du premier sont partis créer le second, accompagnés de membres de Molphar. Et si on connaît un temps soit peu les compositions de Capitollium, on peut d’ors et déjà se faire une idée de la musique de Lamia Culta.

Les musiciens ne sont pas forcément réputés pour leurs morceaux de qualité, et quoiqu’on en dise, Lamia Culta semble être sur le point de suivre ses traces. Les musiciens de Lviv sortent leur tout premier album en août 2011 alors qu’ils se sont quand même formés en 2003. Et ce n’est pas pour autant que la bonne surprise est de mise. Bien que la production soit tout à fait acceptable et que le label dégoté, More Hate Productions, soit bien adapté à leur univers, il s’avère qu’il manque des points capitaux qui permettraient à Lamia Culta de se faire un véritable nom.

Les Ukrainiens semblent ne pas réellement savoir où se placer, entre opter pour un son typiquement 90’s ou choisir un ensemble plus moderne et plus proche de ce qui se produit actuellement, en Russie par exemple, avec ces groupes à la production parfaite sans toutefois réelle panache. Ils se retrouvent donc avec le cul entre deux chaises, pour plaire aux uns, et aux autres. De plus, il faut dire que le groupe ne prend pas énormément de risque, car il se dote d’une recette déjà entendue depuis des années et des années : un black destiné à Satan et aux symphonies plus crées dans le but de soulever une ambiance morbide que d’embarquer l’auditeur dans un univers atypique. Ajoutez à cela le manque d’originalité et de personnalité, et vous avez ce « Patre Satane ».

L’album prend parfois appui du côté de la scène norvégienne, avec les deux premiers morceaux « Patre Satane » ou « Mesa », avec des claviers très mis en avant, et des va et vient de mélodie. Sans oublier la dualité des vocaux et un léger passage atmosphérique sur le premier, qui fait penser à Arcturus. Sur « Lucifer », en revanche, on se retrouve avec plein de chose, un léger côté folk pour ce qui est des instruments plus « traditionnels » et un côté black symphonique à la Russe avec cet aspect parfois théâtral, un dialogue très énervé et parfois cacophonique entre deux types de voix.

Lamia Culta manque aussi de pas mal de folie et d’inventivité, et il peine à nous en envoyer de toutes les couleurs. Du coup, l’auditeur peine à rester en haleine à cause de cette monotonie et de ce déficit de prises de risque. On s’ennuie ! Et trop souvent d’ailleurs. Quoique c’est vers le milieu/fin qu’on se retrouve avec plus d’entrain et plus de rage. « Invocarum » ou « White Delirium » sont bien dynamiques avec de bons blast beats, des claviers tantôt atmosphériques, tantôt symphoniques, des riffs entraînants, et une voix qui, cette fois, arrive à décoller et à se montrer plus hargneuse. Il faut dire que c’est une femme qui hurle, Karina Kulyk. Mais dans le genre, on aura entendu mieux, comme le combo uniquement féminin de chez Blackthorn.

On retrouvera aussi les traditionnels vents et cloches ainsi que les chants possédés et certaines petites clochettes. « Wraith » propose une palette de nouvelles sonorités, ce morceau est même un des plus prenant et original de l’album et grâce à sa longueur correcte, on arrive à tenir en haleine jusqu’au bout. En même temps, avec une durée moyenne de six minutes trente, il n’est pas facile de se laisser prendre au jeu avec un black symphonique linéaire et pas risqué pour un sou.

Il faut donc attendre la fin pour avoir les bons morceaux, mais ce n’est pas suffisant. Il va falloir faire beaucoup plus lors du prochain album pour, non seulement nous satisfaire, mais en plus sortir l’Ukraine de cette mauvaise réputation en termes de black symphonique. En espérant que Lamia Culta se prenne en main et nous concocte des morceaux aussi bons que « Wraith », par exemple, il ne faudra pas compter sur ce « Patre Satane » pour se délecter de bon black symphonique. Dommage.

 

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