Satyricon : Now, DiabolicalLes lecteurs assidus de la presse métal n’auront pas manqué de remarquer que les déclarations de Satyr tiennent désormais du délire mégalomaniaque. L’homme se tient en si haute estime qu’il souhaite que le monde entier voit en lui l’incarnation du black, le sauveur du métal, le Mozart des plaines enneigées, le Wagner des fjords; toutes les productions musicales modernes seraient, selon lui, influencées par ses travaux, de System Of A Down à Cannibal Corpse, en passant par Ben Harper et Lorie. Bref, Môôôsieur Satyr affiche les symptômes sans équivoque de l’hypertrophie de l’ego, de la surchauffe crânienne et de l’explosion des chevilles; à un tel niveau, faut songer à consulter; les psys, c’est pas fait pour les chiens!

Mais bon, nous serions prêts à passer outre, bonnes pâtes que nous sommes, si les livraisons de Satyricon étaient à la hauteur des ambitions de leur géniteur, c’est-à-dire vendre plus d’albums que Led Zeppelin, les Stones et les Beatles réunis, et devenir plus célèbre que John Lennon. Ce n’est évidemment pas le cas, mais aurait-il pu en être autrement?

Soyons sincères, “Now, Diabolical” n’est pas un ratage complet. Certains morceaux s’écoutent sans déplaisir, notamment le morceau-titre, qui donne une furieuse envie de taper du pied en scandant son refrain, et l’expérimental “Delirium“, plutôt bien foutu; mais ces réussites sont loin de faire oublier que l’ensemble ne tient vraiment pas la route. Premier grief: les compos sont effroyablement répétitives. Le schéma très rock voulu par Satyr fonctionne cinq minutes (en fait, le temps d’écouter le titre d’ouverture), puis lasse aussitôt l’auditeur, tant l’album sent le manque d’inspiration à plein nez. Les riffs de guitare sont d’une simplicité confondante, et ne varient que très peu d’un titre à l’autre. L’enchaînement “A New Enemy” – “The Rite Of War Cross” est à ce titre exemplaire: c’est à peine si on remarque le changement de morceau! Ensuite, la batterie: on croirait entendre un mauvais batteur de punk, ou pire encore, une boîte à rythme. Monsieur Satyr, ce n’est pas possible; on n’a décemment pas le droit de limiter ainsi le jeu du génie qu’est Frost! Quand on s’est fait arracher la tête par le dernier 1349, “Hellfire“, on pleure en écoutant ce “Now, Diabolical” où Frost se contente de jouer les métronomes et enchaîne les mid-tempos sans aucune variation. Enfin, la production: à force de vouloir obtenir le plus gros son possible, on aseptise sa musique, et cet album n’échappe pas à la règle, avec un son tellement limpide qu’on croirait entendre un des trois cent cinquante combos de métalcore américains qui déboulent chaque mois dans les bacs.

Engoncé dans ses problèmes d’ego, en proie à son désir effrené de reconnaissance et de succès à grande échelle, Satyr se retrouve aujourd’hui le cul entre deux chaises: les fans de true-black riront aux éclats à l’écoute de cet album; les amateurs d’un black plus grand public lui préféreront, par exemple, “Between Two Worlds” de I, bien plus inspiré; et ceux qui recherchent la surprise et l’inventivité se tourneront plutôt vers des groupes comme Enslaved, Melechesh ou Akercocke. A force de se construire une tour d’ivoire, Satyr a oublié de garder un oeil sur ses collègues, lesquels l’ont laissé quelques kilomètres en arrière en terme d’originalité, de technique, d’inspiration et surtout de crédibilité. Un comble pour celui qui se rêve souverain du black moderne!



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