Nov
22
Le voilà enfin, ce second volet des aventures des System Of A Down en cette année 2005. Après l’incroyable “Mesmerize“, nous étions en droit d’attendre beaucoup de ce disque? Et j’ai la joie, que dis-je, le bonheur de vous annoncer que nous avions raison! A ceux qui craignaient un deuxième épisode en demi-teinte, ou même une simple baisse d’inspiration, les Américano-Arméniens viennent d’infliger un cinglant camouflet avec cet album foisonnant, délirant, intelligent, loufoque, intrigant,? Mon Dieu, les qualificatifs me manquent face à un tel tour de force.
Reprenant les choses exactement là où il les avait laissés en avril dernier, le groupe nous a concocté un plat étrange, plus passionnant encore, peut-être, que “Mesmerize“. La règle d’or est ici le changement de rythme impromptu, comme le démontre magistralement le titre d’ouverture “Attack“: les guitares déboulent, tout en puissance, soutenues par une batterie colossale, puis se taisent aussitôt pour laisser la place à un chant tout en nuances et en mélodies. Le reste de l’album n’est qu’une suite de moments de bravoure, une débauche de talent, une longue démonstration du génie de ces quatre musiciens.
Les titres s’enchaînent, tantôt franchement barrés, à l’image de “Stealing Society”, ou de “U-Fig”, tantôt tout en rage amère (Kill Rock’N Roll, “She’s Like Heroin”), et tantôt portés par de splendides mélodies qui achèvent de mettre l’auditeur à genoux (”Dreaming“, “Tentative”). Et lorsque tous ces éléments se rejoignent en un seul et même morceau, cela donne “Virginity Of Obscenity, sans doute l’hybride musical le plus dingue que le groupe ait jamais écrit. Le tout s’achève avec deux titres fantastiques, le planant et mélancolique”Lonely Day” et une version longue de “Soldier Side”, l’intro du disque précédent, qui clôt en beauté un parcours sans faute.
Je ne m’étendrai pas sur l’interprétation, toujours sans faille, avec une mention spéciale (encore!) au fantasque guitariste-compositeur-chanteur Daron Malakian, ni sur la production, assurée ici aussi par Rick Rubin, gage de qualité s’il en est. Bref, la forme est parfaitement en adéquation avec le fond, et les System n’ont nullement perdu ni leur capacité à composer de magnifiques morceaux d’un métal inventif, novateur et aigre-doux, ni leur verve toujours bienvenue en ces temps de formatage et de politiquement correct. “Attack” et “Soldier Side” sont en effet deux petits brûlots des plus vindicatifs, qui démontrent que le groupe ne compte pas abandonner sa liberté de ton de sitôt.
Face à tant d’originalité, de créativité et de perfection, un seul mot s’impose: chef-d’?uvre!
Nov
20
Rammstein, épisode 5 donc. On ne peut pas dire que Rosenrot partait du meilleur pied, puisque présenté comme un disque composé de chutes studios des sessions de Reise, Reise et de quelques nouveautés. Un disque de remplissage ? Seul le groupe pourrait le dire, mais il faut bien admettre que jamais un album de Rammstein ne m’avait laissé l’encéphalogramme aussi désespérément plat.
Cela démarrait pourtant plutôt bien, avec le percutant “Benzin“, orienté grosses guitares, où la voix de Till Lindemann se fait menaçante et revient aux heures dorées de Sehnsucht. Non pas que ce titre soit particulièrement original, mais pour ceux qui, comme moi, ont été déçus par la précédente livraison des Allemands, il y a ici de quoi dresser l’oreille. Et après ? Après, la dégringolade commence.
Les trois morceaux suivants sont terriblement banals ; pas qu’ils soient mauvais en soi, mais ils reposent sur des structures usées jusqu’à la toile, alternant couplets inquiétants et refrains tellement mélodiques qu’ils en deviennent sirupeux. On a l’impression d’écouter trois redites de “Stein um Stein”, qui n’était déjà pas le meilleur titre de Reise, Reise, et l’ennui s’empare progressivement de l’auditeur.
Vient ensuite “Wo Bist Du”, l’un des trop rares moments où Rammstein se ressaisit. Ambiance gothique, voix envoûtante, mélodie imparable, nous avons ici affaire à un titre du niveau de “Mutter“, “Niebel” ou autre “Klavier”. De mon point de vue, le point culminant du disque. Mais ce bref instant de bonheur est aussitôt gâché par l’insipide ballade “Stirb Nicht Vor Mir”, sur laquelle apparaît la chanteuse de Texas pour un résultat inintéressant, et sans doute le morceau le plus mièvre jamais composé par le groupe.
La seconde partie de l’album est à l’avenant : deux titres dans la veine de Reise, Reise, l’inspiration en moins, puis le délirant “Te Quiero Puta”, chanté intégralement en Espagnol par un Till qui semble prendre un pied monstrueux à cette blague potache, misogyne et vulgaire à souhait, mais ô combien jouissive. Là, nous tenons une vraie réussite, bien plus aboutie qu’un “Amerika“, drôle, trash, et tout à fait dans l’esprit du groupe. Les deux titres qui referment Rosenrot sont au contraire à la limite du supportable, dégoulinants de mélodies et de bons sentiments ; les guitares ont été remisées au placard, et Rammstein s’abîme ici dans les affres de la médiocrité.
Ce Rosenrot inquiète donc sérieusement quant à la santé des Allemands, qui, après avoir livré trois chef-d’?uvres, puis un disque en demi-teinte, se révèlent ici totalement incapables de se réinventer. A cours d’inspiration, Rammstein ? Affaire à suivre, mais voilà un album qui n’est pas pour nous rassurer.
Nov
14
Le voici donc enfin, ce disque annoncé comme LE chef-d’?uvre d’Arch Enemy, censé imposer définitivement le groupe comme un poids lourd de la scène européenne. Qu’en est-il vraiment? Et bien, force est de reconnaître que la première écoute est loin d’être facile, et que cet album déçoit tout d’abord un peu. La faute en incombe à la surenchère d’effets qui noient la voix d’Angela Gossow, pour un résultat désincarné et assez répétitif, et à la profusion de titres mid-tempos présents ici. Ne vous attendez donc pas à crouler sous les blasts, ni même à headbanguer en cadence, vous n’y trouveriez pas votre compte! Doomsday Machine s’apparente davantage à un rouleau compresseur, lourd et puissant, taillant sa route à grands coups de riffs et de rythmiques pesantes.
Mais cet album n’est pas à jeter aux orties pour autant, loin, très loin de là. Il nous permet de (re)découvrir l’amour que porte Michael Amott à la guitare, et, sincèrement, cela suffit à notre bonheur. Comment ne pas succomber à ces cinquante minutes d’un vibrant hommage à la six-cordes, où se croisent des lignes mélodiques échevelées (”Taking Back My Soul”, “Slaves Of Yesterday”), des parties rythmiques surpuissantes (ah, le single “Nemesis“, “I Am Legend/Out For Blood“) et des riffs comme tous les apprentis guitaristes rêvent d’en composer un jour (”My Apocalypse“, “Mechanic God Creation”)? On sent que les frangins Amott ont porté ici une attention méticuleuse à chaque accord, à chaque note, afin que tout semble couler de source. Cet incroyable travail atteint son paroxysme sur l’instrumental “Hybrids of Steel”, où les lignes complexes se croisent en tous sens, au point que l’auditeur se demande s’il est bien en train d’écouter un disque de death suédois, ou celui d’un artiste invité par Satriani au G3.
Doomsday Machine est donc un disque surprenant, qui décevra peut-être les fanatiques de maDemoiselle Gossow, tant sa voix est aseptisée par les effets et son chant répétitif; mais les amoureux de la guitare débridée trouveront ici de quoi se régaler, et se passeront l’album au casque, éperdus d’admiration. Un disque qui ne fera sans doute pas l’unanimité, mais qui nous rappelle pourquoi le rock est, à la base, la rencontre d’une guitare et d’un ampli.
Nov
4
Bon, éliminons d’entrée les sujets qui fâchent: oui, les pontes du label underground le plus grand public qui soit (Roadrunner) sont loin d’être des fans désintéressés, ni même des gens respectueux; et oui, ce live a été sorti sans l’aval des membres de Sepultura. La démarche qui sous-tend l’arrivée de ce “Under a Pale Grey Sky” dans les bacs est donc indéfendable, et Andreas Kisser a totalement renié ce disque, simple opération commerciale visant à capitaliser sur la réputation dont jouissaient les Brésiliens en 1996.
Mais voilà, toutes ces considérations mises à part, il reste la musique… Et il faut bien l’avouer, ce dernier concert avec Max Cavalera au chant fut une véritable tuerie! Les points forts de ce live? Vingt-huit titres au total (dont une intro) qui couvrent une grande partie de la carrière de Sepultura, de “Troops of Doom” à “Roots Bloody Roots“, en passant par “Beneath The Remains“. Un son puissant, lourd et dense qui écrase l’auditeur tout en mettant en valeur tous les musiciens, avec une mention spéciale pour la batterie. Un Cavalera, certes fatigué -c’était le dernier concert de la tournée Roots- mais très remonté, et dont les quelques signes de faiblesse confèrent à ce disque une humanité dont sont dépourvus bien des lives. Et surtout, on trouvera ici quelques perles ,parmi lesquelles “Territory“, “StraightHate”, “Refuse/Resist” ou encore “Arise“, moments de grâce surpuissants qui démontrent pourquoi, en ces temps-là, Sepultura régnait sur le monde du métal.
Si l’on peut donc reprocher à ce live d’être la preuve du mercantilisme qui anime certains labels, on ne saurait nier le plaisir que l’on prend à écouter ce témoignage scénique d’une époque aujourd’hui révolue (Sepultura avec Max… désolé, mais le groupe ne s’est jamais remis de son départ), tant la qualité est au rendez-vous.
Nov
4
Bon, éliminons d’entrée les sujets qui fâchent: oui, les pontes du label underground le plus grand public qui soit (Roadrunner) sont loin d’être des fans désintéressés, ni même des gens respectueux; et oui, ce live a été sorti sans l’aval des membres de Sepultura. La démarche qui sous-tend l’arrivée de ce “Under a Pale Grey Sky” dans les bacs est donc indéfendable, et Andreas Kisser a totalement renié ce disque, simple opération commerciale visant à capitaliser sur la réputation dont jouissaient les Brésiliens en 1996.
Mais voilà, toutes ces considérations mises à part, il reste la musique… Et il faut bien l’avouer, ce dernier concert avec Max Cavalera au chant fut une véritable tuerie! Les points forts de ce live? Vingt-huit titres au total (dont une intro) qui couvrent une grande partie de la carrière de Sepultura, de “Troops of Doom” à “Roots Bloody Roots“, en passant par “Beneath The Remains“. Un son puissant, lourd et dense qui écrase l’auditeur tout en mettant en valeur tous les musiciens, avec une mention spéciale pour la batterie. Un Cavalera, certes fatigué -c’était le dernier concert de la tournée Roots- mais très remonté, et dont les quelques signes de faiblesse confèrent à ce disque une humanité dont sont dépourvus bien des lives. Et surtout, on trouvera ici quelques perles ,parmi lesquelles “Territory“, “StraightHate”, “Refuse/Resist” ou encore “Arise“, moments de grâce surpuissants qui démontrent pourquoi, en ces temps-là, Sepultura régnait sur le monde du métal.
Si l’on peut donc reprocher à ce live d’être la preuve du mercantilisme qui anime certains labels, on ne saurait nier le plaisir que l’on prend à écouter ce témoignage scénique d’une époque aujourd’hui révolue (Sepultura avec Max… désolé, mais le groupe ne s’est jamais remis de son départ), tant la qualité est au rendez-vous.
Nov
2
Deux ans après avoir quitté Sepultura, Max Cavalera se retrouve dans une situation peu enviable. Alors qu’il a mis en suspens toutes ses activités musicales, il doit en effet faire face à l’assassinat de son beau-fils, Dana; ce tragique évènement le pousse alors à remettre un groupe sur pieds et à reprendre les choses là où il les avait laissées avec «Roots», afin de donner à sa colère et à son mal-être une expression musicale.
Réunissant des musiciens venant du punk comme du trash, Max forme le noyau de son nouveau projet, Soulfly; mais le chanteur greffe dès le départ quantité d’invités, et fait de son désir de collaborer avec des musiciens venant d’univers variés la marque de fabrique de ce jeune groupe. Apparaissent donc sur ce premier album, en vrac: Burton C. Bell et Dino Cazares de Fear Factory, Chino Moreno de Deftones, Fred Durst de Limp Bizkit (à l’époque un groupe tout juste propulsé par Korn et non le ramassis de branleurs qu’ils deviendront plus tard), la chorale Los Holligans, Benji de Dub War, etc… Ces joyeux drilles donnent donc naissance à ce disque intrigant, puissant et complexe, qui reste aujourd’hui le pilier sur lequel la seconde partie de la carrière de Max Cavalera s’est construite.
«Eye for an Eye» ouvre le bal, et donne à Max l’occasion de rassurer les fans de l’ère «Roots» avec un morceau devenu un incontournable, d’une simplicité déconcertante, mais d’une efficacité absolue. S’ensuit un enchaînement de titres imparables, tour à tour tout en puissance («No Hope = No Fear», «Bumbklaat», «The Song Remains Insane», «No»,?), ou plus apaisés («Umbabarauma», «Karmageddon»). A ces morceaux construits selon une formule parfaitement maîtrisée par le groupe, reposant sur des riffs simples mais puissants et sur un groove tribal, viennent s’en ajouter d’autres, beaucoup plus expérimentaux. Citons par exemple «Tribe» et ses ch?urs en Portugais, ou encore l’instrumental «Soulfly», premier du nom puisque ce genre de morceau se répètera sur les albums suivants, devenant un gimmick qui résume bien les aspirations de Max: ne se fixer aucune barrière dans la composition, ne jamais restreindre sa musique à un genre.
Cet album est donc un succès à tous les niveaux: redoutable bombe de métal tribal, il a prouvé que Max Cavalera était un artiste avec lequel il allait falloir compter pour la suite, tout en démontrant que l’ouverture à de multiples influences pouvait amener la musique du groupe vers de nouvelles sphères. Incontournable, tout simplement !