Jun
22
Que restera-t-il de Dissection, lorsque le passage du temps aura mis un terme aux débordements sensationnalistes et à la foire d’empoigne autour de Jon Nötveidt, entre ceux qui y voient un homme de convictions admirable et ceux qui le considèrent comme un illuminé dangereux et méprisable? Lorsque son militantisme -certains diraient son fanatisme- au sein du New Luciferian Order sera relégué au second plan et que l’on délaissera enfin la figure pour se pencher sur la musique? S’il ne devait demeurer qu’une seule chose, c’est sans aucun douter de “Storm Of The Light’s Bane” qu’il s’agira.
En effet, qu’on apprécie ou non son géniteur, on ne peut que s’incliner devant cet album majestueux, surpuissant et envoûtant. Comment ça, j’exagère, faudrait voir à se calmer sur les qualificatifs excessifs? Primo, je fais ce que bon me semble, allez voir ailleurs si ça vous déplaît; secundo, s’il y a bien un album de black-métal qui mérite qu’on prenne une heure de son temps pour l’écouter, c’est celui-ci.
“Storm Of The Light’s Bane” est avant tout un disque de guitaristes, porté par des riffs démentiels, et cela dès son introduction; moi qui renâcle habituellement face à la technique, disons, défaillante de bon nombre de groupes de black qui dissimulent leurs manques sous une production infecte, je ne peux que m’incliner face à la performance de la paire Nötveidt ? Norman. Sans être extrêmement technique, celle-ci nous gratifie de riffs entêtants (le final de “Unhallowed”, les splendides “Where Dead Angels Lie” et “Thorns Of Crimson Death“) qui confèrent au disque un caractère étrangement aéré, un souffle épique qu’on ne retrouve que très rarement chez ses collègues.
Quant à la prestation vocale de Jon Nötveidt, elle tient du miracle. Le leader de Dissection couvre ici un spectre extrêmement large d’émotions sans jamais quitter un registre résolument black-métal; on passe de la violence la plus effarante (”Retribution ? Storm Of The Light’s Bane“, “Soulreaper“) à un chant presque mélancolique certains morceaux, le culte “Where Dead Angels Lie” en tête. Depuis Attila Csihar agonisant dans son micro sur “De Misteriis Dom Sathanas“, il ne m’avait pas été donné d’entendre un chant black aussi habité, aussi varié et prenant.
Soyons bref: “Storm Of The Light’s Bane” est un album miraculeux. Au-delà des controverses, des débats et des jugements, il restera ce chef-d’oeuvre glacial, sans doute l’un des meilleurs disque de l’histoire du black-métal. Tout simplement.
Jun
22
Que restera-t-il de Dissection, lorsque le passage du temps aura mis un terme aux débordements sensationnalistes et à la foire d’empoigne autour de Jon Nötveidt, entre ceux qui y voient un homme de convictions admirable et ceux qui le considèrent comme un illuminé dangereux et méprisable? Lorsque son militantisme -certains diraient son fanatisme- au sein du New Luciferian Order sera relégué au second plan et que l’on délaissera enfin la figure pour se pencher sur la musique? S’il ne devait demeurer qu’une seule chose, c’est sans aucun douter de “Storm Of The Light’s Bane” qu’il s’agira.
En effet, qu’on apprécie ou non son géniteur, on ne peut que s’incliner devant cet album majestueux, surpuissant et envoûtant. Comment ça, j’exagère, faudrait voir à se calmer sur les qualificatifs excessifs? Primo, je fais ce que bon me semble, allez voir ailleurs si ça vous déplaît; secundo, s’il y a bien un album de black-métal qui mérite qu’on prenne une heure de son temps pour l’écouter, c’est celui-ci.
“Storm Of The Light’s Bane” est avant tout un disque de guitaristes, porté par des riffs démentiels, et cela dès son introduction; moi qui renâcle habituellement face à la technique, disons, défaillante de bon nombre de groupes de black qui dissimulent leurs manques sous une production infecte, je ne peux que m’incliner face à la performance de la paire Nötveidt ? Norman. Sans être extrêmement technique, celle-ci nous gratifie de riffs entêtants (le final de “Unhallowed”, les splendides “Where Dead Angels Lie” et “Thorns Of Crimson Death”) qui confèrent au disque un caractère étrangement aéré, un souffle épique qu’on ne retrouve que très rarement chez ses collègues.
Quant à la prestation vocale de Jon Nötveidt, elle tient du miracle. Le leader de Dissection couvre ici un spectre extrêmement large d’émotions sans jamais quitter un registre résolument black-métal; on passe de la violence la plus effarante (”Retribution ? Storm Of The Light’s Bane“, “Soulreaper“) à un chant presque mélancolique certains morceaux, le culte “Where Dead Angels Lie” en tête. Depuis Attila Csihar agonisant dans son micro sur “De Misteriis Dom Sathanas“, il ne m’avait pas été donné d’entendre un chant black aussi habité, aussi varié et prenant.
Soyons bref: “Storm Of The Light’s Bane” est un album miraculeux. Au-delà des controverses, des débats et des jugements, il restera ce chef-d’oeuvre glacial, sans doute l’un des meilleurs disque de l’histoire du black-métal. Tout simplement.
Jun
20
“Self-Destructive Pattern” est le prototype du disque mineur, mais incroyablement efficace. Ses géniteurs n’ont jamais eu le souhait ou la présomption de révolutionner quoi que ce soit, ni même d’atteindre d’énormes chiffres de vente. Non, la seule ambition de Spineshank était d’écrire des titres de qualité, et de tourner (parfois comme des dingues) pour les promouvoir.
A ce titre, cet album est une réussite totale. La recette que le groupe peaufinait depuis “Strictly Diesel“, et qui avait déjà fait mouche sur la première moitié de “The Height of Callousness“, est ici parfaitement maîtrisée et fait mouche à chaque fois. Oui, à chaque fois: douze morceaux, douze réussites, un vrai carton. Cette recette est simple: vous prenez le côté indus et les gueulantes de Fear Factory, vous ajoutez des refrains monstrueusement accrocheurs et vous dotez l’ensemble d’un son à la fois propre et puissant que n’aurait pas renié Colin Richardson.
On se retrouve donc avec un disque bourré de tubes potentiels aux mélodies imparables (”Smothered“, “Beginning Of The End“, “Forgotten”, “Fallback”) qui auraient pu (dû?) valoir à Spineshank un beau petit succès radiophonique; mais le groupe ne rechigne pas non plus à sortir l’artillerie sur quelques titres bien pêchus comme le très punk “Slavery” ou les colériques “Self-Destructive Pattern” et “Stillborn“. Bref, tout le monde y trouve de quoi se rassasier, d’autant plus que le chant de Johnny Santos, très à l’aise quel que soit le registre abordé, confère à l’album un souffle et une puissance plus qu’appréciable.
Attention, “Self-Destructive Pattern” n’est évidemment pas destiné à un public amateur de métal extrême, il s’agit avant tout d’un disque grand public; toutefois, ses nombreuses qualités en font un coup de coeur potentiel pour un spectre assez large de métalleux. Et encore une fois, Spineshank n’ambitionne pas d’écrire un nouveau “Black Album” ou même un nouveau “The Burning Red”, juste de se faire plaisir et de nous proposer douze compos écrites par d’humbles artisans qui seront restés jusqu’au bout dans un anonymat quasi-total. Épuisés par deux ans de tournées non-stop, les musiciens jetèrent l’éponge en 2004 et ne donnèrent pas suite à ce disque qui laissait portant augurer le meilleur.
La trajectoire de Spineshank est finalement représentative du destin de bon nombre de musiciens, appelés à disparaître sans jamais connaître un succès qui semblait pourtant leur tendre les bras à un certain point de leur carrière, et qui laissent derrière eux une poignée de bons morceaux qui resteront inconnus de la grande majorité. Mais les quelques personnes qui se sont penchées sur “Self-Destructive Pattern” confirmeront sans doute mes propos: cet album valait largement mieux que 90% des sous-disques de néo qui caracolaient alors en tête des ventes. Dommage….
Jun
6
“Archetype” est un disque qui, par sa seule existence, réjouira l’amateur de Fear Factory. En effet, le split du groupe, à la suite de sévères détériorations des rapports entre ses membres, avait laissé orphelins de très nombreux fans du métal industriel et brutal dont le groupe avait fait sa marque de fabrique depuis 1992. Si l’annonce d’une reformation avait fait renaître un peu d’espoir, le départ définitif de Dino Cazares, guitariste ô combien emblématique qui marquait au fer rouge les productions passées, nous autorisait à nourrir quelques sérieuses inquiétudes quant à la viabilité de cette réunion. Le constat, à l’écoute de ce premier album sans le gratteux mexicain, est heureusement positif, sans être transcendant pour autant.
Lorsque “Slave Labor” déboule, on frôle l’orgasme. Batterie à fond la caisse, guitares incisives, chant hurlé sur les couplets qui se mue en une prodigieuse invocation scandée sur le refrain, tout ce qu’on aime chez Fear Fac’ est là, et plus encore. C’est bien simple, ce morceau est un des meilleurs que le groupe ait jamais composés; il vous cloue à votre fauteuil et vous laisse pantelant, en attente d’une suite à la hauteur… Laquelle ne déçoit pas avec un “Cybewaste” à la brutalité débridée, puis un “Act Of God” très efficace quoique plus posé. A ce point de l’album, on a logiquement la bave aux lèvres et on commence à se dire que la bande de Burton C. Bell a décidément remis le couvert de fort belle manière. “Archetype” serait-il le disque qu’attendent ses fans depuis “Demanufacture“?
C’est alors que lentement, insidieusement, mais sûrement, cet album commence à perdre en rythme, en accroche, en puissance. Le chant clair se fait omniprésent, un comble lorsqu’on sait que Bell peine à retranscrire ces passages sur scène (”Drones”, l’insipide “Bite The Hand That Bleeds“). La batterie ralentit, et se défait de cette frénésie martiale qui donne son souffle aux compositions du groupe. Bref, le soufflé retombe progressivement, et l’auditeur décroche assez rapidement.
La deuxième moitié du disque ressemble à une série de bonnes occasions gâchées: “Corporate Cloning” démarre en force, puis est plombé par un refrain chantonné mollement; “Undercurrent” se défend, mais ne décolle jamais vraiment, “Default Judgement” aurait mérité une batterie bien plus agressive; etc… La fin du disque s’écoute sans déplaisir, mais l’auditeur ne parvient plus à se départir de ce sentiment de lassitude qui s’est emparé de lui, et que même l’énervé “Bonescraper” et la reprise de Nirvana finale, “School”, ne peuvent chasser.
Ne boudons pas non plus notre plaisir: Fear Factory est de retour, avec un disque honorable, et c’est là un événement qu’il convient de saluer à sa juste mesure. Toutefois, “Archetype” est en-deçà des espérances que ses premières compos avaient fait naître; on aurait peut-être préféré que le groupe sorte un album moins long, avec un ou deux titres en moins, mais d’une densité bien supérieure à celle des morceaux proposés ici, lesquels s’oublient à peine écoutés. Malheureusement, “Transgression“, sorti l’année suivante, ne fera que confirmer les défauts et les failles qui apparaissent ici.
May
23
“Les compositions sont plus dans une veine à la Slayer“, avait expliqué Henri Sattler dans une interview promotionnelle accompagnant la sortie de “The Toxic Touch“. Mine de rien, cette déclaration du leader incontesté de God Dethroned donne une clé assez pertinente à l’auditeur qui s’étonnera du manque total de personnalité de ce septième album: désormais, ce groupe fait dans la copie, efficace certes, mais dans la copie quand même, de ses illustres aînés, voire parfois de ses contemporrains.
Je m’explique. “The Toxic Touch” est un disque indéniablement efficace, gavé de riffs assassins, à la Slayer justement (”Hating Life”, “On Wings Of Pestilence“), de refrains imparables (”Falling Down“, “The Day You Died”) et de soli bien rapides (”Typhoid Mary”), dans une veine death mélodique que le groupe maîtrise à merveille. Le chant n’est pas très éloigné d’un Dark Tranquility, c’est-à-dire à la fois profond et écorché; étant donné que la vague metalcore a maintenant habitué les oreilles du grand public à ce genre de métal rapide, agressif mais toujours mélodique et accrocheur, on voit mal ce qui pourrait empêcher God Dethroned d’obtenir un joli petit succès.
Toutefois, le tableau est loin d’être idyllique: en visant l’efficacité à tout prix, le groupe a sacrifié une bonne partie de son intégrité et de sa personnalité sur l’autel du succès. Plus rien ne distingue désormais God Dethroned des combos qui encombrent le créneau death mélodique ces temps-ci; pire, sur certains titres, on croirait avoir introduit par erreur le dernier Bullet For My Valentine dans sa chaîne… Sept albums pour en arriver à ça, si ce n’est pas du gâchis! L’instrumental “”Away From Emptiness“est le morceau le plus représentatif de cette regrettable dérive, avec ses trois minutes de démonstration technique inutile et sans originalité aucune. Quant à “Typhoid Mary”, censé être le moment fort de l’album puisque traitant du personnage qui apparaît sur la pochette -très réussie, au passage-, il est simpliste à mourir, avec son refrain-leitmotiv répété en boucle sur une assise musicale tellement basique qu’elle en devient agaçante.
“The Toxic Touch” est un album qui s’écoute avec plaisir, car il s’appuie sur une recette à l’efficacité avérée et recèle quelques bons moments (”Falling Down“, “On Wings Of Pestilence“, “Fail To Exist”); mais on voit mal par quel miracle God Dethroned pourrait s’extirper du bourbier où se débattent les trop nombreux prétendants à la couronne de roi du death mélodique, tant cet album s’oublie aussitôt son écoute achevée. La prochaine fois, peut-être?
May
23
Des baffes! Des baffes pour tous ceux qui n’ont pas fait à 66(Sick), la précédente tuerie des Teutons de Disbelief, le triomphe qu’elle méritait! Comment ça, je ne peux pas imposer à mes contemporains d’apprécier les même groupes et/ou albums que moi? C’est parfois bien dommage, tant ce groupe fabuleux pourrait séduire de métalleux s’il était un peu plus exposé, un peu plus sous les projecteurs. “Navigator“, même s’il n’est peut-être pas aussi démentiel que son prédécesseur, est un nouveau petit bijou à porter à l’actif d’un groupe vraiment à part et malheureusement encore sous-estimé.
On retrouve ici tout ce qu’on aime chez Disbelief: les riffs dissonants joués par une guitare accordée très grave (”Falling Down“), les mélodies, omniprésentes même au coeur de la tourmente, les mid-tempos pachidermiques (”When Silence Is Broken”), et surtout la voix ahurissante de Karsten Jäger. Qu’il s’empare du rôle du forcené impossible à maîtriser sur “It’s Simply There” ou qu’il donne dans le registre de la mélancolie contemplatrice avec “The One”, le chanteur confirme qu’il occupe décidément une place à part parmi les hurleurs modernes. Car oui, les racines de son chant plongent au coeur du death-métal le plus lourd; mais le vocaliste ne perd jamais de vue que la mélodie est le pilier sur lequel s’érige la musique de Disbelief, et sa prestation fait une fois de plus le grand écart entre la brutalité la plus totale et les mélodies les plus accrocheuses. C’est bien simple, Disbelief est sans doute le seul groupe affilié à la scène death dont on se retrouve à chantonner les refrains dans la rue!
Parmi les pépites que renferme “Navigator“, citons “Between Red Lines”, qui remporte haut la main le concours du mid-tempo le plus écrasant du mois, et surtout le chef-d’oeuvre absolu qu’est “Passenger“, un morceau aux allures de grand huit qui passe en revue toutes les facettes de Disbelief sans jamais perdre en cohérence, puisque tout nous ramène à un refrain absolument irrésistible. Du grand art.
Mais il me faut être honnête, et concéder que cet album n’est pas exempt de défauts, ou plutôt d’imperfections qui l’empêche de s’élever au même niveau que ses deux illustres prédécesseurs, “Spreading The Rage” et “66(Sick)”. Les morceaux, aussi puissants soient-ils, souffrent d’une certaine linéarité qui empêche “Navigator de décoller totalement; et la production est un cran en-deçà de celle, abrasive, de 66(Sick).De plus, un ou deux titres sont franchement dispensables, à l’instar de “Selected”, par exemple, qui plombe un peu la fin de l’album. Heureusement, “Sacrifice” vient nous faire oublier cette baisse de régime et conclure en beauté un disque qui demeure une franche réussite.
Tous ceux qui avaient apprécié les brulôts précédents de Disbelief peuvent donc se jeter les yeux fermés sur ce “Navigator” de grande tenue, où ils retrouveront tout ce qu’ils apprécient chez ce groupe hors-norme. Toutefois, les néophytes feraient mieux de jeter leur dévolu sur 66(Sick), qui demeure le sommet de la carrière des quatre Allemands; ils pourront ensuite embarquer en connaissance de cause pour ce nouveau voyage que nous aurions quand même souhaité un peu plus surprenant.
Apr
16
Sept secondes de silence. Puis les instruments entrent dans la danse, tissant un mur de son compact, étouffant, glacé. La voix arrive enfin, tout à la fois incantation, menace, murmure et prière. Vous venez d’entamer l’écoute de “Lateralus“, et autant vous prévenir, vous n’en ressortirez pas indemnes.
Cet album, qui succède au très encensé “Aenima“, constitue pour moi le sommet de la carrière de ce groupe ô combien atypique qu’est Tool. Plus difficile d’accès que son prédécesseur, il est aussi plus complet, plus maîtrisé, car il ne s’égare jamais de sa ligne directrice et vous tient en haleine tout au long de ses soixante-dix minutes.
“Lateralus” est un album très long, au son froid et assez synthétique, qui s’articule autour de pièces musicales allant de six à dix minutes et séparées par de courtes plages de transition. Les schémas qui sous-tendent les compositions échappent à toute analyse logique, rendant la mémorisation des structures et des morceaux des plus ardues. Autrement dit, on n’aborde pas ce disque comme un album de punk; ici, rien n’est immédiat, et ce n’est qu’au fil des écoutes que l’on finit par apprécier pleinement toutes les richesses de cette oeuvre.
L’auditeur attentif et curieux, qui fera l’effort de prendre quelques heures de son temps pour se passer “Lateralus” au casque, dans le calme le plus absolu, sera récompensé au centuple car il découvrira une oeuvre d’art finement ciselée, où rien n’est laissé au hasard, où chaque élément trouve sa place dans un foisonnement parfois incroyable mais toujours cohérent. Cet album est un grand huit musical, servi par des musiciens en état de grâce, qui couvre quasiment l’intégralité du spectre métal. Tour à tour extrêmement violent (”Ticks & Leeches”) ou d’une touchante fragilité (”The Patient), accrocheur (”Schism“) ou hermétique (”Lateralis”), voire franchement barré et incompréhensible (”Triad”), rarement un disque aura exploré autant de facettes différentes sans pour autant dévier de son propos. Attention, je ne parle pas de violence tel qu’un fan de death pourrait l’entendre, mais d’une violence retenue, maîtrisée, sourde, et donc extrêmement inquiétante, qui résonne au plus profond de nous sans jamais exploser. Et lorsque la voix se fait caresse ou murmure, la tension ne baisse pas pour autant puisqu’il est impossible de prévoir ce qui nous attend dans quelques secondes… A ce titre, l’enchaînement “Parabol”/”Parabola” est le point d’orgue de l’ensemble; le premier morceau n’est qu’une lancinante montée en puissance, tendue vers un seul but: l’explosion qui arrive avec la seconde partie, qui vous prend aux tripes et vous laisse pantelant.
“Lateralus” est une boule noire, constamment en mouvement, qui se dérobe à chaque fois que vous croyiez pouvoir la saisir totalement; et loin de frustrer son auditeur, ce caractère changeant et versatile ne fait qu’attiser le désir de s’y plonger à nouveau pour retenter une expérience toujours nouvelle et enrichissante. Rarement le terme trop souvent galvaudé de chef-d’oeuvre aura été à ce point mérité.
Pour conclure, permettez-moi de citer le chroniqueur de Kerrang (UK) qui avait eu la lourde tâche de chroniquer ce disque lors de sa sortie, ce qui est toujours difficile lorsqu’il s’agit d’albums nécessitant de nombreuses écoutes avant de se dévoiler: “Lateralus is not just one of the greatest records you’ll listen this year, it’s one of the greatest records you’ll listen in your lifetime”. Tout est dit.
Apr
4
“Sevas Tra“. Derrière ce nom barbare se cache la première oeuvre d’une jeune femme torturée et habitée, qui croit dur comme fer en la dimension rédemptrice de l’art. Le nom de son groupe est en fait l’anagramme de “poet”, celui de son album doit se lire à l’envers et devient alors “art saves”, et le travail effectué sur les visuels est colossal pour une première sortie. Otep développe donc un univers très personnel, mais ces efforts louables seraient vains s’ils n’étaient pas soutenus par une musique de haute tenue. Coupons court, “Sevas Tra” est une petite bombe, tout simplement.
A l’image d’un Slipknot, Otep démontre la variété de styles regroupés sous l’étiquette “néo-métal” en explorant des territoires autrement plus sombres et violents que ses petits collègues de jeu. Les titres rassemblés ici sont souvent d’une extrême brutalité (”Blood Pigs”, “Battle Ready”, “Filthee”), et bâtissent un mur sonore oppressant qui étouffe l’auditeur. Les riffs sont typés métal extrême, la batterie envoie des rythmiques tribales et syncopées que Sepultura n’aurait pas renié, et la chanteuse éructe tout son malaise, vomit sa haine et son désir de vengeance, et fait montre d’une versatilité vocale étonnante. Il n’est pas rare de la voir passer dans le même titre d’un murmure poisseux à des lamentations lugubres, avant de vous arracher la tête à grand renfort de grognements death (”My Confession”, hallucinant); le rattachement d’Otep au néo est d’ailleurs sûrement dû aux parties vocales presque rappées que l’on retrouve sur “T.R.I.C.” ou “Sacrilege”, mais l’ensemble musical est tellement solide que ce serait faire insulte au groupe que de le comparer aux légions de néo-métalleux à tendance rap qui sont apparus suite au succès de “Follow The Leader“.
Entre deux assauts frontaux et sans pitié, Otep a aménagé des morceaux qui font croire à l’auditeur qu’il va pouvoir respirer quelques instants… à tort. Même si le rythme ralentit sur “My Confession” ou “Emtee”, c’est pour mieux enfoncer notre tête sous des eaux boueuses où d’angoissants gémissements répondent à des mélodies enfantines déformées, saturées et grésillantes.
Ce “Sevas Tra” étouffant se clôt sur “Jonestown Tea”, morceau durant lequel la chanteuse nous plonge dans la peau d’une enfant victime d’abus sexuel. A l’image du “Daddy” de Korn, ce titre est difficile à écouter jusqu’au bout, tant l’interprète est habitée par ses paroles et semble (re)vivre un calvaire auquel elle nous force presque à assister.
Avec ce premier album, Otep frappe fort. On tient là un groupe original, à l’identité forte et affirmée, tant visuellement que musicalement; mais malgré ses évidentes qualités, le groupe n’est pas parvenu à se trouver un public. Vendu comme un disque de néo, “Sevas Tra” s’est révélé bien trop extrême pour les adolescents amateurs de ce style, et n’a pas bénéficié d’une bonne exposition auprès de ceux qui auraient pu lui faire un bon accueil: les métalleux ouverts d’esprit, qui apprécieront la violence et le malaise omniprésents ici, sans être rebutés par quelques parties vocales typées néo.
Mar
26
Aujourd’hui, le thème de notre leçon sera “La panne d’inspiration, ou comment faire croire à vos fans que vous avez encore quelque chose à dire quand vous préfèreriez prendre votre retraite”.
En cette année 2003, Korn a accompli à peu près tout ce dont un groupe de métal peut rêver. Le groupe a touché un public exigeant avec ses deux premiers albums, a atteint le sommet des ventes avec “Follow The Leader“, a montré sa face sombre et mélodique avec le splendide “Issues“, et a même exploré des contrées inattendues avec l’expérimental (et abouti) “Untouchables“. Comme pour tout groupe parvenu au faîte de sa gloire, la question du trou d’air se pose: que faire lorsqu’on a tout fait? De quoi rêver, que désirer lorsqu’on a presque tout? Et surtout, que proposer de nouveau à son public lorsqu’on a exploré toutes les facettes de sa musique?
A ces interrogations, Korn répond de la façon la plus désagréable qui soit. Non, aucun membre n’a les épaules d’un Steve Harris, capable de réinventer Iron Maiden après plus de vingt ans de carrière; en fait, Korn n’est même pas capable de suivre le chemin qu’avait emprunté Metallica avec “Load”, c’est-à-dire de se remettre en question à défaut de proposer un album transcendant. Alors que les fans et les critiques attendent le chef-d’oeuvre qu’aurait pu annoncer “Untouchables“, les musiciens de Korn sortent “Take a Look in the Mirror“,un disque à la fois passéiste et indigne de ce glorieux passé. Au moins le groupe a-t-il le mérite de la franchise; tout dans la présentation de cet album, du titre au livret en passant par l’impression du cd, annonce la couleur: “Take…” est placé sous le signe du retour aux racines, de l’abus des formules qui ont fait le succès phénoménal des cinq de Bakersfield.
Le morceau d’ouverture, le puissant “Right Now“, fait illusion grâce à ses grognements très typés death-métal, surprenants chez les parrains du néo. Malheureusement, ce sera la seule surprise de cette galette. Le reste n’est qu’un assemblage bancal de morceaux faciles (”Let’s Do This Now”, “Deep Inside”, “Alive”, “I’m Done”), voire carrément insupportables lorsque Korn donne dans le clin d’oeil appuyé à son passé (”Play Me” avec le rappeur Nas, grotesque ersatz d’Ice Cube qui lorgne vers “Children Of The Korn” sans jamais arriver à la cheville de ce morceau). Et quand déboule “Y’All Want A Single“, c’est carrément la nausée qui s’empare de l’auditeur: débile, musicalement risible et thématiquement grotesque avec son pseudo-message de rebellion à deux francs, on tient peut-être ici le pire titre jamais enregistré par le groupe.
En fait, ce disque sent l’opération bouche-trou à plein nez. Le seul titre qui retient l’attention est le très bon “Did My Time“, sorti quelques temps plus tôt sur la B.O. de “Tomb Raider. La ficelle qui consiste à attirer le chaland avec un morceau bien ficelé, paru depuis quelques semaines, afin de lui refourguer quarante minutes de remplissage est un peu grosse, et carrément inacceptable de la part d’un groupe qui se vantait dix ans plus tôt de la proximité qu’il entretenait avec ses fans. On se retrouve donc avec un disque reposant sur des recettes éculées, certes efficaces (”Counting On Me” et “Everything I’ve Known” fonctionnent bien) mais à des années-lumières des espoirs qu’avait fait naître “Untouchables“. Korn se repose sur ses acquis sans jamais chercher l’originalité, et l’absence totale de prise de risque et d’innovation finit par lasser même le fan le plus dévoué.
“Take a Look in the Mirror” est sans doute le contrepoint de toute la carrière de ses géniteurs. En 1994, cinq musiciens ont pris tout le monde de court en inventant un style qui allait connaître par la suite un succès aussi fulgurant en termes de ventes que de durée; alors qu’une génération de jeunes un peu paumés s’engouffraient dans la brêche, Korn était toujours parvenu à avoir une longueur d’avance sur ses suiveurs, à être là où on ne l’attendait pas. Cet album, au contraire, sonne comme un aveu d’échec, d’absence totale d’inspiration camouflée sous des morceaux qui deviennent putassiers à force de rechercher l’efficacité facile. Quand on a tant aimé un groupe, ça fend le coeur de le voir tomber si bas…
Mar
26
Ce message est adressé aux membres de l’entité musicale moribonde encore nommée Korn:
STOP! Pitié! Arrêtez!
Arrêtez de ternir un passé plus qu’honorable! Cessez de sortir des albums destinés à payer vos prochains tour-bus de luxe! A défaut de retrouver l’inspiration et l’originalité de vos débuts, ayez au moins le bon goût de ne pas massacrer à la hache ce pourquoi vous étiez respectés et admirés!
Faisons court, cet “Unplugged” ne méritant même pas qu’on s’y attarde plus de dix minutes. Oui, il s’agit d’un autre disque accoustique enregistré par MTV, une formule dont la chaîne use et abuse depuis le formidable succès commercial et artistique qu’a été celui de Nirvana; mais non, Korn n’a pas le talent mélodique des augustes inaugurateurs de cet exercice, et non, aucun, mais alors AUCUN morceau du groupe ne supporte la privation d’électricité. C’est bien simple, dès les premières mesures de “Blind“, on sent bien que nous allons assister à un carnage, dans le mauvais sens du terme.
Le passage à l’accoustique vide la musique de Korn de cette énergie viscérale qui faisait son génie; et en l’absence de cette fougue, il ne reste ici que des squelettes de morceaux qui vont du médiocre (”Falling Away From Me“, “Hollow Life”) à l’abominable. Je souhaite très sincèrement aux fans de la première heure de ne jamais avoir à écouter l’horreur sans nom qu’est la version de “Coming Undone” présentée ici, ridiculisée par des lignes de violoncelles pathétiques et tout simplement inaudible. John Davis a sans doute un chant très particulier, qui en fait en vocaliste unique en son genre, mais qui n’est absolument pas adapté à ce genre de concerts: nasillard et sans puissance, il ne parvient en aucune manière à sauver ce disque minable et grotesque du naufrage.
C’est bien simple, je suis resté interdit à l’écoute de cet album dépourvu de toute passion, qui n’est qu’une collection de chansons ravagées par des arrangements sans doute composés par une classe d’autistes ou de footballeurs (comment ça, c’est la même chose? Ouah, l’autre, comment il a l’esprit mal tourné…) qu’on initiait à la musique atonale. Il m’a rarement été donné d’écouter un disque aussi triste, aussi pathétique, aussi creux… Rien, absolument rien n’est à sauver, même pas la reprise de “Creep” de Radiohead (quelle prise de risque dans le choix du morceau!) ni l’intervention de Robert Smith (Cure).
Messieurs, au nom de ce que nous avons partagé un jour, mourez en paix, mais ayez la décence de nous épargner vos dernières convulsions musicales. S’il-vous-plaît…