Aquilus : Griseus

Ξ mars 31st, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic, Symphonic Black Metal |

Aquilus : GriseusLes voyages musicaux. Il n’est pas toujours aisé de trouver l’œuvre adaptée à nos exigences, à notre sensibilité, à nos goûts. A la découverte d’un opus susceptible de nous plaire, on finit la plupart du temps par être frustré. Pas assez de ça, trop de ça, etc. L’excitation laisse alors place à la déception et nous continuons inlassablement une ruée vers l’or, la pépite, le bijou qui nous rendra satisfait et content de notre acquisition. Comme une quête vers la plénitude auditive. Et là arrive l’album attendu…

Originaire d’Australie, Aquilus arrive comme une fleur au cœur d’une scène metal atmosphérique encore trop disparate. Il n’a que quelques démos en poche, peu de moyens, un manque cruel de promotion et de distribution, un cercle de fans limité et pourtant arrive l’inconcevable : la création d’un album repoussant les limites du possible et propulsant l’auditeur au sein d’un rêve éveillé. « Griseus ». LE voyage musical.

Il sort en auto-production fin 2011 et se compose de 8 titres pour une longueur totale d’une heure vingt. Même pas besoin de regarder un film, Aquilus nous offre une musique qui nous apporte des images. Il suffit de fermer les yeux et nous voilà projetés dans le monde de l’Australien, dans des prairies et des montagnes, dans un camp, au bord de l’eau, au sein d’une bataille, aux côtés de créatures mythologiques.

Aquilus décrit sa musique comme du metal atmosphérique. C’est très vague mais il s’agit sans doute d’une des meilleures appellations, avec metal symphonique. « Griseus » est un savant mélange de genres cohabitant les uns avec les autres. L’atmosphérique côtoie sans problèmes le death metal, le black metal, le folk metal, le prog et la musique classique. Tout est dosé de façon intelligente, pour nous embarquer sans interruption dans un univers cinématographique. Aquilus puise sans aucun doute ses influences dans des groupes comme Emperor, Summoning ou Opeth mais aussi des compositeurs de musique de film comme Howard Shore (Le Seigneur des Anneaux), l’inspiration la plus flagrante. La mélancolie et la noirceur se mêlent habilement à la beauté et à l’éclat.

Une fois pris dans les bras de « Nihil », impossible de ressortir de cette douce étreinte. Le symphonico-atmosphérique mène la danse avant de se coupler au black metal et aux cris guerriers de Waldorf. Les accélérations nous font prendre conscience du côté extrême des compos, sans non plus nous envoyer dans un torrent de brutalité. L’éthéré est de mise, ainsi que les allées et venues de violons épiques. Les guitares tranchantes renforcent la noirceur sans non plus nous étouffer et changent de teinte de façon déconcertante pour accompagner, de façon acoustique cette fois-ci, des chœurs, des notes de piano et des violons tout droit sortis de l’époque romantique.

« Smokefall », lui, touche davantage aux éléments folkloriques avec ses guitares acoustiques et ses flutes. Le contraste entre les parties instrumentales douces et les parties metalliques plus brutales est fort mais ne fait qu’accentuer une certaine dualité, cette bipolarité qu’Aquilus maîtrise à merveille. Le black/death rageur fait place à la caresse des violons et inversement, comme des péripéties qui se succèdent les unes après les autres. Idem avec un « In Lands of Ashes » mettant en avant des passages de toute beauté, aux atmosphères enchanteresses portées par les violons et le piano. Douze minutes de mélodies magnifiques, de puissance et de majesté dans un orchestre pourtant programmé…

Les morceaux les plus agressifs sont souvent les plus courts, comme avec « Latent Thistle » et son final folklorique joyeux ou « The Fawn » qui, après sa longue intro au piano, envoie le pâté avec un black/death symphonique racé. Mais Aquilus est beaucoup plus fan de l’atmosphérique dans tous les sens du terme. Clou du spectacle avec « Night Bell », dix-sept minutes d’envolées au piano, de ralentissements, d’accélérations, de pause, de déflagrations, de magie, de saveur, de violons émotifs…que demander de plus.

Il est clair qu’Aquilus divise car « Griseus » ne s’adresse ni aux puristes, ni aux amateurs de simplicité. Ici on a plus de parties purement symphoniques que de parties metal. La complexité oblige l’auditeur à passer du temps sur cette œuvre. Chaque écoute nous ouvre une nouvelle porte, nous montre un nouveau paysage et de nouvelles couleurs. Le maître à penser Waldorf, rassemble le temps d’une heure vingt, puissance, sensibilité, émotion et chaleur, pour un résultat grandiose et incomparable. On pourrait presque atteindre la perfection…

 

Jarell : If Blood Is the Answer

Ξ mars 31st, 2013 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

Jarell : If Blood Is the AnswerLors de la sortie de son premier album “Hidden Side” en 2008, Jarell avait montré que la France avait aussi beaucoup de potentiel en matière de metal moderne. Le mélange des styles associé à un enrobage électronique et à une production en béton armé propulsait les Parisiens dans la cour des grands, même s’ils avaient encore peu d’expérience. Arrive maintenant le second opus « If Blood Is the Answer », voyons voir ce qui s’est passé pendant ces cinq ans d’absence.

Certains changements de line-up, de guitaristes et de batteurs notamment, auront légèrement chamboulé la carrière de Jarell qui repart désormais sur de bonnes bases. C’est un nouveau quintette qui bosse sur cet album avec l’aide d’Emmanuel Rousseau (ex-Lyr Drowning) pour le mixage aux White Wasteland Studio et le mastering de Mobo aux Conkrete Studio (Gorod, Eryn Non Dae, Minushuman). Le son est par conséquent très propre et très adapté au style de Jarell.

En parlant de style, celui des Parisiens est plutôt difficile à cerner dans la mesure où on retrouve un mélange d’un peu de tout : du death, du thrash, du metalcore, de l’indus et de l’atmo. On se contentera pour le moment de modern metal, influencé par certains grands noms comme Mnemic, Dagoba, Fear Factory ou encore Soilwork. Ce qui prédomine, en tout cas, ce sont ces nombreux plans électroniques ainsi que les gros riffs et l’alternance de chant crié, de growl et de chant clair dans les refrains. Cela s’entend bien dès le départ avec « You Asked the Wrong Question » aux relents cybernétiques. On découvre des passages syncopés et des passages plus brutaux, bercés par les claviers et les effets. Niveau originalité, on repassera, dans la mesure où c’est une mixture très employée depuis plusieurs années et parfois accompagnée de tonalités djent. Jarell, de ce côté-là, évite de tomber dans ce piège et préfère miser sur l’efficacité plutôt que sur l’expérimental ou la technique.

« Waste, Always Waste » se tourne plus du côté de l’atmosphérique, avec son ensemble porté sur les nappes et les textures. Le chant féroce de Krys associé aux offensives guitaristiques permet d’ajouter un peu de piment. Mais ce n’est rien face à « Hospital » qui agit comme un vrai tube futuriste et déconcertant d’efficacité.

Jarell propose des morceaux simples et déjà entendus comme le très death metal « Successful », « In Her Entrails » aux relents Nothnegaliens, ou le longuet « Birth ». Mais on a aussi des titres plus audacieux comme un « Waltzing Sympathy » symphonico-atmosphérique à certains moments, un « Did You Know » porté par l’électronique et un « I Hate » qui évoque le dernier Zonaria au niveau des atmosphères.

Même si les Frenchies ne révolutionnent rien, sur le plan international, avec « If Blood Is the Answer », ils arrivent tout de même à s’améliorer et à apporter un peu de fraîcheur à une scène française stagnante dans le domaine. Ils nous offrent alors un bon album, punchy et catchy, avec un livret très sympa fonctionnant comme un rassemblement de pages de lettres/cachiers/journaux. Voici donc un groupe à suivre de très prêt.

 

  • Index

  • Reviews

  • RSS Spirit Of Metal News