Eternal Tears Of Sorrow : Saivon Lapsi

Ξ février 28th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Blackened Death Metal |

Eternal Tears Of Sorrow : Saivon LapsiOn les attendait de pieds fermes ces Finlandais, près de quatre ans après le bon « Children of the Dark Waters ». Ils sont aujourd’hui de retour avec leur septième méfait nommé « Saivon Lapsi », premier opus à se doter d’un patronyme finlandais. Le sextet continue sur sa lancée avec un death mélodique symphonique teinté d’éléments black et gothiques. La recette ne change pas vraiment et les adorateurs du groupe ne devraient pas trop être dépaysés. Oui mais…

Eternal Tears Of Sorrow a passé un cap crucial. Maintenant qu’il a adopté pour de bon un son symphonique et que le chant clair fait partie intégrante des compositions, il semble s’être légèrement reposé sur ses lauriers. Finis les ambiances prenantes, le tranchant des vocaux et le côté cristalin des claviers. C’est le superficiel et l’édulcoré qui prend le dessus. Bien sûr, quand on parle d’un groupe comme ETOS, il faut en aucun cas s’attendre à de gros riffs, à de gros blasts beats ou à une rapidité extrême. Les gars de Pudasjarvi ont toujours eu l’art de mélanger le côté incisif des guitares à la douceur des mélodies avec une facilité déconcertante, sans tomber dans le mielleux. Avec « Saivon Lapsi », toutefois, ils tendent à insister un peu trop sur la mélodie et le côté « cul-cul » des compositions, ce qui les rend bien fades et superficielles…

Même si on retrouve la patte d’ETOS, on sait cependant qu’ils ont fait beaucoup mieux. Les titres nous enchantent beaucoup moins, on peine à retrouver la magie des opus précédents. Les claviers ont une place prépondérante et volent souvent la vedette aux guitares, qui se font plus discrètes. Le chant extrême d’Altti côtoie le chant clair de Jarmo tandis que de nombreux chœurs féminins apparaissent ici et là. Le rythme peine à décoller, ce sont les mid tempos qui sont à l’honneur, avec un batteur faisant le minimum vital.

Il ne faut pas espérer avoir une première partie d’album phénoménale. En fait, ETOS semble avoir maladroitement agencé ses morceaux. Les deux instrumentales « Saivo » et « Kuura » n’apportent pas grand chose et cassent le rythme surtout quand un « Legion of the Beast » nous présage que du bon : soli typiquement Etosiens (duo guitares/claviers), rapidité du rythme et sonorités variées. Ca repart bien avec un « Dance of December » au souffle symphonique très prononcé, toujours avec cet impeccable duo guitares/claviers, mais une nouvelle fois, la dynamique est rompue avec l’arrivée de la balade « cul-cul » « Sound of Silence » dans lequel Jarmo et Miriam Renväg (Ram-Zet) se partagent le titre (comme quoi, on peut avoir un chant niais tout en étant dans un groupe de schizos…).

Le reste des morceaux est plus intéressant, que ce soit « Beneath the Frozen Leaves » ou « Swan Saivo » avec une bonne dynamique, de bons claviers symphos et une bonne voix. C’est loin d’être mauvais, bien au contraire, mais ça dégouline de mièvrerie, en particulier sur le final « Angelheart, Ravenheart (Act III : Saivon Lapsi) », assez long d’ailleurs, tiraillé entre les parties pleines de bons sentiments et les parties plus tranchantes, mêlant habilement l’agressivité et la mélodie.

C’est dommage car avec le mixage Mikko Karmila (Children Of Bodom, Nightwish…), le mastering de Mika Jussila (Sonata Arctica…) une pochette de Travis Smith (Opeth, Amorphis, Anathema) et le talent d’ETOS, on était en droit d’attendre un magnifique album. Cependant, ce « Saivon Lapsi » est sans doute leur œuvre la moins aboutie à ce jour, les Finlandais ayant troqué leur mélodies enchanteresses contre des mélodies édulcorées sans caractère.

Comme on dit souvent : c’était mieux avant…

 

Inquinok : Dimension of I

Ξ février 24th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Inquinok : Dimension of IInquinok est un groupe qui aime prendre son temps, en témoignent les temps d’attente entre chaque album. Mais il faut dire que le jeu en vaut la chandelle. Non seulement on n’est pas déçus mais en plus on découvre une formation progressant au fil des années, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Ca évite de se retrouver avec une suite d’albums inégaux. C’est donc quatre ans après le correct « Immortal Dawn » que le combo américain revient avec « Dimensions of I ».

Une fois encore, le line-up n’est pas le même. Krelian, le maître à penser et multi instrumentiste, est toujours présent, mais il s’entoure de Dantven à la batterie et d’Andrew Lawrence à la guitare, deux anciens membres désormais de retour. Il faut croire que ce petit retour aux sources permet à Inquinok de se revitaliser. La musique s’en retrouve légèrement perturbée. On a toujours les influences scandinaves, sans doute plus mises en avant cette fois-ci (Immortal, Naglfar ou Emperor pour ne citer qu’eux). On sent de plus que les Américains font un petit tour du côté du progressif, les morceaux sont plus longs et il y a plus de changements dans les structures. Enfin, on s’éloigne davantage des concepts fantasy des deux opus précédents pour se diriger vers des paroles plus personnelles et plus torturées. Le tout devient plus sombre, plus épique, plus mélodique et surtout moins symphonique.

Cela se sent directement avec « Shrouded in Chaos ». Inquinok balance les riffs destructeurs mêlés à une voix pas loin d’un Shagrath, idem sur un « King » qui montre une belle progression ainsi qu’un solo rare mais bien placé. Le groupe sait placer les touches mélodiques et épiques et ne lésine pas sur les blast beats qui appuient sur l’aspect féroce des compositions (« Tormented Skies »). On ne pourra pas dire que cet album touche beaucoup au black symphonique pour le coup. Les nappes de claviers sont présentes pour soulever un passage ou une ambiance et ne sont, en aucun cas, dominantes. De toute manière Inquinok n’a jamais joué sur la prédominance du sympho et, sans le laisser de côté, il l’utilisait avec parcimonie afin de ne pas noyer l’auditeur.

Avec ce « Dimensions of I », c’est différent, puisque ce sont vraiment les guitares qui créent les mélodies et les atmosphères. Les claviers ont juste une place secondaire et servent d’appui sur la majorité des titres. Mais il y a quelques exceptions, comme « Illusion » et son intro impériale orientale, comme un mirage dans le désert, le long éponyme « Dimensions of I », l’excellent « Banner » qui arrive à coupler le tranchant et l’efficacité des riffs black metal à des touches sympho entêtantes, ou l’épique « Shattered » qui joue sur les moments forts.

Inquinok présente une belle amélioration et un bel album. Même s’il ne révolutionne en rien le genre, il se dote d’une réelle efficacité et propose quelque chose de cohérent et de très maîtrisé, rien à voir avec le premier album maladroit « Entranced by Twilight’s Gaze » ou le correct « Immortal Dawn ». Krelian emmène son projet dans la bonne direction, ça c’est sûr, et cet opus est là pour le prouver.

 

Synrah : Dystopia

Ξ février 22nd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Synrah : DystopiaAvec son « God Is an Automaton », Sybreed a montré que le cyber n’était pas totalement en train de mourir et qu’il y avait encore des possibilités à exploiter. Cela donne donc un peu d’espoir quant aux nouvelles formations qui auraient envie de montrer une autre facette au style au lieu de se contenter d’un copier-coller des Suisses ou des piliers de Fear Factory. Cependant, avec un one-man band comme Synrah, on est en droit de se poser des questions. Le cyber metal est un genre souffrant de clichés justifiés (cyborgs, bidouillages en tout genre, son synhétique, manque d’âme) et ce nouvel arrivant est là pour les faire perdurer : logo et design rudimentaires, même ratés, concept revu des centaines de fois, et musique quasi inaudible.

Avec « Dystopia », premier album auto-produit du one-man band américain de Synrah, on est loin de découvrir quelque chose de sensationnel. Autant le dire tout de suite, il est difficile de tenir jusqu’à la fin de l’opus tant ça transpire l’amateurisme et le manque de goût. Cela dépasse même l’entendement. Là où un groupe comme Death Emitted Diode arrivait à se débrouiller en officiant dans un cyber kitsch, Synrah n’arrive même pas à faire du kitsch une marque de fabrique tant on sent que le tout est à côté de la plaque.

Du coup, le cyber/death mélodique de l’Américain ne tient pas la route…on commence pourtant de façon sympathique – mais classique – avec un « Cause » très cybernétique. Rythme robotique, sonorités froides et à l’arrière goût d’acier, mélodies entêtantes. Cela pourrait nous rassurer après avoir vu cette horreur de pochette. Mais à l’arrivée de « Gaia’s Children », tout s’effondre, en particulier lorsqu’on se rend compte que tous les morceaux sont du même acabit. Avec une production très médiocre, cela n’arrange pas les choses. Le son est très brouillon, on n’arrive pas à distinguer les instruments, le chant n’a pas de relief, les sons cybernétiques sont mal exploités. Alors oui, ça sonne complètement déshumanisé, synthétique, froid…mais ça manque de structures, de fond et de forme, de mélodies, de riffs…de tout. Et même si on découvre quelque chose de différent avec « Cxaxukluth », avec des petites percussions sympa, on sent que ça a été programmé avec un programme de base pour PC. En gros, ça manque de crédibilité.

Pas la peine d’en dire davantage tant il est difficile de faire ressortir des points positifs dans cette sortie. « Dystopia » est loin d’être une réussite et Synrah devra faire beaucoup d’efforts pour, d’une, avoir un son correct, et de deux, fournir des compositions qui tiennent la route et attirent l’oreille des amateurs du genre. A éviter.

 

Katalepsy (RUS) : Autopsychosis

Ξ février 18th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Katalepsy (RUS) : AutopsychosisL’attente aura été longue pour certains, car les Russes de Katalepsy n’ont rien sorti de concret depuis 2007, date d’arrivée du premier méfait « Musick Brings Injuries ». D’entrée de jeu, le groupe avait prouvé qu’il pouvait se faire un place sur la scène brutal death dans un registre slam death entre Devourment et Mortician.

Aujourd’hui en 2013, soit dix ans après sa formation, il montre qu’il maîtrise son sujet et avance à grands pas dans la cours des grands avec une signature chez Unique Leader et un artwork de Smerdulak (Distant Sun, Blackthorn). Katalepsy n’est pas le genre de groupe à se mettre en avant, bien au contraire. Il préfère agir dans l’ombre et voilà le résultat…avec « Autopsychosis », il ne s’est pas loupé.

Pas besoin de cinquante écoutes pour déceler une vive amélioration dans le jeu et la technique. Il faut dire que le combo a subi le départ de quasiment tous ses membres, le bassiste Anatoly étant l’unique survivant de la formation originelle. Les nouveaux guitaristes permettent d’apporter un peu plus de complexité et cela se ressent immédiatement dans la qualité et la diversité des riffs, notamment sur « Lucking in the Depth » ou « Evidence of Near Death ». Que ce soit ici, ou ailleurs, on retrouve avec plaisir les sweeps et les palm mute mêlés à une maîtrise de la variation du rythme.

Malgré le changement de line-up, Katalepsy ne perd pas en efficacité, au contraire. Il en gagne. Il offre un mélange bien dosé de parties purement brutal death à la Suffocation et de parties bien slam death où le groove et les breakdowns sont roi. En cela, on ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer car les titres ne sont pas linéaires et aucun ne commence de la même manière.

Du pesant et lourd « The Pulse of Somnambulist » au porcin « Gore Conspiracy » en passant par le rapide « Knife Humility » et l’instru « Needles of Hypocrisy », l’opus nous montre un groupe qui varie son propos et qui sait faire chanter ses guitares autant qu’il sait faire growler son chanteur. Igor se débrouille plutôt bien au micro mais il ne possède pas ce côté animal qu’avait Mirus, son prédécesseur. Il se dirige moins du côté des pig squeals et son timbre est plus grave, plus conventionnel. Cela se ressent dans l’atmosphère générale de l’album, moins gore et malsaine.

Même si ce « Autopsychosis » manque de moments forts, Katalepsy arrive à fournir un album cohérent qui ne manque pas de piment et qui nous présage que du bon pour l’avenir du quintette. Une fois encore, la Russie nous montre qu’elle sait tout faire, avec des groupes excellant dans quasiment tous les domaines…

“Fear is the mind killer

Fear is the little death that brings total obliteration

Where the fear has gone there will be nothing

Only I will remain”

– Frank Patrick Herbert

 

Bog Morok : Syn.Thesis

Ξ février 17th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Bog Morok : Syn.ThesisDeux ans après son bon « Stadiae II », le projet de Morok prend enfin plus d’ampleur. Les critiques sont positives, les concerts se passent bien et les propositions pleuvent. Sans non plus décrocher la Lune, le Russe, avec « Syn.Thesis » a l’occasion de mettre en avant sa musique en signant chez un label plus avantageux, Sound Age Productions, et en écrivant, produisant et mixant tout lui même dans son home studio Flammenform. Les membres qui le suivent ne sont pas officiels et ne sont que des guests. Le line up n’a rien à voir avec celui de « Stadiae II », on retrouve même une chanteuse (Natalya). Que cela va-t-il donner ?

Ici, Bog Morok met l’accent sur le rejet de la religion et sur la montée en puissance d’une société méprisant sa population, sous couvert d’une ambiance futuriste. On retrouve le même mélange que sur l’opus précédent, à savoir un mélange d’indus/cyber, de néo et de metal expérimental. La différence se sent dans la façon d’agencer les éléments et les morceaux, ainsi que dans l’inspiration. Le chant a beau être mieux mis en avant, il tend à desservir les compositions, par son manque de puissance, son côté agaçant et sa trop grande prédominance (« Agoraphobic », « System May Fail »). Les guitares savent être tranchantes mais sont souvent recouvertes par les arrangements électroniques et les samples. La batterie a le monopole sur les titres les plus mécanisés. Il y a aussi cette linéarité qui nous empêche d’apprécier réellement l’oeuvre, car on a souvent l’impression d’écouter la même chose : Morok peine à diversifier ses compositions, cela se ressent sur la longueur (tout de même 18 titres…) ainsi que les remixes qui ne font qu’accentuer cette impression de stagnation.

« Syn.Thesis » détonne complètement par rapport à un « Stadiae II » inspiré et mélangeant les genres pour un résultat convainquant. Ici, on a du mal à trouver des morceaux qui nous conviennent réellement car la plupart sont en demi teinte. On a du bon et du moins bon. « Prelude » aurait pu faire une bonne intro, guidée par la basse et les sons électroniques mais elle est vite perturbée par le chant. « Generic » montre un riffing typé Meshuggah avec le chant féminin de Natalya mais ça devient vite répétitif, voire ennuyant. « Cybergod » porte bien son nom, il est très cybernétique mais une fois encore, ce sont les vocaux qui pêchent, trop monotones.

Ce sont toutefois les morceaux les plus électroniques qui sont les plus réussis. Les bidouilles rappellent les machines tandis que les nappes dépeignent un univers futuriste comme « Epitaph », « Nepenthes » ou encore « Zombie Hunter », plus technique et entraîné par des samples tout droit tirés du jeu vidéo à succès Half Life 2.

Si « Stadiae II » présentait une entité prometteuse et intéressante, « Syn.Thesis » en montre une qui se repose sur ses lauriers. On est loin de prendre son pied avec ces dix huit morceaux et ces longueurs, car il n’y a pas grand chose à retenir. Dommage, car Morok s’est sans aucun doute tiré une balle dans le pied alors qu’il aurait pu profiter de son arme pour ralentir ses concurrents (Illidiance commençait à peine à se faire connaître avec « Insane Mytheries to Demise »…).

 

Nebelkrähe : Lebensweisen

Ξ février 15th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Avant Garde Black Metal |

Nebelkrähe : LebensweisenIl faut croire que Target Distributions/Mighty Music sont en train de devenir les Code666 danois car ils partagent la même passion pour les groupes bizarres et sortis de nulle part. Encore une fois, ils nous présentent un ovni mieux connu sous le nom de Nebelkrähe, un quintette allemand originaire de Munich et fondé en 2007. Au départ, c’est dans le death/black metal traditionnel que se dirige les musiciens et c’est quasiment du jour au lendemain qu’il décide d’emprunter le chemin tortueux du progressif et de l’expérimental avec « Entfremdet ». Contrairement aux attentes, ils réussissent leur premier coup d’essai et ont l’honneur de tourner aux côtés de Bethlehem, Negura Bunget, Odem Arcarum etc.

Cette année marque le retour des Allemands avec le nouveau « Lebensweisen » dont le processus d’écriture aura mis deux ans. Mixé et masterisé par Christoph Brandes aux Iguana Studios (Imperium Dekadenz, Necrophagist…), l’opus montre de nouveau une prise de risque de la part de Nebelkrähe qui sort des sentiers battus afin de nous offrir une forme de black avantgardiste. Difficile de poser une réelle étiquette sur les travaux des Allemands tant on sent leur volonté de ne pas être catalogués. Le côté progressif et expérimental se fait très ressentir au sein d’un black metal tiraillé entre parties classiques et parties innovantes. Alors il faut réellement s’accrocher pour tout suivre, car la longueur des morceaux et leur diversité en font un ensemble complexe.

« Versucher » ouvre le bal avec un ensemble plutôt technique. Les riffs ont le monopole ainsi que le chant black criard. On alterne parties rapides / parties plus lentes avec un certain savoir faire, jusqu’à un final rythmé par des soli en tout genre. « Mit Glut auf den Lippen » montre une facette différente, allégée par des guitares acoustiques et un doux chant féminin. L’agressivité du black et du chant écorché détonne complètement avec cette longue introduction, l’élan étant interrompu par un break au violoncelle.

On touche à l’épique digne de ce nom avec « Mut & Demut », dynamique et entraînant. On tend à se dire que l’on revient à la normale, vers un black metal metal plus traditionnel. Jusqu’à ce que l’impensable arrive : du funk. C’est déroutant d’entendre ces touches et rythmiques typiques du style avec un chant black. Ceci fait, on part vers le tribal avec des percussions et une ambiance bien relevée. Et là on se demande vraiment sur quoi on est tombés.

Eh bien, sur un groupe qui n’a pas peur d’intégrer des éléments hors metal dans son black metal. On n’ira pas jusqu’à dire que le mélange va changer la face du monde ni celle du black metal en lui-même, mais il est clair qu’il s’agit d’un ensemble plus innovant que celui du dernier God Seed. Il n’est pas évident d’apporter des comparaisons avec des titres mélangeant le black et le funk, le black et le jazz (« Der Flaneur »), le black et la valse (« Lebensweisen »). C’est assez impromptu, on ne s’y attend pas et en même temps, à force de plonger dans l’album, on se dit, quand un nouveau morceau arrive : que vont-ils nous faire maintenant ? Et même quand des parties « normales » font leur apparition, comme le death/black de « Das Karussell », on se dit forcément que ça ne va pas durer. Et on n’a pas tort…

C’est peut-être un peu trop osé toutefois, on se perd souvent dans ce labyrinthe de sonorités et de style, à l’image de la pochette de l’album où un petit bonhomme se perd dans une multitude de chemins telle une empreinte digitale. D’un côté, cela représente bien le style de Nebelkrähe, qui a bel et bien une identité propre. En cela, son album « Lebensweisen » n’est pas vraiment comparable et sort des sentiers battus. Et c’est ce qui pourrait lui faire du tort. Un opus trop original, un peu fourre-tout au final, guidé par une production sans doute trop clean et un manque d’accélérations et de blast beats. Si on n’aime pas trop ça et qu’on est habitué à la brutalité pure, on s’ennuie, c’est sûr. Mais il ne faut pas mettre de côté le travail passé et le rendu barré qui apporte un peu de piment à l’ensemble. Les curieux et amateurs de bizarreries devraient tenter ce « Lebensweisen ».

 

Dionysus (PAK) : Hymn to the Dying

Ξ février 14th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Doom/Death |

Dionysus (PAK) : Hymn to the DyingDionysus fait partie des quelques privilégiés ayant la possibilité de se trouver une place et de se faire un nom dans la petite scène pakistanaise. Formé en 2010 et guidé par les frères Ahmed, le groupe a su faire parler de lui et s’exporter hors de leur Asie natale, en témoigne cette signature chez les Suédois très respectés de Salute Records. Le trio met en avant sa personnalité atypique avec la sortie de leur premier EP « Hymn to the Dying », dédié aux morts et à tous ceux qui vivent dans le déclin et la pauvreté.

L’EP s’ouvre avec un morceau acoustique, « Glimpse of the Beloved », distillant une atmosphère fraîche et douce grâce à une mélodie limite moyenâgeuse. La qualité du son et la légèreté de l’ambiance détonnent avec le reste de l’opus, légèrement plus raw, plus brute de décoffrage et plus écrasant, emmené de bout en bout par une mélancolie pesante.

L’étiquette de « doom/death » que se donne le trio n’est pas totalement juste dans la mesure où on se retrouve davantage avec un black metal tristounet parfois épique, bercé des changements de rythme réguliers. « Valor of the Phoenix » ou « Bathing in Unholy Blood » le montrent bien, avec leur rapidité, leurs riffs et leur voix écorchée typiquement black. Quelques éléments death metal s’introduisent timidement, notamment les growls, mais aussi des touches folkloriques comme une flûte traditionnelle, ou un ou deux soli épiques.

Toutefois, « Burial Ground » et « Angels of Heaving Light » fonctionnent comme des contre exemples, car c’est bel et bien à un doom/death auquel nous avons à faire. Raw et mélancolique, il met en avant des parties lourdes embarquées par le growl caverneux de Waleed et quelques touches acoustiques. Il faut croire que les frères Ahmed sont très friands de ces incursions légères et douces, tranchant littéralement avec le pesant et le côté écorché de leurs compos. Le dernier morceau met d’ailleurs plus le paquet sur les chants clairs et les murmures, comme des prières,

Difficile de se faire un avis définitif sur le travail de Dionysus, qui livre un EP correct, souffrant de quelques linéarités, mais personnel et bercé par les origines culturelles des frères Ahmed. « Hymn to the Dying » met en relief un pays dont le metal est tourné vers l’extrême et qui manque réellement de reconnaissance, la faute à certaines lois en vigueur et à un manque certain de distribution. Alors si vous ne connaissez pas la scène pakistanaise, profitez-en.

 

Ad Extirpenda : Cathartic EP

Ξ février 11th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Ad Extirpenda : Cathartic EP1208-1244 : le Midi toulousain est frappé de plein fouet par une hérésie religieuse dénommée le catharisme. Afin d’agir contre les hérétiques, le pape Innocent III décide de recourir à la force pure et dure. Une expédition contre les cathares est mise en place : la Croisade contre les Albigeois.

C’est cette thématique que mettent en valeur les Nantais d’Ad Extirpenda avec ce premier EP « Cathartic », influencés par les dérives du Moyen-Âge et les méthodes extrêmes, à l’image de son nom de scène, relatif à la légitimation de l’usage de la torture dans le cadre de l’Inquisition. Fondé en 2008, ils officient dans un black/death symphonique aux touches heavy, médiévales et épiques.

Dès le premier morceau, « The Inquisitor », il y a plusieurs choses qu’on ne peut que remarquer. Tout d’abord, la production laisse à désirer et ne met pas toujours en valeur les instruments et les voix, d’autant plus que l’introduction tend à sonner kitsch. Ensuite, cette dernière est censée nous emmener tout droit dans le délire des inquisiteurs. Le clavecin n’est donc pas de rigueur, surtout qu’il ne date pas du XIIIe siècle mais d’un peu plus tard. Puis, on ressent quelques influences Satyricon dans ce heavy/black symphonique, mais aussi Comédie Macabre, lors d’un monologue au centre du titre, accompagné d’une ambiance sombre et du clavecin.

C’est à partir de « Béziers » que l’ensemble devient plus cohérent. Même si on a vu mieux dans le genre, l’intro mystérieuse au piano fait place à un côté épique où les claviers prennent plus d’importance. Les guitares ont un certain tranchant, ce qui fait un contraste avec le chant, qui manque de profondeur et d’efficacité. Dommage, car on se situe du côté du Sac de Béziers, la ville étant assiégée par une armée de croisés.

« Holocauste » met en avant les diverses influences d’Ad Extirpenda avec cette conclusion relatant les excès de l’Inquisition. Mais le titre sonne trop propre, trop gentillet, malgré des paroles en français explicites. Ca manque d’agressivité, d’atmosphères pesantes et terribles, pour pouvoir emmener l’auditeur dans l’horreur des massacres et des tortures.

Au final, on n’a pas vraiment l’impression d’avoir été faire un tour du côté de l’Inquisition tant les titres sont uniformes, parfois plats et loin d’être forts en émotions. Seul « Béziers » sort du lot, avec son côté épique et sa dynamique, mêlant bien le black et le death au sympho. On regrette au final qu’Ad Extirpenda n’ait pas été au bout de ses idées, et on attend le prochain opus avec une certaine curiosité, en espérant que les Nantais s’améliorent et soient plus cohérents.

 

Saille : Ritu

Ξ février 6th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Saille : RituIl est grand temps de quitter la vague russe qui nous assomme pour se diriger dans un pays plus proche qu’on ne l’aurait imaginé. Qui aurait crû que la Belgique renfermerait un jour un des groupes de black symphonique les plus prometteurs du moment ? La sortie de « Irreversible Decay » en 2011 nous avait fait découvrir un combo en grande forme, délivrant un art noir déroutant, fouillé et percutant. Saille est bien loin du cliché actuel mettant en avant une musique plus extrême que black, plus pompeuse qu’inspirée. Il délivre, avec autant d’audace que d’imagination, un ensemble particulièrement intense, violent et sombre qu’il serait dommage de rater.

Si le projet du claviériste Dries Gaerdelen était, à la base, totalement voué au studio, il s’avère qu’il prend de plus en plus forme, au point de créer des opus riches et d’effectuer des prestations live remarquées aux côtés de Melechesh, Ancient Rites ou Izegrim pour ne citer qu’eux. 2013 marque un nouveau bouleversement dans la carrière de Saille avec la sortie de « Ritu » enregistré aux Shumcot Studios, masterisé par Tom Kvalsvoll aux Strype Audio (Mayhem, Emperor, Arcturus, Limbonic Art) et de nouveau signé chez les Italiens de Code666. Les Belges conceptualisent leur album en le basant sur les rites funéraires des cultures anciennes et en s’inspirant de Lovecraft. Enfin, ils s’entourent de musiciens guests pour ce qui est des orchestrations.Le programme s’annonce sombre et raffiné…

D’entrée de jeu, la froideur des guitares et l’ambiance épique propres à Saille se font ressentir. « Blood Libel » commence en beauté avec une noirceur toute particulière et un léger côté théâtral proche de Carach Angren. La déflagration de guitares typiquement black metal ne se fait pas attendre, et les interludes au violon apportent beaucoup de piment, surtout lorsque les mélodies sonnent malsaines. « Subcutaneous Terror » enfonce le clou avec sa rapidité et son agressivité sans failles, son sens de la mélodie et du symphonique. Les orchestrations sont loin de recouvrir les guitares, qui gardent le premier rôle. La preuve avec le solo atmosphérique proche de celui d’un « Grotesquery Conceiled… » de Dimmu Borgir, la rapidité en plus.

La diversité des rites prennent plus de place par la suite, avec un « Fhtagn » incantatoire, référence ultime au Cthulhu de Lovecraft. « Sati » reprend le nom de la coutume funéraire hindoue dans laquelle la veuve s’immole. Du coup, on n’est pas étonnés de retrouver le bruit des crépitements du feu, de la sitar, des chants traditionnels féminins, et la répétition du mot « Sati », comme un mantra, dans un morceau particulièrement riche et dérangeant, guidé par la variété des instruments et les terribles cris de Dennie.

On retrouve la force et la puissance du black symphonique à l’intérieur d’un morceau comme « Haunter of the Dark ». Saille varie les plaisirs, en nous offrant un tas de moments forts, comme cette déflagration, cette montée en puissance, ce jeu impeccable de batterie, ces choeurs, ces mélodies sombres et prenantes…sans oublier un « Ritual Descent » progressif et au final grandiose.

Difficile de trouver des points négatifs dans tout ça tant Saille arrive à se démarquer du lot. « Ritu » ne souffre d’aucune linéarité ni d’aucun temps mort et se dote d’une richesse et d’une force rares. L’osmose entre tous les instruments est quasi parfaite, les parties symphoniques sont mesurées et les parties purement black metal ne manquent pas d’accroche et d’efficacité. « Ritu », meilleur que l’ensemble des sorties actuelles ? Meilleur qu’ « Irreversible Decay » ? Oui, sans aucun doute.

 

Blood Of The Arsonist : Exodus

Ξ février 3rd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Melodic Metal, Oriental Metal |

Blood Of The Arsonist : ExodusSingapour a beau être petit, c’est un des pays asiatiques les plus actifs. La scène est en ébullition depuis quelques années, on en finit plus de voir arriver de jeunes formations avec un talent fou, suivant les traces des vétérans du coin. Elles ont aussi le don de proposer quelque chose de différent, loin des standards actuels. Du côté de l’extrême, on découvre aussi des musiciens inspirés se dirigeant du côté de la subtilité et de l’originalité, à l’image des Blood Of The Arsonist. Formé depuis deux ans maintenant, le quintette a choisi d’officier dans un mélo death suédois à la Amon Amarth couplé à l’esprit oriental et exotique d’Orphaned Land, de Nile ou de Melechesh.

C’est dans cet esprit que le premier EP voit le jour à l’été 2012. « Exodus » représente un combo désireux de se diriger vers d’autres horizons et de quitter leur Asie natale. Direction le Moyen-Orient et plus particulièrement le désert égyptien. La thématique principale des Singapouriens rappelle celle d’Amaseffer, basée sur l’exode. Le premier morceau nous met immédiatement dans le bain avec une introduction instrumentale mettant en avant des nappes symphoniques impériales et un solo de guitare oriental. Le tout nous amène naturellement à la déflagration de « Marching into the Abyss », guidée par les guitares insistantes d’Adly et d’Izzat.

Ce n’est pas sur ce genre de titre que les influences orientales se font ressentir, mais beaucoup plus sur un « Sentiment » thrashy, où le tranchant des guitares se taille la part du lion. Les musiciens tendent à assurer niveau technique, ils ne lésinent pas sur les soli et l’alternance entre vélocité, mélodicité et brutalité pure. Seul Shafiq semble en retrait avec un growl qui peine à percer, encore assez amateur et manquant de puissance.

La suite se veut beaucoup plus encourageante dans la mesure où Blood Of The Arsonist arrive à entraîner l’auditeur dans son melting pot. Certes, on est loin du côté captivant des plus grands, mais on retrouve un style et une efficacité toute particulière. Toutefois, ça manque un peu de charisme, la faute sans doute à une production faite maison, pas forcément à la hauteur de nos espérances. De plus les cinq morceaux passent très vite et ne font office que d’amuse-bouche : on aimerait en découvrir davantage. C’est avec un sentiment de frustration qu’on attend leur premier full length, en espérant que ces petits Singapouriens dépassent leurs limites.

 

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