Astral Tears : Hypnotic

Ξ mai 10th, 2012 | → 0 Comments | ∇ Melodic Metal, Oriental Metal |

Astral Tears : HypnoticEn ce moment, les femmes ne sont pas tant à l’honneur que ça, et bien que l’on entende beaucoup de donzelles dans tout ce qui se rapporte au metal symphonique ou gothique, il n’est pas forcément facile d’entendre une voix féminine dans d’autres styles de metal. Les Eths, Arch Enemy, The Agonist et consorts n’ont plus rien à prouver depuis longtemps, mais on aimerait que des groupes mettent en avant un peu plus de féminité dans des genres où on ne l’attend pas forcément.

Le metal oriental, par exemple. Dans tous les groupes existants, on a du mal à entendre une femme, sauf dans Orphaned Land, ou peut-être Arkan. Mais dans tous les cas, les demoiselles n’ont pas le monopole et se retrouvent reléguées au second plan, juste histoire d’apporter une touche arabisante en plus. Astral Tears, groupe français orléanais, n’a pas fait cette erreur et il faut dire que c’est le charme de la chanteuse qui fait sa force. Ici, Beyza, d’origine turque, est LA chanteuse du quatuor et il faut dire qu’elle est très bien mise en avant dans cet ensemble pris entre le metal mélodique, le metal moderne et le metal oriental.

Astral Tears, ce sont des débuts acoustiques qui se sont transformés en metal. C’est aussi une envie d’assouvir une énergie débordante en tentant de créer des compositions originales. Le combo réussit tout de même ce pari, à savoir sortir du lot et proposer un album à l’identité qui lui est propre. En effet, les Orléanais ne se contentent pas que de metal mélodique, bien que ce soit le terme qui saute le plus aux oreilles, mais ils profitent de ce statut « mélodique » pour intégrer un panel d’éléments, que ce soit un son relativement moderne et dans l’air du temps, des éléments progressifs, des touches expérimentales sur certains passages, un groove assez neo sur les bords, mais surtout, et ce qui fait leur force, les éléments orientaux.

La France n’est pas forcément le pays le plus réputé pour son metal oriental, même s’il y a Arkan, en véritable fer de lance. Ici, en tout cas, Astral Tears n’en abuse pas mais ajoute la dose nécessaire afin de transporter l’auditeur dans l’orient. Sans vouloir vous désillusionner, l’oriental n’est pas l’élément primordial des compositions, toutefois le groupe profite des origines culturelles de Beyza pour apporter les influences nécessaires. Et ça fonctionne bien…

De prime abord, en écoutant les premiers morceaux, c’est à dire « Hate the Enemy» ou « Sinner », on ne peut que penser au groupe italien Lacuna Coil. La ressemblance reste assez saisissante, tant dans le riffing que dans la voix charmante de Beyza. Cependant, pour un début d’opus, on reste quelque peu sur notre faim…certes, les guitares sont lourdes et le rythme dynamique, et on sent directement que c’est ce qui fait la marque de fabrique d’Astral Tears. Mais il manque une touche d’originalité et un soupçon de piment, et pour un début, il y a de quoi douter sur le reste de l’opus.

C’est une fois passé le cap de « Desire » qu’on se rend compte de la force d’Astral Tears et de son côté assez novateur sur la scène française : l’exotisme. Le titre est assez oriental sur l’introduction et les couplets, que ce soit l’utilisation des percussions, des guitares ou de la voix de Beyza, très sensuelle et très arabisante lors des mélodies. Astral Tears arrive à mêler lourdeur et charme sans grande difficulté. Il arrive aussi à faire enchaîner ses morceaux avec cohérence. Preuve en est avec le duo « Desire »/ « Behind the Curtains » : on a l’impression qu’il s’agit d’un et même titre. Mention spéciale, en tout cas, pour sa montée en puissance inattendue.

La suite de ce « Hypnotic » se veut très punchy et bien rentre dedans, sans non plus tomber dans l’extrême. Les instruments sont pour le coup bien utilisés mais on regrette le manque de modulation et des guitares, et de la voix de Beyza. Difficile de l’entendre changer d’intonation car elle reste souvent sur ce même plan qui peut rendre certains passages très monotones. Idem pour les riffs, pas si variés que ça, mais suffisamment lourds pour garder l’auditeur attentif. Sauf peut-être sur « Awake », assez expérimental tout de même, avec ces changements de styles en cours de route, que ce soit le break typé metalcore, le fond très oriental dans la mélodie, le début assez djent avec cette guitare technique et dissonante, et ce côté atmosphérique, encore une fois pas si loin de Lacuna Coil, l’exotisme en plus. Pour le coup, ne vous attendez pas à des instruments typiquement orientaux tels les traditionnels oud, sitars et autres flûtes kaval. En réalité tout est dans la voix, certains riffings, certains types de percussions, rien de plus. Comme sur « My Reality », par exemple, qui met l’accent sur une atmosphère arabisante, sans non plus en faire trois tonnes.

De toute façon, plus on avance dans l’opus, plus on découvre des touches orientales. Comme pré-cité, ce n’est pas avec une écoute du début que vous pourrez vous faire une idée de la personnalité d’Astral Tears. Et il s’avère que les Orléanais ne sont pas si faciles que ça à cerner. Pas plus mal, dans un sens, cela nous permet de passer plus de temps à découvrir leur musique et les écoutes supplémentaires permettent de se rendre compte de choses qu’on n’avait pas encore appréhendées.

Le côté doux par exemple : même si l’ensemble reste très « in your face », très tranchant, le groupe apporte des touches calmes et sereines, comme un « Rebirth », qui grésille (je le précise, c’est fait exprès), un « Obsession » planant et lourd à la fois, ou un « Forgotten » acoustique très chaleureux qui me donne l’impression d’être chez moi.

Hormis ça, Astral Tears met à profit son côté moderne en ajoutant des sonorités électroniques. Ces dernières sont plutôt rares, mais suffisamment présentes pour qu’on les repère rapidement. Rassurez vous, ce sont juste des « touches », rien de bien méchant ou d’étouffant, au contraire. Elles tendent à relever certains passages et apporter une atmosphère supplémentaire, que ce soit sur le pont de « Desire », sur l’introduction de « Back to Life », qui précède un déferlement de riffs costauds, sur « Obsession », afin d’accompagner la guitare, ou sur « My Reality », fonctionnant ainsi comme un rythme.

En dépit des apparences (la pochette fait plus cybernétique qu’orientale, sauf au dos, où on retrouve des minarets), ce « Hypnotic » d’Astral Tears reste assez complet, exotique et dynamique. Toutefois il serait exagéré d’en faire une montagne, dans la mesure où il y a encore beaucoup de choses à revoir, que ce soit la variété des riffs ou la modulation du chant de Beyza. Par contre, la production reste très bonne et est un point très positif dans l’appréhension de la musique d’Astral Tears.

Finalement, si le groupe passe par là, il se pourrait que le metal à chanteuse français non symphonique non prog non criard en prenne un coup, car les Orléanais ont pour le coup un bel avenir en perspective. Espérons qu’ils aient suffisamment d’oreilles pour apprécier leur œuvre.

 

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