Control Human Delete : The Prime Mover

Ξ avril 29th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Industrial Black Metal |

Control Human Delete : The Prime MoverFer de lance de la scène black industriel hollandaise depuis plus de dix ans, Control Human Delete représente une des facettes les plus mécaniques et les plus créatrices de ces quelques dernières années. Le premier opus « Terminal World Perspective » marque les véritables débuts du quatuor avec une signature chez les Italiens de Code666 et la mise en valeur d’une ambiance tiraillée entre froideur, noirceur et mécanicité. Après avoir été révélé, il faut se confirmer et l’arrivée du nouveau venu « The Prime Mover » peut faire office de confirmation.

Loin de Blacklodge ou d’Aborym, Control Human Delete a une place toute particulière sur cette sphère indus extrême. Il ne mise absolument pas sur l’agressivité ni sur le côté malsain du black metal mais se préoccupe plus des claviers, de l’aspect résolument mécanique – voire robotique – de sa musique ainsi que de quelques touches bruitistes. C’est le côté vicieux et inhumain de l’indus qui est mis en relief, le black metal servant d’appui et de tranchant lors des morceaux les plus incisifs. Les Hollandais se tournent toujours vers un concept basé sur les sciences et l’évolution de l’homme, d’où le symbole de l’infini (style « Epicloud » de Devin Townsend), représentant l’infinité des recherches. On ne s’étonne donc pas de retrouver une ambiance type laboratoire, dans laquelle les bidouilles, les beats et les effets distordus sont à l’honneur.

L’album s’ouvre avec un « New Replicators » inégal, peinant à décoller. Pendant un long moment, les guitares ne lancent que des riffs occasionnels sans vraiment lancer le titre ou servir d’accompagnement aux sonorités électroniques. La voix de Void est agressive sans non plus être violente et nous narre la complexité et les secrets de l’univers. On a du mal à se laisser porter par ce titre qui démarre plutôt mal l’opus puisque les passages les plus intéressants sont dans la seconde moitié de ce « New Replicators », les riffs et les samples étant beaucoup plus en fusion.

C’est sans doute à partir du duo « Continuous Data » que Control Human Delete montre ce qu’il y a de mieux en lui. Une variété des sons, des ambiances et des passages, qui nous font parcourir deux titres résolument progressifs. La première partie mise davantage sur le côté atmosphérique avec des moments souvent planants entrecoupés de moments plus agressifs. La seconde partie montre une richesse étonnante en matière de sonorités électronico-industrielles, couplée à des riffs black distordus parfois malsains. L’énergie va de paire avec l’audace et la folie des Hollandais qui nous dépeignent un monde totalement mécanisé et contrôlé. L’auditeur est entraîné dans une folie cybernétique sans nom et très efficace, pas loin du « Plazmadkaos » d’ID :Vision.

Ces deux coups de poings passés, on redécouvre un Control Human Delete chérissant la linéarité. Même si quelques touches cosmiques à la Arcturus font leur apparition, l’ensemble peine de nouveau à décoller et à nous embarquer. « Earth-Like Behavior » pose une atmosphère lourde et pesante pendant plusieurs longues minutes avant d’accentuer les riffs et les nappes de claviers. Mais la mélodie reste la même, sans grande variation. « Recurrence », par contre, montre plusieurs facettes mais le côté trop clean de la production peine à faire ressortir le côté black metal de la musique. Les riffs perdent en saveur et on apprécie moins l’ensemble, complètement stérile.

On aurait pu croire que Control Human Delete avait suffisamment de génie et de potentiel pour surpasser son premier full length « Terminal World Perspective », mais il se contente de marcher sur ses pas avec un tantinet plus d’audace. Quelques linéarités et passages trop clean tranchent avec des moments forts et puissants, rendant le tout plutôt inégal. « The Prime Mover » reste tout de même assez bon, sans non plus être transcendant, mais on reste beaucoup trop sur notre faim tant on en attendait plus.

 

Soncesvit : Tenebrae

Ξ avril 26th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Industrial Metal |

Soncesvit : TenebraeFondé en 2009 et créé par l’unique membre Ivan Luzan, Soncesvit est une formation représentant bien le metal industriel ukrainien avec ces sonorités électroniques et ces influences teutonnes. Ivan avait surtout envie de faire ce qu’il lui plaisait et de se séparer de fait de ses acolytes de Tin’ Sontsya afin de se diriger vers le folk/indus. A défaut d’avoir le nécessaire, il s’est attelé à la composition de son premier MCD appelé « Tenebrae », dans une bonne veine industrielle allemande et pour cause…

Ce « Tenebrae » regroupe en fait différentes versions du titre phare remixées par des grandes figures de l’indus ukrainien ou russe comme Type V Blood, Reactor ou encore Distorted World. Rien d’original dans la forme et encore moins dans le fond vu que le titre « Tenebrae », en lui-même, est une sorte de repompe de Rammstein. Que ce soit le rythme, les riffs, les claviers indus à petites tendances symphoniques, la voix ultra proche de Till Lindemann et même la langue allemande (très étonnant pour une formation ukrainienne), tout y est. Tellement qu’à la première écoute, on penserait s’être trompé de CD. Eh non. Le titre éponyme aurait très bien pu figurer sur un des derniers opus du sextet allemand dans la catégorie des morceaux ratés. Décevant.

Heureusement que pour sauver ce « Tenebrae » de la catastrophe, il y a les remixes. Ces derniers ont le mérite de lui faire remonter la pente et même si on se retrouve avec 8 reprises, elles ont l’avantage d’être assez différentes et d’avoir leur personnalité, de sorte qu’on a l’impression d’écouter un morceau différent à chaque fois, ce qui n’est pas plus mal. La version de Type V Blood sonne plus cybernétique, celle de Panzertank mise sur les rythmiques et l’électronique, celle de Distorted World touche au mystérieux et au dark electro, celle de t-U.Bus montre un aspect techno et celle de Project e.v.a & Heart Hunter transforme les vocaux et fait disparaître les guitares. Sans doute le remix le plus original et le plus prenant.

Passons au dernier titre inédit, « ????? », censé montrer ce que nous réserve Ivan pour son prochain opus. Il s’agit là de folk/indus, un mélange de Rammstein, encore, et de folk avec des instruments ethniques comme le bandura, le sopilka ou le telynka. C’est assez spécial, plutôt original sans non plus être transcendant ni extraordinaire. Les défauts reviennent vite à la charge (sauf que là, exit l’allemand, bonjour l’ukrainien). L’accordéon en fin de morceau fait une rupture brutale, à la limite du crédible.

Bref. Rien de folichon sur ce MCD montrant un one man band très friand d’indus allemand au point de copier les pointures du genre. On ressort de cette écoute désolé et pas très confiant vis-à-vis du futur musical de Soncesvit. Quelques remixes sortent du lot et proposent quelque chose de différent mais le reste manque énormément de personnalité, à croire que la scène ukrainienne est en manque d’indus, au point de faire n’importe quoi. Un gros point d’interrogation en somme.

 

Assacrentis : Put Them to Fire and Sword

Ξ avril 25th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Assacrentis : Put Them to Fire and SwordC’est l’année de la renaissance pour Assacrentis, un groupe niçois qui n’a pas eu une carrière de tout repos. Malgré une démo encourageante sortie en 2004 et l’arrivée de plusieurs membres dans les rangs, notamment les batteurs et guitaristes Abaddon et Walfnir, Assacrentis fait ses adieux en 2008 alors même que quelques morceaux ont été composés l’année d’avant. Un split-up brutal, d’autant plus que le groupe avait du potentiel, même s’il n’officiait pas dans quelque chose de spectaculaire, son black mélodique froid et malsain rappelant inévitablement les grandes figures du genre dans les années 90.

Toutefois, la renaissance en question a lieu en 2012 quand Assacrentis se reforme avec cette fois-ci trois membres : Dagoth (chant/guitare), Ceptis (basse) et Abaddon (batterie). Il sort son tout premier album cette année-même, « Put Them to Fire and Sword », un album qui comprend les morceaux composés avant la séparation du groupe et qui ont été mixés et remasterisés à Los Angeles avec l’aide de Damien Rainaud. On retrouve alors avec ce premier full length l’empreinte de la démo, à savoir un black mélodique à tendances symphoniques influencés par Immortal, Satyricon ou encore Emperor. Si les thématiques typiques du genre sont de la partie (sacrifices humains, apocalypse, feu), on retrouve aussi quelques inspirations Tolkien (les uruk-hai notamment).

Rien d’étonnant donc à l’écoute de cet opus, Assacrentis fait dans le classique et le fait plutôt bien. Les titres sont mélodiques et assez rapides mais auraient pu gagner en froideur si la production avait été un poil moins clean. Tout le long des onze chansons, on ne peut que penser aux cadors du style, ce qui ne permet pas vraiment à Assacrentis à sortir du lot. Toutefois, cet album « hommage » a de quoi attirer les amateurs tant le groupe apporte énergie et agressivité. C’est du mélo black comme on l’aime, avec sa dose de moments épiques et de touches symphoniques comme « Reign of Apocalypse », « Banished Forever » ou le long « Iconoclasm » dans lequel le piano, les cuivres et les riffs incisifs sont à l’honneur.

Assacrentis a fait des efforts au niveau du côté percutant même si des titres manquent d’accroche. Le chant reste d’ailleurs assez linéaire et pas assez accentué et aurait gagné à être un poil plus féroce, notamment sur le morceau des Uruk Hai, « Infernal Uruk-Hai », qui, même s’il est speed, ne possède pas cette bestialité qu’on aurait pu espérer. Seul « The Half Moon » arrive à tirer son épingle du jeu, avec sa ballade acoustique et folklorique.

« Put Them to Fire and Sword » est donc un bon album qui s’apprécie à sa juste valeur malgré quelques défauts persistants. Assacrentis n’est pas là pour originaliser quoi que ce soit (d’où cette veine bien old school). Il montre son amour pour le black des années 90 et montre une nouvelle fois qu’il marquera à jamais les esprits, malgré toutes les modernisations actuelles.

 

Sidious : Ascension to the Throne Ov Self

Ξ avril 21st, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Blackened Death Metal |

Sidious : Ascension to the Throne Ov SelfDes nouveaux nés, on en a tous les jours. Des formations moyennes, on en voit beaucoup trop et il n’est pas évident de trouver celle qui passe à travers les mailles du filet. Pourtant, en voici une qui a beaucoup de potentiel. Non elle n’est pas russe mais bel et bien anglaise. Originaire de Londres et récemment formée par des membres du groupe de doom/death Eye Of Solitude, elle montre un nouveau visage à la scène black symphonique anglaise. Loin du gothique de Cradle of Filth, de l’épique de Bal Sagoth et de la majesté de Saturnian, le quintet a décidé de s’orienter du côté de la brutalité.

C’est au mois de mai que sort le tout premier EP « Ascension to the Throne Ov Self » signé chez le label français « Kaotoxin Records » responsable de sorties récentes remarquées tel que le « Black Throne of All Creation » de Dehuman ainsi que le « Scorn Aesthetics » d’Ad Patres. Sidious ne se situe pas si loin de ses frères metalleux puisque le death metal domine une bonne partie de ses morceaux. Pour être plus précis, le groupe officie dans un black/death symphonique brutal, un style qui manque assez de représentant. Inspiré principalement par le death metal polonais (Vader, Behemoth, Decapitated, Crionics) et le black symphonique norvégien (Dimmu Borgir, Old Man’s Child), Sidious livre une musique relativement puissante et violente où s’entremêlent la brutalité des riffs et la fine noirceur des claviers.

L’EP commence sur les chapeaux de roue avec un « Insurmountable Mass » sans concessions. L’intro symphonique finit par laisser place à un death typiquement polonais avec des touches black, des incursions aux claviers et des envolées au piano qui ne sont pas sans rappeler Vesania. C’est un fait : Sidious, contrairement à beaucoup de groupes actuels dans le genre, nous montre de quoi il est capable dès le départ et ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer. Même si on découvre des breaks supposés ralentir le rythme et apporter un peu de douceur, on repart peu de temps après dans la déflagration, en témoigne « Sentient Race », sorte de mélange entre le Dimmu Borgir actuel et le Crionics du passé (période « Human Error : Ways of Selfdestruction ») avec le growl en plus.

Le reste de l’EP met l’accent sur des parties plus tournées vers le black, mais toujours avec la dominance du growl sur quelques lignes de chant criés. Sidious met aussi davantage en avant le contraste entre brutalité, mélodie et atmosphère. Les ambiances obscures arrivent alors à prendre de l’ampleur, les riffs ne faisant qu’un avec les envolées au violon et les notes pessimistes au piano, pas si loin d’Immanifest. En guise de rupture, le final de l’éponyme « Ascension to the Throne Ov Self » montre un ensemble beaucoup plus lent, quasi doomesque, avec ce growl, ces riffs et ce rythme écrasants, soutenus par des chœurs sombres.

Enfin un groupe qui arrive à sortir convenablement des sentiers battus avec un opus beaucoup plus brutal que la norme dans le domaine du black symphonique. Malgré des influences polonaises et norvégiennes évidentes, Sidious a plus d’une corde à son arc puisqu’il arrive à mêler le tout avec talent. Il a de plus dans ses rangs quelques membres issus du doom/death, et cela se ressent en particulier dans le dernier morceau, ce qui lui permet d’étoffer sa musique. On attend donc le full length, histoire de voir si Sidious peut tenir la cadence et conserver toute sa puissance sur une dizaine de titres.

 

Hord : The Book of Eliot

Ξ avril 19th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Modern Metal |

Hord : The Book of EliotHord avait fait belle impression avec la sortie de son deuxième opus « The Waste Land », suite au concept ambitieux du premier né « Reborn from Chaos ». Les Frenchies sont de retour cette année avec une autre partie tant attendue sous le nom de « The Book of Eliot », un album qui risque d’être étudié sous toutes les coutures car Hord est sans doute sur le point de devenir un des leaders majeurs de la scène modern metal française.

« The Book of Eliot », donc, fait suite au très pessimiste “The Waste Land”. Toujours avec cette dimension post-apocalyptique, le titre de l’album peut d’une part, évoquer le film “Le Livre d’Eli” mais aussi le poète britannique T.S Eliot, autour du poème moderniste « La Terre Vaine » (ou « The Waste Land »). L’opus en question met en lumière le personnage d’Eliot, une sorte de messager vagabondant sur les terres désolées dont on découvre son livre, un livre renfermant ses souvenirs et ses émotions mais aussi quelques réponses potentiellement liées aux événements apocalyptiques qui se sont produits sur « The Waste Land ». Bref en tout état de cause, « The Book of Eliot » semble être un album complexe où la recherche et le travail sur le concept, les paroles et la musique ne font qu’un.

On découvre alors 10 titres classés dans trois parties distinctes. La première, « Unveiling », se compose de quatre morceaux pouvant alors être vu comme un tout. Passée l’introduction pessimiste et mélancolique, on découvre la première déflagration « Confession » dans lequel Eliot dialogue avec lui-même et confesse ses fautes. L’alternance des vocaux criés/clairs et même leur superpositions permet d’établir cette dualité afin de transporter l’auditeur dans les pensées du personnage. S’ajoutent à cela des riffs répétitifs mais hypnotiques posant les atmosphères. La polyrythmie à la Meshuggah, le côté percutant de la batterie ainsi que la folie ressentie dans les vocaux ajoutent une dimension toute particulière, qui ne peut que nous évoquer le monde dévasté dans lequel vit Eliot, le vagabond solitaire.

Hord s’extrait du côté cyber qui régnait sur « The Waste Land » pour adopter un metal modern influencé par Meshuggah mais aussi le duo Textures/Tesseract. Quelques relents post-rock se font aussi ressentir notamment sur « At the Gate » avec ses riffs atmosphériques. On a alors beaucoup moins de touches indus, le tout étant plus porté sur les guitares mais surtout les vocaux, qui tiennent une place très importante puisqu’il s’agit avant tout de la parole d’Eliot.

La seconde partie, « The Seasons Unchained », se concentre sur les saisons, symbole des différentes parties de la vie humaine. Hord a fait le choix de débuter par l’hiver avec « Landscape with the Fall of Icarus » afin de mettre en avant la chute, la fin de vie. On découvre un morceau plus hargneux, alternant passages planants et accélérations, afin de mettre en avant un Eliot entraînant avec lui l’humanité toute entière dans son déclin. Mais la brutalité du modern metal de Hord se fait beaucoup plus ressentir sur « The Unwaverings », l’automne, la phase adulte de l’homme, la période dans laquelle il se sent tout puissant. Les riffs sont alors plus percutants, le côté djent plus présent, et les vocaux principalement criés, imitant la rage d’Eliot. La technique est aussi rendez-vous avec des arpèges plus complexes et ces saccades typiques. L’été passe vite et on passe au printemps avec « Kindermord », un titre émotif dégoulinant de pessimisme et de mélancolie rappelant un peu le morceau « Critical Mass » de Sybreed. Ici, c’est la fin de l’innocence avec des riffs et des vocaux tiraillés entre douceur et agressivité.

Même s’il ne révolutionne rien dans le domaine, Hord fait du beau boulot en la matière, offrant avec « The Book of Eliot » des titres variés, progressifs et habités par une âme. Un groupe reconnaissable entre mille et possédant une forte personnalité, qui a cette fois-ci produit lui-même son opus. Le mixage et le mastering ont toutefois été confiés à Magnus Lindberg (Cult Of Luna) aux Vihelm Room tandis que l’artwork est l’œuvre de Jakob Arevarn. Un album qui s’écoute autant qu’il se lit puisque le livret, fidèle à un livre/journal fourmille de détails passionnants. En tout cas, belle réussite pour ces Frenchies, qui se dirigent sans aucun doute vers la bonne voie.

 

Gorgonea Prima : Black Coal Depression

Ξ avril 16th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Gorgonea Prima : Black Coal DepressionLe futur, l’évolution, l’homme…peut-il espérer se contenter de sa veine existence face à une horde d’éléments évolués et supérieurs ? Peut-il se substituer à de vulgaires copies ? Peut-il vivre seul dans un monde froid, transformé, mécanique où tout a été perverti par des inventions toutes aussi complexes les unes que les autres…et enfin…peut-il mettre un terme à ses terribles créations maintenant regrettées ?

Sous ces thématiques pessimistes et sombres se cache un jeune groupe, Gorgonea Prima. Tirant son nom des anciennes mythologies grecques, la gorgone étant une entité malfaisante et vicieuse, le combo officie paradoxalement dans un style assez moderne voire futuriste, un Black Industriel Electro à grande tendance Cyber. Ambiances apocalyptiques et froides, dépression auditive, mesclin abondant de sons et d’harmonies, parfaite osmose entre machine, instrument et humain, l’opus « Black Coal Depression » est un voyage en terre désolée, vers un monde que nous connaissons tous, dans un futur proche…

La pochette grisâtre et donc très semblable à un plan pour préparation de machine, à un circuit en construction ou même à une station pour les plus imaginatifs, est bien représentative de la musique et du concept mis en place par cette formation Tchèque bien inspirée. Car Gorgonea Prima se promène sans difficulté au bord d’un vide intersidéral déconcertant. La musique est d’une étonnante captivité…

En effet, l’ensemble est totalement décharné, mécanique, froid, et terriblement sombre…tous les styles précédemment cités dominent allégrement et ne sont pas à proprement parler, en concurrence. L’un est au même niveau que l’autre, afin de créer un ensemble plus qu’homogène…en total osmose. Le black domine dans les riffs, le rythme rapide aux blast efficaces, les vocaux, et les ambiances bien sombres, mises en avant par l’indus et les claviers pour renforcer ce côté martial et terrible, lui-même appréhendé par l’électro et ses sonorités futuristes, des sonorités nouvelles tirées de nos cauchemars les plus fous, tirées de ce monde lointain mais pourtant proche en totale perdition et décomposition. La Terre dans quelques dizaines d’années…un monde cybernétique…

Les titres s’enchainent avec efficacité et sont emplis d’une agressivité déconcertante, agressivité représentative de ce futur destructeur et irrémédiablement atteint par cette envie incommensurable d’aller plus loin, d’évoluer, de créer…si certains morceaux possèdent certaines parties aux fonds d’ambiances oppressants et terrifiants (« Predestination Of Spectacular Being », « Corroded Landscape »), les autres parties sont très rapides, très percutantes et pour le moins entêtantes. Les blast beats sont ponctués d’électro beat voire techno beat comme sur « Digital Desire », mais les claviers indus sont toujours là pour nous envoyer des sons et des ambiances noires et pessimistes tandis que l’électro et ses multiples sonorités, présentes à certains moments, ne peuvent qu’évoquer l’assemblage en usine de machines, les distordions, les saturations…la synthétisation ultime des instruments du futur sont les dignes éléments créateurs des atmosphères Cyber.

Peut-être le plus grand coup de cœur de cet opus, le morceau « 100 Years Of Industrial Burial » et ses ambiances extrêmement sombres et froides. C’est incroyable d’entendre ces notes qui s’envolent grâce à un clavier maîtrisé et dérangeant, sur un fond écrasant bien que planant paradoxalement, des chœurs terribles, une voix black perturbée et décharnée, comme bloquée entre deux monde, un rythme lent et pesant, des sons électros discrets mais totalement adéquats, jusqu’à un final majestueux et décidément envoutant, où des voix déchirées comme des échos semblent imiter le son des âmes perdues et damnées, et où la puissance des claviers arrivent à son paroxysme…l’épiphanie, la révélation, le moment de la découverte du potentiel inouï d’une formation qu’il faut absolument suivre de près.

Malgré une production assez légère, Gorgonea Prima signe avec son « Black Coal Depression » une merveille en matière de black indus très cyber. Une grande claque, peut-être, mais une claque agréable, comme il est souvent rare de recevoir. Venez vous enivrer de cette musique sombre et froide traitant de la future vie cybernétique de la race humaine…

 

Nervecell : Psychogenocide

Ξ avril 16th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Death Metal |

Nervecell : Psychogenocide2008 avait été l’année de la révélation pour Nervecell. Venue des Emirats Arabes Unis, la bande avec son « Preaching Venom » s’était exportée hors de son pays grâce à un son impeccable, à un mixage fait par les frères Wieslawscy (Decapitated, Vader), à une masterisation signée Alan Douches (Sepultura, Suffocation), et à une certaine touche d’orientalisme dans les compos.

Même si la scène orientale est méconnue, Nervecell sort des sentiers battus, signe chez Lifeforce Records, et revient en 2011 avec un nouvel opus « Psychogenocide ». Officiant toujours dans un death/thrash énergique et oriental de surcroît, le trio, accompagné du batteur David Haley de Psycroptic, prend de l’assurance et nous prouve une fois de plus que le death oriental ne rime pas forcément avec le terme « folk ». Car à l’inverse de formations telles qu’Orphaned Land ou Arkan, Nervecell fait un death teinté de thrash totalement brute de décoffrage, sans pitié, technique, parfois brutal, tout en incorporant (origine oblige), des mélodies arabisantes dans certains riffs et certains solis (« Nation’s Plague » entre autre). Le mélange des parties bien death et bien thrash est tellement bien appréhendé que le tout s’avère particulièrement intéressant, prenant, et superbement exécuté.

On alterne notamment entre partie brutale, partie plus technique, et partie plus posée à l’instar d’un « Amok Doctrine », nous en mettant plein les oreilles. Le chanteur Rajeh Khazaal y incorpore son growl puissant et profond à la manière d’un certain Karl Sanders de Nile.

L’évocation de ce dernier n’est pas anodine, car on retrouvera le chanteur/guitariste de Nile en guest sur le morceau « Shunq – To the Despaired…King of Darkness » qui en plus d’un guest de taille voit ici apparaître une certaine pluralité des langues, Sanders chantant en anglais et Khazaal en arabe. Le résultat est aussi bon qu’inattendu, aussi puissant qu’agressif, aussi technique que mélodique pour un titre très typé Nile, avec cette patte Nervecell.

Enfin l’autre morceau rappelant sans aucun doute Nile mais aussi les origines arabes de Nervecell est « Anemic Assurgency », introduction instrumentale sombre et quasi apocalyptique : quelques instruments traditionnels aux notes inquiétantes et nous voilà embarqués dans les ténèbres orientales.

Peut-être moins monotone que l’album précédent, plus lourd et plus puissant, ce « Psychogenocide » est particulièrement bien ficelé et ne peut qu’être un second encouragement pour cette formation orientale au talent certain et à la rage évidente.

 

Mors Cordis : Injection

Ξ avril 16th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Death Metal |

Mors Cordis : InjectionLes Allemands de Mors Cordis semblent étrangement faire une sorte de coming out cette année alors que la formation existe depuis déjà plus de dix ans. Mais ne possédant qu’un album sorti en 2006 nommé « Das Prinzip » (il faut le dire, la sortie est passée inaperçue), il était temps de faire parler de soi.

Mors Cordis est pourtant une figure assez imposante pour la scène metal berlinoise, mais si l’on sort de l’Allemagne, ce nom ne peut que nous faire sourciller. Mais préparez vous à la déflagration ! Le combo sort donc « Injection », signé chez Twilight Vertrieb, un album fort en expérimentation et en couleur. Officiant dans une sorte de Death Metal industriel, Mors Cordis fait donc dans le difficile d’accès, ce genre n’était pas non plus le plus courant du monde…

« Injection » et sa pochette verte/grise mécanique, n’est autre qu’un condensé de violence et d’ambiances. Le death metal du quintet peut parfois faire penser aux dernières œuvres de Thy Disease couplé à un The Amenta, tandis que les parties industrielles plus ou moins marquées selon les morceaux, détiennent quelque chose de plus personnel. Tantôt sombre, tantôt plus électronique, tantôt plus robotique ou épique, Mors Cordis alterne les rythmes et les atmosphères, pour nous embarquer dans son histoire, son univers perverti et expérimental.

La progression est d’autant plus marquée que pertinente, la première moitié de l’album étant plus industrielle que la seconde, beaucoup plus death. Mais cela suit un enchaînement assez logique, puisque plus on progresse, plus l’histoire avance, et plus l’agressivité des morceaux montre le bout de son nez. Si des titres tels que « Emptiness » ou « Big Brother » et ses samples de « 1984 » d’Orwell nous propulsent dans le futur avec ces sonorités electro/indus poussées à leur paroxysme, des titres comme « Guilty », « Machine » ou « Krone der Schöpfung » proposent une violence plus poussée et plus particulière.

Mais il faut le dire, l’ensemble reste tout de même assez proche d’un certain type de cyber death tant la fusion du death et de l’indus est bien faite. Rajoutez à cela les rythmes qui faut, cet alliage mécanique et acéré paradé de voix alternées entre growl, chant clair et synthétique. Le concept est là, lui aussi, le mot « Injection » étant la première Injection d’une certaine substance avant le commencement de toute mécanisation. « 22nd century » nous prouve bien que nous avons franchi un pas (les éléments/ voix futuristes et robotiques sont les exemples type), et « Machine » n’est que le pas franchi vers la déshumanisation. “Last Show”, entre autre, montre la face la plus torturée des allemands.

Certains passages peuvent faire penser à Fear Factory (et là on comprend cette influence cybernétique), notamment au niveau de la voix ou des parties aux claviers. Hormis ça, l’album reste personnel et assez expérimental (il faut aimer ces riffs et ces sons bizarroïdes), et le tout passe tout de même très bien, si tant est que l’on soit habitué à ce genre de chose. Bref, album à ne pas louper pour les amateurs, doté de très bons morceaux et d’une très bonne production, « Injection » n’est autre qu’un énième pas de plus vers le futur apocalyptique de l’être humain !

 

Clawerfield : Circular Line

Ξ avril 15th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Clawerfield : Circular LineAlors que la tendance est au cyber/djent depuis un bon moment, un pays en particulier semble détenir une réserve de groupes de cette mouvance : la Suisse. Si on prend Sybreed, Breach The Void et récemment Neosis, on se rend compte que ces groupes partagent le même type de son tout en ayant une forte personnalité. Ils profitent de la polyrythmie et des saccades pour renforcer les structures mécaniques tout en intégrant les éléments cybernétiques adéquats pour immerger l’auditeur dans un monde futuriste et synthétique. Un quatrième groupe est en passe de retrouver ce trio de choc : Clawerfield.

Originaire de Thun, ce quintet se situe en effet dans la même mouvance que ces compatriotes et il est clair qu’au premier coup d’oreille, on ne peut que le comparer à la bande à Drop, à celle d’Alex et à celle de Greg. Mais Clawerfield ne fait pas dans la pâle copie. Même si on retrouve la fameuse recette du succès, il arrive à apporter sa patte grâce, notamment, à des influences plus diverses. Le chant ne se limite pas à un schéma basique chant crié au couplet et chant clair au refrain. On retrouve alors plusieurs types de vocaux, à savoir du crié, du growlé, du clair (à peine !) mais aussi du synthétique, intégrés de façon différente tout le long de l’album. De plus, les riffs ont beau avoir ce ton « djent », ils peuvent devenir plus death lors des parties les plus costaudes mais aussi plus doux lorsque l’électro a le monopole. Quant aux touches électro/cyber, elles s’intègrent parfaitement aux compos. Le groupe évite la surenchère mais en profite pour soulever certains passages ou renforcer une ambiance particulièrement froide ou sombre.

En tout cas, Clawerfield maîtrise parfaitement bien les codes du cyber actuel. Bien qu’on retrouve le cliché de la machine et de l’hybridité sur la pochette, la musique jouit d’une efficacité et d’une férocité bien adaptée au genre. Avec ses atmosphères pessimistes et décadentes, son enrobage électronique procurant un côté ultra synthétique et le duo guitare/chant mécanique tranchant comme une lame de rasoir, l’album « Circular Line » propose des titres qui font tous mouche, de l’introduction instrumentale purement cybernétique « I.S.S » au terrible « Redemption » (dont les riffs peuvent rappeler « Bioactive » de Sybreed) en passant par le sombre « Shelter » ou le futuriste « Open Ocean », tout y est. Progression impeccable, vocaux torturés et déshumanisés de bonne facture, folie cybernétique bien exécutée, bref. Chaque morceau possède son riff et sa petite bidouille électronique qui tapent en plein dans le mille, en n’omettant pas de laisser place à des plages atmosphériques de toute beauté et à des parties particulièrement sombres et décharnées.

« Circular Line » est un très bon compromis pour les nostalgiques de « Slave Design » (Sybreed) couplé à une nouvelle âme, à une force impeccable et à un sens tout particulier du dramatique. Mixé par Drop au Downtone Studio (d’où la patte Sybreed…), l’album a de quoi concurrencer ses cousins. Une très belle découverte cybernétique, en somme.

 

Subscale : The Last Submission

Ξ avril 13th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal, Modern Metal |

Subscale : The Last SubmissionIl y a à peine six mois, on avait découvert Subscale avec le premier EP « Fictional Constructs ». Le projet du claviériste et sampler de Substance Black montrait qu’il pouvait bidouiller ses machines autrement dans un groupe plus tourné vers le groove et le djent. Même si le premier jet était d’assez bonne facture, il n’était pas assez original et prenant pour accrocher l’auditeur. Avec le nouveau rejeton « The Last Submission » (encore un « sub » !), Subscale remonte la pente et prouve qu’il a beaucoup de potentiel.

On retrouve les morceaux digitaux, dynamiques et groovy de l’EP, à savoir « Fictional Contructs », « Antecedent » et « Realization », ici remasterisés. Ils envoient beaucoup plus le pâté et jouissent de bons riffs et d’une bonne dose d’effets électroniques bien intégrés. Les Croates évitent la surenchère et les disséminent avec parcimonie, afin de rendre l’ensemble homogène. La suite de l’opus, et donc les nouveaux morceaux, sont à l’image de ces trois frappes digitales, avec ce côté djent, cette alternance de parties rapides et de parties mid tempos, et l’alternance de vocaux, criés dans les couplets, clairs dans les refrains. La recette est loin d’être nouvelle mais Subscale se débrouille plutôt bien de ce côté-là, ponctuant certains moments de growls comme sur « Pull the Threads (Extraction) ».

Il est clair que Subscale n’invente rien sur son album, car on retrouve bel et bien la djent attitude des groupes les plus connus dans le domaine avec des bidouilles cybernétiques très classiques. Malgré tout, l’efficacité est telle qu’on en oublie les influences et on se laisse porter par la musique du quatuor. Evidemment, on remarque quelques linéarités et parties plates sur certains titres (« Realization » ou « The Last Submission ») mais des titres plus variés permettent de penser à autre chose, comme le terrible « Outbreach », proche de Cruentus, dans lequel tous les instruments se démarquent avec brio. Sans oublier la petite instru cybernétique « The Verdict », ambiante et post apocalyptique.

Là où Subscale nous laissait sur notre faim sur l’EP, avec une impression de retenu, il nous bouscule sur l’album en mettant les petits plats dans les grands et en délivrant sa force et son potentiel. « The Last Submission » est un premier full length de qualité, dynamique et féroce, signé chez Geenger Records et enregistré de nouveau aux Soundlabs et aux Subscalar Studios (eh oui ces Croates voient la vie en S).

 

Absenth : Erotica 69

Ξ avril 11th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Cyber Metal |

Absenth : Erotica 69Absenth fait partie de ces groupes russes bizarroïdes officiant dans un metal industriel teinté de cyber et de goth. Les membres y vont au point de se travestir et de sortir des albums pas forcément cohérents mais avec un dynamisme typique de la région et des bidouilles électroniques pas loin de la techno ou de la dance. Le quintet d’Absenth existe depuis 2001 et a sorti 4 albums, dont ce « Erotica 69 » en 2012 signé chez Artificial Sun.

Amateurs d’érotisme, vous êtes les bienvenus. Absenth décide, avec cet opus, de se concentrer sur les relations intimes entre extra terrestre et créatures robotiques, une démarche plutôt étrange mais osée dans tous les sens du terme. Il y va donc à coups de rythmes dansant et de sonorités électroniques en tout genre. Ce sont les claviers et la batterie qui ont le premier rôle, afin de propulser l’auditeur dans un monde futuriste et mécanisée. Les guitares, elles, sont donc au second plan et semblent simplement suivre les bidouilles ainsi que le chant très bizarre, une voix comme modifiée à l’image de ces témoins qu’on cache avec une voix grave (ou aigue, au choix !). Tout ça pour dire que le rendu est plutôt inadapté. Même si c’est synthétique, on se serait attendu à un autre type de synthétisme.

Musicalement, il faut s’accrocher. Voilà un bel exemple de ce que les Russes savent faire de mieux (ou de pire, au choix aussi) en matière de metal industriel. Des claviers et des samples dans tous les sens, comme « Motorfest » ou « Virus », le tout accompagné de vocaux qui ne passent pas. N’oublions pas non plus le morceau phare de l’album, à savoir « Erotica 69 », dans lequel les amateurs d’érotisme devraient être servis : femmes qui jouissent, paroles implicites, et samples électroniques bien pervers.

Ce qui est dommage, c’est qu’on se retrouve avec quatorze morceaux qui se ressemblent sensiblement. Du coup, on n’a pas vraiment l’impression de découvrir un album, mais un morceau décliné en beaucoup de variations. Seuls « Rose and Bat » à l’empreinte New Wave et « He, She and Pistols » et son refrain entêtant se démarquent, avant de laisser place à des remix du premier morceau « Absenth » de Type V Blood, une star de l’indus en Russie.

L’album manque de variation et joue trop sur l’électronique, et comme on le dit, trop d’électro tue l’électro, si bien qu’arrivé à la fin, le tout devient presque imbuvable. On aurait aimé que le groupe alterne des parties bien metal et des parties bien électroniques, histoire de varier les plaisirs mais ici, sur « Erotica 69 », force est de constater qu’Absenth joue du côté de l’indus teinté de metal que du metal teinté d’indus. Ce n’est pas un mal, mais il aurait fallu donner plus de peps et de diversité aux claviers et aux samples. Bref. Ce n’est, en tout cas, pas sur cet album que l’on aura un eargasm, un comble pour ce groupe voulant suivre un concept qui aurait dû nous faire jouir. Une autre fois peut-être.

 

Mortuorial Eclipse : The Aethyrs’ Call

Ξ avril 11th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Blackened Death Metal |

Mortuorial Eclipse : The Aethyrs' CallC’est en 2007 que le groupe argentin Mortuorial Eclipse voit le jour, sous l’impulsion de Nefass, Darker Mysteria et Doom avec comme but d’officier dans un black/death metal teinté de compositions symphoniques mis en valeur par des thématiques occultes et des passages dramatiques. Désireux de se faire connaître hors Amérique Latine, le pari était osé mais l’ambition du trio lui permit d’enregistrer une première démo (non sortie à ce jour) en 2009 avant d’enchaîner les concerts début 2010. Les changements de line up auront eu raison de la formation originelle puisque le chanteur/guitariste Nefass est le seul rescapé. Rejoint par le claviériste Baal Herith et par le batteur Kobal, les musiciens se mettent au boulot et sortent leur premier album été 2012, « The Aethyrs Call », réédité chez Ishtar Gate Productions pour la distribution sud-américaine et chez Art Gates Records pour la distribution européenne début 2013.

Mortuorial Eclipse est une sorte de mix entre Dimmu Borgir, Septic Flesh et Vesania, un black death très porté sur les parties symphoniques et les ambiances caractéristiques. En cela, rien de révolutionnaire à détecter mais les Argentins se débrouillent plutôt bien avec un bon mélange du black et du death et une bonne intégration des orchestrations de qualité. Il faut dire que l’Amérique du Sud ne fait pas beaucoup parler d’elle en matière de black symphonique (les groupes de black et de dsbm, par exemple, font toutefois légion). Ici, on se retrouve donc avec un groupe ambitieux, ses inspirations lui permettant d’officier dans un style certes revu et corrigé mais qui ne manque pas de punch. « Advent of a Sinister Omen » ouvre le bal après son introduction « The Summoner’s Procession ». On sent la puissance ainsi cette rage qui perdurent jusqu’à la fin de l’opus. Malgré des moments forts en orchestrations et en tranchant, pas de surprise tant les influences se font ressentir, que ce soit dans les riffs ou dans certaines alternances de chant. La différence réside dans le côté obscur et occulte, et ces violons imitant une sorte d’invocation, comme sur le duo « Perpetual Covenant » et « At the Gates of the Marduk’s Shrine ».

Pour coller aux productions européennes, le mixage et le mastering a été confié à Arek « Malta » Malczewski (Decapitated, Behemoth, Vesania) aux Sound Division Studios, ce qui confère à « The Aethyrs Call » un son à la polonaise : puissant, carré et particulièrement clean. C’est peut-être l’élément de trop car la musique de Mortuorial Eclipse aurait gagné en profondeur si le son avait été un peu moins clean, afin de mieux faire ressortir les ambiances occultes. Autre défaut notable : la présence quasi inutile des quelques instrumentales (qui se seraient mieux imbriqués dans les titres qui les suivent) comme « The Summoner’s Procession », « Perpetual Covenant » ou « Submission ». Les distinguer n’est pas judicieux et on a plus l’impression qu’elles servent de remplissage. Du coup l’album est très court (même pas trente minutes) et on regrette un certain manque de prise de risque : on connaît déjà la musique.

En définitive, « The Aethyrs Call » est un bon album, puissant et tranchant, avec de bonnes ambiances, cependant on nage, tout le long, en terrain connu. Malgré cette envie de se démarquer, Mortuorial Eclipse a du mal à se forger une réelle identité. Il pourrait tirer son épingle du jeu en mettant davantage en valeur les parties occultes et incantatoires (pas si fréquentes que ça dans le black symphonique). Il n’y a plus qu’à espérer avoir un second album détenant ce petit quelque chose qui manque.

 

Shade Empire : Omega Arcane

Ξ avril 9th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Blackened Death Metal |

Shade Empire : Omega ArcanePendant ses quatorze années de bons et loyaux services, Shade Empire aura marqué de sa patte maléfique son passage du côté du black symphonique boosté à l’électronique, et ce dès 2004 et son premier opus « Sinthetic », délivrant une musique puissante et impériale dans laquelle se mêlait habilement la noirceur du black metal et le côté futuriste voire spatial du duo sympho/electro. La suite de sa carrière n’a cependant pas été aussi grandiose : d’un côté « Intoxicate O.S » montrait une volonté de ne pas faire une pâle copie de « Sinthetic » mais perdait son originalité avec une trop grande influence The Kovenant. De l’autre, « Zero Nexus », à la meilleure production, misait plus sur l’électro pour forger un caractère futuriste mais manquait, au final, d’accroche.

C’est donc cinq ans après « Zero Nexus » que revient Shade Empire. Une attente longue dans la mesure où le nouvel opus est annoncé depuis un bon moment maintenant, mais il faut dire que cela vaut le coup. Les Finlandais ont eu le temps de travailler et de peaufiner leur nouvelle œuvre, « Omega Arcane », signée chez Candlelight. L’évolution est de mise car on découvre un Shade Empire comme on ne l’avait jamais vu. Même s’il reprend ce qui avait fait le succès de « Sinthetic », à savoir le côté impérial, spatial et puissant, il se dirige cette fois-ci vers le black/death symphonique presque dénué de sonorités électroniques. Ici, la force du groupe ne réside pas que dans les claviers mais aussi dans les guitares, qui ressortent mieux, ainsi que dans les vocaux, cette alternance de chant black et de growl death. La production est de plus très clean, peut-être même trop : le sextet n’a jamais eu besoin d’une énorme qualité de son pour fournir quelque chose de puissant et d’ambiancé.

Le morceau introducteur « Ruins », ici dans sa version longue, montre des Finlandais en pleine forme misant sur les atmosphères spatiales et sur des claviers symphoniques grandiloquents mais très maîtrisés. On se situe quelque part entre Mechina (flagrant sur « Devolution ») et Dimmu Borgir, avec le côté impérial et ravageur de Shade Empire ainsi que des gros riffs brutaux tantôt black, tantôt death, qui ne font pas de cadeaux.

On nous emmène de façon déconcertante dans un monde plus sombre et torturé, parfois apocalyptique, mais toujours avec cette rage et ce savoir faire propre au sextet, qui joue allégrement avec les rythmes et un côté progressif indéniable. C’est grandiose et tonitruant, empreint d’un caractère nébuleux mais toujours efficace et remplis de moments intenses. Pas le droit au répit, que ce soit dans « Dawnless Days » ou dans le remarquable « Until No Life Breeds » laissant ressortir quelques notes de piano. La lumière n’a pas de place et la brutalité ne fait qu’un avec la magie symphonique.

« Disembodiment » nous transporte dans un périple long de plus de treize minutes. Même s’il souffre de quelques longueurs, le voyage est savoureux et surprenant car nous passons d’une ambiance à une autre, d’un break à un autre, entre des déflagrations black/death toujours accompagnées de ces claviers majestueux. Mais c’est sans doute « Malicious Winds » qui enfonce le clou, avec cette force et ces chœurs pris dans une mélodie principale pas loin des symphonies arabisantes.

Les seules touches d’électro se situent dans « Traveler of Unlight » dont l’intro rappelle les bidouilles de l’album « Sinthetic ». La suite ne fait que nous renvoyer en pleine figure l’évolution de Shade Empire qui abuse plus de son influence death metal et de la qualité de ses orchestrations. « Nomad » aussi nous propose quelques éléments électroniques dans son death/black brute de décoffrage, pas si loin de son compatriote de Vortech.

Gros coup de théâtre pour Shade Empire qui revient avec une bombe symphonique de toute beauté, remarquable de puissance et de noirceur, forte de maîtrise et de saveur, envahie par la soif du dépassement de soi et l’envie de faire mieux que par le passé. « Omega Arcane », sans l’ombre d’un doute, surplombe ses prédécesseurs, même si « Sinthetic » reste à part tant dans sa singularité que dans sa force novatrice. Mais ce nouveau rejeton, sans rien révolutionner tout de même, permet au moins de se délecter d’un black/death symphonique épique et spatial, sans tomber dans le pompeux et le « sans âme ». Une belle réussite.

 

Funeral Parade : Funeral Parade

Ξ avril 7th, 2013 | → 0 Comments | ∇ Alternative |

Funeral Parade : Funeral ParadePetit quatuor du sud de la France, fondé en 2010, Funeral Parade (à prononcer en Français) enregistre discrètement sa première démo en 2012. Inconnu au bataillon, il a toutefois de quoi attirer les foules, avec un style plutôt atypique et loin des stéréotypes. Non seulement les textes sont en français mais en plus le style est à la croisée des genres, même si emprunt d’une teinte rock/metal.

Quatre titres composent la démo et dès l’éponyme « Funeral Parade », on arrive à cerner la personnalité du groupe. Cette entité torturée s’amuse à créer un univers drôle et burlesque flirtant avec le glauque et le bizarre. Les mélodies barrées sont de la partie grâce à la complicité de la guitare et de la basse, tandis que le chant féminin de Lenny nous raconte l’histoire de la Funeral Parade. Les frenchies font preuve d’énergie avec un rythme qui ne s’arrête pas mais qui ne décolle pas pour autant. On devine alors les inspirations, à savoir le duo Tim Burton / Danny Elfman, mélange de Jack et de Charlie et la Chocolaterie mais en moins foufou malheureusement.

Le fossé se creuse avec la ballade « Le temps », moins personnalisée et plus commune, malgré la jolie prestation vocale de Lenny. Son timbre grave apporte beaucoup aux compositions, même si le français peine à passer. Heureusement, on retrouve le côté bizarroïde et décalé de Funeral Parade sur « Mrs Hyde », bien que ça manque de punch, et sur « Mon Venin ». C’est peut-être un peu plus costaud mais le chant a du mal à suivre la cadence, en particulier dans les graves. Des parties plus rageuses, voire criées, font remonter la pente.

« Funeral Parade » est un premier essai timide dans lequel on devine où se dirige le groupe. Mais il n’exploite pas toutes ses possibilités et peine à rendre sa démo attractive. La mise en bouche est pauvre et on aurait aimé que ces Frenchies nous en montrent plus, avec un peu plus de folie et d’énergie. Il n’empêche toutefois que l’ensemble reste cohérent et encourageant pour la suite.

 

Zatreon : Shemhamphorae

Ξ avril 3rd, 2013 | → 0 Comments | ∇ Symphonic Black Metal |

Zatreon : ShemhamphoraeFormé en 2006, splité en 2010 et reformé récemment, Zatreon fait partie des groupes moyen-orientaux au background assez particulier. Bouleversé par les persécutions et plus récemment la révolution, en proie à des soucis aussi bien personnels que politiques, le quintet ne s’est pas laissé impressionné, et malgré son instabilité, a pris du poil de la bête en se solidifiant.

Le retour est aussi inattendu qu’excitant car Zatreon, c’était avant tout l’avantgardisme égyptien, une formation mélangeant différents styles dans son black metal. Certains se souviennent d’ « Ice Maiden », encourageant malgré une production laissant à désirer. Et le nouveau « Shemhamphorae » devait sortir courant fin 2011. Malgré tout, le quintet est en passe de dépasser ses limites avec un black symphonique grandiloquent et expérimental.

Signé chez Salute Records, le label suédois de l’underground, les Egyptiens nous pondent onze morceaux puissants dans lesquels l’avantgardisme est toujours de rigueur. Avec l’introduction, ils mettent en avant leur appartenance à la culture moyen-orientale avec ces sonorités arabisantes, ces percussions et ces chœurs féminins. Lorsque les guitares arrivent, on pense évidemment aux travaux des blackeux égyptiens d’Odious, qui officiaient dans le même domaine quelques années auparavant, avant de se séparer. Et le début de « This Icon Faces Insanity » ne peut que nous rappeler Seth.Ect (pour le discret chant féminin, à la « Orison »). Ce n’est qu’ensuite que l’auditeur tombe dans la folie guerrière de Zatreon, qui nous envoie en pleine face son black symphonique personnalisé.

Personnalisé, car avec une identité aussi forte que la leur, il est difficile de les rapprocher de tel ou tel groupe. Même si on sent une influence black metal scandinave évidente (Dimmu Borgir, Immortal…), on retrouve aussi la brutalité et la vivacité de la scène polonaise (l’ancien Crionics, Hermh) mélangé à des éléments venus d’ailleurs (quelques relents électroniques, une touche de prog et de l’oriental). Cela forme un ensemble solide et ambitieux, confirmé par la présence d’orchestrations d’excellente qualité, grandiloquentes et épiques à souhait comme en témoigne l’éponyme « Shemhamphorae », rivalisant facilement avec les formations du genre. Idem pour un « Unleashed Upon Makind », sorte de croisement entre une BO de film épique genre « Pirates des Caraïbes » et un black metal à la Vesperian Sorrow.

Zatreon diversifie son propos en alternant les parties et les humeurs. Les orchestrations ne sont pas omniprésentes et les parties purement black metal sont aussi à l’honneur comme « The Serpent ». Certains morceaux coupent la poire en deux comme « Awakening », avec une moitié metallique et une autre dans une style atmospherico-symphonique horrifique à la Hymir ou Bishop Of Hexen.

Même si parfois la production et la batterie ne suivent pas, même si quelques passages un peu longs nous font légèrement décrocher, on se retrouve avec un ensemble couillu et audacieux apportant une bonne bouffée d’air frais à une scène black symphonique peinant à trouver de nouveaux représentants. Comme quoi les groupes les plus underground, malgré leur manque de distribution, de moyens et d’adeptes, peuvent faire des albums plus qu’intéressants et encourageants.

 

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