Soulfly : PrimitiveAprès avoir démontré qu’il n’était pas mort avec le split de Sepultura en sortant un album de la trempe de « Soulfly », Max Cavalera revient deux ans plus tard, avec dans sa besace l’étrange « Primitive », sans aucun doute le travail le plus expérimental de l’emblématique chanteur, et, évidemment, le plus décrié. À tort ou à raison ?

Le morceau d’ouverture, « Back to the Primitive », est trompeur, car on y retrouve l’orientation sonore et musicale du groupe tel qu’on le connaissait sur son premier album : riff simple mais efficace, batterie tribale, voix rauque qui prône un retour à une liberté perdue, le tout pour un titre s’inscrivant dans la droite ligne de « Roots ».

Mais dès la deuxième plage, le changement est radical, avec l’intervention de Chino Moreno des Deftones au chant. On connaissait le goût de Max pour les collaborations, mais le fait qu’elles interviennent si tôt place ce disque sous le sceau de l’expérimentation et de l’appel aux invités, ce que la suite ne démentira pas. En fait, c’est bien simple, sept des douze titres ici présents sont le fruit de collaborations, pour des résultats vraiment inégaux. Commençons par les ratages : « Pain », avec Moreno, n’est pas mauvais en soi, mais rappelle trop « Bleed », morceau de « Soulfly » avec Fred Durst, pour ne pas passer pour une redite. « Son Song », avec Sean Lennon, est loin d’être un morceau très inspiré, et le refrain chanté par le fils de John (Lennon, vous suivez ?) est trop mièvre pour coller à la musique du groupe. Enfin, le catastrophique « In Memory Of » voit Max inviter un obscur combo de rap pour six minutes affligeantes, ou rien, mais alors RIEN ne marche: le phrasé rap est médiocre, les textes simplistes, la musique inintéressante à souhait, et l’intervention de Max sur le refrain manque totalement le coche. Un bide total, presque splendide à force d’échec!

Mais tout n’est heureusement pas à jeter, comme le démontre le superbe « Jumpdafuckup » où Corey Taylor (Slipknot) vient poser un chant tout en colère contenue avant d’exploser sur un pont fantastique. La venue de Tom Araya (Slayer) sur « Terrorist » donne lieu à un morceau à la hauteur des espérances, puissant et hystérique. Les deux interventions plus anecdotiques sont celles d’une chorale sur « Mulambo », qui reste un titre traditionnel de Soulfly, et celle d’une chanteuse de RnB sur « Flyhigh », qui donne à cette chanson une sympathique respiration, sans en faire un chef-d’Å“uvre pour autant.

Le reste de l’album permet au groupe d’affirmer son style, avec notamment le très bon « Bring It » et le surpuissant « Boom ». Toutefois, les morceaux interprétés uniquement par Soulfly, aussi bons soient-ils, semblent ici un peu noyés dans cet océan d’invités… Ils permettent cependant au groupe de confirmer la voix tribale, à la fois agressive et réfléchie, empruntée par leurs compositions.

Alors, quelle conclusions tirer de l’écoute de « Primitive » ? Pour ma part, je crois qu’il s’agit d’un album que Soulfly avait besoin de faire pour se rendre compte que la surabondance de collaborations nuit à la cohérence d’un disque, et surtout que ce n’est pas à l’hôte de s’adapter à l’invité, mais l’inverse. Max le reconnaîtra d’ailleurs plus tard, et recentrera les albums suivants sur la musique de son groupe. Un album intéressant, inégal, mais qui renferme quand même quelques pépites pour qui aura la patience de s’y plonger.



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