Trepalium : Alchemik Clockwork of DisorderLe mécanisme alchimique du désordre… Derrière ce titre énigmatique se cache une bête étrange, une monstrueuse chimère qui s’apprête à faire de vous sa proie pour les quarante minutes à venir. Une chimère, Trepalium? Indéniablement, tant on a affaire ici à un impressionnant patchwork d’influences, dont le tour de force est d’être toujours cohérent. Imaginez un bÅ“uf nocturne entre un Pantera sous acide (“Perversion of Reality”, “Who’s Fucked Up?”), un Voïvod tout en dissonances et un Meshuggah de mauvais poil (“Modus Operandi”), le tout soutenu par un orgue Hammond fantomatique, et vous commencerez juste à vous faire une idée de la chose.

Si la base est résolument death-métal, notamment pour ce qui touche au chant, rien n’est ici semblable à ce que vous avez pu écouter auparavant. Un groove imparable, qui renvoie à l’Å“uvre des frères Abott, rencontre des rythmes jazzy et des riffs tantôt trash, tantôt saccadées à souhait. On croise sur ce disque des mids-tempos colériques et sombres, à l’image du morceau titre, des baffes supersoniques dont on a immédiatement envie de voir l’effet sur scène (le très, très méchant “Versania”), et des interludes barrés, tels l’instrumental “Psycho Theme”.

Le comble du délire, et du génie, est atteint sur le bien nommé “Sick Boogie Murder”, où des plans de grattes death se mêlent à un saxophone en roue libre, le tout survolé par un chant halluciné. On a alors vraiment l’impression d’être assis à la table de quelque infernal cabaret, en train de dodeliner de la tête au rythme d’un boogie démoniaque.

Avec un album d’une telle trempe, Trepalium est assuré de faire son trou dans la scène française; il faudrait vraiment que les métalleux français soient subitement devenus sourds pour passer à côté d’une pareille réussite. Quarante minutes sans temps mort, sans faux pas, et une personnalité déjà bien affirmée… Messieurs, la suite!

Akercocke : Words that Go Unspoken, Deeds that Go UndoneOn a beau être un adepte des expériences musicales étranges et du métissage des styles, on a beau se la jouer grand blasé devant l’éternel, on tombe toujours sur des disques qui vous surprennent. C’est le cas de ce “Words that Go Unspoken, Deeds that Go Undone“, sacré morceau de… euh, de quoi, en fait? Death? Black? Atmosphérique? Progressif? Un peu de tout ça, et bien plus encore.

Ces quatre Anglais nous ont concocté un album incroyable, sorte de masse sombre toujours en mouvement; en perpétuelle évolution. Dans le même morceau se croisent de sourds grognements, des hurlements d’écorché vif, des lignes mélodiques planantes, des instrumentations arabisantes, des solos épileptiques et des blasts furieux, l’ensemble étant mis au service d’un discours anti-religieux et très sexuel, mais jamais caricatural.

Entrer dans les détails nécessiterait un chronique interminable, tant ce disque est saisissant. Tout ici est réfléchi, mis en place au millimètre; l’approximation a été reconduite à la porte, au profit d’une technique et de compositions sans faille. Pour vous faire une idée, essayez de vous représenter un morceau comme “Shelter From The Sand”: onze minutes d’un brassage incroyable, où s’alternent un chant à la A Perfect Circle, des growls tellement graves que le plancher en résonne et des cris que ne renierait pas la frange la plus true-black de ce site. Faites monter le plat sur un mur de guitares tantôt tout en finesse, tantôt complètement débridées; ajoutez une section rythmique dévastatrice, capable de passer de l’accompagnement subtil au rouleau compresseur; et saupoudrez le tout d’ambiances très moyen-orientales. A consommez sans modération, ça va sans dire.

Le reste de l’album est à l’avenant, passant d’une brutalité rare (“Eyes of the Dawn“, “Intractable”) à un calme menaçant (“Verdelet”), avant de plonger vers la tranquillité des profondeurs (“Words that go Unspoken“, l’acoustique “Lex Talionis“). Le son est parfait, à l’image du contenu: parfois d’une absolue limpidité, il devient sale lorsque le ton se durcit, mais sans jamais se départir d’une précision redoutable.

Akercocke vous invite à un voyage comme vous n’aurez pas souvent l’occasion d’en faire, vers des contrées aussi changeantes et complexes que l’âme humaine. Il serait impensable que vous en reveniez déçus.

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