Chimaira : The Impossibility of ReasonDe temps à autre, surgit un disque que l’on attendait pas et qui vous retourne la tête plus sûrement qu’une séance de montagnes russes. C’est dans cette catégorie que vient s’inscrire le deuxième album de Chimaira, qui frappe ici un très grand coup. Qui aurait en effet misé quoi que ce soit sur ce groupe de Cleveland à l’écoute de “Pass Out Existence”, petit disque de power moderne sans grand intérêt? Pas grand monde, assurément; et pourtant…

Et pourtant, dès que déboule “Cleansation”, il saute aux yeux que Chimaira a revu ses ambitions largement à la hausse: riffs tonitruants, rythmique démentielle et hurlements rageurs, le combo a décidé de faire honneur à son nom! Les mois passés sur la route ont porté leurs fruits, et la composition a été orientée vers un but précis: tout ravager sur son passage, sans laisser respirer l’auditeur, entraîné sous une avalanche de violence sans faille.

Le reste de l’album est à l’avenant, mais le groupe sait varier les plaisirs, enchaînant tour à tour mid-tempos pachydermiques (“The Impossibility of Reason” et son imparable refrain scandé, “Pictures In The Gold Room”) et déferlements supersoniques (les hallucinants “Power Trip” et “Pure Hatred”). La recette, quoiqu’éprouvée, est d’une efficacité redoutable: des riffs surpuissants, directement inspiré des plus grands, Metallica, et Pantera en tête, doublés par une basse sonore, viennent se greffer sur une batterie incroyable de précision et de technique, tandis que Mark Hunter nous gratifie d’un chant hurlé d’une surprenante intensité. Le bonhomme se révèle même capable de sortir un chant clair tout à fait décent sur “Down Again”, respiration bienvenue au milieu de cette incessante agression sonore. L’ensemble bénéficie d’un son clair et puissant; mais c’est aussi là le seul reproche que l’on pourrait adresser à ce disque: à force d’être limpide, cette production finit par asceptiser quelque peu les compos.

Soulignons aussi la violence des textes de Hunter, qui sont en parfaite adéquation avec la hargne de ses accolytes et tournent autour de la revanche, du refus de la soumission (“Crawl”), développent le point de vue hautement malsain d’un serial-killer à l’oeuvre (“Eyes Of A Criminal”), ou envoient simplement tout le monde au diable (le simplissime mais fédérateur “Pure Hatred”). Bref, le chanteur nous invite dans un univers qui, s’il peut paraître assez cliché, à au moins le mérite de coller parfaitement à la musique.

Après une série de titres plus lents mais toujours aussi lourds (“Stigmurder”, “Overlooked”), The Impossibility of Reason s’achève sur un long instrumental qui témoigne de l’attention portée par le groupe à l’élaboration de ses morceaux, et qui prouve, si besoin était, que l’on a bien affaire ici à d’excellents musiciens.

Un album aussi surprenant que réussi donc, grâce auquel Chimaira a pris une place méritée parmi l’élite. À tous ceux qui se plaignent, souvent à juste titre, du caractère répétitif d’une scène américaine en panne d’inspiration, prêtez une oreille attentive à ce disque; vous y trouverez un métal qui, s’il se fonde sur des bases classiques, propose une alternative résolument moderne et inspirée à la monotonie des productions actuelles.

Soulfly : PrimitiveAprès avoir démontré qu’il n’était pas mort avec le split de Sepultura en sortant un album de la trempe de « Soulfly », Max Cavalera revient deux ans plus tard, avec dans sa besace l’étrange « Primitive », sans aucun doute le travail le plus expérimental de l’emblématique chanteur, et, évidemment, le plus décrié. À tort ou à raison ?

Le morceau d’ouverture, « Back to the Primitive », est trompeur, car on y retrouve l’orientation sonore et musicale du groupe tel qu’on le connaissait sur son premier album : riff simple mais efficace, batterie tribale, voix rauque qui prône un retour à une liberté perdue, le tout pour un titre s’inscrivant dans la droite ligne de « Roots ».

Mais dès la deuxième plage, le changement est radical, avec l’intervention de Chino Moreno des Deftones au chant. On connaissait le goût de Max pour les collaborations, mais le fait qu’elles interviennent si tôt place ce disque sous le sceau de l’expérimentation et de l’appel aux invités, ce que la suite ne démentira pas. En fait, c’est bien simple, sept des douze titres ici présents sont le fruit de collaborations, pour des résultats vraiment inégaux. Commençons par les ratages : « Pain », avec Moreno, n’est pas mauvais en soi, mais rappelle trop « Bleed », morceau de « Soulfly » avec Fred Durst, pour ne pas passer pour une redite. « Son Song », avec Sean Lennon, est loin d’être un morceau très inspiré, et le refrain chanté par le fils de John (Lennon, vous suivez ?) est trop mièvre pour coller à la musique du groupe. Enfin, le catastrophique « In Memory Of » voit Max inviter un obscur combo de rap pour six minutes affligeantes, ou rien, mais alors RIEN ne marche: le phrasé rap est médiocre, les textes simplistes, la musique inintéressante à souhait, et l’intervention de Max sur le refrain manque totalement le coche. Un bide total, presque splendide à force d’échec!

Mais tout n’est heureusement pas à jeter, comme le démontre le superbe « Jumpdafuckup » où Corey Taylor (Slipknot) vient poser un chant tout en colère contenue avant d’exploser sur un pont fantastique. La venue de Tom Araya (Slayer) sur « Terrorist » donne lieu à un morceau à la hauteur des espérances, puissant et hystérique. Les deux interventions plus anecdotiques sont celles d’une chorale sur « Mulambo », qui reste un titre traditionnel de Soulfly, et celle d’une chanteuse de RnB sur « Flyhigh », qui donne à cette chanson une sympathique respiration, sans en faire un chef-d’Å“uvre pour autant.

Le reste de l’album permet au groupe d’affirmer son style, avec notamment le très bon « Bring It » et le surpuissant « Boom ». Toutefois, les morceaux interprétés uniquement par Soulfly, aussi bons soient-ils, semblent ici un peu noyés dans cet océan d’invités… Ils permettent cependant au groupe de confirmer la voix tribale, à la fois agressive et réfléchie, empruntée par leurs compositions.

Alors, quelle conclusions tirer de l’écoute de « Primitive » ? Pour ma part, je crois qu’il s’agit d’un album que Soulfly avait besoin de faire pour se rendre compte que la surabondance de collaborations nuit à la cohérence d’un disque, et surtout que ce n’est pas à l’hôte de s’adapter à l’invité, mais l’inverse. Max le reconnaîtra d’ailleurs plus tard, et recentrera les albums suivants sur la musique de son groupe. Un album intéressant, inégal, mais qui renferme quand même quelques pépites pour qui aura la patience de s’y plonger.

Soulfly : Primitive

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Soulfly : PrimitiveAprès avoir démontré qu’il n’était pas mort avec le split de Sepultura en sortant un album de la trempe de « Soulfly », Max Cavalera revient deux ans plus tard, avec dans sa besace l’étrange « Primitive », sans aucun doute le travail le plus expérimental de l’emblématique chanteur, et, évidemment, le plus décrié. À tort ou à raison ?

Le morceau d’ouverture, « Back to the Primitive », est trompeur, car on y retrouve l’orientation sonore et musicale du groupe tel qu’on le connaissait sur son premier album : riff simple mais efficace, batterie tribale, voix rauque qui prône un retour à une liberté perdue, le tout pour un titre s’inscrivant dans la droite ligne de « Roots ».

Mais dès la deuxième plage, le changement est radical, avec l’intervention de Chino Moreno des Deftones au chant. On connaissait le goût de Max pour les collaborations, mais le fait qu’elles interviennent si tôt place ce disque sous le sceau de l’expérimentation et de l’appel aux invités, ce que la suite ne démentira pas. En fait, c’est bien simple, sept des douze titres ici présents sont le fruit de collaborations, pour des résultats vraiment inégaux. Commençons par les ratages : « Pain », avec Moreno, n’est pas mauvais en soi, mais rappelle trop « Bleed », morceau de « Soulfly » avec Fred Durst, pour ne pas passer pour une redite. « Son Song », avec Sean Lennon, est loin d’être un morceau très inspiré, et le refrain chanté par le fils de John (Lennon, vous suivez ?) est trop mièvre pour coller à la musique du groupe. Enfin, le catastrophique « In Memory Of » voit Max inviter un obscur combo de rap pour six minutes affligeantes, ou rien, mais alors RIEN ne marche: le phrasé rap est médiocre, les textes simplistes, la musique inintéressante à souhait, et l’intervention de Max sur le refrain manque totalement le coche. Un bide total, presque splendide à force d’échec!

Mais tout n’est heureusement pas à jeter, comme le démontre le superbe « Jumpdafuckup » où Corey Taylor (Slipknot) vient poser un chant tout en colère contenue avant d’exploser sur un pont fantastique. La venue de Tom Araya (Slayer) sur « Terrorist » donne lieu à un morceau à la hauteur des espérances, puissant et hystérique. Les deux interventions plus anecdotiques sont celles d’une chorale sur « Mulambo », qui reste un titre traditionnel de Soulfly, et celle d’une chanteuse de RnB sur « Flyhigh », qui donne à cette chanson une sympathique respiration, sans en faire un chef-d’œuvre pour autant.

Le reste de l’album permet au groupe d’affirmer son style, avec notamment le très bon « Bring It » et le surpuissant « Boom ». Toutefois, les morceaux interprétés uniquement par Soulfly, aussi bons soient-ils, semblent ici un peu noyés dans cet océan d’invités… Ils permettent cependant au groupe de confirmer la voix tribale, à la fois agressive et réfléchie, empruntée par leurs compositions.

Alors, quelle conclusions tirer de l’écoute de « Primitive » ? Pour ma part, je crois qu’il s’agit d’un album que Soulfly avait besoin de faire pour se rendre compte que la surabondance de collaborations nuit à la cohérence d’un disque, et surtout que ce n’est pas à l’hôte de s’adapter à l’invité, mais l’inverse. Max le reconnaîtra d’ailleurs plus tard, et recentrera les albums suivants sur la musique de son groupe. Un album intéressant, inégal, mais qui renferme quand même quelques pépites pour qui aura la patience de s’y plonger.

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