66sickRester confiné à un semi-anonymat est le triste lot de la grande majorité des musiciens de métal. C’est le cas de Disbelief, et l’on ne peut que déplorer amèrement que ce groupe n’obtienne pas davantage de reconnaissance, tant le talent est là et éclabousse chaque morceau.

Disbelief a les épaules pour ratisser très large, tant son death-thrash est efficace et abouti, à la fois moderne et personnel. Capable de passer de la mandale énervée (”For God“, “Crawl”) au mid-tempo ravageur (”To Atone For All”, “Floating On High”), le groupe impose une marque de fabrique qui n’appartient qu’à lui en ne délaissant jamais la dimension mélodique qui fait tant défaut à nombre de concurrents évoluant sur le même créneau. Des titres comme “Continue From This Point”, “Rewind It All”, “Try” ou “Lost In Time font figure de véritables tubes de métal extrême, une notion étrange, je le concède, mais qui s’impose d’elle-même à l’écoute de ces tueries. Si vous êtes en quête de morceaux violents mais terriblement accrocheurs, vous trouverez sur cette galette matière à vous réjouir.

Tout au long de ce redoutable “66sick“, Disbelief affirme une identité musicale unique, à mi-chemin entre un Obituary mélodique (la proximité entre la voix de Karsten Jäger et celle de John Tardy est parfois troublante), un Machine Head de mauvaise humeur, un Pantera moderne… On pourrait multiplier ces comparaisons sans jamais rendre totalement compte de la flamme, que dis-je, du brasier qui anime cet album. Doté d’un sens de la composition affuté comme une lame de rasoir, le groupe vous embarque pour un voyage saisissant, explorant un nombre incroyables de contrées métalliques sans jamais se perdre en route. C’est ici l’une des qualités majeures à porter au crédit des musiciens: ils savent où ils veulent aller, et tout l’album respire le projet maîtrisé d’une poigne de fer.

A l’époque où le métal extrême redevient vendeur, il serait vraiment triste de voir un groupe d’un tel talent rester dans l’ombre. Donnez-leur une chance, ils la méritent amplement!

See You On The Other SidePetit rappel des faits: en 2003, Korn tente de préserver une popularité chancelante en sortant “Take A Look In The Mirror“, un disque reposant sur des ficelles bien connues et appréciées de longue date par leur public. Mais cet album sent la panne d’inspiration à plein nez, le recyclage de formules usées jusqu’à la trame, la capitalisation facile sur ses acquis, le raclage de fonds de tiroir; bref, Korn donne subitement à ses fans l’envie de leur coller une taloche ou deux, histoire de leur faire comprendre qu’il ne faut pas non plus prendre les gens pour des cons. Deux ans plus tard, Brian “Head” Welch rencontre Jésus, arrête la coke, la méthadone et le métal pour aller jouer le dimanche dans sa paroisse. A ce niveau, ça sent la fin de carrière anticipée à plein nez.

Le groupe dément les rumeurs de split, et annonce qu’il planche sur un nouvel album en compagnie de divers producteurs, parmi lesquels The Matrix et Atticus Ross, plus connnus pour leur travail sur des disques de Britney Spears, Avril Lavigne ou Pink. On commence alors à se dire que ça ne sent plus seulement la fin de carrière mais carrément l’internement d’office en institution psychiatrique de haute sécurité.

Puis “See You On The Other Side” déboule dans les bacs. La simple sortie de ce disque était, en soi, une bonne nouvelle puisqu’elle signifiait que le groupe n’était pas encore mort; pour ce qui est du contenu, c’est plus discutable. Je vais être franc: cet album est sorti depuis plus d’un an, je l’ai écouté une bonne douzaine de fois, et je ne sais toujours pas quoi en penser. On y croise de bons, voire de très bons morceaux (”Twisted Transistor“, Hypocrites”, “10 or a 2-Way”); Korn fait enfin l’effort de se réinventer, de se remettre totalement en question, et affirme haut et fort son amour de la new-wave et de la pop-song. Au moins tenons-nous là un disque risqué, qui se démarque nettement de ses prédécesseurs. Contraint d’évoluer pour ne pas dépérir, le groupe n’a pas esquivé ce défi, et cela force le respect.

Le problème est que l’ensemble ne tient pas vraiment la route. Korn retombe dans le patchwork, comme il avait pu le faire sur “Follow The Leader“, avec une série de morceaux sans cohérence, sans unité. La deuxième moitié de l’album est emblématique de ce défaut et l’auditeur décroche immanquablement passé le sixième ou septième titre; ce manque de cohérence se retrouve même dans la construction de certains morceaux dont les différentes parties ne fonctionnent pas ensemble (”Liar“, “Open Up”). Bref, ce disque laisse tout même transparaître les failles d’un groupe qui revendique des sources d’inspiration nouvelles sans tourner le dos à son passé (quoique…), mais tatonne encore sur le dosage des ingrédients.

A en juger par ce “See You On The Other Side“, Korn hésite et ne convainc pas vraiment; cet album est celui d’un groupe vivant, mais égaré. Sauront-il se reprendre? Au vu des turbulences qu’ils traversent depuis deux ans (départ de Head, pause d’au moins un an de David Silveria), rien n’est moins sûr.

Metallica : Metallica

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MetallicaL’album parfait n’existe pas, c’est une évidence. Metallica n’en est cependant pas passé loin en cette année 1991, en donnant naissance à ce qui est aujourd’hui encore l’un des disques les plus fédérateurs de l’histoire du métal. Notez que je ne parle pas de fédérateur à la manière d’un “De Mysteriis dom Sathanas“, qui rassemble tous les amateurs de black mais reste imperméable à ceux que ce style rebute; non plus la manière d’un “Reign in Blood“, acclamé par les métalleux en tous genres mais qui fait fuir les non-initiés à la violence thrash. Non, il s’agit ici de fédérateur au sens massif du terme; le “Black Album” attire à lui, depuis quinze ans, les métalleux de tous poils, les rockers, les ados en manque de ballade langoureuse, et fait même l’unanimité chez les publics les moins réceptifs aux grosses guitares (même les journalistes qui tiennent la rubrique musique de Télérama reconnaissent le génie de ce disque, c’est dire!). Metallica a accouché de l’album qui jette un pont entre la scène métal et le grand public, et a vu bon nombre de ses fans lui tourner le dos pour cela. Personnellement, je ne crois pas à l’équation “underground = qualité”, et j’estime que si l’on se consacre à la musique, c’est pour que celle-ce soit entendue par le plus grand nombre possible; et dans ce domaine, aucun disque de métal n’a frappé aussi fort que celui-ci.

Les qualités du “Black Album” sont innombrables. Aucun morceau n’est à jeter, ce qui n’est jamais arrivé au groupe dès lors que ses albums dépassaient les huit compositions. Sur ces douze tueries, on trouvera forcément quelque chose à se mettre sous la dent quels que soient ses goûts musicaux; gros métal qui tache (”Sad But True“, “Don’t Tread On Me”, “The God That Failed”), thrash rapide et enervé (”The Struggle Within”, “Holier Than Thou”, “Through The Never”), hymnes heavy en puissance (”Enter Sandman“, “Wherever I May Roam“, le monstrueux “Of Wolf and Man”), moments de calme (”The Unforgiven“, “Nothing Else Matters“) et même un morceau brillant, ambiancé et prenant (”My Friend of Misery“).

L’interprétation est sans faille, les guitares lourdes à souhait, les soli lumineux, comme on est en droit d’attendre de la part de ce duo de génie que forment messieurs Hammet et Hetfield. Évidemment, la basse est en retrait, mais ce sera toujours le cas tant que Jason Newsted jouera avec ses trois compères, lesquels ne l’ont jamais vraiment mis en valeur. Lars Ulrich, s’il n’est pas un batteur surdoué, donne une assise rythmique de qualité à défaut d’être étincelante. Derrière la console, Bob Rock, qui collaborait pour la première fois avec le groupe, a doté les musiciens d’un son à la fois lourd et chaud, qui tranche avec la production rêche qui massacrait “…And Justice For All” et se révèle tout à fait adapté à ces douze perles noires.

Ajoutons que la pochette, d’une sobriété presque excessive (les musiciens de Spinal Tap ne l’avaient-ils pas refusée?), s’est révélée un coup de maître sur le plan marketing, et l’on comprendra aisément que ce disque à tout de la référence absolue.

Album emblématique par excellence, qui signa à la fois l’explosion commerciale et médiatique de Metallica et le début de la longue traversée du désert dont le groupe cherche encore à sortir, ce “Black Album” est un incontournable, une oeuvre qui a marqué au fer rouge -noir plutôt- les années 90 et permis de porter le métal à la multitude. Chapeau bas, messieurs!

Black AlbumL’album parfait n’existe pas, c’est une évidence. metallica n’en est cependant pas passé loin en cette année 1991, en donnant naissance à ce qui est aujourd’hui encore l’un des disques les plus fédérateurs de l’histoire du métal. Notez que je ne parle pas de fédérateur à la manière d’un “De Mysteriis dom Sathanas“, qui rassemble tous les amateurs de black mais reste imperméable à ceux que ce style rebute; non plus la manière d’un “Reign in Blood“, acclamé par les métalleux en tous genres mais qui fait fuir les non-initiés à la violence thrash. Non, il s’agit ici de fédérateur au sens massif du terme; le “Black Album” attire à lui, depuis quinze ans, les métalleux de tous poils, les rockers, les ados en manque de ballade langoureuse, et fait même l’unanimité chez les publics les moins réceptifs aux grosses guitares (même les journalistes qui tiennent la rubrique musique de Télérama reconnaissent le génie de ce disque, c’est dire!). metallica a accouché de l’album qui jette un pont entre la scène métal et le grand public, et a vu bon nombre de ses fans lui tourner le dos pour cela. Personnellement, je ne crois pas à l’équation “underground = qualité”, et j’estime que si l’on se consacre à la musique, c’est pour que celle-ce soit entendue par le plus grand nombre possible; et dans ce domaine, aucun disque de métal n’a frappé aussi fort que celui-ci.

Les qualités du “Black Album” sont innombrables. Aucun morceau n’est à jeter, ce qui n’est jamais arrivé au groupe dès lors que ses albums dépassaient les huit compositions. Sur ces douze tueries, on trouvera forcément quelque chose à se mettre sous la dent quels que soient ses goûts musicaux; gros métal qui tache (”Sad But True“, “Don’t Tread On Me”, “The God That Failed”), thrash rapide et enervé (”The Struggle Within”, “Holier Than Thou”, “Through The Never”), hymnes heavy en puissance (”Enter Sandman“, “Wherever I May Roam“, le monstrueux “Of Wolf and Man”), moments de calme (”The Unforgiven“, “Nothing Else Matters“) et même un morceau brillant, ambiancé et prenant (”My Friend of Misery“).

L’interprétation est sans faille, les guitares lourdes à souhait, les soli lumineux, comme on est en droit d’attendre de la part de ce duo de génie que forment messieurs Hammet et Hetfield. Évidemment, la basse est en retrait, mais ce sera toujours le cas tant que Jason Newsted jouera avec ses trois compères, lesquels ne l’ont jamais vraiment mis en valeur. Lars Ulrich, s’il n’est pas un batteur surdoué, donne une assise rythmique de qualité à défaut d’être étincelante. Derrière la console, Bob Rock, qui collaborait pour la première fois avec le groupe, a doté les musiciens d’un son à la fois lourd et chaud, qui tranche avec la production rêche qui massacrait “…And Justice For All” et se révèle tout à fait adapté à ces douze perles noires.

Ajoutons que la pochette, d’une sobriété presque excessive (les musiciens de Spinal Tap ne l’avaient-ils pas refusée?), s’est révélée un coup de maître sur le plan marketing, et l’on comprendra aisément que ce disque à tout de la référence absolue.

Album emblématique par excellence, qui signa à la fois l’explosion commerciale et médiatique de metallica et le début de la longue traversée du désert dont le groupe cherche encore à sortir, ce “Black Album” est un incontournable, une oeuvre qui a marqué au fer rouge -noir plutôt- les années 90 et permis de porter le métal à la multitude. Chapeau bas, messieurs!

LoadÇa faisait bien trois ans que je n’avais plus écouté “Load“, et la lecture de la chronique de Julien et des réactions qu’elle a suscitées m’a donné envie de me repasser cet album ô combien décrié pour voir de quel côté je me situais.

J’ai beau essayer de haïr ce disque, je n’y parviens pas; je me le suis même passé après “Master of Puppets“, mais rien n’y fait. Le fait que j’ai découvert Metallica avec “Load” compte sûrement beaucoup dans l’indulgence que je montre à son égard, mais le résultat est là: si cet album avait été sorti par un autre groupe que les Four Horsemen, on l’aurait accueilli avec bien plus de tolérance et de compréhension.

Il n’y a évidemment pas là de quoi crier au chef-d’oeuvre. La rage des premières années a bel et bien disparu, Kirk Hammet est désormais sous-exploité (une constante du Metallica post-Black Album), et certains morceaux donnent envie de distribuer des paires de baffes aux ex-thrasheurs californiens.”King Nothing“, “Hero of the Day” et “Cure” font partie des pires compos que le groupe ait jamais pondu, et le disque traîne un peu en longueur, notamment à cause de ce ventre mou assez indigeste. Toutefois, si l’on fait l’effort d’accepter le glissement qu’opère Metallica vers une musique moins métal et plus heavy-rock, on trouve ici quelques pépites. “The House Jack Built” aurait eu sa place sur un disque des Queens Of The StOne Age, avec ses guitares chargées d’effets en tous genres et son refrain entêtant; “Until It Sleeps” est une Power-ballad de très belle facture; et la deuxième partie de l’album, sans être parfaite, jouit d’un bon niveau général et se clôt sur l’étrange “The Outlaw Torn”, un long morceau poignant qui a bercé les voyages de mon adolescence. Nostalgie, quand tu nous tiens…

Avec le recul, “Load” apparaît comme un disque plutôt courageux. Metallica n’y est bien sûr plus au sommet de son art, mais le groupe essaye au moins de s’y renouveler, avec un aplomb et une assurance infiniment supérieurs que sur “ReLoad” et “St Anger“, des albums où les Four Horsemen ne pourront plus dissimuler leurs failles et leur égarement, leur impossibilité de se situer sur la scène métal actuelle.

SacramentBonjour, petit. Tu aimes la musique de camionneur? Tu aimes les barbus tatoués, bas du front et de mauvaise humeur? Tu les aimes encore davantage lorsqu’ils ont des guitares et vident leurs tripes dans un micro? Réjouis-toi, petit, tu vas trouver en Lamb Of God tes prochains camarades de jeu. Alerté par le buzz qui entoure actuellement ce gang de Rednecks bien typés “sudistes pas subtils”, je me suis penché sur “Sacrament“, leur premier album distribué à grande échelle. Conclusions? C’est du tout bon, coco!

Lamb Of God a les qualités nécessaires pour convaincre les métalleux laissés orphelins par le split de Pantera et le décès de Dimebag, mais aussi tous les amateurs de bourrinage au sens large du terme. La recette est éculée: grosses guitares pour des rythmiques plombées, riffs et mélodies assassins, soli glauques et dissonants, batterie puissante et basse rampante, pour un cocktail de “pure american metal”, comme ils présentent eux-mêmes leur musique, classique mais délicieux. Mais ce qui permet au groupe de faire la différence, c’est l’abattage démentiel de son beugleur, Randy Blythe. Cet individu manifestement tourmenté a trouvé dans cette musique une catharsis nécessaire, et nous la fait partager pour notre plus grand bonheur. Au programme: hurlements de damné, voix rocailleuse, voire parfois caverneuse, mélodies puissantes et entêtantes, refains soutenus de temps à autres par des choeurs; figurez-vous une sorte de Phil Anselmo en plus versatile, et vous aurez une idée de la bête.

Je ne vais pas m’étendre pendant des heures; sachez juste que Lamb Of God mérite amplement la place qu’il a brusquement acquise dans les médias métalliques. Ce “Sacrament” est un disque comme on n’en fait plus assez, qui fleure bon la testostérone, le bitume et la bière; à défaut d’avoir inventé la poudre, le groupe tape fort, et là où ça fait mal. Vivement la suite!

St AngerSe pencher à nouveau sur “St Anger“, trois ans après sa sortie, procure une impression étrange. L’excellent documentaire “Some Kind of Monster” a en effet jeté sur ce disque un éclairage bienvenu, nous livrant plusieurs clés permettant de décoder quelques-unes des intentions qui animaient Metallica lors de sa composition. Malheureusement, rien sur ce son de batterie devenu culte, assurément le pire que le métal ait jamais connu! Si vous désirez entendre Lars Ulrich cogner sur un bidon, précipitez-vous, c’est du jamais-entendu.

Blague à part, “St Anger” fut accouché dans la douleur, et doit davantage être vu comme un instantané de l’état d’esprit de James Hetfield après sa cure de désintoxication que comme un album à part entière. Aucun titre, ici, n’a la carrure à devenir un classique; ils se révèlent même assez répétitifs, s’appuyant sur des riffs qui tournent en boucle pendant de trop longues minutes. Tous les morceaux dépassent les cinq minutes (et atteignent parfois les neuf), ce qui rend ardue l’écoute de l’album dans son intégralité, d’autant plus que la production de Bob Rock est atrocement rêche. C’est bien simple, on a l’impression de se trouver dans le garage du groupe durant un boeuf.

Ce constat est d’autant plus regrettable que l’on décèle de temps à autres des fulgurances, des éclairs de génie qui nous laissent imaginer ce qu’aurait pu être cet album si le groupe n’avait pas été complètement paumé lors de sa composition. Un morceau comme “The Unnamed Feeling” est emblématique: pris séparément, les éléments qui le constituent permettraient de construire deux ou trois très bonnnes chansons; mais réunis ici, la sauce prend mal, il manque ce petit plus, cette touche d’inspiration qui aurait permis de lier l’ensemble.

St Anger” n’est donc pas, de toute évidence, un grand album; ce n’est sans doute même pas un album susceptible d’intéresser pour ses seules qualités musicales. Mais c’est le disque que Metallica avait besoin, au sens littéral (et viscéral) du terme, d’enregistrer. C’est à ces onze compositions décousues, frénétiques, éprouvantes, mal produites, que l’on doit la survie du groupe emblématique de toute une génération. A ce titre, et si les Four Horsemen se reprennent et nous prouvent qu’il leur restent des choses à partager avec nous, “St Anger” mérite le respect. Dans le cas contraire, il ne s’agira que de la piètre épitaphe d’un grand du métal.

Now, DiabolicalLes lecteurs assidus de la presse métal n’auront pas manqué de remarquer que les déclarations de Satyr tiennent désormais du délire mégalomaniaque. L’homme se tient en si haute estime qu’il souhaite que le monde entier voit en lui l’incarnation du black, le sauveur du métal, le Mozart des plaines enneigées, le Wagner des fjords; toutes les productions musicales modernes seraient, selon lui, influencées par ses travaux, de System Of A Down à Cannibal Corpse, en passant par Ben Harper et Lorie. Bref, Môôôsieur Satyr affiche les symptômes sans équivoque de l’hypertrophie de l’ego, de la surchauffe crânienne et de l’explosion des chevilles; à un tel niveau, faut songer à consulter; les psys, c’est pas fait pour les chiens!

Mais bon, nous serions prêts à passer outre, bonnes pâtes que nous sommes, si les livraisons de Satyricon étaient à la hauteur des ambitions de leur géniteur, c’est-à-dire vendre plus d’albums que Led Zeppelin, les Stones et les Beatles réunis, et devenir plus célèbre que John Lennon. Ce n’est évidemment pas le cas, mais aurait-il pu en être autrement?

Soyons sincères, “Now, Diabolical” n’est pas un ratage complet. Certains morceaux s’écoutent sans déplaisir, notamment le morceau-titre, qui donne une furieuse envie de taper du pied en scandant son refrain, et l’expérimental “Delirium“, plutôt bien foutu; mais ces réussites sont loin de faire oublier que l’ensemble ne tient vraiment pas la route. Premier grief: les compos sont effroyablement répétitives. Le schéma très rock voulu par Satyr fonctionne cinq minutes (en fait, le temps d’écouter le titre d’ouverture), puis lasse aussitôt l’auditeur, tant l’album sent le manque d’inspiration à plein nez. Les riffs de guitare sont d’une simplicité confondante, et ne varient que très peu d’un titre à l’autre. L’enchaînement “A New Enemy” ? “The Rite Of War Cross” est à ce titre exemplaire: c’est à peine si on remarque le changement de morceau! Ensuite, la batterie: on croirait entendre un mauvais batteur de punk, ou pire encore, une boîte à rythme. Monsieur Satyr, ce n’est pas possible; on n’a décemment pas le droit de limiter ainsi le jeu du génie qu’est Frost! Quand on s’est fait arracher la tête par le dernier 1349, “Hellfire“, on pleure en écoutant ce “Now, Diabolical” où Frost se contente de jouer les métronomes et enchaîne les mid-tempos sans aucune variation. Enfin, la production: à force de vouloir obtenir le plus gros son possible, on aseptise sa musique, et cet album n’échappe pas à la règle, avec un son tellement limpide qu’on croirait entendre un des trois cent cinquante combos de métalcore américains qui déboulent chaque mois dans les bacs.

Engoncé dans ses problèmes d’ego, en proie à son désir effrené de reconnaissance et de succès à grande échelle, Satyr se retrouve aujourd’hui le cul entre deux chaises: les fans de true-black riront aux éclats à l’écoute de cet album; les amateurs d’un black plus grand public lui préféreront, par exemple, “Between Two Worlds” de I, bien plus inspiré; et ceux qui recherchent la surprise et l’inventivité se tourneront plutôt vers des groupes comme Enslaved, Melechesh ou Akercocke. A force de se construire une tour d’ivoire, Satyr a oublié de garder un oeil sur ses collègues, lesquels l’ont laissé quelques kilomètres en arrière en terme d’originalité, de technique, d’inspiration et surtout de crédibilité. Un comble pour celui qui se rêve souverain du black moderne!

The PoisonAvec ce “The Poison“, Bullet For My Valentine inaugure le concept amusant de l’album-blindtest. En effet, le seul moyen de ne pas dodeliner de la tête à l’écoute de ce disque est de jouer à reconnaître quel artiste a inspiré quel titre. Oh, un riff à la manière de Soilwork! Rigolo, ce rythme piqué à In Flames! Tiens, une mélodie qui aurait eu sa place chez Metallica! Et ce refrain, c’est du Killswitch Engage tout craché! Tiens, un solo façon Iron Maiden!

Aussi distrayant que soit ce petit jeu, il ne suffit pas à faire oublier que cet album regroupe à peu près toutes les tares caractéristiques de ce metalcore dont les maisons de disques ont fait LE style à la mode, et dont nous sommes abreuvés sans trêve ni repos à grands coups de sorties interchangeables: riffs et voix hurlées piqués aux grands frères suédois, mélodies dégoulinantes sur les refrains, production aseptisée et morceaux toujours bâtis sur le même schéma. Pour illustrer toute l’originalité de ces quatre gaillards, disons juste qu’on n’échappe même pas à la power-ballad de mileu d’album, avec ce “All The Things I Hate” qu’Evanescence n’aurait pas renié.

Attention, je ne dis pas que cet album est à jeter au vide-ordure sans préavis; comme bon nombre de ces productions récentes, il se laisse même écouter sans problème. Les morceaux sont souvent bien foutus, entraînants et assez puissants. Le problème réside dans l’absence totale d’originalité et de personnalité de cette musique, et dans ce désir irrépressible qu’elle fait naître chez l’auditeur de virer ce disque de sa chaîne pour y enfourner “Clayman” d’In Flames ou “Natural Born Chaos” de Soilwork, qui ont le privilège de l’ancienneté et donc de la nouveauté… avant que l’Oncle Sam récupère leur recette et nous dégaîne ses trois cents groupes de ch’tits jeunes qui n’en veulent!

Pour conclure, signalons aussi que ces jeunes gens ont une tendance développée à flatuler plus haut que leur fondement et se prennent déjà pour les nouveaux Iron Maiden. Messieurs, ayez au moins la décence de ne pas insulter vos illustres aînés en comparant leur oeuvre colossale à vos reproductions de petits plagiaires sans envergure!

Occult MedicineA la recherche d’un truc qui me décaperait les oreilles en profondeur, je plonge dans les tréfonds de ma discothèque et en exhume cet album dont j’avais oublié jusqu’à l’existence. J’ai beau essayer de me remémorer les circonstances dans lesquelles j’ai acquis ce disque, pas moyen. J’avais sans doute lu une bonne critique quelque part, mais impossible de se rappeler où. Bon, tant pis, on va essayer…

Trois quart d’heure plus tard, alors que les dernières guitares se sont tues, un sourire béat est apparu sur mes lèvres. La bonne surprise que voilà! Cet “Occult Medicine” est un petit bijou de death / thrash des familles, qui vous envoie dans la tronche dix morceaux techniques, puissants et efficaces, alternant bastonnade sans merci et mid tempos façon rouleau compresseur. Une mention spéciale sera décernée aux guitares, toujours pertinentes, qu’il s’agisse de créer un ouragan de riffs ou de partir dans des soli de très bonne facture. Les amoureux de la six-cordes sont instamment priés de poser une oreille sur “Revenant Horde“, tout simplement énorme.

Disons-le simplement, Yyrkoon pourrait être la réponse française à Arch Enemy: même goût pour le mid-tempo écrasant, pour les murs de grattes, pour les soli inspirés et la double pédale; même efficacité dans l’élaboration d’un métal extrême mais aéré et mélodique, violent mais jamais lassant ou caricatural.

Ah, excusez-moi, on frappe à la porte. Comment çà, il est 23h passées? Baisser le son? Tapage nocturne, musique de dégénérés, elle est belle la jeunesse… D’accord, d’accord, je coupe ma chaîne. Une dernière précision: il est peu probable qu’Yyrkoon améliore les relations que vous entretenez avec vos voisins.

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